POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Otages et principe de précaution

Ce 11 avril 2008, les autorités se targuent d’un succès : Les 30 otages du voilier Ponant sont libérés sans aucun dommage. La presse claironne et glorifie l’action de la Marine Nationale et du GIGN, sans tenir compte d’un léger détail : le revirement d’une politique de fermeté (on ne paie pas de rançon) qui date de plus de 30 ans. Et du même coup, on soulève une question : Doit-on appliquer le principe de précaution dans le cas d’une prise d’otages ? Je casque, si ça se passe mal, c’est pas ma faute…

gign_ouestfrance_.1208123628.jpgOn a l’habitude de dire que les enlèvements avec demande de rançon datent de 1933. C’est l’année où le congrès américain a voté une loi, dite loi Lindbergh – dont le bébé avait été enlevé et tué, malgré le paiement de la rançon – qui vise spécifiquement ces agissements. Ce texte a fait du « kidnapping » un crime fédéral.
Il s’agit donc de la naissance juridique de ce type de criminalité.

En France, le premier enlèvement célèbre « répertorié » est celui de Madeleine Dassault, la femme du constructeur d’avions. Le 22 mai 1964, elle est kidnappée par des bandits masqués et séquestrée dans une maison abandonnée, près de Senlis. La rançon exigée pour sa libération, de 4 millions de francs, n’a pas été versée. Quant à l’auteur principal, Jean-Jacques Casanova, arrêté cinq mois plus tard, il fut condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Il ne s’agissait pas d’un véritable truand, mais d’un looser qui avait exercé la profession d’agent de perception, puis d’huissier à l’hebdomadaire Jour de France, appartenant au groupe Dassault.

Dans les années 70, le nombre d’enlèvements avec demande de rançon se multiplie. Parallèlement, certains malfaiteurs, surpris en flagrant délit de hold-up dans des établissements bancaires,weber_mickey_theyliewedie.1208123874.jpg retournent la situation à leur avantage en prenant les clients et les employés en otage. Et l’on assiste à ce paradoxe : Ils sont venus pour piller la banque et ils repartent avec des sommes parfois colossales – versées par la banque. C’est tellement juteux que bientôt les truands pénètrent dans les agences avec cet unique objectif.

Pour mettre un terme à cette nouvelle toquade du grand banditisme, les autorités décident alors de s’opposer par tous les moyens au paiement de la moindre rançon.

Pour prendre un exemple célèbre, lors du rapt du baron Edouard-Jean Empain, les malfaiteurs demandent à négocier avec un représentant du groupe Empain-Schneider. C’est un policier qui tient ce rôle. Il accepte un rendez-vous pour remettre l’argent demandé. La rançon est bidon, mais la fusillade sur l’autoroute du sud bien réelle. Deux policiers sont touchés ; l’un des bandits est tué et un autre blessé. Empain est libéré 48 heures plus tard à la demande du truand arrêté.

Cette politique de fermeté des autorités françaises porta ses fruits. Le nombre d’enlèvements alla decrescendo jusqu’à disparaître – ou presque.

De nos jours, depuis peu, on assiste à un revirement de position. L’exemple vient de haut, puisque le président de la République a lui-même négocié la libération des infirmières bulgares et le rapatriement des membres de l’Arche de Zoé. Ici, il ne s’agit pas de rançon mais « probablement » de compromis plus ou moins politiques. Quant à Ingrid Betancourt, l’otage des Farcs, il semble bien que sous le manteau, les tractations se poursuivent activement…

Or, dès l’abordage du voilier Ponant par des pirates, l’armateur, Jacques Saadé, qu’on dit proche de Nicolas Sarkozy, a tout de suite admis le principe du aon-assurances.1208123763.jpgpaiement d’une rançon. (Certains assureurs acceptent d’ailleurs de couvrir ce risque). Cette rançon a été versée avec la « complicité » des autorités françaises. On raconte même que les billets ont transité par un bâtiment de la Marine Nationale avant d’être remis aux ravisseurs par des membres du GIGN.

On arrive donc à une situation nouvelle où le ressortissant français possède une valeur marchande intrinsèque, tant pour certains pays pirates que pour les pirates de certains pays.

C’est flatteur pour notre ego – mais pas sans risques.

Seul le résultat compte, diront certains. Certes !… On ne peut que se réjouir de la libération sans bobo des 30 otages du Ponant. Mais, peut-on dire pour autant qu’il s’agit là d’une réussite ?

Résumons : Après paiement de la rançon, la Marine Nationale et le GIGN (c’est-à-dire des centaines d’hommes avec des moyens colossaux) sont parvenus à arrêter un tiers des preneurs d’otages et à récupérer un tiers de l’argent versé.

Désolé, en police judiciaire on appellerait ça un échec.

 

L'Adn de Machin

Au début de mois de mars, un homme sonne à la porte de la brigade criminelle : « Bonjour, je m’appelle David A. c’est moi qui ai tué Marie-Agnès B, sous le pont de Neuilly. ».

pont-de-neuilly_infos-trafic-paristf1fr.1206983588.gifC’est évidemment impossible. L’assassin de cette dame a passé 48 heures en garde à vue, dans les locaux du 36, il y a 7 ans – et il a reconnu les faits. Il s’agit de Marc Machin, un SDF de 19 ans (à l’époque). Un pauvre type rongé par l’alcool et par la drogue.

Il a d’ailleurs été condamné en 2004 à 18 ans de réclusion criminelle.

C’est à l’honneur de la brigade criminelle de ne pas hésiter à rouvrir le dossier et à vérifier les allégations du farfelu qui vient ainsi remettre leur travail en question.

Et il faut reconnaître à Philippe Courroye, le procureur de Nanterre, une certaine audace pour suivre les enquêteurs dans leur démarche. Il demande une comparaison de l’Adn de ce… soi-disant criminel avec les prélèvements effectués sur les vêtements de la victime, en 2001. Et il y a concordance.

On ne peut pas dire que David A. a tué madame Marie-Agnès B., mais on peut affirmer qu’il était présent au moment où ce crime a été commis.

Il appartient maintenant à la commission de révision de se prononcer. Mais le résultat ne fait aucun doute : cette affaire sera rejugée.

Il y a un enseignement à tirer de ces événements.

Le procureur de Nanterre a déclaré que ces nouvelles analyses Adn ont été rendues possibles grâce à « de nouvelles méthodes scientifiques » (source : Le Point). Alors la question est la suivante : Pourquoi le fichier Adn (FNAEG) n’est-il jamais utilisé pour confirmer ou infirmer des jugements rendus avant sa mise en fonction ? Puisqu’on nous impose ce flicage génétique, pourquoi ne pas exploiter toutes les possibilités offertes par la police scientifique ? Pourquoi la justice française refuse-t-elle d’envisager l’existence d’erreurs judiciaires ? – etdatisoldes_jym-mgcdblogspotcom.1206983745.jpg qu’en ce moment il y a sans doute des innocents derrière les barreaux. N’en sortirait-elle pas grandie ? Aux États-Unis, des centaines de condamnés – dont certains à la peine de mort – ont ainsi été innocentés. Pourquoi pas chez nous ?

A cause de textes de loi anachroniques : En effet, pour réviser un procès, il faut un élément nouveau – comme une recherche Adn « causante ». Mais pour faire une recherche Adn, il faut… un élément nouveau. Glup !

Ne serait-il pas flatteur, Madame le Garde des Sceaux, que nous associassions votre nom à une loi équitable, comme dans un passé récent (et simple) nous associâmes le nom de Robert Badinter à la suppression de la peine de mort ? Ouf ! – Une loi Dati, ça t’aurait de la gueule, non !

Je crois que les médias devraient appuyer une telle démarche. Mais je crains fort que cela ne soit pas pour cette fois. Ces jours-ci, les journalistes ont recherché dans leurs archives une photo de Marc Machin – vainement. Car cette affaire n’a jamais fait la Une. À défaut, ils ont publié celle du procureur de Nanterre, ou, comme Le Monde, les trottoirs du Pont de Neuilly.

