POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Garde à vue : l’illusion d’une diminution

Le premier objectif du projet de loi sur la réforme de la garde à vue est d’en réduire le nombre. Tel qu’il est présenté, ce texte atteindra-t-il son but ? Rien n’est moins sûr.

Tout est parti d’une idée simpliste : on remplace une mesure contraignante par une mesure logo-projet-loi-gav..JPGlibrement acceptée. C’est ainsi qu’est née « l’audition libre du suspect ». Par principe, elle est destinée à se substituer à la garde à vue (qui deviendrait donc l’exception), sauf  lorsqu’il existe un mandat de recherche ou si la personne visée se trouve dans un local de police ou de gendarmerie contre son gré.

Il est attendu de cette réforme une baisse importante du nombre de gardes à vue, environ 300.000  en moins, dont 140.000 pour les seuls délits routiers.

Si pour les infractions liées à la circulation routière, le chiffre est réaliste, pour le reste, certains policiers sont dubitatifs.

Il faut savoir d’abord que l’audition libre existe déjà dans les faits. Car, même si l’on trouve le nombre de gardes à vue trop élevé, curieusement, il est deux fois moins important que le nombre de personnes mises en cause pour crimes ou délits : 580.000  gardes à vue (hors délits routiers) en 2009, pour 1.2 million de personnes impliquées. Si l’on se contente d’aligner des chiffres, on peut donc en déduire qu’environ 600.000 « mis en cause » n’ont pas fait l’objet d’un placement en garde à vue. Un sur deux.

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En effet, pour les délits punis d’une peine d’amende ou pour les contraventions, dans la pratique, les OPJ n’utilisent jamais la garde à vue. Alors, que le projet limite ou non la mesure aux crimes ou aux délits punis d’une peine d’emprisonnement, cela ne change rien à l’affaire. Impact nul.

C’est uniquement lorsque le suspect suit le policier ou le gendarme de son plein gré, ou lorsqu’il défère à une convocation, que  l’audition libre trouve son plein emploi. Ce qui peut être interprété comme l’obligation, a contrario, de placer en garde à vue toute personne qui se trouve « sous main de police » à la suite d’une interpellation. Alors qu’aujourd’hui la décision est à l’initiative de l’OPJ.

Prenons l’exemple d’une bagarre. Les policiers arrivent et embarquent tout le monde : auteurs, victimes et témoins. Une fois au commissariat, on s’explique et l’OPJ ne va placer en garde à vue que les suspects sérieux, et parfois, personne, s’il n’y a pas de blessés.

Il reste donc au législateur à faire la différence entre une invitation, une interpellation et une arrestation, sinon, on risque de voir grimper sérieusement le nombre de gardes à vue…

Très franchement, à ce stade du projet de loi, je n’ai pas tout compris. Comment, les chose vont-elles s’articuler… Car si l’audition se fait « librement », c’est-à-dire sans la présence d’un avocat, que se passe-t-il le reste du temps ? La personne concernée est-elle libre de ses mouvements ? Est-elle placée en cellule ou lui demande-t-on d’attendre dans le hall d’entrée ? Peut-on lui imposer les opérations de signalisation (photo, empreintes…) destinées à alimenter les fichiers ? Etc.
Et si la personne venue de son plein gré décide de s’en aller… L’OPJ devra-t-il  la laisser partir ou la placer en garde à vue ?

On imagine le dialogue dans un polar : « Vous pouvez partir, mais si vous partez, je vous arrête… »

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En plus, même si toutes les conditions sont remplies pour procéder à une audition libre, qui peut se prononcer sur le comportement de l’intéressé lorsque l’OPJ lui exposera les faits dont on le soupçonne ? Donnera-t-il son accord pour être privé de ses droits, et notamment de la présence d’un avocat ? Aujourd’hui, nul ne peut répondre à cette question. Car cela va dépendre en grande partie de la manière dont l’OPJ va présenter la chose.  Une sorte de négociation pour obtenir – avant chaque audition – l’accord du suspect.

C’est pas gagné.

D’autant que les syndicats de police n’ont pas vraiment été consultés sur cette réforme, ce qu’ils apprécient moyennement, et que beaucoup  sont plutôt contre. Ils pourraient bien donner pour consigne à leurs adhérents de montrer leur désaccord en appliquant le texte à la lettre. Une sorte de grève du zèle.

Il n’est donc pas impossible que l’on assiste à une baisse du nombre de gardes à vue pour les délits routiers et, qu’au contraire, elles augmentent significativement pour les autres délits, surtout les plus petits, donc les plus fréquents.

Et pour continuer à parler chiffres, mais cette fois en euros, avec cette réforme, le montant de l’aide juridictionnelle, qui a été d’environ 15.5 M€ pour l’année 2009, devrait être multiplié par 3, 4 ou 5. L’enjeu est donc aussi financier, car si les objectifs  de baisse ne sont pas atteints, le budget risque d’exploser…

Quant au ministre de l’Intérieur, il devra débourser 74.8 M€ pour l’équipement et la transformation des locaux. Aucune création de postes n’est toutefois envisagée.

Alors, que faut-il penser de tout ça ? Pour beaucoup, il s’agit d’une réformette bâtie en catastrophe pour se conformer aux recommandations du Conseil constitutionnel. Elle ne tient compte ni des arrêts de la Cour de cassation ni des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme. Et dans son volet « droit de la défense » (qui n’a pas été abordé ici), on est loin du compte. Mais il s’agit probablement d’une première étape. La suite viendra plus tard, lorsque la nouvelle procédure pénale verra le jour. Et il est probable aussi que ce jour-là, il y aura d’autres noms en bas du texte de loi.

Suicides en prison : des chiffres désespérants

Une Italienne s’adresse à Carla Bruni. Je suis la mère du garçon italien qui est mort dans la prison de Grasse, écrit-elle. Elle se plaint de mauvais traitements qui auraient conduit son fils au suicide ; elle se plaint de ne pas avoir été autorisée à voir le corps de son enfant, à l’hôpital Pasteur, à Nice ; elle se plaint de l’état dans lequel sa dépouille lui a été restituée, des semaines plus tard, affreusement mutilée et en état de décomposition*.

