POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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La munition 9 mm. para est-elle adaptée à la police ?

Il y a plus d’un an, je posais la question : Le pistolet Sig Sauer est-il adapté à la police ? Cette page a été la plus lue de ce blog (au 30 juin 2008 : 129 articles, 262 commentaires et 133.000 visiteurs).

Nombre de lecteurs de cet article sont des policiers. Il est d’ailleurscowboy_gillesbozecchezalicefr.1214907571.jpg normal qu’ils se posent cette question, car il s’agit de l’arme actuellement en dotation (jusqu’en 2020 d’après Raphaels, un commentateur). Et aucun flic, lorsqu’il touche son arme, ne reste indifférent. Il en tire souvent un sentiment de force (qu’il doit maîtriser) et aussi la prise de conscience de ses nouvelles responsabilités. Pour la société, c’est évidemment un symptôme de défaillance : dans un monde idéal, les policiers ne seraient pas armés.

Voici un raccourci des principaux commentaires enregistrés :

– Jmdesp : « Arme de guerre pas adaptée à la police ».

– Flic de terrain : « Le sig est excellent, c’est une arme parfaite ».

– Kissoulka (commissaire) : « L’arme de service n’est pas systématiquement nécessaire ».

– Katz : « Le 9mm parabellum avec ogive blindée est inadapté à un usage police ».

– Phil (dans la police depuis 1979) : « C’est la quatrième arme de poing qui m’est attribuée… Le Sig est une bonne arme, précise, légère et rassurante […] elle n’est pas adaptée aux gauchers. »

– Max (service spécialisé) : « Je me sens bien plus à l’aise avec mon tonfa plutôt qu’avec mon Sig – ça fait mal, voire très mal, mais ça ne tue pas. »

– Flic de terrain : « Ceux qui pensent que les policiers ne doivent pas être armés ce sont ceux qui restent planqués derrière leur bureau. »

– Michel (pas flic) : « Aucune arme n’est mortelle dans les mains de celui qui ne veut pas tuer, mais qui a appris à la neutraliser. »

– Marie (fliquette) : « Il faudrait qu’un policier puisse s’entraîner au moins une fois par mois… mais on n’en est loin. »

– Martin : « Il serait plus judicieux d’équiper certains flics tout simplement du Bescherelle. »

– STF : « Ce choix de munitions est sans doute une idée de l’administration qui nous fournit une arme puissante et des munitions bof.

 

Rappelons que la législation française classe le Sig Sauer en arme de guerre. Et l’on peut se demander s’il est normal de doter les fonctionnaires de police, des gardiens de la paix (au sens large) d’armes de guerre… On peut également se demander quel technocrate a mouliné cette classification en 8 catégories où l’on trouve pêle-mêle le matériel militaire, les lunettes de vision nocturne ou… le lance-pierre. Sauf erreur de ma part (car cela change souvent) c’est aujourd’hui un décret du 23 novembre 2005 qui règlemente le régime des « matériels de guerre, armes et munitions ».

Un exemple récent nous a rappelé que policiers et gendarmes n’étaient pas à égalité quant à l’usage de l’arme. Le policier ne peut ouvrir le feu que dans les situations de légitime défense de soi-même ou d’autrui tandis que l’action d’un gendarme est visée par le décret du 22 juillet 1943, à la rédaction toutefois assez ambiguë : « Les officiers, gradés et gendarmes ne peuvent, en l’absence de l’autorité judiciaire ou administrative, déployer la force armée que […] lorsque des violences ou voies de fait sont exercées contre eux ou lorsqu’ils sont menacés par des individus armés […] Lorsque des personnes invitées à s’arrêter par des appels répétés […] cherchent à échapper à leur garde… » Toutefois, la jurisprudence est de plus en plus restrictive pour les gendarmes. Ce décret, par exemple, ne s’appliquerait pas aux gendarmes en civil effectuant une mission de police judiciaire (Crim. 16 janvier 1996).

 

Si le Sig fait presque l’unanimité, ce n’est pas le cas pour la munition utilisée, le 9 mm parabellum. Nombre de commentateurs estiment qu’il s’agit d’une munition de guerre (donc faite pour tuer un ennemi), alors que la mission du policier est de neutraliser un individu dangereux – si possible sans le tuer. C’est d’ailleurs la justification à l’affectation d’armes dites non létales.

N’étant pas un technicien, j’ai cherché à me documenter. Si j’ai bien compris, l’efficacité d’un projectile répond à deux critères de base :

– Son poids, exprimé en grains aux États-Unis et en grammes en Europe (1 grain = 0.0648 gramme) : Plus le projectile est lourd, plus il faut de force pour le pousser et plus la puissance sera importante.

– Sa vitesse initiale : C’est la vitesse à la sortie du canon. Elle est exprimée en mètres/seconde.

Voici un tableau des cartouches pour armes de poing. Il provient du site La grande armurerie :

 

calibre

type de balle

poids de balle

vitesse m/s

énergie en joules

* 6.35 Browning (25 A.C.P.)

blindée

3.2

255

104

* 7.65 Browning (32 A.C.P.)

blindée

4.7

305

215

° 38 Spécial wadcutter

wadcutter

9.6

225

240

° 38 Spécial

1/2 blindée

10.2

266

287

° 357 magnum

1/2 blindée

10.2

445

1010

* 380 A.C.P (9 mm court)

blindée

6

291

254

* 9 mm Makarov (9 X 18)

blindée

6

310

300

* 9 mm parabellum ( 9 X 21)

blindée

8

340

450

* 40 Smith & Wesson

blindée

11

320

520

° 44-40

plomb tronqué

13

300

500

° 44 spécial

plomb tête ronde

15

230

366

° 44 magnum

1/2 blindée

15

360

1100

* 45 A.C.P.

blindée

15

260

500

° 45 long Colt

plomb tête ronde

15

270

570

° 454 Casull

1/2 blindée

19

495

2377

* 50 Action express

1/2 blindée

19

421

1719

* principalement pour pistolets semi-auto. ° principalement pour revolvers

 

Ces deux critères (vitesse et poids) déterminent :

– La réaction au choc (le déplacement de la cible lors de l’impact) qui est le rapport simple du poids par la vitesse.

