POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Page 33 of 84

La fin programmée des commissaires de police

Récemment, Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, a annoncé la mise en place d’une cellule de réflexion destinée à plancher sur le devenir des officiers de police et des commissaires. L’idée serait de les réunir au sein d’un corps unique. La police se rapprocherait donc encore un peu plus du modèle militaire. Elle comprendrait deux niveaux, les sous-officiers et les officiers. Si l’on prend en compte les passerelles qui peu à peu se mettent en place entre la gendarmerie et la police, il n’est pas interdit de penser qu’à long terme on s’achemine vers l’instauration d’un truc un peu hybride, à moitié militaire, à moitié civil. Pourtant, cette « fusion » police-gendarmerie est encore aujourd’hui loin de faire l’unanimité. Ainsi, début mai, c’est en tapinois que les premiers gendarmes ont incorporé le corps des gardiens de la paix.

Pour la création de ce corps unique, les syndicats des officiers sont plutôt demandeurs. Ce serait l’aboutissement logique de la réforme de l’ancien corps des inspecteurs de police, disent-ils.

Ont-ils raison ?

Toute réforme d’un service public doit s’accompagner d’une réflexion à deux niveaux : l’intérêt supérieur de la collectivité et l’intérêt légitime des fonctionnaires d’État.

L’intérêt de la collectivité – Quoiqu’on en dise parfois, la police française est efficace et n’a rien à envier à celle d’autres pays d’Europe. Et les problèmes qui surgissent ici ou là sont plutôt les conséquences d’une législation un rien obsolète, et souvent en retard sur les grands principes européens qui concernent les libertés individuelles. En créant un corps unique d’officiers de police ne risque-t-on pas de briser l’élan, de casser l’outil, en instaurant le confort d’une carrière douce et programmée ? Ou d’assister au vieillissement linéaire de l’encadrement ? Des fonctionnaires du haut de l’échelle qui seraient tous de la même génération ! Alors qu’aujourd’hui, à responsabilités proches, on peut trouver un commissaire de 25 ans et un commandant en fin de carrière. L’expérience et le dynamisme : un binôme gagnant.

L’intérêt légitime des fonctionnaires concernés – La moitié des commissaires sont recrutés par d’autres biais que le concours externe (bac+5). Trois possibilités s’offrent aux candidats : le concours interne, la voie d’accès professionnelle et le choix. Cette dernière possibilité (5%) est ouverte aux commandants de police sur proposition d’une commission de sélection. Le risque, si demain il existe un corps unique, c’est que seule cette dernière possibilité subsiste. Un avancement uniquement au choix n’est pas un gage d’équité. D’autant que le système actuel a fait ses preuves. La police nationale est sans doute l’une des administrations qui permet le plus facilement l’ascension sociale : Robert Broussard a commencé sa carrière comme commis aux écritures pour terminer préfet. L’officier de police adjoint Claude Cancès est devenu directeur de la PJ. L’actuel préfet de Seine-Saint-Denis, Christian Lambert a débuté comme gardien de la paix. Etc. Perso, et sans chercher à me comparer, je dois avoir le certificat d’études primaires, enfin je crois.

Quant aux commissaires de police, dont le recrutement se fait déjà au compte-gouttes, ils ne voient pas d’un bon œil cette fusion des deux corps qui se cache – pour l’instant – derrière le projet d’une formation commune. Celle-ci s’effectuerait à l’ENSP (École nationale supérieure de police) de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, près de Lyon. Sauf que cet établissement est trop petit. Il comporte 168 chambres. Pour porter sa capacité à 240, il faudrait investir 15 millions d’euros. Et même dans ce cas, saturée, l’école y perdrait son âme. D’où le projet de récupérer une caserne, à Bron, à 17 km de là. Budget prévu 47 millions d’euros. De plus, cela entraînerait des changements de statuts. L’école des commissaires est un établissement public, tandis que celle des officiers est un service de police. Une idée poussant l’autre, il est question à présent de créer une véritable « police academy », laquelle assurerait une formation commune aux officiers et commissaires. Ce qui est, évidemment, le premier pas vers un corps unique.

On tourne autour du pot, mais on y revient sans cesse.

Synergie-Officiers (extrait)

Pourtant, le commissaire de police est un monument historique. Son origine remonte au 17° siècle. Dans les facultés de droit, on avait même l’habitude de dire, autrefois, qu’il était l’exception au principe de la séparation des pouvoirs : magistrat de l’ordre administratif et magistrat de l’ordre judiciaire.

Je mets au passé, car il faut bien reconnaître que sauf dans des services de police judiciaire (au sens large), le commissaire est de plus en plus tourné vers l’administratif. Plusieurs ont d’ailleurs coiffé la casquette de préfet…

Syndicat indépendant des commissaires de police (extrait)

N’empêche que cette fusion n’est pas nécessairement une bonne chose. Elle n’entraînerait aucune économie budgétaire, et l’on ne voit pas en quoi l’efficacité de la police en serait améliorée. Il s’agit donc d’un choix purement politique, et non technique. Le SICP (syndicat indépendant des commissaires de police), par exemple, ne voit pas l’intérêt réel de ce rapprochement ni les avancées qui en résulteraient pour le service public, « si ce n’est de générer des tensions artificielles ». Alors que Synergie-Officiers parle d’un projet historique et se vante d’avoir « su convaincre en dépit de tous les conservatismes ».