Ce sprison_blog-de-gilbertlecamfr.jpguicide, comme celui de ce jeune homme de 23 ans qui s’est pendu dans sa cellule à Fresnes, et qui vient de mourir ; ou ces quatre autres (dont deux jeunes de 17 ans), il y a trois semaines… Autant de morts qui nous rappellent que la France détient un triste record d’Europe : c’est dans nos prisons qu’il y a le plus de suicides.

Le ratio moyen de suicide dans notre pays est d’environ 1.7 pour dix mille habitants. Pour France Télécom, il n’est guère plus élevé, sauf que la cadence s’est accélérée ces derniers mois, et qu’on en a beaucoup parlé. Au point de voir le ministre du Travail intervenir dans le management des entreprises.

Mais il a oublié de balayer devant la porte des ministères. Dans la police, par exemple, on estime le nombre de suicides à 3.7 pour dix mille. Et je n’ai pas entendu parler d’un plan de réorganisuicides_police_snop.1288433616.JPGsation ou d’une remise en cause du management de la police. Au contraire, la pression est de plus en plus forte.

Dans les prisons, c’est bien pire. 115 suicides en 2009. La moyenne de ces dernières années est de 20 suicides pour dix mille détenus. Environ un suicide tous les trois jours. Cela est-il dû à la surpopulation ? Le taux de remplissage serait d’environ 140% dans les maisons d’arrêt, là où sont incarcérées notamment les personnes en attente de jugement. Certains établissements tournant même, paraît-il, autour de 200%. Mais pour l’INED (Institut national d’études démographiques), cela n’a rien à voir : « Contrairement aux idées reçues,suicides-prison-oct10.1288433683.JPG la surpopulation carcérale et le suicide n’évoluent pas de façon parallèle. […] Alors que le taux d’occupation des établissements pénitentiaires diminue au début des années 1990, le taux de suicide augmente. Et lorsque le taux d’occupation augmente à partir de 2002, celui du suicide a tendance à diminuer. […] La moitié des suicidés étaient seuls en cellule ».

Ce qu’on peut faire dire aux chiffres, quand même !

Dans son rapport, le contrôleur général des prisons, M. Jean-Marie Delarue, demande plus simplement une humanisation des conditions de détention. Tandis que pour faire face au manque de personnel et de places, on s’oriente tout au contraire vers la robotisation. Comme la reconnaissance biométrique, via le fichier BIOAP (décret du 7 juin 2010 sur Lexinter.net). À chaque déplacement, les détenus devront appliquer leur index sur une borne qui vérifiera leur identité. Sans parler de l’omniprésence des caméras de surveillance…

Il faut dire que, du fait du surpeuplement, les risques d’évasion augmentent. Vingt-et-une, en 2009.

Alors, quelles sont les mesures prises pour faire baisser le taux de suicides dans les prisons ?

On a généralisé le « kit de protection d’urgence » (drap et couverture indéchirables, pyjama en papier et matelas ininflammable) et, peu à peu, on installe des cellules lisses (rien pour se pendre). Enfin, pour aller plus loin, depuis le mois de juin, on teste le « codétenu de soutien ». Le taulard référent, en quelque sorte. Un détenu volontaire formé en trois ou quatre jours par la Croix Rouge pour se porter à l’écoute de ses compagnons de captivité. Dans le milieu médical ça renâcle ferme ! Partant du principe qu’un détenu « à risque suicidaire majeur » doit être pris en charge en milieu hospitalier. D’autant que la motivation de ces « psychologues d’occasion » pourrait être liée à quelques avantages (cellule individuelle, télévision gratuite, remises de peines, etc.) qui les éloignent d’une mission bénévole. Et les plus sincères, comment vont-ils réagir face à un échec si celui qui les a pris pour confident se donne la mort ! Cela doit déjà être difficile pour un professionnel, alors pour un amateur…

Ce concept fait partie des recommandations proposées dans le rapport du docteur Louis Albrand sur « la Prévention du suicide en milieu carcéral » déposé en janvier 2009. Il semblerait que dans ce rapport on ait censuré tout ce qui dérangeait pour ne conserver que cette idée. Laquelle présente du moins l’avantage de rien coûter.

En fait, sans l’avouer, au ministère de la Justice on sait bien que le problème est insoluble : surpopulation et manque de crédit. Alors on diminue le prix de l’abonnement télé, tout en sachant bien que l’idée la plus simple, mais politiquement incorrect, serait de vider les prisons. Mais on y vient peu à peu. Une proposition de loi a été déposée en juillet 2010 pour instaurer un « mécanisme de prévention de la surpopulation pénitentiaire ».

Pour l’instant, on  libère les détenus avant la fin de leur peine, non pas pour faire de la place, mais pour faciliter leur réinsertion – évidemment ! La grâce électronique est née. Ce que Le Canard enchaîné a appelé, méchamment, « la grâce honteuse de Sarko ».

C’est en fait le seul moyen rapide pour faire face au gonflement des sanctions pénales et à l’instauration des peines-planchers. Car les chiffres font mal.

Aujourd’hui, environ 234 000 personnes sont placées sous main de Justice, mais plus des deux tiers sont suivies en milieu ouvert et font l’objet de mesures alternatives à l’incarcération. Et malgré tout, les prisons craquent. 71 000 détenus d’ici deux ans et 80 000 prévus en 2017. Alors, les taulards aussi craquent. Et sans même parler de l’Europe, les tribunaux administratifs français condamnent la France et indemnisent des prisonniers, en raison des conditions inhumaines de leur détention.

