POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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La police de proximité

Pour beaucoup, la police de proximité (la polprox) consiste à attribuer police-de-proximite_photopp.1200396076.jpgun secteur géographique à des policiers, toujours les mêmes (un peu comme les contractuels), afin que s’établisse un contact entre la population et « sa » police. L’image simpliste du flic qui serre la paluche au boucher…

C’est un peu plus compliqué.

La promotion 1998-2000 de l’ENA en donne la définition suivante : « Il s’agit d’une réorganisation de la police nationale pour donner une réponse policière adaptée aux besoins de la population. […] Cette réforme globale vise à garantir le droit à la sécurité sur l’ensemble du territoire par une réponse policière adaptée aux besoins de la population. La novation s’entend d’abord en matière d’organisation interne. Elle recouvre ensuite le réinvestissement par la police du territoire local, et l’ouverture de la police aux partenariats avec les autres acteurs de la sécurité, au point de constituer une véritable « révolution culturelle » pour l’institution… »

Qu’on le veuille ou non, les premières pierres de cette réforme sont posées par Charles Pasqua, en 1995. Alors ministre de l’intérieur du gouvernement d’Edouard Balladur, il envisage la création d’une police de proximité.

Jean-Pierre Chevènement reprend le flambeau, et, deux ans plus tard, en octobre 1997, lors du colloque de Villepinte, le gouvernement de Lionel Jospin annonce des mesures pour combattre l’insécurité et la violence urbaine. Notamment la création d’un conseil de sécurité intérieur et le redéploiement de la police nationale vers les quartiers difficiles. De fait, il s’agit des premiers pas vers la mise en place d’une police de proximité.

En 1999, il existe 59 sites expérimentaux de polprox, répartis sur 33 départements. Trop tôt pour faire un bilan. Mais Daniel Vaillant affirme que « la réforme de police de proximité sera conduite à son terme ». Dans le même temps, il rappelle son refus de voir se développer les polices municipales.

En janvier 2001, Lionel Jospin en ajoute une couche en affirmant devant les députés, à l’assemblée nationale, que la police municipale est une fausse solution. « Sherifiser la police, ce n’est pas la tradition républicaine de l’État en France. »

Pourtant, cette même année, plusieurs maires (dont Jean-Pierre Chevènement, à Belfort) prennent des mesures pour limiter, dans certaines conditions, la libre circulation des mineurs. Et à l’occasion de différents recours, le Conseil d’État rappelle les pouvoirs de police du maire.

En 2002, le journal Libération écrit : « Nicolas Sarkozy fait du passé table rase et tue dans l’oeuf une police de proximité qui se met en place depuis trois ans… » Pourtant, malgré des déclarations à l’emporte-pièce, le nouveau ministre de l’intérieur ne revient pas sur les contrats locaux de sécurité (CLS), créés en 1997, dans la perspective d’une police de proximité. Rappelons qu’un CLS est un accord signé entre le préfet, le procureur de la république et le maire (et éventuellement d’autres acteurs locaux) pour définir un plan d’action de la police, de la gendarmerie et de la justice. La base même de la police de proximité. Il en existe pas loin de mille aujourd’hui. De plus, en 2003, ce même Sarkozy met en place « l’observatoire nationale de la délinquance », organisme voulu par son prédécesseur, chargé de rendre compte de l’évolution de la délinquance.belle-arrestation_opgie2003free.jpg

En politique, il y a le verbe et les faits.

Ce petit récapitulatif (qui est loin d’être exhaustif) m’a semblé intéressant aujourd’hui, alors qu’on revient à une certaine forme de polprox, même si l’on tait le nom. On peut d’ailleurs difficilement faire autrement, tant il s’agit d’une évolution normale de notre police dans la société. La gauche avait sans doute raison dans ce domaine, mais elle a eu tort d’exclure de cette réforme la police municipale. D’ailleurs, dans certaines villes, même socialistes, depuis 2002, de fait, la police de proximité est assurée par des agents de la police municipale – et cela ne gêne personne.

 

The bad leitmotiv

Un étrange titre pour un étrange livre. Il aurait pu s’appeler GAV, car dans ce récit, les moments les plus forts se déroulent au fil des heures the-bad-leitmotiv.jpgde garde à vue, face à des assassins, des violeurs, des pédophiles… Tout se passe dans le crâne d’un flic, un lieutenant de police de la brigade criminelle, à Paris. Comment est-il ? Comment se nomme-t-il ? On n’en sait trop rien. Ou alors, je suis passé à côté, tant le personnage envahit le lecteur. Insidieusement, on se glisse en lui, ou lui en nous. Une sorte d’osmose. Et sans qu’on n’y prenne garde, on se retrouve à sa place. Il est malade, dans son corps et dans son crâne. Et l’on est malade à notre tour. Cette boue, cette saleté, cette laideur, son lot quotidien de sordidités, ont eu raison de sa… raison. Et la nôtre vacille. Et, même si on n’approuve pas, on se dresse en justicier. Tout le contraire de ce que doit être un flic. On justifie notre violence par la violence subie par les victimes : ce bébé noyé dans une bassine et jeté dans une poubelle, ce jeune garçon, violé et émasculé, le premier d’une série…

Et nous aussi on a envie de donner des claques…

« Tu sais où tu es ? T’es à la crim, connasse ![…] Tu parles enfin. Tu commences. Vas-y lance tout, tout ce qui s’est passé. Tous les détails. Tout compte. On est des fouille-merde. Ça nous fait pas peur. Jacte et n’arrête pas, pas avant de boucler cette putain de procédure d’homicide volontaire sur mineur de moins de quinze ans… »

Céline disait que seul le style compte. Non sans provocation, il affirmait que la plupart des auteurs se contentent de raconter des histoires, piquées ici ou là, et le plus souvent dans leur environnement, voire dans leur propre vie. Je crois qu’il voulait dire qu’il ne s’agit pas d’artistes, mais de simples paraphraseurs, même avec du talent. Eh bien, Thierry Chevillard n’est pas tombé dans ce piège. Il ne nous raconte pas vraiment une histoire. Dans un style bref et incisif, les mots nous agressent. Les dialogues se mélangent aux réflexions du héros (qui n’a rien d’un héros) et le tout est d’une efficacité redoutable. Un style coup de poing.

Thierry Chevillard est avocat au barreau de Paris. Il est pénaliste. On peut donc supposer que dans l’exercice de son métier, il a fréquenté les locaux de garde à vue. The bad leitmotiv est son premier roman. Il est sorti en 2000, aux éditions Le Serpent à Plumes, puis il a été réédité chez Gallimard, dans la collection Folio-policier. Par la suite, comme beaucoup d’auteurs, il semble avoir eu quelques difficultés relationnelles avec les éditeurs dits… traditionnels. Il décide alors de créer sa propre maison d’éditions, mais là, il se heurte aux difficultés de distribution. La porte des trois ou quatre grands groupes qui monopolisent la distribution des livres en France est décidémentthierry_chevillard_lelitterairecom.jpg toujours close pour les petits éditeurs ! Son dernier roman, Carnet noir (que je n’ai pas encore lu), aux éditions De Anima, est téléchargeable sur le site de Julien Mazet.

À la sortie du livre, sur Polarama, Benoît Thierry écrivait : « Thierry Chevillard assène un grand coup dans la mare somnolente et parfois redondante du roman noir. »

Je suis d’accord, et je suis curieux de voir si l’auteur a maintenu le cap, car sous une apparente facilité, la rédaction d’un tel ouvrage doit demander beaucoup beaucoup de travail.

Si vous êtes fan d’Agatha Christie, ce livre est contre-indiqué. Mais si vous êtes prêts à affronter un polar dur, violent, sans fioritures, alors lisez The bad leitmotiv – sauf si vous êtes flics, ça vous donnerait de mauvaises idées.

Peine après la peine

Le 15 août 2007, vers 14 heures 30, le petit Enis K. échappe à la surveillance de son père, devant son domicile, à Roubaix. Il a 5 ans, et il a été aperçu en alerte-enlevement-pour-le-jeune-enis.jpgcompagnie d’un inconnu âgé de 40 à 50 ans. Ces éléments sont suffisants pour que le procureur donne son feu vert au déclenchement du plan « Alerte enlèvement ».

Il est retrouvé la nuit suivante, dans un garage où il était séquestré. L’enfant a été violé. Son ravisseur, Francis Evrard, n’en est pas à son coup d’essai. C’est un MRS (multirécidiviste sexuel). Il vient de sortir de prison. Bizarrement, on découvre sur lui une plaquette de Viagra, médicament qui lui aurait été prescrit avant sa libération (!).

Peu après, le président de la République déclare que de tels individus ne peuvent être remis en liberté. C’est ainsi que germe l’idée d’une peine après la peine.

Rachida Dati nous mitonne un projet de loi afin d’instituer dans notre droit pénal une nouvelle mesure privative de liberté : « la rétention de sûreté ». Applicable uniquement aux pédophiles et aux meurtriers d’enfants, elle permettrait de maintenir en « milieu fermé » des individus qui ont purgé leur condamnation.

Immédiatement, certains députés surenchérissent. Ainsi, le rapporteur, le député UMP Georges Fenech, veut élargir l’application aux personnes poursuivies pour des faits de meurtre, viol ou actes de torture, encourant une peine de quinze ans de réclusion criminelle ou plus. Autrement dit, à l’ensemble des criminels dangereux. Et pour faire simple à l’ensemble des criminels.

Mais, dans l’esprit du législateur, s’agit-il d’une sanction judiciaire ou d’une mesure administrative ? On réfléchit… Si cette peine n’est pas prononcée par un tribunal, on peut dire qu’il s’agit d’une rétention administrative. Est-il judicieux de rapprocher ainsi le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif ? Aux plus anciens, cela pourrait rappeler de mauvais souvenirs…

Je n’ai aucune compétence pour juger du bien-fondé de ce projet. Robert Badinter estime quant à lui qu’une telle réforme irait à l’encontre des fondements même de notre justice. Il a sans doute raison. Mais lorsqu’il nous dit que cette mesure est inutile puisqu’il existe déjà dans notre arsenal répressif la réclusion criminelle à perpétuité, il nous prend pour des imbéciles. Tout le monde sait que « perpète » est une peine purement virtuelle, et que la période de sûreté qui l’accompagne est au maximum de 22 ans.

