POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Les pirates du Net

Le Sénat examine le projet de loi anti-piratage, joliment dite « loi création et internet ». Si ce texte devait aboutir, on arriverait à cette bizarrerie : la condamnation des internautes fautifs sans aucun jugement et cela pour défendre les intérêts des artistes.

Le projet de loi prévoit la création d’une « Haute autorité pour la hacker_googlestoriescom.1225272643.jpgdiffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet ». Il appartiendra à celle-ci de détecter les « fraudeurs » et de les punir. Les sanctions iraient de l’avertissement à la suspension de l’abonnement à Internet.

Mais pour détecter les fraudeurs, il faut des moyens d’investigations… On dit que cet organisme aurait accès aux bases de données des serveurs…

Le Parlement européen a nettement dit non au projet français. « Aucune restriction aux droits et libertés des internautes ne peut être imposée sans une décision de justice », ont affirmé les parlementaires.

De nombreuses associations militent contre l’adoption de ce texte. L’association de défense des consommateurs, UFC-Que Choisir a sollicité la commission européenne pour bloquer le processus en attendant que le parlement européen ait légiféré.

Le collectif La quadrature du Net est également parti en guerre. Il estime qu’une telle décision porterait gravement atteinte à nos droits fondamentaux sans rapporter un seul centime de plus aux artistes.

christine-albanel_wikipedia.1225272741.JPGL’argent et l’art, l’art et l’argent. On aimerait bien entendre quelques-uns de nos artistes se manifester et nous donner leur opinion. En attendant, le gouvernement de François Fillon a bien l’intention de passer en force. La ministre de la culture, Christine Albanel a même demandé, via le rapporteur du projet, que la procédure d’urgence s’applique à l’examen de ce texte. Quant aux sénateurs, ils traînent des pieds. Certains estiment que le piratage est déjà un délit puni par la loi, d’autres penchent pour une amende « administrative ».

 

P.S. Pour être objectif (et pour répondre au commentaire du compositeur Bernhard Elsner), j’aurais dû ajouter que la SACEM ouvre une pétition (cliquer ici) en faveur de la loi Création et Internet.

Halte au feu !

Les policiers vont-ils avoir le droit d’utiliser leur arme en dehors de la légitime défense ? C’est l’une des questions qu’il va falloir résoudre d’ici le 1er janvier 2009, date à laquelle l’intégration de la gendarmerie nationale au sein du ministère de l’intérieur doit devenir effective.

policier.gifEn mai 2008, à Draguignan, un gendarme ouvre le feu sur un individu qui tente de s’enfuir alors qu’il fait l’objet d’une mesure de garde à vue. Sept coups de feu. L’homme meurt, touché par trois balles. Le militaire est poursuivi pour « coups ayant entraînés la mort sans intention de la donner » et remis en liberté au bout de quatre jours. Dans une situation identique, un policier aurait été mis en examen pour homicide volontaire.

Il existe en effet une différence quasi doctrinale entre ces deux corps :

– Les gendarmes peuvent ouvrir le feu pour arrêter un criminel ou un délinquant (la Cour de cassation a tenté de limiter ce droit : le tir doit être «absolument nécessaire» et le gendarme doit porter l’uniforme).

– Les policiers ne peuvent utiliser leur arme qu’en état de légitime défense de soi-même ou d’autrui (la jurisprudence a toutefois admis «l’état de nécessité»).

Or le 16 octobre dernier, les sénateurs ont posé à Michèle Alliot-Marie « la question de l’armement des forces de l’ordre », sous-entendu une fois l’intégration effectuée.

Les sages avaient-ils une idée derrière la tête ?

Si l’on se souvient qu’en novembre 2001 ils s’étaient déjà fortement intéressés à l’utilisation des armes dans la police, on peut le craindre.

À l’époque, ils s’étonnaient que les policiers ne puissent faire usage de leur arme qu’en état de légitime défense. « Il en résulte, disaient-ils, que les policiers sont conduits soit à s’exposer de façon excessive, soit au contraire à ne pas pousser leur action aussi loin que le bon accomplissement de leur mission l’impliquerait… »

Autrement dit, à leurs yeux, les flics ne peuvent être que des cowboys ou des froussards…

À la finale, les sénateurs s’étaient mis d’accord pour donner aux policiers les mêmes droits que les gendarmes – et même un peu plus. Heureusement, le projet est passé à la trappe.

Utililsation armes police_projet loi senat.jpg

En dehors de périodes troubles de notre histoire (1943-45) les policiers n’ont jamais eu le droit d’utiliser leur arme sauf pour sauver leur vie ou celle d’autrui. Policiers et gendarmes vont désormais travailler flic_indecis_lessor.jpgcôte à côte. Dans une situation dangereuse, les uns pourraient tirer et pas les autres. Situation ingérable. Casse-tête pour les magistrats… Le gouvernement va devoir trancher. A votre avis, dans quel sens ?

En ce XXI° siècle qui démarre très sécuritaire va-t-on donner aux policiers un pouvoir qu’a priori ils ne demandent pas ?


Le clown devant les juges

Le 31 octobre, la justice doit trancher dans une affaire délicate, mais cette fois pas de morts, pas de violences : c’est du cinéma… En effet, il appartient aux magistrats de la 3e chambre du TGI de Paris de nous dire si demain nous pourrons revoir Yoyo, Le Soupirant…, ces films des années 60 signés Pierre Étaix.

affiche-le-soupirant-1962.jpgQui est Pierre Étaix ? se demandent peut-être les plus jeunes. C’est le clown blanc de L’école du cirque, qu’il créa avec son épouse, Annie Fratellini. Mais c’est aussi un cinéaste, un scénariste, un dessinateur, un magicien… en un mot, un artiste. Un vrai.