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On peut lire, sur le site de l’Assemblée nationale, la proposition de loi déposée par Dominique Raimbourg et Jean-Marc Ayrault – l’article de Pierre Jourdin, juge d’application des peines, sur Ceras – la chronique lacanienne du psychologue Stéphane Lagana sur Ecole de la cause freudienne.
* Sur ce blog, L’autopsie, « dans le respect dû au mort ».

Épidémie de cambriolages dans la presse

Ces étranges cambriolages qui touchent des journalistes sont-ils le fait d’une coïncidence ou dévoilent-ils les agissements de sombres barbouzes ?

Les favoleur_ozepicesch.jpgits (du moins tels qu’ils sont connus) :

–      Vol d’un disque dur et de deux cédéroms au siège de Médiapart ;

–      Vol d’un ordinateur portable au Point ;

–      Vol, à son domicile, de l’ordinateur et du GPS d’un journaliste d’investigation du Monde.

Et comme ces médias ont fortement contribué aux révélations concernant l’affaire Woerth-Bettencourt, le compte est bon. Mais quel serait l’intérêt de se livrer à de tels larcins, alors qu’on peut imaginer des moyens plus sophistiqués pour accéder aux données privées de ces journalistes ? Ce n’est pas si simple. Recopier un disque dur, par exemple, demande du temps, et pas question, sur place, de pouvoir le scanner à fond pour récupérer les données effacées – peut-être les plus importantes pour un « espion ». Gérard Davet, du Monde, rechigne quant à lui à envisager une sorte de complot contre la presse. La crainte, peut-être, de tomber dans la paranoïa… Le mal est fait. Je pense qu’aujourd’hui, les journalistes doivent regarder leur ordinateur ou leur téléphone portable avec un œil différent… À quand des séminaires de sécurité pour les professionnels de l’info* ?

Pourtant, ces méthodes ne sont pas nouvelles. Elles ont existé par le passé. Au sein de ses services techniques, la DST abritait autrefois quelques spécialistes des coups tordus. Comme le groupe Fontaine, pour les opérations « serrurerie », le groupe Sonar, pour la pose des micros, etc. Les plombiers, comme les avait baptisés Le Canard enchaîné, après avoir surpris d’étranges individus en train de poser des micros dans leurs bureaux.  L’existence de ces équipes, spécialisées dans des actions complètement illégales, se justifiait évidemment par les missions liées à la sécurité du territoire et au contre-espionnage. Mais lorsque l’outil existe…

Ainsi, parallèlement à l’enquête judiciaire sur l’assassinat de Markovic*, en 1968, et alors que des photos scabreuses circulaient sur l’épouse de Georges Pompidou, candidat désigné à la succession de Charles de Gaulle, on n’a pas hésité à utiliser les connaissances des techniciens de la DST pour savoir qui tentait de déstabiliser le gouvernement en place.

Mais cela est-il envisageable aujourd’hui ? Une chose est sûre : les services compétents existent. D’ailleurs, il le faut bien, puisque la loi autorise, sous certaines conditions, « à mettre en place un dispositif technique ayant pour objet, sans le consentement des intéressés, la captation, la fixation, la transmission et l’enregistrement de paroles prononcées par une ou plusieurs personnes à titre privé ou confidentiel, dans des lieux ou véhicules privés ou publics, ou de l’image d’une ou plusieurs personnes se trouvant dans un lieu privé ». C’est l’article 706-96 du code de procédure pénale.

En clair, cela veut dire que des policiers sont autorisés à forcer votre porte, mais sans effraction, ce qui nécessite, vous en conviendrez, de sérieuses compétences. Le patron du groupe Fontaine avait l’habitude de dire que le plus dur n’était pas d’entrer, mais de refermer la porte derrière soi – sans laisser de traces.

Vous me direz, oui, mais cela ne vise que des affaires de terrorisme ! Euh… pas tout à fait. En réalité, la liste des infractions est plutôt longuette. On trouve, pêle-mêle, le trafic de stups, le proxénétisme, le vol, l’extorsion de fonds, la dégradation et la détérioration de biens, etc., à partir du moment où ces infractions sont le fait de bandes organisées. On y trouve  même le simple fait de ne pas justifier des ressources en rapport avec le train de vie. Il ne s’agit donc pas d’opérations exceptionnelles.

Alors, je ne sais pas qui sont les auteurs de ces cambriolages au détriment des gens de la presse, mais, et c’est presque machinal, on en vient à suspecter la DCRI ou d’autres services encore plus secrets. Cela prouve en tout cas combien le climat devient étouffant dans notre pays.

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– Les conseils de Jean-Marc Manach, sur Bugbrother – et sur ce blog, un rapide résumé de l’affaire Markovic, dans La PJ de 68.

Aff. Maddie : le policier retrouve la parole

À la suite des nombreuses péripéties qui ont suivi la disparition de la petite Madeleine McCann, en mai 2007, au Portugal, le directeur de l’enquête, le commissaire Gonçalo Amaral, a été prié de se taire. Et son livre, qui reprend le détail de ses investigations. a été retiré de la vente sur décision de justice.

Un livre-maddie-lenquete-interdite-copie.1287993570.jpgbest-seller au Portugal, dans lequel Amaral estime que la police judiciaire a été freinée dans son enquête par le comportement des parents de la fillette. Et il émet l’hypothèse d’une mort accidentelle à la suite d’un défaut de surveillance, voire de l’utilisation abusive d’un somnifère. Les époux McCann auraient alors dissimulé le corps de leur enfant pour fuir leurs responsabilités. Lançant volontairement les enquêteurs sur la piste d’un enlèvement. Sans apporter de preuves formelles, le policier tisse au fil des pages un faisceau de présomptions. Des éléments troublants.

L’arrêt tout récent de la Cour d’appel a pris le contre-pied du premier jugement. Il y est dit que « le contenu du livre ne prêtait atteinte à aucun de droits fondamentaux des McCann » et que l’interdiction dont il était frappé était une atteinte à la liberté d’expression telle qu’elle est garantie tant par la Convention européenne des droits de l’homme que par la Constitution portugaise. Et qu’il ne pouvait y avoir violation de la vie privée des McCann dans la mesure où ceux-ci avaient largement utilisé les médias et fourni des informations privées à la presse : « Ce sont eux qui, volontairement, ont décidé de limiter leur droit à une vie privée ».