Toutefois, je ne comprends pas la portée d’une telle loi ! Si elle devait être votée, pourrait-elle s’appliquer aux individus déjà condamnés ? Je ne pense pas que le Conseil constitutionnel l’accepte. Alors, on ne viserait que les futurs criminels. Et demain, loi ou pas, un nouvel Evrard pourrait sortir de prison. Certes, dans quelques années, la mesure deviendrait opérante, maisfrancis-evrard_photopresse.jpg dans ce cas, s’il s’agit de contrôler les futurs condamnés, ne serait-il pas plus simple de modifier les sanctions applicables à ces criminels – et surtout leur application ?

En l’état, il paraît difficile de nous faire comprendre la nécessité de prendre de nouvelles mesures pour protéger la société de criminels dangereux, lorsqu’on sait que Francis Evrard totalisait plusieurs condamnations pour crimes ou délits sexuels (pour un total de 47 ans), et qu’à sa libération, il était encore débiteur vis-à-vis de la société d’une petite vingtaine d’années de prison.

 

Association de malfaiteurs

Le capitaine Paul Barril a passé les fêtes de fin d’année à la prison des paul-barril_20minutes.1199187399.jpgBaumettes, à Marseille. Il a été mis en examen et écroué dans le cadre d’une procédure pour association de malfaiteurs.

L’infraction d’association de malfaiteurs est constituée pour toute personne appartenant à un groupe d’individus préparant un ou plusieurs crimes ou un ou plusieurs délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement.

À cette qualification pénale s’ajoutent deux particularités :

– La délation avant poursuite vaut exemption de peine.

– Le simple fait de ne pouvoir justifier de son train de vie constitue un délit.

Le délit (ou crime) d’association de malfaiteurs existe depuis longtemps dans notre Code pénal. Ce texte est en général peu utilisé car son application nécessite un travail de procédure titanesque – aussi bien pour les enquêteurs que pour le juge d’instruction.

Il permet, si on prend le code à la lettre, de poursuivre aussi bien des voleurs de poules que de grands criminels, à partir du moment où ils opèrent à plusieurs. Et, dans la foulée, on peut s’intéresser aux proches, aux parents, etc. : toutes les personnes au fait de l’activité répréhensible.

C’est une procédure fourre-tout. Bien menée, elle est d’une efficacité redoutable. Dans la pratique, le plus souvent, l’information judiciaire fait suite à une enquête préliminaire habilement bâtie. L’OPJ se voit alors doté d’une commission rogatoire, dite « générale », qui lui donne de nombreuses possibilités.

Lorsque je m’occupais du banditisme, au SRPJ de Versailles, nous avons à plusieurs reprises utilisé ce moyen pour mettre un terme à l’agissement d’équipes de braqueurs ou de casseurs que nous n’arrivions pas à surprendre en flag. À l’époque, bien des collègues étaient sceptiques, pourtant, dans tous les cas les magistrats nous ont suivis. Certains se sont même piqués au jeu. Pour le flic besogneux, cette procédure est une aubaine ; et pour le justiciable, c’est une calamité, car toutes les infractions sont mixées dans une procédure unique et la responsabilité de l’un déteint sur les autres.

C’est ainsi qu’on a pu lire ces jours-ci dans la presse que Paul Barril faitjoueur_pockeractu.peg l’objet de poursuites pour « association de malfaiteurs, en vue de la commission d’extorsion (de fonds ?) en bande organisée, en vue de la commission d’assassinats et de corruption »… On est donc en droit de se demander si Barril est l’auteur – présumé innocent s’entend – d’une escroquerie, d’un assassinat ou d’une banale subornation. Et l’on reste sur notre faim, car on n’en sait pas plus. Il s’agit en fait d’une affaire complexe à souhait concernant probablement la prise de contrôle d’une salle de jeux parisienne, Le cercle Concorde. Affaire dans laquelle on retrouve Roland Cassone, un vieux truand fiché au grand banditisme depuis des lustres et un banquier suisse pas vraiment blanc-bleu.

Je n’ai pas l’intention de défendre Barril, mais lorsque j’entends son ancien chef, Christian Prouteau, dire (de mémoire) : « C’était un type bien, mais il a viré de bord… », je me dis qu’on est en plein dans un règlement de comptes. (Partie supprimée à la demande du lieutenant-colonel B.) Prouteau a fini préfet. Et Barril a pris sa retraite en 1984. Il avait 38 ans (de quoi faire pâlir d’envie les cheminots et les ratépistes). Certes on peut reprocher au petit capitaine bien des choses (et ces temps-ci on ne s’en prive pas) comme le fait d’avoir entrepris, dans les années 80, des négociations hasardeuses avec Action directe ou le FLNC. Mais la critique est facile, maintenant qu’il ne fait plus peur. De son passage à la cellule élyséenne, il disait avoir conservé des documents compromettants contre Mitterrand, ce qui semble lui avoir valu une longue période de tranquillité. Mais aujourd’hui, ces documents n’intéressent plus personne. Aucun historien n’est disposé à fouiller dans les poubelles de l’Elysée. Dans 20 ans peut-être ! Cependant, si l’on se penche sur son C-V, on ne peut oublier ses faits d’armes. Barril a été l’élément moteur lors de la création du GIGN. Il a participé, (et bien souvent dirigé) de nombreuses opérations, dont certaines extrêmement périlleuses. Il a été moult fois félicité. Il s’est ensuite lancé dans le bizness de la sécurité, comme beaucoup d’autres gendarmes ou policiers. Un métier où l’on est toujours border line. Et il joyeux-noeil_picsou.1199194621.jpga réussi. Mais le bonhomme aime trop les médias. Il n’a pas su montrer la discrétion de l’un de ses collègues, Philippe Legorjus, qui a suivi le même itinéraire.

Tel que je connais Paul Barril, j’imagine la scène dans le cabinet d’instruction du juge Serge Tournaire, à la veille de Noël :

Barril : Ze n’ai rien à dire, monsieur le juge. Ze suis innocent.

Tournaire : Eh bien dans ce cas, vous passerez les fêtes en prison.

 

Amis lecteurs de ce blog, ceux que je connais et ceux que je ne connais pas, je vous présente mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année. GM

La PJ de l'an 2000

PARTIE 28 – Aucune calamité, aucun désordre n’a marqué le changement de siècle, et même les ordinateurs de l’Administration ont résisté au bug claironné par les marabouts plasmatiques de nos télés modernes. De plus, grosse déception pour les trublions fâchés avec le Code pénal ou le Code de la route, les fichiers de police ont tenu bon.

enqueteur.1197969317.jpgPour la PJ, en cette année 2000, le chamboulement est en marche. Cette fois, les réformes amorcées ne sont pas administratives, mais techniques. L’image du flic qui dévale les escaliers en enfilant son imper et en glissant son calibre dans la ceinture est surannée. Désormais, le commissaire Moulin peut prendre sa retraite et raccrocher ses Nikes (TF1 remerciera Yves Rénier en 2006), car la chasse prioritaire du flicounet de base concerne l’infiniment petit. Formé aux techniques modernes, sur les lieux d’un crime, il devra avant tout prendre garde de ne pas détruire le moindre indice, la moindre trace, et ce jusqu’à l’arrivée des spécialistes de l’identité judiciaire. On troque la loupe de Sherlock Holmes contre la pince à épiler ou le mini-aspirateur ; et l’utilisation de la lumière rasante, de la photo numérique, de la vidéo, etc., modifie à tout jamais le bon vieux « P-V de constates ». Bientôt seront d’ailleurs créées des équipes de « gestionnaires de scènes d’infraction », appelés plus simplement techniciens de scène de crime. Dorénavant, la PJ fonde ses espoirs sur l’ADN, le portrait-robot informatisé, l’interception des communications, l’exploitation des images de vidéosurveillance et même le prélèvement des odeurs. Une machine pour remplacer le flair du vieux poulaga ! P… d’époque !

En début d’année, Peggy Bouchet finit sa traversée de l’Atlantique à la rame. C’est la première femme à accomplir un tel exploit. Quant à Martine Aubry, elle peaufine un autre genre d’exploit : celui de nous faire travailler moins (sans gagner moins). C’est la loi Aubry II : les entreprises doivent négocier des accords avec leurs salariés pour réduire la durée hebdomadaire de travail ou proposer des journées de « réduction de temps de travail ». Et c’est ainsi que les RTT vont s’inscrire dans notre vocabulaire quotidien. Jusqu’au jour où un petit homme va demander aux entreprises de négocier des accords avec leurs salariés pour augmenter la durée hebdomadaire de travail. À quand les… ATT ?

Au mois d’octobre 1999, le corps désarticulé d’une jeune britannique, Isabel Peake, est retrouvé sur le remblai de la ligne de chemin de fer, près de Châteauroux. Sur le quai de la gare de Limoges, elle a rencontré Sid Ahmed Rezala. C’est un jeune homme entreprenant, au sourire enjôleur. Ils sympathisent. Tous deux se rendent à Paris. Ils vont faire le voyage ensemble. Mais en cours de route, les pulsions de ce garçon se font pesantes. La bête reprend le dessus. On suppose qu’Isabel rejette ses avances. Il devient alors menaçant et tente de la violer. Elle se défend, et il semble qu’il ne parvienne pas à ses fins. C’est peut-être le déclic qui déclenche sa colère meurtrière. Il ouvre la porte du wagon et pousse la jeune fille à l’extérieur. Le train roule à grande vitesse et la pauvre est dans un tel état que l’autopsie ne permettra pas de déterminer avec précision les causes de la mort. On n’en sait donc pas plus. Toutefois, plus tard, Rezala aurait dit à un proche : « C’est comme un flash […] C’est comme un ordre qu’on te donne en image… Après, tu l’exécutes. » (Source Wikipédia). La police est sur sa piste. Une battue est lancée dans les faubourgs de Marseille, mais une indiscrétion dans la presse lui a mis la puce à l’oreille. Il prend la fuite. Sa cavale le mène en Espagne, où il est arrêté pour un délitsid-ahmed-rezala_wikipedia.1197969488.jpg mineur… et relâché – alors qu’un avis de recherche de plusieurs pages circule dans tous les pays d’Europe. Les policiers français ne sont pas contents du tout, d’autant, qu’habituellement, la collaboration entre les deux pays est plutôt efficace. Finalement, le 12 janvier, il est interpellé dans la banlieue de Lisbonne, au Portugal. Outre ce crime, il est fortement soupçonné d’avoir assassiné sa maîtresse, Emilie Bazin, âgée de 20 ans, dont le cadavre en décomposition a été découvert dans la cave de l’appartement où il demeure, à Amiens. Pour les enquêteurs, il est également acquis qu’il a tué Corinne Caillaux, âgée de 36 ans, dont le corps a été retrouvé dans les toilettes du train de nuit Calais-Vintimille. Et, par rapprochements, la PJ le soupçonne de bien d’autres méfaits, et notamment d’être l’auteur de plusieurs agressions commises dans les trains. D’ailleurs, d’emblée, la presse l’a baptisé « Le tueur des trains ».

