LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Police (Page 30 of 34)

Pichon, simple flic

Philippe Pichon est commandant de police, mais il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages, poèmes, essais et romans, dont le plus connu (mais ce n’est sans doute pas le plus important) est Journal d’un flic, aux éditions Flammarion.

commandant-philippe-pichon_rmc-copie.1229511339.jpgCe livre, paru en 2007, dans lequel il parle d’une manière critique de son métier a été plutôt mal perçu par l’administration. Il lui a valu une mise en garde pour manquement à l’obligation de réserve et des soucis à répétition. Je crois que ce n’est pas tant ses propos qui dérangent que ses contacts privilégiés avec les médias. Depuis le passage à l’Intérieur d’un certain Joxe, les policiers ont en effet appris à boycotter les journalistes. Une contrainte qui est devenue au fil des ans une coutume, une règle non écrite.

Pichon n’a pas la quarantaine. Il est en poste au commissariat de Meaux, où il est chargé du transfert des détenus entre la prison et le tribunal. Un job sans aucun intérêt. Un placard.

Son dernier livre, L’enfance violée, aux éditions Flammarion, est – hélas – autobiographique. « On m’avait inscrit contre mon gré à des cours de judo, dit-il dans Paris Match (ici). Tous les mercredis après-midi. Le gymnase était à 50 mètres du magasin de fleurs de mes parents. J’étais à l’époque un garçon timide, réservé, peu sûr de lui (…) Les trois premiers cours s’étaient relativement bien passés (…) Dès la quatrième séance, j’ai senti que le prof se faisait de plus en plus pressant…»

C’est homme est un écorché vif, et l’on se demande s’il est vraiment à sa place dans la police…  C’est d’ailleurs la question que doit se poser sa hiérarchie.journal-dun-flic.1229511594.jpg

Lundi dernier, Philippe Pichon a été convoqué par l’IGPN (la police des polices) et placé en garde à vue. Au moment où j’écris ces lignes, on en ignore les raisons. On murmure que c’est l’aboutissement de l’enquête pour manquement à son obligation de réserve. Mais, selon le Nouvel Obs (ici), « il serait soupçonné d’avoir diffusé des informations confidentielles à caractère professionnel ».

Je n’en sais pas plus. Véritable délit ou acharnement administratif ?

Tout nu (suite)

L’UMP demande l’ouverture d’une enquête, le PS stigmatise des méthodes inadmissibles et Jack Lang a honte pour son pays… La mésaventure de l’ex-patron de Libération fait l’unanimité contre des méthodes policières qu’Alliot-Marie trouve pourtant tout à fait normales. Alors, où est la vérité ? Faut-il oui ou non baisser culotte devant les policiers ?

droits-de-lhomme_lea-assoover-blog.1228150274.jpgEt moi, avec mon petit blog, je me fais châtaigner par quelques lecteurs, qui me balancent des « Monsieur le commissaire » dédaigneux et qui me soupçonnent de je ne sais quelle connivence avec je ne sais quelle force du mal.

Heureusement, c’est une minorité. Parmi les commentaires, nombreux, qui ont suivi le texte précédent (ici), beaucoup sont constructifs et pleins de bon sens. Ils sont parfois contradictoires, mais c’est bien ainsi qu’on se forge une opinion, n’est-il pas ?

Laissons à la presse le soin de défendre la presse, et posons-nous la question suivante : Les policiers ont-ils le droit d’obliger un homme ou une femme à se déshabiller ?

Pour l’instant, on attend toujours une réponse nette. On nous parle d’habitudes, de sécurité… Rien dans le code de déontologie de la police nationale. Pourtant, comme le rappelle Marc Louboutin, un ancien officier de police judiciaire, il existe une circulaire en date du 11 mars 2003 qui fixe les choses. Je l’ai longuement recherchée avant finalement de la retrouver (grâce à Syl8555) dans un rapport de la Haute autorité de santé (ici).

Pour résumé, ce texte* dit que le fait d’obliger une personne à se mettre nue est attentatoire à la dignité et que la règle générale consiste en une simple palpation de sécurité. De plus, l’usage des menottes est réservé aux individus dangereux, ce qui manifestement n’était pas le cas de M. de Filippis.