Je vais te dire un truc, Machin ! Ton histoire, elle n’intéresse personne.

La IV° cohabitation

En instituant l’élection du président de la République au suffrage universel, la révision constitutionnelle de 1962 a profondément transformé les fondements de notre pays.

louisxiv_bibliothequeetarchivescanada_lignesdutemps.1205748247.jpgPersonne n’a envisagé à l’époque les difficultés qui pourraient survenir du fait de la différence de la durée du mandat entre le président (7ans) et les députés (5ans).

Car il allait de soi qu’un président ne pourrait rester en place avec une chambre des députés d’une majorité opposée à la sienne !

C’était sans compter sur la fascination du pouvoir. François Mitterrand montre le chemin en 1986, et supporte gaillardement la cohabitation de Jacques Chirac (qu’à l’évidence il ne peut sentir). En 1993, de façon plus policée, il fera de même avec Édouard Balladur.

Et, en 2002, Chirac va tranquillement assurer sa fonction de soi-disant chef de l’État, alors que le pays est dirigé par Lionel Jospin.

Mais notre élite renâcle. Aussi, pour contrer ces « mauvais Français » qui ne savent pas ce qu’ils veulent, Jacques Chirac et Lionel Jospin s’entendent (pour une fois) et décident une nouvelle modification de la constitution afin de ramener la durée du mandat présidentiel à 5 ans.

Cette mesure est supposée éviter toute nouvelle cohabitation – sauf en cas de décès ou de démission du président ou de dissolution de l’assemblée nationale.assemblee-legislative-du-bas-canada_archivesnationalesquebec-lignesdutemps.1205748508.jpg

Au premier coup d’œil, on pourrait penser que les électeurs sont d’accord. En effet, au référendum de l’an 2000, 73 % répondent par l’affirmative. Au deuxième coup d’œil, on voit que le taux d’abstention a dépassé 70 % et que sur les 30 % de votants, 16 % ont voté nuls ou blancs.

singe_terresacreeorg.1205749550.jpgDe fait, la cassure est consommée entre la classe politique et les citoyens. Mais pourquoi notre cœur penche-t-il vers la cohabitation ? Peut-être, tout simplement, parce que nous ne sommes pas favorables à un régime qui donne des pouvoirs exorbitants à un seul homme… Les stigmates de la révolution de 1789 !

En tout cas, les électeurs ont trouvé un nouveau moyen de se faire entendre. À ces élections de mars 2008, de fait, ils viennent de mettre en place la IV° cohabitation.

Dorénavant, la droite dirige la France et la gauche dirige les Français.

Perben III

Dominique Perben, l’homme qui se vantait de n’avoir jamais perdu une seule élection, vient de se prendre une veste aux dernières municipales. Les lyonnais lui ont carrément claqué la porte au nez.

Cet homme aurait-il démérité ?

Perben a été Garde des sceaux de mai 2002 à juin 2005. Son passage à la chancellerie a certes laissé des traces (certains disent des séquelles) puisqu’il est notamment à l’origine de deux lois sécuritaires qui portent son nom.

– La loi Perben I (ou loi d’orientation et de programmation pour la justice), voté au mois d’août 2002. Il s’agit essentiellement de mesures destinées à renforcer la responsabilité pénale des mineurs.

– La loi Perben Inon-a-la104.jpgI (ou loi sur la sécurité intérieure), votée en mars 2004. Ce texte renforce considérablement le pouvoir de la police et des magistrats, au grand dam des avocats qui y voient la violation des droits de la défense.

Ensuite, en tant que ministre des transports, de l’équipement, du tourisme et de la mer, Perben a pris une décision qui elle laissera des cicatrices indélébiles : le tracé concernant le bouclage de l’autoroute La Francilienne. Parmi les cinq possibilités, et contre toute attente, il a en effet validé le trajet vert, celui auquel personne ne croyait tant il paraissait absurde. Donc l’A104, puisque c’est son nom, va chevaucher la RN 184. Elle va traverser plusieurs villes, dont Eragny, Conflans-Sainte-Honorine, Achères et Poissy. Elle doit rejoindre l’autoroute A 13 à Orgeval, avec la création du plus grand échangeur autoroutier d’Europe. Rien n’étant prévu pour améliorer la circulation sur cette autoroute déjà surchargée, Dominique Perben a réglé le problème : « Yaka supprimer la voie d’urgence… »

conflans_picasawebgooglecom.1205252733.jpgConflans-Sainte-Honorine est particulièrement touchée par ce projet, puisque la ville va être coupée en deux. Il est amusant de constater que cette décision a été prise au moment même où Nicolas Sarkozy promettait de recouvrir entièrement l’avenue Charles-de-Gaulle, à Neuilly, pour éviter les nuisances…

Il est vrai que si les Conflanais votaient mieux, on n’en serait pas là. Rappelons que cette ville de plus de 30.000 habitants est socialiste depuis plus de 30 ans. Elle a bercé la carrière de Michel Rocard et de Jean-Paul Huchon, l’actuel président de la région Île-de-France. Pire, l’actuel maire, le socialiste Philippe Esnol, vient d’être réélu au premier tour avec 61.5 % des voix.

Dans sa profession de foi, à Lyon, Perben promettait (je cite) de s’occuper de l’enfance, des personnes âgées, de la circulation, de la pollution et de l’économie.

L’enfance : la nouvelle autoroute va pratiquement passer au milieu de la cour d’une école et à proximité immédiate de plusieurs autres et même de crèches.

Les personnes âgées : Plusieurs maisons de retraite sont touchées et le quartier « Fin-d’Oise » de Conflans, où vivent de nombreux retraités, va être durement mutilé. On peut prévoir de nombreuses expulsions, notamment de personnes âgées.

La circulation : Cette nouvelle autoroute doit rejoindre l’A13 à Orgeval. Or, celle-ci est déjà saturée. De plus, les travaux qui doivent durer au moins cinq ans vont créer des bouchons considérables – avec les conséquences que l’on imagine.

La pollution : Aux vents dominants, les villes de Conflans-Sainte-Honorine, d’Herblay, de Poissy… vont connaître un taux de pollution qu’on estime bien supérieur à la limite tolérable.

L’économie : Ce projet va coûter plus de 2 milliards d’euros. Or, la région Ile-de-France refuse de débourser le moindre centime. Question : qui va payer ?

Aux reproches concernant le choix de ce tracé pour l’A104, Perben aseine-depuis-lile-de-migneaux-a-poissy_copra.1205252904.jpg répondu : « Moi, au moins, j’ai le courage de le faire…. » Il est vrai que ce projet était dans les cartons depuis plus de 30 ans.

Si un jour les lois Perben ne plaisent plus, on pourra toujours les annuler, selon le vieux principe : « Ce qu’une loi fait, une loi peut le défaire ». Mais lorsque les bulldozers auront massacré le cœur de Conflans-Sainte-Honorine ou défiguré les rives de la Seine, à Poissy, aucune loi ne pourra remettre les choses en état.

On pourra toujours baptiser cette autoroute la… Perben III.