Implicitement, Rezala reconnaît ses crimes, mais les policiers français, peu à l’aise avec la procédure portugaise, ne parviennent pas à lui extorquer des aveux circonstanciés. Finalement, il se ferme et refuse de s’expliquer. Il refuse également son extradition. L’enquête est mal engagée. Jusqu’à la soirée du 29 juin. Alors que toute la prison est scotchée aux écrans télé pour assister au match de football Portugal-France, Rezala met le feu à son matelas. Les secours sont longs à arriver. Trop longs. Il meurt asphyxié. L’action publique est éteinte laissant en suspens nombre de questions.

Quatre ans plus tard, le mari de Corinne Caillaux, obtient la condamnation de la SNCF pour « manquements à ses obligations de sécurité ». L’entreprise se voit contrainte de lui verser la somme de 223.000 euros, à titre de dédommagements.

En mars, Sony sort la Play Station II. Le lancement est une réussite totale. Plus d’un million de consoles sont vendues en moins de 48 heures. Pendant ce temps, la bourse est à son paroxysme. Dans une sorte de fuite en avant, les start-up atteignent des valeurs boursières sans aucun rapport avec leur valeur réelle. Les traders sont atteints d’une telle euphorie qu’on peut se demander si pour tenir le coup, ils se limitent à la vitamine C. La bulle Internet ne va pas tarder à exploser, et la chute sera brutale.

alexandre-pitchouchkine_quidfr.jpegÀ Moscou, dans les années 2000, les habitants de certains quartiers vivent dans la peur. Pas un mois sans qu’un meurtre ne soit commis dans le parc Bitsevski, l’équivalent de notre bois de Boulogne, à Paris. Les victimes sont le plus souvent des hommes, parfois des ivrognes ou des SDF. L’assassin ne sera arrêté qu’en 2006. Il s’appelle Alexandre Pitchouchkine et il a 33 ans. Les enquêteurs ont retenu à son actif 49 meurtres et 3 tentatives de meurtres, alors qu’il en revendiquait beaucoup plus. On dit que son objectif était d’atteindre le nombre de 64 victimes, autant que le nombre de cases sur un échiquier. Raison pour laquelle la presse l’a surnommé « le tueur à l’échiquier ». La peine de mort n’étant plus appliquée en Russie, il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. C’est l’un des pires tueurs en série de notre époque.

Le 6 juin, une loi est voté pour assurer la parité hommes-femmes lors des prochaines échéances électorales, et le 28 juin, le petit Elian Gonzalez rentre chez lui. Le monde entier a suivi son aventure. Partielian-gonzalez_presse.1197969830.jpeg avec sa mère sur un bateau de fortune, en novembre 1999, pour rejoindre les Etats-Unis, l’embarcation chavire. Plusieurs passagers se noient, dont la maman du garçon. Mais lui, et trois autres clandestins, s’accrochent à une chambre à air. Ils sont récupérés sur les côtes de Floride. Elian est recueilli par un parent, un immigré cubain, qui vit à Miami. Mais son père ne l’entend pas ainsi. Lui, il est resté à La Havane. Soutenu par le régime de Castro, il entame une procédure judiciaire pour obtenir le retour de son fils. La justice américaine finira par lui donner raison, au grand dam de la communauté cubaine implantée en Floride. La photo de la récupération du garçon sous la menace d’un fusil fera là une de tous les médias. Elian Gonzalez doit avoir aujourd’hui une quinzaine d’années.

Ce même mois, le procès de Pierre Dubois se tient à la Cour d’assises de l’Aube. Il est accusé d’avoir tué Denise Descaves, la principale du collège où lui-même enseigne. Les faits se passent le 25 avril 1993. L’enquête, à l’époque, est rondement menée. Cinq jours après le meurtre, Dubois est placé en garde à vue, et il avoue. Mais ses propos sont assez incohérents. Il déclare, par exemple, qu’il a étranglé de ses mains Madame Descaves, alors que celle-ci a été étranglée avec le fil du téléphone et poignardée à l’aide d’un coupe-papier. Même l’heure qu’il donne ne correspond pas. Il revient par la suite sur ses aveux. Victime d’une forte pression policière, il aurait dit n’importe quoi pour qu’il soit mis fin à la garde à vue de son épouse. En tout cas, le dossier est bancal. Aussi, deux ans plus tard, l’enquête est reprise de A à Z. Et cette fois, tout semble coller. Un peu trop bien. Comme si on avait voulu faire coïncider les témoignages et les faits avec les déclarations du suspect. C’est du moins ce que tente de démontrer son avocat, concorde-en-flammes_google.1197970397.jpegJean-Marie Pelletier. Il n’y parviendra pas. Malgré les nombreuses contradictions qui subsistent entre les deux enquêtes, et malgré le malaise que laisse un dossier entièrement remodelé, Pierre Dubois est condamné à 20 ans de réclusion criminelle.

Le 25 juillet un Concorde en flammes survole un court instant la région parisienne. Puis il s’écrase sur un hôtel de Gonesse, dans le Val-d’Oise, en tuant quatre employés. Il n’y aura aucun survivant parmi les 109 passagers de l’appareil. Concorde a plus de 30 ans, et c’est son premier crash. Cet avion hors du commun, voulu, dit-on, par De Gaulle, pour damer le pion aux Américains, n’aura jamais convaincu. C’est un fiasco industriel. Pourtant, aucun avion de ligne n’a jamais été aussi rapide, mais aucun non plus n’a jamais été aussi bruyant et aussi gourmand en kérosène. Un avion anachronique pour usagers friqués. Ce drame marquera la fin de sa carrière.

Au mois d’août, le sous-marin nucléaire russe Koursk coule en mer de Barents. Il gît par 108 mètres de fond, pourtant sa coque semble avoir résisté. Il y a peut-être des survivants, mais la marine russe ne possède pas le matériel pour descendre à une telle profondeur. Après de longues tergiversations, les autorités russes acceptent l’aide de scaphandriers norvégiens. Mais il est trop tard. Les raisons de ce naufrage restent mystérieuses. On a parlé d’une collusion avec un sous-marin américain. Mon ami, le bourlingueur François Rossy, a écritsous-marin-koursk_teledusoir.1197970706.jpeg un curieux roman construit autour de cet accident, Un kamikaze à bord du Koursk, aux éditons Thélès. Il penche pour la thèse d’un acte terroriste tchétchène.

Le 22 septembre, Francis Vanverberghe, alias Francis le belge, est abattu de sept balles de gros calibre, à Paris, dans le VII° arrondissement. Il avait 54 ans. Un âge canonique dans le grand banditisme. Son parcours a été parsemé de cadavres et il a passé une bonne partie de sa vie derrière les barreaux. S’il a vécu si longtemps, c’est sans doute en raison de son manque de pitié, et de sa promptitude à éliminer ses ennemis. C’était un véritable caïd dans le milieu, mais un homme sans intérêt. Comme toujours, dans les règlements de comptes entre voyous, la PJ se contente d’émettre des hypothèses sur l’exécuteur ou le commanditaire de ce meurtre. Ici, on penche pour le milieu maghrébin. Certains disent qu’il a laissé un vide, raison pour laquelle les bandes rivales s’entredéchirent à Marseille. Personnellement, je pense qu’il ne gênait plus personne, et en tout cas pas les nouveaux loups du banditisme.

francis-vanverberghe2_oldiblog.1197970857.jpgCeux qui veulent en savoir plus peuvent lire une biographie assez détaillée sur ce blog, hélas anonyme.

Et le 24 septembre, les Français sont invités à se prononcer sur la réforme constitutionnelle visant à réduire le mandat présidentiel à cinq ans. Nous ne sommes que 30% à répondre, mais nous répondons oui à 73%.

Le 15 novembre, René Pétillon expédie Jack Palmer en Corse. Aussitôt, les péripéties de ce « privé » de BD connaissent un véritable succès. L’année suivante, L’enquête corse obtiendra le prix du meilleur album au festival d’Angoulême. Et quatre ans plus tard, Alain Berbérian réalisera un film (un rien décevant) avec Christian Clavier et Jean Reno.

Le 10 décembre, des pêcheurs découvrent un cadavre sur les berges de l’Oder, un fleuve qui sépare la Pologne de l’Allemagne. Il s’agit de Dariusz Janiszewski, un homme d’affaires polonais. Un crime comme un autre, mais c’est sans doute la première fois que des policiers parviennent à résoudre une enquête en lisant un roman. En effet, le meurtrier, Krystian Bala, n’a rien trouvé de mieux que de raconter son meurtre dans un livre écrit quelques années plus tard. Il a été condamné à 25 ans de prison. L’histoire ne dit pas si son roman (Amok), a eu du succès. À ma connaissance, il n’a pas été traduit en français. Quant à Emile Louis, il aurait bien été incapable d’écrire un livre sur l’affaire des disparues de l’Yonne, mais d’autres l’ont fait pour lui. Plus de vingt ans après son premier meurtre, le 12 décembre, les gendarmes l’interpellent dans le Var, où il a pris sa retraite. Au cours de sa garde à vue, il craque, et il avoue des crimes anciens, qu’il croit prescrits depuis longtemps. Cette fois, il est cuit.