Tellement artiste qu’à la différence de tant d’autres qui se contentent de faire du business, lui, il a conservé sa pureté, on pourrait dire sa naïveté. Et un beau jour, il a signé un bout de papier qui lui a fait perdre tous ses droits sur ses films.

Ses films, ce sont des chefs-d’œuvre du cinéma français… Cinq longs-métrages en tout, dont quatre écrits en collaboration avec son complice, Jean-Claude Carrière.

Comment ces deux hommes ont-ils pu commettre pareille boulette ? De la façon la plus simple. La pellicule a souffert des ans, et, pour assurer de nouvelles diffusions, une restauration s’avère indispensable. Mais pour cela, il faut de l’argent. Les artistes sont rarement fortunés. Alors, ils font confiance à un « chevalier blanc ». Mais à l’usage, celui-ci n’est pas aussi blanc qu’il n’y paraît, et malgré les promesses, l’argent n’arrive pas. Et le temps passe. Un an, deux, trois… Alors Étaix et Carrière trouvent un mécène, la fondation Groupama Gan pour le cinéma.

Ouais mais voilà ! Ils n’avaient pas lu les petites lignes du contrat, les annie-fratellini-et-pierre-etaix-_cl-prest-explorer.jpgdeux artistes. Et illico, ce fameux chevalier blanc les traîne devant les juges, ils sont condamnés.

Trop tard pour Yoyo. Le film a eu le temps d’être restauré et il est projeté en ouverture du festival de Cannes, en 2007, et à la cinémathèque de Paris. Un triomphe !

L’affaire ne s’arrête pas là. C’est très compliqué, nous explique Laurent Delpit sur son blog (que je vous invite à consulter en cliquant ici) : La société Gavroche productions (le faux chevalier blanc) qui s’estime être seule propriétaire des droits sur lesdits films, poursuit Pierre Étaix, Jean-Claude Carrière et la fondation Groupama Gan. Elle affirme en effet que le fait d’avoir restauré et présenté Yoyo à Cannes et à Paris, nuit à la redistribution du film, ainsi qu’aux quatre autres : Le Soupirant, Tant qu’on a la santé, Le Grand Amour et Pays de Cocagne. Elle demande 1.400.000 euros de dommages et intérêts. Raison pour laquelle, vendredi prochain, nos deux scénaristes vont se retrouver devant les juges, où ils seront d’ailleurs assistés par la SACD (société des auteurs et compositeurs dramatiques).

logo-films-etaix.jpgOn n’a pas entendu beaucoup d’artistes français soutenir Pierre Étaix, mais Jerry Lewis, malgré sa maladie, lui a manifesté son appui et son amitié. Il a eu cette jolie formule : « Deux fois dans ma vie, j’ai compris ce qu’était le génie : La première fois en regardant la définition dans le dictionnaire et la seconde fois en rencontrant Pierre Étaix. »

Mais tous deux sont des clowns, comment les prendre au sérieux ?

En tout cas, de ce combat juridique va déboucher une décision qui nous concerne : A-t-on une chance de revoir, sur le grand ou le petit écran, ces petits bijoux du cinéma français ?

Espérons que les magistrats sont cinéphiles…

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Une pétition circule sur Internet (cliquez ici). On dit qu’elle a réuni déjà plus de 20.000 signatures.

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P.S. Conformément à la déontologie de ce blog (voir dans « A propos »), j’ai supprimé le message que m’avait adressé Laurent Delpit.

Marre de Mesrine !

L’autre jour, en attendant le RER, dans ma petite gare de banlieue, des gosses discutaillaient sur Mesrine. La conversation roulait autour du film « L’instinct de mort ». Et j’ai tendu l’oreille, curieux de savoir comment des enfants pouvaient percevoir ce personnage.

la-gare_jacquesmullerbe.jpgJe dois avouer (j’ai honte) qu’ils utilisaient parfois des mots que je ne comprenais pas. Je suis donc resté sur ma faim.

Hier matin, en buvant mon café, j’écoutais les infos sur France-inter. Et paf ! On nous ressort un petit coup de Mesrinou. Cette fois ce n’est ni Broussard ni Aimé-Blanc qui parlent, c’est Michel Ardouin, alias « Le porte-avions », à l’époque fiché au grand banditisme.

Je résume de mémoire :

« Ouais, j’ai connu le Grand-Jacques. On a dû faire plus de 70 braquages ensemble… Mais c’était pas un vrai truand. Y faisait pas partie du milieu. Nous, on avait un code d’honneur…

« Il a jamais tué personne… »

Dans le RER, je feuillette le journal (ce qui n’est pas facile) : une pleine page sur Mesrine avec des photos du vrai et du faux. Mais qui est qui ?

Le soir, même radio même sujet, mais cette fois les auditeurs peuvent intervenir. L’un demande : « Combien de gens Mesrine a-t-il tué ? »  Réponse : « Il n’a tué personne. »

Et voilà comment on écrit la petite histoire. À force de nous parler du bonhomme, les médias finissent par l’ennoblir. On en fait ce qu’on voudrait qu’il soit. Bientôt ça sera Mesrine le voleur de grand chemin, qui n’a jamais fait de mal à une mouche et qui a pris aux riches pour distribuer aux pauvres.

Soyons sérieux. Même s’il n’a jamais commis la trentaine de meurtres dont il parle dans son livre, Mesrine a tué une vieille dame au Canada, (ce crime, il ne l’a jamais revendiqué) ; avec son complice Jean-Paul Mercier, il a abattu deux gardes-forestiers lors de sa cavale tillier_lemonde2.1224731588.jpgdans ce même pays ; il a grièvement blessé un gardien de la paix en banlieue parisienne ; et il a laissé pour mort Tillier, le journaliste de Minute…

Et j’en oublie sans doute.