Quant à moi, déjà que je regrette ce vieux képi ringard que je n’ai coiffé qu’une seule fois, le jour du défilé de la 23° promotion des commissaires…

DSK : cette heure perdue…

L’appel sur le 911 a été reçu à 13 h 32, c’est-à-dire, 1 h 04 après que le directeur du FMI ait quitté l’hôtel. Que s’est-il passé durant ces 64 minutes ? C’est probablement l’un des nœuds de l’enquête.

Dans ce délai, ce qui interpelle, c’est le temps mis pour appeler la police – ou tout simplement un médecin. D’ailleurs, a-t-on appelé un médecin ?

Petite chronologie fondée sur les éléments de l’accusation. Les seuls dont on dispose actuellement.

L’agression aurait eu lieu peu après 12 h, même si dans un premier temps le porte-parole du NYPD a déclaré que les faits s’étaient déroulés à 13 heures. Comme Mme Diallo n’a pas utilisé son passe pour ouvrir la porte de la suite 2806, l’heure est basée sur son témoignage et celui de l’employé du room-service qui se trouvait sur place.

À peine ce dernier a-t-il quitté les lieux que M. Strauss-Kahn aurait jailli, nu, de la salle de bains, se serait précipité sur la jeune femme, l’obligeant à une fellation sous la contrainte. La chose menée à terme, celle-ci serait parvenue à se dégager et à s’enfuir.

À 12 h 28, DSK quitte le Sofitel.

Pendant ce temps, la victime est découverte en état de choc dans un couloir de l’hôtel. Elle aurait raconté ce qu’elle a subi à plusieurs reprises et à plusieurs personnes différentes. On l’imagine anéantie, honteuse, dégoûtée et fortement impressionnée par tous ces « patrons » qui l’entourent et la pressent de questions. Avec en toile de fond la crainte de perdre son emploi…

Devant une personne blessée et sérieusement commotionnée, réaction logique : on appelle les secours – et ensuite la police.

Mais visiblement, cela ne s’est pas passé comme ça !

On peut supposer – simple hypothèse, mais c’est assez logique – que le responsable du Sofitel décide de rendre compte à sa direction parisienne, laquelle, via le service de sécurité du groupe Accor, prend immédiatement contact avec les autorités françaises. À Paris, c’est le soir. Le téléphone sonne à l’Élysée. Il faut recouper l’information : branle-bas de combat de la cellule de coordination nationale du renseignement.

Quant au ministre de l’Intérieur, lui, il peut très bien avoir été informé par le directeur de la toute nouvelle DCI (direction de la coopération internationale), au vu du rapport de ses agents, en poste à l’ambassade de New York ; ou par la DCRI (direction du renseignement intérieur) – deux services qui sont placés sous son autorité.

Mais tout cela n’est que supputations, puisque, d’après Le Point, l’information n’est arrivée aux oreilles des autorités françaises qu’à 1 h 30 du matin, c’est-à-dire bien après l’arrestation de DSK (dans un avion français !), et que les lieutenants de M. Sarkozy ont pris sur eux de ne pas le réveiller.  «  Le sommeil présidentiel, c’est sacré ! » aurait même dit l’un de ses collaborateurs.

La question de sauver le soldat Strauss-Kahn (il n’était pas encore inculpé) ou de lui tenir la tête sous l’eau ne se posait donc pas, puisqu’à Paris, tout le monde dormait.

 

Maddie : les policiers britanniques reprennent l’enquête

Le premier ministre britannique, David Cameron, a demandé à Scotland Yard de rouvrir le dossier concernant la disparition de la petite Madeleine McCann, au mois de mai 2007, au Portugal. Ce sont donc une trentaine de policiers qui vont se capture-the-sun_-maddie.1306057464.JPGpencher sur l’intégralité de la procédure, tant britannique que portugaise, pour tenter d’y trouver de nouveaux éléments. Ensuite, un groupe d’enquêteurs pourrait se rendre sur place et démarrer de nouvelles investigations, du moins si les autorités portugaises donnent leur accord.

Cette décision du Premier ministre est modérément appréciée par les policiers et un responsable de The Met (Metropolitan police service) l’a vertement critiquée. Cette démarche exceptionnelle crée en effet un précédent regrettable dans un pays où la police est plus distante du pouvoir exécutif que chez nous et va de plus entraîner des dépenses considérables. Le très sérieux The Guardian a également relevé que dans la lettre qu’il a adressée aux époux McCann, Cameron envisage seulement la thèse de l’enlèvement (Il écrit : « pour aider à retrouver Madeleine »), excluant implicitement la possibilité que l’enfant soit morte. Ce qui n’est pas un procédé logique d’enquête. cameron-letter-to-the-mccanns.1306057546.jpgDevant les critiques, rétropédalage en règle de l’intéressé qui a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un ordre mais d’une suggestion et que le budget correspondant serait pris sur les excédents du Home Office (Département de l’Intérieur). Aux dernières nouvelles, une somme de 3.5 millions de livres aurait été débloquée

Il semblerait que le Premier ministre britannique ait ainsi cédé à la requête du richissime Rupert Murdoch, entre autres patron du Sun, qui a effectué la promotion du livre de Kate McCann, Madeleine. Le tabloïd aurait payé 200 000 £ pour s’assurer la primeur de la publication des bonnes feuilles, comme on dit. Dans ce livre, la mère de la petite Maddie donne sa version des faits. Au Royaume-Uni, les opinions sont divergentes sur les McCann : certains admirent leur combativité dans la recherche de leur enfant, tandis que d’autres s’interrogent sur leur attitude qu’ils trouvent mercantile. Il est vrai que certains extraits sont racoleurs : lorsque Mme McCann dit qu’elle voit dans ses cauchemars sa fille, « les parties génitales déchirées » par un pédophile, ou lorsque The Sun reprend dans son titre qu’elle ne pouvait plus faire l’amour avec Gerry, son mari.