La PJ, de 2003

PARTIE 31 – La présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles de 2002 a laissé des traces. Pour le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, c’est comme un appel des Français à plus de sécurité. Et si les électeurs avaient simplement manifesté leur ras-le-bol envers une caste politique monocorde…

En tout cas, Nicolas Sarkozy prend le créneau. En le nommant ministre d’État, ministre de l’intérieur, Chirac pensait sans doute lui faire une vacherie. Il lui a sarkozy-et-raffarin-dans-rer-a_wikipedia.1204192181.jpgservi la soupe. D’entrée de jeu, Sarkozy se lance dans une politique sécuritaire tout azimut. Pour faire suite à la loi Perben I, votée au mois d’août 2002, il fait adopter une loi sur la sécurité intérieure qui renforce les pouvoirs des OPJ, étend (pour certains) leur compétence territoriale et leur donne, de fait, la possibilité de relever l’empreinte génétique de toute personne soupçonnée « d’avoir pu commettre » une infraction. C’est dans ce texte qu’on trouve également une nomenclature de nouveaux délits, comme le racolage passif ou les rassemblements dans les parties communes d’immeubles. Avec le ministre des transports, Gilles de Robien, il intensifie la chasse aux excès de vitesse. Tous deux inaugureront d’ailleurs le premier radar automatique le 27 octobre 2003, sur la RN 20, dans l’Essonne.

Le 31 janvier, l’infirmière Christine Malèvre est jugée pour avoir assassiné six de ses malades. Dans un premier temps, une partie de la presse fait preuve de bienveillance à son égard, et le questionnement va bon train autour de l’euthanasie. Cependant, lors de son procès, la femme n’apparaît pas à son avantage et l’expertise psychologique est accablante. De plus, elle a publié un livre, Mes aveux, aux éditions Fixot, qui sûrement la dessert. Et le doute s’installe lorsqu’on découvre qu’aucune des victimes, d’après les proches, n’avait fait part de son intention de mettre fin à ses jours… Alors, euthanasiste ou serial killer?christine-malevre_nouvelobs.1204192305.jpeg Ni chèvre ni choux, le jury prononce une peine de 10 ans de réclusion criminelle. Malèvre fait appel. En octobre 2003, lors de sa nouvelle comparution devant la cour d’assises, elle écope de 12 ans. À l’issue de cette affaire, une question n’a pas reçu de réponse : Christine Malèvre aurait-elle été condamnée si elle avait été médecin ?

Le 1er février 2003, la navette spatiale Columbia explose au retour d’une mission de 16 jours dans l’espace. Les sept astronautes présents à son bord trouvent la mort. Ce même jour le traité de Nice qui prévoit l’intégration de dix nouveaux pays au sein de l’union européenne entre en vigueur.

Début mars, 30.000 personnes se réunissent dans une marche silencieuse pour l’égalité des femmes (notamment dans la communauté musulmane) et contre les ghettos. Cette manifestation fait suite à la fin tragique de Sohane Benziane.

sohane_benziane_villageampus83bloglemondejpg.1204192762.JPGLe 4 octobre 2002, en fin d’après-midi, à la veille de ses 18 ans, cette jeune fille est morte brûlée vive dans un local à poubelles d’une cité de Vitry-sur-Seine. « J’suis pas ta pute, j’suis pas ta soumise. J’suis juste une meuf et j’exprime mon désaccord (…). Arrêtez d’généraliser, arrêtez d’nous insulter. J’aimerais être libre, marcher sans me faire agresser. Je ne suis pas celle que vous croyez – négligée. Je demande la liberté, le respect… » Ce rap écrit par une poignée de jeunes du lycée Camille-Claude, et cité par l’Humanité, exprime parfaitement le contexte de ce drame. Ce 4 octobre, pour la punir de se montrer trop… aguichante, Jamal Derrar a enfermé Sohane dans un local à poubelles, il l’a aspergée d’essence, et… il a allumé son briquet. La jeune fille a été transformée en torche vivante. Le meurtrier a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle.

Après cette expression au souvenir, Famela Amara dépose les statuts d’une association dont elle devient présidente : Ni putes ni soumises (NPNS). Elle démissionnera en juin 2007, alors qu’elle est nommée ministre de la ville dans le gouvernement de François Fillon.

Le 9 avril, après 3 semaines de bombardements intensifs, les forces américaines prennent le contrôle de Bagdad. FR3 retransmet les images d’un char américain qui délibérément vise et tire sur l’hôtel Palestine où sont regroupés les journalistes étrangers. Deux hommes sont tués et trois autres sont blessés. Les militaires américains semblent avoir des comptes à régler avec la presse car les combats sont égrenés de plusieurs incidents de ce genre. L’image symbolique de la statue de Saddam Hussein déboulonnée fait le tour du monde, et le mois suivant, les compagnies pétrolières annoncent des hausses records de leurs bénéfices.

Le 1er juin, Marc Telenne, alias Karl Zéro, lit devant les caméras de Canal+ une lettre du tueur en série Patrice Alègre. Ce dernier fournit des détails sur le meurtre d’un travesti, en 1992, et met en cause l’ancien maire de Toulouse, Dominique Baudis, et un magistrat Marc Bourragué. Karl Zéro prend soin d’occulter les noms, mais il est aisé d’identifier les deux hommes. Baudis et Bourragué déposent plainte. Alègre revient alors sur ses déclarations et affirme qu’il a rédigé cette lettre contre la promesse d’une rétribution de 15.000€. Allégations aussitôt démenties par Karl Zéro et par le journaliste Ghad Charbit. Il faut rappeler qu’aucune des pseudo-révélations de Patrice Alègre concernant un soi-disant réseau de prostitution dans le milieu branché de Toulouse, au sein duquel auraient pu se retrouver des notables, de hauts fonctionnaires, des policiers, etc., n’a été confirmée. Cette enquête a d’ailleurs fait l’objet d’un non-lieu définitif.

Toutefois, Karl Zero et Ghad Charbit n’en n’ont pas fini avec la justice. En effet, selon une information du site Médiapart, ce 14 février 2008, la cour d’appel de Paris vient de casser la décision de non-lieu concernant la plainte déposée contre eux. Et les deux journalistes ont été mis en examen.

Le 26 juin, en Belgique, une jeune fille de 13 ans, Marie-Ascension, estmichel-fourniret_france-infocom.1204192921.jpeg enlevée sur le chemin de son école. Son agresseur la projette à l’arrière de sa fourgonnette et la ligote sommairement avant de démarrer en trombe. Une dizaine de kilomètres plus loin, elle parvient à se dégager de ses liens et à sauter sur la chaussée. Un automobiliste la récupère et note le numéro d’immatriculation de la fourgonnette. Son conducteur, Michel Fourniret, est arrêté peu après. Ce tueur pédophile est aujourd’hui accusé de sept assassinats et de nombreux viols ou tentatives de viols. Il devrait être jugé au printemps 2008.

Pour Yvan Colonna, l’Independence Day ne sera pas férié. En cavale depuis 4 ans, réfugié dans une bergerie, en Corse-du-Sud, l’homme recherché pour le meurtre du préfet Erignac est arrêté ce 4 juillet par les hommes du RAID, alors qu’il revient d’une expédition dans le maquis. Le lendemain, le ministre de l’intérieur félicite les principaux chefs de police concernés par cette enquête : « Cette arrestation ne doit rien à la chance et tout au travail policier. Je tiens à rendre hommage à Christian Lambert, patron du RAID, qui a conduit de bout en bout l’organisation opérationnelle… » C’est bien normal. Ce qui l’est moins, c’est la forme. C’est sans doute la première qu’une lettre de félicitations parvient à son récipiendaire sous forme d’un communiqué de presse.

Au mois d’août, une vague de chaleur exceptionnelle frappe l’Europe. En France, les températures dépassent 40°, avec un record de plus de 44° dans le Gard. On reproche au ministre de la santé Jean-François Mattei, de n’avoir pas su gérer la crise, mais c’est le directeur de la santé, Lucien Abenhaïm, qui démissionne. Deux semaines plus tard, Jacques Chirac rentre de vacances et non sans cynisme dénonce le manque de solidarité entre les citoyens…

Le 15 novembre 2003, la passerelle du Queen Mary 2 s’effondre lors d’une journée ouverte aux employés et à leur famille. On compte 16 morts et plus de 30 blessés. Un peu plus tard, le plus grand paquebot du monde quitte les chantiers de l’Atlantique pour rejoindre son port d’attache, Southampton. Il effectue sa première traversée de l’Atlantique en janvier 2004. En 2008, la justice rend son verdict sur cette catastrophe : aucune infraction pénale.

