POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Les coulisses des reconstitutions judiciaires

Un patron de la gendarmerie vient de se voir sanctionner pour avoir refusé que ses hommes, en l’occurrence un homme et une femme,  se prêtent à la reconstitution d’une scène de crime.

extrait-du-film-linspecteur-la-bavure.1276251374.JPGIl y a quelques années, un commissaire de police avait fait de même. Il s’était vu retirer, lui aussi, son habilitation d’OPJ pour un an. Les syndicats de police, notamment Synergie officiers, avaient alors diffusé un tract pour inviter leurs adhérents à boycotter les reconstitutions, du moins celles qui sont jugées dégradantes.

Mais c’est quoi une reconstitution judiciaire ?

Pour se faire une idée, une idée pour rire s’entend, on peut visionner sur Dailymotion la scène du film de Zidi, Inspecteur la bavure. Tout le monde est en place. Le commissaire (Julien Guiomar) demande à l’officier de gendarmerie si l’un de ses gendarmes peut jouer le rôle de la victime. Refus poli. Alors, le commissaire se tourne vers Coluche : « Vous allez faire la petite fille », lui ordonne-t-il. On retire les menottes au suspect (Philippe Khorsand) qui se met à courir après Coluche en criant « Fifille, fifille !…». À voir, c’est un extrait de choix.

Plus sérieusement, il s’agit généralement d’un acte d’instruction qui consiste à mimer le crime un peu comme on le ferait au théâtre. Le juge se transforme alors en metteur en scène. Parfois, victimes, témoins ou suspects jouent leur propre rôle. À défaut, on prend des figurants. Et par commodité, ou pour limiter les frais, on les choisit parmi les policiers ou les gendarmes.

La reconstitution est un acte important de l’enquête judiciaire, car elle permet de visualiser la scène et notamment de mettre en évidence des impossibilités matérielles. Et c’est un acte objectif qui peut servir autant l’accusation que la défense.

Lors du procès Colonna, par exemple, au vu des déclarations des experts sur l’angle de tir, les avocats avaient demandé une nouvelle reconstitution pour tenter de démontrer que la taille de leur client contredisait l’accusation.

Je ne me souviens plus s’ils ont obtenu satisfaction…

Personne d’ailleurs ne conteste l’importance de cet acte. Simplement, gendarmes et policiers se refusent à mimer certaines scènes, comme de jouer par exemple devant les suspects le rôle de la victime.

Il me semble que c’est une position parfaitement compréhensible.

En revanche, lorsqu’ils effectuent une france-nation-de-football.1276250806.jpgparade d’identification, ils s’arrangent entre eux. Acceptant de bonne grâce de poser parmi les suspects, sous le regard des témoins. « Des volontaires pour un tapissage ! » entend-on parfois dans les couloirs.

Alors, après tout, pourquoi les magistrats ne s’arrangeaient-ils pas entre eux ?

On imagine le tollé.

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Aff. Boulin : pourquoi pas une enquête parlementaire ? a été lu 5 442 fois et a suscité 13 commentaires.

Aff. Boulin : pourquoi pas une enquête parlementaire ?

L’élément déterminant de l’enquête sur les causes de la mort de Robert Boulin se trouve dans le courrier qu’il avait adressé à des amis et à des journalistes et dans lequel il annonçait son intention de mettre fin à ses jours. justice_barakanewsunblog.jpgPatatras ! les lettres et les enveloppes ont disparu du coffre où elles étaient enfermées. Une enquête administrative est en cours.

Une enquête administrative, ce n’est pas ce que demande la fille du défunt, qui, elle, souhaite la réouverture de l’enquête judicaire, notamment pour pouvoir comparer l’adn laissé sur les timbres desdites enveloppes avec celui de son père – comme il a été fait dans l’affaire Grégory. Cela ne débrouillerait pas complètement le dossier, mais il faut bien reconnaître que si l’on peut affirmer d’une manière scientifique que Boulin est bien l’expéditeur de ces lettres, la thèse de l’assassinat aurait sérieusement du plomb dans l’aile !

Et dans le cas contraire…

Ce n’est pas l’avis du procureur général. Pour lui aucun élément nouveau ne justifie la réouverture de l’enquête. Je suppose qu’il avait pris cette décision avant de savoir que les scellés avaient disparu…

Car l’élément nouveau, il est bien là !

En effet, dans une affaire qui laisse planer le doute et  la suspicion, et derrière laquelle on imagine un machiavélisme politique impitoyable, comment ne pas prendre en compte la disparition d’une preuve capitale !

Alors, meurtre ou suicide ?

S’il s’agit d’un meurtre, il serait donc l’œuvre d’une équipe de barbouzes à la solde de quelques politiciens véreux. Avec une mise en scène soigneusement orchestrée (dont les fameuses lettres tapées sur la machine à écrire personnelle du ministre) pour faire croire à un suicide. Des heures et des heures de préparation. Tout ça pour finir dans 50 cm d’eau ?

Mais s’il s’agit bien d’un suicide, alors, pourquoi tant d’invraisemblances ? Peut-être parce que, lorsqu’un membre influent de la politique disparaît brutalement, il est de tradition de « faire le ménage » avant l’arrivée des enquêteurs. Manquerait plus qu’un document compromettant se retrouve entre les mains d’un petit juge, crénom ! Or dans les heures qui ont précédé la découverte du corps, il y a des blancs, c’est incontestable.

Mais dans un cas comme dans l’autre, il est ridicule de penser que tout un service de police judiciaire (que je connais bien) puisse s’être laissé corrompre… En revanche, que l’on ait attendu « un peu » avant de prévenir les enquêteurs, et qu’ensuite on les ait « un peu » baladés, cela n’est pas impossible…

Sur ce blog, un vieux billet sur l’affaire du petit Grégory est devenu un forum où se retrouvent ceux qui refont l’enquête, ou tout simplement ceux qui cherchent à comprendre. À ce jour, plus de 6 000 commentaires. La mort de cet enfant est devenu un véritable questionnement sur le fonctionnement de notre justice – tout comme l’affaire Boulin. Je crois même qu’on peut parler de trouble à l’ordre public.