Durant l’année 2000, 3.771.849 faits de délinquance ont été constatés en France métropolitaine. Soit une augmentation de 5.7 % par rapport à l’année précédente. Sans connaître ces chiffres, les Français ressentent un sentiment d’insécurité, sentiment habilement entretenu par l’opposition de droite. Les socialistes, embarbouillés dans leur angélisme, ne sentent pas venir le danger ; et ce n’est pas la nomination de Daniel Vaillant au ministère de l’intérieur qui va changer les choses. Deux ans plus tard, au premier tour des élections présidentielles, Lionel Jospin sera battu par Jean-Marie Le Pen.

L’affaire d’Outreau – Après plusieurs affaires de pédophilie, dans ces années-là, une sorte de psychose court dans divers pays d’Europe. À deux doigts de la schizophrénie. Ainsi, l’hebdomadaire britanniqueenfants-delinquants_umourcom.1197971173.jpg News of the world plonge dans les fichiers de police et publie chaque dimanche une liste de 50 noms d’individus condamnés pour pédophilie, sans se soucier de savoir s’ils ont purgé leur peine ou s’ils se sont amendés. En France, on n’en est pas là, mais on voit des pédophiles partout. Le milieu des enseignants est particulièrement exposé aux dénonciations calomnieuses, comme Alain Hodique, le mari de la directrice d’une école maternelle qui est resté plus d’un an derrière les barreaux avant d’être lavé de tout soupçon. Tel est l’environnement de l’enquête sur l’affaire d’Outreau.

En décembre 2000, les services sociaux de Boulogne-sur-Mer signalent aux autorités que certains enfants pourraient être victimes d’abus sexuels de la part de leurs parents. Ces faits se dérouleraient chez les Delay, dans un quartier HLM de la ville d’Outreau. Attention à la suite : Le couple aurait loué ses quatre enfants à des créanciers pédophiles pour éponger leurs dettes. Le succès financier de cette opération aurait fait baver d’envie le voisinage, et, par un effet boule de neige, un certain nombre de familles leur auraient emboîté le pas, transformant du coup ce quartier populaire en véritable champ d’orgies pédophiliques. Au total, une quinzaine d’enfants auraient ainsi été loués à de riches pédophiles par des parents indignes.

juge-burgaud_nouvelobs.1197971456.jpegTout cela paraît suffisamment crédible (!) pour que le substitut de procureur décide l’ouverture d’une information judiciaire. L’affaire est confiée à Fabrice Burgaud, un tout nouveau juge d’instruction. Et la machine judiciaire se met en marche : enquêtes, arrestations, perquisitions, auditions… Au total, 17 personnes, hommes et femmes, seront mises en examen et écrouées. On trouve parmi elles, un huissier et son épouse, une boulangère, un chauffeur de taxi, un prêtre… Quant aux enfants, ils sont placés dans des familles d’accueil. Mais, malgré l’obstination du petit juge, peu à peu le dossier s’effrite. En vrai, il n’existe aucune preuve formelle, mais simplement des déclarations, des on-dit… À l’arrivée, le dossier est vide, lamentablement vide. Mais les magistrats du TGI de Boulogne-sur-Mer n’ont pas la crânerie de se désembourber. Ils essaient de rabibocher la procédure. En 2004, la cour d’assises acquitte sept des accusés et condamne les autres à des peines diverses, jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle pour la plus sévère. L’année suivante, après une nouvelle enquête, tout le monde est acquitté et, fait exceptionnel, le procureur général de la cour d’appel de Paris, Yves Bot, vient à la barre (avant même que le verdict ne soit rendu) pour exprimer « ses regrets » aux accusés. Quelques heures plus tard, le Garde des sceaux, Pascal Clément, présente ses excuses au nom de l’institution judiciaire. Et Jacques Chirac se fend même d’une lettre adressée personnellement à chacune des personnes concernées. Une bérézina judiciaire.

Les parlementaires reprennent le flambeau et créent une commission d’enquête. Ils décident d’entendre tous les protagonistes de cette affaire. Leurs auditions, retransmises en direct sur la chaîne des assemblées, sont suivies par des millions de français. Le juge Burgaud reste droit dans ses bottes. Il est persuadé d’avoir accompli sa mission. Pas un mot de regret, pas une excuse pour tous ces gens dont la vie a été brisée, ni pour cet homme de 33 ans qui s’est donné la mort en prison. Il paraît qu’à l’école de la magistrature, on apprend aux étudiants à ne jamais douter… Burgaud devait être un bon élève.

La commission d’enquête de l’assemblée nationale a indiqué des pistes pour engager des réformes. Elle a souligné la solitude de certains juges d’instruction, leur manque d’expérience, etc. Elle a proposé de faire passer le budget de la justice de 28.35 € par habitant à 40 €, soit 3 % du budget de l’Etat. (Malgré une progression régulière, il n’est aujourd’hui que de 2.13 %.) La suggestion la plus intéressante a sans douté été de faire effectuer aux futurs magistrats un stage de 6 mois dans un cabinet d’avocats – en leur donnant le titre d’avocat. Un bon moyen de prendre connaissance des dossiers judiciaires par le petit bout de la lorgnette. Une bonne leçon d’humilité aussi. C’est évidemment irréalisable, ne serait-ce qu’en raison du secret professionnel qui s’impose aux uns et aux autres.

enfants-et-pere-noel_umourcom.1197971555.jpgBon nombre de professionnels pensent qu’en matière criminelle, notre Code de procédure pénale n’est plus adapté, et ils louchent sur le jury populaire. Pourtant, ce n’est pas la cour d’assises qui est en cause, mais ce qui est en amont. Il y a quelques années, on a tenté de rectifier le tir, mais en aval, en créant la possibilité de faire appel. Cela n’a eu pour résultat que de «décrédibiliser» un peu plus notre système judiciaire, comme on l’a vu dans l’affaire Agnelet. Acquitté aujourd’hui, condamné demain. En 2001, la chambre d’accusation a été remplacée par la chambre d’instruction. Elle est prévue pour fonctionner comme une juridiction d’instruction du second degré (donc au-dessus du juge d’instruction). Je ne suis par sûr qu’elle tienne entièrement sa place, et qu’elle joue véritablement le rôle de «filtre» entre le juge d’instruction et la cour d’assises.

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La cour d'assises spéciale

En 1981, Mitterrand débarque à l’Elysée, et nous, le petit peuple, on a l’impression que tout va changer. Paris est en fête… Un vent de liberté souffle sur la France.

Pas question dans ce contexte de conserver le moindre tribunal d’exception. C’est donc la fin de la Cour de sûreté de l’Etat. Elle aura siégé une vingtaine d’années. Etimage_actualitesinfos.1197652555.jpeg contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, elle n’est pas remplacée. Seuls les crimes et délits militaires restent du ressort des magistrats professionnels. Mais quelques années plus tard, à défaut de recréer un tribunal d’exception, on va élargir la compétence de cette cour d’assises… militaire – sans pour autant rétablir le jury populaire. En catimini, une nouvelle juridiction est née. D’ailleurs, pour ne froisser personne, le code de procédure pénale ne l’a pas baptisée. On l’appelle la «Cour d’assises spéciale».

Le vent de 1981 n’était que pet de mouche.

La naissance d’une autre cour d’assises

En 1986, cette juridiction jusqu’alors réservée aux militaires voit sa compétence élargie aux affaires de terrorisme et aux accusés civils. Il s’agit de protéger les jurés, nous dit-on, après que plusieurs d’entre eux aient été menacés de mort par un membre d’action directe, Régis Schleicher.

En 1992, sans qu’on sache très bien pourquoi, son domaine est élargi au trafic de stupéfiants en bandes organisées.

On se retrouve donc aujourd’hui avec une juridiction commune pour toutes les infractions criminelles mais composées différemment selon l’interprétation que l’on donne à ces infractions.

L’appel en matière criminelle

Le 15 juin 2000, le législateur prend l’initiative de créer une possibilité d’appel en matière criminelle. On dit que c’est par souci d’équité, mais certains pensent différemment. Ils y voient une atteinte à la décision souveraine du peuple. L’avenir semble leur donner raison, puisque, deux ans plus tard, on octroi au procureur général la faculté d’interjeter appel d’une décision d’acquittement – ce qui n’a pas arrangé les affaires de Maurice Agnelet.

La Cour d’assises, disons normale

Elle est composée d’un président, de 2 assesseurs et de 9 jurés. En appel, le nombre de jurés est porté à 12. Pour qu’une décision «défavorable» à l’accusé soit applicable, elle doit faire l’objet d’un vote d’au moins 8 voix sur 12. En appel, il faut 10 voix sur 15. Ce qui donne un pourcentage identique, mais on peut dire que dans ce cas, les voix « populaires » sont légèrement prédominantes.palais-justice-paris_nimausensis.1197652678.jpeg

À rappeler que le choix des jurés se fait au hasard. Ils font l’objet de 4 tirages au sort avant d’arriver devant la Cour. Ensuite, ils peuvent encore être récusé, soit par la défense (6 récusations possibles), soit par le ministère public (5 récusations).

La cour d’assises, dite spéciale

Elle ne comprend aucun juré. Elle est composée de magistrats professionnels: le président et 6 assesseurs. En dehors de cette particularité, son fonctionnement est identique à celui d’une cour d’assises traditionnelle. Toutefois, en appel, elle compte 2 assesseurs supplémentaires, et elle peut se réunir dans la même ville qu’en première instance (avec des magistrats différents). Dans les deux cas, les décisions sont prises à la majorité simple.

Yvan Colonna sera donc rejugé par une cour d’assises composée d’un président et de 8 assesseurs, et probablement à Paris. À moins qu’on envisage une décentralisation. En tout cas, cela ne sera pas en Corse. La décision définitive sera prise avec une majorité d’au moins cinq voix.