Amaral a donc retrouvé le droit de s’exprimer et de se défendre. Il doit cependant faire face à deux autres procès. En effet, Il fait encore l’objet  d’une action en diffamation de la part des époux McCann, lesquels lui réclame 1.2 million d’euros de dommages et intérêts, et d’une plainte pour violation du « secret de justice ».

Et son livre, Maddie, l’enquête interdite, édité en France chez Bourin éditeur, va retrouver sa place dans les rayons des librairies. De même, la censure qui touchait le documentaire tiré de cette affaire est levée.  Il pourrait d’ailleurs être diffusé sur une chaîne française.

En attendant, on ne sait toujours pas ce qui est arrivé à la petite Maddie. Récemment, un Anglais, déjà condamné pour pédophile, et qui avait figuré parmi les suspects, aurait fait des confidences avant de mourir. Dans une lettre adressée à son fils, il affirmerait que la petite fille aurait été choisie sur photo, par les clients d’un « gang d’adoption illégale ». Une histoire plutôt biscornue, dans laquelle se sont engouffrés les détectives privés payés par le fonds de soutien créé par les McCann.

Dans son exposé, Amaral charge les parents de l’enfant, mais on peut également s’interroger sur la manière dont cette enquête a démarré. Et notamment (mais c’est facile après coup) de la lenteur à mettre en place une alerte généralisée… Dans des circonstances identiques, aurions-nous, en France, déclenché le plan « Alerte enlèvement » ?

Pour tenter d’harmoniser les procédures, lorsqu’un tel événement se produit, un plan est à l’étude au niveau européen. Le mois dernier, un exercice a été effectué entre la France, la Grande-Bretagne et la Belgique à partir du scénario suivant : une fillette a été enlevée en Grande-Bretagne par un homme seul. Tout porte à croire qu’il a gagné la France avec sa victime, puis la Belgique. Le résultat a été mitigé : la collaboration entre les différents services est bonne, mais les moyens de communication devront être améliorés. La création d’un site extranet est envisagée.

Chez nous, lorsqu’il a été déclenché, ce plan a montré son efficacité. La principale diffalerte-enllevement_chiffres.JPGiculté réside dans la prise de décision : les critères sont-ils remplis pour lancer l’alerte ? Pour prendre un exemple, lors de la disparition du petit Antoine, en septembre 2008, le plan Alerte Enlèvement aurait-il dû être déclenché ? Avec le temps, on peut penser que oui, puisqu’on ne sait toujours pas ce qu’est devenu l’enfant…

Il y a des affaires criminelles qui marquent plus que d’autres. La disparition de Maddie McCann est de celles-ci. Et, 26 ans plus tard, le mystère sur l’assassinat du petit Grégory Villemin est toujours bien ancré dans les esprits. Et il y en a d’autres qu’on oublie.

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Plus de détails sur le blog SOS Maddie.  On peut lire aussi : La mystérieuse disparition de Maddie McCann. Et sur le site du Ministère de la Justice, Vers un plan Alerte Enlèvement européen.

Manifs : la vidéo qui fait débat

Un homme cagoulé casse la vitrine d’une agence bancaire à l’aide d’une sorte de bélier métallique, un témoin intervient pour l’en empêcher, et il reçoit un coup de pied latéral d’un deuxième larron. Puis d’autres personnages s’agglutinent dans une mêlée générale. On craint le pire, mais il n’y aura aucun blessé.

La casseur_youtube.1287729906.JPGvidéo fait recette sur le Net, car pour certains, la cause est entendue : il s’agit d’une mise en scène. Il faut reconnaître que les images, surtout si on les regarde au ralenti, laissent dubitatif. On a vraiment l’impression d’une séquence de film. Mauvais au demeurant, car les coups semblent bidons et l’impression se renforce lorsque le caméraman (un journaliste de Reuters) élargit le champ. On s’attend presque à entendre le réalisateur annoncer d’une voix forte : « Un peu de conviction, les enfants !… Allez, on l’a refait ! »

On peut lire l’odyssée de cet enregistrement sur le site Arrêt sur images.  Pour nombre d’internautes, la question est réglée : ces casseurs sont des flics. 

Sur Rue 89, le commissaire Jean-François Herdhuin est plus nuancé : « Pour moi, l’homme à la matraque, on dirait un policier. Mais je ne suis pas sûr à 100%, car son comportement est anormal, il s’isole dans la foule. Normalement, il devrait avoir un brassard… »  Avant de souligner : « Si vous suggérez que la police laisse commettre des violences, je suis sûr que ce n’est pas possible. Le chef du dispositif est informé. Il y a des syndicats dans la police qui désapprouveraient ce genre de choses ».

Dans toutes les manifs, il y a des policiers qui infiltrent le cortège. Ils tentent de repérer les casseurs, mais pas question d’intervenir à chaud. Trop dangereux. Pour cela, il faut attendre le moment opportun, souvent en fin de mouvement, quand la foule commence à se disperser. C’est alors qu’ils mettent leur brassard. Parfois, la passivité des forces de l’ordre est mal interprétée, mais, comme me disait récemment un ancien responsable de la sécurité publique : « Il vaut mieux des vitrines brisées qu’un nouveau métro Charonne ».

Mais la tentation est grande d’imaginer que des consignes secrètes seraient données afin que les choses s’enveniment. Un moyen de rendre le mouvement impopulaire. Pour cela, il faudrait envisager qu’il existe une sorte de… « bad brigad ». Un groupuscule qui ressemblerait à ce qu’était le SAC, il y a quelques dizaines d’années.

Même si les images de cette vidéo sont troublantes, ne tombons pas dans la parano. D’ailleurs, ce genre de manip pourrait avoir un effet boomerang dévastateur. Un risque bien trop grand.