– L’énergie cinétique au point d’impact (c’est le pouvoir de destruction) qui elle varie en fonction du carré de la vitesse et du poids du projectile.

Ce qui veut dire qu’un projectile qui traverse une cible n’utilise pas toute son énergie : son pouvoir d’arrêt est donc moins important.

C’est le cas de la 9 mm. para blindée.

Voici un croquis qui se passe de commentaires. Il a été pris sur le site chasse-tir.ifrance :

 

Effet d’un projectile blindé

Effet d’un projectile à tête creuse

effet1.1214906838.gif

effet2.1214906947.gif

 

 

Sur le même site on trouve également ce tableau simplifié des projectiles les plus courants :

 


proj1.1214907097.gif

proj2.1214907129.gif

proj3.1214907154.gif

proj4.1214907180.gif

proj5.1214907202.gif

type de projectile

balle blindée

balle demi blindée

balle tête creuse

balle plomb

balle wad-cutter

perforation

5/5

3/5

1/5

1/5

1/5

neutralisation

2/5

4/5

5/5

2,5/5

2/5

expansion de la balle

0/5

3,5/5

5/5

2/5

2/5

 

Peut-on en déduire que la munition 9 mm. para n’est pas adaptée à la police. Je le crois, du moins lorsqu’elle est chemisée (balles blindées). D’abord, elle n’utilise pas toute son énergie pour neutraliser un individu (ce qui est le but recherché), et ensuite elle augmente le risque de « balles perdues » ou de ricochets, donc de bavures.

Alors, quelles balles faudrait-il utiliser ? Franchement, je n’ai aucune compétence pour répondre à cette question. Peut-être une ogive semi-blindée serait-elle plus efficace et moins dangereuse…

Certains policiers rétorquent qu’une balle perforante permet de stopper un véhicule en mouvement ou traverser un gilet pare-balles…

Je me suis occupé longtemps de la lutte contre le grand banditisme et j’ai donc participé à de nombreuses arrestations disons… mouvementées. Je n’ai jamais vu (sauf au cinéma) un policier se placer face à une voiture qui vient sur lui pour tenter de l’arrêter (seul cas possible de légitime défense). Et, dans les rares cas où des truands portaient un gilet, je n’ai jamais vu une balle de 38, de 357 ou de 9 mm. le traverser (ce qui ne veut pas dire que c’est impossible).

Pour pallier l’insuffisance de l’administration, certains collègues, à l’époque, garnissaient leur arme de munitions différentes plus ou moins adaptées àplume_fond-ecran-imagecom.1214907928.jpg l’intervention envisagée (pas très réglo). La solution est peut-être là ! À défaut d’avoir une arme pour chaque situation, on pourrait peut-être envisager une munition adaptée aux missions…

Je laisse le mot de la fin à STF, qui dans son commentaire nous dit : « Le stylo restera de toute façon notre meilleure arme. »

 

Déshabillez-vous !

De plus en plus fréquemment, certains policiers font dévêtir entièrement les personnes placées en garde à vue pour effectuer ce qu’il est convenu d’appeler une « fouille intime ». Interrogés par l’IGS, à la suite d’une telle pratique, plusieurs policiers ont répondu (Le Monde du 14 juin 2008) : « […] Il y a des habitudes dans les commissariats. »

On m’a rapporté le cas d’un homme soupçonné d’attouchements surtortures-irak2.1213627816.jpg des mineurs (faits qui se sont révélés faux) interrogé entièrement nu pendant des heures par un capitaine de police de sexe féminin.

Même si la comparaison est exagérée, de telles pratiques font penser aux procédés utilisés par certains militaires américains au début de la guerre en Irak. Les photos qui ont été publiées à l’époque ont révolté l’opinion publique.

Que nous dit le Code de procédure pénale ? Art. 63-5 : « Lorsqu’il est indispensable pour les nécessités de l’enquête de procéder à des investigations corporelles internes sur une personne gardée à vue, celles-ci ne peuvent être réalisées que par un médecin requis à cet effet. »

C’est clair, net et… sans bavure.

La loi accorde à l’officier de police judiciaire d’importants pouvoirs qui touchent à nos libertés individuelles, mais du même coup, il a des devoirs – dont celui d’agir dans le cadre précis des textes.

toutnuchoopsbdfreefr.1213627938.jpgEn revanche, dans l’enceinte des prisons, le principe de la fouille intime a été reconnu implicitement par la Cour européenne des droits de l’Homme dans un jugement rendu récemment – et qui pourtant condamnait la France.

Max Frérot, un membre d’action directe incarcéré à Lannemezan (Hautes-Pyrénées), s’était plaint devant la Cour européenne de fouilles répétées au cours desquelles il était contraint de se mette entièrement nu. Les juges de Strasbourg ont estimé que de telles fouilles n’étaient pas contraires « en soi » à la Convention européenne des droits de l’Homme, même si le détenu était contraint de se dévêtir devant autrui, de se pencher en avant et de tousser, pour une inspection anale visuelle. Mais en revanche, elle a trouvé que la répétition de telles scènes pouvait être considérée comme un traitement dégradant. La France a été condamnée à verser à Max Frérot 12.000 € pour dommage moral.

Un esprit espiègle, près de moi, m’a soufflé que maintenant que lesphilippedum-en-gav_ptitcomiqueblogpot.1213628109.jpg gardes à vue sont filmées, on risque de voir naître un trafic de dvd plus ou moins porno…

Qu’on se rassure ! Seuls les actes qui correspondent à des procès-verbaux se déroulent devant la caméra.