Conclusion

Hier, la cour de sûreté de l’État ne statuait que sur des affaires concernant la défense ou la sécurité du pays. Ses magistrats étaient d’ailleurs les correspondants privilégiés de la DST. Aujourd’hui, la cour d’assises spéciale conserve les mêmes attributions. Mais on a accru ses compétences en lui octroyant le terrorisme intérieur (je ne pense pas que Colonna aurait été jugé par la cour de sûreté de l’État) et les affaires de stupéfiants. Gageons que cela ne s’arrêtera pas là.

shadoks.1197652819.gifTout cela, nous a-t-on dit en 1986, pour protéger les citoyens jurés. La vérité est qu’on veut mettre à mal l’un des derniers héritages de la Révolution: le jury populaire. Mais il ne faut pas trop le dire. C’est un peu comme les 35 heures : on n’y touche pas, mais on les flingue en douce.

 

Les souvenirs du commissaire Guillaume

En lisant le livre de souvenirs du commissaire Guillaume, j’ai pensé qu’il trouvait tout naturellement sa place dans « la petite histoire de la PJ ». Et j’ai eu envie d’en parler. Après tout, me suis-je dit, avant de franchir le pas : pas besoin d’être critique littéraire pour parler d’un bouquin qu’on a apprécié !

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Au début du XX° siècle, Marcel Guillaume est nommé inspecteur de police au commissariat du quartier de La Chapelle, à Paris. Et, quelques années plus tard, il rejoint « le service de sûreté », au 36 quai des Orfèvres.

En 1912, le service de sûreté éclate en une dizaine de districts et il ne reste quai des Orfèvres qu’une brigade spéciale forte d’environ 300 hommes. Cette brigade est divisée en trois sections. À la première section, dite BS 1, on confie les enquêtes de sang. C’est l’ancêtre de la brigade criminelle. La BS 2, est chargée de réprimer les vols et la BS 3 traite des escroqueries, des abus de confiance et de la fausse monnaie.

Après la Libération, pour éviter le moindre quiproquo avec les calamiteuses brigades spéciales de Vichy, l’appellation « brigade spéciale » disparaît du vocabulaire policier.

Quant à Marcel Guillaume, à la même époque, il passe le concours de commissaire de la Ville de Paris. Après une courte pénitence en police municipale, il revient quai des Orfèvres, où il restera jusqu’à sa retraite, en 1937. Il a 64 ans. De la bande à Bonnot à l’affaire Stavisky, il a participé à toutes les grandes affaires criminelles de l’entre-deux guerres.

les-inspecteurs-de-la-brigade-speciale_documentpp.1197038780.jpgLe commissaire Guillaume nous fait part de ses expériences dans un livre original, découpé en «spécialités criminelles» : cambrioleurs, escrocs, maîtres chanteurs, etc.

Si le style est un rien moralisateur, le ton est agréable, humain, et les propos relativement modestes, fait assez rare chez les policiers qui nous livrent leurs souvenirs. Et l’on devine derrière les mots l’amour de cet homme pour son métier. Il nous dit, par exemple : « Le policier est paternel et indulgent […] Il calme les affolements, pardonne à la faiblesse […] Il réconforte, ramène l’espérance, parfois même le sourire : il éclaire, il console, il libère. » Et plus loin, Guillaume nous avoue que devant certaines misères, jamais il n’a pu se cuirasser. (J’espère que ce livre se trouve dans la bibliothèque des écoles de police.)

Mais ce qui est surtout plaisant, dans la narration de ses mémoires, c’est le côté rétro. Aussi bien dans l’argot que dans les méthodes de travail. On apprend ce qu’est le vol à la caribelle (de la glu sur la paume de la main pour subtiliser quelques louis d’or). On découvre, par exemple, que les cracks du 36 n’hésitaient pas à se fondre dans la clientèle d’un grand magasin pour choper un voleur à l’étalage, ou à planquer des heures pour faire un flag sur un vol à la roulotte. Délits dont plus aucun policier ne se préoccupe.

Le chapitre consacré à la peine de mort est sans doute le plus frappant. L’homme a assisté à un très grand nombre d’exécutions capitales, et à l’évidence, il ne s’en est pas remis. Voici ce qu’il nous en dit :

« Le malheureux dort ; on lui met doucement la main sur l’épaule… il s’éveille, contemple avec une sorte de stupeur ceux qui se penchent vers lui et l’entourent… Il a bien vite compris et entend à peine la phrase fatidique : « Votre pourvoi a été rejeté. Ayez du courage ! »

« Beaucoup acceptent le verre de rhum traditionnel qui les réchauffe, et une cigarette… La dernière, qu’ils fument nerveusement […] Presque tous sont calmes, se montrent dociles, parlent doucement.

« Monsieur de Paris avec ses aides entravent les pieds du patient […] Puis il échancre largement le col de la chemise ; le froid des ciseaux provoque chez le condamné des frissons à fleur de peau. Le cou qui va être tranché apparaît obsédant.37-ans-avec-la-pegre.1197039121.jpg

« La porte s’ouvre, au moment même où retentit le cri : « Portez armes! » Un cliquetis de sabres […] On ferme rapidement la lunette dans laquelle la tête est emprisonnée, le bourreau appuie sur un déclic… Le couteau se détache, glisse, et tombe avec un grincement sourd et mou… La tête a roulé : le corps a basculé dans le panier, qui se referme… C’est fini… »

Marcel Guillaume est mort en 1963. Ses mémoires 37 ans avec la pègre, aux éditions des Equateurs, sont indispensables à ceux qui s’intéressent à l’histoire de la PJ.

Toutefois, il reste un mystère à éclaircir : Qui a servi de modèle à Georges Simenon pour créer son personnage du commissaire Maigret ? Dans une ancienne revue de la police nationale, on dit que c’est le commissaire Massu, alors en poste à la brigade criminelle. Affirmation que j’ai reprise dans La PJ de l’entre-deux guerres. Mais, la revue Liaisons, sous la plume de Maurice Gouny, signale que dans les années 1930, alors qu’il était journaliste de faits-divers à L’intransigeant, l’écrivain fréquentait assidûment les locaux de la brigade criminelle. Or, à l’époque, celle-ci était dirigée par le commissaire Nicoll, un fumeur de pipe impénitent. Ce serait lui le modèle. Quant à Laurent Joly, l’éditeur du commissaire Guillaume, il cite Simenon (qui parle de Marcel Guillaume) : « Sa façon de vous regarder au milieu du front comme si vous étiez transparent… Et sa façon de vous écouter avec l’air de penser à autre chose… Et de concrétiser soudain la pensée par un merde ! sonore…Que pouvait faire mon Maigret à moi ? Regarder l’autre et l’imiter. »

L’enquête est ouverte ! Mais peut-être Simenon a-t-il eu plusieurs modèles, tout simplement.

 

 

La PJ de 1999

PARTIE 27 – En cette fin de siècle, tout le monde attend quelque chose : le cataclysme qui va pulvériser notre vieille planète, le bug informatique qui va tournebouler nos ordinateurs, la fin de nos soucis, ou pour le moins une existence moins terne. Au douzième coup de minuit, il ne se passe rien. Rin de rin ! Le monde continue de tourner, les avions de voler et tintouins et grisailles sont toujours là.

Le 1er janvier, l’euro entre en vigueur dans onze pays de l’unionfete-du-timbre.pg européenne. Mais il ne s’agit encore que d’une monnaie virtuelle. On découvre le double affichage des prix, et l’on tente de s’habituer. Il faudra attendre 2002 pour voir apparaître les billets.

Le 23 janvier, Caroline de Monaco épouse en troisième noce le prince Ernst Auguste de Hanovre, et le 26 mars, le virus Melissa pollue nos ordinateurs. A son inventeur, rapidement identifié, le FBI propose une collaboration pour les aider à détecter les petits malins qui bombardent la toile de virus. Un jaune sur le web !… Bah ! C’est toujours mieux que la prison.

Le 18 avril, pleins feux sur la Corse. La paillote « chez Francis » est détruite par un incendie criminel. Construite illégalement sur une plage, près d’Ajaccio, son propriétaire, Yves Féraud, refusait obstinément de la démolir, bravant ainsi l’autorité du préfet. L’enquête est rondement menée. Huit jours plus tard, trois gendarmes reconnaissent être les auteurs de cet acte. Ils mettent en cause leur hiérarchie, le capitaine Ambrosse et le colonel Mazères. Tous cinq sont écroués. Mais l’ordre vient de plus haut. Le préfet de Corse Bernard Bonnet est à son tour embastillé. Il crie au complot politique. De fait, cette affaire tombe au plus mal pour le gouvernement Jospin qui cherche à négocier avec les autonomistes. L’avocat de Bonnet, Jacques Vergès, parle d’une « manipulation barbouzarde visant à éliminer un préfet de Corse qui devenait gênant pour un gouvernement qui s’apprêtait à dialoguer avec les clandestins ».

Bonnet a été condamné à 3 ans de prison, dont deux avec sursis. Une condamnation bien lourde, surtout que son fondement juridique peut-être battu en brèches. En effet, un jugement du tribunal administratif (découvert après coup) donnait à l’État le droit de détruire ladite paillote, « édifiée sans autorisation et située sur une proprgrosse-tet_mix-et-remix_hebdolausanne.jpgiété de l’État ».

Fort de ce nouvel élément, Bernard Bonnet a demandé sa grâce présidentielle à Jacques Chirac, le 18 octobre 2006.

Nicolas Sarkozy, tête de liste aux élections européennes du mois de juin, prend une veste monumentale. Avec 12.82 % de voix, il fait moitié moins que Dominique Baudis en 1994 et il arrive derrière la liste menée par Philippe de Villiers et Charles Pasqua. Il démissionne de la présidence du RPR et disparaît (pour un temps) de la vie politique. Le morse aussi disparaît. Contrairement à une idée reçue, Samuel Morse n’est pas l’inventeur du télégraphe, d’autres y avaient pensé avant lui, mais ce peintre américain a conçu une machine simple, pour enregistrer le code qui porte son nom, sous forme de traits et de points. C’était en 1838. Cent soixante ans plus tard, le morse est officiellement abandonné – ce qui soulève un rien de nostalgie pour tous les anciens radiotélégraphistes du monde (comme moi), qu’ils soient simples radioamateurs ou officiers de la marine marchandetelegraphe-de-morse_wikipediajpg (comme moi t’aussi). Pourtant, si une catastrophe, naturelle ou non, venait à détruire les infrastructures des télécoms, on serait content de revenir au « tititita » cher aux radios. Gageons d’ailleurs que les militaires, par précaution, continuent d’entraîner de jeunes recrues au code morse.