Pourtant, il est bien vrai que la position de nos dirigeants prête à confusion.  On a un Président qui serre les dents en annonçant haut et fort que les casseurs seront arrêtés et punis, et un ministre de l’Intérieur qui serre les fesses de crainte de voir les choses dégénérer. Le syndrome de Malik Oussekine.

En fait, ils sont débordés par l’ampleur du mouvement.

En tout cas, les lycéens qui manifestent devraient suivre le conseil de certains policiers (qui sont aussi des parents) : « Dès que ça chauffe, tu déguerpis ! » Car une fois pris dans l’engrenage, il est difficile de s’en sortir. Et les peines de prison qui commencent à pleuvoir, resteront comme des cicatrices gênantes dans leur vie d’adulte.

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18 heures 30 : J’ai pu discuter longuement avec « l’homme aux cheveux blancs », en fait  Monsieur Bertrand de Quatrebarbes. Voici un résumé de son histoire :
Il buvait un pot à la terrasse d’un café avec sa femme et sa fille. Tout était tranquille. Soudain, un groupe de manifestants a déboulé sur la place. Les clients du café se sont levés pour partir, et c’est à ce moment-là qu’il a aperçu ce type qui s’en prenait à la vitrine de la banque. Il a cru que c’était un lycéen, et il s’est approché pour le sermonner. Lorsque le casseur s’est tourné vers lui, il a vu qu’il s’agissait d’un adulte. Celui-ci a semblé surpris d’être interpellé, mais il ne s’est pas montré menaçant. C’est alors que Monsieur de Quatrebarbes a reçu un coup de pied dans le dos. Puis un groupe d’individus l’a entouré, certains lui donnaient des coups, mais pour de faux en quelque sorte. D’ailleurs, il n’a aucune marque sur le corps. Toutefois, une bouteille lui a frôlé le visage et a blessé sa fille à la main. Autour de lui, il y avait dix à vingt journalistes. C’est alors qu’un homme d’une cinquantaine d’années a tenté de calmer les choses. Puis, il a dit un truc du genre « Bon, laissez-le maintenant ! » Ses « assaillants » se sont éloignés, et un peu plus tard, l’homme qui semblait être le chef (mais le chef de qui et de quoi ?) est allé prendre des nouvelles de sa fille, avant de s’éclipser à son tour.
Monsieur de Quatrebarbes se voyait mal parti. Il sait qu’il doit beaucoup à cet homme. Cela dit, il est incapable de dire si ces gens étaient des manifestants ou des policiers. Mais il est sûr, en tout cas, qu’ils n’ont pas cherché à lui faire du mal.
Les forces de l’ordre n’étaient pas présentes sur les lieux. Donc, les images où l’on aperçoit des policiers ont été prises ailleurs et à un autre moment. Même si les faits sont exacts, cette vidéo est un montage. Elle donne l’impression d’une continuité dans les événements, ce qui n’est pas le cas.
Il faut donc se garder d’une interprétation trop rapide.

Les officiers de police sont en colère

Et pour marquer le coup, ils demandent leur intégration dans la gendarmerie nationale ! Bon nombre seront demain dans les manifs. Il faut dire que leurs représentants syndicaux sont sortis très fâchés d’une récente réunion au ministère de l’Intérieur. Parmi les sujets à l’ordre du jour, figurait l’ISSP (indemnité de sujétions spéciales police), une prime faite pour compenser les risques et les contraintes du métier de policier. C’était, en 1948, le plat de lentilles offert en échange du renoncement au droit de grève. Après avoir obtenu la promesse d’une parité dans les rémunérations, ils espéraient en effet obtenir les mêmes avantages que les officiers de gendarmerie.

On escadeau-empoisonne_terra-economiicainfo.jpgt loin du compte. Un jeune lieutenant de police, par exemple, pourrait voir sa prime majorée de 18 € par mois, alors que pour être à parité, il lui faudrait cinq fois cette somme. Et les négociations sont biaisées par un système de vases communicants : pour que le lieutenant touche plus, il faut que  le capitaine touche moins. Car la seule chose qui ne bouge pas, c’est le montant de l’enveloppe : 6.6 millions sur trois ans.

Bilan des courses : il manque vingt millions d’euros. Et les promesses ne seront pas tenues.

Les officiers de police sont tellement remontés que le syndicat majoritaire, le SNOP (syndicat national des officiers de police), a tendu la main à son concurrent direct, Synergie-Officiers, pour envisager une action commune. Si la porte est restée fermée du côté de Synergie, les deux syndicats se sont quand même engagés dans le même combat. Et le SNOP a adopté l’idée coup-de-poing lancée par Synergie : les officiers de police demandent leur intégration dans la gendarmerie nationale, afin « de bénéficier d’une carrière valorisante et diversifiée, d’un logement de fonction cédé à titre gratuit pour nécessité de service, d’une solde digne d’un salaire de cadres, d’une ISSP payée comptant… »

Il s’agit synergie.JPGévidemment d’une provocation, mais en filigrane, on sent combien cette aspiration de la gendarmerie dans le giron du ministre de l’Intérieur n’a pour l’instant pas réussi à trouver son régime de croisière. Et plutôt que de faire taire les rivalités, on a même l’impression qu’elle les a exacerbées. L’affaire du pseudo-fichier Roms au sein de l’OCLDI (Office central de lutte contre la délinquance itinérante) en est un exemple. Quelle est la source qui a donné cette information au journal Le Monde, ou plus probablement aux avocats des associations des Roms et de gens du voyage, Françoise Cotta et William Bourdon ? Et certains de penser que la PJ, mécontente de voir un office aux mains des gendarmes, ne serait pas étrangère à cette fuite… Je n’y crois pas une seconde, mais le simple fait que cette rumeur ait circulé montre bien que rien n’est joué entre ces deux grands corps de l’Etat.

