POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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La PJ de 2004 (2)

PARTIE 33 – En revisitant l’année 2004, on s’aperçoit qu’elle est raccord avec l’actualité. Pour la police judiciaire, c’est une époque de mutation: nouveaux textes de loi et avancées technologiques renvoient définitivement Clemenceau et ses brigades du tigre au musée de la police.

Il s’agit pour les policiers de mettre en application la loi Perben II qui a nettement durci le ton contre « les nouvelles formes de délinquance et de criminalité » et la loi sur la sécurité intérieure, dite loi Sarko II.

shadok_castalie.1225217519.jpgD’une certaine façon, on a minimisé l’importance de ces textes en médiatisant la pénalisation du racolage passif ou les rassemblements dans le hall des immeubles, mais il s’agit de bien autre chose : pose de micros et de caméras dans les lieux privés, garde à vue de quatre jours, perquisitions de nuit, accès aux fichiers informatiques des administrations, interconnexions entre les différents fichiers de police et de gendarmerie, ouverture des bases de données des services d’Internet, banalisation du fichier Adn, etc.

De fait, ce chambardement juridique s’applique quasiment à toutes formes de délinquance sauf la criminalité et la corruption financières. Alors qu’aujourd’hui on découvre sans cesse de nouvelles malversations qui portent sur des milliards d’euros, on peut se dire que le législateur a manqué une marche. Ce ne sont ni les putes ni les jeunes qu’il fallait viser mais les traders et les banquiers.

Pour expliquer cette exception, le rapporteur (le sénateur de la Mayenne François Zocchetto) a estimé que les infractions financières étaient « rarement le fait de bandes organisées ».

Et pourtant, dans le même temps, la Cour d’appel confirme les condamnations infligées à une quarantaine de personnes impliquées dans une gigantesque escroquerie entre la France et Israël. Il s’agit de l’affaire dite du Sentier. Parallèlement, une seconde enquête bat son plein pour des faits sensiblement similaires (Sentier II). Huit grandes piles-de-dossiers_marysangelil.1225232710.jpgbanques françaises, leurs dirigeants et des centaines de personnes sont soupçonnés de blanchiment d’argent. S’il ne s’agit pas d’une bande organisée, ça y ressemble bigrement…

L’affaire du Sentier mobilise des centaines d’enquêteurs et de magistrats, pour aboutir à 40.000 pages de procédure, contenues dans 54 volumes, soit environ 200 kilos de papier. Pour aider les avocats à s’y retrouver, le barreau de Paris fait appel à un développeur de logiciels, la société ZyLAB, afin de numériser le dossier. C’est ainsi que les 200 kilos de papier qu’il aurait fallu dupliquer à l’infini ont été gravés sur 5 CD, d’un poids total d’une centaine de grammes.

124 Personnes devant les tribunaux, une multitude d’avocats et cent grammes de procédure, autant d’éléments qui font de ce procès une affaire unique dans les annales judiciaires.

Pendant ce temps, la sonde Cassini-Huygens, lancée en 1997, approche du terme de son voyage et se place en orbite autour de Saturne. Quant à Google, on peut dire qu’il se met aussi en orbite. Introduit en bourse le 19 août, au prix de 85 $, il prend illico 15 % de mieux. En 2007, l’action atteindra même 683 $, avant de redescendre de moitié l’année suivante. Zinedine Zidane, lui, s’éloigne du ballon rond en annonçant qu’il met fin à sa carrière internationale.

jean-pierre-treiber_france3.1225274919.jpgLe 23 novembre, un garde forestier est arrêté en possession des cartes de crédit de Géraldine Giraud et Katia Lherbier. Il se nomme Jean-Pierre Treiber. Il a 41 ans. Les deux femmes ont disparu depuis trois semaines. Le 9 décembre, lors de fouilles effectuées dans son jardin, à Villeneuve-sur-Yonne, les enquêteurs trouvent un trousseau de clés appartenant à Géraldine Giraud et un téléphone portable à demi carbonisé. Ce n’est qu’en fin de soirée qu’ils découvrent deux corps calcinés au fond d’un puits, à proximité du domicile de Treiber. Il s’agit des deux jeunes femmes. Elles seraient mortes après avoir inhalé un puissant insecticide. Mais les policiers sont persuadés que l’homme n’a pu agir seul. Il avait forcément un ou plusieurs complices. Sa compagne, Patricia Darbeau, sera soupçonnée un temps, avant d’obtenir un non-lieu. Faute de preuves formelles, le juge d’instruction ne suivra pas plus les conclusions  des enquêteurs (ils pointent la jalousie comme mobile) qui désignent la tante de Géraldine Giraud, Marie-Christine Van Kempen, comme probable commanditaire du meurtre ou pour le moins de l’enlèvement des deux jeunes femmes. Jean-Pierre Treiber sera donc seul devant le jury de la Cour d’assises.

Le 2 novembre s’ouvre le procès des « disparues de l’Yonne ». L’accusé, Émile Louis, nie tout en bloc. La déposition de sa fille est accablante. Elle dit que son père l’a violée alors qu’elle n’avait que cinq ans. Elle raconte également qu’un jour, il a éventré une femme devant elle. Il est condamné à perpétuité pour l’assassinat de sept jeunes femmes, de jeunes handicapées de la DDASS dont il avait ponctuellement la charge lorsqu’il était chauffeur de car.

Aux États-Unis, le 3 novembre 2004, George W. Bush bat nettement le démocrate John Kerry. Et le 11 novembre Yasser Arafat, prix Nobel de la paix en 1993 et président de l’autorité palestinienne en 1996, meurt à l’hôpital militaire de Clamart, en région parisienne. Quinze jours plus tard, Nicolas Sarkozy est élu président de l’UMP. Le 25 novembre, il présente sa démission du gouvernement Raffarin.