Durant ma carrière, je n’ai jamais vu de telles pratiques. Il s’agit donc d’un comportement relativement récent qui, dans certains locaux de police semblent hélas devenir une habitude.

Lorsqu’on a la chance de pratiquer un tel métier, on ne devrait pas laisser quelques simplets l’éclabousser de leur bêtise.

PERS, un nouveau fichier

Dans pratiquement tous les pays, les techniques modernes incitent les gouvernements au fichage systématique des informations concernant notre vie privée. Rapprochements, recoupements, statistiques, etc., sont automatisés. Ainsi, chaque jour, au nom de l’efficacité, notre intimité est violentée.

lenfant_perso.1213282741.jpgEt l’on s’habitue. Certes, on peut toujours se dire qu’on n’a rien à se reprocher et que finalement ce flicage est le prix à payer pour une justice… disons égalitariste. D’abord, on sait que c’est faux, et ensuite… désire-t-on vraiment une telle vie ?

« Une justice infaillible et sûre, une justice qui lirait dans les consciences, une justice telle que le châtiment suivrait infailliblement la faute, y a-t-il un homme, un seul, qui la désire au fond de son cœur ? » Cette citation de Rémy de Gourmont, vieille de plus d’un siècle, devrait nous faire réfléchir.

Un exemple. Dans l’indifférence générale, un arrêté du 17 janvier 2008 a entériné la mise en service d’un nouveau fichier, dénommé PERS.

Voici grosso modo ce que nous dit ce texte :

Art.1 – Le traitement des données personnelles dénommé PERS est mis en œuvre par la direction générale des impôts […]

Art.2 – Le traitement assure, au plan national, la gestion des informations d’identification concernant les personnes physiques ou professionnelles […]

Art.3 – La base nationale est mise à jour par […] les agents de la direction générale des impôts et de la direction générale de la comptabilité publique ou (c’est moi qui souligne) communiqués par l’Institut de la statistique et des études économiques (INSEE).

Art.4 – (je résume) Les données à caractère personnel traitées sont les suivantes : nom, prénoms, titre, sexe, date et lieu de naissance, adresses, date du décès, type de décès, numéro séquentiel d’identification, numéro de téléphone, de télécopie, adresse de messagerie électronique, etc.

Dans une étude intitulée COBOL (ou la cinématique de fichiers), l’ Université de Nantes donne des exemples (théoriques, va sans dire) de recoupements de fichiers.

« On dispose d’un fichier PERS de personnes décrites par leur numéro d’INSEE, leur nom et leur âge. Il est trié selon le numéro d’INSEE, qui constitue une clé. On dispose par ailleurs d’un fichier AUTO de véhicules, chacun décrit par le numéro INSEE du propriétaire et le numéro d’immatriculation de la voiture. Il est trié sur le couple (numéro INSEE, numéro d’immatriculation) qui constitue une clé. »

On peut ainsi obtenir la liste des personnes qui possèdent au moins un véhicule, mais qui ne sont pas répertoriées dans le fichier PERS. Et l’informatique va automatiquement les pointer en situation irrégulière.

On peut également déterminer, le nombre de personnes de plus de 70 ans qui possèdent une voiture, le nombre de femmes, de jeunes, etc.

L’exemple ne concerne que le fichier AUTO. Imaginons les renseignements que l’on pourrait obtenir en croisant le fichier PERS avec d’autres fichiers… On pourrait ainsi (mais la loi ne l’autorise pas) détecter les automobilistes susceptibles de commettre des imprudences au volant en fonction de certaines caractéristiques génétiques. Etcetera.

Le bébé naît. Le papa va à la mairie pour le déclarer. Avec amour sans doute, les parents ont choisi un joli prénom. Trop tard ! Il possède déjà, un patronyme composé de quinze chiffres. Ce qu’on appelle le numéro de sécurité sociale, qui est en fait le numéro d’identification des personnes (NIR) – et qu’en d’autres temps, moins hypocrites, ont appelait « le numéro de français ».

Voici la signification de ces chiffres mystérieux dans un tableau recueilli sur Wikipédia.

Cas

Positions

Signification

Valeurs possibles

Tous

1

sexe : 1 pour les hommes, 2 pour les femmes [1]

1 ou 2

2 et 3

deux derniers chiffres de l’année de naissance (ce qui donne l’année à un siècle près)

de 00 à 99

4 et 5

mois de naissance

de 01 à 12, ou 20 [2]

A

6 et 7

département de naissance métropolitain (2A ou 2B pour la Corse) [3]

de 01 à 95

8, 9 et 10

numéro d’ordre de la commune de naissance dans le département [3] [4]

de 001 à 989, ou 990 [2]

B

6, 7 à 8

département de naissance en outre-mer [3]

de 970 à 989

9 et 10

numéro d’ordre de la commune de naissance dans le département [3] [4]

de 01 à 89, ou 90 [2]

C

6 et 7

naissance hors de France [3]

99

8, 9 et 10

identifiant du pays de naissance [3]

de 001 à 989, ou 990 [2]

Tous

11, 12 et 13

numéro d’ordre de l’acte de naissance dans le mois et la commune (ou le pays) [4]

de 001 à 999

14 et 15

clé de contrôle modulo 97 [5]

de 01 à 97

 

On devrait quand même se méfier. Cette idée a germé dans la tête d’un polytechnicien, le contrôleur général des armées René Carmille, pour recenser les français en vue d’une mobilisation générale (et secrète) afin de libérer le pays de l’envahisseur. C’était en 1941, la France était occupée. Mais on dit que plus tard, cette codification fut reprise pour recenser les juifs, les musulmans… Comme quoi la meilleure idée du monde…

Pour en revenir au fichier PERS, dans l’article 4 de l’arrêté susmentionné (il s’agit des clés d’accès au fichier), on parle d’un mystérieux « numéro séquentiel d’identification ».