Avec une différence, c’est que dans un cas il s’agit d’une affaire criminelle et dans l’autre d’une affaire politique.

Alors, si la Justice ne veut pas rouvrirporte-cles-cocarde.1276071012.jpg le dossier sur la mort de Boulin, le principe de la séparation des pouvoirs n’existe plus, et dans ce cas… nos parlementaires ne pourraient-ils pas envisager la création d’une commission d’enquête ?

Une enquête des députés, au nom du peuple français, sur la mort de l’un des leurs, ç’aurait du panache, non !

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A-t-on le droit d’être armé, a été lu 45 745 fois et a suscité 230 commentaires, certains très limites, ou très deuxième degré. Il est évident qu’il ne s’agit pas de laisser chacun se balader avec une arme à feu, mais de simplifier la réglementation actuelle. Mais le fait intéressant dans la démarche du député Marlin est de vouloir légiférer dans ce domaine. Autrement dit, de passer du règlement à la loi. Un bon point pour la démocratie.

A-t-on le droit d’être armé ?

56 % des personnes interrogées lors d’un sondage CSA effectué pour Le Parisien sont favorables à l’armement des polices municipales. Une réponse étonnante. Mais un député de la majorité va plus loin, il s’interroge : la possession d’une arme n’est-elle  pas un droit constitutionnel – pour tous les Français ? madalton.1275821048.gif

Et pour étayer son argumentaire, il rappelle que le comité qui planchait sur la Constitution de 1791, avait prévu un article X qui disait : «Tout citoyen a le droit d’avoir des armes chez lui, et de s’en servir…». Article qui n’a pas été formalisé, tant à l’époque il paraissait évident.

Franck Marlin, avec trois de ses collègues, vient donc de déposer un projet de loi pour modifier radicalement la réglementation sur les armes. Dans le préambule de son exposé, il cite Christian Estrosi (qui représentait Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur) qui clôturait ainsi en 2006 un colloque sur les armes et la sécurité : « Notre société ne réserve pas la possession d’armes aux seules autorités investies d’un pouvoir de contrainte, c’est-à-dire à l’État et autres personnes publiques. Au contraire, il s’agit du privilège d’un pays démocratique que de reconnaître à ses citoyens des motifs légitimes de posséder une arme, que ce soit pour la chasse, le sport ou la collection… »

Et dans son projet, le parlementaire regrette que depuis un texte d’exception voté en 1939, ce soit le pouvoir exécutif qui décide de la réglementation sur les armes alors qu’il s’agit, constitutionnellement, du domaine de la loi. En effet, dit-il « les Constituants de 1789 et les rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ont indiqué que le droit pour les citoyens de détenir des armes constituait un droit naturel existant en tout lieu depuis des temps immémoriaux, c’est-à-dire, « un principe supérieur et intangible, qui s’impose non seulement aux autorités d’un État déterminé, mais aux autorités de tous les États » ».

Le Code pénal de 1810 rangeait le droit d’avoir une arme parmi les droits civiques, civils et de famille. Et aujourd’hui encore, il est admis que les citoyens ont le droit de se défendre, et concourent, si besoin, à la défense de la Nation. Rappelez-vous l’appel de Michel Debré dans la nuit du 23 avril 1961 : « Dès que les sirènes retentiront, allez-y, à pied ou en voiture… » Il s’agissait pour les Parisiens de s’opposer aux parachutistes attachés au général Salan. Tandis que dans le même temps, place Beauvau, des centaines de personnes faisaient la queue pour qu’on leur donne des armes – qu’ils n’obtiendront d’ailleurs pas.

L’Union française des amateurs d’armes, qui se bat depuis longtemps pour une modification de la réglementation, cite les six critères établis par « d’éminents politologues », comme Zbigniew Brzezinski (conseiller à la sécurité du président Jimmy Carter) qui définissent l’installation du politologues.1275821157.JPGtotalitarisme dans un pays. Comme on le voit dans l’encadré (même si d’autres considérations peuvent nous troubler), le monopole de l’utilisation des armes à feu y figure en bonne place.

L’arme symbole de la démocratie ! Je ne sais pas si les Français vont suivre ce raisonnement…

Mais pourquoi des députés montent-ils au créneau sur un tel sujet, alors que l’écho des détonations des Kalachnikovs résonne encore aux oreilles des témoins des fusillades de Villiers-sur-Marne et de Marseille !

Allez, cherchez bien ! Qu’est-ce qui peut faire bouger tant soit peu l’ordonnancement de notre vieux pays ? L’Europe, évidemment. Il s’agit de se mettre en conformité  avec les directives européennes. Raison pour laquelle depuis plusieurs mois, un groupe de travail dirigé par le préfet Patrice Molle planche sur le sujet.

Aujourd’hui, les matériels de guerre, armes et munitions sont classés en différentes catégories qui vont, pour le haut de tableau, du char de combat à la lunette de nuit ou au matériel de cryptologie ; et pour le bas du tableau, des armes blanches, aux armes de tir ou de collection. Cette classification, qui ressemble à un inventaire à la Prévert, est tellement alambiquée que personne ne s’y retrouve. Qui peut dire aujourd’hui si la grand-mère qui serre précieusement une bombe aérosol de défense dans son sac est en infraction ou non ?

On irait donc vers une simplification. Certaines armes, comme les armes blanches, les armes de collection, les armes non létales…, pourraient être achetées et détenues librement.