On a vu défiler dans les médias tous les flics de PJ et tous les truands de l’époque. Un seul me semble-t-il est resté à distance. Il s’agit de François Besse. En 1978, les deux hommes parviennent à s’évader de  la Santé. Ils font plusieurs coups spectaculaires avant que Besse ne s’éloigne de son complice qu’il ne trouve pas suffisamment fiable. À sa sortie de prison, en 2005, il se retire en province avec la ferme intention de faire une croix sur son passé. Un modèle de réinsertion, dit son avocat. Ces temps-ci, ça n’a pas dû être facile pour lui de résister à la pression des journalistes. Chapeau, Monsieur Besse !

Pour en revenir aux gosses sur le quai de la petite gare de banlieue, je me demande comment ils arrivent à se faire une opinion entre l’information de la presse et la promo d’un film… À tout mélanger, je crois qu’il n’y a pas de gagnant : la presse perd du crédit et le cinéma perd de la crédibilité. Ou le contraire.

Je ne sais pas vous, mais Mesrine : ras-le-bol !

Le Taser et les chiffres qui tuent

La ministre de l’Intérieur monte au créneau pour défendre le Taser. Et elle annonce crânement devant les sénateurs que son utilisation se traduit par une diminution de 30 % de l’usage des armes à feu… C’est ce qui s’appelle se prendre les pieds dans le pas de tir.

les-dupond_bakchichinfo.1224581395.jpgDans une étude sur « la gestion du stress lié à l’usage des armes dans la police », le capitaine Pierre-Frédérick Bertaux a étudié les dossiers de policiers qui ont fait usage de leur arme entre 1989 et 1996 sur le ressort de la préfecture de police. (Il s’agit non pas d’une sortie d’arme mais d’un tir réel). Sur cette période, il a comptabilisé 218 cas, ce qui s’est traduit par 160 procédures (administratives et/ou judiciaires). On peut estimer qu’une projection au plan national nous donnerait au maximum un chiffre double.

Une soixantaine de policiers se trouvent donc chaque année dans une situation où le danger (pour soi-même ou pour autrui) nécessite l’usage de l’arme à feu.

60 cas par an c’est beaucoup, mais c’est quand même trop peu pour nous brandir sous le nez des pourcentages en trompe-l’œil.

Il appartient donc à Madame Alliot-Marie de parler « sérieusement » de choses sérieuses.

Nous dire que le Taser a réduit de 30 % l’utilisation des armes à feu dans la police, c’est nous prendre pour des benêts. D’autant que le pistolet Sig-Sauer et le pistolet électrique n’ont pas du tout la même utilité. Dans un cas, on parle de légitime défense et dans l’autre de neutraliser un individu avec un minimum de risques.  ane.1224581771.gif

La question me semble-t-il n’est pas de savoir si aux États-Unis le Taser est directement ou indirectement responsable de la mort de cent ou deux personnes, car je crains fort que l’on se perde dans des combats d’experts… Non, renversons le problème : Cette arme électrique a-t-elle sauvé des vies ?


Antoine, l'enfant oublié

L’ancien patron des RG a rédigé un carnet noir sur Sarkozy qui a lui-même envoyé ses enquêteurs pour enquêter sur les enquêteurs qui enquêtaient sur Besancenot. La bourse joue au yoyo, les traders s’emmêlent les pinceaux, on siffle la Marseillaise… Ah oui ! On est sans nouvelle du petit Antoine.

Antoine_photo publiée à la demande de sa maman.jpgDeux poids, deux mesures : Un soir de mai 2007, le directeur central de la PJ reçoit un appel sur son téléphone portable : « Un enfant a disparu… » Dès le lendemain, des personnalités du monde politique et judiciaire sont sur place, suivies par une meute de journalistes de tous les pays. L’affaire fait la Une de la presse, en Europe, aux États-Unis… Devant les caméras, la mère adresse une supplique « à ceux qui ont fait ça ». Des spécialistes de Scotland Yard viennent aider les enquêteurs locaux. Au total, c’est 150 policiers qui sont mobilisés. Deux jours plus tard, le directeur de la PJ annonce officiellement aux médias : « Il s’agit d’un enlèvement. » Un fond de soutien se met en place sur Internet et de richissimes hommes d’affaires volent au secours de la famille.

C’était au Portugal. Madeleine McCann, la petite Maddie, a disparu le jeudi 3 mai 2007, vers 22 heures, tandis que ses parents dînaient avec des amis.

Pratiquement à la même heure, ce jeudi 11 septembre 2008, Antoine_photo publiée à la demande de sa mam.jpgAlexandrine Brugerolle de Fraissinette est allée sonner à la porte de la gendarmerie. « Mon fils a disparu », leur a-t-elle dit. Mais voilà ! Alexandrine a 23 ans, elle n’a pas beaucoup d’éducation, elle est mère célibataire et elle travaille comme serveuse dans un restaurant d’Issoire, une ville de 13.000 habitants dans le Puy-de-Dôme. J’ai bien peur que le téléphone du directeur central de la PJ soit resté muet ce soir-là. Le lendemain en fin de journée, à défaut du moindre élu, du moindre représentant du gouvernement, 80 militaires de la gendarmerie (cf. La Montagne) ont débarqué pour aider leurs collègues dans leurs recherches.