Le 1er juillet, la police devient européenne, ou presque. C’est en effet la date choisie pour le démarrage d’EUROPOL (european police office), dont la création était prévue dans le traité de Maastricht, en 1992. Chaque pays membre désigne ses officiers de liaison. Ils sont 90 en tout. En France, la DCPJ chapeaute la procédure. Europol compte un effectif global de près de 600 personnes et un budget de plus de 63 millions d’euros.

Le 1er septembre, le docteur Yves Godard loue un petit voilier à Saint-Malo, et prend la mer avec sa fille, Camille, âgée de six ans et son fils de quatre ans, Marius. C’est le début d’une mystérieuse affaire. C’est aussi l’exemple type d’une enquête menée de façon brouillonne, sous la pression des médias.

Le 5 septembre, un bateau de pêche découvre l’annexe du voilier au nord de l’île de Batz. La petite embarcation est vide. On y trouve un blouson et un chéquier au nom du médecin. Quelques jours plus tard, les gendarmes perquisitionnent la résidence des Godard. Ils décèlent des traces de sang dans la maison et dans le fourgon utilisé par Yves yves-godard_liberation.jpgGodard. Le sang est celui de son épouse. Devant ces éléments, une information judiciaire est ouverte et un mandat d’arrêt est délivré contre le docteur Godard. Sensibilisés par la presse, plaisanciers et pêcheurs deviennent plus attentifs. C’est ainsi qu’au cours du mois de septembre, on repêche le radeau de survie du voilier et un gilet de sauvetage. Alors les choses dérapent. Une publicité exagérée transforme journalistes et particuliers en enquêteurs. Le suspect se transforme en Arlésienne. On le signale partout et on le trouve nulle part. Quelques mois plus tard, des marins-pêcheurs remontent un crâne dans leurs filets. C’est celui de la petite Camille. Les années suivantes, Yves Godard est repéré sur tous les continents, on trouve même parfois des traces matérielles qui semblent confirmer sa présence : carte professionnelle, cartes de crédit, etc. Jusqu’au mois de septembre 2006, où un chalutier breton récupère un tibia et un fémur. L’adn est celui du docteur Godard.

L’enquête est close. Pas tout à fait. Début 2007, une lettre anonyme informe les gendarmes que des ossements sont dissimulés dans un réduit du cimetière du village de Lingèvres, dans le Calvados. Il s’agit des restes de Marie-France Godard, l’épouse du docteur, affirme le correspondant. L’enquête repart. Pas pour longtemps. L’analyse adn est formelle : ces ossements n’appartiennent pas à Madame Godard.

Que s’est-il réellement passé en ce mois de septembre 1999 ? À cause des traces de sang retrouvées dans la maison et dans le fourgon, on peut imaginer que pour une raison inconnue, Godard tue son épouse. Puis il loue un petit voilier, peut-être avec l’intention d’organiser son sabordage. Pour tuer ses enfants ? Pour se suicider ? Pour une mise en scène ? On ne saura jamais. À moins que le petit voilier ait chaviré, tout simplement.

En octobre, l’ONU nous annonce que nous sommes 6 milliards sur la planète bleue, et que dans cinquante ans, nous serons probablement 8 à 9 milliards. Le mois suivant, l’assemblée nationale adopte le PACS, au grand dam des traditionalistes et des catholiques qui contestent la reconnaissance officielle des unions homosexuelles.

Le 17 novembre, Simone Weber sort de prison. Elle a 70 ans. Elle a été condamnée à 20 ans de réclusion criminelle, en 1991, pour avoir tué son amant d’une balle de carabine, et pour avoir découpé son corpssimone-weber-arrestation_grands-criminels.jpg à l’aide d’une tronçonneuse à béton. Sauf qu’on n’a jamais retrouvé le moindre morceau, même si un rapprochement sérieux a été fait avec le tronc d’un homme, découvert dans une valise repêchée quelques semaines plus tard, en Seine et Marne. Et sauf que Simone Weber n’a jamais avoué son crime. Elle a été également accusée du meurtre de son mari, Marcel Fixard, un veuf de 81 ans, mystérieusement décédé trois semaines après leur union, à la fin des années 70. On dit même que ce n’est pas lui qui s’était présenté devant monsieur le maire, à Strasbourg, mais un figurant. Fixard est peut-être mort sans savoir qu’il s’était remarié ! Mais oublions, car pour ces derniers faits, Simone Weber a été déclarée non coupable. Je me souviens d’une émission télé à laquelle je participais. La vieille dame se trouvait à mes côtés, pomponnée, le regard limpide. Ce jour-là, j’ai bien cru qu’elle allait craquer sous les questions doucereuses de Mireille Dumas.

Mais elle s’est vite reprise. Une sacrée bonne femme !

Le 12 décembre, c’est le naufrage de l’Erika, au sud du Finistère. Avant de sombrer, il se casse en deux, libérant 37.000 tonnes de fioul. Il repose par 120 mètres de fond. Le procès s’est terminé en juin 2007, et le verdict est attendu pour le 16 janvier 2008. Un délibéré bien long. Mais la question est importante : qui va payer la facture qui s’élève à près d’un milliard d’euros ?

En ce mois de décembre, Marie-Elisabeth Cons-Boutboul est libérée. Elle a 75 ans. Pour beaucoup, son procès n’a pas vraiment résolu l’affaire. Car si la dame est mystérieuse, voire fallacieuse, le dossier d’instruction n’est pas très solide. Rappelons les faits : Le 27 décembre 1985, l’avocat Jacques Perrot est assassiné de 3 balles de .22 LR dans la cage d’escalier de l’immeuble de ses parents, à Paris, dans le 16° arrondissement. Marié à la championne équestre Darie Boutboul, les deux époux sont en instance de divorce et se disputent la garde de leur fils, Adrien, âgé de quatre ans. Perrot est un coureur de jupons. On lui connaît de nombreuses liaisons. On dit même que c’est un habitué de certaines soirées dites… mondaines. Très rapidement, les soupçons des enquêteurs se portent sur sa belle-mère. Pour eux, le mobile du cons-boutboul_affaires_criminellesjpgmeurtre trouve son origine dans la garde du petit Adrien. En effet, pour la grand-mère, pas question de le laisser à son gendre. Les péjistes avancent prudemment, mais un élément perturbateur se mêle à l’enquête : Perrot est un ami intime du Premier ministre, Laurent Fabius. La pression devient énorme. Et le caractère de la dame n’arrange pas ses affaires. Elle se montre désagréable, voire hautaine, aussi bien avec les policiers qu’avec le juge d’instruction – et elle ment sans arrêt. Elle dit, par exemple, que son mari est mort dans un accident d’avion, alors qu’il est vivant. Elle dit qu’elle est avocate internationale, alors qu’elle a été radiée du barreau après une sombre histoire d’escroquerie… Sa vie est un tissu de mensonges. D’ailleurs, lors de son procès, Christian Pellegrin, l’officier de police judiciaire responsable de l’enquête, déclare : « Madame Cons est ici à cause de ses mensonges ! ». Son avocat, Bernard Prévost, saute au plafond et riposte : « Il vaudrait mieux qu’elle soit là en raison des charges qui pèsent contre elle ! » Mais le dossier est vide. Il comprend des écoutes téléphoniques, sans doute compromettantes, mais extraites de leur contexte elles ne sont pas très significatives. De fait, la procédure est une construction intellectuelle. Elle est bâtie comme un roman.

Le 24 mars 1994, Marie-Elisabeth Cons-Boutboul est condamnée à quinze ans de réclusion criminelle, non pas pour assassinat, mais pour complicité d’assassinat sur la personne de son gendre. En prison, elle a affirmé qu’une fois libre elle ferait faire une contre-enquête, afin de prouver son innocence. Elle ne l’a pas fait. Peut-être veut-elle oublier, tout simplement.

Le lendemain de Noël, une tempête exceptionnelle s’abat sur la France, avec des rafales de vent à plus de 200 km/h. On comptera 88 victimes et la destruction de centaines de milliers d’hectares de forêts.

Règlements de comptes à Nice – A Nice, les années 90 auront été marquées par une hécatombe de truands. Le point de départ est donné par la mort de Sébastien Bonventre, dit Bastien, considéré à l’époqueliguane-cafe_jo-tongojpg comme le parrain niçois, et qu’on dit associé aux italo-grenoblois dans l’exploitation de bon nombre de bars, et dans le bizness de la prostitution : douze balles dans la peau, tirées par deux hommes à moto. Crime sans coupable, comme souvent dans les règlements de comptes, mais on murmure le nom de Marcel Diavoloni, alias Marcel le bègue. En tout cas, celui-ci ne porte pas le deuil. Mais le poste de parrain ne reste pas longtemps vacant. Michel Luisi, après un exil en Italie, revient au pays. Il reprend la gérance de « L’iguane café », que tenait Bonventre. Cet établissement, un piano-bar célèbre à Nice, est en quelque sorte le sceptre du parrain. Celui qui le détient est le roi de la pègre. En 1993, la guerre éclate sur la Baie des Anges. Une demi-douzaine de seconds couteaux sont exécutés, bientôt suivis d’une série d’attentats à l’explosif. Banditisme ou terrorisme ? La PJ y perd son latin. Pour dire qu’on fait quelque chose, Paul Quilès, alors ministre de l’intérieur, envoie une compagnie de CRS. Puis la PJ décide de taper dans la fourmilière. Début mars, les policiers ramassent une vingtaine de suspects. L’un d’eux principalement retient leur attention. Il s’agit de Jean-Claude Oliveiro, dit le fou, qu’on soupçonne d’une ambition démesurée.