On s’acheminerait également vers un assouplissement concernant l’autorisation de port d’arme, qui en France est quasi impossible à obtenir – sauf à avoir le bras long.

Je ne sais pas si ces propositions vont aboutir… On a tellement pris l’habitude, après chaque drame, d’entendre dire que la réglementation sur les armes allait être durcie, qu’on est presque à contre-courant.

La France est l’un des pays où pratiquement tout est interdit dans ce domaine – et l’on nous dit ces jours-ci, dans la presse, que n’importe qui peut se procurer une Kalachnikov pour moins de mille euros… Alors ?

En Grande-Bretagne, où les règles sont également très dures, un chauffeur de taxi vient de faire un carnage… Alors ?

Cette réglementation coûte un fric fou pour la faire respecter et l’on n’y comprend rien. Faut-il la simplifier ? Sans aucun doute. En tout cas, il faut faire la distinction entre celui qui détient une arme pour d’honnêtes raisons (tir, chasse, collection…) et les autres.

En revanche, on pourrait utilement réfléchir à un fichier (un de plus) qui répertorierait « l’empreinte » de toutes les armes à feu qui circulent en France, même celles des policiers et des gendarmes. shadok_marteau.1275821282.gif

Au moins, cela faciliterait les enquêtes, et peut-être cela mettrait-il un peu de plomb dans la tête de ceux qui en détiennent une…

Je voulais dire que cela les responsabiliserait – moi compris.

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Gendarmerie : Sarkozy enfonce le clou a été lu 3 331 fois et a suscité 7 commentaires.

Gendarmerie : Sarkozy enfonce le clou

Une démarche bizarre de la part du président de la République que celle de se rendre en Sologne pour discuter le bout de gras avec les gendarmes ! « Sarkozy s’efforce de rassurer les gendarmes » a titré l’agence de presse Reuters.

gendarme-se-marie.1275634624.jpgSeraient-ils inquiets ?

Aux environs de midi, ce jeudi 3 juin, une cinquantaine de journalistes attendent l’arrivée du Chef de l’Etat. Après la fouille, ils sont cantonnés à l’arrière de la gendarmerie de Lamotte-Beuvron. Enfin, l’hélicoptère se pose. Nicolas Sarkozy en descend suivi de Brice Hortefeux. Le Président se dirige vers un groupe d’aficionados qui l’attendent derrière les barrières de sécurité. Poignées de main et même une bise à une admiratrice.

Un peu plus tard, dans son discours, il évoque la mémoire du gendarme Jérôme Birault, décédé en 2006 dans l’exercice de ses fonctions lors d’un accident de la circulation. Il déclare qu’il « ne considère pas que cela fasse partie du métier de gendarme que de mourir ». Bon !… Mais pour l’essentiel, ses propos sont basés sur le rapprochement police-gendarmerie. « Il y a deux forces de sécurité en France qui ont les mêmes responsabilités, que nous traiterons à égalité et qui doivent être mises sous même commandement » Jusque là, tout va bien. « Qui peut concevoir que la délinquance rurale dépende du ministre de la Défense et que la délinquance urbaine dépende du ministre de l’Intérieur ? » ajoute-t-il.

Je n’étais pas présent, mais j’imagine qu’il y a eu un grand blanc parmi les pandores. En une phrase, il les a ramenés un demi-siècle en arrière : la police des villes, la gendarmerie des campagnes. Alors que petit à petit, ils avaient réussi à échapper à ce cliché, vous savez, comme dans les bouquins de Simenon, le gendarme qui se colle au garde-à-vous devant Maigret : « À vos ordres, Monsieur le commissaire ! ». Le gendarme d’antan, celui de Guignol, juste bon à s’occuper des vols de poules ou de bicyclettes, laissant les enquêtes sérieuses aux seigneurs de la PJ qui descendent de la capitale…

Heureusement, plus tard, il s’est repris, affirmant qu’il y avait beaucoup de similitude entre le travail de la police en milieu urbain et celui de la gendarmerie en milieu rural. « Je sais que votre travail est difficile mais, en même temps, nous avons décidé une lutte contre le crime implacable. »

Lors d’un échange de propos avec plusieurs gendarmes, il s’est félicité de la tenue vestimentaire qu’il a fait adopter alors qu’il était ministre de l’Intérieur, notamment le treillis et les brodequins. « Moi, je vous le dis, on ne peut pas courir après des délinquants avec des chaussures basses. »

Le Président s’est ensuite rendu à la gendarmerie de Neung-sur-Beuvron, où il a partagé son repas avec une vingtaine de personnes, des élus, mais aussi des gendarmes et leur famille, qui ont été servis dehors, dans le parc de la brigade de gendarmerie.

Ce dégagement champêtre a-t-il guignol-contre-gendarme.1275634644.jpgété productif ? Les gendarmes se sentent-ils mieux dans leur peau après cette attention présidentielle ? On ne le saura pas, car ils ont tous en tête l’exemple du chef d’escadron Jean-Hugues Matelly, viré pour avoir osé s’exprimer publiquement. Message reçu 5 sur 5 : les gendarmes ont parfaitement le droit de se taire.

Le président de la République l’a rappelé, le rapprochement police-gendarmerie, il l’assume entièrement. C’est un choix « absolument sans retour », a-t-il affirmé.

Quant à la représentation syndicale, on verra ça une autre fois, scrogneugneu !

