LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Dossier AZF (Page 1 of 2)

L’affaire de l’usine AZF de Toulouse et le procès semaine par semaine

AZF : la vérité est-elle dans le sac ?

Lorsque l’huissier a brisé les scellés du grand sac blanc, dans la salle d’audience, le suspens était palpable. Les avocats s’étaient approchés et comme tout le monde, ils retenaient leur souffle…

azf-le-tribunal_ladepeche.jpgPetit retour en arrière : Bien après la catastrophe, à la demande de la société Grande Paroisse, un huissier a saisi les sacs vides qui se trouvaient dans le hangar 335 –  ce qui n’avait pas été fait lors de l’enquête. Et personne ensuite ne s’intéresse à ce scellé jusqu’au jour où le journaliste Jean-Christian Tirat met en évidence une contradiction* : le nitrate d’ammonium, le produit utilisé pour démontrer la thèse de l’accident, n’était peut-être pas le bon.

En effet, le nitrate d’ammonium est contenu dans des sacs munis de 4 anses et d’une inscription en noir. Or Gilles Fauré, l’ouvrier qui a pelleté le produit, a affirmé qu’il s’agissait d’un sac muni d’une seule anse, portant effectivement des inscriptions en noir**, mais contenant de l’ammonitrate.

Mais on ne l’a pas cru, car il était admis que l’ammonitrate ne pouvait être marqué qu’en vert. Et toute l’instruction judiciaire a été bâtie sur l’hypothèse que les sacs d’une capacité d’une tonne portant une inscription en noir, contiennent obligatoirement du nitrate d’ammonium (un explosif de carrière). Personne n’a pensé aux sacs de 600 kg, qui eux aussi portent une inscription en noir, mais lorsqu’ils contiennent de l’ammonitrate, c’est-à-dire un engrais agricole, non explosif dans des conditions normales d’utilisation.

Ce qui rend les déclarations de l’ouvrier Fauré plausibles. Mais encore fallait-il les confirmer !

Donc, en cet instant de l’affaire AZF, après des années d’instruction et des semaines de procès, l’huissier sort du grand sac blanc d’autres sacs, et sur deux d’entre eux, l’inscription « ammonitrate 33,5 % » est écrite en noir…

L’avocat de la ville de Toulouse, sac-ammonitrate.jpgMe Lèguevaques, tente bien de noyer le poisson en estimant qu’il est impossible de déterminer l’origine de ces sacs. Mais Serge Biechlin, l’ancien directeur d’AZF, le reprend : tous les sacs sont tracés et le numéro de l’usine de Toulouse est 31555. L’huissier vérifie : les sacs portent ce numéro.

Que peut-il se passer maintenant ? Lors de son délibéré, le tribunal correctionnel va-t-il malgré tout maintenir l’existence d’une responsabilité pénale contre AZF et ses représentants ?

Voici ce qu’en pense l’universitaire Hubert Seillan, spécialiste en droit du danger. Il est interviewé par Anna Lutzky, dans Usine Nouvelle, sous le titre : « Procès AZF : En quarante ans de carrière, je n’ai jamais vu ça ».

Sur l’enquête : « Je suis venu le surlendemain de la catastrophe sur le site d’AZF, avec 100 étudiants, sans qu’il y ait aucune limite, c’était la foire. Quand un simple accident survient dans un atelier, les policiers mettent des scellés, bloquent les machines, font des prélèvements immédiatement… Ici rien. De même, les experts ont travaillé sur les données qu’on leur a fournies or ces dernières ont été très partielles ».

Sur la responsabilité de Total : « Soit c’est un accident interne au hangar, et là Total est pleinement responsable de la formation de ses employés, et de la sécurité du site. Soit c’est de la malveillance interne liée à la sous-traitance, et Total n’a pas bien géré ses sous-traitants. Soit c’est une source extérieure, terroriste ou accidentelle, et Total est toujours impliqué : quand on a un site industriel, on s’arrange pour que personne ne vienne chez soi. Il reste cependant l’hypothèse d’une malveillance sans aucune intrusion… ».

Le président Le Monnyer a terminé la séance du mardi 9 juin par ces mots rapportés sur le blog La Dépêche de Sabine Bernède : « Je considère maintenant que l’essentiel de l’instruction a été dite ».

Ce mercredi 10 juin, Thierry Desmaret azf-serge-biechlin_lepost.1244621417.jpgl’ancien président de Total est attendu à la barre. Plusieurs associations envisagent de manifester.
Et le vendredi 12 juin, Serge Biechlin, l’ancien directeur d’AZF (à droite), et son directeur général, Daniel Grasset, seront entendus par le tribunal.

Ensuite viendra l’accusation, la défense et… la décision du tribunal.

Mais en l’état, ce procès risque bien de se terminer sur une question : Que s’est-il réellement passé le 21 septembre 2001 sur le site AZF de Toulouse ?

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* Le blog de Jean-Christian Tirat : AZF : l’enquête assassinée.