Michel Luisi n’a pas le temps de se faire une opinion. Il est abattu au volant de sa voiture, près du port, à Nice, le 29 mars 1993.

michel-luisi_nissartruand.jpgQuant à Oliveiro, il est relâché faute de preuves. Pour lui, le couperet tombera quatre ans plus tard. En juillet 1997, deux hommes à moto l’arrosent à la 9mm. À l’autopsie, le médecin légiste ne comptera pas moins d’une quinzaine de balles.

Les mois suivants marquent une pause, sans qu’on sache si on la doit à la mort de Luisi ou à la présence des CRS.

Puis l’hécatombe reprend avec la découverte, le 8 octobre, de deux petits truands en morceaux, retrouvés dans les casiers de la gare de Nice.

Le jour de Noël, c’est Richard Ughetto qui tombe. Il est criblé de balles par trois hommes cagoulés, à la sortie d’une boîte de nuit. Je dois avouer qu’aucun des anciens de la BRI de Nice ne le pleurera, puisqu’on le tient pour responsable de la mort de l’inspecteur Charles Marteau.

De 1995 à 1998, on se croirait dans un western : Casabianca, abattu au volant de sa voiture. Vincent gravement blessé. Picat, exécuté d’une balle dans la tête. Picardo, Borde, Sarmianto, Marani, Colpaert, Taran, Meillan, Oliveiro, Ellena, Fellah, Coronia, Fratoni (le fils de Jean-Dominique Fratoni, celui de l’affaire Agnelet), Kalka, etc. Tous tués par armes à feu.

Le 18 décembre 1998, dans le parking de sa résidence, c’est au tour de Marcel Diavoloni. Vingt balles dans la peau. Le mois suivant, c’est son lieutenant, Jean-Louis Goiran. En juin 1998, Roger Generotti et Camille Panizolli sont abattus à quelques jours d’intervalle.

Puis les choses se calment. Les rares survivants doivent se dire qu’il serait temps d’effacer l’ardoise. Mais qui sont-ils ?

À ma connaissance, on n’a jamais vraiment su qui tirait les ficelles.

On a parlé de la mafia calabraise, de la mafia russe, toutes deuxtombe_umourcom.jpg bien implantées sur la Côte d’Azur. Mais cela ne semble pas très sérieux. Alors, simplement une rivalité entre deux bandes de voyous cupides et mégalomaniaques ?

Sans doute. À moins qu’une poignée de niçois anonymes aient décidé de nettoyer la ville, et, une fois le ménage terminé, de ranger les armes et de reprendre une petite vie pépère.

Va savoir ! Tout est possible, à Nice.

 

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La manif

La manif est finie. Les syndicalistes grimpent dans les cars – loués par les syndicats. Les CRS grimpent dans les cars – payés par les contribuables. Les gens de la voirie, qui rongeaient leurs freins à l’arrière, démarrent leurs engins. Les gyrophares jaunes se marient aux gyrophares bleus, et, convenons que dans la journée finissante, le spectacle n’est pas sans charme.

C’est Paris, ce 20 novembre 2007, du côté des Invalides.

embouteillage_velocoquefree.jpegLa circulation est rétablie, et, en quelques minutes, c’est l’embouteillage. Le vrai. Celui dont on ne sort jamais indemne. Celui où l’on se fait prendre, nous qui ne sommes ni manifestants, ni CRS, ni balayeurs. Celui où l’on se traite de tous les noms, pour ne pas avoir pensé à éviter ce quartier parisien.

Alors, deux CRS descendent d’un car. D’un coup, on est ravis de les voir. Au moins, ils vont régler le problème, et désengorger la place. Ils s’activent, les bougres, mais ce n’est pas évident. Alors, de l’un des cars de manifestants, descendent trois cégétistes. On les reconnaît : Ils portent le macaron collé sur leur parka. Ils s’approchent des CRS. C’est pas vrai ! On n’aurait pas à faire à quelques excités qui veulent à tout prix casser du flic !

Mais non ! Ils discutent. Ils rigolent. Nous, on respire. Et, réconciliés devant l’adversité, les cinq gaillards se mettent à faire la circulation.

Au bout d’un quart d’heure, il y a un début de résultat. Avec bien du mal, certains véhicules, ceux qui gênaient le plus, parviennent à s’échapper de l’enfer. Et, miracle ! les autres bougent d’une dizaine de mètres.

On n’a pas progressé beaucoup, mais on se réjouit. Quel beau tableau de voir ces hommes, adversaires une heure plus tôt, unir leurs efforts pour alléger notre angoisse. D’un seul coup, flics,le-cocu-imaginaire_echolalieorg.1195639592.jpeg manifestants, ils nous deviennent tous sympathiques. On est fiers d’être français.

Ça y est, le carrefour se dégage. Les CRS remontent dans leur car, les cégétistes remontent dans leur car, et… les deux convois s’éloignent.

Plus aucune trace de la manif, ce 20 novembre 2007, place des Invalides, à Paris.

Instantanément, le piège s’est refermé derrière eux. Et nous on reste là, coincés dans nos bagnoles. Cocus, comme toujours.

 

La PJ, de 1998

PARTIE 26 – Cette année-là, la PJ va connaître deux événements d’importance. L’un pose encore questions. Il s’agit du fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), décidé sous le vent médiatique de plusieurs affaires criminelles à spécificité sexuelle. Quant à l’autre, il est off the record. C’est le départ à la retraite de Mireille Bouvier.

Il est cinq heures du matin. Ce 30 janvier 1998, Stéphanie Jusac fait du stopauto-stoppeuse_mediasfrancetv.jpg pour rentrer chez elle. Elle sort de discothèque. Une voiture s’arrête. C’est le début d’un long calvaire pour Stéphanie. Conduite dans un squat, près du Vieux-Port, à Marseille, la jeune fille est violée par une demi-douzaine de marginaux d’origine polonaise. Ils vont se « servir » d’elle pendant des jours et des jours, avant de la supprimer. Son corps ne sera retrouvé que six mois plus tard, enfermé dans une armoire métallique camouflée derrière un mur. Remy Burkel a reconstitué les événements dans un film pour FR3-Méditerrannée. Stanislas Jusac, le père de la victime, gendarme à la retraite, a participé à ce document pour pouvoir, dit-il, « extérioriser sa douleur », et faire passer un message de prudence aux jeunes et à leur famille.

Stéphanie Jusac était serveuse dans un restaurant. Elle avait 22 ans. Ses assassins ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité.

Vers 21 heures, le 6 février, le préfet de Corse Claude Erignac est assassiné en pleine rue. Trois balles dans la nuque, à bout portant. Une véritable exécution. Les assassins abandonnent l’arme du crime sur place. Comme on laisserait une signature. Et c’en est une ! puisque le pistolet, un 9 mm., est celui de l’un des deux gendarmes qui ont brièvement été séquestrés lors de l’attentat contre la gendarmerie de Pietrosella, perpétré cinq mois plus tôt. Or, si cet acte n’a pas été clairement revimage-de-lenquete-corse-par-petillon.jpgendiqué, il est rattaché à d’autres actions violentes menées par le groupe Sampieru, dont le chef est un ancien para : Marcel Lorenzini. Une revendication anonyme confirme d’ailleurs cette piste en fournissant aux enquêteurs, trois jours après le meurtre, le numéro de série de l’arme. Des fois qu’ils n’aient pas pensé à faire la recherche ! Lorenzini est arrêté. Mais bientôt, l’enquête prend une autre direction. Il faut dire qu’entre magistrats et policiers on ne joue pas toujours franc-jeu. C’est ainsi que le juge Jean-Louis Bruguière et le commissaire Roger Marion, alias Eagle 4 (y gueule fort), semblent avoir volontairement négligé des informations fournies par le préfet Bernard Bonnet (celui des paillotes), lequel mène de son côté une enquête parallèle. Probable qu’ils n’y ont pas cru. En tout cas, après 18 mois derrière les barreaux, Lorenzini est blanchi (du moins de ce crime), et il recouvre la liberté.

palais-justice_lenquetecorse-par-petillon.1195110725.jpgMais, on va la faire simple, car les histoires corses sont bien plus alambiquées que les histoires belges, et surtout beaucoup moins drôles – sauf racontées par Pétillon. Finalement, 8 personnes sont arrêtées. Quant à Yvan Colonna, il est en cavale – et ses copains lui font gentiment porter le chapeau. Ils seront condamnés à des peines allant de 15 ans à perpette.

Après un long séjour dans le maquis, Colonna est interpellé dans sa tanière, en l’occurrence une bergerie. On dit qu’il a été balancé contre une forte récompense. Si c’est le cas, j’espère que l’insoucieux récipiendaire a prévu sa retraite sous d’autres horizons…

La cour d’assises spéciale juge actuellement Yvan Colonna. Beaucoup disent que la cause est entendue : coupable.

Pourtant, de ténébreuses questions demeurent sur la mort de Claude Erignac. Car ce représentant de l’Etat n’était pas un rigolo, et c’est avec beaucoup de fermeté et de droiture qu’il accomplissait sa tache. Ce qui n’est pas patent dans l’île de Beauté. Et son action dérangeait. Quelques exemples : – Veto sur le projet d’extension du casino municipal d’Ajaccio. – Marchés sur le traitement des ordures ménagères – Utilisation des fonds publics en Corse – Spéculation immobilière sur la vente d’une caserne, à Bonifacio – etc.

Autant de raisons d’en vouloir à ce trouble-fête. En d’autres circonstances et en d’autres endroits, les enquêteurs auraient travaillé plus tranquillement. À l’abri des médias, des pressions politiques et des rivalités entre grands magistrats et grands flics, ils auraient sans doute fait preuve de plus de… circonspection.