Ce même mois de novembre, le juge qui mène l’instruction sur usine-azf.1225275022.jpgl’explosion, le 21 septembre 2001, de l’usine AZF de Toulouse, signe un non-lieu général concernant les cadres et les employés du site. On se souvient que cette explosion, survenue dix jours après l’attentat du World Trade Center de New-York, avait fait trente morts, des milliers de blessés et des dégâts considérables. Selon l’hypothèse retenue par le magistrat, l’explosion aurait été provoquée par un mélange de nitrate d’ammonium avec un produit chloré. Cependant, de nombreuses personnes sont encore dubitatives… Ainsi, une partie du dossier d’instruction a circulé un moment sur Internet et la teneur de certains documents était paraît-il assez éloignée de la thèse officielle. Un ingénieur des Mines de Montpellier a même émis l’hypothèse qu’il existait sur le site AZF un laboratoire classé secret-défense dans lequel « on » se serait livré à des expérimentations nucléaires… Le juge d’instruction Thierry Perriquet (celui de l’affaire Alègre) a refermé le dossier en juillet 2007, avant de rejoindre son nouveau poste de conseiller à la Cour d’appel de Monaco. À la grande déception des parties civiles, la qualification retenue est celle d’homicides et blessures involontaires. Le procès, plusieurs fois reporté, devrait se tenir en février 2009.

Le 1er décembre, le PS dit oui à l’Europe, et le 16, c’est l’ouverture du viaduc de Millau, au-dessus de la vallée du Tarn. C’est alors le plus haut pont du monde.

Cette année, fait exceptionnel, on change de méthode pour déterminer le taux d’intérêt des livrets A. Trop simpliste, d’après certains. Je ne résiste pas au plaisir de retranscrire, la dernière formulation, qui elle date de février 2008 : « Le taux d’intérêt du livret A est le chiffre le plus élevé, arrondi au quart de point le plus proche, entre l’inflation des douze derniers mois augmentée d’un quart de point ; et la moyenne arithmétique entre l’inflation des douze derniers mois et la moitié de la somme de la moyenne mensuelle de l’EONIA pour le dernier mois connu. »

Et puisqu’on parle d’argent, on peut noter que les dépenses « d’interception » du ministère de la justice ont été de 70 millions d’euros. Les magistrats ont effectué 20.000 écoutes téléphoniques dont le coût a représenté le tiers de cette somme. (je ne sais pas à quoi ont servi les 2/3 restants). Des chiffres qui font réfléchir les hauts fonctionnaires, non pas à une diminution des écoutes, mais à une meilleure… optimisation. Du coup, Place Vendôme, on commence à parler de la mise en place d’une plate-forme d’interceptions automatisée. Prévue pour 2008, on dit que celle-ci aurait pris un certain retard.

tsunami_expression-lucidebloglemonde.1225275128.jpgLe 26 décembre 2004, un tsunami géant ravage les côtes de l’Océan Indien, faisant plus de 220.000 morts et un million de réfugiés. Preuve que tout n’est pas noir sur la planète bleue, cette catastrophe a suscité un élan de générosité sans précédent dans tous les pays du monde. On parle de 3,5 milliards de dollars. Les ONG ont reçu tellement d’argent que Médecins sans Frontières a dû freiner la générosité de ses donateurs, s’estimant dans l’incapacité d’utiliser de telles sommes (plus de cent millions d’euros) pour cette seule cause. Quelques mois plus tard, des experts internationaux se sont réunis à Djakarta pour examiner les risques de corruption. Y a-t-il eu corruption ou détournements de fonds ? Je n’ai pas trouvé de réponse à cette interrogation.

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Et voilà !… c’est la fin (provisoire) de La petite histoire de la PJ, dont la partie I a été diffusée sur ce blog le 9 janvier 2007. La suite, c’est notre actualité… Pour la raconter, il faut attendre d’avoir un peu de recul.

Toutefois, il me semble qu’il manque quelque chose, une sorte de postface à ces 270 pages : la PJ des temps modernes.


L'antigang arrête un violeur

La fameuse brigade antigang, celle dont on parle beaucoup depuis la sortie du film sur Mesrine, vient de se distinguer de nouveau en arrêtant un… violeur.

Je pense qu’il s’agit d’une première pour cette brigade d’élite qu’on imagine plus facilement intervenir l’arme à la main, dans de périlleusesoperation-police-et-gendarmerie_militaryphotos.1225350141.jpg situations dignes d’un polar américain.

On a peu de détails sur cette opération de haut vol. Je suppose que les policiers ont tout bonnement sonné à la porte du délinquant, boulevard Raspail, à Paris, comme l’aurait fait n’importe quel flic de quartier.

Avant l’heure H, il y a eu probablement une réunion de crise au 36 quai des Orfèvres : l’état-major de la PJ, le procureur… Avec un ordre du jour qui vient de haut, de très haut : Comment remettre sous les verrous ce Jorge Montes, libéré à tort pour une déplorable faute de frappe…

On imagine ces pontifes en train de se pressurer le citron dans un brainstorming angoissant. Et puis, alors qu’ils voient déjà leur carrière ratatinée : « IL ne nous pardonnera jamais », gémissent-ils, un vieux briscard lève timidement le doigt. « J’ai bien une petite idée », marmonne-t-il timidement. Il agite un dossier, un maigre dossier d’une page, retiré des piles de dossiers qui envahissent son bureau. C’est la plainte d’un homme qui a été menacé d’un couteau, il y a de cela plusieurs mois. Mais oui, bien sûr… ! Ce Jorge Montes colle parfaitement avec la description de l’agresseur ! Il suffit de rayer la mention « vaines recherches ».

jorge-montes_lepoint.1225350378.jpgSi l’on oublie la morale pour se placer sur le strict plan du droit, on peut se dire qu’on a ici instrumentalisé le Code de procédure pénale. Cette arrestation et cette garde à vue sont à l’évidence de circonstance. Mais cette fois, Jorge Montes n’y échappera pas. Aucun recours n’est possible, car la garde à vue est laissée à la seule initiative de l’officier de police judiciaire, c’est ce que confirme une jurisprudence constante.

N’empêche que même si le mobile est juste, il n’est pas forcément sain pour une démocratie de tripatouiller « l’esprit des lois » afin de les adapter aux circonstances du moment.

Les pirates du Net

Le Sénat examine le projet de loi anti-piratage, joliment dite « loi création et internet ». Si ce texte devait aboutir, on arriverait à cette bizarrerie : la condamnation des internautes fautifs sans aucun jugement et cela pour défendre les intérêts des artistes.