** Sur ce blog: Une histoire de sacs.

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AZF : une histoire de sacs

L’accusation du procès AZF repose sur un mélange accidentel de deux produits dont la réaction aurait entraîné une explosion. Or aujourd’hui, il n’est pas exclu que les faits se soient déroulés différemment. Et si cela était azf_histoire-1923-1938-photo-yan.1244110031.jpgconfirmé, c’est tout le travail des experts qui serait remis en cause. C’est un ouvrier, Gilles Fauré, qui supporte le poids de l’accusation ; car c’est lui qui a pelleté des produits du hangar 335 pour les déposer dans le hangar 221 – celui qui a explosé.

Il y a deux versions :

A) Celle retenue par l’instruction : L’ouvrier a chargé dans une benne, à l’aide d’une pelle, du nitrate d’ammonium et un dérivé chloré ; et 48 heures plus tard ces produits ont été déversés dans le hangar 221 – et 15 minutes après tout a explosé.

B) Celle de Gilles Fauré : Ce n’est pas du nitrate qu’il a chargé dans la benne, mais de l’ammonitrate, c’est-à-dire un banal engrais agricole. Et cela ne pouvait pas exploser.

L’instruction est entièrement basée sur la version A. Les experts ont « reconstitué » une explosion (avec bien du mal, semble-t-il) en utilisant les produits concernés. Ce qu’on appelle dans le dossier « le tir 24 ». C’est la base même de la thèse de l’accident retenue par l’accusation qui implique la responsabilité de la société Grande Paroisse et de sa maison mère Total.

Le juge n’a pas tenu compte des réfutations de Fauré, car dans un premier temps, devant les policiers, il avait admis que la version A était possible.

En janvier 2009, un peu avant l’ouverture du procès, le journaliste Jean-Christian Tirat, qui tient les chroniques AZF sur ce blog (pas cette semaine, il n’a pas eu le temps), fait une découverte qui remet tout en question.

Il s’agit d’une photo prise quelques heures après le drame sur les lieux de la catastrophe par le photographe de La Provence, Bruno Souillard. Elle représente un sac sur lequel le mot ammonitrate est écrit en noir. Ce qui correspond aux déclarations sans cesse répétées de Gilles Fauré – dont on n’a jamais tenu compte en partant du postulat que les inscriptions en noir étaient réservées au seul nitrate d’ammonium. Et qu’en conséquence, il se trompait.

sac-ammonitrate_photo-bruno-souillard_laprovence.1244109652.jpg

Du coup, Tirat, qui est également partie civile au procès, a demandé au président Le Monnyer de bien vouloir questionner les experts :

1) Pourquoi ont-ils affirmé que seuls les sacs de nitrate d’ammonium (produit explosif) portaient une inscription en lettres noires, alors que cette photo prouve le contraire ?
2) Si Gilles Fauré a réellement chargé de l’ammonitrate, comme cela devient maintenant vraisemblable, la réaction chimique de ce produit avec un dérivé chloré peut-elle oui ou non entraîner une explosion ?

Jean-Christian Tirat en doute, mais il estime que seule une nouvelle expérimentation pourrait permettre d’obtenir une certitude, dans un sens ou dans l’autre.

Le tir 25 en quelque sorte.

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Pour cette explication sommaire faite par un nul dans ce domaine, j’ai simplifié au maximum. Ceux qui veulent approfondir peuvent trouver tous les détails sur le blog AZF, l’enquête assassinée.

Chroniques du procès AZF (11)

Des suspects a priori – C’est l’impression que l’on ressent en lisant les dépositions d’anciens salariés d’AZF : « J’ai été mis en examen, et je ne sais toujours pas pourquoi. Ne azf-apres-lexplosion_photosebastien-prats- DR.1243258266.jpgme mettez pas les morts en face, ce n’est pas le moment ! On a été traités d’assassins, accusés de meurtre. Au lieu de nous cracher dessus, on aurait dû nous donner une médaille ! (…) On nous dit :  » Vous avez tué des gens « . Non, on a sauvé des gens ! » C’est Richard Mole, un ingénieur du site AZF qui parle ainsi. Lui et quelques-uns de ses collègues en ont gros sur le cœur. Ils n’ont pas digéré la manière dont ils ont été traités par les enquêteurs de la police judiciaire et par les juges d’instruction.

À la lecture de cette nouvelle chronique de Jean-Christian Tirat, on a l’impression que les policiers ont tenté de faire coïncider les dépositions des témoins ou des suspects avec la version officielle annoncée d’entrée de jeu par le procureur de la République.