Le 14 octobre, la cour d’assises se réunit pour juger Pierre Chanal, accusé dans l’affaire des disparus du camp de Mourmelon. Il se suicide le matin même du procès… Et l’action publique est éteinte.

sigle-azf_lefigaro.1204193694.jpgLe 11 décembre, les autorités françaises reçoivent une lettre étrange d’un groupuscule inconnu baptisé AZF – ce qui fait immédiatement penser à l’explosion de l’usine de produits chimiques de Toulouse. Deux mois plus tard, ce groupe, qui se définit comme un « groupe de pression à caractère terroriste issu d’une confrérie laïque » (sic) menace de faire sauter plusieurs sites de la SNCF et d’empoisonner des produits de consommation courante, si on ne lui verse pas une somme de cinq millions d’euros. Tout cela n’apparaît pas très sérieux, mais au ministère de l’intérieur, tout cela est pris très au sérieux. Les hommes de la direction nationale antiterroriste, de l’office central de répression du banditisme et de la direction régionale de police judiciaire de Versailles sont sur les dents. lettre-azf_lefigaro.1204193769.jpgAvec la complicité de la presse, qui s’autocensure, les policiers suivent les indications des maîtres chanteurs. Ils publient dans Libération une annonce du genre : « Mon gros loup, ne prends pas de risques inutiles […] Donne-moi tes instructions… » Le communiqué est signé Suzy, prénom indiqué par les « terroristes » pour désigner la police (le diminutif de Sarkozy ?). Puis, La Dépêche du Midi publie l’information en février 2004, et l’affaire se dégonfle. Provisoirement. Puisqu’il semble que de nouvelles menaces soient apparues les années suivantes. En tout cas, comme disait un ancien chef de police, ça ne mange pas de pain…, et ça fait un bon entraînement.

Le 26 décembre, un tremblement de terre d’une magnitude de 6.3 frappe l’Iran. Le bilan s’établit à plus de 40.000 morts et 30.000 blessés.


La disparition de la jeune Estelle Mouzin – Ce 9 janvier 2003, il neige sur la région parisienne. Il est 18 heures 30. À Guermantes, en Seine-et-Marne, c’est l’heure de la sortie des classes. Comme les
estelle-mouzin_photopresse.1204193211.jpgautres enfants, Estelle Mouzin sort de l’école. Il fait déjà nuit. Il fait froid. On peut supposer qu’elle a hâte de rentrer chez elle. Plus personne ne la reverra. Elle a disparu entre son école et son domicile, distant de moins de mille mètres. Les choses ne traînent pas. Très vite des recherches s’organisent. En vain. Personne n’a rien vu. Les rues étaient désertes. Seul un homme a aperçu une voiture de couleur claire qui filait à vive allure. Sans qu’on puisse en tirer la moindre conclusion.

Dès le lendemain, le procureur de Meaux ouvre une information judiciaire pour enlèvement et séquestration d’un mineur de 15 ans. La direction régionale de PJ de Versailles, dont la compétence s’étend à toute la grande couronne parisienne, est saisie de l’enquête. Le plan « alerte enlèvement » n’existe pas encore (il a été créé en 2006), mais cela est sans conséquence, car on peut dire que la justice, la police, les médias, les gens… Tout le monde a réagi au mieux et au plus vite. Jamais une enquête de police n’aura mobilisé autant de moyens sur une aussi longue période.

Trois jours plus tard, la PJ contrôle l’emploi du temps des 1.400 habitants de Guermantes. Le village est bouclé par 700 policiers et 400 perquisitions sont effectuées simultanément. Du jamais vu. Un hélicoptère survole les lieux en permanence. Les bois, les maisons abandonnées, les égouts sont fouillés. La glace qui recouvre les mares et les étangs est brisée et des plongeurs inspectent les fonds. Toutes les communications téléphoniques passées au moment des faits sont identifiées, remontées, contrôlées… Un travail énorme sur plus de 15.000 appels… Interpol sollicite tous les pays qui possèdent des satellites d’observation, et leur demande de vérifier si aucun n’était focalisé sur la région… Et rien. Pas le moindre élément.

La photo d’Estelle est diffusée par tous les médias. Elle est placardée dans tous les lieux publics, sur les arbres, sur les poteaux… La France entière est touchée par le regard triste de cette petite fille habillée de rouge. Et rien. On épluche le dossier de tous les condamnés pour agression sexuelle. L’emploi du temps de 75 d’entre eux est soigneusement vérifié. Sans résultat. À la demande de Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, un « groupe d’enquête permanent » est crée. Mais c’est inutile, car les 400 policiers de la PJ de Versailles se sentent directement concernés par cette affaire. Cette enfant, ils l’ont adoptée. Et ils ne ménagent pas leur peine.

En 2006, on soupçonne Michel Fourniret, ce tueur pédophile. Des vérifications très serrées sont entreprises sur son emploi du temps. Mais son alibi est inattaquable : à l’époque, il ne pouvait pas être dans la région. Récemment, en janvier 2008, un journaliste, Mohamed Sifaoui, informe la rédaction de TF1 d’un tuyau sérieux : Le corps de la petite Estelle se trouverait sous la dalle en béton de la salle d’un restaurant chinois de Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne. L’information remonte. Et pour Jean Espitalier, le nouveau patron de la PJ de Versailles, et René Pech, le procureur de Meaux, la pression est trop forte. Ils décident d’agir sans plus vérifier l’information. Le restaurant est en grande partie détruit – pour découvrir quelques ossements d’originjean-marc-bloch_photolefigaro.1204193295.jpge animale.

Ces fais récents montrent combien cette affaire a marqué l’opinion publique. Nous avons tous été touchés par la disparition d’Estelle Mouzin. Le contrôleur général Jean-Marc Bloch, qui à l’époque dirigeait la DRPJ de Versailles, ne fait pas exception. Dans Le Figaro du 10 janvier 2008, il déclare : « Aujourd’hui encore j’y songe en me demandant si nous ne sommes pas passés à côté de la vérité sans la voir ou sans avoir su faire le bon geste au moment voulu… » Bloch est un homme sensible. C’était sa dernière enquête criminelle avant son départ à la retraite. On sent combien cet échec l’a marqué. « Avec le recul, je ne vois pas ce que nous aurions pu faire de plus », ajoute-t-il. Une seule personne le sait… Mais il est à craindre que jamais on n’identifie ce salopard.

 

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Le jeune et le magistrat

Début janvier 2008, Robert (j’ai changé le prénom) fête ses seize ans. Comme cadeau d’anniversaire, il souhaite suivre la préparation à la conduite accompagnée. Ses parents sont d’accord. Son père lui propose même un petit galop d’essai.

conduite-accompagnee_optimum-auto-ecolefr.1203516593.jpegLes faits se passent dans un petit village de Normandie. Le jeune homme se met au volant, le papa à ses côtés. Et ils font le tour du hameau.

Eh, bien sûr, ce qui devait arriver… Les gendarmes arrêtent le véhicule.

Contrôle d’état-civil. Le père explique. Contrôle de l’état de la voiture. Discussion entre les deux gendarmes. Le bon et le méchant ? Convocation du père et du fils pour le lendemain matin.

Peut-être le méchant aurait-il voulu aller plus vite et mettre le jeune homme en garde à vue. Après tout, il s’était rendu coupable d’un délit.

Rappelons que depuis la loi du 9 mars 2004, dite loi Perben II, la conduite sans permis est un délit punissable d’un an d’emprisonnement et d’une amende de 15.000€. Or, depuis quelques heures, le jeune délinquant a seize ans révolus. Un âge charnière dans la grille pénale.