Les faits : Alexandrine et Sébastien, son amoureux, ont décidé d’aller dîner au restaurant. On ne sait pas trop si c’est Antoine qui le demande (Il n’a que 6 ans 1/2, mais il montre déjà un certain caractère) ou s’il s’agit d’une punition, mais l’enfant reste à la maison, avec les deux chiens. L’appartement où il vit avec sa maman est situé dans le centre-ville d’Issoire, au n°1 de la rue des Fours. Le restaurant Le Saïgon, où dînent Alexandrine et Sébastien, se trouve au 45 rue du Palais, à 3 minutes à pied.

plan-issoire.1224400828.jpgLorsque sa mère revient, vers 21 heures 30, Antoine n’est plus là. Aucun désordre, aucune trace d’effraction.

Les enquêteurs pensent à une fugue. On dit alors que l’enfant aurait quitté le domicile en emportant un sac à dos et un paquet de biscuits. Et le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Jean-Yves Coquillat, ne déclenche pas le plan Alerte-enlèvement.

Il y a une constante dans les disparitions d’enfants ou d’adultes, c’est qu’au début, on refuse toujours d’envisager le pire. C’est vrai pour la famille et c’est vrai pour les enquêteurs. Les recherches démarrent donc lentement et ce n’est qu’au petit jour que les choses sérieuses commencent. Les gendarmes coordonnent leurs efforts. Ils sillonnent la ville, d’autres fouillent les environs d’Issoire… Il est fait appel à des chiens qui « marquent » une zone d’étangs. On fait venir une équipe de plongeurs. On fait même venir un hélicoptère équipé d’une caméra thermique, mais vu la météo, il ne sera opérationnel que le dimanche après-midi. Pendant ce temps, des hommes descendent dans les égouts d’Issoire. Parallèlement, une autre équipe se livre à une enquête criminelle classique : recherche de traces au domicile, audition de témoins, perquisitions…

On peut dire que tout est mis en œuvre pour retrouver Antoine, du moins sur le plan local. Mais qu’en est-il ailleurs…

L’enquête : Finalement, trois jours après la disparition de l’enfant, leAntoine_photo publiée à la demande de sa maman.jpg procureur décide l’ouverture d’une information judiciaire pour enlèvement et séquestration d’un mineur de 15 ans. Il déclare : « Plus le temps passe, plus l’hypothèse de la fugue perd de la consistance et je ne suis pas très optimiste. » Bientôt, la presse se fait l’écho de soupçons qui pèsent sur la maman d’Antoine, et en rajoute : « la femme aux cheveux rouges…, l’aguicheuse…, la mère célibataire…, elle a fait de la prison… » Les qualificatifs sont du même acabit pour Sébastien : «  drogué…, violent…, il bat Antoine… » Autant de ragots amplifiés par les sous-entendus du procureur.

Le mercredi 24 septembre, Alexandrine, son compagnon et six personnes de leur entourage sont placés en garde à vue. L’appartement est de nouveau investi par les techniciens de l’identité judiciaire. Les murs sont sondés, des lamelles de parquet soulevées, les lieux passés à la lumière fluorescente. La seule chose qu’on découvre, c’est deux petites gouttes de sang, minuscules, d’un millimètre de circonférence, près de l’interrupteur, dans la chambre d’Antoine.

Finalement, tout le monde est relâché, sauf Sébastien qui est emprisonné pour autre chose. L’un des responsables de l’enquête avoue : « Il faut tout reprendre à zéro… »

La reconstitution (sous toutes réserves) : Un mois avant le drame, Alexandrine travaillait comme serveuse au restaurant Au bon croûton, tenu par Stéphane Bourcelin. Tous deux avaient eu une aventure, lorsqu’elle avait été embauchée, en 2006. C’est elle qui avait rompu et contrairement aux cancans, on ne lui connaissait pas d’autres liaisons, jusqu’à sa rencontre avec Sébastien, en juillet 2008, époque où Antoine est en vacances chez son arrière-grand-mère. Dans la restauration, on ne connaît pas les 35-heures. Elle travaille beaucoup. De longues journées, parfois sans repos hebdomadaire. Vers la mi-août, elle craque et son médecin lui prescrit un arrêt de travail. Stéphane n’apprécie pas. D’autant qu’il ne peut plus voir Antoine. Car il semble bien qu’il se soit pris d’affection pour ce petit bambin. Souvent, il jouait avec lui, ou tous deux regardaient des vidéos. Il lui avait même offert une Playstation. Et d’un coup, il se voit privé d’Antoine et de sa… serveuse. Car Alexandrine et Sébastien ont d’autres projets. Ils veulent se marier, fonder une vraie famille. Sébastien envisage même de « reconnaître » Antoine.

alexandrine_fr3.1224398057.jpgLes choses semblent s’arranger pour Alexandrine et son fils. Peut-être la fin de la galère… Jusqu’à ce fameux soir…

Aujourd’hui, on peut reconstituer les événements avec beaucoup moins de risque d’erreur qu’au tout début. D’abord, les rumeurs selon lesquelles personne n’aurait vu le gamin depuis une dizaine de jours étaient sans fondements. En effet, deux jours après la disparition d’Antoine, les gendarmes ont enregistré la déposition d’un témoin qui a déclaré l’avoir vu, chez lui, alors qu’il sortait de la salle de bain.

Ce 11 septembre, une voisine a entendu l’enfant qui jouait dans l’appartement, vers 19 heures 15. La lumière de sa chambre était allumée. Plus tard, dans la soirée, son attention a été attirée par une voiture qui s’arrêtait en bas de l’immeuble. Puis il y eu des pas dans l’escalier. Un peu plus tard, la voiture est repartie dans un craquement de boîte de vitesses.

Antoine n’est pas sorti avec un petit sac et un paquet de biscuits, comme on l’a dit, mais avec un grand sac qui appartient à Sébastien. Un sac noir (ou bleu foncé) presque aussi haut que lui, dans lequel devaient être entassés des vêtements, vêtements qu’on n’a pas retrouvés dans son armoire. Sa peluche, un petit chat, qu’il trimballait toujours avec lui, a également disparu.