Cette enquête sur la disparition de la fillette s’est déroulée dans un climat délétère. Qu’il est peut-être bon de rappeler : elle a disparu de la chambre où elle était couchée alors que ses parents dînaient avec des amis, dans un restaurant situé à une centaine de mètres de là. Pour Gonçalo Amaral, le policier qui a dirigé les investigations, elle est morte, probablement en raison de la négligence de ses parents. Alors que la famille soutient mordicus la thèse de l’enlèvement.

Ce 3 mai 2007, dès l’alerte donnée, les recherches s’organisent dans l’environnement immédiat : la petite fille est peut-être sortie pour tenter de retrouver ses parents… Puis les enquêteurs envisagent la possibilité d’un enlèvement. 250 personnes participent aux recherches et 500 appartements sont fouillés. Mais il faudra six jours pour que la photo de l’enfant paraisse dans la presse. Des policiers britanniques débarquent. La pression politique grimpe en flèche. Les offres de récompense se multiplient. En quelques jours, elles atteignent 4 millions d’euros. Les parents sont interrogés pendant 13 heures, puis ils sont mis hors de cause. Ils créent un fonds de soutien qui, rien  que le premier jour, recueille près de 15 000 € de dons. Fin mai, ils sont reçus par le pape. Au 50° jour de la disparition, des lâchés de ballons sont organisés dans plusieurs pays d’Europe. L’affaire a pris une dimension internationale.

Pendant ce temps, malgré la frénésie médiatique, les policiers portugais poursuivent méthodiquement leurs investigations. Ils soupçonnent les McCann d’avoir caché le corps de leur enfant décédée à la suite d’un accident. Des contradictions apparaissent dans leurs déclarations, des éléments matériels sont relevés, et, en septembre, ils sont mis en examen pour homicide involontaire. Laissés libres, ils regagnent l’Angleterre.

Puis l’affaire prend la tournure d’un mauvais feuilleton dans lequel apparaissent un jeu de fausses pistes, des détectives privés bidon et un bras de fer entre les médias britanniques et portugais. Les premiers accusant la police portugaise d’incompétence, tandis que les seconds publient les extraits d’un journal tenu par la mère, où elle apparaît comme « épuisée » par des enfants « hystériques », et se plaint notamment de « l’excès de vitalité » de sa fille.

capture4.1306057705.JPGLes parents sont finalement blanchis par la justice portugaise, qui (conformément à la procédure) « archive le dossier »…

Entre temps, le commissaire Gonçalo Amaral, qui avait pris position dans la presse, a été exclu de l’enquête. Il écrit un livre, Maddie,maddie_jungalig.1306057864.jpg l’enquête interdite. Un best-seller. Les époux McCann demandent qu’il soit retiré de la vente et réclame 1.8 million de dommages et intérêts (ils ont déjà récupéré plusieurs centaines de milliers d’euros auprès des médias en les menaçant d’un procès).

C’est la guerre ouverte, entre les McCann et Amaral.

Finalement, la justice donne raison à Amaral. Et aujourd’hui, il demande la restitution des exemplaires de son livre qui avaient été saisis et confiés à la garde des McCann. Mais il semblerait que ceux-ci les aient détruits. Ce qui, dans certaines conditions, est un délit.

Amaral vient donc de déposer une plainte pour ces faits et pour d’autres qui tournent autour de la liberté d’expression.

« Pas de familiarité, on ne tutoie pas »

La France est en ébullition depuis l’arrestation de DSK, et le seul qui reste droit dans ses bottes, c’est Nicolas Sarkozy. Devant un parterre de gendarmes et de policiers, lors de l’inauguration de la gendarmerie de La Londe, dans le Var, il a fortement insisté « Pas de familiarité (…) ce ne sont pas des détails. Si on veut être respecté des gens, il faut avoir un comporteil-est-interdit-d-interdire.1305824225.JPGment respectueux. »

Le Président est entouré de ses gardes du corps, il serre quelques mains… Parmi les journalistes, enfin ceux qui ont eu le droit d’approcher, car le filtrage est sévère, on ne parle que de DSK.

Ah, s’il avait eu un garde du corps ! (si je puis dire…)

Mais chut ! Faut-il encore parler de DSK sur ce blog ? J’ai déjà donné. Et entre nous, certains commentaires m’ont effaré. Est-ce qu’on doit tous hurler avec les loups ?

On dit que la pollution atmosphérique entraîne une dégénérescence des neurones, parfois je me demande si ce n’est pas la même chose pour l’Internet. Je suis là, devant mon petit écran, tout seul, les pieds dans mes charentaises, et je tente de faire le tri dans ce flot d’informations qui arrivent à la vitesse grand V de tous les coins de la planète. Et comme je veux participer à la réflexion, je tiens un blog.

La richesse, évidemment, c’est de se dire que l’on réfléchit mieux avec quelques milliers de cerveaux qu’avec un seul.

Eh ben, ce n’est pas vrai !

Que s’est-il donc passé dans cette fameuse chambre 2806 ? Aucun mystère, malgré le titre de Libé, « on » sait ce qui s’est passé. la-une-de-libe.1305824324.jpg

DSK : coupable !

Et pas question de dire le contraire, d’élever un doute, de suggérer d’autres hypothèses, d’attendre ses explications, non, non : coupable !

Pour certains, c’est la bonne occase pour vider leur fiel sur la gauche qui a fermé les yeux sur les agissements d’un pervers, sur les journalistes qui n’ont pas eu les couilles de le dénoncer, sur ces puissants qui se croient tout permis… ou sur un blogueur qui a osé prendre le contrepied de l’opinion générale.