Et peut-être le bon aurait-il voulu fermer les yeux…

En tout cas, le lendemain matin, le méchant a gagné. Ce devait être le plus gradé. Les gendarmes enregistrent l’audition du père et dans un bureau voisin l’audition de son fils. Puis on passe l’enfant à la moulinette : Photo de face, de profil, relevé décadactylaire des empreintes digitales, et (probablement car le pauvre était dans un tel état qu’il n’a pas de souvenirs précis) prélèvement de son ADN.

Un mois plus tard, Robert est convoqué par la justice.

D’entrée, le substitut du procureur se montre bon enfant. Il lui dit : « Alors mon garçon, on conduit sans permis… ». Puis gentiment, il cherche à rassurer le jeune homme. « Allez, ce n’est pas si grave… Je te propose d’effectuer une journée de « travail d’intérêt général »… pour te punir de ton imprudence. Tu es d’accord ? » Bien sûr qu’il est d’accord, le Robert. Lui qui se voyait déjà derrière les barreaux.

Lorsqu’on m’a rapporté cette mésaventure, je me suis dit qu’il est quand même rassurant de croiser des hommes, des fonctionnaires, capables de faire front et de réagir selon leur conviction, loin du blabla officiel. Un enfant fautif se présente devant un magistrat et ce magistrat le reçoit comme un enfant… Et pour cet ado qu’il ne connaît pas, il humanise les lois, des lois votées par des gens détachés de la réalité – des lois désincarnées. Je ne sais pas sur quel article du Code pénal le substitut s’est appuyé pour prendre sa décision, je ne suis même sûr que cet article existe, mais je lui tire mon chapeau.

Avant de renvoyer Robert à ses études, il a même ajouté qu’il n’y aurait aucune trace au casier judiciaire. Et dieu sait si c’est important pour un petit homme au seuil de la vie professionnelle !louis-de-funes_forumdoctissimofr.1203516716.jpeg

Mais qu’en est-il des fichiers informatisés de la gendarmerie ? Ces traces-là, elles sont à vie. Je veux penser que ces deux gendarmes, le bon et le méchant, jouaient un rôle, juste pour impressionner le garçon, pour lui faire peur, pour lui mettre du plomb dans la tête. En un mot, qu’ils ont fait semblant, qu’ils se sont déguisés en croquemitaines pour la circonstance et qu’à peine Robert sorti de la gendarmerie, en souriant, ils ont jeté le dossier anthropométrique dans la corbeille à papiers.

Ouais, je veux le penser.

 

Quand les brochets font courir les carpes

Une jeune femme oublie un document sur une chaise, dans un jardin public. Peu après, la belle étourdie entre au gouvernement. Si j’ai bien compris, c’est le début de l’intrigue du roman de Jean-Louis Debré, quand-les-brochets.gifQuand les brochets font courir les carpes, aux éditions Fayard. Je vais être franc, je ne l’ai pas lu. Mais si l’on devait parler que des choses que l’on connaît, on pourrait supprimer la moitié des blogs. Dont celui-ci.

Anne Fulda, dans Le Figaro.fr, a rédigé un long article à propos de ce livre, et surtout de son auteur, sans qu’on réussisse à savoir si elle l’avait apprécié (le livre). En tout cas, à la lecture des commentaires qui accompagnent l’article, on voit combien Debré est vilipendé… J’en cite un. Il est de Coriolan : « Bravo pour l’exploit, Madame Fulda… C’est la première fois que je vois l’épithète de  » subtil  » accolé à Monsieur Debré. » On trouve pourtant dans ce texte des choses touchantes sur la jeunesse de Debré. On apprend par exemple qu’il a été l’un des rares (en dehors des gens du Canard Enchaîné) à appeler madame De Gaulle « Tante Yvonne »…

Donc, je n’ai pas lu le dernier roman de Debré. En revanche, j’ai lu sonle-curieux_livre-debrejpg premier, Le curieux, paru à Edition°1. Il avait eu la gentillesse de me l’offrir, alors qu’il quittait la magistrature pour entrer à l’assemblée nationale. C’était en 1986. Evidemment, les mauvais esprits n’ont retenu de ce texte qu’une étrange similitude entre le nom d’une péripatéticienne et celui d’un ancien Premier ministre… Perso, j’ai gardé en mémoire cette citation : « La vie est composée de peu d’originaux et de beaucoup de copies. » Honnêtement, le bouquin n’était pas mauvais. Il valait bien d’autres polars dont souvent les auteurs n’ont que le mérite d’appartenir à telle ou telle camarilla. En tout cas, il valait ceux que j’ai pu écrire.

Donc, moi, ça ne me gêne pas que le président du Conseil constitutionnel écrive un roman policier. Je trouve même ça plutôt sympa. En revanche, Debré est l’auteur de choses moins anodines… Comme cette décision qu’il a fait adopter à l’assemblée nationale, avant de quitter « le perchoir »…

C’était début 2007 : les députés non réélus aux prochaines élections législatives (juin 2007) pourront percevoir leur indemnité parlementaire pendant 60 mois au lieu de 6 mois… Soit une allocation chômage nette mensuelle d’environ 5.200€ pour les 6 premiers mois, ensuite une indemnité dégressive : 70%, 60%, etc. Sans doute l’une des rares décisions à avoir fait l’unanimité sur tous les rangs de l’assemblée nationale.

L’exploit a été mentionné par Le Canard en février. Puis, plus rien ! Très bizarrement aucun journal, aucune radio, aucune télé, n’a semble-t-il parlé de cet avantage exorbitant, ce droit au chômage hors norme que s’étaient « auto-votés » nos vaillants députés. Rappelons que le commun des mortels bénéficie d’une indemnité chômage d’une durée maximale de 23 mois, pour une allocation moyenne de 800€.

cadeau-a-la-presse_terra-economicainfo.jpgIl semble qu’il existe une certaine connivence entre les hommes politiques et la presse. Lorsque les députés ont supprimé les niches fiscales, comme les frais spécifiques que pouvaient déduire les comédiens, les scénaristes, les écrivains… aucun n’a mentionné les journalistes.

C’est donc l’une des dernières niches fiscales : l’heureux détenteur d’une carte de presse peut déduire une somme forfaitaire de 7.500€ de ses revenus… Les fonctionnaires du fisc ont eu du mal à avaler la pilule : les journalistes sont en effet les seuls salariés qui inscrivent sur leur feuille d’impôt un montant inférieur à leurs revenus réels. Elle est pas belle, la vie !

On dit de la presse qu’elle est le quatrième pouvoir, en tout cas, elle est dans le moule.

La PJ, de 2002

PARTIE 30 – En cette année électorale, le gouvernement de Lionel Jospin tente de démontrer sa détermination à lutter contre l’insécurité. Le ministre de l’intérieur, Daniel Vaillant, a beau se décarcasser et tire-bouchonner les statistiques, rien n’y fait. On n’y croit pas.

Pourtant, depuis l’assassinat du préfet Claude Erignac, sur l’île de Beauté, on ne peut nier que police et justice aient mis les bouchées doubles. Alors que certains nationalistes prônent « la lutteunita-naziunale.1202476247.jpg institutionnelle pour la liberté », plusieurs affaires on ne peut plus crapuleuses font surface : trafic international de stupéfiants, avec tentative d’infiltration de la mafia italienne sur l’île de Cavallo, blanchiment d’argent au casino d’Ajaccio, enquête sur une société de transport de fonds véreuse, marchés publics truqués, etc. On ne lie pas forcément nationalisme et picaillons, mais quand même… Dans le domaine du grand banditisme, les antigangs ont passé la main à la brigade financière. Ceux-ci décortiquent les comptes d’une équipe de truands chevronnés, à laquelle on a donné le nom d’un bistrot du port de Bastia : La brise de mer. Ce nom, poétique, est devenu au fil des générations de flics tellement mythique que je m’étonne qu’aucun film n’en retrace l’histoire… Depuis des décennies, marmotte-t-on à la PJ, vols, braquages, rackets, meurtres, etc., ont été fomentés en ces lieux. Ce n’est sans doute pas tout à fait vrai, mais après tout, on ne prête qu’aux riches…

Le 11 février, lors d’un meeting à Avignon, Jacques Chirac annonce sa candidature à l’élection présidentielle. Il prend ainsi de court son principal challenger, Lionel Jospin, qui se manifestera dix jours plus tard.

patrice-alegre_presse.1202476372.jpegPatrice Alègre a reconnu être l’auteur de cinq meurtres et de six viols, mais les enquêteurs de la gendarmerie le soupçonnent de beaucoup d’autres méfaits. Le 21 février, les jurés de la cour d’assises de Haute-Garonne ne se laissent pas attendrir par ses faux airs de George Clooney. Ils le condamnent à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans. C’est la condamnation la plus élevée qu’autorise le droit pénal français.