En 2007, Nicolas Sarkozy s’était engagé à assurer « une parité globale de traitement et de perspectives de carrière des personnels de la police et de la gendarmerie ». Son discours visait surtout à rassurer les gendarmes. Mais aujourd’hui, ce sont les policiers qui rouscaillent. Il est vrai que les gendarmes n’ont pas de syndicat pour les représenter.

Il est d’ailleurs amusant que les syndicats de police appellent leurs adhérents à devenir militaires de la gendarmerie, ce qui, du coup, leur retirerait  la possibilité d’être syndiqués.

Flash-Ball : des instructions sans effet

« On nous donne des armes et on n’a pas le droit de s’en servir », c’est grosso modo ce qu’a déclaré, devant une caméra de télé, la représentante d’un syndicat de police. Elle rouspétait après les déclarations du préfet des Hauts-de-Seine visant à interdire l’usage du Flash-Ball. Mais elle aura sans doute mal compris ledit préfet (tout comme nous) puisque, bien vite, les autorités ont fait savoir que ce n’était pas ça du tout. Non, non ! On rappelait simplement aux forces de l’ordre que l’utilisation de cette arme est limitée aux situations de légitime défense.

On peut supposer qu’en dehors de quelques syndicalistes inconséquents, les policiers de terrain le savaient déjà.

À sa conception, le Flash-Ball pouvait être considéré comme une avancée intéressante. Il s’agissait en fait d’une arme d’auto-défense destinée à se dégager d’une position délicate. La portée était limitée à une dizaine de mètres et le projectile, une balle ronde en caoutchouc, se déformait suffisammflash-ball_super-pro_verney-carron.1287219841.jpgent lors de l’impact pour sonner sans trop blesser. De plus, par son aspect et le bruit de la détonation, l’effet dissuasif était assuré. Comme l’avait d’ailleurs dit Nicolas Sarkozy, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, une arme faite « pour impressionner ».

Mais en augmentant la puissance de cet engin, et en utilisant des projectiles différents, on a changé la donne. On en a fait une arme nettement plus dangereuse. Une arme comme une autre.

Le Flash-Ball est à l’origine de pas mal d’accidents graves, dont deux à Montreuil, quasi identiques. Comme si l’on n’avait pas tiré de leçon du premier. Pourtant, les circulaires d’instruction se multiplient pour réglementer son utilisation, ainsi que d’autres, dans d’autres domaines (gardes à vue, fouilles à corps, menottage…) – et rien !

Du coup, je m’interroge sur le climat dans la police… Et si une minorité de boutefeux cherchait à entraîner leurs collègues vers une escalade dangereuse ?

On a l’impression qu’une partie de la base ne tient aucun compte des instructions de la hiérarchie – et que celle-ci s’écrase, par crainte des réactions de la base.

Malsain.

A ne pas manquer, la chronique du commissaire Jean-François Herdhuin, sur Le Monde (ici).

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Le fichier ADN financé par les assureurs a été lu 11 901 fois à ce jour et a suscité 33 commentaires.

Le fichier ADN financé par les assureurs

On savait les caisses vides, mais on ne s’attendait pas à voir le ministre de l’Intérieur faire la manche. En deux mots, il sollicite les compagnies d’assurance pour assurer le bon fonctionnement de la police technique et scientifique. « Concrètement, cela prendra la forme d’un fonds (…)  Les compagnies ont tout à gagner de leur participation, si l’on identifie les cambrioleurs et que l’on récupère les biens volés, les assureurs n’auront pas à indemniser les victimes et les cambrioleurs seront hors d’état de nuire », a déclaré Brice Hortefeux.

Lors de sa visite mendiant_site_tapahont.gifau laboratoire de Versailles, il aurait même confié qu’il avait demandé aux assureurs une contribution de six millions d’euros sur trois ans.

Et ce ne sont pas des paroles en l’air, puisqu’une disposition en ce sens a été ajoutée à LOPPSI 2, sous la forme d’un article 9 bis.

Cette contribution devait initialement prendre la forme «  d’un fonds de soutien au recueil d’empreintes génétiques et digitales, alimenté par une taxe sur les polices d’assurance habitation, afin de permettre à la police et à la gendarmerie d’élucider davantage de cambriolages ». Mais, quai de Bercy, on s’est dit qu’une taxe, en ce moment… Donc, finalement, l’amendement a été amendé, et il semble que le fonds sera alimenté par les assureurs en fonction du montant des biens volés qui seraient récupérés par les enquêteurs.

Et voila-t-il pas que policiers et gendarmes vont se transformer en chasseurs de primes !

En attendant, le personnel de la police technique et scientifique croule sous des milliers de réquisitions – et la grogne monte. Ici ou là, on dénonce la culture du chiffre et le manque de moyens. D’autant que le budget 2011 serait de douze millions, contre seize en 2010.

Depuis longtemps les compagnies d’assurances lorgnent cette formidable base de données que constitue le fichier national automatisé des empreintes génétiques, lequel comprendrait à ce jour environ 1.5 million de « profils ». Un outil statistique hors du commun. S’agit-il d’un premier pas ? Et les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas en reste. « L’utilisation de l’information sur l’ADN pour les diagnostics et le développement des médicaments a déjà attiré des milliards de dollars de capitaux d’entreprises ou d’autres financements », dit le professeur Colin Masters*.

Personne n’aurait imaginé qu’un jour la police fonctionnerait avec des capitaux privés. Le pas est franchi. Alors, on peut s’interroger. Lorsque les caisses seront plus vides que vides, jusqu’où ira-t-on ?

D’autant qu’il s’agit d’un marché potentiel gigantesque : la bioinformatique – le mariage de l’informatique et de la biologie.

Or, la France est l’un des rares pays, une fois les fiches établies, à ne pas détruire les prélèvements génétiques. Ils peuvent être conservés 40 ans. Cette conservation de l’ensemble de l’ADN, partie codante et non codante, ne présente pourtant aucune réelle utilité pour les enquêtes.