Une impression dérangeante…

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Le tribunal évacue, invalide, exclut et réfute
Pour élucider le mystère de la catastrophe de Toulouse, les hypothèses d’une météorite tombée fortuitement sur le hangar 221 d’AZF, celle d’une bombe non explosée lâchée par la RAF le 2 mai 1944, et celle encore plus saugrenue d’un essai militaro-industriel high-tech loupé pour des raisons X ou Y, ont été évacuées par tous les experts ; pour une fois unanimes serait-on tenté d’ajouter.
Celle d’un arc électrique a aussi été vite invalidée. On aurait d’ailleurs pu y associer l’idée séduisante d’un « tsunami » de monopôles magnétiques développée par des physiciens de l’Institut Louis de Broglie et de l’institut Semenov de Moscou, mais il n’en a même pas été question.
Restent la piste d’une explosion due à un gaz exogène, tout aussi prestement réfutée par un expert (nous y reviendrons dans une prochaine chronique) ; et la piste intentionnelle gardée au chaud par le président du tribunal (voir la chronique du procès AZF n°10).
En attendant, c’est l’explication privilégiée (de guerre lasse ?) par les juges d’instruction Thierry Perriquet et le très discret Didier Suc, que le tribunal va passer au crible.
Il s’agit du mélange accidentel de quelques balayures d’un dérivé chloré pour piscines (DCCNa) avec des nitrates d’ammonium (NA) humides qui aurait été déversé dans le box d’entrée du hangar 221 où transitaient les NA déclassés pour raisons commerciales*.

* Pour en savoir plus sur les nitrates et le DCCNa.

Le président patouille
11 semaines que le procès est ouvert, sans que la thèse officielle soit franchement évoquée si ce n’est par touches successives, prudentes, méthodiques… Le président a certes fait le ménage, mais il va et vient maintenant au gré de la disponibilité des témoins et au détriment de la cohérence des débats.
Il rôde autour de l’option controversée du mélange incompatible : Il s’englue dans l’huile de carter des engins de chantier, neufs mais déjà fuyants selon l’accusation ; il s’enrhume sous un léger vent d’Autan, peut être humide ; il patouille dans des engrais secs ou boueux, c’est selon ; il patine sur une éventuelle croûte géante de nitrates pollués qui recouvrirait une dalle en béton en plus ou moins bon état. À ce jeu, il finit par s’enliser dans le marigot des textes réglementaires scrupuleusement respectés pour les uns, « adaptés » pour les autres. Pour changer, il flaire les miasmes du chlore ou de l’ammoniac ; il toussote et l’on s’y perd. Quand va-t-il aborder le problème de front ? Les victimes et leurs avocats, comme ceux de la défense s’impatientent. La tension monte.

Elle monte sur les conditions d’exploitation du hangar 221…

Lire la suite de l’article…

Chroniques du procès AZF (10)

La levée du secret-défense –  Le ton monte à Toulouse, et les choses s’accélèrent… Le tribunal veut casser le secret. Il désavoue le travail de la police judiciaire et délivre sac-nitrate_azf-lenquete-assassinee.1242750707.jpgune commission rogatoire aux gendarmes pour identifier les policiers qui 3 semaines avant l’explosion ont informé la SNPE des risques d’un attentat.

Jean-Christian Tirat suit le procès pour nous. Voici la suite de sa chronique…
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Après les témoignages des proches d’Hassan Jandoubi, le tribunal s’est dit « prêt à suivre » leur conviction et à l’exonérer du soupçon de malveillance qui pouvait peser sur lui. Mais à présent, pour se forger une opinion, le Président et ses assesseurs vont écouter des témoignages plus scientifiques : celui des experts.

Espérons que les blogs sauront faire court
La question est de savoir s’il est possible de mettre intentionnellement en détonation un stock de 300 tonnes de nitrate d’ammonium* (25% de NAI et 75% de NAA) avec et sans adjonction de fuel…
Pierre Thébault (expert en pyrotechnie et directeur général adjoint de la société Lacroix) :
– La première condition à remplir est le confinement. Comme ce hangar est ouvert, le confinement ne peut provenir que de la masse elle-même, sous une certaine hauteur de produit. Au cœur du tas il peut donc exister un autoconfinement.
– La deuxième condition, c’est l’énergie délivrée par le détonateur ou l’explosif primaire : « Nous avons fait des essais dans lesquels nous avons examiné la capacité du détonateur seul ou renforcé par une charge complémentaire, dite booster
».

Au sein de l’entreprise Lacroix le spécialiste a « reconstitué » le confinement à l’aide d’enveloppes en carton. Pour effectuer des séries de tirs…

Lire la suite de la chronique AZF…

Chroniques du procès AZF (9)

La fatigue se fait sentir – Au tribunal de Toulouse, les avocats rouspètent sur des audiences qui s’éternisent, azf-le-site-apres-lexplosion_lepost..jpgsouvent tard le soir. « On ne peut pas travailler efficacement. Je pense que physiquement, cela devient difficile pour tout le monde. Ce n’est pas une bonne méthode de travail dans un dossier aussi compliqué », dit Me Monferran. Mais le Président est intraitable. Il semble ne rien vouloir laisser au hasard et, pas à pas, il refait l’enquête – une enquête qui en a bien besoin.

Après avoir entendu des témoins, dont les déclarations renforçaient nettement l’hypothèse d’un attentat, aujourd’hui la situation s’inverse. C’est surtout la famille d’Hassan Jandoubi, l’homme tué lors de l’explosion et sur lequel les soupçons se sont portés, qui vient défendre son honneur.