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Profession : bandit a été lu 3 003 fois et a sucité 8 commentaires. A ne pas manquer la petite fable de lionel CH., le 02 juin 2010 à 22:32

 

Profession : bandit

Ces malfrats qui ont tiré tous azimuts, l’autre jour, pour assurer leur fuite, ou ces braqueurs qui ont arrosé à la Kalachnikov avant de faire main basse sur le butin qu’ils convoitaient, sont-ils des « amateurs qui ont perdu leur sang-froid », ou des « malfaiteurs professionnels » ?

la-trilogie-noire-de-leo-malet-par-daoudi-et-bonifay.1275466713.jpgLes avis sont partagés, du moins parmi les intervenants, comme on dit, c’est-à-dire ceux qui plastronnent devant un micro ou une caméra. Alors, qui a raison : le criminologue, le sociologue, le syndicaliste bon teint de la police, l’ancien flic ou le ministre de l’Intérieur ?

On s’interroge.

En les écoutant ces cassandres qui savent tout sur tout, on se dit qu’ils connaissent forcément des choses qu’ils ne veulent pas dire – ou le contraire : ils disent des choses qu’ils ne connaissent pas.

Car c’est quoi, un truand professionnel ? Un type qui de temps en temps braque une banque ou s’attaque à des convoyeurs de fonds, et qui le reste du temps pointe au chômage ?

Soyons sérieux ! Il n’y a pas d’école du banditisme, juste un enchaînement de circonstances. Le délinquant est d’abord un petit voyou qui fracture la porte des chambres de bonnes (c’est une image) et qui un jour finit le calibre à la main. Ce qui a été le cas de Jacques Mesrine (et pour lui, ce n’est pas une image). En fait, sans le savoir, ces truands, ils appliquent le principe de Peter. Ils en veulent toujours plus. Ils sont à la recherche de leur niveau d’incompétence, raison pour laquelle, un jour ou l’autre, ils se font prendre.

Mais il y a un point commun à tous ces crimes ou délits. Oui, l’appât du gain, vous alliez dire. Mais autre chose encore, dont on ne tient pas compte : la peur.

Car tous les braqueurs avec qui j’ai pu discuter, en général à l’issue d’une garde à vue exténuante, m’ont tenu ce même langage : ils montent sur un coup la peur au ventre. C’est même, je crois, ce qui rapproche les flics de leurs clients : la peur, vaincre sa peur, la décharge d’adrénaline… et la recherche non avouée de retrouver cette sensation.

La peur qui fait agir, la peur qui fait réagir…

Bon, mais après avoir égratigné les sociologues et les criminologues, je ne vais pas empiéter le domaine des psychologues.

Le vol à main armée n’est pas une invention de ce siècle, il a toujours existé. Sous la III° République, peut-on lire sur le site du ministère de l’Intérieur : « L’hexagone est, dans cette période, en proie à une grandissante insécurité dont tous les journaux se font largement l’écho, non sans quelques arrière-pensées politiques. »  (On dirait de l’actu.) Et en 1907, Clemenceau signe un décret qui prévoit la création de douze brigades mobiles, en dotant chacune, et c’est une première, de quatre limousines De Dion-Bouton. Car il s’agit de lutter contre la délinquance itinérante.

Aujourd’hui, avec l’ouverture les-brigades-du-tigre.1275466828.jpgdes frontières au sein de l’U-E, nombre de gangs de malfaiteurs sont pilotés depuis un autre pays. Souvent bien à l’est. Et même si l’on a mis sur pied des structures pour tenter de lutter contre cette grande délinquance grandement itinérante, on est loin du compte. Pour faire face, il va falloir des moyens, des hommes et surtout des règles identiques partout.

Mais lorsqu’on voit le temps nécessaire pour qu’enfin on s’interroge juste pour savoir si la garde à vue à la française est conforme ou non au droit européen, on se dit que ces nouveaux bandits de grand chemin ont encore de beaux jours devant eux.

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Le cheval, meilleur ami du policier a été lu 12 624 fois et a suscité 40 commentaires. Et comme le souligne Arnaud, même si certains disent apprécier la viande de cheval, c’était quand même plus cool que dans le billet précédent.

Le cheval, meilleur ami du policier

2010 pourrait bien être l’année du cheval. En effet, au mois de janvier, quatorze députés se sont penchés sur le destin de cet animal, autrefois dit de labeur, et aujourd’hui essentiellement cantonné à des activités sportives et de loisirs. Ils ont donc déposé une garde-a-cheval_blog-clic-cheval.1275214216.jpgproposition de loi pour que le cheval ne soit plus considéré comme un animal de rente, destiné à finir sa vie à l’abattoir, mais comme un animal de compagnie. « Rien ne différencie plus le chien, animal de compagnie, d’un cheval, animal de rente », a dit le député Lionnel Luca, qui est à l’origine de cette initiative. En fait, il s’agit d’ajouter une petite phrase au Code rural : « Art. L. 212-9 A. – Le cheval est un animal de compagnie tel que défini par les dispositions du présent code à l’article L. 214-6. »

Dans la police et dans la gendarmerie, ce n’est pas tout à fait vrai, car le cheval et le chien ne sont pas des animaux de compagnie mais plutôt des « collaborateurs » à quatre pattes.

Et en cherchant à me documenter sur le sujet, je suis tombé sur un personnage original : un commissaire divisionnaire qui s’est réorienté vers l’enseignement, puisqu’il est aujourd’hui professeur à Paris VIII, et qu’il a créé une école d’équitation destinée à former des jeunes « qui se cherchent ».

Philippe Vénère, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un policier un rien atypique. 37 ans de police, dont 6 comme gardien de la paix. C’est lui, par exemple, qui a ouvert les portes de la 1ère DPJ (division de police judiciaire) de la rue de Courcelles, à Paris, à Bertrand Tavernier, afin qu’il puisse s’inspirer de ces locaux de police particulièrement repoussants pour tourner L.627, film qui a attiré l’attention sur les conditions de travail des policiers.