Je pense qu’un blog permet une réflexion collective. D’ailleurs les commentaires sont souvent plus importants que le texte de base. Mais pour répondre à Bernard, qui me demande mon opinion personnelle, la voici – et je suis certain qu’elle est partagée par de nombreux policiers : Il est inadmissible de mettre un homme ou une femme tout nu. C’est humiliant. Les policiers doivent se reprendre. Ils ne doivent pas s’exclure de la société. Et les syndicats de police devraient se battre – aussi – pour des idées.

Et puisque ce blog prend un angle plus intimiste, je vais vous faire une confidence : dans toute ma carrière, je n’ai jamais demandé à personne de me montrer ses fesses – en tout cas pas dans l’exercice de mon métier.

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* Voici ce que dit la circulaire du 11 mars 2003, qui est donc signée d’un certain Nicolas Sarkozy (c’est moi qui souligne) :

« Les mesures de sécurité sont de nature administrative ; elles ont pour finalité la protection du gardé à vue, des personnes et des tiers.

Elles sont à distinguer de la fouille opérée par l’officier de police judiciaire pour les nécessités de l’enquête, assimilée à une perquisition, ainsi que des investigations corporelles internes exclusivement réalisées par un médecin dans les cas prévus par la loi.

Parmi ces mesures de sécurité, deux modalités sont à distinguer :

 – La palpation de sécurité opérée à chaque prise en charge et lors des différents mouvements de la personne gardée à vue. Son but est de révéler le port de tout objet dangereux et sa nécessité ne saurait être remise en cause. Pratiquée par une personne de même sexe et aux travers de vêtements, elle doit être complète, méthodique et méticuleuse.

– La fouille de sécurité : l’article C117 de l’instruction générale du 27 février 1959 prise pour l’application du code de procédure pénale précise que cette mesure ne peut être pratiquée que si la personne gardée à vue est suspectée de dissimuler des objets dangereux pour elle-même ou pour autrui.

Pratiquée systématiquement, a fortiori avec le déshabillage de la personne gardée à vue, elle est attentatoire à la dignité et contrevient totalement aux exigences de nécessité et de proportionnalité voulues par l’évolution du droit interne et européen.

Il y aura donc lieu dès à présent de limiter en règle générale les mesures de sûreté à la palpation de sécurité. Dans l’hypothèse où des vérifications plus adaptées apparaîtraient nécessaires, il conviendrait d’en évoquer l’application avec l’officier de police judiciaire qui détient des éléments lui permettant une appréciation de la dangerosité des personnes.

En tout état de cause, toute instruction rendant les fouilles systématiques doit être abrogée. Dans le même esprit, le menottage qui est soumis aux dispositions de l’article 803 du code de procédure pénale, ne doit être utilisé que lorsque “la personne est considérée comme dangereuse pour autrui et pour elle-même ou susceptible de prendre la fuite”. Un menottage excessivement serré doit être proscrit. »

 

Un patron de presse tout nu

« Baissez votre slip, tournez-vous et toussez trois fois ! » Un policier a-t-il le droit de formuler une telle requête ? Rien n’est moins sûr. L’administration en tolérant que ses agents se livrent à ces pratiques ne fait que jouer sur les mots. En effet, l’article 63-5 du Code de procédure pénale mentionne expressément qu’une «investigation corporelle intime» ne peut être réalisée que par un médecin.

toutnuchoopsbdfreefr.1228043843.jpgC’est quoi une « investigation intime » ? Mon dictionnaire parle de recherche suivie et approfondie – sans faire de distinction entre l’œil et… le doigt.

En tout cas, un policier digne de ce nom ne pratique pas de telles méthodes (voir sur ce blog : Déshabillez-vous !).

Quant à Madame Muriel Josié, le juge d’instruction, a-t-elle outrepassé ses droits en délivrant un mandat d’amener pour un délit de presse ?

C’est possible. Voyons, quelle est la définition légale du mandat d’amener ?

Le mandat d’amener est une réquisition faite aux autorités d’arrêter une personne dénommée pour la conduire dans les plus brefs délais (moins de 24 heures) devant le magistrat. Normalement, il fait suite à un mandat de comparution auquel il n’a pas été déféré.

Alors qu’en est-il du mandat de comparution ? C’est l’obligation faite à une personne de se présenter à une date et à une heure précise devant le juge. Ce mandat est le plus souvent notifié par voie d’huissier.