Alors, que s’est-il passé le soir du jeudi 11 septembre ? La maman d’Antoine a-t-elle découpé son enfant en petits morceaux qu’elle a ensuite enfournés dans des sacs-poubelles, comme l’a laissé entendre un journal que je ne nommerai même pas ?

Ou profitant que l’enfant était seul, quelqu’un est-il venu le chercher ? Et avec quelles intentions ?

La présidente d’Esperanzassociation, Madame Lydie Fontenil, veutavis-recherche-antoine.1224399418.jpg croire à cette possibilité. « Il n’y a rien de vraiment nouveau, m’a-t-elle dit au téléphone, mais de petits indices nous permettent de garder l’espoir… » Il faut écouter ce qu’elle raconte, car c’est une femme d’expérience. Depuis des années elle se consacre à la recherche des enfants disparus. Et elle sait que parfois, cela se finit bien. Dès la disparition d’Antoine, avec l’accord de la maman, elle a ouvert un blog qui lui est entièrement consacré. Elle répond aux nombreux appels téléphoniques, elle pressure « ses » bénévoles (elle en recherche de nouveaux), elle agite son réseau d’information, elle soutient Alexandrine (voir la vidéo), etc. « J’ai perdu 6 kilos » m’a-t-elle avoué en souriant.

Il y a quelques jours, dans la petite gare de la banlieue parisienne où je prends le RER, il y avait un avis de recherche. Cela concernait un ado d’une quinzaine d’années qui demeure à Nantes. Je ne sais pas vous, mais moi, en région parisienne, je n’ai jamais vu une affichette concernant Antoine.

C’est pour ça que j’ai voulu écrire ces lignes. Je sais, ce n’est qu’un blog…

On dit que les femmes sont plus sensibles que les bonhommes, surtout dès qu’on parle d’un enfant… Les deux ministres directement responsables de cette enquête sont des femmes. Sont-elles seulement au courant ? En tout cas, on ne les a pas entendues.

Lorsqu’un couple de touristes s’est fait enlever par des pirates, du côté de Djibouti, le président de la république a pris les choses en main.  Ce même président, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur avait remué ciel et terre pour retrouver la petite Estelle Mouzin*.

Cela fait 38 jours qu’un petit garçon de 6 ans 1/2 a disparu – et le silence de ces gens-là, ceux qui détiennent le pouvoir, est assourdissant.

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* La jeune Estelle Mouzin, âgée de 9 ans, a disparu le 2 janvier 2003. Le lendemain, le procureur de Meaux ouvrait une information judiciaire et saisissait le SRPJ de Versailles. Le village a été bouclé par 700 policiers. 400 perquisitions ont été effectuées simultanément. Toutes les communications téléphoniques (15.000) au moment des faits ont été « remontées ». Via Interpol, on a sollicité tous les pays qui exploitent des satellites. Le plan Alerte-enlèvement n’existait pas à l’époque, pourtant la photo de la petite fille en rouge a été placardée dans toute la France, et bien au-delà. Hélas en vain. Estelle n’a jamais été retrouvée, mais au moins, on s’est donné tous les moyens.

La parole est aux cadavres

« Mon premier cadavre, c’était une vieille dame, morte de mort naturelle. Sur le carrelage de sa cuisine. Dans son petit deux-pièces sans âme. Je me souviens des larmes de son fils et de l’incroyable silence qui régnait dans l’appartement. J’avais à peine vingt et un ans. Une carte de flic toute neuve sur moi. Et je me sentais de trop… »

C’est Olivier Marchal qui parle. Ce sont les premières phrases de la préface du livre de Perrine Rogiez-Thubert, La parole est aux cadavres, aux Éditions Demos (ici), dans la collection criminologie et société.

Perrine Rogiez-Thubert_photo livre.jpg.jpgL’auteur, diplômé de thanatologie (mon Littré m’a dit « théorie de la mort », mais il faut comprendre étude des morts), est lieutenant de police à l’identité judiciaire de Paris. Elle revendique 400 cadavres. Ce qui est énorme, mais c’est Paris ! il ne faut rien voir de malséant à l’énoncé de ce chiffre, mais le flic, un peu comme un chirurgien, est obligé de se désincarner dans l’exercice de son métier, sous peine de ne pas tenir le choc.

Perrine Rogiez-Thubert ne nous raconte pas sa vie. Elle ne nous entraîne pas dans une enquête, non, elle nous égrène ses techniques. Et ça fait froid dans le dos. Attention, âmes sensibles, s’abstenir…

« Il existe huit sortes d’insectes qui apparaissent successivement sur la scène d’un crime… »

« La première ponte intervient dans l’heure qui suit le décès et touche les orifices humides : l’angle des yeux, les narines, l’intérieur de la bouche et l’anus […] Une odeur spécifique se dégage du cadavre mais celle-ci, pas encore perceptible par l’homme, l’est par les insectes qui vont ainsi venir pondre leurs œufs dans les orifices naturels. »

« Lorsque je me rends sur la découverte d’un cadavre dont l’intervalle post-mortem est court, je ne peux m’empêcher de penser qu’une première escouade est arrivée sur les lieux avant nous, qu’elle nous guette et que la ponte a déjà eu lieu. »

Ainsi, au fil des pages, sur un ton impassible, l’auteur nous énumère les différentes techniques qu’elle met en œuvre lorsqu’elle arrive sur une scène de crime, parfois, elle ajoute un exemple réel. Voici l’utilisation du Bluestar : « […] En quelques minutes, l’appartement s’est transformé. Une luminescence bleutée apparaît sur les murs, le sol, les meubles. Un cheminement d’un bleu intense nous conduit jusqu’à la salle de bains où la fluorescence atteint son paroxysme. La révélation du sang nous donne l’impression de vivre à nouveau les événements qui se sont produits dans cet appartement. »

Comme son métier est de faire parler les morts, au début de l’ouvrage, elle nous donne la définition actuelle de la mort, qui date de 1996. Non sans nous rappeler qu’à une époque pas si lointaine on se fiait à la fonction respiratoire, en plaçant par exemple un verre d’eau plein à ras bord sur le sternum du soi-disant défunt… Si une goutte tombe, il n’est pas mort.