C’est lui également, alors qu’il dirigeait la 4ème BT (brigade territoriale), en 1984, qui a reçu la mission impossible d’évacuer le squat de « l’îlot Chalon ». Une sorte de cour des miracles qui était devenue un véritable centre commercial de la drogue. On raconte, qu’au flan, il a demandé 1000 hommes. Accordé, a répondu le préfet de police. Et cette opération casse-gueule, et forcément impopulaire, s’est déroulée sans bobo.

Donc, en 1999, avec un officier de l’armée de l’Air, Gilbert La Sala, il fonde l’École des gardes à cheval de Soissons, destinée à former des jeunes qui veulent concilier leur métier et leur passion pour le cheval. « Aujourd’hui, 85% de nos stagiaires sont placés dès la sortie de la formation », dit-il. Les débouchés : gardes-vert, gphilippe-venere_france5.1275299583.jpgardes-chasse, gardes forestiers, et même des sociétés de surveillance qui parfois font appel à des cavaliers. À noter que la gendarmerie nationale recrute des gendarmes adjoints à cheval.

Sinon, pour la police nationale ou municipale et pour la gendarmerie, notamment la Garde républicaine, il faut d’abord passer le concours commun à tous les candidats.

De par le monde, de très grandes villes sont dotées d’une police montée. En France, on semble un peu en retrait. Pourtant, l’idée fait son chemin auprès de certains maires et l’on commence ici ou là à voir apparaître des brigades équestres.

Le policier ou gendarme à cheval présente plusieurs avantages. D’abord, par sa situation dominante, il a une vision étendue. Ensuite, il peut crapahuter dans les espaces verts ou sur des chemins impraticables pour des engins motorisés.

Mais l’avantage le plus important est psychologique. Le couple policier-cheval ne dégage aucune agressivité, bien au contraire. En plus, il est écolo.  À son passage, c’est comme si on arrêtait le temps. Comment dire, le flic, sur son canasson, il est sympa.

Je sais bien que rendre les policiers sympathiques n’est pas la préoccupation première ni des maires ni d’un ministre.

Ils n’ont pas nécessairement raison. L’autre jour, à Limoges, une jeune femme demande l’aide d’un CRS : son bébé de quatre jours est tombé à l’eau et il ne respire plus. Le policier prodigue un massage cardiaque et le bébé reprend vie. Quelques semaines auparavant, sur l’autoroute A25, c’est une policière qui se transforme en sage-femme pour aider à mettre au monde un petit Mathis.

La routine me direz-vous. Oui, mais pourquoi ne montrer toujours que le côté noir des choses ?

Cela dit, le cheval n’a pas encore gagné la partie. Car il n’est pas du tout certain que les députés acceptent de le classer parmi les animaux de compagnie. À cela, il y a plein de raisons pratiques que rappelle le Groupe des entreprises du secteur cheval en agriculture (GESCA) dans un rapport qui conclut que « le cheval animal de sport, de sport de loisirs, de trait, de consommation [doit être] maintenu dans la classification juridique d’animal de rente ».

Avec un argument fort, surtout à notre époque : 70 000  emplois à la clé.

Ce qui me gêne le plus, c’est le mot « consommation ».

D’ailleurs, en fin de carrière, les chevaux de la Garde républicaine ne sont plus envoyés à l’abattoir, mais ils peuvent être rachetés par leur cavalier ou confiés à des associations.

Pour moi, et je crois que nous sommes nombreux dans ce cas, le steak de cheval ne passe pas.

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La 1ère photo provient du blog Clic-cheval et la seconde d’un reportage de France 5.
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Politique sur le dos des morts a été lu 9 780 fois et a suscité 44 commentaires

Politique sur le dos des morts

Beaucoup d’émotion, hier, lors de l’hommage national rendu à Aurélie Fouquet en présence du président de la République. Même si certains aspects de cette affaire sont encore ténébreux, le temps n’est pas à la polémique, mais au recueillement.

croix-dattelle_dominiqueetcompagnie.1274946149.jpgCela m’a rappelé d’autres morts, dans d’autres circonstances.

C’était le 31 mai 1983, lors d’un banal contrôle d’identité, avenue Trudaine, à Paris. Plusieurs individus dans une voiture ouvrent le feu sur les policiers. Deux meurent sur le coup et le troisième est grièvement blessé. Deux jours plus tard, un motard interpelle un jeune homme pour vérifier son permis de conduire, il est tué d’une balle dans le dos.

Trois morts et un blessé grave en quelques jours.

Lors de la cérémonie dans la cour de la préfecture de police, le ministre de l’Intérieur, Gaston Defferre, et le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Joseph Franceschi, sont accueillis par des huées et des sifflets. Certains policiers, à leur passage, leur tournent même ostensiblement le dos. Après le cérémonial, ils se retrouvent dans la rue et marchent en direction de la place Vendôme pour hurler leur désaccord avec la politique pénale menée par Robert Badinter. La Chancellerie est protégée par quelques dizaines de gardiens de la paix, qui mettent képi bas, et par deux escadrons de la gendarmerie.

Les policiers estiment qu’ils sont lâchés par le pouvoir en place et que les nouvelles lois, trop permissives, vont les empêcher de faire leur travail normalement. Et même si  personne n’en parle haut et fort, ils sont beaucoup à penser que la suppression de la peine de mort ne va pas arranger les choses. Pour certains, il s’agit d’un véritable message de faiblesse vis-à-vis des criminels…

À la suite de cette manifestation, les sanctions vont tomber. À tous les niveaux : le préfet de police démissionne, le directeur général est remercié, sept policiers sont suspendus et deux représentants syndicaux révoqués.

Mais la gauche au pouvoir tient compte de l’avertissement. C’est le tocsin de l’angélisme et le dur retour à la réalité.

Et pourtant, même si l’émotion qui a suivi la mort de ces policiers est parfaitement compréhensible, avec le recul, on peut se dire que leur réaction était exagérée, et qu’en fait, ils se sont fait manipuler.