Question : Vittorio de Filippis a-t-il fait l’objet d’un mandat de comparution ?

Si tel est le cas, et s’il n’a pas déféré à cette pièce de justice, il a eu tort. Et du coup la réaction du magistrat devient légitime.

L’ex-patron de Libération a alors bénéficié du droit commun : arrestation, menottes dans le dos, fouille à corps… On peut juger ça excessif, mais c’est le régime appliqué à monsieur tout le monde.

Seule l’introspection anale reste équivoque.

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Bon, comme je me fais pas mal allumer sur ce texte, je me permets ce post-scriptum :

1/ J’ai effectivement commis une boulette. L’article 63-5 du CPP dit exactement ceci : « Lorsqu’il est indispensable pour les nécessités de l’enquête de procéder à des investigations corporelles internes sur une personne gardée à vue, celles-ci ne peuvent être réalisées que par un médecin requis à cet effet » (date d’entrée en vigueur 1er janvier 2001).

Doit-on faire une différence entre « internes » et « intimes »… ? Il semble me rappeler (mais je n’ai plus la référence) que la Cour européenne a utilisé « fouilles intimes » dans sa décision de condamner la France (pour dommage moral) lors d’un recours effectué par l’ancien d’Action directe, Max Frérot.

2/ J’avais écrit « anale » avec deux n. J’ai corrigé et merci pour ceux qui m’ont repris.

 

La cyberpolice

Il existe une police de la toile comme il existe une police criminelle, mais ses enquêteurs utilisent ni les traces Adn ni le gyrophare. Ils effectuent le plus souvent leurs enquêtes, les pieds dans les charentaises et le nez sur un écran d’ordinateur.

brigade-informatique.1227424987.jpgAlors que le secrétariat d’État à la famille va prochainement assurer la diffusion de petits films destinés (ici) à sensibiliser les jeunes (et les parents) aux dangers de l’Internet, on peut se demander quels sont les moyens dont disposent police et gendarmerie dans ce domaine.

Je me souviens qu’à la fin des années 60, les services techniques de la DST avaient découvert que le simple rayonnement des ordinateurs du ministère de l’intérieur pouvait être intercepté à plusieurs dizaines de mètres. Des soupçons d’espionnage avaient alors plané sur des agents de l’est qui occupaient un appartement dans un immeuble de la rue des Saussaies.

Mais en police judiciaire, la prise de conscience date de 1984, avec l’affaire dite du CCC (chaos computer club), un groupe de hackers de Hambourg, manipulé par le KGB, qui avait réussi à infiltrer de grandes entreprises travaillant pour la défense nationale. « On s’est rendu compte, déclare le commissaire Yves Crespin, chef de la Befti, dans une interview accordée en octobre 2008 au magazine PC Expert, que l’on n’avait rien : aucun moyen d’enquête, aucune compétence. On a dû faire appel à la DST (…) et à la brigade financière de Paris, où ils avaient des ordinateurs. Un groupe a ainsi été constitué, puis il a grandi au fil du temps. Il a pris le nom de Sefti (service d’enquête sur les fraudes aux technologies de l’information) en 1994, puis Befti. Aujourd’hui, la brigade compte vingt-neuf personnes… » Des policiers qui jouent au chat et à la souris, comme on le voit sur leur logo.

Parallèlement, à la même époque, la direction centrale de la police judiciaire met sur pied un service à compétence nationale, la BCRCI (brigade centrale de répression de la criminalité informatique), qui en mai 2000, devient un office central : l’OCLCTIC (office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication).

Quant à la gendarmerie, elle possède un département important, à ircgn_defensegouv.1227425108.jpgRosny-sous-Bois, au sein de l’IRCGN (institut de recherches criminelles de la gendarmerie nationale), qui a été créé en 1990.

Ces différents services traitent de la cybercriminalité, qu’on peut répartir en deux volets :

– Les infractions dans lesquelles l’informatique est l’objet même du délit (intrusion, contrefaçon, etc.).

– Les infractions pour lesquelles l’informatique n’est qu’un moyen pour parvenir à ses fins (escroqueries, pédophilie, etc.).

De plus, ils apportent une aide précieuse dans les enquêtes traditionnelles, en fournissant des moyens de surveillance et d’interception, ou en participant aux « perquisitions informatiques ».