Voici le compte-rendu que nous fait Jean-Christian Tirat.
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La part de la société
Au fil du long préambule qu’il consacre à la piste intentionnelle, le président du tribunal Thomas Le Monnyer s’interroge sur les réflexes communautaires qui tendent à signaler les origines des gens, pour peu qu’ils soient plus ou moins suspects : « (…) On peut observer que l’origine d’un individu peut être stigmatisée. Je suis dans l’incapacité de faire la part entre le contexte et la part de la société. On peut relever que Monsieur Jandoubi, né en France, de nationalité française, pourra être désigné dans certains témoignages comme étant le Maghrébin, voire l’Arabe ou pour certains témoins, le Tunisien (…) On se retrouve dans cette situation que la propre sœur d’Hassan qui est française, a estimé nécessaire de dire qu’il pouvait avoir un ami français ».

Bagarre ou engueulade : la chaîne aurait été arrêtée
La soirée du 28 avril aura été longue, très longue. Après
victime-azf-hassan-jandoubiles confrontations entre policiers et avec Leïla, la sœur d’Hassan Jandoubi, c’est Abdelkader Daoud qui est venu « dégonfler » les accusations portées par le chauffeur Karim à propos des altercations entre chargeurs et routiers ( voir la chronique du procès AZF n°8 ). M. Daoud travaillait à proximité du poste de chargement. Il a été gravement blessé par l’explosion du hangar 221. Selon lui, Hassan était ce jour-là « habillé comme d’habitude (…) S’il y avait eu quelque chose, bagarre ou engueulade, la chaîne aurait été arrêtée par le chef d’équipe. Le quart s’est déroulé normalement, jusqu’à 6 heures du matin ».

Le commissaire fait plaisir à la famille
Le commissaire Romain Paireau a remplacé Frédéric Malon à la tête de la crim’ toulousaine, en  2004. L’enquête était déjà bien avancée mais à la demande de la défense et du juge d’instruction Thierry Perriquet, il a vérifié certaines zones encore obscures… 

Lire la suite de l’article…

Chroniques du procès AZF (8)

Deux témoins qui ne mâchent pas leurs mots – Karim est sur azf-explosion_nouvelobs-copie.1241887154.jpgla route lorsqu’il apprend la catastrophe. Arrivé chez son patron, il se lâche : « Ces bâtards, ils ont fait péter AZF ! ».
Dans cette chronique, un chauffeur et une secrétaire apportent des témoignages troublants, qui font irrémédiablement penser à un attentat. Pourtant, on a l’impression que personne n’y croit vraiment – ou personne ne veut y croire. Le président Thomas Le Monnyer n’a toutefois pas l’intention de faire l’impasse. Comme il l’a souligné : « Divers éléments ont très vite alimenté la question de la piste terroriste »…

Voici le compte-rendu que nous fait Jean-Christian Tirat.
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Dans les chroniques précédentes nous avons entendu les arguments des policiers. Aussi bien ceux qui soutiennent l’enquête que ceux qui s’insurgent contre la façon dont elle a été menée. Chacun a exposé son point de vue et chacun est resté sur ses positions.
C’est à présent au tour des témoins de s’exprimer. Écoutons d’abord ceux qui de bonne foi ont alimenté cette hypothèse.

Karim et les guerriers turcs
Karim est cité par l’association des anciens salariés d’AZF.
Il est chauffeur de camion. Il se nomme Karim Mohamed Ben Driss. Il a été le témoin et l’acteur de vives altercations entre ses collègues venus charger du nitrate et certains intérimaires qui le transportaient (à dos d’homme). Pendant des années, alors que son nom n’était connu que de quelques fins connaisseurs du dossier, on a prétendu que ces querelles avaient un caractère raciste. Le commissaire Malon en a même rajouté à la barre en évoquant le témoignage d’un chauffeur corse : « Vous connaissez les relations des Corses avec les Maghrébins ! ». C’était le 28 avril, il était presque minuit, personne n’a relevé.
Karim possède un physique de pilier de rugby et le parler simple franc et rapide du quartier populaire du Mirail – d’où il vient. C’est aussi le quartier de ceux qu’il dénonce. Karim est en colère, Karim est bouleversé. Alors il dit sa rage, parfois dans un cri, parfois dans un sanglot.

Ce 21 septembre, il arrive au chargement vers cinq heures du matin. La benne de quatre heures contient à peine une dizaine de sacs. À l’intérieur un intérimaire lui fait une grimace – qu’il mime au Président. Mais son visage est projeté en gros plan sur les écrans géants, et toute la salle en profite. On sourit.
– Il y avait déjà eu des retards de chargement à Grande Paroisse, dit-il, mais pas à ce point. Trois conteneurs auraient dû partir le jeudi soir. La vapeur est montée. Les intérimaires nous faisaient des grimaces.
Les chauffeurs s’énervent, et comme il est très tôt, les chefs ne sont pas arrivés. Il n’y a personne pour rétablir l’ordre. Karim poursuit :
– J’ai été voir le premier intérimaire et je lui ai dit, tu charges ou je t’explose la tronche avec mon cric. Franck, un autre chauffeur lui dit « En plus, il habite au Mirail ». À 7h30, le chef d’équipe des intérimaires me demande si je me suis accroché avec eux. Il me dit « On ne les supporte plus ». Michel Farré est passé avec son camion. Malheureusement, il est resté sur le site. Il me dit : « Karim, ça va ? Y a le feu par rapport aux agissements des intérimaires ». À 9h45, Je vais à la pesée récupérer les papiers. Je leur dis : « Il y en a là-bas qui cherchent à faire une connerie, je ne sais pas laquelle ».