Je suppose qu’il s’agit du numéro de sécurité sociale, complété peut-être d’autres chiffres cabalistiques. Or, notre bon vieux numéro de sécu constitue une base de données phénoménale qui fait languir d’envies plein de gens plus ou moins bien intentionnés.

L’exemple le plus récent remonte à une petite année, lorsque notre chercrocodile_gif-anime-org.1213281588.gif président Sarkozy a envisagé de prélever nos impôts chaque mois, sur la feuille de paie (idée tombée à la trappe). Les banques ont dit d’accord pour assurer la gestion – à condition de pouvoir utiliser l’identifiant sécu.

J’ai quand même cherché si ce numéro séquentiel d’identification avait déjà été utilisé, et j’ai trouvé.

C’est un système international employé pour marquer les peaux de crocodiles, afin d’éviter le braconnage, pour sauver une espèce menacée.

Vous avez dit une espèce menacée…

 

 

Les stores rouges (mort d'un indic)

« Gabriel est mort, assassiné à son domicile ! » Jean-Pierre Pochon est chez lui, ce samedi 13 mars 1982, lorsqu’il apprend la nouvelle de la bouche de Sylvain, l’un de ses proches collaborateurs de la section antiterroriste des RG.

Il est sonné, le commissaire. Au téléphone, Sylvain fournit des détails : « […] Vers 19 h. 45, à son domicile, 5, rue des Pruniers dans le 20° arrondissement […] Il aurait été tué de deux décharges de chevrotines. »

les-stores-rouges.1212429091.jpgDans son livre, Les stores rouges, aux éditions des Équateurs, Pochon poursuit : « Brusquement je craque et me mets à pleurer devant mon épouse qui ne comprend pas ce qui se passe […] Je suis dans une sorte de trou noir. Les images se heurtent dans mon esprit : Gabriel débouchant d’une rue, ruisselant de pluie, un large sourire aux lèvres […] Je l’entends rire de mes conseils de prudence : Ne t’inquiète pas Jean-Pierre, je sais ce que je fais, et puis s’il m’arrive quelques chose, je sais que tu me vengeras. »

Gabriel Chahine avait 51 ans. Né à Alexandrie, en Égypte, il avait passé son enfance au Liban. C’était un artiste peintre, mais ses toiles ne se vendaient guère. À la demande du commissaire Pochon, il était parvenu à infiltrer le groupe terroriste Action directe. Il prenait ainsi des risques insensés. Le faisait-il pour de l’argent ? Il ne semble pas. Plus vraisemblablement, Chahine était un aventurier, au sens étymologique du mot.

C’est grâce à lui que la mystérieuse brigade antiterroriste de la direction centrale des RG réussit à piéger les principaux membres d’action directe. D’une grande prudence, ces derniers n’avaient pu résister aux chants des sirènes – en l’occurrence une rencontre avec le mythique Carlos pour mettre sur pied un attentat retentissant : la destruction du barrage d’Assouan, en Égypte. C’était du moins la fable que leur avait conté Chahine. Rien que ça ! Et ils avaient marché !

Jean-Pierre Pochon nous fournit les détails avec minutie. Si la première partie de son texte est un peu lente, ensuite, on entre dans l’action. Le rendez-vous dans une villa de Villerville où des flics se font passer pour les représentants de Carlos, est un monument en matière d’enquête de police.

C’est ainsi qu’un peu plus tard, à Paris, Jean-Marc Rouillan viendra tout seul se jeter dans la gueule du loup. Il sonne à la porte derrière laquelle se trouve pense-t-il son idole. Des hommes surgissent : « Police, ne bouge pas ! – En levant les bras, Rouillan crie : Ne me tuez pas ! »

Pour Nathalie Ménigon, ce sera une autre paire de manches. Elle attend, quelques rues plus loin. Elle ne se laisse pas surprendre. « Tranquillement la femme fouille dans son sac, se retourne et ouvre le feu sur Pascal (un inspecteur – NDR). Il riposte. La confusion est totale. Tout en continuant à tirer, Nathalie Ménigon avance dans la contre-allée en essayant de se dissimuler derrière les palissades d’un chantier […] Calmement [elle] manipule son arme, réapprovisionne un chargeur et ouvre de nouveau le feu plusieurs fois sur nous. Nous sommes proches maintenant… » Finalement, la jeune femme capitule : « Ne tirez pas, je me rends ! Ne tirez pas ! – Elle lève les bras […] Elle est livide. »

Conseillé par un triumvirat de… gauchopathes, peu après son élection, François Mitterrand amnistie les membres d’Action directe. Et pourtant, ces derniers ont tous du sang sur les mains.

Y a-t-il eu marchandage entre l’Élysée et les terroristes ? Certains l’ont affirmé. Dans ce cas, il s’agissait d’un marché de dupes, car après une courte accalmie, meurtres et attentats reprennent de plus bel. Action directe obtient même le nom de la balance : Gabriel Chahine. On dit que la fuite vient de la cellule élyséenne…

Un homme a été assassiné. À l’époque, quelques lignes dans la presse, et c’est tout.

Pochon en a gros sur la patate. Pourtant, c’est en termes mesurés qu’il donne son avis (c’est ça la formation RG) :

« Gabriel sacrifié au nom d’une nouvelle approche du terrorisme qui aaction-directe.1212429423.jpg conduit à amnistier des réseaux terroristes. Amnistie ressentie par Action directe comme une marque de faiblesse ! » Il cite ensuite Frédéric Oriach, l’un des principaux dirigeants du NAPAP (noyaux armés pour l’autonomie populaire) heureux bénéficiaire de la loi d’amnistie du 4 août 1981 qui remercie à sa manière le Président socialiste. S’il est sorti de prison en septembre 1981, c’est : « grâce aux porcs auxquels les élections ont permis de récupérer la belle couleur rose qui leur est naturelle… »

Ce livre ne prétend en aucune manière être un livre d’histoire, nous dit Jean-Pierre Pochon, en avertissement. Certes ! Mais lui et ses hommes étaient au plus près d’Action directe dans les années 80, et il était « l’accompagnateur » (c’est le terme qu’il utilise) de l’homme qui a infiltré ce mouvement terroriste.