A noter que l’OCLCTIC a ajouté à sa palette la lutte contre les réseaux internationaux qui se sont spécialisés dans la contrefaçon de cartes bancaires (yescards).

oeil_magritte_arnet.1227425218.jpgEn dehors des policiers et gendarmes, il existe de nombreux services plus ou moins officiels qui s’intéressent à l’informatique, soit dans un souci de protection des sites, soit au contraire dans le dessein inavoué d’espionner ses adversaires ou ses concurrents. Mais là, on n’est plus dans la cybercriminalité, mais dans la guerre cybernétique ou cyberguerre. Il ne s’agit pas de fiction. Ainsi, dans un rapport récent (quelques jours) remis au Congrès américain, il est indiqué que la Chine aurait pris une avance considérable dans le domaine de l’espionnage informatique.

Les policiers en colère

Il n’est pas fréquent que les policiers envahissent la rue. Pourtant, ce mardi 18 novembre, à Lyon, ils étaient venus en masse, des quatre coins de France, pour manifester leur mécontentement.

Cadeau piège_terra-economiicainfo.jpgDans la police, il faut un certain courage pour descendre sur la voie publique : toute manifestation est mal perçue tant par la hiérarchie que par le gouvernement. Par le passé, il est même arrivé que des sanctions s’abattent sur les manifestants les plus actifs – ou les organisateurs.

Alors, que veulent-ils ces policiers ? En fait, c’est simple, ils ont des revendications qui rejoignent celles de bon nombre d’autres professions : perte de pouvoir d’achat, dégradation des conditions de travail, etc.

Si j’ai bien compris, lors du mini-Grenelle de la police qui s’est tenu fin octobre, la ministre de l’intérieur a joué la division en « bricolant » un accord avec un syndicat, contre l’avis des deux autres.

Les deux autres ce sont l’UNSA-Police et la SGP-FO, qui représentent près de 60 % des effectifs.

En résumé, cet accord prévoit la suppression de 5 jours de RTT et une modification de la prise en compte des heures supplémentaires. En échange, les policiers obtiennent une prime de 15 € par mois dès l’année prochaine, qui passera à 30 € en 2010. En plus on leur octroie une revalorisation de 2 % de leur prime de risques.

Le compte n’y est pas, disent les syndicats. Tandis qu’au ministère on parle d’une enveloppe de 200 millions d’euros, notamment pour indemniser les policiers qui opèrent dans certaines zones difficiles.

Après tout, les syndicats sont dans leur rôle en défendant les intérêts de leurs adhérents, mais ils ont une autre revendication, plus politique, qui elle nous concerne tous : la suppression de 10.000 postes à l’horizon2008-11-17_maniflyonmerci-1.1227091656.jpg 2012.

Dans un long discours, Nicolas Comte, le secrétaire général de SGP-FO, a déclaré : « […] Nous sommes dans une situation totalement surréaliste : C’est au moment même où le monde et la France vont connaître la plus grave dépression (…) que les idéologues décident de réduire les effectifs policiers ! Quelle erreur ! (…) La dépression va engendrer une tension sécuritaire : c’est hélas, inéluctable. Mais pour les idéologues, le service public de sécurité, comme tous les autres services publics d’ailleurs, doit être réduit, limité, privatisé, vidé de sa substance… bref, détruit ! » 

Les deux syndicats ont décidé de lancer un référendum pour demander aux policiers s’ils sont d’accord avec leur analyse. Dans l’affirmative, ils envisagent une manifestation d’ampleur nationale au début de l’année 2009.

Alors, faut-il craindre une période d’insécurité liée à la crise économique ? C’est peut-être envisager le pire. Quant à la suppression de 10.000 policiers… On pourrait faire un sondage : Etes-vous pour ou contre ?

