La succession de dysfonctionnements dans l’affaire de la petite Lyhanna montre l’état lamentable de la justice. Pour expliquer cette situation, on enchaîne les lieux communs : la complexité du code de procédure pénale, les droits de la défense, l’indulgence des peines, l’avocat dès la première heure de garde à vue, la surcharge de travail, le manque d’effectifs, le manque de moyens, etc.
Rien ne tient ! Lorsqu’un enfant est victime de violences, ou peut l’être, magistrats comme enquêteurs devraient tout lâcher et se consacrer à l’affaire. Peu importe la structure, la fonction, le grade, il s’agit d’une réaction humaine. Mais l’humain de nos jours…
Au lendemain du scandale Lyhanna, les politiques se réveillent, surtout pour dénicher des responsables parmi les magistrats et les gendarmes. Quant à Darmanin, il se réfugie derrière une circulaire de politique pénale qu’il a adressée aux procureurs et aux présidents de tribunaux le 27 janvier 2025. Un document de cinq pages qui fixe deux axes prioritaires : la lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée ; et les violences aux personnes. C’est dans cette deuxième partie que Gérald Darmanin glisse une incise sur les faits commis au préjudice des enfants, peut-on lire dans un article de Christian Mouly, publié sur Public Sénat. Lorsque la victime est mineure, « les violences physiques ou sexuelles doivent faire l’objet d’une vigilance particulière et d’un traitement prioritaire », écrit le garde des Sceaux.
Qui est responsable, qui doit payer : le brigadier de la gendarmerie de Lectoure, Clémence Meyer, la procureure d’Auch ou le ministre qui se retranche derrière cette note parapluie ?
Mais Darmanin n’est pas blanc-bleu, avant, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, il a, contre tous les avis des professionnels, effacé de la carte les services de police judiciaire, déstabilisant ainsi la chaîne pénale au profit de la police administrative et dépouillant la province au profit de Paris. Depuis une petite dizaine d’années, le véritable axe prioritaire c’est le maintien de l’ordre. C’est une ambiance que la France n’avait pas connue depuis longtemps, cette crainte exacerbée que la moindre manifestation ne dégénère, la peur du peuple. 22 000 policiers et gendarmes en prévision de débordements de joie en cas de victoire du PSG, n’est-ce pas du gâchis ?
Et aujourd’hui, on interdit un rassemblement en mémoire de Lyhanna qui devait avoir lieu place Vendôme, devant le ministère de la Justice.
D’ailleurs, les forces de sécurité intérieure dont on parle aujourd’hui sont-elles encore des forces de police ? Surarmés, anonymisés, engoncés dans leurs gilets pare-balles et leur tenue de combat, les policiers se comportent comme des militaires en temps de guerre. La France n’est pas en guerre. Elle a besoin d’enquêteurs près des citoyens, près des gens et peut-être un peu plus loin de leur ordinateur. Je crains dans les années à venir l’utilisation de l’intelligence artificielle pour pallier le manque de professionnalisme.
La dissolution de la police judiciaire de province n’a fait qu’aggraver ces dysfonctionnements. Il n’y a plus de PJ ni dans le Gers ni ailleurs, sauf à Paris. En supprimant la police judiciaire, Darmanin a placé les magistrats devant un choix unique : saisir la gendarmerie des enquêtes criminelles. Dans cette affaire, le magistrat s’est adressé au général de corps d’armée de la région d’Occitanie, chargé du dispatching, qui a cru bon d’envoyer la demande concernant une affaire criminelle à la brigade territoriale de Lectoure plutôt qu’à la section de recherches.
Des enquêteurs spécialisés auraient certainement été plus efficaces. La spécialisation en police judiciaire est un luxe que la France se permettait et que bien des voisins européens nous enviaient : terminé ! On a centralisé les effectifs de police judiciaire à Paris pour les réserver aux grosses affaires. Une gamine dans le Gers vient d’en payer le prix.

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