Alors, pour quelle obscure raison le mettre en boîte ?chimpanze_bellesplumesblogscourrierinternational.1287047856.jpg

Avec l’ADN, on joue avec le feu. Ainsi, on a découvert, il y a peu, que la partie non codante que l’on croyait sans intérêt, permet de définir les différences entre les espèces. La bonne nouvelle, c’est qu’elle présenterait moins de similitude avec le chimpanzé que la partie codante.

Sans décoder.

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* Auteur de Notre ADN et nous, aux éditions Vuibert.
Kerviel et le prix du blé a été lu 4 095 fois et a suscité 61 commentaires. Merci à ceux qui ont pris la peine de nous expliquer la méthode du trader, et notamment à « Unbanquier ». Mon billet était évidemment imprécis, car je n’ai aucune connaissance dans ce domaine, mais à présent, je me sens moins nul…

Kerviel et le prix du blé

La Société Générale aurait récupéré 1,7 milliard sur le montant des pertes de Jérôme Kerviel, nous dit la presse. Et du coup, on a l’impression que l’État lui aurait remboursé une partie de l’argent perdu par son trader… Ce qui n’est pas le cas, évidemment. En revanche, ce qui peut choquer, c’est la différence de traitement fiscal entre une société et un particulier. Si vous ou moi perdons de l’argent en bourse, cela ne modifiera en rien le montant de notre impôt sur le revenu. Tout au plus pourra-t-on reporter cette perte sur des gains éventuels, dans les dix années qui suivent. Tandis que si l’on gagne, l’imposition pour une entreprise et un particulier est quasi identique.

Mais, dès qu’on parle d’argent, surtout s’il s’agit de fortes sommes, on est tous un peu perdus. Moi le premier. Si ça se trouve, je viens d’écrire une grosse boulette.

Bon, je vais essayer de me refaire…

Ce procècoup-de-pied_picsou.1286787654.jpgs SG contre JK, c’était un peu le pot de fer contre le pot terre, et le résultat n’a pas manqué, le pot de terre a été réduit en miettes. Et l’on a beau nous tenir un discours modérateur, nous expliquer en long en large que les juges se sont prononcés sur les faits, rien que sur les faits, cette  condamnation laisse quand même planer comme un sentiment d’insatisfaction.

Et même d’incompréhension.

Alors, pour mieux comprendre, j’ai cherché des réponses – jusqu’à l’absurde.  Ce billet s’éloigne de l’objet de ce blog, mais si l’on veut me suivre dans ce cafouillis de zéros…

Le travail de Jérôme Kerviel consistait à spéculer sur les contrats Futures, lesquels se situent dans la catégorie des contrats à terme. Lorsqu’on cherche la définition de ces produits, dits « dérivés », on se retrouve, de façon quasi systématique devant une métaphore bien terre-à-terre : le prix du blé. Quel rapport me direz-vous ? Je pense que les boursicoteurs donnent cet exemple pour montrer qu’ils ne sont pas tout à fait coupés de la réalité. Alors qu’ils évoluent souvent dans un monde virtuel. Donc, le blé pousse et le paysan se demande à combien il pourra le vendre. Alors, pour mettre fin à ses angoisses, quelqu’un lui propose de lui acheter sur pied, au cours du jour, quel que soit son prix le jour de la récolte. Si le jour J le cours a chuté, le paysan se frotte les mains, il a fait une bonne affaire ; et s’il a monté, il se dit qu’on ne l’y reprendra plus.

Dans cette histoire, sans rien connaître à la bourse, l’agriculteur et son acheteur ont conclu un contrat à terme. L’un l’a vendu, l’autre l’a acheté. Eh bien, Jérôme Kerviel jonglait avec les contrats à terme qui portaient non sur du blé, mais sur des indices boursiers, et notamment celui de Francfort, le DAX, pour lequel il semblait avoir une petite préférence.

Comment ça fonctionne ?

Ces jours-ci, le DAX cote environ 6300 points. Chaque point vaut 25 €. La valeur d’un contrat sur le DAX est donc de 157 500 €. Mais pour l’acheter, nul besoin de disposer de cette somme, une caution (le déposit) d’environ 6000 € est suffisante.

Ce qui réduit considérablement la facture.

Mais cette somme n’est même pas utilisée. On se contente de faire les comptes en fin de journée (l’appel de marge). Soit la position est gagnante, et l’on encaisse un gain, soit elle est perdante, et il faut payer sa dette. À défaut, la position est clôturée d’office le matin suivant.

Par exemple, si le DAX a gagné 1% dans journée, soit 63 points, l’heureux détenteur d’un Future (on parle d’un lot) va encaisser la somme de 63 X 25 € = 1575 €. Soit un gain de plus de 26% sur une somme qui est restée bloquée sur son compte. Si l’indice a baissé, évidemment, c’est l’inverse.

Lorsque Kerviel a été suspendu de ses fonctions, il possédait environ 10 000 lots sur le DAX (et d’autres sur d’autres indices). Ce qui représente une somme « virtuelle » de 1,575 milliard d’euros, et une somme réelle de 60 millions d’euros.

Pour résumé, et si je ne me trompe pas dans les zéros, si le trader était engagé pour un montant de 50 milliards, comme on l’a dit, il s’agissait en fait d’un montant réel de moins de deux milliards. Un argent qui n’avait pas vocation à être utilisé, puisque seule la compensation gains-pertes est comptabilisée.

Alors, comment a-t-il pu perdre près de cinq milliards ? Après avoir connu le succès, il se trouvait alors dans une spirale de pertes, et, chaque jour, il fallait remettre de l’argent au pot pour continuer de jouer. C’est le plus vieux système à la roulette : doubler sa mise à chaque coup perdant. On est sûr d’y laisser sa chemise.