Karim est sur la route lorsqu’il apprend la catastrophe. Arrivé chez son patron, il se lâche :
– Ces bâtards, ils ont fait péter AZF !
Puis il pense à ses copains…
– Putain, on a deux chauffeurs sur le site, Alain et Michel. Ils sont morts là-bas, sur place…
Cliquer ici pour lire la suite. 

Chroniques du procès AZF (7)

Règlements de comptes – En affirmant a priori que l’explosion était la conséquence d’un accident, le procureur de Toulouse a bloqué l’enquête. Huit ans plus azf-dossier_lepost.1241766981.jpgtard, entre ceux qui ont obéi aux ordres et ceux qui auraient voulu ne pas obéir, les policiers règlent leurs comptes. Pourtant, à l’époque, aucun n’a tenu tête. Et les plus courageux se sont contentés de baisser les bras.
On a pu penser qu’il était sage, après les attentats du 11-Septembre, de ne pas affoler les gens en enquêtant – seulement en enquêtant – sur une éventuelle piste terroriste. Mais aujourd’hui le résultat est là. Certains policiers estiment que dans cette procédure, toutes les portes n’ont pas été refermées. Que pour le moins, il reste des points de suspension…

Sauf rebondissement de dernière minute, ce procès retiendra probablement la thèse de l’accident. Mais quelque part, il restera comme un doute. Comme dit Me Soulez-Larivière : « Il n’y a de preuve judiciaire de rien du tout, ni sur une piste accidentelle, ni sur une piste intentionnelle… ».

Dans ce compte-rendu des débats, Jean-Christian Tirat, nous montre la confrontation entre les différents enquêteurs.
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Ceux qui ne croient pas à l’hypothèse intentionnelle sont convaincus qu’AZF n’était pas un attentat puisqu’il n’y avait pas eu de revendication. Argument léger quand on se souvient par exemple des attentats non revendiqués de 1995 contre le RER à la gare Saint-Michel de Paris. Et puis, quid des cinq revendications adressées à la presse et aux autorités policières après la catastrophe de Toulouse ?

Houarla-Houarla contre Alpha-Bravo
Entre 2005 et 2006, Michel Monier, un policier du SRPJ de Toulouse, a enquêté sur ces revendications. Un peu tard diront certains. Auparavant, l’OPJ était en poste en Espagne où il faisait l’interface entre la police espagnole et la police française. Il a vécu les attentats de Madrid, mais, chose curieuse, il ne sait pas s’ils ont été revendiqués (Ndr : ils l’ont été par Al-Qaïda le soir même dans un communiqué reçu par le journal Al Qods Al Arabi, basé à Londres, puis trois jours plus tard par une cassette signée de la même organisation reçue par les autorités espagnole).
Pour AZF, passons sur quatre revendications fantaisistes, comme l’appel téléphonique reçu par une gendarmerie de banlieue d’un groupe inconnu : Houarla-Houarla islamique…
En revanche Me Simon Foreman (avocat de la défense) focalise sur « Alpha-Bravo ». De quoi s’agit-il ?
Le 28 septembre 2001, à 8h50, la chaîne de télévision locale TLT reçoit un fax manuscrit :
« Contrairement à ce que peut dire la Presse, le Groupe ALPHA-BRAVO Revendique l’attentat de l’Usine AZF du 21/09/2001… Cliquer ici pour lire la suite.



Chroniques du procès AZF (6)

La piste de l’attentat – « Vous dites que des recherches importantes n’ont pas permis de retrouver un engin explosif, ni un détonateur… », s’étonne Me Mauricia trou-azf_google-copie-2.1241342732.jpgCourrégé, en agitant sous le nez de l’expert un cylindre métallique de la taille d’une demi-cigarette… « C’est quoi, ça ? » demande-t-il. « Un détonateur, Monsieur, comme ceux que vous venez de montrer, fortement agrandis à l’écran ».

Qu’est-ce qui a provoqué cette énorme explosion sur le site AZF ? Ce cratère immense (photo satellite Google) ? La réponse est connue : 300 tonnes de nitrates déclassés.

Mais une question reste en suspens : la raison de cette explosion.

S’agit-il d’une banale réaction chimique, comme le maintiennent les partisans du « Total seul responsable » – ou d’un attentat ?

Jean-Christian Tirat reprend le fil de son exposé. Aujourd’hui, le tribunal suit la piste intentionnelle, comme on dit pudiquement. Le président Le Monnyer marche sur des œufs, mais visiblement il a bien l’intention de vérifier tous les détails et de remplir les blancs laissés par les enquêteurs. En fait, ce procès, c’est une seconde enquête.