Alors, pour paraphraser notre Président : respectons-nous les uns les autres.

________________

À lire, la chronologie facétieuse du déplacement du chef de l’État par des journalistes de Var-Matin.

DSK : trop d’invraisemblances

Lorsqu’un personnage aussi important que le directeur du FMI se déplace, il est de coutume qu’il fasse l’objet d’une protection. Aussi, même si son séjour à New York relevait de sa vie privée, il n’est pas envisageable que les services secrets américains n’aient pas été au courant de sa présence dans la ville. Peut-être même faisait-il  l’objet d’une surveillance-protection à son insu… Bien sûr, on dit que capture.1305625240.JPGle personnage n’aime pas beaucoup les escortes, et qu’il n’a pas de garde du corps attitré, ce qui toutefois ne l’empêche pas de faire l’objet d’une protection lors de ces voyages officiels. Pour le commissaire Éric Stemmelen (Europe1), un ancien patron du Service des voyages officiels et de la sécurité des HP, six ou sept personnes lui seraient attachées. Mais en revanche, lorsqu’il est en France, il n’en a pas, tout simplement parce qu’il n’a rien demandé.

Cela dit, même sans garde du corps, on ne comprendrait pas que le service de sécurité de l’hôtel ne soit pas particulièrement aux aguets lors de la présence en ses murs d’un tel personnage. Rappelons que le patron du FMI est considéré, surtout ces dernières années, comme l’un des hommes les plus influents de la planète. Et probablement une cible pour les terroristes.

Et voila-t-il pas qu’une femme de chambre pénètre dans sa suite alors qu’il est sous la douche, sans que cela n’étonne personne…

Or, dans ce Sofitel, comme dans beaucoup d’autres hôtels, la carte d’accès magnétique du client est désensibilisée lorsqu’il quitte les lieux, ce qui du coup avise le personnel d’entretien que la chambre est vide. La femme de chambre serait donc entrée pour faire le ménage, alors que la chambre n’était pas encore libérée.

On peut se demander pour quelle raison… Et puisqu’on est dans les hypothèses multiples, toutes à charge, pourquoi ne pas en envisager une qui serait à décharge ?

Cette dame, X, peut-être Ophélia, que personne n’a jamais vue et qu’on nous présente comme une employée modèle, n’aurait-elle pas pu s’introduire dans la chambre du président du FMI pour le voler, ou pire, pour lui dérober des documents confidentiels ? DSK, sortant de la salle de bain en petite tenue, l’aurait surprise la main dans le sac et aurait tenté de l’appréhender. Celle-ci serait parvenue à se dégager et à s’enfuir en criant au viol, inventant de toutes pièces une fable pour se dédouaner auprès de sa direction.

Et sur le champ, DSK, comprend que les apparences sont contre lui. Surtout avec sa réputation digne du père du commissaire Maigret. Il préfère partir sans aviser la sécurité de l’hôtel de cette mésaventure.

Je fais de la fiction, bien sûr, mais il y a tant d’invraisemblances dans cette histoire, qu’une de plus…

La plus importante, pour moi, concerne la chronologie des faits. Dans la première version, l’agression avait eu lieu vers 13 heures 30, donc dans une chambre libre de tout occupant, puisque DSK a rendu son passe magnétique vers  midi trente. Plus tard, on a dit que c’était une erreur et que les faits s’étaient déroulés vers midi.

1 heure 30 d’écart, rien que ça ! Alors que la femme de chambre a, je le suppose, informé immédiatement sa hiérarchie et que l’hôtel devait être sens dessus dessous.

Et le suspect s’en va, tranquillement, après avoir réglé sa note…

Un homme hagard, brisé, déboussolé… racontaient hier les journalistes qui commentaient les images de son passage devant le juge de la détention. Moi j’ai vu un personnage au teint bronzé, aux cheveux blancs, au regard sombre mais vif malgré la fatigue, et le dos presque droit pour un homme ordinairement vouté. Non seulement il n’était pas hagard, DSK, mais il était digne, presque beau.

On aura bien compris que sans le connaître, je fais partie des gens qui ne croient pas à cette histoire.

Visite au musée de la police

Savez-vous qu’au XIX° siècle, le commissaire Maigret était le patron du commissariat de quartier de la rue des Écrivains, à Paris ? Rue où se trouvait la maison de archer-du-guet.1305287674.jpgl’écrivain public Nicolas Flamel , qui aurait, dit-on, découvert le secret de la pierre philosophale. Connaissez-vous le mystère de la rame 382 ? Ou la machine infernale de Fieschi ? Savez-vous quels ont été les premiers vigiles ? Et, simplement, par curiosité, pourquoi flic, poulet …? Doù vient l’expression « prendre une balle dans le buffet » ?… Si vous cherchez des réponses, puisque samedi, c’est la Nuit européennes des musées, pourquoi ne pas passer la soirée au musée de la préfecture de police ?

Créé sur l’initiative du préfet de police de la Seine, Louis Lépine, en 1909, c’est toute l’histoire de la police parisienne qui est alignée sur plus de cinq cents mètres carrés, au troisième étage de l’hôtel de police du 5° arrondissement. Mais on peut dire aussi que c’est un morceau de l’Histoire de France.

Vous y serez accueilli par le commissaire divisionnaire Françoise Gicquel, quifrancoise-gicquel.1305287260.jpg dirige la maison, ou par l’un de ses collaborateurs, comme Philippe Laganier, guide-conférencier depuis une vingtaine d’années, qui connaît chaque recoin de son musée et qui a toujours une petite anecdote en réserve, ce truc en plus qui ne figure dans aucun manuel. C’est lui qui m’a branché sur le commissaire Maigret, en me révélant l’existence de l’Almanach royal de 1821 (voir en bas de page).