En effet, depuis la mairie de Paris, Jacques Chirac se prépare déjà pour les élections présidentielles. Il a créé auprès de lui une cellule, une sorte de « ministère de l’Intérieur fantôme », comme l’appelle le regretté Philippe Madelin dans son livre La guerre des polices (Albin Michel), cellule dirigée par un commissaire et placée sous la houlette de Robert Pandraud.

Et ce sont eux qui tirent les ficelles.

Je ne sais pas pourquoi, cette cérémonie à la mémoire de cette jeune policière tuée en service m’a rappelé ces événements.

Et j’ai ressenti la même gêne.

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Taser contre kalachnikov a été lu 22 192 fois et a suscité 71 commentaires. On s’interroge beaucoup sur le rôle que doit désormais tenir la police municipale.

Taser contre Kalachnikov

Après la fusillade de Villiers-sur-Marne, la décision soudaine de Brice Hortefeux d’autoriser les maires à doter leur police municipale d’un pistolet Taser tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe.

drapeau_photo-nadine_breizphoto_flickr.1274696962.jpgLes syndicats ne sont d’ailleurs pas dupes, ainsi Patrick Masante, le porte-parole du Syndicat national du policier municipal, tout en regrettant que les  » municipaux  » ne bénéficient pas du même armement (en 1e catégorie) que les  » nationaux « , déclare que « les Tasers et les flashballs ne sont que des gadgets ».

En effet, à quoi un Taser peut-il bien servir face à une Kalachnikov !

Dans cette histoire dramatique, on a bien du mal à imaginer l’enchaînement des événements. Personnellement, je n’ai pas compris.

Le Figaro du 21 mai nous dit que « des policiers du commissariat de Villeneuve-Saint-Georges, en route pour une séance d’entraînement au tir, croisent un fourgon qui comporte deux petits trous dans la carrosserie, semblables à des impacts de balles […] Ils le prennent en chasse ». Alertés par radio, d’autres policiers, de la Compagnie de sécurisation, repèrent le véhicule et se joignent à la poursuite. Échange de coups de feu.

À Villiers-sur-Marne, le fourgon heurte une voiture. Des policiers municipaux, apparemment non informés de cette suite d’événements, arrivent sur les lieux et se positionnent en travers de la route, sans doute pour interdire la circulation. Pensent-ils à un accident de la circulation ? C’est alors que les truands arrosent tout le monde avec des armes de gros calibres.

Selon une version plus récente, les policiers auraient tenté de contrôler le fourgon alors qu’il circulait sans plaque d’immatriculation. Refus de s’arrêter. Début de course-poursuite. Fusillade, jusqu’à l’accident à Villiers-sur-Marne.

Je ne vois pas trop des braqueurs monter sur un coup dans ces conditions… C’est quand même le meilleur moyen d’attirer l’attention.

Une troisième version circule, qui suppose que cette équipe de voyous était sous surveillance depuis pas  mal de temps.

Sinon, on peut mixer les trois hypothèses, et l’on obtient alors quelque chose de cohérent. On imagine…

L’antigang planque sur une équipe qui projette de se faire un fourgon blindé. Pas question d’intervenir à chaud : trop de risques. Alors, on surveille, on filoche, on écoute… On attend le moment propice, le plus souvent après le coup, lorsque les malfrats sont persuadés d’avoir réussi et qu’ils relâchent la pression. Ce qu’on appelle l’opération retour. Mais là, c’est le grain de sable. Des collègues de la circulation qui trouvent le fourgon suspect et qui le prennent en chasse. Alors, à l’antigang,  c’est l’affolement. On sait que cela risque de mal tourner. On s’époumone à la radio, mais ça cafouille un peu sur les fréquences. Trop tard. Les truands ont repéré les flics. À présent, ce sont des fauves, prêts à tout…

C’est de la fiction, bien entendu. Et peu importe comment les choses se sont déroulées, me direz-vous. Pas si sûr. Lorsqu’on est devant un tel pépin, il faut faire le débriefing. Il faut tirer les conséquences. Certes, ce n’est pas à moi de le faire, je n’ai pas les éléments. Une chose est sûre, il ne suffit pas de claironner que les coupables seront arrêtés, qu’ils seront punis, autant de phrases creuses qui n’ont jamais empêché un braqueur d’être un assassin en puissance. Et ce n’est pas un phénomène nouveau. Et à la différence du policier ou du gendarme, le voyou, lorsqu’il ouvre le feu, il se fiche pas mal de savoir où ses balles atterrissent.

Aurélie Fouquet, une jeune femme de 26 ans, a perdu la vie lors de cette fusillade, et sept autres personnes ont été blessées, dont un chauffeur routier et quatre automobilistes qui se trouvaient là au mauvais moment. C’est le bilan accablant d’une course-poursuite improvisée.

Et aucun Taser au monde n’y aurait rien changé.

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Fumer un joint ou conduire, il faut choisir ! a été lu 31 858 fois et a suscité 92 commentaires, dont certains… fumants.
(La photo du drapeau a été empruntée à Nadine.)

Fumer un joint ou conduire, il faut choisir !

Les 4 millions de fumeurs de cannabis, occasionnels ou habituels, peuvent remercier les sénateurs. Il y a trois jours, surchargés de travail, paraît-il, ils ont repoussé intermede_diogenech_editions-libres.1273904559.gifaux calendes grecques l’adoption de la Loppsi. Information démentie dès le lendemain : cette loi sera examinée à la rentrée.

À la sécurité routière, ils ont dû pousser un ouf de soulagement. Car en février dernier, lors d’un comité présidé par François Fillon, il a été décidé d’intensifier le dépistage du cannabis chez les automobilistes. Sous réserve, justement, de l’adoption de la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, autrement dit la Loppsi.