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Les précautions du Président
« La question d’un acte intentionnel me paraît légitime », déclare le président Le Monnyer à l’ouverture des débats. « C’est délicat à aborder car des suspicions se sont fait jour sur une personne, Monsieur Jandoubi, qui est décédé dans l’explosion. M. Jandoubi est dans l’incapacité de se défendre. » Il précise que des membres de sa famille se sont constitué partie civile. Il décrit ensuite le contexte international, dix jours à peine après les attentats qui ont frappé les E-U. Le contexte régional est aussi évoqué à travers l’affaire de Béziers : le 2 septembre 2001, un illuminé, Safir Bghouia, s’est attaqué aux forces de l’ordre à l’aide d’un lance-roquettes et d’une Kalachnikov. Il a tué un conseiller municipal de 12 balles dans le dos avant d’être abattu par la police après une course-poursuite de 12 heures. Lors des perquisitions, un véritable arsenal a été découvert chez lui, sans qu’on puisse établir le moindre lien avec une organisation terroriste.

Une aiguille dans une botte de foin
Pour les experts en explosifs, il n’y a pas de doute. Dans le cas d’un acte de malveillance, ils auraient retrouvé la trace du détonateur.
« Vous dites que des recherches importantes n’ont pas permis de retrouver un engin explosif, ni un détonateur. Si on ne retrouve pas une aiguille dans une botte de foin, cela signifie-t-il qu’il n’y a pas d’aiguille ? »
C’est Me Mauricia Courrégé qui monte au créneau. L’avocate (de la défense) brandit sous le nez de l’expert, Daniel Van Schendel, un petit cylindre en aluminium pas plus gros qu’une demi-cigarette. Décontenancé l’expert en incendies et explosions hésite : « Mais c’est quoi ça ! ». Puis il s’énerve et pose carrément la question : « C’est quoi ça ? ».
– Me Courrégé : « Un détonateur monsieur, comme ceux que
mauricia_courrege_grande_paroisse_blog-azf_ladepeche.1241340634.jpgvous venez de montrer fortement agrandis à l’écran ».
– D. Van Schendel : « J’en ai plein dans mon labo des détonateurs, j’en ai même chez moi… ».
Le président Thomas Le Monnyer demande à voir l’objet. Il le saisit entre deux doigts, l’examine, puis il le pointe en direction de l’artificier : « Le détonateur est peut-être belge… Bon, il est petit », dit-il sur un ton ironique.
– D. Van Schendel (penaud) : « C’est un constat. On n’a rien retrouvé. On était sur les lieux… On a ratissé. On a trouvé des choses intéressantes, mais pas un détonateur ».

L’aiguille dans la botte de foin…

Entre le préambule du Président et cette dernière scène, il y a eu quatre jours de débats. Quatre jours intenses qui ont tenu les Toulousains en haleine et bouleversé les 400 personnes fidèles aux audiences.

Il est vrai que sur la question de l’acte de malveillance, attentat ou sabotage, les opinions sont partagées et les avis tranchés. Selon les uns cette piste ne repose sur rien. Elle relève d’un nauséabond phantasme. Selon d’autres, trop de portes sont restées entr’ouvertes et il existe un faisceau d’indices convergents.

Les trous dans l’enquête
– Le 1er septembre 2001, deux équipes de policiers et/ou de gendarmes (jamais identifiées) préviennent la société voisine d’AZF, la très sensible SNPE, qu’il existe un risque d’attentat.

– Le 20 septembre, la veille du drame, un appel anonyme parvient au commissariat. Il signale l’arrivée dans la ville d’un islamiste algérien spécialiste en explosifs.

– Le matin même du jour fatidique, des altercations opposent des chargeurs intérimaires à des chauffeurs de camion, juste à côté du hangar 221, celui qui va détonner. Les raisons tourneraient autour du peu d’entrain mis par les intérimaires à charger les bennes des camions.
Un drapeau US en berne dans la cabine de l’un des camions (l’attentat du WTC est récent) semble avoir envenimé les choses. Des menaces auraient été proférées par un ouvrier français d’origine tunisienne, Hassan Jandoubi.

– Ce dernier aurait tenté à trois reprises de faire embaucher sur le site une relation qui n’a pas voulu décliner son identité.

– Une quinzaine de minutes avant le sinistre, un intérimaire algérien quitte l’usine un rien précipitamment. Il suit un circuit alambiqué pour rejoindre le domicile de son « ex », dont il est en instance de divorce. Plus tard, la police découvre chez lui la trace d’un virement bancaire en provenance des USA, un devis de 120.000 francs portant sur de la littérature technique et industrielle, et une chemise contenant un texte manuscrit sur Al-Qaïda. Il y est écrit en gras les lettres TOULOUSE.

– Hassan Jandoubi est tué dans l’explosion. Le 22 septembre au petit matin, son corps est transporté à la chambre mortuaire de l’hôpital Purpan. Le médecin légiste, Anne-Marie Duguet, et les policiers qui l’assistent, découvrent que la victime est revêtue de plusieurs couches de sous vêtements. Ce serait un rituel de « kamikazes » islamistes destiné à protéger certaines parties du corps. Il s’agirait d’honorer au Paradis les 72 vierges (houris) promises aux musulmans méritants. Le docteur Duguet, qui rentre d’un congrès en Tunisie où ce rituel a été évoqué, déclare aux policiers : « Cet homme savait qu’il allait mourir ». C’est à cet instant que la piste intentionnelle prend corps.