Ce même jour, l’assemblée nationale modifie la loi sur la procédure d’appel en matière criminelle. Dorénavant, le procureur général pourra faire appel d’un arrêt d’acquittement rendu par une cour d’assises. Cinq ans plus tard, Maurice Agnelet en fera les frais.

Le 23 février, bien loin de là, sur une route du sud de la Colombie, Ingrid Betancourt, député écologiste et candidate aux élections présidentielles de son pays, ainsi que sa directrice de campagne, Clara Rojas, sont enlevées par des guérilleros. Sans être banal, cet enlèvement s’ajoute aux nombreux autres perpétrés par les FARC (forces armées révolutionnaires de Colombie), notamment sur des personnalités politiques. Mais en raison de sa double nationalité (colombienne et française) et de ses attaches en France, cette affaire va connaître chez nous un important battage médiatique. Et l’on zappe sur son identité (issue de la grande bourgmelanie-betancourt_m6info.1202478073.jpgeoisie, son père a été ministre du dictateur Gustavo Rojas Pinilla, et sa mère, une ancienne reine de beauté, a été sénatrice) pour se laisser porter par un certain romantisme. Une si belle femme aux mains des guérilleros… D’autant que Mélanie, sa fille qui lui ressemble tellement, en fait des tonnes. Au point qu’on se demande parfois si elle ne scénarise pas son amour filial… En Colombie, c’est un autre son de cloche. On dit que l’aura combattante-farc_lemonde2.1202478180.jpgde cette dame fait de l’ombre aux cinq mille « secuestrados » qui sont aux mains des FARC, et que cette armée parallèle n’est pas composée de sympathiques maquisards, comme on voudrait parfois nous le faire croire, mais d’une bande de criminels qui dissimulent derrière une idéologie marxiste des feuilles de coca… En 2003, Dominique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères, qui s’est lié d’amitié avec Betancourt lorsqu’il enseignait à Sciences-Po, envoie un commando pour exfiltrer l’otage. Opération on ne peut moins diplomatique et on ne peut plus risquée. Qui échoue lamentablement. Il est obligé de présenter des excuses publiques et l’on s’aperçoit alors qu’il a agi d’initiative, sans en référer à quiconque. Interrogé à l’improviste par des journalistes malicieux, Chirac déclare ne pas être au courant. Pour ne pas avoir l’air trop balluchon, bien vite, il se reprend et endosse la responsabilité de ce fiasco. Fin 2007, Le Figaro International, citant une personnalité colombienne, écrivait : « […] les autorités colombiennes sont persuadées que les erreurs de jugement des diplomates français ont installé, et pour longtemps, la Franco-colombienne en captivité. »

Au mois de mars, un rapport de synthèse rédigé par le gendarme Jean-François Abgrall, aboutit à la conclusion que le meurtre de deux garçons de 8 ans, en 1986, à Montigny-lès-metz, pourrait être l’oeuvre du tueur en série Francis Heaulme. Ce document tombe à pic pour Patrick Dils. En 1989, alors âgé de 16 ans, il avait été condamné pour ce double crime à la réclusion à perpétuité. Après pourvoi en révision, en 2001, il avait été de nouveau condamné, cette fois à une peine de 25 ans de réclusion criminelle. Profitant de la nouvelle possibilité de faire appel d’une décision d’assises, en ce mois d’avril, il est acquitté. Il a passé une petite quinzaine d’années derrière les barreaux. On dit qu’il aurait perçu pour cette erreur judiciaire un pactole d’un millionpatrick-dils_lci.1202476747.jpg d’euros. En décembre 2007, nouveau coup de théâtre : le parquet de Metz estime que le rapport de la gendarmerie n’apporte aucun élément concret. Et Francis Heaulme bénéficie d’un non-lieu. Donc, 22 ans après les faits, l’assassin des deux enfants n’est toujours pas identifié. Maître Rondu, l’avocat de l’une des deux familles, qui avait déjà manifesté son indignation lorsque Dils avait enregistré une chanson sur cette triste affaire, veut maintenant obtenir de la justice que Patrick Dils soit rejugé. Une décision d’acquittement peut-elle faire l’objet d’un pourvoi en révision? Je ne sais pas. À suivre.

En avril, au premier tour des élections présidentielles, Jacques Chirac obtient 19.9 % des voix. C’est le plus mauvais score d’un président sortant. Il est talonné par Jean-Marie Le Pen, 3 points derrière. Quant à Lionel Jospin, il est dans les choux. Ses propos sur Chirac : « Un président vieilli et usé… », lui auraient été fatals… Mais les véritables gagnants de ce premier tour sont les abstentionnistes. Ils sont plus de 28%. Un niveau jamais atteint. On joue alors à se faire peur. On se murmure le résultat de mystérieux sondages qui donneraient Le Pen vainqueur… Certains soufflent sur les braises… Une sorte de fièvre paranoïaque fait frissonner les Français – et Chirac est réélu avec plus de 82 % des voix. C’est le meilleur score jamais obtenu par un président entrant. Il a battu deux records en quinze jours. Jean-Pierre Raffarin est nommé Premier ministre. Quant à Nicolas Sarkozy, qui a soutenu le président élu et qui sans brochette-candidats-2002_radiofrance.1202476857.jpgdoute espérait le poste, il se voit confier le ministère de l’intérieur. Sans le savoir, c’était le plus beau cadeau que pouvait lui faire Chirac.

Lors du défilé du 14-Juillet, un individu tire sur le Président de la République avec une carabine .22 LR. C’est probablement l’intervention de trois spectateurs qui fait dévier le projectile. Personne n’est blessé. L’auteur de cet attentat manqué, Maxime Brunerie, âgé de 25 ans, est un militant d’extrême droite. À la différence de Mitterrand, qui avait organisé son propre attentat pour faire parler de lui, Chirac n’en tire aucun bénéfice médiatique. Au contraire, son entourage minimise l’affaire et Brunerie, considéré comme irresponsable, est conduit illico en unité psychiatrique. Puis on assiste à un changement d’attitude. Le préfet du Val-de-Marne prend un arrêté pour mettre fin à l’internement d’office et Brunerie est présenté à la justice. Mais c’est trop tard. L’effet est passé. Le lascar a quand même écopé de 10 ans demaxime-brunerie_rtl.1202477094.jpeg réclusion criminelle – et tout le monde s’en fiche.

Après une campagne présidentielle dominée par le thème de la sécurité, le gouvernement Raffarin met en chantier une loi dite « d’orientation et de programmation pour la justice » – ce qui ne veut rien dire. Outre la création d’une justice de proximité, il s’agit essentiellement de mesures destinées à renforcer la responsabilité pénale des mineurs. Les périphrases ne peuvent masquer la volonté de remanier la loi de 1945 sur l’enfance délinquante. A gauche, c’est le tollé. Toutefois, en périphérie de cette loi, dite loi Perben I, deux mesures modifient légèrement la technique policière :

– Une plus grande latitude lorsqu’on doit recourir à des témoins dont il est nécessaire, pour des raisons de sécurité, de protéger l’anonymat ;

– la possibilité – pour la victime – de demander la désignation d’un avocat d’office dès sa première audition par un service de police ou de gendarmerie, et éventuellement l’aide juridictionnelle.