Difficile de décrire un musée, mais voici en vrac quelques souvenirs anecdotiques de ma visite :

Bonnes gens, dormez en paix ! – En 1254, Saint-Louis crée le guet royal, commandé par un noble, le chevalier du guet. Assphilippe-laganier.1305287644.jpgisté de 20 sergents à cheval et 26 sergents à pied, il est chargé d’assurer la sécurité de Paris, notamment la nuit. Philippe le Bel, en 1306, met en place les commissaires au Châtelet, qui sont également des magistrats, et qui portent la robe longue, symbole du pouvoir judiciaire. En 1526, c’est la création du lieutenant criminel, qui lui est en robe courte, symbole d’un pouvoir plus limité. Mais la délinquance continue à augmenter (déjà !). En 1660, les commerçants parisiens participent à leur propre sécurité et rémunèrent des hommes qui se joignent aux archers du guet (photo du haut). Lesquels ne sont pas dotés d’un arc, jugé peu adapté aux petites rues de la cité, mais d’une lance à triple usage. La partie recourbée servait à couper la sangle des cavaliers. Pour les deux autres, pas besoin de dessin !

Du lieutenant de police au commissaire – En 1667, l’édit que présente Colbert envisage pour la première fois une approche globale de la criminalité. Il constitue l’acte fondateur de la police et institue un lieutenant général de la police. Le premier sur la liste est Nicolas de la Reynie. Il le restera trente ans. Les commissaires du Châtelet deviennent alors des commissaires tout court. En 1708, ils seront assistés des inspecteurs de police. note-francois-vidocq.1305288424.jpg

La mouche et le flic – Pour beaucoup, Eugène-François Vidocq est un ancien bagnard devenu chef de la police. En fait, en 1811, il a été placé à la tête d’une brigade de sûreté composée essentiellement d’anciens condamnés, avec pour mission d’infiltrer le milieu. Mais la bourgeoisie acceptait mal que la police soit représentée par un ancien truand et, finalement, il a été contraint à la démission. Mais pendant une vingtaine d’années, il a été un espion de la police rémunéré et efficace, un « mouchard », comme on disait alors. En lien sans doute avec l’expression de l’époque : Les mouches en liberté et les moutons en prison. Il est possible que le mot « flic » vienne de la traduction approximative du mot mouche en allemand (fliegen).

La première police en uniforme du monde – Au début du XIX° siècle, « La criminalité se développe, favorisée par une situation économique et sociale qui ne s’améliore le-premier-code-penal.1305288134.jpgpas. » (Histoire de la police – ministère de l’Intérieur). Et en 1829, apparaissent les sergents de Paris, qui portent un tricorne et l’épée. La première force de police en uniforme du monde. « Ces sergents de ville, dont les plus méritants peuvent être promus brigadier (grade créé en 1830) sont placés sous les ordres d’officiers de paix qui répondent eux-mêmes à ceux d’un commissaire appelé chef de la police municipale à Paris. »

La police technique et scientifique – En 1882, la préfecture de police se dote d’un service d’anthropométrie puis d’un service photographique. Alphonse Bertillon en prendra la direction onze ans  plus tard. Après avoir mis au point la signalisation anthropométrique des individus arrêtés, basée essentiellement sur la morphologie et la dimension des os, il va bertillon-au-travail.1305288742.jpgalors se rallier à l’identification par les empreintes digitales.

22 v’la les flics – Il semble que l’expression provienne de l’uniforme de certains policiers du début du siècle dernier ou de la fin du siècle précédent dont la tunique portait deux rangées de onze boutons.

Les hirondelles – Les brigades cyclistes ont été créées par le préfet Lépine et si le bon peuple les a surnommées les hirondelles, ce n’est ni pour leur cape qui flottait au vent ni en raison du printemps, mais simplement à cause de leur vélo, de marque Hirondelle.

marque-velo-hirondelle.1305288893.jpgEt les poulets ! – Les services de la préfecture de police se trouvaient rue de Jérusalem, mais les locaux étaient sans doute trop étroits ou peu rationnels (ce qu’on dit actuellement du 36) et il a fallu envisager plus grand. D’où la caserne de la Cité, construite pour une moitié sur un ancien couvent et pour l’autre sur un ancien marché aux poulets.

Une balle dans le buffet !Le premier policier de la préfecture de police mort (officiellement) en service est l’inspecteur Buffet. Le 9 mars 1804, il reconnaît Georges Cadoudal, un général chouan, contre-révolutionnaire acharné, qui complote contre le régime en place et projette d’enlever le Premier consul. Avec son collègue, Buffet tente de l’arrêter, mais celui-ci prend la fuite. Puis il attend son poursuivant au coin de la rue de Buci et tire froidement sur lui. Buffet avait 43 ans et était père de trois enfants. Cadoudal est condamné à mort. Refusant de demander maigret-001-copie.1305290173.jpgsa grâce, grâce que Bonaparte lui aurait probablement accordée, il est guillotiné le 25 juin 1804. Plus tard, Cadoudal sera anobli et élevé au grade de maréchal de France.

Il y a une leçon dans cette triste histoire.

J’arrête là, mais il y a plein d’autres choses. Tant et tant, qu’il est difficile de s’y retrouver sans guide*. Mais pour la Nuit des musées, tout le monde sera mobilisé, et je ne crois pas me tromper en disant que les visiteurs seront particulièrement chouchoutés.