Je ne peux résister aux origines qu’elle donne au mot « croque-mort ».  « L’homme doit mordre l’un des orteils du présumé défunt afin de guetter une réaction physique de la part du sujet. Si aucune réaction en retour ne se produit, la mort n’est plus seulement apparente mais bien réelle et l’inhumation a lieu. »

Savez-vous combien il y a de sortes de morts pour un flic ? J’en ai compté huit. De la mort naturelle à la mort iatrogène (médicaments, infection nosocomiale…) ou à la mort obstétricale, qui frappe les femmes au cours de leur grossesse.

La parole est aux cadavres.jpgOui, c’est vraiment un livre étonnant. Il possède la couverture trompeuse d’un polar, mais il n’a rien d’une fiction. On ne le lit pas, on le feuillette, on le parcourt, on déchiffre le glossaire bourré de mots étranges et ésotériques, on s’attache à un chapitre, mais on ne le range pas trop loin, car on sait qu’on va le reprendre, un peu comme un dico.

La postface est signée par le chef de l’Identité judiciaire de Paris, le commissaire divisionnaire Vianney Dyevre, qui conclut par ces mots : « Complet et pratique cet ouvrage mérite de figurer au même titre que le Code pénal et le Code de procédure pénale en bonne place dans la bibliothèque de l’officier de police judiciaire. »

Mais il passionnera les autres, ceux qui se contentent de s’intéresser aux histoires policières, aux enquêtes criminelles… un livre de références pour tous ceux qui suivent les séries télévisées – et pour ceux qui les écrivent.

Les détectives privés

Les surveillances exercées sur Olivier Besancenot mettent de nouveau sous les feux de l’actualité une profession mystérieuse, au statut toujours incertain : détective privé – ou plus exactement agent de recherches privées (ARP).

On dit que la « police privée » voit le jour en 1825, sous la houlette de detective_peinture_barryblend.jpgGuy Delavau, préfet de police de la Restauration. Mais c’est Eugène-François Vidocq qui lance la profession. En 1833, il crée le « Bureau de renseignements pour le commerce » qui fournit aux commerçants renseignements et surveillances moyennant finance. C’est le premier cabinet de détectives privés. Le succès est au rendez-vous et il est rapidement copié, notamment par des policiers à la retraite. La machine est lancée.

À la même époque, outre-Atlantique, un immigrant écossais du nom d’Allan Pinkerton crée l’officine d’investigations privées qui deviendra la plus célèbre au monde, la « Pinkerton’s national detective agency ». Il a notamment fait échouer, en 1861, un complot contre le président Abraham Lincoln.

En France, pendant longtemps, cette activité n’a obéi à aucune règle. Une simple déclaration en préfecture suffisait, une rapide enquête des RG, et c’était tout. N’importe qui pouvait se dire détective privé. La profession a donc tenté de s’organiser vaille que vaille. Au fil des ans, divers textes ont été promulgués, pas vraiment pour lui donner un statut mais plutôt pour l’encadrer, la contrôler. Puis il y a eu plusieurs décrets visant toutes les professions qui touchent à la sécurité privée (1983, 1985, 2005…) Pour exercer cette activité, il faut dorénavant un certificat professionnel. Celui-ci peut prendre différentes formes, et les anciens policiers et gendarmes en sont dispensés.

la-verite-de-jack-palmer-par-petillon.jpgJ’ai personnellement exercé ce job durant un court délai. Je n’en garde pas un très bon souvenir. Entre les affaires sordides de garde d’enfants, d’adultère ou de pensions alimentaires, ou, pour les entreprises, la surveillance de salariés soupçonnés de malhonnêteté, les informations sur les concurrents, ou le flicage de délégués syndicaux (ce qui est interdit par la loi). Non, pas de bons souvenirs.

Certains détectives privés cherchent à sortir du traintrain. Ils se sont spécialisés dans la contre-enquête judiciaire (au grand dam des enquêteurs officiels) mais parfois avec quelques réussites – réelles ou médiatiques (affaires Omar Raddad, Dany Leprince…).

Il faut savoir que de fait, les détectives privés n’ont aucun pouvoir particulier. Ils n’ont droit ni à la carte de réquisition ni au port d’armes. En l’absence de moyens d’investigations, ils sont obligés de « se débrouiller ». Si par exemple, ils veulent identifier un véhicule, connaître les antécédents d’un individu, etc., ils sont obligés de faire appel à des policiers en exercice. (Il existe certains passe-droits pour les assureurs.) Du coup, ils se mettent hors la loi et il en est de même des fonctionnaires qui les assistent. L’avantage des recherches informatisées, c’est la traçabilité. Chaque policier doit entrer son code personnel pour consulter un fichier. Aussi, en général, cela se termine par une enquête de l’Inspection générale. Les bœuf-carottes s’interrogent alors sur la motivation de leurs collègues : le fric, l’amitié ou l’espoir d’obtenir un bon tuyau en retour ? (Vidocq était un indic de la police.) Tous les amis avec qui j’ai partagé ce boulot ont eu un jour ou l’autre des soucis : écoutes, filatures, perquisitions, garde à vue. Et pour certains, au bout du compte, la mise en examen.