En décembre, l’assemblée générale des nations unies adopte un « protocole facultatif à la convention contre la torture », qui prévoit notamment la possibilité pour certains organismes nationaux ou internationaux de visiter les lieux où sont détenus des gens contre leur gré, « ceci afin de prévenir la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». La France signe ce protocole en 2005, mais, à ma connaissance, elle ne l’a toujours pas ratifié. L’idée de voir des gens de l’ONU débarquer dans nos prisons, nos centres psychiatriques, voire nos cellules de garde à vue, a du mal à passer. Pourtant, on m’a rapporté que certains OPJ n’hésitent pas à faire dévêtir entièrement une personne en garde à vue et parfois à pratiquer une fouille… intime. Ce qui est paraît-il la règle lors de l’admission dans un établissement pénitentiaire. Je ne sais pas sur quel texte du Code de procédure pénale repose un tel acte…. Personnellement, je le trouve dégradant pour la personne qui le subit – et pour le fonctionnaire qui l’exécute. À ma connaissance, seul un médecin peut pratiquer un… TR.

Si la torture n’existe plus en France, elle n’est pas pour cela éradiquée. Ainsi, en novembre 2007, aux Etats-Unis, les sénateurs ont demandé au futur ministre de la justice son avis et sa position sur la torture (pratiquée semble-t-il par la CIA depuis les attentats de 2001), et notamment sur la technique du « waterboarding ». « Je ne sais pas trop ce que c’est », a répondu celui-ci, visiblement peu à l’aise. « Si c’est une torture, ce n’est pas constitutionnel… ». Nous, on lui explique : On attache le prisonnier sur une planche inclinée, la tête en bas et enveloppée dans une serviette. Puis on verse de l’eau. La victime suffoque, mais l’eau ne peut atteindre les poumons, et la noyade est théoriquement impossible (mais pas la crise cardiaque). En France, à une autre époque, on appelait ça « la baignoire » ou, dans une forme plus… sophistiquée, « la balançoire ». En cette année 2008, alors que les Etats-Unis s’apprêtent à changer de président, il est réconfortant de savoir que les démocrates ont condamné la torture, tout comme John McCain, le candidat favori des républicains, qui en a lui-même été victime au Vietnam.

Fusillade au conseil municipal de Nanterre – Le 27 mars 2002, alors que conseil-municipal-nanterre_nanterrefr.1202477216.jpgle conseil municipal de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, touche à sa fin, et que la salle s’est vidée des spectateurs, un seul homme demeure. Il se nomme Richard Durn et il a 33 ans. Il est 1 heure 15 du matin. Le maire de la ville, Madame Jacqueline Fraysse, entourée de ses adjoints, préside le conseil. Elle se lève, face à la salle et aux 39 conseillers municipaux et elle déclare : « La séance est levée ». Alors, Durn se dresse et se dirige vers l’estrade. Il brandit un pistolet automatique 9mm. et tire en direction de Madame Fraysse. Puis il sort une deuxième arme, un revolver .357 magnum et il ouvre le feu, méthodiquement, sur l’ensemble des élus. Il tire 37 balles en moins d’une minute. Huit personnes sont tuées et dix-neuf autres sont blessées, avant qu’il ne soit maîtrisé.

Les secours arrivent rapidement, puis la PJ, les autorités judiciaires et les autorités tout court : Chirac, Jospin, Vaillant, etc. Le patron de la brigade criminelle, Frédéric Péchenard, prend lui-même la direction de l’enquête. Mais il n’y a pas d’enquête. Il y a un homme seul qui a pété les plombs. Et le remue-ménage qui suit, en pleine campagne électorale, n’y change rien. Durn est conduit quai des Orfèvres. En garde à vue, il est calme. Il reconnaît les faits sans difficulté même s’il ne parvient pas à les justifier. Comment d’ailleurs pourrait-il les justifier ? Sans doute les deux officiers de police qui l’interrogent se laissent-ils abuser par cette torpeur, car le lendemain, pour le maintenir en bonne condition, pour qu’il se confie, il néglige de le menotter. Richard Durn répond aux questions. Il raconte calmement. Soudain, il fonce vers le vasistas, il l’ouvre et s’y engouffre tête la première. Les deux policiers se précipitent. L’un le retient par un pied : la chaussure lui reste dans les mains. L’autre se penche dangereusement à l’extérieur, mais il ne peut éviter l’inévitable. Durn glisse sur le toit et s’écrase dans la cour du 36. Les enquêteurs de la PJ peuvent fermer le dossier de la tuerie de Nanterre : l’action publique est éteinte.

On a reproché aux policiers leur manque de surveillance, leur négligence, etc. On comprend bien qu’il s’agissait de créer un climat de confiance, propice aux confidences, difficile à établir avec un suspect menotté… Je crois qu’on peut toutefois reprocher aux autorités judiciaires un certain manque de cohérence dans l’analyse des événements. Un homme qui ouvre le feu dans la foule, sans se cacher, sans aucune raison, juste pour tuer et pour attirer sur lui l’attention des autres est forcément un déséquilibré. Raison sans doute pour laquelle, trois mois plus tard, Maxime Brunerie, l’homme qui a tiré sur le chef de l’État, a été immédiatement interné.

Parmi les victimes de cette tuerie se trouve Louiza Benakli, adjointe au maire. Elle laisse derrière elle une petite fille de 7 ans, Yasmine. Neuf mois plus tard, l’enfant perd également son papa, Abdelkamal Benbara, dit Kamel. Cet homme mène une double vie. Il est marié, et de sa femme légitime, il a quatre enfants. Son corps est retrouvé dans le coffre de sa voiture, abandonnée avenue Hoche, à Paris. Benbara est consultant chez Cap Gemini, mais il est également député au parlement algérien. Et, s’il est établi en France, c’est qu’il représente une partie des Algériens qui vivent dans notre pays. Une situation qui laisse planer le doute sur d’autres activités plus… secrètes. Or, le président Bouteflika doit prochainement venir en voyage officiel en France. Pourrait-il s’agir d’un crime politique… ? L’enquête va rapidement démontrer qu’il n’en est rien. En fait, la mère et la sœur de Louisa Benakli ont estimé qu’il avait trop rapidement remplacé sa compagne assassinée. Qu’en agissant ainsi, il salissait sa mémoire… Toutes deux l’ont rué de coups de poêle à frire et l’ont achevé à l’aide d’un couteau de cuisine.

En 2004, la cour d’assises des Hauts-de-Seine a condamné Ouardia Benakli, la sœur de Louiza, a douze ans de réclusion criminelle, et sa mère, âgée de 80 ans, à cinq ans.

Quant à Richard Durn, indirectement responsable de ce second drame, de nombreux experts ont cherché à comprendre ses motivations. Peut-on rapprocher son acte de l’action des anarchistes du siècle précédent ? Je n’ai pas la réponse. Pascale Robert-Diard, dans Le Monde, cite les explications données par le procureur de Nanterre, Yves Bot : « D’après les dépositions de M. Durn lui-même, l’explication du geste se trouve dans le sentiment d’un échec personnel total dont il rend responsable la société dans laquelle il vit. C’est à Nanterre qu’il est né, c’est à Nanterre qu’il a fait ses études, c’est à Nanterre que se trouve le sentiment de son échec et il rend responsable de son échec notamment les responsables locaux qui, selon lui, ne lui ont pas apporté le soutienrichard-durn_legraindesablecom.1202477316.jpg ni la reconnaissance à laquelle il avait droit. M. Durn a eu une image extrêmement dévalorisée de lui-même, il voulait avoir une fois dans sa vie le sentiment de la maîtrise des événements et, pour lui, avoir le sentiment de maîtriser sa vie, c’était tuer des gens d’une certaine élite et se donner la mort ensuite ».