Le projet de loi prévoit la création d’une « Haute autorité pour la hacker_googlestoriescom.1225272643.jpgdiffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet ». Il appartiendra à celle-ci de détecter les « fraudeurs » et de les punir. Les sanctions iraient de l’avertissement à la suspension de l’abonnement à Internet.

Mais pour détecter les fraudeurs, il faut des moyens d’investigations… On dit que cet organisme aurait accès aux bases de données des serveurs…

Le Parlement européen a nettement dit non au projet français. « Aucune restriction aux droits et libertés des internautes ne peut être imposée sans une décision de justice », ont affirmé les parlementaires.

De nombreuses associations militent contre l’adoption de ce texte. L’association de défense des consommateurs, UFC-Que Choisir a sollicité la commission européenne pour bloquer le processus en attendant que le parlement européen ait légiféré.

Le collectif La quadrature du Net est également parti en guerre. Il estime qu’une telle décision porterait gravement atteinte à nos droits fondamentaux sans rapporter un seul centime de plus aux artistes.

christine-albanel_wikipedia.1225272741.JPGL’argent et l’art, l’art et l’argent. On aimerait bien entendre quelques-uns de nos artistes se manifester et nous donner leur opinion. En attendant, le gouvernement de François Fillon a bien l’intention de passer en force. La ministre de la culture, Christine Albanel a même demandé, via le rapporteur du projet, que la procédure d’urgence s’applique à l’examen de ce texte. Quant aux sénateurs, ils traînent des pieds. Certains estiment que le piratage est déjà un délit puni par la loi, d’autres penchent pour une amende « administrative ».

 

P.S. Pour être objectif (et pour répondre au commentaire du compositeur Bernhard Elsner), j’aurais dû ajouter que la SACEM ouvre une pétition (cliquer ici) en faveur de la loi Création et Internet.

Halte au feu !

Les policiers vont-ils avoir le droit d’utiliser leur arme en dehors de la légitime défense ? C’est l’une des questions qu’il va falloir résoudre d’ici le 1er janvier 2009, date à laquelle l’intégration de la gendarmerie nationale au sein du ministère de l’intérieur doit devenir effective.

policier.gifEn mai 2008, à Draguignan, un gendarme ouvre le feu sur un individu qui tente de s’enfuir alors qu’il fait l’objet d’une mesure de garde à vue. Sept coups de feu. L’homme meurt, touché par trois balles. Le militaire est poursuivi pour « coups ayant entraînés la mort sans intention de la donner » et remis en liberté au bout de quatre jours. Dans une situation identique, un policier aurait été mis en examen pour homicide volontaire.

Il existe en effet une différence quasi doctrinale entre ces deux corps :

– Les gendarmes peuvent ouvrir le feu pour arrêter un criminel ou un délinquant (la Cour de cassation a tenté de limiter ce droit : le tir doit être «absolument nécessaire» et le gendarme doit porter l’uniforme).

– Les policiers ne peuvent utiliser leur arme qu’en état de légitime défense de soi-même ou d’autrui (la jurisprudence a toutefois admis «l’état de nécessité»).

Or le 16 octobre dernier, les sénateurs ont posé à Michèle Alliot-Marie « la question de l’armement des forces de l’ordre », sous-entendu une fois l’intégration effectuée.

Les sages avaient-ils une idée derrière la tête ?

Si l’on se souvient qu’en novembre 2001 ils s’étaient déjà fortement intéressés à l’utilisation des armes dans la police, on peut le craindre.

À l’époque, ils s’étonnaient que les policiers ne puissent faire usage de leur arme qu’en état de légitime défense. « Il en résulte, disaient-ils, que les policiers sont conduits soit à s’exposer de façon excessive, soit au contraire à ne pas pousser leur action aussi loin que le bon accomplissement de leur mission l’impliquerait… »

Autrement dit, à leurs yeux, les flics ne peuvent être que des cowboys ou des froussards…

À la finale, les sénateurs s’étaient mis d’accord pour donner aux policiers les mêmes droits que les gendarmes – et même un peu plus. Heureusement, le projet est passé à la trappe.

Utililsation armes police_projet loi senat.jpg

En dehors de périodes troubles de notre histoire (1943-45) les policiers n’ont jamais eu le droit d’utiliser leur arme sauf pour sauver leur vie ou celle d’autrui. Policiers et gendarmes vont désormais travailler flic_indecis_lessor.jpgcôte à côte. Dans une situation dangereuse, les uns pourraient tirer et pas les autres. Situation ingérable. Casse-tête pour les magistrats… Le gouvernement va devoir trancher. A votre avis, dans quel sens ?

En ce XXI° siècle qui démarre très sécuritaire va-t-on donner aux policiers un pouvoir qu’a priori ils ne demandent pas ?


Le clown devant les juges

Le 31 octobre, la justice doit trancher dans une affaire délicate, mais cette fois pas de morts, pas de violences : c’est du cinéma… En effet, il appartient aux magistrats de la 3e chambre du TGI de Paris de nous dire si demain nous pourrons revoir Yoyo, Le Soupirant…, ces films des années 60 signés Pierre Étaix.

affiche-le-soupirant-1962.jpgQui est Pierre Étaix ? se demandent peut-être les plus jeunes. C’est le clown blanc de L’école du cirque, qu’il créa avec son épouse, Annie Fratellini. Mais c’est aussi un cinéaste, un scénariste, un dessinateur, un magicien… en un mot, un artiste. Un vrai.

Tellement artiste qu’à la différence de tant d’autres qui se contentent de faire du business, lui, il a conservé sa pureté, on pourrait dire sa naïveté. Et un beau jour, il a signé un bout de papier qui lui a fait perdre tous ses droits sur ses films.

Ses films, ce sont des chefs-d’œuvre du cinéma français… Cinq longs-métrages en tout, dont quatre écrits en collaboration avec son complice, Jean-Claude Carrière.