À ces titres, ce livre est un sacré document.

Imbroglio comme de Broglie

« Il était 9 heures 20 lorsque, depuis ma loge, j’ai entendu des coups de feu. Je suis immédiatement sortie et j’ai aperçu un homme s’écrouler sur le trottoir. Au même instant, deux hommes, policiers m’ont-ils dit, m’ont priée de rentrer chez moi. »

imbroglio-comme-de-broglie.1211561704.jpgCe témoignage est celui de Madame Favier, concierge au 2 rue des Dardanelles, à Paris, dans le 17° arrondissement. Il a été recueilli par un journaliste et diffusé sur les ondes de RTL le 24 décembre 1976.

L’homme qui a été tué s’appelait Jean de Broglie, du moins dans la forme écrite, car vocalement cela donnait « debreuil ». Prince de son état, ce personnage roulait sa bosse dans la politique depuis 1946. Propriétaire d’un château et de milliers d’hectares de terre, décoré moult fois, cousin de la femme du président en place, Valérie Giscard d’Estaing, et ami intime du ministre de l’intérieur Michel Poniatowski. En 1976, Broglie est âgé de 55 ans. C’est un personnage important. On ne s’attend certes pas à le voir finir comme un quelconque truand avec trois balles dans la tête, étendu sur un trottoir parisien…

Madame Favier, la concierge, n’a jamais été retrouvée ni par les enquêteurs ni par le juge d’instruction, s’étonne Guy Simoné, dans son livre Imbroglio comme de Broglie (un septennat meurtrier), aux éditions Dualpha. Et toute sa défense s’écroule, car du coup il est le seul à mentionner que des policiers se trouvaient sur place et pouvaient témoigner en sa faveur. Alors, comment justifier sa présence à proximité de la scène du crime ? Comment expliquer que le meurtrier l’ait rejoint dans sa voiture ? La justice va lui reprocher d’avoir recruté (ou pour le moins « couvert ») le tueur, un certain Gérard Frèche, proxénète gagne-pain, qui pour exécuter ce contrat aurait empoché la somme de 50.000 F.

À cette époque, Simoné était inspecteur principal à la brigade des mineurs de Viroflay, dans les Yvelines. Au fil des pages, il décortique le piège qui s’est refermé sur lui. En effet, toute la hiérarchie policière était au courant des menaces qui pesaient sur Jean de Broglie, et il faisait l’objet d’une surveillance rapprochée. En cette veille de Noël, les policiers de l’antigang étaient sur place, affirme Simoné. Ses dires sont d’ailleurs corroborés par un inspecteur de la BRI, que nous appellerons J.B.V., pour respecter sa volonté, puisqu’il a choisi depuis le pseudonyme d’Éric Yung. A présent rédacteur en chef et producteur à Radio-France, Eric Yung a écrit plusieurs livres. Dans La tentation de l’ombre, récemment réédité en poche, aux éditions Gallimard, il confirme à mots prudents que ses chefs, à la brigade antigang, avaient décidé d’effacer toutes traces de leur présence (surveillances, écoutes, P-V…), et qu’en marquant son désaccord sur de tels procédés, il s’était fait bannir du 36. Ceci n’a sans doute rien à voir avec cela, mais Éric Yung (à l’époque, il était border line) a eu ensuite de sérieux ennuis, il a même fait l’objet d’un attentat à la bombe, alors qu’il se trouvait chez son ami Yves Mourousi, présentateur du journal de 20 heures sur TF1. L’immeuble du XVI° arrondissement où se trouvaient les deux hommes a été sérieusement endommagé : ils s’en sont sortis indemnes.

On peut donc raisonnablement penser que le ministre de l’intérieur, Michel Poniatowski, Jean Ducret, le directeur de la PJ parisienne, et Pierre Ottavioli, le patron de la brigade criminelle, lorsqu’ils s’adonnent à un show devant un parterre de journalistes, dans les locaux du quai des Orfèvres (une première), alors même que la garde à vue des suspects est à peine terminée, nous racontent des salades. Ils s’autofélicitent. Une enquête rapidement menée : Jean de Broglie a été tué pour une vague histoire de remboursement d’un prêt destiné à l’achat d’un restaurant, La reine Pédauque, près de la gare Saint-Lazare, à Paris.

Bien sûr, ce n’est pas impossible ! Mais lorsqu’on s’attarde sur le parcours de feu de Broglie, on ne peut s’empêcher d’être un rien dubitatif…buron-joxe-et-broglie_accirds-devian_masterwebfr.1211562065.jpg

Le prince de Broglie, nous dit Simoné, a été chargé de réunir des fonds en vue de la campagne électorale de Valéry Giscard d’Estaing. « En avril 1968, un protocole d’accord fut signé entre MM. Jean de Broglie, Raoul de Léon, Léon Grunwald et Vila Reyes. Par cette convention, Jean de Broglie s’engageait à trouver un financement de vingt millions de dollars sous la forme d’un emprunt obligataire. Le remboursement devait s’effectuer en décembre 1976, sous sa propre responsabilité. »

Vous avez dit en décembre 1976 ?…

Pour réaliser ce projet, Broglie dépose les statuts d’une dizaine de sociétés (Sodetex, Brelic international, Publifinance, etc.) en France et dans des paradis fiscaux « […] Officiellement, l’activité principale était l’import-export de métiers à tisser… », nous dit Simoné. On est en mai 1968, et tandis que CRS et étudiants s’envoient des amabilités, et que les parisiens redécouvrent les bienfaits de la marche, chez ces gens-là, mooonsieur, les affaires continuent…

Simoné nous affirme également que Jean de Broglie figurait sur les tablettes de l’Opus Dei, au côté de plusieurs personnalités politiques de premier plan, dont il donne d’ailleurs les noms, et que cette mafia catholique a participé financièrement à l’élection de Giscard d’Estaing.