_________________________

* Musée de la préfecture de police, Hôtel de police du 5° arrondissement, 4, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Horaires des visites guidées pour ce samedi 14 mai : 19h05 – 19h35 – 20h05 – 20h35 -21h05 – 21h35 -22h05.

Le coup du colis suspect

« Le service est interrompu à la suite d’un colis suspect au Châtelet. Les passagers sont invités à descendre… » Tous les utilisateurs des transports en commun connaissent la chanson. Rien qu’à Paris, cela se produit des dizaines de fois par mois. Les gens rouscaillent, regardent leur montre, sortent leur téléphone portable, lèvent les yeux vers les panneaux, se bousculent, etc.

Personnellement cela m’est arrivé hier à la station Auber. Je me rendais au musée de la police pour préparer mon prochain billet : comment faire pour rejoindre Maubert-Mutualité ? Tout le monde n’y allait pas, c’est sûr, mais tout le monde cherchait son chemin et des groupes de personnes comme moi déboussolécolis-piege_site_terra-economicainfo.1305187790.jpges se pressaient devant les plans de métro. Au demeurant pas très lisibles. J’eus alors un coup de nostalgie pour ces plans lumineux qui ont fait la joie de bien des gosses de ma génération. On appuyait sur un bouton et de petites ampoules de différentes couleurs vous indiquaient votre trajet. Je crois qu’il reste encore quelques tableaux de ce genre. J’espère que la RATP aura le souci de ne pas les détruire…

Dans le M7, où j’étais finalement parvenu à me faufiler, je me disais qu’il doit être bien difficile pour les démineurs du Laboratoire central de la police scientifique de prendre à chaque fois les mesures de sécurité et de précaution comme s’il s’agissait d’une bombe ! Car, bien sûr, ce n’est jamais une bombe, jusqu’au jour où… D’autant que nous serions, paraît-il, le deuxième pays du monde sur la liste noire d’Al-Qaïda. Et comme il est difficile d’aller plus haut dans l’échelle du plan Vigipirate (au rouge fixe depuis des années), le ministre de l’Intérieur a donné des instructions pour renforcer « la densité et la qualité » dudit plan. Nous voilà rassurés.

Sur le terrain, cela veut dire que la simple découverte d’un colis suspect génère une procédure plutôt lourde : périmètre de sécurité, recherche des témoins en attendant l’arrivée des spécialistes du Labo, etc. Et dans le métro, par exemple, cela entraîne généralement l’évacuation des quais et le blocage des rames.

D’où la pagaille aux alentours.

Il s’agit parfois d’une simple étourderie, le quidam stressé ou l’étourneau, mais la plupart du temps, le sac ou le colis a été abandonné sciemment. On peut s’interroger sur la raison qui pousse de petits plaisantins à ainsi foutre le bordel…

J’en étais là de mes supputations lorsque le conducteur du métro a informé les voyageurs qu’ils se devaient d’être vigilants car la police signalait que des pickpockets avaient été repérés sur les quais et dans plusieurs rames.

Un sac judicieusement abandonné sur un coin de quai, et c’est la bousculade. Les circonstances idéales pour mettre la main dans votre poche.

_______________________________________________________

Les commentaires sont actuellement peu lisibles, car ce blog fait l’objet d’une attaque en règle de spammeurs. Je vous prie de m’en excuser. GM

La nouvelle carte de police annonce la couleur

Il aura fallu une longue réflexion pour franchir le pas, mais c’est fait, ou presque, la nouvelle carte de police fait son apparition. Elle a la taille d’une carte de crédit, et rejoint ainsi le format de la carte de presse ou de la carte d’avocat.

carte-police.1304847032.JPGEn fait, c’est la carte d’agent ministérielle qui a été revisitée. Mais, pour les policiers, il s’agit d’un véritable outil de travail qui mentionne expressément les droits particuliers attachés à cette profession. Si j’ai bien compris, les préfets et hauts fonctionnaires l’ont trouvée tellement chouette qu’ils l’ont copiée. Ainsi, au démarrage, il devait y avoir seulement deux visuels,  policiers et agents administratifs ; on en est à onze. Ce qui a sérieusement augmenté la facture. On imagine la bagarre des corps pour obtenir telle ou telle mention. Par exemple, les agents de l’Identité judiciaire, les fameux techniciens des scènes de crime, très mode à la télé, n’ont pas eu droit au mot « POLICE », inscrit en rouge (une tradition depuis deux générations de cartes). Ils devront se contenter d’un « Police technique et scientifique », en noir. J’espère qu’ils vont s’en remettre. Ou l’inscription du droit à réquisition, cette petite phrase, dans le bas de la carte, qui mentionne que « Les Autorités Civiles et Militaires sont invitées à LAISSER PASSER ET CIRCULER LIBREMENT le titulaire de la présente carte qui est autorisé à requérir pour les besoins du service l’assistance de la force publique ».

Raison pour laquelle la carte de police est appelée parfois « carte de réquisition », ou carte de réquise. On dit aussi la brème, ou carte de pêche, mais cela fait un peu vieillot.

Ces nouvelles cartes sont équipées de deux puces dont une RFID (radio), et d’une piste magnétique. Ce qui inquiète un peu les syndicats, comme UNSA-Police :

capture_unsa.1304846850.JPG

Bienvenue au club, doivent penser les salariés du privé qui, sous prétexte de sécurité, connaissent pour beaucoup le retour de la pointeuse et de la surveillance en continue.