Comment ces deux hommes ont-ils pu commettre pareille boulette ? De la façon la plus simple. La pellicule a souffert des ans, et, pour assurer de nouvelles diffusions, une restauration s’avère indispensable. Mais pour cela, il faut de l’argent. Les artistes sont rarement fortunés. Alors, ils font confiance à un « chevalier blanc ». Mais à l’usage, celui-ci n’est pas aussi blanc qu’il n’y paraît, et malgré les promesses, l’argent n’arrive pas. Et le temps passe. Un an, deux, trois… Alors Étaix et Carrière trouvent un mécène, la fondation Groupama Gan pour le cinéma.

Ouais mais voilà ! Ils n’avaient pas lu les petites lignes du contrat, les annie-fratellini-et-pierre-etaix-_cl-prest-explorer.jpgdeux artistes. Et illico, ce fameux chevalier blanc les traîne devant les juges, ils sont condamnés.

Trop tard pour Yoyo. Le film a eu le temps d’être restauré et il est projeté en ouverture du festival de Cannes, en 2007, et à la cinémathèque de Paris. Un triomphe !

L’affaire ne s’arrête pas là. C’est très compliqué, nous explique Laurent Delpit sur son blog (que je vous invite à consulter en cliquant ici) : La société Gavroche productions (le faux chevalier blanc) qui s’estime être seule propriétaire des droits sur lesdits films, poursuit Pierre Étaix, Jean-Claude Carrière et la fondation Groupama Gan. Elle affirme en effet que le fait d’avoir restauré et présenté Yoyo à Cannes et à Paris, nuit à la redistribution du film, ainsi qu’aux quatre autres : Le Soupirant, Tant qu’on a la santé, Le Grand Amour et Pays de Cocagne. Elle demande 1.400.000 euros de dommages et intérêts. Raison pour laquelle, vendredi prochain, nos deux scénaristes vont se retrouver devant les juges, où ils seront d’ailleurs assistés par la SACD (société des auteurs et compositeurs dramatiques).

logo-films-etaix.jpgOn n’a pas entendu beaucoup d’artistes français soutenir Pierre Étaix, mais Jerry Lewis, malgré sa maladie, lui a manifesté son appui et son amitié. Il a eu cette jolie formule : « Deux fois dans ma vie, j’ai compris ce qu’était le génie : La première fois en regardant la définition dans le dictionnaire et la seconde fois en rencontrant Pierre Étaix. »

Mais tous deux sont des clowns, comment les prendre au sérieux ?

En tout cas, de ce combat juridique va déboucher une décision qui nous concerne : A-t-on une chance de revoir, sur le grand ou le petit écran, ces petits bijoux du cinéma français ?

Espérons que les magistrats sont cinéphiles…

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Une pétition circule sur Internet (cliquez ici). On dit qu’elle a réuni déjà plus de 20.000 signatures.

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P.S. Conformément à la déontologie de ce blog (voir dans « A propos »), j’ai supprimé le message que m’avait adressé Laurent Delpit.

Marre de Mesrine !

L’autre jour, en attendant le RER, dans ma petite gare de banlieue, des gosses discutaillaient sur Mesrine. La conversation roulait autour du film « L’instinct de mort ». Et j’ai tendu l’oreille, curieux de savoir comment des enfants pouvaient percevoir ce personnage.

la-gare_jacquesmullerbe.jpgJe dois avouer (j’ai honte) qu’ils utilisaient parfois des mots que je ne comprenais pas. Je suis donc resté sur ma faim.

Hier matin, en buvant mon café, j’écoutais les infos sur France-inter. Et paf ! On nous ressort un petit coup de Mesrinou. Cette fois ce n’est ni Broussard ni Aimé-Blanc qui parlent, c’est Michel Ardouin, alias « Le porte-avions », à l’époque fiché au grand banditisme.

Je résume de mémoire :

« Ouais, j’ai connu le Grand-Jacques. On a dû faire plus de 70 braquages ensemble… Mais c’était pas un vrai truand. Y faisait pas partie du milieu. Nous, on avait un code d’honneur…

« Il a jamais tué personne… »

Dans le RER, je feuillette le journal (ce qui n’est pas facile) : une pleine page sur Mesrine avec des photos du vrai et du faux. Mais qui est qui ?

Le soir, même radio même sujet, mais cette fois les auditeurs peuvent intervenir. L’un demande : « Combien de gens Mesrine a-t-il tué ? »  Réponse : « Il n’a tué personne. »

Et voilà comment on écrit la petite histoire. À force de nous parler du bonhomme, les médias finissent par l’ennoblir. On en fait ce qu’on voudrait qu’il soit. Bientôt ça sera Mesrine le voleur de grand chemin, qui n’a jamais fait de mal à une mouche et qui a pris aux riches pour distribuer aux pauvres.

Soyons sérieux. Même s’il n’a jamais commis la trentaine de meurtres dont il parle dans son livre, Mesrine a tué une vieille dame au Canada, (ce crime, il ne l’a jamais revendiqué) ; avec son complice Jean-Paul Mercier, il a abattu deux gardes-forestiers lors de sa cavale tillier_lemonde2.1224731588.jpgdans ce même pays ; il a grièvement blessé un gardien de la paix en banlieue parisienne ; et il a laissé pour mort Tillier, le journaliste de Minute…

Et j’en oublie sans doute.

On a vu défiler dans les médias tous les flics de PJ et tous les truands de l’époque. Un seul me semble-t-il est resté à distance. Il s’agit de François Besse. En 1978, les deux hommes parviennent à s’évader de  la Santé. Ils font plusieurs coups spectaculaires avant que Besse ne s’éloigne de son complice qu’il ne trouve pas suffisamment fiable. À sa sortie de prison, en 2005, il se retire en province avec la ferme intention de faire une croix sur son passé. Un modèle de réinsertion, dit son avocat. Ces temps-ci, ça n’a pas dû être facile pour lui de résister à la pression des journalistes. Chapeau, Monsieur Besse !

Pour en revenir aux gosses sur le quai de la petite gare de banlieue, je me demande comment ils arrivent à se faire une opinion entre l’information de la presse et la promo d’un film… À tout mélanger, je crois qu’il n’y a pas de gagnant : la presse perd du crédit et le cinéma perd de la crédibilité. Ou le contraire.