Le 30 décembre 1976 les portes de la prison se sont refermées sur Guy Simoné, et il n’a recouvré la liberté que le 9 mai 1983.

Dans son livre, il ne cache pas ses faiblesses, il ne nie pas ses erreurs, mais il n’a jamais, affirme-t-il, participé de près ou de loin à l’assassinat d’un homme. Je l’ai rencontré il y a quelques semaines et je dois reconnaître qu’il m’a convaincu.

photo004.1211562214.jpgAujourd’hui, il est âgé de 65 ans. Je peux vous dire qu’il est remonté à fond et bien décidé à reprendre l’enquête – de A à Z. De retrouver les protagonistes (du moins les survivants, car beaucoup sont morts), de faire parler les témoins, d’éplucher les rapports, les procès-verbaux, de détricoter les réseaux… Il a du pain sur la planche, d’autant que le dossier sur l’affaire de Broglie a été classé « secret-défense ».

Ce livre, Imbroglio comme de Broglie, n’est pas très littéraire. Guy Simoné se laisse parfois emporter par sa fougue, ou par sa rancœur, et il est alors difficile de le suivre, mais c’est un témoignage au plus près d’une affaire qui a jeté l’opprobre sur la classe politique française – et rabaissé au passage le prestige du 36, quai des Orfèvres.

Un document indispensable pour ceux qui suivent les affaires criminelles – mais une sale affaire, vraiment !

Libertad

Contraintes, obligations, interdictions…, les mesures s’enchaînent et réduisent au fil des jours notre liberté d’aller, de venir, de faire ou de ne pas faire, de dire, d’écrire et bientôt (je n’ose y penser) de penser.

C’est pour notre bien, pour notre sécurité, pour notre santé… Français,la-biometrie_biometricsysteme.1210949326.jpeg on sait ce qui est bon pour vous ! Restez sages, soyez tranquilles, « Nous », on va faire votre bonheur.

Il y a quelques jours, le gouvernement a décidé la mise en place prochaine du passeport biométrique. Enfin, je veux dire du passeport tout court, car au dernier moment, on a supprimé le « biométrique » qui avait un petit côté angoissant. Donc, pour confectionner ce passeport, on va numériser une foule d’informations nous concernant (identité, photos, empreintes digitales, etc.) Tout cela sera enregistré sur une carte à puce et dans une base de données.

La CNIL (commission nationale de l’informatique et des libertés) a donné un avis très réservé sur ce passeport. Elle s’étonne que les mesures retenues soient largement surdimensionnées par rapport aux exigences du règlement du Conseil européen du 13 décembre 2004. À mots pesés, elle s’interroge notamment sur la raison qui pousse le gouvernement à enregistrer les empreintes digitales de huit doigts (alors que le conseil en demande deux) et à conserver toutes les données dans un système baptisé DELPHINE « qui pourrait constituer, dit la CNIL, la première base centralisée de données biométriques à finalité administrative portant sur des ressortissants français. »

enqueteur.1210948320.jpgCette base de données n’est absolument pas envisagée par le Conseil Européen. On peut même se demander si ses juristes n’y verraient pas une atteinte aux libertés individuelles… En Allemagne, par exemple, les données seront uniquement enregistrées sur le support électronique, autrement dit la puce intégrée au passeport, ledit passeport se trouvant dans la poche du titulaire.

Ils sont timorés ces Allemands !

Mais qu’on se rassure ! Ce nouveau fichier (puisqu’il faut appeler un chat un chat) ne sera pas croisé avec le JUDEX de la gendarmerie qui doit prochainement fusionner avec le STIC de la police, ni avec le fichier de la DST, qui prochainement va fusionner avec celui des RG, ni… etcetera.

Alex Türk, le président de la CNIL a déclaré (Le Monde du 6 mai 2008) : grenouille_collectiftramwayfreefr.1210949140.jpg« Une grenouille plongée dans l’eau bouillante va tenter d’en sortir le plus rapidement possible, mais si vous la mettez dans une eau froide, dont vous faites monter progressivement la température, elle n’a aucune réaction. »

Lorsqu’elle saute sur le chiffon rouge qu’on agite devant son nez, la grenouille sait-elle qu’elle va mourir ?

Une histoire de patates

Je ne résiste pas au plaisir de raconter cette jolie fable qui circule sur le net et qu’un ami m’a rapportée.

Un vieil arabe vit depuis 40 ans aux Etats-Unis. Il possède un petit jardinle-laboureur_momesnet.1209539925.jpg dans lequel il voudrait bien planter des pommes de terre, mais il ne se sent pas assez costaud pour retourner la terre.

Il envoie un mail à son fils, étudiant à Paris :
Cher Ahmed,
Je suis triste car j’aimerais planter des pommes de terre dans mon jardin, mais je n’ai pas la force. Si tu étais ici, tu pourrais m’aider à bêcher…
Ton père qui t’aime, Jamil.

Le lendemain, le vieil homme reçoit un mail de son fils :
Cher père,
Surtout, ne touche pas au jardin ! J’y ai caché ce que tu sais.
Moi aussi, je t’aime.
Ton fils, Ahmed.

Au petit matin, le FBI, la CIA, les marines, etc., débarquent chez le vieil homme. Pendant des heures, ils fouillent le jardin millimètre par millimètre, avant de se résigner : il n’y a rien. Ils repartent bredouilles.

