C’est l’opération Confiance brisée (Broken trust), une vaste enquête policière qui a abouti à la mise à jour de 231 affaires d’escroqueries, avec un préjudice estimé à plus de 8 milliards de dollars*. 120 000 victimes répertoriées à ce jour. La plus
grande opération contre la fraude jamais réalisée. Un coup de balai sous les projecteurs des médias, avec un double objectif : éradiquer les escroqueries aux placements financiers bidons et sensibiliser le public. C’est une opération, dit-on, voulue par le président Obama, peut-être pour montrer que le monde de la finance n’est pas au-dessus des lois…
Parmi les fraudes retenues, bon nombre sont calquées sur le principe de Ponzi, appelé aussi escroquerie à la boule de neige, mais il y en a d’autres. Comme le système (pump-and-dump) qui consiste à faire croire à une opportunité d’achat sur une action qui ne vaut pas un clou, pour faire monter la cote et empocher une confortable plus-value sur le dos des gobe-mouches ; ou encore la fraude immobilière, au marché des changes, etc. Celle qui marcherait le mieux serait la fraude par affinité, la technique de Madoff, si je ne m’abuse : on fait jouer la corde sensible de l’attachement à une même communauté.
Pour obtenir ce résultat, le FBI a utilisé toutes les techniques d’enquêtes, de l’infiltration du milieu aux surveillances électroniques les plus sophistiquées. Parallèlement, ce service a ouvert un bureau réservé aux victimes pour les aider tant sur le plan matériel que psychologique, surtout les personnes les plus faibles, notamment les personnes âgées.
Le message de l’administration Obama est clair : la chasse à la fraude à l’investissement est ouverte. Et pour cela, les autorités du pays souhaitent la collaboration du secteur privé : « Ensemble, nous continuerons à pourchasser ceux qui cherchent à s’enrichir au détriment du travail des hommes et des femmes des États-unis d’Amérique », a déclaré le directeur exécutif adjoint de la Cour pénal.
Dans le même temps, mais dans un autre domaine, trois laboratoires pharmaceutiques (dont un allemand) ont accepté de payer une amende de 421 millions de dollars pour éviter un procès. L’administration leur reprochait d’avoir arnaqué l’assurance-maladie en gonflant le prix des médicaments. Ils facturaient un montant plus élevé que celui réellement déboursé par le client, ce qui permettait à ce dernier d’empocher la différence. Une rétrocommission en quelque sorte.
De l’autre côté de la frontière, pareil. Les fraudeurs de haut vol sont dans la ligne de mire des autorités canadiennes. Ainsi, un homme accusé d’exercice illégal du métier de courtier et de conseiller en valeurs financières fait actuellement l’objet de poursuites de la part de l’Autorité des marchés qui lui réclame une amende de 237 000 $. Et un homme d’affaires proche de Vito Rizzuto, le parrain québécois récemment assassiné (une fortune considérable), doit répondre à des accusations criminelles pour fraude fiscale.
Ces opérations ont un but essentiel : rétablir la confiance. Car la crise financière a laissé un goût amer chez nombre de gens – et pas seulement outre-atlantique. Avec l’impression que les fautifs, les requins de la finance, ont été blanchis de leurs tripatouillages, et qu’ils sont prêts à recommencer.
Et en France ?
En 2010, il s’est passé plein de choses. Ainsi, on sait à présent que la femme la plus riche du pays gruge le fisc depuis des années. Ou qu’un ancien Premier ministre a encaissé sans sourcillier 1.5 million d’euros en espèces pour sa campagne électorale. Ou que Bernard Arnaud (dont la fortune, d’après Challenge , a augmenté de 57 % en 2010) tente de faire main basse sur le groupe Hermès par des procédés… inhabituels.
Et ?
Et le président de l’AMF de s’étonner : « On est le seul pays d’Europe où quelque chose comme cela peut se passer », a-t-il déclaré.
Et Jérôme Kerviel a été lourdement condamné.
Et voilà !
Alors, en cette fin d’année, je rêve tout haut. Je me dis, puisque les caisses de l’État sont vides, nos limiers de Bercy, de la police financière, voire de la DCRI, qu’on nous a présenté comme un « FBI à la française », pourraient peut être oublier un peu les banlieues et coller le train à d’autres voyous, ceux qui fréquentent les salons dorés des beaux quartiers. Et gratter
pour voir ce qui se cache sous les paillettes.
Je ne sais pas si cela rapporterait des sous, mais ce serait un bon moyen de rétablir la confiance. De nous donner l’impression qu’on est tous dans la même bateau et qu’on rame bien dans le même sens.
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J’espère que le monsieur y a pris du plaisir, car depuis, il est en cavale. Pas loin de rejoindre Ben Laden au hit-parade des gens les plus recherchés de la planète.