Aujourd’hui, le contrôle de stupéfiants est obligatoire en cas d’accident mortel et facultatif en cas d’accident corporel. De plus, il est possible en cas d’infraction susceptible d’entraîner le retrait du permis de conduire ou si le comportement du conducteur laisse supposer qu’il est sous l’emprise d’une drogue.

63 500 contrôles en 2009. Chiffre qui doit rapidement augmenter avec en ligne de mire 100 000  par an. Au pays de Descartes, on aime bien les chiffres ronds.

Mais surtout, les conditions d’application doivent être modifiées.

Les contrôles seront obligatoires en cas d’accident corporel, mortel ou non, et possibles pour tous les accidents matériels. Ils seront également possibles en cas d’infraction, même bénigne, au Code de la route, ou en cas de présomption d’usage de stupéfiants. Bref, à partir du moment où un piéton devient automobiliste, le policier ou le gendarme pourra vérifier si par hasard il n’aurait pas fait tourner un pétard.
De plus, des contrôles « stupéfiants » aléatoires pourront être mis en place, comme c’est actuellement le cas en matière d’alcoolémie.

Fort opportunément, Liaisons*, le magazine de la Préfecture de police de Paris, nous rappelle comment se déroulent ces contrôles routiers. Tout repose sur un test salivaire, le Rapid Stat, dont certains toxicologues contestent pourtant la fiabilité. Il y aurait pas mal de « faux positifs » qui seraient ensuite démentis par la prise de sang. Par ailleurs, il suffirait de s’être brossé les dents ou rincé la bouche juste avant le contrôle pour éliminer les résidus de fumée de cannabis et ainsi abuser le test.

Test qu’il ne doit pas être facile d’effectuer au bord d’une route de campagne, à la lueur d’une torche électrique, par exemple.

Extrait du dossier Liaisons sur les stupéfiants.JPG


Si toutes les lignes ne sont pas roses, la vie non plus, car c’est la prise de sang. Dans ce cas, il faut au minimum 72 heures avant d’obtenir le résultat. Et si les analyses de laboratoire confirment le test salivaire, le « délinquant » devra payer les frais du laboratoire, soit une somme forfaitaire de 300 euros.

code-de la route_legifrance.1273905114.JPG

Une telle opération demande environ un quart d’heure. Et, sans faire de mauvais esprit, on peut s’interroger sur la manière de mettre en place un contrôle aléatoire…

On imagine l’embouteillage…

La voiture a longtemps été un Code pénal_stups_extrait dossier Liaisons.1273905215.JPGmoyen de s’évader, un peu de rêve…, un petit bout de liberté. Peu à peu, sans doute avec les meilleures intentions du monde, on en fait un objet maudit.

Avec ce nouveau tour de vis, n’est-on pas dans l’excès ?

Selon une estimation de 2005, il y aurait environ 230 morts par an, victimes d’un chauffard flottant dans les limbes du cannabis. Par comparaison, en 2008, 1200 personnes ont été victimes d’un conducteur qui avait bu un verre de trop.

Bon, enfin, ce que j’en dis… Là-dessus, je vais grimper dans mon vieux 4X4 pollueur, vous savez, celui qui est immatriculé en Guyane…, et prendre quelques jours de vacances. Vous en conviendrez avec moi, des vacances bien méritées.

Et même si je ne fume pas, avant de partir, je me brosserai les dents.

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* Un dossier très complet, Drogue, ennemi public n°1.
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Internet, roulette et grosse galette a été lu 7 913 fois et a suscité 16 commentaires. Mercredi 12 mai, le Conseil constitutionnel a rejeté le recours du PS et validé  la loi sur les jeux d’argent en ligne.

Internet, roulette et grosse galette

Aujourd’hui, on doit connaître les joueurs sélectionnés pour la Coupe du monde de football, mais d’autres personnages piaffent dans les starting-blocks : ceux qui attendent les jeux en ligne. Même si les choses ont pris un peu de foot-et-argent_plocteville.1273562408.gifretard, à cause de Malte, qui ne voit pas d’un bon œil lui échapper les « clandés » qui prospèrent sur son sol, c’est promis juré, avant le premier coup de sifflet de l’arbitre, les jeux seront faits. Juste deux ou trois obstacles juridiques à franchir et l’Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL), délivrera les premières licences. Pour l’instant cela concerne le poker, les paris sportifs et les paris hippiques.

Dans les coulisses, dans le monde de la finance et de la politique, on imagine les pourparlers, les négociations, le donnant, donnant…

Car, même si Charles Pasqua a été blanchi dans l’affaire du casino d’Annemasse, on sait bien que les jeux d’argent et la politique sont inséparables.

Cette masse de billets que génèrent les casinos a toujours suscité convoitises et tentations. Et comme ces entreprises « à part » ont besoin d’autorisations administratives, on imagine les magouilles… En sera-t-il de même avec les jeux virtuels ?

Si aujourd’hui la guerre commerciale est ouverte, en tout cas, la guerre des jeux n’est pas un long fleuve tranquille, loin s’en faut. Voici deux exemples, parmi tant d’autres, l’un, vieux de plusieurs dizaines d’années, l’autre, plus récent.