Quelques heures plus tard, Ahmed expédie un nouveau mail à son père:
Cher père,
Je suis certain que la terre de ton jardin est désormais retournée et que tu peux y planter des pommes de terre…
Ton fils qui t’aime, Ahmed.

Une affaire carrée

L’enquête sur le meurtre de la jeune suédoise Susanna Zetterberg a été résolue en quelques jours. Je sais bien, tant que l’homme mis en examen n’a pas été condamné…

Si l’on veut bien s’attarder sur la technique utilisée par la PJ pour mener à bien cette affaire, on retient d’abord une chose : Il s’agit d’une enquête traditionnelle. On a tellement pris l’habitude de nous bassiner avec l’Adn, les fichiers ceci, les écoutes cela, qu’il est important de le souligner.taxi_journalchretien.1209401081.jpg

Ici, les péjistes ont fait du porte-à-porte. Ils ont enregistré les déclarations des témoins, des amis, etc. Puis, lorsqu’ils ont appris l’existence du texto de la jeune femme qui s’inquiétait du comportement du chauffeur de taxi, ils ont fouillé les fichiers, les dossiers, pour finalement tomber sur le suspect idéal. Faux chauffeur de taxi, vrai détraqué sexuel. Et, avec le concours de la brigade antigang, ils l’ont filoché afin de tenter de récupérer le maximum de preuves. Lorsqu’ils l’ont surpris en train de déterrer quelque chose dans le bois de Boulogne, ils ont décidé de l’interpeller. Quasi en flag !

Donc, fi de tous les gadgets à la mode, il s’agit d’une vraie enquête de flics, telle que la pratiquaient les anciens.

Chapeau !

Les pinailleurs détecteront toutefois une particularité intéressante dans le déroulement de cette enquête – cette fois, côté justice.

Le corps de la jeune femme a été retrouvé le dimanche 20 avril 2008, dans l’Oise, hors du ressort de compétence de la préfecture de police. Concomitamment (ou presque) à cette macabre découverte, les amis de Susanna s’inquiétaient de ne pas l’avoir revue et signalaient sa disparition à la police parisienne.

Les gendarmes chargés de l’enquête en crime flagrant ont donc fait les constatations sur les lieux, sur le corps, etc., et leur enquête semblait avancer rapidement puisqu’ils avaient déjà fait un rapprochement (judicieux) avec une agression similaire.

Et le mardi 22 avril, badaboum ! le procureur de Senlis se dessaisit au profit du parquet de Paris – lequel charge illico la brigade criminelle de la poursuite des investigations. On imagine la tête des gendarmes…

Je crois qu’il s’agit là d’une première. En effet, le seul lien qui relie la capitale au meurtre de Susanna Zetterberg est le fait qu’elle ait pris un taxi à Paris. En l’état, on ne sait pas où le crime a été commis, mais tout laisse supposer que ce n’était pas sur le ressort territorial de la préfecture de police.

Il s’agit donc d’un tour de passe-passe judiciaire pour que cette affaire soit traitée à Paris.

Dans la même lignée, pour justifier que les pirates du golfe d’Aden soient jugés en France, on a dit qu’il s’agissait de terroristes – sans abuser quiconque. Par ailleurs, autre bizarrerie, il semble que les coupables n’aient pas été placés en garde à vue mais en détention administrative. Ce qui est également une première.

Honnêtement, si ces deux affaires n’étaient pas aussi graves, on serait en droit de s’interroger sur ces interprétations très approximatives du code de procédure pénale.

Otages et principe de précaution

Ce 11 avril 2008, les autorités se targuent d’un succès : Les 30 otages du voilier Ponant sont libérés sans aucun dommage. La presse claironne et glorifie l’action de la Marine Nationale et du GIGN, sans tenir compte d’un léger détail : le revirement d’une politique de fermeté (on ne paie pas de rançon) qui date de plus de 30 ans. Et du même coup, on soulève une question : Doit-on appliquer le principe de précaution dans le cas d’une prise d’otages ? Je casque, si ça se passe mal, c’est pas ma faute…

gign_ouestfrance_.1208123628.jpgOn a l’habitude de dire que les enlèvements avec demande de rançon datent de 1933. C’est l’année où le congrès américain a voté une loi, dite loi Lindbergh – dont le bébé avait été enlevé et tué, malgré le paiement de la rançon – qui vise spécifiquement ces agissements. Ce texte a fait du « kidnapping » un crime fédéral.
Il s’agit donc de la naissance juridique de ce type de criminalité.

En France, le premier enlèvement célèbre « répertorié » est celui de Madeleine Dassault, la femme du constructeur d’avions. Le 22 mai 1964, elle est kidnappée par des bandits masqués et séquestrée dans une maison abandonnée, près de Senlis. La rançon exigée pour sa libération, de 4 millions de francs, n’a pas été versée. Quant à l’auteur principal, Jean-Jacques Casanova, arrêté cinq mois plus tard, il fut condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Il ne s’agissait pas d’un véritable truand, mais d’un looser qui avait exercé la profession d’agent de perception, puis d’huissier à l’hebdomadaire Jour de France, appartenant au groupe Dassault.

Dans les années 70, le nombre d’enlèvements avec demande de rançon se multiplie. Parallèlement, certains malfaiteurs, surpris en flagrant délit de hold-up dans des établissements bancaires,weber_mickey_theyliewedie.1208123874.jpg retournent la situation à leur avantage en prenant les clients et les employés en otage. Et l’on assiste à ce paradoxe : Ils sont venus pour piller la banque et ils repartent avec des sommes parfois colossales – versées par la banque. C’est tellement juteux que bientôt les truands pénètrent dans les agences avec cet unique objectif.

Pour mettre un terme à cette nouvelle toquade du grand banditisme, les autorités décident alors de s’opposer par tous les moyens au paiement de la moindre rançon.