J’ai trouvé sur le blog ex nihilo, une lettre qui aurait été rédigée par Richard Durn. Cela ressemble plutôt aux extraits d’un journal intime. Je ne sais pas s’il s’agit d’un document réel ou d’une imposture, mais les mots font mouche : « Le conformiste que je suis a besoin de briser des vies, de faire du mal pour au moins une fois dans ma vie avoir le sentiment d’exister. Le goût de la destruction, parce que je me suis toujours vu et vécu comme un moins que rien, doit cette fois se diriger contre les autres parce que je n’ai rien et que je ne suis rien. Pourquoi continuer à faire semblant de vivre ? Je peux juste pendant quelques instants me sentir vivre en tuant […] J’ai voulu connaître la griserie et le sentiment d’être libre par la mort. »

Ces mots pourraient sortir de la bouche de n’importe quel serial killer. Richard Durn n’a jamais trouvé sa place dans ce monde. Or notre société est ainsi faite qu’elle rejette ceux qui ne peuvent s’intégrer, et la porte se referme sur eux – définitivement. Certains le supportent, d’autres pas. S’il y avait un message dans cet acte de folie, il n’est pas passé. Car les seuls mesures concrètes qui subsistent de ce massacre sont les barreaux installés aux vasistas des bureaux de la brigade criminelle et une modification de la législation sur les armes.

 

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Notre ADN et nous

Ce siècle sera celui de l’ADN. Dans les années à venir, à force de tournicoter autour de ce petit noyau, de nombreuses recherches vont déboucher sur des applications pratiques. Et les résultats seront époustouflants. Nous devons nous attendre à un changement radical dans notre mode de vie et probablement à un déplacement de l’économie vers le commerce génétique.

police-adn_notreadnetnous.jpgNous avons une fâcheuse tendance à limiter notre intérêt pour l’ADN aux fichiers de police ou à la vérification de l’identité des migrants. Colin Masters s’en fiche, lui ! Il est professeur à l’université de Melbourne, en Australie, et dans son ouvrage Notre ADN et nous, paru récemment aux éditions Vuibert, collection « Va savoir ! », il nous explique de la façon la plus pragmatique possible tout ce qui est en cause. C’est impressionnant.

La lecture demande un effort. Le texte n’est pas toujours facile à déchiffrer, même s’il est malicieusement égayé par les dessinateurs de Charlie-Hebdo. Et je reconnais avoir lâchement zappé sur certains passages vraiment trop scientifiques. Néanmoins, au fil des pages, on découvre la véritable révolution qui s’est amorcée. Et si l’on est curieux de l’homme, de la société, de son avenir, on ne peut pas passer à côté. Bien sûr, c’est moins « réaliste » que la fonte d’un iceberg, mais là aussi notre avenir se joue. Au moins autant que dans le changement climatique, dont on nous rebat les oreilles – surtout lorsqu’on veut nous faire payer une petite taxe supplémentaire.

En médecine, nous explique Colin Masters : « Les avancées récentes de nos connaissances ADN peuvent conduire à de grands progrès en matière de santé humaine […] On prévoit que la connaissance détaillée du génome humain permettra aux scientifiques de trouver les « déclencheurs génétiques » de centaines de maladies […] et de mettre au point des médicaments spécifiques et efficaces pour leur traitement. »

Mais le véritable bouleversement viendra du mariage de la biologie et de l’informatique : la bioinformatique. « Nous pourrions bien être au commencement d’une révolution dans laquelle les scientifiques seront capables, grâce à la bioinformatique, de construire des modèles prenant en compte le nombre astronomique de réactions biochimiques qui constituent la vie humaine […] En bref, il deviendrait possible de modéliser non seulement les briques humaines de la vie […], mais aussi le fonctionnement de l’organisme entier. »

Et cela concerne le plus secret de nous-mêmes : « Notre médecine et notre alimentation, mais aussi notre identité sociale ou nos liens familiaux pourraient bien être bouleversés dans les prochaines années par l’utilisation des biotechnologies. »notre-adn-et-nous.jpg

On dit que le général de gaulle, en 1966, sentant venir la révolution informatique, décida de créer la CII (Compagnie Internationale pour l’informatique). Ce ne fut pas un franc succès… Mais l’idée était là.

Aujourd’hui, à la veille d’une nouvelle révolution, la biotechnologie, nous créons le FNAEG (fichier national automatisé des empreintes génétiques. Je ne nie pas son utilité dans la lutte contre la criminalité, mais est-il bien légitime que nos gènes soient gérés par le ministre de l’intérieur ?

Pour en avoir vu passer bon nombre durant ma carrière, je me dis que ce n’est pas judicieux – ni rassurant.

L'argent virtuel

50 milliards d’euros ! C’est le chiffre que nous assène la Société Générale. Un modeste salarié de cette grande banque aurait engagé dans le système boursier 50 milliards d’euros ! Sans que personne ne s’en aperçoive… Bon ! la presse répercute. Les journalistes les plus circonspects sollicitent l’avis de grosses pointures de l’économie. Lesquelles confirment.

societe-generale_umourcompgjpgRedescendons sur terre. Il est vrai que cette somme ne représente rien, tant nous manquons d’éléments de comparaisons. Si l’on nous dit que la distance qui sépare la terre de telle étoile est de tant de milliards de kilomètres, on reste de bois. Si l’on précise qu’à la vitesse de la lumière, il nous faudrait 12 années pour y parvenir, on comprend mieux.

50 milliards d’euros, c’est le montant de l’impôt sur le revenu. C’est presque le budget de l’éducation nationale, et c’est plus du sixième des recettes de l’État pour l’année 2006 (source Wikipédia).

Alors, Jérôme Kerviel, 31 ans, coincé dans son bureau d’une tour de La Défense, d’un clic de souris a dépensé le budget de l’éducation nationale. Et personne n’a sourcillé !

Dans le même temps, les plus hautes autorités de l’État dénoncent un marché financier qui tourne sur lui-même, complètement déconnecté du monde réel. Il me semble même avoir entendu le chef de l’État parler du monde virtuel de la finance…

Moi, je ne sais pas trop ce qui se passe dans le monde, qu’il soit réel ou virtuel, mais je sais que sur un petit bout hexagonal de cette planète, il existe bel et bien une bourse virtuelle.

C’est même la raison d’être des produits dérivés.

Si l’on s’intéresse aux contrats Euro Notionnel, par exemple, on peut en donner la définition suivante : Contrat à terme fondé sur un emprunt fictif représentatif d’un emprunt d’État d’une durée de vie de 7 à 10 ans.

La valeur nominale d’un seul contrat notionnel est de 100.000 euros, mais l’acheteur d’un tel contrat n’a pas à débourser cette somme. En fait, il ne débourse rien. Il est seulement tenu à un dépôt de garantie de 1.750 euros. Et il s’engage seulement à acheter un tel contrat à une échéance donnée. Engagement on ne peut plus virtuel, puisque ce contrat ne peut lui être livré, pour la bonne raison qu’il n’existe pas.picsou-jackpot.jpg

Donc, sauf erreur dans les zéros, si Jérôme Kerviel avait pris position sur un tel produit, un engagement de 50 milliards d’euros, qui représente l’achat de 500.000 contrats, aurait nécessité une garantie financière de 875 millions d’euros.

Il ne s’agit pas d’une dépense, mais d’une simple caution. Ce qui pour une grande banque n’est pas exceptionnel. Et pour un trader qui, en 2007, aurait fait gagner à son employeur un milliard et demi (source Le Monde.fr), reste sans doute un engagement acceptable. Ce qui en revanche est exceptionnel (et maladroit) c’est d’interrompre brutalement une stratégie d’investissement. Une bizarre décision qui ne convainc personne.

En perdant autant d’argent, on se demande ce que la Société Générale avait à y gagner…

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