Je ne sais pas vous, mais Mesrine : ras-le-bol !

Le Taser et les chiffres qui tuent

La ministre de l’Intérieur monte au créneau pour défendre le Taser. Et elle annonce crânement devant les sénateurs que son utilisation se traduit par une diminution de 30 % de l’usage des armes à feu… C’est ce qui s’appelle se prendre les pieds dans le pas de tir.

les-dupond_bakchichinfo.1224581395.jpgDans une étude sur « la gestion du stress lié à l’usage des armes dans la police », le capitaine Pierre-Frédérick Bertaux a étudié les dossiers de policiers qui ont fait usage de leur arme entre 1989 et 1996 sur le ressort de la préfecture de police. (Il s’agit non pas d’une sortie d’arme mais d’un tir réel). Sur cette période, il a comptabilisé 218 cas, ce qui s’est traduit par 160 procédures (administratives et/ou judiciaires). On peut estimer qu’une projection au plan national nous donnerait au maximum un chiffre double.

Une soixantaine de policiers se trouvent donc chaque année dans une situation où le danger (pour soi-même ou pour autrui) nécessite l’usage de l’arme à feu.

60 cas par an c’est beaucoup, mais c’est quand même trop peu pour nous brandir sous le nez des pourcentages en trompe-l’œil.

Il appartient donc à Madame Alliot-Marie de parler « sérieusement » de choses sérieuses.

Nous dire que le Taser a réduit de 30 % l’utilisation des armes à feu dans la police, c’est nous prendre pour des benêts. D’autant que le pistolet Sig-Sauer et le pistolet électrique n’ont pas du tout la même utilité. Dans un cas, on parle de légitime défense et dans l’autre de neutraliser un individu avec un minimum de risques.  ane.1224581771.gif

La question me semble-t-il n’est pas de savoir si aux États-Unis le Taser est directement ou indirectement responsable de la mort de cent ou deux personnes, car je crains fort que l’on se perde dans des combats d’experts… Non, renversons le problème : Cette arme électrique a-t-elle sauvé des vies ?


Antoine, l'enfant oublié

L’ancien patron des RG a rédigé un carnet noir sur Sarkozy qui a lui-même envoyé ses enquêteurs pour enquêter sur les enquêteurs qui enquêtaient sur Besancenot. La bourse joue au yoyo, les traders s’emmêlent les pinceaux, on siffle la Marseillaise… Ah oui ! On est sans nouvelle du petit Antoine.

Antoine_photo publiée à la demande de sa maman.jpgDeux poids, deux mesures : Un soir de mai 2007, le directeur central de la PJ reçoit un appel sur son téléphone portable : « Un enfant a disparu… » Dès le lendemain, des personnalités du monde politique et judiciaire sont sur place, suivies par une meute de journalistes de tous les pays. L’affaire fait la Une de la presse, en Europe, aux États-Unis… Devant les caméras, la mère adresse une supplique « à ceux qui ont fait ça ». Des spécialistes de Scotland Yard viennent aider les enquêteurs locaux. Au total, c’est 150 policiers qui sont mobilisés. Deux jours plus tard, le directeur de la PJ annonce officiellement aux médias : « Il s’agit d’un enlèvement. » Un fond de soutien se met en place sur Internet et de richissimes hommes d’affaires volent au secours de la famille.

C’était au Portugal. Madeleine McCann, la petite Maddie, a disparu le jeudi 3 mai 2007, vers 22 heures, tandis que ses parents dînaient avec des amis.

Pratiquement à la même heure, ce jeudi 11 septembre 2008, Antoine_photo publiée à la demande de sa mam.jpgAlexandrine Brugerolle de Fraissinette est allée sonner à la porte de la gendarmerie. « Mon fils a disparu », leur a-t-elle dit. Mais voilà ! Alexandrine a 23 ans, elle n’a pas beaucoup d’éducation, elle est mère célibataire et elle travaille comme serveuse dans un restaurant d’Issoire, une ville de 13.000 habitants dans le Puy-de-Dôme. J’ai bien peur que le téléphone du directeur central de la PJ soit resté muet ce soir-là. Le lendemain en fin de journée, à défaut du moindre élu, du moindre représentant du gouvernement, 80 militaires de la gendarmerie (cf. La Montagne) ont débarqué pour aider leurs collègues dans leurs recherches.

Les faits : Alexandrine et Sébastien, son amoureux, ont décidé d’aller dîner au restaurant. On ne sait pas trop si c’est Antoine qui le demande (Il n’a que 6 ans 1/2, mais il montre déjà un certain caractère) ou s’il s’agit d’une punition, mais l’enfant reste à la maison, avec les deux chiens. L’appartement où il vit avec sa maman est situé dans le centre-ville d’Issoire, au n°1 de la rue des Fours. Le restaurant Le Saïgon, où dînent Alexandrine et Sébastien, se trouve au 45 rue du Palais, à 3 minutes à pied.

plan-issoire.1224400828.jpgLorsque sa mère revient, vers 21 heures 30, Antoine n’est plus là. Aucun désordre, aucune trace d’effraction.

Les enquêteurs pensent à une fugue. On dit alors que l’enfant aurait quitté le domicile en emportant un sac à dos et un paquet de biscuits. Et le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Jean-Yves Coquillat, ne déclenche pas le plan Alerte-enlèvement.