Pour prendre un exemple célèbre, lors du rapt du baron Edouard-Jean Empain, les malfaiteurs demandent à négocier avec un représentant du groupe Empain-Schneider. C’est un policier qui tient ce rôle. Il accepte un rendez-vous pour remettre l’argent demandé. La rançon est bidon, mais la fusillade sur l’autoroute du sud bien réelle. Deux policiers sont touchés ; l’un des bandits est tué et un autre blessé. Empain est libéré 48 heures plus tard à la demande du truand arrêté.

Cette politique de fermeté des autorités françaises porta ses fruits. Le nombre d’enlèvements alla decrescendo jusqu’à disparaître – ou presque.

De nos jours, depuis peu, on assiste à un revirement de position. L’exemple vient de haut, puisque le président de la République a lui-même négocié la libération des infirmières bulgares et le rapatriement des membres de l’Arche de Zoé. Ici, il ne s’agit pas de rançon mais « probablement » de compromis plus ou moins politiques. Quant à Ingrid Betancourt, l’otage des Farcs, il semble bien que sous le manteau, les tractations se poursuivent activement…

Or, dès l’abordage du voilier Ponant par des pirates, l’armateur, Jacques Saadé, qu’on dit proche de Nicolas Sarkozy, a tout de suite admis le principe du aon-assurances.1208123763.jpgpaiement d’une rançon. (Certains assureurs acceptent d’ailleurs de couvrir ce risque). Cette rançon a été versée avec la « complicité » des autorités françaises. On raconte même que les billets ont transité par un bâtiment de la Marine Nationale avant d’être remis aux ravisseurs par des membres du GIGN.

On arrive donc à une situation nouvelle où le ressortissant français possède une valeur marchande intrinsèque, tant pour certains pays pirates que pour les pirates de certains pays.

C’est flatteur pour notre ego – mais pas sans risques.

Seul le résultat compte, diront certains. Certes !… On ne peut que se réjouir de la libération sans bobo des 30 otages du Ponant. Mais, peut-on dire pour autant qu’il s’agit là d’une réussite ?

Résumons : Après paiement de la rançon, la Marine Nationale et le GIGN (c’est-à-dire des centaines d’hommes avec des moyens colossaux) sont parvenus à arrêter un tiers des preneurs d’otages et à récupérer un tiers de l’argent versé.

Désolé, en police judiciaire on appellerait ça un échec.

 

L'Adn de Machin

Au début de mois de mars, un homme sonne à la porte de la brigade criminelle : « Bonjour, je m’appelle David A. c’est moi qui ai tué Marie-Agnès B, sous le pont de Neuilly. ».

pont-de-neuilly_infos-trafic-paristf1fr.1206983588.gifC’est évidemment impossible. L’assassin de cette dame a passé 48 heures en garde à vue, dans les locaux du 36, il y a 7 ans – et il a reconnu les faits. Il s’agit de Marc Machin, un SDF de 19 ans (à l’époque). Un pauvre type rongé par l’alcool et par la drogue.

Il a d’ailleurs été condamné en 2004 à 18 ans de réclusion criminelle.

C’est à l’honneur de la brigade criminelle de ne pas hésiter à rouvrir le dossier et à vérifier les allégations du farfelu qui vient ainsi remettre leur travail en question.

Et il faut reconnaître à Philippe Courroye, le procureur de Nanterre, une certaine audace pour suivre les enquêteurs dans leur démarche. Il demande une comparaison de l’Adn de ce… soi-disant criminel avec les prélèvements effectués sur les vêtements de la victime, en 2001. Et il y a concordance.

On ne peut pas dire que David A. a tué madame Marie-Agnès B., mais on peut affirmer qu’il était présent au moment où ce crime a été commis.

Il appartient maintenant à la commission de révision de se prononcer. Mais le résultat ne fait aucun doute : cette affaire sera rejugée.

Il y a un enseignement à tirer de ces événements.

Le procureur de Nanterre a déclaré que ces nouvelles analyses Adn ont été rendues possibles grâce à « de nouvelles méthodes scientifiques » (source : Le Point). Alors la question est la suivante : Pourquoi le fichier Adn (FNAEG) n’est-il jamais utilisé pour confirmer ou infirmer des jugements rendus avant sa mise en fonction ? Puisqu’on nous impose ce flicage génétique, pourquoi ne pas exploiter toutes les possibilités offertes par la police scientifique ? Pourquoi la justice française refuse-t-elle d’envisager l’existence d’erreurs judiciaires ? – etdatisoldes_jym-mgcdblogspotcom.1206983745.jpg qu’en ce moment il y a sans doute des innocents derrière les barreaux. N’en sortirait-elle pas grandie ? Aux États-Unis, des centaines de condamnés – dont certains à la peine de mort – ont ainsi été innocentés. Pourquoi pas chez nous ?

A cause de textes de loi anachroniques : En effet, pour réviser un procès, il faut un élément nouveau – comme une recherche Adn « causante ». Mais pour faire une recherche Adn, il faut… un élément nouveau. Glup !

Ne serait-il pas flatteur, Madame le Garde des Sceaux, que nous associassions votre nom à une loi équitable, comme dans un passé récent (et simple) nous associâmes le nom de Robert Badinter à la suppression de la peine de mort ? Ouf ! – Une loi Dati, ça t’aurait de la gueule, non !

Je crois que les médias devraient appuyer une telle démarche. Mais je crains fort que cela ne soit pas pour cette fois. Ces jours-ci, les journalistes ont recherché dans leurs archives une photo de Marc Machin – vainement. Car cette affaire n’a jamais fait la Une. À défaut, ils ont publié celle du procureur de Nanterre, ou, comme Le Monde, les trottoirs du Pont de Neuilly.

Je vais te dire un truc, Machin ! Ton histoire, elle n’intéresse personne.

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