Le 26 mars, la radio annonce que Le tueur de l’est parisien a été identifié. Une bavure journalistique, car l’individu est toujours en liberté et il ne sait pas que les enquêteurs de la PJ le recherchent. Heureusement, le lascar n’écoute pas la radio. Il est interpellé en douceur à la sortie du métro Blanche, à Paris. Entre 1991 et 1997, armé le plus souvent d’un couteau, il aurait violé une vingtaine de jeunes femmes – et égorgé sept d’entre elles. Pour tout élément, la police ne possède qu’un signalement, très flou, qui aboutit à un portrait-robot inexploitable ; une empreinte de chaussure, et deux traces ADN. Un travail de fourmi permet de recouper lesdites traces avec les empreintes génétiques d’un multirécidiviste, condamné à plusieurs reprises pour agressions sexuelles: Guy Georges.

guy-georges_photo-ij_france2.1195059793.jpgEn décembre 2000, à quelques semaines de l’ouverture de son procès, le pendard tente une évasion de la maison d’arrêt où il est incarcéré, mais il est rattrapé in extremis par les gardiens de la pénitentiaire.

Devant la cour d’assises, il commence par nier les faits qui lui sont reprochés. Puis il avoue. Guy Georges est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, peine assortie d’une mesure de sûreté de 22 ans.

Cette affaire est la goutte d’eau. Elisabeth Guigou, garde des sceaux, fait adopter une loi, le 17 juin 1998, qui prévoit la mise en place d’un fichier génétique. Il s’agit d’une base de combinaisons numériques (code-barre) qui va permettre de stocker sur une plate-forme informatique, située à Ecully, près de Lyon, le profil génétique des personnes fichées. Cela uniquement pour les seules infractions sexuelles (viol, exhibition, pédophilie…) – et uniquement après qu’une condamnation ait été prononcée. Il sera commun à la police et à la gendarmerie. Il est évident que si ce fichier avait existé, Guy Georges aurait été arrêté beaucoup plus tôt et cela aurait sans doute sauvé plusieurs jeunes femmes.

Sous la pulsion des lois sécuritaires, en 2001, le FNAEG est étendu aux atteintes aux personnes (homicides, violences, terrorisme…). Et, en 2004, son domaine englobe pratiquement toutes les infractions. Le prélèvement ADN devient alors obligatoire, non seulement pour les condamnés, mais pour toutes les personnes plus ou moins mises en cause dans une enquête pénale. Pour des raisons pratiques, il est laissé à l’initiative de l’officier de police judiciaire. Le prélèvement génétique est dorénavant le pendant des empreintes digitales. Il devient la norme.

On dit que plusieurs centaines de crimes ou de délits auraient été résolus grâce à ce fichier. On dit aussi, qu’aux Etats-Unis, plusieurs centaines de personnes définitivement condamnées (parfois à la peine de mort) auraient été innocentées grâce à cette technique. En France, à ma connaissance, le FNAEG n’a jamais été utilisé dans ce sens.

En avril 1988, les indépendantistes canaques attaquent le poste de la gendarmerie de Fayaoué, à Ouvéa, dans l’archipel des îles Loyauté, en Nouvelle-Calédonie. La répression est sanglante. Dix ans plus tard, le 5 mai 1998, les accords de Nouméa sont signés. Ils prévoient l’autodétermination. La date du scrutin est prévue pour… 2018.

Le 24 avril 1998, Marc Dutroux, l’homme le plus surveillé de Belgique, parvient à se faire la belle du palais de Justice de Neufchâteau. Comme un pied-de-nez supplémentaire aux autorités du pays. Il sera repris quelques heures plus tard, sur les indications d’un garde forestier.

Le 11 mai, la première pièce en euro sort des ateliers de Pessac, en Gironde. La monnaie européenne verra le jour en 2002 et restera sans doute dans la mémoire populaire comme une grande filouterie sur notre pouvoir d’achat. Le 22 mai démarre l’Exposition universelle, à Lisbonne, sur le thème des océans. Et, un mois plus tard, Eric Tabarly disparaît en mer d’Irlande. Il avait 66 ans. Pendant ce temps, l’Inde et le Pakistan font la course aux essais nucléaires : cinq tirs dans chaque camp – ce qui n’est pas fait pour faciliter le replâtrage de ces deux pays.

Moi, non sans nostalgie, j’ai abandonné mon bateau dans un port du sud deen-mer.pg l’Espagne, à l’entrée du détroit de Gibraltar. Il change de nom, et il part pour d’autres horizons, avec un autre équipage. Tahiti cat, ce catamaran de 45 pieds, a été mon sanctuaire pendant quatre ans, et il m’a trimballé (finalement sans trop de casses) sur environ 20.000 milles. De cette équipée, je regretterai surtout cette tension permanente face aux éléments déchaînés…, comme on peut le voir sur cette photo.

En juin, les Français passent aux 35 heures et découvrent les avantages des RTT. Et le mois suivant, pour la première fois, les Bleus sont champions du monde.

En septembre, le congrès des Etats-Unis tente une procédure de destitution ceci-nest-pas-une-pipe-de-magritte.jpgcontre Bill Clinton. On lui reprocherait presque d’avoir transformé la Maison Blanche en lupanar, alors qu’en fait, il s’est satisfait de biens modestes buccogénitalités avec une certaine Monica Lewinsky. Même pas de quoi l’inscrire au fichier génétique.

Pendant ce temps, les ministres de la justice et de l’intérieur des pays européens (Enfopol 98) préparent une résolution sur « l’interception légale des communications », notamment par satellite, Internet, cryptographie, cartes prépayées, etc. Pour les téléphones portables, par exemple, les opérateurs seront tenus de fournir l’accès intégral au contenu des conversations, ainsi que les chiffres composés en plus du numéro d’appel (codes, audioconférences, etc.). Pour l’Internet, ils devront pouvoir transmettre aux services de sécurité, en permanence et en temps réel, les échanges effectués, ainsi que les numéros de comptes, les codes, les adresses électroniques, etc.

Quelques mois plus tard, Lionel Jospin annonce son intention de libéraliser la cryptologie, seule possibilité pour les entreprises et les particuliers d’échapper aux « grandes oreilles ». La France est isolée dans ce domaine. En effet, chez nous, le codage des communications est interdit pour les particuliers. Mais un sérieux coup de frein suit cette déclaration. Pas question de coder les communications téléphoniques. Pourtant, Jospin, que l’on dit ancien gaucho, doit avoir lu Max Stirner : « Un morceau de liberté n’est pas la liberté. »

Le 2 septembre, le ministre de l’intérieur, Jean-Pierre Chevènement, lors d’une banale intervention chirurgicale, est victime d’un grave accident d’anesthésie : Il ne se réveille pas. Le Che doit négocier ferme, là-haut, car huit jours plus tard, il revient parmi les vivants. Certains crient au miracle. Sarcastique, le député socialiste Georges Sarre, rectifie : « Un miracle, oui ! Mais un miracle républicain ». Le temps de sa convalescence, Chevènement est remplacé au pied levé par Jean-Jack Queyranne.

Et cette année-là, Nicolas Sarkozy voit le bout du tunnel. À plusieurs reprises, depuis son soutien à Edouard Balladur, il a été vilipendé par ses « amis » du RPR (gageons qu’il s’en souvient !). Et, même si le prochain poste ministériel est encore loin, il reprend du poil de la bête, et sans doute prépare-t-il déjà son avenir…

De 1998, les péjistes retiendront deux nouvelles techniques d’enquête, des premières (ou presque) :

– L’utilisation de l’ADN pour identifier Guy Georges, le tueur de l’est parisien.

– Le traçage des téléphones portables dans l’enquête sur l’assassinat du préfet Erignac.


Mireille Bouvier – Mireille a vingt ans, elle est issue d’un milieu modeste, et elle vient de réussir le concours de sténodactylographie de la Ville de Paris. film-quai-des-orfevres.jpegNous sommes en 1958. Elle est affectée au pool dactylo du quai des Orfèvres. C’est là qu’elle découvre la vraie vie, dans des rapports souvent salaces, toujours sordides, et au contact de flics pour beaucoup issus de la Résistance. Des hommes durs. À cette époque-là, il n’y a pas de femmes dans la police. On peut penser que la carapace de ces anciens combattants fond devant cette gamine ingénue ! En tout cas, ils n’hésitent pas à faire appel à ses services lorsque le besoin s’en fait sentir : une fouille à corps (d’une dame, évidemment), une filoche… Même Max Fernet flanche devant ce bout de femme. Fernet est un homme rigide, froid, mais un vrai pro. Je ne l’ai pas connu, mais chacun s’accorde pour reconnaître ses qualités de chef et de meneur d’hommes. En 1970, il est bombardé directeur central de la PJ. Un « PP » à la sûreté nationale, on n’avait jamais vu ça ! Il emporte dans ses bagages le commissaire Gilbert Raguideau et deux secrétaires, dont Mireille Bouvier. Il ne reste pas longtemps à ce poste, mais il ouvre une voie royale. La direction centrale PJ va devenir pour des lustres la terminale des directeurs de la PJ parisienne. Ils vont y passer les uns après les autres : Maurice Bouvier, Michel Guyot, Gérard Thil, Jacques Genthial, Jacques Franquet et Bernard Gravet. Et Mireille sera la secrétaire particulière de chacun. Même le préfet Solier, qui dirigera la PJ de 1971 à 1974, la gardera à ses côtés. Malgré la porte capitonnée du bureau directorial, Mireille a connu tous les secrets de la PJ. Elle a vu le dessous de toutes les affaires qui ont fait la une des journaux (l’attentat du Petit-Clamart, Ben Barka,image-blog-pierre-albertini.1195060612.JPG Mai-68, l’enlèvement du baron Empain, etc.). Et elle a pratiqué (en tout bien tout honneur) des centaines de policiers. Lorsque je décrochais mon téléphone et que j’entendais : « Bonjour, mon petit Georges! C’est Mireille… », je savais que le ciel allait me tomber sur la tête. Mais plus tard, lorsque j’ai quitté la police, elle a été l’une des rares, avec son complice de l’époque, le commissaire Jean-François Rullier, à ne pas me faire la gueule.

Je te souhaite une longue et paisible retraite, ô Mireille ! Toi qui n’as pas écrit tes mémoires et qui es sans doute la seule à avoir autant de souvenirs.

 

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