Il y a une constante dans les disparitions d’enfants ou d’adultes, c’est qu’au début, on refuse toujours d’envisager le pire. C’est vrai pour la famille et c’est vrai pour les enquêteurs. Les recherches démarrent donc lentement et ce n’est qu’au petit jour que les choses sérieuses commencent. Les gendarmes coordonnent leurs efforts. Ils sillonnent la ville, d’autres fouillent les environs d’Issoire… Il est fait appel à des chiens qui « marquent » une zone d’étangs. On fait venir une équipe de plongeurs. On fait même venir un hélicoptère équipé d’une caméra thermique, mais vu la météo, il ne sera opérationnel que le dimanche après-midi. Pendant ce temps, des hommes descendent dans les égouts d’Issoire. Parallèlement, une autre équipe se livre à une enquête criminelle classique : recherche de traces au domicile, audition de témoins, perquisitions…

On peut dire que tout est mis en œuvre pour retrouver Antoine, du moins sur le plan local. Mais qu’en est-il ailleurs…

L’enquête : Finalement, trois jours après la disparition de l’enfant, leAntoine_photo publiée à la demande de sa maman.jpg procureur décide l’ouverture d’une information judiciaire pour enlèvement et séquestration d’un mineur de 15 ans. Il déclare : « Plus le temps passe, plus l’hypothèse de la fugue perd de la consistance et je ne suis pas très optimiste. » Bientôt, la presse se fait l’écho de soupçons qui pèsent sur la maman d’Antoine, et en rajoute : « la femme aux cheveux rouges…, l’aguicheuse…, la mère célibataire…, elle a fait de la prison… » Les qualificatifs sont du même acabit pour Sébastien : «  drogué…, violent…, il bat Antoine… » Autant de ragots amplifiés par les sous-entendus du procureur.

Le mercredi 24 septembre, Alexandrine, son compagnon et six personnes de leur entourage sont placés en garde à vue. L’appartement est de nouveau investi par les techniciens de l’identité judiciaire. Les murs sont sondés, des lamelles de parquet soulevées, les lieux passés à la lumière fluorescente. La seule chose qu’on découvre, c’est deux petites gouttes de sang, minuscules, d’un millimètre de circonférence, près de l’interrupteur, dans la chambre d’Antoine.

Finalement, tout le monde est relâché, sauf Sébastien qui est emprisonné pour autre chose. L’un des responsables de l’enquête avoue : « Il faut tout reprendre à zéro… »

La reconstitution (sous toutes réserves) : Un mois avant le drame, Alexandrine travaillait comme serveuse au restaurant Au bon croûton, tenu par Stéphane Bourcelin. Tous deux avaient eu une aventure, lorsqu’elle avait été embauchée, en 2006. C’est elle qui avait rompu et contrairement aux cancans, on ne lui connaissait pas d’autres liaisons, jusqu’à sa rencontre avec Sébastien, en juillet 2008, époque où Antoine est en vacances chez son arrière-grand-mère. Dans la restauration, on ne connaît pas les 35-heures. Elle travaille beaucoup. De longues journées, parfois sans repos hebdomadaire. Vers la mi-août, elle craque et son médecin lui prescrit un arrêt de travail. Stéphane n’apprécie pas. D’autant qu’il ne peut plus voir Antoine. Car il semble bien qu’il se soit pris d’affection pour ce petit bambin. Souvent, il jouait avec lui, ou tous deux regardaient des vidéos. Il lui avait même offert une Playstation. Et d’un coup, il se voit privé d’Antoine et de sa… serveuse. Car Alexandrine et Sébastien ont d’autres projets. Ils veulent se marier, fonder une vraie famille. Sébastien envisage même de « reconnaître » Antoine.

alexandrine_fr3.1224398057.jpgLes choses semblent s’arranger pour Alexandrine et son fils. Peut-être la fin de la galère… Jusqu’à ce fameux soir…

Aujourd’hui, on peut reconstituer les événements avec beaucoup moins de risque d’erreur qu’au tout début. D’abord, les rumeurs selon lesquelles personne n’aurait vu le gamin depuis une dizaine de jours étaient sans fondements. En effet, deux jours après la disparition d’Antoine, les gendarmes ont enregistré la déposition d’un témoin qui a déclaré l’avoir vu, chez lui, alors qu’il sortait de la salle de bain.

Ce 11 septembre, une voisine a entendu l’enfant qui jouait dans l’appartement, vers 19 heures 15. La lumière de sa chambre était allumée. Plus tard, dans la soirée, son attention a été attirée par une voiture qui s’arrêtait en bas de l’immeuble. Puis il y eu des pas dans l’escalier. Un peu plus tard, la voiture est repartie dans un craquement de boîte de vitesses.

Antoine n’est pas sorti avec un petit sac et un paquet de biscuits, comme on l’a dit, mais avec un grand sac qui appartient à Sébastien. Un sac noir (ou bleu foncé) presque aussi haut que lui, dans lequel devaient être entassés des vêtements, vêtements qu’on n’a pas retrouvés dans son armoire. Sa peluche, un petit chat, qu’il trimballait toujours avec lui, a également disparu.

Alors, que s’est-il passé le soir du jeudi 11 septembre ? La maman d’Antoine a-t-elle découpé son enfant en petits morceaux qu’elle a ensuite enfournés dans des sacs-poubelles, comme l’a laissé entendre un journal que je ne nommerai même pas ?

Ou profitant que l’enfant était seul, quelqu’un est-il venu le chercher ? Et avec quelles intentions ?

La présidente d’Esperanzassociation, Madame Lydie Fontenil, veutavis-recherche-antoine.1224399418.jpg croire à cette possibilité. « Il n’y a rien de vraiment nouveau, m’a-t-elle dit au téléphone, mais de petits indices nous permettent de garder l’espoir… » Il faut écouter ce qu’elle raconte, car c’est une femme d’expérience. Depuis des années elle se consacre à la recherche des enfants disparus. Et elle sait que parfois, cela se finit bien. Dès la disparition d’Antoine, avec l’accord de la maman, elle a ouvert un blog qui lui est entièrement consacré. Elle répond aux nombreux appels téléphoniques, elle pressure « ses » bénévoles (elle en recherche de nouveaux), elle agite son réseau d’information, elle soutient Alexandrine (voir la vidéo), etc. « J’ai perdu 6 kilos » m’a-t-elle avoué en souriant.

Il y a quelques jours, dans la petite gare de la banlieue parisienne où je prends le RER, il y avait un avis de recherche. Cela concernait un ado d’une quinzaine d’années qui demeure à Nantes. Je ne sais pas vous, mais moi, en région parisienne, je n’ai jamais vu une affichette concernant Antoine.

C’est pour ça que j’ai voulu écrire ces lignes. Je sais, ce n’est qu’un blog…

On dit que les femmes sont plus sensibles que les bonhommes, surtout dès qu’on parle d’un enfant… Les deux ministres directement responsables de cette enquête sont des femmes. Sont-elles seulement au courant ? En tout cas, on ne les a pas entendues.