Si l’on en revient aux surveillances effectuées sur Besancenot, il est facteur_franskacnorddk.1224055434.jpgvraisemblable que des policiers aient aidé les enquêteurs privés. La question est donc de savoir pour quelle raison… Et la deuxième question est de connaître le nom du commanditaire. Je ne pense pas que le secret professionnel puisse s’appliquer aux ARP. C’est à vérifier. Ici, le directeur de SMP Technologies est sur la sellette. Cette entreprise a un contrat important (et exclusif) avec le ministère de l’intérieur, notamment pour la fourniture des pistolets à impulsions électriques. À dire vrai, on ne voit pas très bien quel pourrait être l’intérêt du patron de Taser-France à faire surveiller le petit facteur… Certainement pas pour cette histoire de plainte en diffamation… Une broutille. À moins qu’il ne roule pour quelqu’un d’autre… ou que lui-même ne soit manipulé… Le monde du renseignement est un monde parano.

À noter qu’on ne peut reprocher aux privés d’effectuer des surveillances (c’est leur métier), mais – légalement – celles-ci ne doivent pas aller jusqu’à violer l’intimité des gens. À notre époque où les mouchards électroniques sont légion, où diable commence notre intimité ?

N’empêche que dans certains cas, les ARP peuvent rendre de sacrés services, surtout dans les litiges civils. Car dans ces affaires le préjudice n’est que… matériel. Et puisqu’il s’agit d’argent, il n’est pas anormal de payer pour faire une enquête. D’ailleurs, lorsqu’on se porte partie civile devant un juge d’instruction, ce dernier demande le versement d’une caution et une partie de cet argent est utilisé pour couvrir les frais des policiers ou des gendarmes.

Pour conclure, on peut dire que les privés ne sont populaires qu’au cinéma ou à la télé. Les flics ne peuvent pas les sentir, les journalistes ont du mal à les prendre au sérieux, et on leur a même refusé l’étiquette de « détective privé », qu’on trouvait sans doute trop valorisante, trop polar, pour leur coller le titre d’agent de recherches privées.

inspector-gadget-0.1224055564.gifPourtant, si l’on réfléchit bien, dans notre système judiciaire qui devient de plus en plus à charge, au point que parfois il est demandé aux suspects de prouver leur innocence, il y a un sacré vide. Les avocats n’ont ni la formation ni le temps pour effectuer des contre-enquêtes. Le détective privé pourrait rétablir l’équilibre de la balance de la justice, comme c’est le cas aux USA. Mais il faudrait pour cela leur donner le statut d’auxiliaires de justice, statut qu’ils revendiquent à cor et à cri.

Cela donnerait aux détectives privés une véritable place dans l’institution judiciaire, sans qu’il n’en coûte un cent aux contribuables.

Point final dans l'affaire Agnelet ?

La chambre criminelle de la Cour de cassation doit rendre son verdict dans l’affaire c/ Agnelet. Quelle que soit sa décision, dans cette histoire invraisemblable et vieille maintenant de plus de 30 ans, à coup sûr la justice en sortira flétrie. 

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On refait l’historique :

– Agnès Le Roux, cohéritière du casino Le Palais de la Méditerranée, à Nice, disparaît entre le 26 octobre et le 2 novembre 1977.

– Cinq mois s’écoulent avant que le procureur de la république n’ouvre une information judiciaire pour séquestration arbitraire.

– Il faut attendre deux ans avant que la justice estime qu’il y a homicide volontaire.

– Six ans ou presque après les faits, au mois d’août 1983, Maurice Agnelet est inculpé.

– Deux ans plus tard, il bénéficie d’un non-lieu, confirmé l’année suivante devant la Cour d’appel d’Aix-en-Provence. (En droit, sauf charges nouvelles, ce non-lieu interdit de nouvelles poursuites.)

– Affaire réglée ? Non ! Vingt-deux ans après la disparition de mademoiselle Le Roux, et plus de dix ans après le non-lieu (délai de prescription en matière criminelle), la même Cour d’appel, ordonne la réouverture de l’information judiciaire contre Maurice Agnelet. Nous sommes à la fin de l’an 2000.

– Au bout de six ans, en 2006, la Cour d’assises des Alpes-Maritimes acquitte Maurice Agnelet. Le procureur fait appel.

– Le 11 octobre 2007, rejugé devant la Cour d’assises des Bouches-du-Rhône, Agnelet est condamné à 20 ans de réclusion criminelle.

En se situant uniquement sur le plan technique, il me semble que l’affaire pose trois questions de fond :

– Le délai légal de prescription peut-il être interrompu par des arguties juridiques ?

– La loi sur les libertés individuelles a été prise en 2000 pour donner la possibilité aux accusés de faire appel d’une condamnation devant la Cour d’assises. En y ajoutant 2 ans plus tard, le même droit pour l’accusation, n’a-t-on pas transformé radicalement l’esprit de la loi ?

– N’y a-t-il pas acharnement judiciaire ?

Les avocats de Maurice Agnelet dans un mémoire de plus de 50 pages (cliquez ici) estiment pour leur part que par sept fois « la cassation est acquise ». 

agnelet_daylife.jpgEn conclusion, grosso modo, ils demandent à la Cour de déclarer l’appel du parquet  illégal, de casser le jugement rendu et de ne pas renvoyer l’affaire devant une nouvelle Cour d’assises.

Le parquet général a un avis contraire, mais si les avocats obtiennent gain de cause sur ces 3 points, Maurice Agnelet sera libéré séance tenante. Et 31 ans plus tard on ne saura jamais ce qu’il est advenu d’Agnès Le Roux. Car à ce jour, personne n’a pu démontrer qu’elle avait été assassinée.