En posant la question, j’appréhende les réponses…

Les cafards de la République

L’ancien patron des RG, Yves Bertrand, se défend d’avoir dirigé un cabinet noir pour le compte de Jacques Chirac. Il se pose en victime d’une cabale politique, et dénonce la violation du secret de l’instruction qui a permis de mettre ses notes personnelles sur la place publique. C’est l’arroseur arrosé.

trou-serrure_lepost.1226990580.pngYves Bertrand a confondu service de l’Etat et service des hommes d’Etat. Néanmoins, il a raison sur un point : ses fameux petits carnets à spirales ont été découverts à son domicile et placés sous scellés dans le cadre de l’affaire Clearstream, autrement appelé (d’après Wikipédia) affaire du corbeau des frégates de Taïwan. Ils étaient donc couverts par le secret de l’instruction. Quelle main malveillante les a mis sur la place publique… et pourquoi ? Aussi sec, Nicolas Sarkozy a déposé plainte pour atteinte à la vie privée. Interviewé sur Europe 1, Bertrand a déclaré : « Il porte plainte contre des brouillons qui étaient sous scellés et qui ont été piqués… »

Des extraits de ces carnets ont été publiés dans la presse. Si nous, les non-initiés, on ne comprend pas tout, d’autres n’ont aucun mal à mettre un nom sur tel député ou tel ministre. Le Point du 9 octobre 2008 (ici) : Dans l’actuel gouvernement, ce sont quatre ministres qui voient leur intimité dévoilée dans les cahiers d’Yves Bertrand. Sans oublier l’actuel président de la République… Yves Bertrand relève à propos d’un notable de l’UMP qu’il est « bisexuel » et indique l’adresse de sa garçonnière parisienne. Avec ces précisions : « un blondinet », « il lui achète des fringues ». Quant à sa compagne de l’époque, il mentionne qu’elle « a des problèmes fiscaux ». Sur d’autres pages, le même homme politique se retrouve sous la plume de Bertrand mêlé à une partie fine à Cannes dans la villa d’un élu local. Tel ancien ministre socialiste se retrouve étiqueté « échangiste ». À droite, c’est un homme politique de première main dont on apprend que l’épouse l’a surpris au lit avec sa maîtresse dont Bertrand donne l’identité accompagnée d’éléments biographiques. Pour tel autre, on lit : « À La Mamounia, en novembre, s’est tapé des petits garçons. »

Devant une documentation d’un tel niveau, le fichier Edvige, version 1, ressemble à une BD pour ados. Bien sûr, il n’existe aucune preuve de la véracité de ces potins, mais en attendant, le mal est fait.

carnets-noirs_lefigarofr.1226990665.jpgLes 2000 pages de notes griffonnées par l’ancien policier ont depuis été numérisées, et hier, nous dit Le Figaro.fr (ici), les cédéroms ont été remis aux avocats du procès de l’Angolagate. Vous savez, cette histoire de trafic d’armes dans laquelle on retrouve entre autres Charles Pasqua et Jean-Christophe Mitterrand, tous deux soupçonnés d’avoir encaissé des pots-de-vin ! Le juge Courroye, qui a mené l’instruction, n’échappe pas au lynchage. Il aurait eu de multiples contacts avec l’ancien patron des RG – lequel lui aurait fourni de précieux tuyaux. Faits démentis par le magistrat.

Comment s’y retrouver ? Comment faire la part de l’intox et de l’info dans cette avalanche de potins et de commérages – et qui tire les ficelles ?

Même le congrès de Reims du PS ressemble à une cour d’école maternelle à côté de ces maquignonnages politico-judiciaires… Je ne sais pas ce que vous en pensez, un rien nauséabond, non ?

La cellule invisible

C’est le nom de cette communauté anarchiste du plateau de Millevaches qui s’en serait pris à nos TGV. Cette menace de l’ultragauche dont nous parle la ministre de l’Intérieur est probablement sérieuse. Mais elle a beau faire, le procureur de Paris peut en rajouter une couche, ces terroristes n’arrivent pas à nous terroriser.

vaches-et-train_swissworldorg.1226783936.jpgOn aurait même tendance à les trouver sympa ces citadins qui s’implantent au fin fond de la Corrèze. Un rien baba-cool, non !

Pourtant, le choix de cette résidence n’est pas innocent. Ça doit-être l’abc du « petit anarchiste ». En tout cas certains truands ont compris depuis longtemps, qu’il est difficile pour les policiers d’effectuer des surveillances dans un cadre… champêtre, où le moindre visage inconnu attire l’attention. Et puis, comment installer des caméras dans les arbres, surtout en automne ?

Alors, qu’est-ce qui chiffonne dans cette affaire ? Eh bien, malgré les congratulations adressées aux policiers (ici) par les plus hautes autorités de l’État, on a l’impression que ça a merdouillé.