– En réponse aux questions des enquêteurs, la famille et la compagne de Jandoubi s’étonnent de cet accoutrement – avant de se raviser.

– Des prêcheurs fondamentalistes de l’organisation piétiste Dawa al Tabligh sont contrôlés par la gendarmerie au péage de Valence d’Agen, une heure après la catastrophe. La lunette arrière de leur véhicule est brisée. À cause de l’explosion, expliquent les occupants.

– Le 24 septembre, lors d’un briefing, le patron du SRPJ de Toulouse explique à 70 policiers réunis qu’il faut enquêter en priorité sur la piste accidentelle. Il aurait évoqué comme origine de l’explosion les exhalaisons d’un rat en décomposition qui aurait réagi avec le nitrate pour produire du gaz méthane. Abasourdis par les propos tenus par leur chef, des policiers s’en ouvrent à des journalistes.

– Au mois d’octobre, une « note blanche » des renseignements généraux (RG), circule dans toutes les rédactions. Elle porte la date du 3 octobre 2001 et conforte l’hypothèse terroriste.

Cette liste non exhaustive montre comment la piste intentionnelle a pu troubler une ville comme Toulouse, qui fonctionne comme un gros village. Tout s’y sait très vite. Le doute s’est propagé au fur et à mesure que ces éléments ont filtré dans l’opinion publique.
Et aujourd’hui, les policiers mécontents viennent dire à la barre du tribunal qu’ils n’ont pas eu la possibilité de vérifier ces éléments. Ne serait-ce que pour les infirmer.

Alors, ce que les enquêteurs n’ont pas pu réaliser, ce que jc-tirat.1240585967.jpgles magistrats instructeurs n’ont pas su exiger, le président Le Monnyer a bien l’intention de le faire.

Nous verrons comment dans la prochaine chronique.

Jean-Christian Tirat
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Pour en savoir plus vous pouvez vous reporter au blog de J-C Tirat (ici) et à l’ouvrage qu’il a coécrit avec Franck Hériot AZF : l’enquête assassinée, chez Plon.

Chroniques du procès AZF (5)

Une histoire de son – « Maintenant vous nous dites qu’il y avait quelque chose dans le ciel qui n’a pas été vu par les radars, ni par les témoins (…) Existe-t-il un hélicoptère homme-en-sueur_tatoufauxcom.1240904537.gifqui puisse voler à Mach 1,6 ? (…) Cela ressemble donc à un Ovni ! » La salle rigole aux déclarations sarcastiques de Me Lèguevaques, mais dans l’auditoire, on ne sait plus quoi penser… Une détonation dont le son ricoche sur les nuages, ou sur une colline, ou trouve son origine à plusieurs centaines de mètres d’altitude, il y a de quoi s’y perdre…

Jean-Christian Tirat reprend le fil du procès et compare les arguments des experts acousticiens à ses propres constatations, effectuées lors de son enquête de journaliste. Pour lui, le compte n’y est pas.
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Une explosion, deux explosions… et 3 versions
Les enregistrements des mouvements du sol par les sismogrammes n’ont pas fait la lumière – et chacun campe sur ses positions. Dans la salle d’audience, j’identifie trois clans :

Les neutres – Avec dans ses rangs, ceux qui n’ont rien compris (ils ont des excuses) et ceux qui attendent la suite avant de se forger une opinion. Parmi ces derniers, l’idée de l’existence de deux explosions successives au même endroit, dans le hangar 221, fait peu à peu son chemin.

Et les deux extrêmes – Pour les uns, ceux qui croient à la thèse officielle de l’accident, il est acquis que les experts ont suffisamment démontré l’existence d’une explosion unique. Pour eux, les témoins ou les appareils enregistreurs ont perçu deux bruits en raison de la différence de vitesse de la propagation du son. Comme le son est dix fois plus rapide dans le sol que dans l’air, on a entendu d’abord ce premier bruit (le bang !), puis ensuite le second (le boum !).
Il faut dire qu’admettre l’existence de deux explosions reviendrait à mettre en cause les conclusions du juge d’instruction et par conséquent à innocenter le groupe Total, propriétaire de l’usine sinistrée.

Pour les autres, les sapiteurs1 ont au contraire démontré l’existence d’une première explosion, entendue par de nombreux témoins et enregistrée par les appareils de mesure. C’est l’opinion de la défense d’AZF et de Total, et de certaines parties civiles qui doutent de la thèse officielle.

Une légère différence dans les écarts de temps entre le bang et le boum prouverait aux experts que le bang est un son sismique, donc une seule explosion, disent les uns. Pas d’accord, rétorquent les autres, cet écart démontre que le bang s’est produit hors de la zone AZF, donc deux explosions. Par triangulation, ils situent d’ailleurs la première explosion au nord de la Société nationale des poudres et explosifs ; ou pour certains à… 400 mètres d’altitude, environ 2.000 mètres au nord du pôle chimique.