En fait, cette carte, c’est un peu le couteau suisse. Elle va servir de sésame pour l’accès aux locaux protégés, la consultation des fichiers, comme le STIC ; ou pour la signature électronique des procès-verbaux. Ou encore de passe Navigo, ou pour régler son repas au mess de la police, etc. Pour l’instant, il n’est pas question qu’elle soit acceptée au café du coin.

Elle pourra être utilisée depuis n’importe quel poste de travail du ministère, à condition qu’il soit équipé d’un lecteur – dont l’acquisition reste cependant à la charge de chaque service. L’Imprimerie nationale est en charge de la fabrication. Son coût est de 18 €. Pour la police, c’est 180 000 cartes carte-gendarmerie_2.1304847136.JPGqui seront mises en circulation entre 2011 et 2012 (les retraités devront attendre un peu). Quant à la gendarmerie, elle a pris une certaine avance avec un projet initié en 2008, légèrement différent, plus sobre, à mon avis un peu moins réussi, mais semble-t-il compatible. L’ensemble des personnels devrait être doté cette année.

Il est prévu de pouvoir la glisser dans un porte-cartes qui comprendrait la médaille et l’insigne de poitrine, c’est-à-dire le grade. Ce qui donne quelque chose de plutôt capture.1304847251.JPGrationnel et élégant. Mais peut-être pas très pratique lorsqu’il faudra la retirer pour la passer dans un lecteur…

La carte de police a sans doute perdu un peu de son prestige depuis que l’uniforme s’est imposé dans la police. Mais elle reste un objet mythique qu’on rêve souvent de cloquer sur le bureau de son patron. Sauf que dans la vraie vie, on la conserve précieusement. Elle suit la carrière, elle fait partie intégrante du policier, et il s’en sent responsable, un peu comme de son arme.

______

Sur ce blog, éventuellement, La nouvelle carte d’identité : un tournant.

Attentat de Marrakech : les pièges d’une enquête internationale

«  On semble avoir identifié deux suspects possibles », a déclaré hier Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères. De quoi faire bondir les enquêteurs marocains, alors qu’ils sont tenus de faire équipe avec les experts de plusieurs pays, dont une dizaine de policiers français – que l’on imagine d’ailleurs plutôt mal à l’aise après cette annonce prématurée. Pas le genre de truc à faciliter les contacts. D’autant qu’ils sont là, officiellement, pour aider à l’identification des corps. En fait pour effectuer une argana_marrakeche.1304583367.JPGenquête préliminaire ouverte à Paris. Une enquête en finesse, puisqu’ils ne disposent d’aucun pouvoir d’investigation. Et qu’au moment de cette déclaration pas très… diplomatique, les autorités marocaines s’interrogeaient encore sur l’opportunité de publier ou non les portraits-robots desdits suspects.

On pourrait appeler ça une fuite.

La veille déjà, la posture va-t’en-guerre de Nicolas Sarkozy, « La France ne laissera pas ce crime impuni » avait sérieusement agacé les Marocains. « Le Président français s’érige-t-il en justicier à la manière de George W. Bush après les attentats du 11-Septembre La France va-t-elle s’ingérer dans les affaires intérieures du Maroc ? Va-t-elle mener l’enquête à la place des autorités marocaines, pour rendre justice, punir les responsables ? » s’interrogeait le magazine Yabiladi.

D’autant que personne ne peut aujourd’hui se prononcer sur l’origine de cet attentat. Même si la presse (française) a annoncé l’arrestation d’un homme qui serait lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Ainsi, une vidéo, postée sur le Net trois jours avant le drame, ressemblait fort à un avertissement préalable. On y voit des hommes armés dénoncer les conditions de détention des prisonniers «  religieux ». Il s’agissait donc de menaces claires contre le Maroc. Une manière de prévenir qui n’est pourtant pas dans les habitudes d’Aqmi. Et qui arrive comme un cheveu sur la soupe, puisque de nombreux prisonniers politiques et religieux ont été libérés il y a moins de trois semaines.

On sait aujourd’hui que cette vidéo est un extrait d’un film de propagande qui date de 2007. Quel intérêt de ressortir cette vidéo trois jours avant de commettre l’attentat ? Pour Anne Giudicelli, consultante sur le terrorisme en Afrique et au Moyen-Orient, qui a détecté la supercherie, ce ne serait pas un hasard. « Il y a volonté de prendre un extrait pour probablement peser sur les investigations et essayer de valider l’hypothèse que ce serait Aqmi qui est derrière », a-t-elle déclaré (source AFP).

Selon la même dépêche de l’agence de presse, une autre vidéo, qui promet « une frappe douloureuse contre le royaume impie du Maroc » a également été diffusée avant l’attentat. Or, il s’agit de l’extrait d’un film de janvier 2010. Pour Jean-Charles Brisard, un autre expert français, ces deux faits ne sont pas des coïncidences.

Et du coup, la théorie du complot intérieur prend de l’ampleur. Un moyen de mettre un holà aux réformes promises par le roi Mohamed VI pour éviter la contagion du « Printemps arabe ». Et notamment celle d’inscrire la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice dans la Constitution.