Lorsqu’un couple de touristes s’est fait enlever par des pirates, du côté de Djibouti, le président de la république a pris les choses en main.  Ce même président, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur avait remué ciel et terre pour retrouver la petite Estelle Mouzin*.

Cela fait 38 jours qu’un petit garçon de 6 ans 1/2 a disparu – et le silence de ces gens-là, ceux qui détiennent le pouvoir, est assourdissant.

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* La jeune Estelle Mouzin, âgée de 9 ans, a disparu le 2 janvier 2003. Le lendemain, le procureur de Meaux ouvrait une information judiciaire et saisissait le SRPJ de Versailles. Le village a été bouclé par 700 policiers. 400 perquisitions ont été effectuées simultanément. Toutes les communications téléphoniques (15.000) au moment des faits ont été « remontées ». Via Interpol, on a sollicité tous les pays qui exploitent des satellites. Le plan Alerte-enlèvement n’existait pas à l’époque, pourtant la photo de la petite fille en rouge a été placardée dans toute la France, et bien au-delà. Hélas en vain. Estelle n’a jamais été retrouvée, mais au moins, on s’est donné tous les moyens.

La parole est aux cadavres

« Mon premier cadavre, c’était une vieille dame, morte de mort naturelle. Sur le carrelage de sa cuisine. Dans son petit deux-pièces sans âme. Je me souviens des larmes de son fils et de l’incroyable silence qui régnait dans l’appartement. J’avais à peine vingt et un ans. Une carte de flic toute neuve sur moi. Et je me sentais de trop… »

C’est Olivier Marchal qui parle. Ce sont les premières phrases de la préface du livre de Perrine Rogiez-Thubert, La parole est aux cadavres, aux Éditions Demos (ici), dans la collection criminologie et société.

Perrine Rogiez-Thubert_photo livre.jpg.jpgL’auteur, diplômé de thanatologie (mon Littré m’a dit « théorie de la mort », mais il faut comprendre étude des morts), est lieutenant de police à l’identité judiciaire de Paris. Elle revendique 400 cadavres. Ce qui est énorme, mais c’est Paris ! il ne faut rien voir de malséant à l’énoncé de ce chiffre, mais le flic, un peu comme un chirurgien, est obligé de se désincarner dans l’exercice de son métier, sous peine de ne pas tenir le choc.

Perrine Rogiez-Thubert ne nous raconte pas sa vie. Elle ne nous entraîne pas dans une enquête, non, elle nous égrène ses techniques. Et ça fait froid dans le dos. Attention, âmes sensibles, s’abstenir…

« Il existe huit sortes d’insectes qui apparaissent successivement sur la scène d’un crime… »

« La première ponte intervient dans l’heure qui suit le décès et touche les orifices humides : l’angle des yeux, les narines, l’intérieur de la bouche et l’anus […] Une odeur spécifique se dégage du cadavre mais celle-ci, pas encore perceptible par l’homme, l’est par les insectes qui vont ainsi venir pondre leurs œufs dans les orifices naturels. »

« Lorsque je me rends sur la découverte d’un cadavre dont l’intervalle post-mortem est court, je ne peux m’empêcher de penser qu’une première escouade est arrivée sur les lieux avant nous, qu’elle nous guette et que la ponte a déjà eu lieu. »

Ainsi, au fil des pages, sur un ton impassible, l’auteur nous énumère les différentes techniques qu’elle met en œuvre lorsqu’elle arrive sur une scène de crime, parfois, elle ajoute un exemple réel. Voici l’utilisation du Bluestar : « […] En quelques minutes, l’appartement s’est transformé. Une luminescence bleutée apparaît sur les murs, le sol, les meubles. Un cheminement d’un bleu intense nous conduit jusqu’à la salle de bains où la fluorescence atteint son paroxysme. La révélation du sang nous donne l’impression de vivre à nouveau les événements qui se sont produits dans cet appartement. »

Comme son métier est de faire parler les morts, au début de l’ouvrage, elle nous donne la définition actuelle de la mort, qui date de 1996. Non sans nous rappeler qu’à une époque pas si lointaine on se fiait à la fonction respiratoire, en plaçant par exemple un verre d’eau plein à ras bord sur le sternum du soi-disant défunt… Si une goutte tombe, il n’est pas mort.

Je ne peux résister aux origines qu’elle donne au mot « croque-mort ».  « L’homme doit mordre l’un des orteils du présumé défunt afin de guetter une réaction physique de la part du sujet. Si aucune réaction en retour ne se produit, la mort n’est plus seulement apparente mais bien réelle et l’inhumation a lieu. »

Savez-vous combien il y a de sortes de morts pour un flic ? J’en ai compté huit. De la mort naturelle à la mort iatrogène (médicaments, infection nosocomiale…) ou à la mort obstétricale, qui frappe les femmes au cours de leur grossesse.

La parole est aux cadavres.jpgOui, c’est vraiment un livre étonnant. Il possède la couverture trompeuse d’un polar, mais il n’a rien d’une fiction. On ne le lit pas, on le feuillette, on le parcourt, on déchiffre le glossaire bourré de mots étranges et ésotériques, on s’attache à un chapitre, mais on ne le range pas trop loin, car on sait qu’on va le reprendre, un peu comme un dico.

La postface est signée par le chef de l’Identité judiciaire de Paris, le commissaire divisionnaire Vianney Dyevre, qui conclut par ces mots : « Complet et pratique cet ouvrage mérite de figurer au même titre que le Code pénal et le Code de procédure pénale en bonne place dans la bibliothèque de l’officier de police judiciaire. »

Mais il passionnera les autres, ceux qui se contentent de s’intéresser aux histoires policières, aux enquêtes criminelles… un livre de références pour tous ceux qui suivent les séries télévisées – et pour ceux qui les écrivent.

Les détectives privés

Les surveillances exercées sur Olivier Besancenot mettent de nouveau sous les feux de l’actualité une profession mystérieuse, au statut toujours incertain : détective privé – ou plus exactement agent de recherches privées (ARP).