Des enregistrements choquants
À l’audience du 8 avril, une vidéo tournée dans un collège (en grève au moment de la catastrophe) avait été projetée. On cherchait un hélicoptère introuvable (nous y reviendrons).  Les images trop… réalistes avaient choqué une partie des victimes. Pour ne pas répéter l’incident, le président Le Monnyer décide, aux audiences des 16 et 17 avril, de ne pas renouveler l’expérience. L’assistance ne pourra donc pas voir ces enregistrements. Peut-être aurait-il été préférable de demander aux personnes sensibles de quitter provisoirement la salle… C’est une opinion personnelle.

Au cours de notre enquête, nous avions pu nous procurer ces bandes. L’une d’elles était encore inédite en octobre 2005, et j’en ai personnellement remis une copie au juge d’instruction… Cliquer ici pour lire la suite.

Chroniques du procès AZF (4)

Une explosion ! Deux explosions ! – Afin d’y voir clair, le juge a fait exploser des charges de dynamite de 35 kg tour-prilling-des-na-2.1240586409.jpgenterrées à des profondeurs de 15 mètres. Pour faire vibrer le sol, on a fait tomber des poids de 20 tonnes d’une hauteur de 20 mètres, on a même fait venir des outils prévus pour la recherche pétrolière… Aujourd’hui, ces éléments et bien d’autres sont décortiqués par les experts. Ils sortent le grand-jeu pour démontrer que leur théorie est la bonne. Tant de démonstrations mathématiques, d’arguments chiffrés…, que dans la salle d’audience on a cru voir quelques bâillements.

Jean-Christian Tirat assiste aux débats. Il nous raconte le procès, non sans quelques flashbacks sur ses souvenirs du drame et sa propre enquête de journaliste.

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Bang ou double-bang ?
70% des Toulousains que nous avons interrogés jurent avoir perçu deux « explosions ». Près de 800 personnes ont déposé devant des officiers de police, ou ont rédigé des attestations judiciaires en ce sens. Ces témoignages figurent au dossier de l’instruction. Neuf enregistrements : un premier audiogramme, puis un second, apparu « miraculeusement » le 2 avril, en plein procès ; et sept enregistrements audio sur supports magnétiques ou numériques (pour écouter les enregistrements : ici). Il faut y ajouter les sismogrammes tracés par les sismomètres du Réseau national de surveillance sismique (RéNass), ceux du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), et un excellent sismogramme d’amateur.
Quelques rares photographies des fumées consécutives à l’explosion  – ou aux explosions – complètent cet aspect très polémique de l’affaire.

Ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu
Le 21 septembre 2001, je suis dans mon bureau situé à 3.500 mètres au nord d’AZF. Mon amie Dominique et moi percevons un premier « BANG ! » qui nous alerte. Dominique s’écrie : « Tu crois que c’est quoi ? ». Je lui réponds « Encore les voisins qui ont claqué leur porte ! ». Je me replonge dans mon travail, tandis qu’elle se sert un café. Soudain, elle panique ! Le sol de la cuisine tremble. Elle croit que l’immeuble va s’effondrer. Ultime pensée pour ses enfants. Nous n’oublierons jamais. Tout est gravé. Chaque geste, chaque pensée. 6 à 9 secondes plus tard, BOUM !!! La dévastation. Une onde de choc, un souffle qui ravage tout : vitres, plafonds… C’était hier. C’était terrible. Une chose est sûre : comme de nombreux toulousains, nous avons nettement entendu deux explosions.
Réflexe de l’ex-reporter de guerre, je fonce sur le toit de l’immeuble avec un appareil photo. Je photographie les fumées et en même temps, je localise la catastrophe : le pôle chimique ! Je cours alors à l’école de ma fille. Chemin faisant, dans une ruelle, rue du Canard, je croise un jeune livreur en scooter qui crie « C’est un hélico, c’est un hélico ! Je l’ai vu se crasher sur l’ONIA ! (l’ancien nom d’AZF) ». C’était 5 minutes au plus après la grande explosion. Je n’ai pas réussi à retrouver ce témoin. Il travaillait pour la société VOLTEX mais ses responsables n’ont jamais voulu me donner ses coordonnées. J’en ai parlé en vain au juge d’instruction Thierry Perriquet et à l’OPJ Jean-Pierre Bellaval. La présence d’un hélicoptère mystérieux a été évoquée au procès : nous y reviendrons.

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Photo prise quelques instants après l’explosion. On distingue nettement deux fumées.

Photos de fumées
Le tribunal appelle d’abord le géomètre expert Jean Sompayrac. Il a étudié mes photos, celles de Thierry Bordas, journaliste à La Dépêche du Midi, qui a assisté à la catastrophe depuis la rocade. Celle enfin de Sébastien Prats dont j’ai découvert fortuitement l’existence en visitant une exposition.
L’étude de ces photographies a été l’objet de ma première rencontre avec le juge Thierry Perriquet… Cliquer ici pour lire la suite.

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