Car d’après les explications de Madame Alliot-Marie, ces individus étaient surveillés depuis de longs mois par la DCRI. Il y avait eu des échanges d’informations entre les services secrets américains et ceux de plusieurs pays européens, dont la France. Il s’agissait selon toute vraisemblance de cibler toute une mouvance plus ou moins internationale susceptible de basculer un jour ou l’autre dans l’affrontement armé. Un beau travail sur le long terme pour des services de renseignements. Et pis voilà !…

Quelques TGV prennent du retard… On imagine les coups de fil de l’Élysée… Les réunions en catastrophe et la DCRI obligée de casser le morceau : « Euh !… On pense qu’on a localisé les… » Aussi sec, la PJ est saisie « Euh !… Il faudrait essayer de les faire en flag… »

Désolé, les enfants, le temps presse. Ça piaffe à l’Élysée ! Alors, arrêtez-moi tout ce beau monde…

Et voilà comment on cochonne une affaire. « Structure à vocationpetard.1226773397.gif terroriste », ce sont les mots utilisés pour qualifier l’infraction et justifier la mise en examen de Julien Coupat, le chef présumé de ce groupuscule. Lui et ses acolytes vont être englués dans une procédure d’association de malfaiteurs comme des mouches sur un papier tue-mouches, mais à votre avis, sont-ils coupables de faits ou d’intentions ?

Cela rappelle curieusement la cellule élyséenne de Mitterrand, lorsqu’elle a interpellé à Vincennes ces Irlandais devenus célèbres, qui rêvaient d’une révolution qu’ils ne feraient jamais. Souvenez-vous, c’était en 1982, après l’attentat de la rue des Rosiers…

Finalement, qu’on ait un Président de gauche ou de droite, lorsque la politique se mêle aux enquêtes de police, on arrive toujours à des arrestations paillettes.

Baader au cinéma

En Allemagne, la sortie du film sur la bande à Baader a provoqué des polémiques. Pas chez nous. Pourtant le terrorisme des années 70 ne connaissait pas de frontières… Alors, Andréas Baader est-il une icône de la lutte révolutionnaire ou pas ?  D’après Cohn-Bendit, Jean-Paul Sartre aurait dit de lui : « Quel con !… »

raf-logo_wikipedia.1226579997.pngDans une interview au Nouvel Observateur (ici), l’ancien soixante-huitard a ajouté : « Ce film à grand spectacle n’apporte rien, n’explique rien sur les années 70… »

N’empêche qu’en Allemagne, il fait un carton.

La Fraction armée révolutionnaire (RAF) est née officiellement en avril 1968. Le mouvement étudiant qui secoue alors un certain nombre de pays occidentaux semble trouver son origine de l’autre côté de l’Atlantique, dans le refus de la guerre du Vietnam. Mais en Allemagne, un élément plus ambigu couve dans la jeunesse : un jugement sans appel sur le comportement des ainés durant la période nazie. Une sorte de règlement de comptes entre deux générations. C’est cette logique qui mènera, en 1977, à l’enlèvement puis à l’assassinat du président du patronat allemand, Hanns-Martin Schleyer, officier SS durant la guerre.

À cette époque (ici), je me souviens, on distribuait aux policiers de petites Bande à Baader_avis de recherche.giffiches cartonnées avec le nom et la photo de chacun des membres de la bande à Baader, des Brigades rouges ou d’Action directe. Mais en dehors de quelques services spécialisés, nous n’étions pas concernés. Honnêtement, tout cela nous passait au-dessus de la tête. Sauf en septembre 1977, où pour retrouver Klaus Croissant (l’avocat de la RAF), réfugié en France, on mobilise beaucoup de monde. Arrêté, il demande l’asile politique. Les intellectuels français, entraînés par Jean-Paul Sartre et Michel Foucault mènent alors campagne (notamment dans Le Monde) pour éviter son extradition. Vainement. Il est reconduit à la frontière. Condamné à 2 ans ½ de prison, à sa libération, il gagne la RDA où il devint, dit-on, un agent actif des services secrets de l’Allemagne communiste. Ses amis ne lui pardonneront jamais.

affiche-bande-a-baaderjpg.1226580435.jpgMême si certains protagonistes sont encore de ce monde, qu’on le veuille ou non, l’action terroriste menée par la bande à Baader fait déjà partie de notre histoire. Et si ce film privilégie le spectaculaire à la réflexion, comme le pense Cohn-Bendit, il a au moins le mérite de nous rappeler une époque trop vite oubliée. Car de fait, la RAF a annoncé officiellement sa dissolution, et l’arrêt de la lutte armée, il y a seulement une dizaine d’années. Et le 24 octobre 2007, pour la première fois, lors d’une cérémonie officielle, l’Allemagne a rendu hommage aux victimes de ce groupuscule.