Mais d’ailleurs, ce n’est pas lui qui a perdu cette somme ! Ses comptes s’arrêtent au 20 janvier 2008. À cette date, d’après un rapport de l’Autorité des marchés financiers, ses pertes potentielles avoisinaient 2,7 milliards. Mais la vente en catastrophe ordonnée par le PDG de la Société Générale aurait généré une perte supplémentaire de 3,6 milliards. Soit une perte totale de 6,3 milliards.

Alors, d’où vient ce chiffre de 4,9 milliards ? Eh bien, la banque a pris en compte la somme gagnée par Kerviel en 2007 (nous sommes en janvier 2008), soit 1,4 milliard (6,3 – 1,4 = 4,9).

Si on refait les calculs en tenant compte de ces chiffres, et si l’on admet le principe que Kerviel ne peut être tenu pour responsable d’opérations effectuées sans son accord, on obtient le décompte suivant :

6,3 (perte totale) – 3,6 (perte lors de la revente par la direction de la SG) + 1,4 (gain de Kerviel en 2007) = 1,3 milliard (montant de la perte de Kerviel)

Et pour poursuivre le raisonnement par l’absurde, comme la Société générale a récupéré une moins-value fiscale de 1flic_attitudes_lessor.1286790326.jpg,7 milliard d’euros. La banque doit des réparations à son salarié pour un montant de 400 millions d’euros.

CQFD.

Une pénalité qui viendrait à bon droit sanctionner le fait de spéculer sur ses fonds propres, autrement dit de prendre des risques inconsidérés avec l’argent destiné en principe à couvrir les risques d’une activité bancaire.

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Déchéance de nationalité : pour qui et pour quoi ? a été lu 1156 fois et a suscité 16 commentaires.

Déchéance de nationalité : pour qui et pour quoi ?

La déchéance de la nationalité française, dont l’objectif serait de protéger les forces de l’ordre, présente-t-elle un intérêt quelconque ? On peut en douter. Si la crainte d’aller en prison ne fait pas reculer un criminel, il y a  gros à parier que le risque de se voir – en plus – déchu de sa nationalité ne lui fera ni chaud ni froid.

Cette loi va s’insérer dans l’article 25 du Code civil. Ce sera l’alinéa 5. Pour la petite histoire, cet alinéa 5 existait déjà par le passé et prévoyait la déchéance pour toute condamnation criminelle à une peine de plus de cinq ans d’emprisonnement. Il a été supprimé en 1998, sous le gouvernement Jospin.

Qui est visé par ce texte ?

Le Code parle d’un « individu qui a acquis la nationalité française ». Or, pour un adulte, il n’y a que deux moyens : la naturalisation ou le mariage (et de manière marginale, la réintégration).

Si l’on en croit ces deux tableaux (l’un du Parlement, l’autre de l’Institut national d’études démographiques), c’est donc environ 100 000 personnes par an qui seraient concernées.

les-deux-tableaux.JPG

Pour les mineurs, c’est plus compliqué. Ceux qui sont nés en France, par exemple, et qui y résident, obtiennent automatiquement la nationalité française à leur majorité. Mais je dois avouer que je suis incapable de dire si ces jeunes Français sont potentiellement « révocables », tout comme les enfants des personnes naturalisées (le charmant titre « Effets collectifs », dans le premier tableau)…

De plus, cette déchéance ne concerne que les personnes qui bénéficient d’une deuxième nationalité. Ce qui doit être le cas de presque tous les immigrés (sauf les apatrides, évidemment) puisque la France accepte le principe de la double nationalité.

Ainsi, l’année dernière, alors que M. Eric Besson nous faisait le grand jeu sur « l’identité nationale » et « la fierté d’être Français », la France a même renforcé le principe de la double nationalité en dénonçant partiellement une convention européenne signée par une douzaine de pays, dont le nôtre. Cette convention, qui date de 1963, et qui a été modifiée en 1993, estime que « le cumul de nationalités est une source de difficultés ». Et qu’un ressortissant européen qui acquiert la nationalité d’un état signataire doit abandonner sa nationalité antérieure.

Depuis le 5 mars 2009, ce n’est donc plus le cas pour les Français. Et les personnes qui auraient perdu leur nationalité sur le fondement de cette convention, peuvent même la retrouver si elles le souhaitent.

C’est sans doute en raison de la complexité des textes que Carla Bruni s’emmêle parfois ses jolis pinceaux lorsqu’on lui demande si elle est française, italienne, ou les deux à la fois. Affirmant devant les Italiens : « Automatiquement, quand on épouse une personne, si c’est bien votre question, on a la double nationalité. Si l’on n’en a plus besoin, il faut faire une demande pour y renoncer. Mais cela m’aurait peiné de le faire. » – Ou aux Etats-Unis, devant une caméra télé : « Non, je suis juste française maintenant (…) On ne peut pas garder la double nationalité. »

Pour faire simple, notre pays admet qu’un étranger puisse devenir français tout en restant étranger et qu’un Français puisse devenir étranger tout en restant français…

Cela dit, si l’objectif de cette loi est de « protéger » les membres des forces de l’ordre, ils ne sont pas seuls à être concernés. On peut trouver le détail dans les articles 221-4 et 222-8 du Code pénal : magistrats, jurés, avocats, officiers publics ou ministériels, douanes, administration pénitentiaire, sapeurs pompiers, gardiens assermentés, etc.

Alors, policiers et gendarmes sont-ils satisfaits de cette nouvelle mesure ? Je ne crois pas me tromper en disant qu’ils n’en ont rien à battre. Lorsqu’on risque sa peau, on se fiche bien de savoir si le type qui tient le flingue va perdre ou non sa carte  nationale d’identité. Non, on prie surtout pour que l’administration n’ait pas lésiné sur le prix des gilets pare-balles.

Sûr qu’ils préféreraient, en cas de pépin, que leur famille bénéficie à la fois d’un soutien psychologique et d’une aide efficace pour régler les difficultés matérielles.

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Les policiers doivent-ils apprendre à désobéir a été lu 20 946 fois et a suscité 187 commentaires.

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