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Ils doivent s’arracher les cheveux à la Cour de cass’ ! D’autant qu’un rejet du recours, sauf erreur de ma part (y a-t-il un juriste dans la salle ?) pourrait voir le dossier porté devant la Cour Européenne des droits de l’Homme.

A moins que ces hauts magistrats ne ménagent la chèvre et le chou et renvoient l’affaire devant une troisième Cour d’assises…

A voir : « Affaires criminelles », le samedi 18 octobre 2008, à 22h25, sur NT1. Docu réalisé par Frédéric Gilbert et présenté par Yves Rénier.

Coup de grâce dans l'affaire Mesrine

Un film, des émissions télé… la mort du gangster des années 70 pose toujours question. Le dispositif mis en place par la brigade antigang de Paris était-il destiné à l’arrêter ou à l’éliminer ? Y a-t-il eu des sommations avant le tir ? Coup de grâce ?

bouvier.1223802369.jpgQuelques jours avant le 2 novembre 1979, lors d’un BDL (bureau de liaison) auquel je participais, les instructions étaient sans ambigüités. Ni le procureur ni le directeur PJ, Maurice Bouvier, n’ont dit « Il faut l’abattre », mais ils le pensaient tellement fort qu’on l’a entendu de l’Élysée au quai des Orfèvres.

De là à envisager qu’on ait chargé spécialement un ou plusieurs hommes de l’achever, de lui donner le coup de grâce, il y a un pas que personne ne doit franchir. Même si, après le tir des trois policiers dissimulés dans le camion bâché, un quatrième a fait feu sur Mesrine. C’était un poil trop tard. Il était déjà mort.

Durant ces années à lutter contre le grand banditisme, j’ai constaté à plusieurs reprises que lors d’opérations dangereuses, la montée d’adrénaline est telle qu’il est parfois difficile de s’arrêter. Un peu comme si l’on était emporté par son élan… J’ai même vu un flic passer les menottes à un cadavre.

Le comportement humain est parfois… déroutant.

Cependant, à la suite d’un texte publié sur ce blog, il y a juste deux ans, un lecteur a tout récemment laissé un commentaire qui m’a laissé dubitatif. En voici des extraits (on peut le retrouver en entier en cliquant ici) :broussard.1223802643.jpg

 « À l’époque j’étais gardien de la paix et je suis intervenu en renfort, après la mort de Mesrine, pour juguler la foule…

 «  […] Autour de Mesrine des gens (qui) s’étreignent en s’embrassant comme du bon pain, j’ai compris ce jour-là que (je) ne ferais pas carrière dans la police et (j’ai) remis ma démission 5 ans après. Ayant toujours cette vision grotesque et indécente qui me ne me quittait pas, moi qui avais vu pourtant des scènes de meurtres et des assassinats : le cadavre exposé sur le macadam et les flashs des photographes…

 mesrine-4.1223802606.jpg« […] Oui, il a bien reçu une balle dans la tempe, pour le finir, de la part d’un policier en Mobylette habillé en coursier – mais inutile car on peut dire qu’après les 20 balles haute vélocité des tireurs d’élites du camion, Mesrine était déjà mort. Tout le monde avait peur de Mesrine, même dans la police il impressionnait sur la façon dont il arrivait toujours à s’en sortir. On parlait même entre nous qu’il avait surement des complicités dans la police. »

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ces propos ont un réel accent de vérité… J’ai cherché à joindre son auteur, mais il ne m’a pas répondu.

Personnellement, je n’étais pas Porte de Clignancourt, mais je suivais le dispositif à la radio. Je savais que le flic en planque au plus près du domicile de Mesrine était recroquevillé dans un triporteur – mais c’est la première fois que j’entends parler d’un policier monté sur une Mobylette…

Il y a quelques jours, M6 a consacré une émission à l’ennemi public n°1. Au début, Vincent Cassel fait la promo de son film. « J’ai mis 7 ans à me décider… », dit-il. À l’écouter, on a un peu l’impression qu’il hésite encore… Dans le documentaire qui suit, très bien fait au demeurant, entre chaque séquence d’archives, on voit apparaître alternativement la bobinette de Broussard, Aimé-Blanc, Devos, Querry… À l’exception du dernier nommé qui fait montre de réserves, les autres ont l’air d’anciens combattants qui racontent leurs exploits en parlant d’un vieux copain mort au front… Tout juste s’ils n’ont pas la charles-pellegrini_france5.1223802956.jpglarme à l’œil. La question cruciale arrive en fin de film, avant le débat (que je n’ai pas suivi, il était tard) : Y a-t-il eu des sommations avant d’ouvrir le feu ? Broussard l’affirme énergiquement, Aimé-Blanc tergiverse, etc. (Entre nous, tous les deux étaient assez éloignés de la BMW) Et c’est alors que se pointe Charles Pellegrini. À l’époque, il était l’adjoint d’Aimé-Blanc, et à ce titre il avait la charge des opérations de terrain. Et, tandis que les autres venaient de nous dire tout le contraire, avec son visage poupin et ses yeux malicieux, tranquillement, Pellegrini nous dit : « Mais non, évidemment, qu’il n’y a pas eu de sommations… »

Charles, tu leur as donné le coup de grâce.

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P.S. L’usage des sommations avant le tir est réservé aux gendarmes et aux douaniers pour stopper un individu qui s’enfuit, ou pour immobiliser un véhicule. Les policiers ne peuvent faire usage de leur arme dans ces cas-là, mais uniquement en état de légitime défense. Donc ici, la question fondamentale n’est pas de savoir s’il y a eu sommations ou pas, mais de déterminer si les policiers étaient en situation de légitime défense. Après différents recours menés par la famille, la justice a répondu oui.

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