Certes, on est loin des terroristes ultra-gauchisants du plateau de Millevaches…

Personnellement, j’irai voir ce film, qui paraît-il reconstitue assez bien les événements. Si quelqu’un l’a vu…

En tout cas cela me semble plus intéressant que la vie mégalomaniaque d’un petit truand français dont on a voulu justifier les crimes par une idéologie de bazar.

Guerre des polices en Corse : le remake

Un commissaire muté d’office, un type en cavale qui se répand dans la presse, des milliers de procès-verbaux pour une modeste affaire de malversations financières, deux juges d’instruction qui n’en peuvent mais et la fumeuse DCRI voulue par le Président qui se prend les pieds dans le tapis.

On est en Corse.

Tout démarre en 2006. La SMS (société méditerranéenne de sécurité)antoine-nivaggioni_nice-matin.1226429049.jpg est soupçonnée de favoritisme dans l’attribution de marchés concernant certains aéroports (la SMS assure la sécurité des aéroports d’Ajaccio, de Toulon-Hyères et celui de La Môle-Saint-Tropez). L’année suivante, alors que les indices s’accumulent, son dirigeant, Antoine Nivaggioni, un ancien nationaliste, se met en cavale. On lui reproche entre autre un détournement de deux millions d’euros. Alors qu’il est toujours en fuite, il vient de répondre à une interview du journaliste Gilles Millet, pour le magazine Corsica. « Je suis victime d’une guerre des polices », dit-il en résumé.

En fait, certains enquêteurs subodorent qu’il a bénéficié d’une « protection » de nos nouveaux services secrets : la DCRI.  C’est ainsi qu’au mois de janvier 2008, mystérieusement prévenu par on-ne-sait-qui, il a échappé à une souricière que lui avait tendu la PJ. Néanmoins, les enquêteurs ont interpellé dans la foulée plusieurs personnes dont Jean-Christophe Angelini, un élu dont l’influence « modératrice » dans l’Ile de Beauté est fortement appréciée du côté de l’Élysée. Ce monsieur est soupçonné avec quatre autres individus d’avoir favorisé la fuite de Nivaggioni. Un faux passeport à son nom a d’ailleurs été saisi. Enfin, un vrai-faux passeport, puisqu’il a été fabriqué dans une mairie de la Somme. Pour la petite histoire, lors de son arrestation, Angelini sortait d’un rendez-vous avec Bernard Squarcini, l’actuel directeur de la DCRI.

Dans cette cacophonie politico-policière (voir ici la note qui parle de la tutelle des OPJ), Robert Saby, le commissaire chargé de l’enquête a servi de fusible (un de plus depuis l’affaire Clavier). Mais ce policier a senti la patate. En fin procédurier, il a pris soin, dit-on, d’établir des P-V de toutes les demandes d’intervention ou d’information qui lui sont arrivées de Paris. Il y en aurait pas mal.

En tout cas, les deux juges d’instruction de Marseille, Duchaîne et Tournaire, doivent en avoir ras-le-bol de ces enfantillages. Ces jours derniers, ils ont entendu un policier de la DCRI et un ancien des RG converti dans le consulting. Parions qu’ils ne vont pas en rester là !

lenquete-corse_petillon.1226429011.jpgEn attendant, sur l’Ile, c’est la gabegie. De tous les règlements de comptes de ces dernières années, aucun n’a été résolu. Les dossiers s’accumulent. Les policiers sont sur le qui-vive, et certains se regardent en chien de faïence. Ils ont comme qui dirait perdu confiance dans leur hiérarchie. En deux mots, la machine est grippée.

Cela rappelle curieusement les années 80, lorsqu’un certain Robert Broussard avait été nommé préfet en Corse pour tenter de rétablir un semblant de calme. Il s’était à l’époque sérieusement étripé avec un membre de la cellule élyséenne, le capitaine Paul Barril. Et l’on s’était étonné à juste titre que des gendarmes appartenant à la garde régalienne d’un Président en fonction viennent piétiner de leurs godillots des affaires judiciaires. Un sous-préfet, Pierre-Jean Massimi, avait d’ailleurs payé de sa vie cette guéguerre imbécile.