On dit que la « police privée » voit le jour en 1825, sous la houlette de detective_peinture_barryblend.jpgGuy Delavau, préfet de police de la Restauration. Mais c’est Eugène-François Vidocq qui lance la profession. En 1833, il crée le « Bureau de renseignements pour le commerce » qui fournit aux commerçants renseignements et surveillances moyennant finance. C’est le premier cabinet de détectives privés. Le succès est au rendez-vous et il est rapidement copié, notamment par des policiers à la retraite. La machine est lancée.

À la même époque, outre-Atlantique, un immigrant écossais du nom d’Allan Pinkerton crée l’officine d’investigations privées qui deviendra la plus célèbre au monde, la « Pinkerton’s national detective agency ». Il a notamment fait échouer, en 1861, un complot contre le président Abraham Lincoln.

En France, pendant longtemps, cette activité n’a obéi à aucune règle. Une simple déclaration en préfecture suffisait, une rapide enquête des RG, et c’était tout. N’importe qui pouvait se dire détective privé. La profession a donc tenté de s’organiser vaille que vaille. Au fil des ans, divers textes ont été promulgués, pas vraiment pour lui donner un statut mais plutôt pour l’encadrer, la contrôler. Puis il y a eu plusieurs décrets visant toutes les professions qui touchent à la sécurité privée (1983, 1985, 2005…) Pour exercer cette activité, il faut dorénavant un certificat professionnel. Celui-ci peut prendre différentes formes, et les anciens policiers et gendarmes en sont dispensés.

la-verite-de-jack-palmer-par-petillon.jpgJ’ai personnellement exercé ce job durant un court délai. Je n’en garde pas un très bon souvenir. Entre les affaires sordides de garde d’enfants, d’adultère ou de pensions alimentaires, ou, pour les entreprises, la surveillance de salariés soupçonnés de malhonnêteté, les informations sur les concurrents, ou le flicage de délégués syndicaux (ce qui est interdit par la loi). Non, pas de bons souvenirs.

Certains détectives privés cherchent à sortir du traintrain. Ils se sont spécialisés dans la contre-enquête judiciaire (au grand dam des enquêteurs officiels) mais parfois avec quelques réussites – réelles ou médiatiques (affaires Omar Raddad, Dany Leprince…).

Il faut savoir que de fait, les détectives privés n’ont aucun pouvoir particulier. Ils n’ont droit ni à la carte de réquisition ni au port d’armes. En l’absence de moyens d’investigations, ils sont obligés de « se débrouiller ». Si par exemple, ils veulent identifier un véhicule, connaître les antécédents d’un individu, etc., ils sont obligés de faire appel à des policiers en exercice. (Il existe certains passe-droits pour les assureurs.) Du coup, ils se mettent hors la loi et il en est de même des fonctionnaires qui les assistent. L’avantage des recherches informatisées, c’est la traçabilité. Chaque policier doit entrer son code personnel pour consulter un fichier. Aussi, en général, cela se termine par une enquête de l’Inspection générale. Les bœuf-carottes s’interrogent alors sur la motivation de leurs collègues : le fric, l’amitié ou l’espoir d’obtenir un bon tuyau en retour ? (Vidocq était un indic de la police.) Tous les amis avec qui j’ai partagé ce boulot ont eu un jour ou l’autre des soucis : écoutes, filatures, perquisitions, garde à vue. Et pour certains, au bout du compte, la mise en examen.

Si l’on en revient aux surveillances effectuées sur Besancenot, il est facteur_franskacnorddk.1224055434.jpgvraisemblable que des policiers aient aidé les enquêteurs privés. La question est donc de savoir pour quelle raison… Et la deuxième question est de connaître le nom du commanditaire. Je ne pense pas que le secret professionnel puisse s’appliquer aux ARP. C’est à vérifier. Ici, le directeur de SMP Technologies est sur la sellette. Cette entreprise a un contrat important (et exclusif) avec le ministère de l’intérieur, notamment pour la fourniture des pistolets à impulsions électriques. À dire vrai, on ne voit pas très bien quel pourrait être l’intérêt du patron de Taser-France à faire surveiller le petit facteur… Certainement pas pour cette histoire de plainte en diffamation… Une broutille. À moins qu’il ne roule pour quelqu’un d’autre… ou que lui-même ne soit manipulé… Le monde du renseignement est un monde parano.

À noter qu’on ne peut reprocher aux privés d’effectuer des surveillances (c’est leur métier), mais – légalement – celles-ci ne doivent pas aller jusqu’à violer l’intimité des gens. À notre époque où les mouchards électroniques sont légion, où diable commence notre intimité ?

N’empêche que dans certains cas, les ARP peuvent rendre de sacrés services, surtout dans les litiges civils. Car dans ces affaires le préjudice n’est que… matériel. Et puisqu’il s’agit d’argent, il n’est pas anormal de payer pour faire une enquête. D’ailleurs, lorsqu’on se porte partie civile devant un juge d’instruction, ce dernier demande le versement d’une caution et une partie de cet argent est utilisé pour couvrir les frais des policiers ou des gendarmes.

Pour conclure, on peut dire que les privés ne sont populaires qu’au cinéma ou à la télé. Les flics ne peuvent pas les sentir, les journalistes ont du mal à les prendre au sérieux, et on leur a même refusé l’étiquette de « détective privé », qu’on trouvait sans doute trop valorisante, trop polar, pour leur coller le titre d’agent de recherches privées.

inspector-gadget-0.1224055564.gifPourtant, si l’on réfléchit bien, dans notre système judiciaire qui devient de plus en plus à charge, au point que parfois il est demandé aux suspects de prouver leur innocence, il y a un sacré vide. Les avocats n’ont ni la formation ni le temps pour effectuer des contre-enquêtes. Le détective privé pourrait rétablir l’équilibre de la balance de la justice, comme c’est le cas aux USA. Mais il faudrait pour cela leur donner le statut d’auxiliaires de justice, statut qu’ils revendiquent à cor et à cri.

Cela donnerait aux détectives privés une véritable place dans l’institution judiciaire, sans qu’il n’en coûte un cent aux contribuables.

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