Dans les années 70, grandes manœuvres pour l’ouverture d’un deuxième casino à Nice, le Ruhl. Le 13° de la Côte d’Azur. Chiffre qui ne portera pas chance à tout le monde. C’est Jean-Dominique Fratoni, dit Jean-Do, qui mène la danse. Le bonhomme est ambigu. Il cultive les relations mais il n’a sans doute pas les épaules pour agir de son propre chef. Derrière, on subodore des hommes puissants…

Jean Bozi, un ancien député UDR, appuie la demande d’agrément. Or Bozi est casino-ruhl.1273562546.jpgégalement un proche de Marcel Francisci, qui est lui-même un ami d’Alexandre Sanguinetti, lequel roule dans le sillage de Roger Frey. Pour situer les personnages, les années précédentes, alors que le pays est déstabilisé par la fin de « l’Algérie française », Frey est ministre de l’Intérieur et à ses côtés Alexandre Sanguinetti recrute des gros bras dans la pègre pour lutter contre l’OAS. Il est d’ailleurs l’un des fondateurs du SAC (service d’action civique) avec Charles Pasqua et Etienne Léandri, association 1901 destinée à l’origine à soutenir la politique de De Gaulle, et téléguidée en sous-marin par Jacques Foccart.

Pour en revenir au Ruhl, Jacques Médecin, le maire de Nice, n’est pas en reste. Il veut que sa ville supplante Monaco. Il rajoute au pot et accorde même à Fratoni une réduction importante sur le montant des taxes qu’il doit régler à la commune. Tandis que son concurrent, situé à moins de trois cents mètres, Le Palais de la Méditerranée, paie plein pot.

En fait, il n’y a pas la place pour deux casinos à Nice. Rapidement, les hostilités sont ouvertes. Ainsi, en 1975, un mystérieux groupe de joueurs italiens fait pratiquement sauter la banque du Palais dans des circonstances qui n’ont jamais été vraiment élucidées.

Mais Fratoni a beau se démener, la mayonnaise ne prend pas, et malgré le renflouement d’Alain Delon, le Ruhl connaît rapidement de sérieuses difficultés financières.

Raison qui explique la tentative de prendre le contrôle du Palais de la Méditerranée, via les actions détenues par la fille de sa dirigeante, Renée le Roux. On connaît la suite: la disparition d’Agnès Le Roux qui a conduit, plus de trente ans plus tard, son amant, l’avocat Maurice Agnelet, à être condamné à vingt ans de réclusion criminelle – sans pour cela qu’on n’en sache plus sur cette affaire.

À cette époque, derrière chaque casino, on devine l’ombre de Marcel Francisci ou de son concurrent, Baptiste Andréani. Entre les deux, une ribambelle de cadavres.

Mais indiscutablement, c’est Francisi qui  porte la couronne. Jusqu’en 1981, où ses ennuis commencent avec le nouveau ministre de l’Intérieur, Gaston Defferre. Il n’en verra pas le bout. Il est tué dans le parking de son immeuble, à Paris, en janvier 82. Trois balles de 11.43, à bout touchant. Les soupçons des enquêteurs se portent sur ses anciens associés, les frères Zemour. Sans preuve. Mais il semble que d’autres ne s’embarrassent pas de ces détails: Edgard Zemour est abattu l’année suivante, à Miami, en Floride, où il s’est retiré ; et Gilbert Zemour quelques mois plus tard. Deux balles de 357 alors qu’il promenait ses quatre caniches. Et une dernière, pour la route, le canon de l’arme sous le menton.

On peut se dire, bon, tout ça c’est de l’histoire ancienne…

Alors, parlons du cercle Concorde. Cette maison de jeu de la rue Cadet, à Paris,  a obtenu une autorisation d’ouverture en novembre 2006, alors qu’à cette époque l’établissement était dans le collimateur des policiers. Ceux-ci enquêtaient (entre autres) sur un flingage qui avait eu lieu quelques mois auparavant à Marseille, à la brasserie des Marronniers. Quatorze balles, trois morts. Lorsque les enquêteurs déterminent qu’un certain Paul Lantieri pourrait être l’un des instigateurs de ce règlement de comptes, finauds, ils font le rapprochement avec le cercle Concorde. Car le bonhomme, qui possède pas mal d’établissements de toutes sortes sur l’Île de Beauté, est également propriétaire du restaurant qui jouxte le cercle de jeux. Il est arrêté en janvier 2007 et mis en examen pour association de malfaiteurs. Bizarrement, il est laissé libre. Dès lors, la PJ ne le lâche plus d’une semelle. Ce qui va permettre aux enquêteurs un sacré coup de filet dans lequel se prendront au passage un banquier suisse, un ancien capitaine de gendarmerie et un vieux de la vieille du milieu marseillais : Roland Cassone.

Pour le folklore, celui-ci est arrêté alors qu’il taille la haie de son jardin, un flingue dans la ceinture et le gilet pare-balles à portée de la main. Un rôle en or pour le regretté Paul Meurisse.

En janvier 2008, l’Express s’interrogeait : « Il reste à comprendre pourquoi Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a autorisé l’ouverture de la maison de jeux avec à sa tête ce sulfureux attelage à l’automne 2006, et pourquoi Michèle Alliot-Marie a renouvelé cette autorisation un an après. Dans les écoutes, l’un des suspects fait allusion à un ancien ministre proche de Charles Pasqua et de Sarkozy ».

Depuis des lustres, la roulette est interdite en région parisienne, pour éviter, disait-on dans le temps, que les ouvriers n’y laissent leur paie. Aujourd’hui, le poker, boosté par des stars du showbiz et soigneusement mis en scène par la télévision, notamment Canal +, a changé la donne. Sa popularité renforce l’attrait des salles de jeux parisiennes. Businessmen et voyous s’en pourlèchent les babines.

chien-voyou1170497922.1273562632.jpgQue va-t-il se passer lorsque les jeux en ligne vont s’ouvrir légalement aux Français ?

Pour l’instant, il paraît que le combat est acharné. L’objectif est de figurer à tout prix dans le peloton de tête, quitte à perdre de l’argent au départ. Car les gains espérés sont énormes.

Mais si tous les coups sont permis – on n’en est pas encore aux coups de calibre.

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Le torchon brûle entre commissaires et magistrats a été lu 2 290 fois et a suscité 14 commentaires.
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