La cellule élyséenne comptait une cinquantaine de gendarmes, tandis que la DCRI comprend environ 4.000 fonctionnaires.

Entre nous, on peut le dire : Mitterrand jouait petit-bras.

 

Rumeur sur une fusion police-justice

Depuis quelque temps, une rumeur circule dans les rangs des policiers et des gendarmes. On la colporte sans trop y croire, mais en prenant l’air de celui qui sait : Il existerait un projet de fusion entre le ministère de la justice et le ministère de l’intérieur.

Attention, ce n’est qu’une rumeur ! Elle sourd au moment où l’on parle rumeur_dessin-de-galienni.jpgdu départ de Madame Dati et de l’arrivée de la gendarmerie place Beauvau. En connaître l’origine… Impossible. Peut-être certains gendarmes qui verraient là un lot de consolation… Ou un ballon d’essai, selon les us et coutumes de nos dirigeants…

Au premier abord, cette idée entraîne infailliblement un mouvement de défiance. Un ministère de la justice-police ! Et la séparation des pouvoirs, alors ! entend-on aussi sec.

Mais quelle séparation des pouvoirs ?

Ces deux ministères sont dirigés par des ministres, alors qu’il y en ait un ou deux…

De par la loi, tous les policiers et gendarmes qui accomplissent des tâches de police judiciaire dépendent du procureur de la république, sous l’autorité duquel ils effectuent des enquêtes dites de flagrant délit, ou des enquêtes préliminaires. De fait, longtemps ce pouvoir a été abstrait. Comment dépendre du procureur alors que son autorité de tutelle se trouve en d’autres lieux ? Mais, ces dernières années, alors qu’on renforçait leurs pouvoirs, on a rappelé aux procureurs que leur statut de magistrat ne les dispensait pas d’être « aux ordres ».

Donc, la police judiciaire est aux ordres du procureur qui est aux ordres du ministre de la justice qui est aux ordres du Premier ministre, etc.

Le problème, c’est le juge d’instruction, car il est indépendant, celui-là. Alors, petit à petit, à chaque scandale judiciaire on lui tord le cou un peu plus. Il y a même une rumeur, une autre, (mais on ne va pas cafarder toutes les rumeurs) qui annonce sa suppression pure et simple. Considéré longtemps comme « l’homme le plus puissant de France », le magistrat instructeur a en particulier perdu le droit de jeter ses clients sur la paille humide des cachots. Son pouvoir se limite désormais à demander la détention provisoire, décision qui est prise par le juge des libertés et de la détention. De plus, le juge d’instruction est un homme seul (avec son greffier) qui dispose rarement de grands moyens, et dans la pratique, il ne peut rien faire sans le concours des OPJ. Policiers et gendarmes sont alors sous ses ordres.

Ce qui fait un chef de plus.

Dans la capitale, le problème se corse par la présence du préfet de police, à qui les différents directeurs de la police parisienne viennent faire leur rapport de façon quasi quotidienne.

Alors finalement, un seul ministre pour la police judiciaire et pour la justice, ça ne serait peut-être pas si mal. Les magistrats pourraient asseoir leur autorité sur les enquêteurs et les enquêteurs y verraient plus clair. Et notre justice y gagnerait sans doute !

Resterait à régler le problème de la police administrative, la deuxième facette du métier de flic. Gérer une manifestation, par exemple, est un acte de police administrative. Dans ce cas, d’après Madame Alliot-Marie, les militaires de la gendarmerie pourraient désormais intervenir sans réquisition de l’autorité civile.shadok-verite_castaliefr.1226306340.jpg

Alors, la rumeur, encore elle, envisage la création d’un nouveau ministère qui s’appellerait « ministère de l’ordre public », lequel regrouperait la gendarmerie mobile et les CRS. Une hypothèse à mon avis plus vraisemblable qu’une fusion police-justice.

Mais il ne faut pas prendre tout ça au sérieux. Comme disait Victor Hugo : « La rumeur est la fumée du bruit. »

Mouais, mais le bon sens populaire ajoute qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

 

 

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