Dans Le Monde des religions, Mohamed Fadil Redouane, spécialiste de l’islamisme au Maroc et doctorant à Paris-Sorbonne, émet de « sérieuses réserves » quant à la piste d’Al-Qaïda, même s’il est trop tôt pour tirer des conclusions. « La théorie du « complot », comme on l’appelle, a très rapidement émergé dans certains médias marocains, dit-il. Et des centres de pouvoir internes ont clairement été accusés d’être derrière ces attentats de Marrakech. Cette hypothèse, si elle est pour l’instant invérifiable, est plausible, parce qu’elle permettrait à une partie du pouvoir de reprendre la main, de décrédibiliser les islamistes et de maintenir une certaine pression sécuritaire sur le peuple marocain tout en le détournant de ses velléités démocratiques auxquelles il semblait jusqu’à présent farouchement accroché. »

Lorsqu’on voit le bond fait dans les sondages par Barack Obama, après la fin brutale de Ben Laden, on peut craindre que cela ne donne des idées à d’autres. Dans l’enquête sur l’attentat de Marrakech, il faut espérer que les experts se trompent et qu’aucun gouvernant, que ce soit au Maroc ou ailleurs, ne s’abaisserait à utiliser la menace terroriste à des fins de politique intérieure…

L'histoire de Marseille, de sa police et de sa pègre

« Marseille a un territoire trois ou quatre fois plus grand que Paris et il n’y a que trois cents agents de ville. Aussi, sur la Canebière, on vole et on détrousse les gens en plein jour. Il est évident que cela ne peut plus durer… » C’était en 1907. Le le-vieux-port_carte-postale.1304244402.jpgtribun Georges Clemenceau harangue les députés. Il plaide pour une police plus mobile, mieux équipée, adaptée à la société moderne. L’année suivante, la police marseillaise est étatisée. Les effectifs augmentent de 20 % et le budget fait un bond de 70 %.

De quoi rêver. Car si aujourd’hui le discours sur l’insécurité n’a guère évolué, en dehors du Grand Paris, de nombreuses villes ont vu les effectifs de la police ou de la gendarmerie fondre de 10 à 40 %.

Alors, pour nous évader un peu de nos soucis au jour le jour, et surtout de la mythologie du quai des Orfèvres, voici l’histoire vraie de la police de Marseille et de sa pègre, racontée par Alain Tourre, qui, à la différence de la plupart de ces flics qui prennent la plume n’a jamais traîné ses guêtres dans les couloirs du 36.

Dans son livre, Histoire de l’Évêché, écrit avec la collaboration de Danielle Thiéry et Christophe d’Antonio (Éd. Jacob-Duvernet), il nous relate les principaux événements du début du siècle précédent à nos jours : guerre des polices, règlements de comptes, trafic de toutes sortes, liens du milieu et de la politique, etc. La liste est longue. Certaines histoires dont on n’a jamais entendu parler, comme les bandits fantômes de Pégomas, ou l’attaque du train 261. Ou d’autres, bien plus célèbres, comme le vol des bijoux de la Bégum ou le démantèlement de la French Connection.

C’est en 1908 que le commissariat central de Marseille s’installe à l’Évêché, un édifice bâti au XVII° siècle pour servir de résidence aux évêques. Un symbole fort, trois ans après le vote de la loi sur la séparation de l’Église et de l’État. La toute nouvelle brigade mobile, qui porte le n° 9, elle, doit se contenter des locaux laissés vacants gare Saint-Charles. Ce n’est qu’en 1910, qu’elle rejoindra cet « hôtel de police » un peu particulier.  Où elle est toujours. Entre temps, la 9° est devenue le service régional de PJ, puis, plus récemment, une direction interrégionale.

alain-tourre.1304244506.jpgAlain Tourre a été le patron du SRPJ de Marseille. Il a également été un spécialiste de la lutte antidrogue. Aussi est-il bien placé pour nous parler de Marseille, plaque tournante du trafic international et région de prédilection des laboratoires clandestins ; ou encore de l’assassinat du juge Michel, lequel est directement lié au trafic de stupéfiants.

En lisant l’enquête sur l’affaire Ranucci, telle que l’auteur nous la raconte, j’ai été stupéfait de découvrir les charges qui pèsent contre lui, moi qui, comme beaucoup, avais un doute sur la culpabilité du condamné. Comment peut-on penser un instant qu’il s’agit d’une erreur judiciaire ?  Le débat sur la peine de mort a pris le pas sur tout le reste.

Lorsque j’ai demandé à Tourre les affaires qui l’avaient le plus marqué, lui qui a dirigé des services importants et qui a même été le candidat français pour prendre la tête d’Europol, n’a pas hésité un instant : les enquêtes où les victimes sont des enfants. Et en particulier une, qui à ce jour n’a pas été résolue : l’assassinat de Sabine Dumont, le 27 juin 1987, à Bièvres, dans l’Essonne. Cette petite fille de 9 ans a été enlevée en pleine journée près de son domicile et son corps entièrement dénudé a été retrouvé au bord de la RN 118, à cinq kilomètres de là. Un rapprochement avait été fait avec le meurtre de trois autres fillettes commis à la même époque. Mais il semble bien (c’est une opinion personnelle) que la dispersion des moyens entre les services enquêteurs et les juges d’instruction n’ait pas facilité les choses. « J’y pense toujours… je revois encore le visage de cette gamine, belle comme tout… », m’a confié Alain Tourre.

Peut-être un jour écrira-t-il un livre de souvenirs sur certaines de ses enquêtes, de celles que l’on ressasse avec le temps, et sur lesquelles parfois on s’interroge – comme le meurtre de la petite Sabine ou l’affaire Boulin… histoire-de-leveche.1304244603.jpg

Je vais être franc, dans les dernières pages d’Histoire de l’Évêché, on sent la pression d’un éditeur trop impatient, mais tel qu’il est, avec ses imperfections, c’est un véritable document sur la police et la pègre de Marseille. Un livre de référence qui se lit avec attention, qui force à la réflexion, et que l’on va conserver précieusement dans sa bibliothèque.

« Older posts Newer posts »

© 2026 POLICEtcetera

Theme by Anders NorenUp ↑