LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Société (Page 39 of 40)

Scanner corporel : la charrue avant Loppsi 2

Les sénateurs apprécient-ils le peu de cas que l’on fait d’eux ? En effet, la LOPPSI 2, qui encadre l’utilisation de scanners dans les aéroports, ne leur sera soumise que d’ici quelques semaines. En attendant, le temps presse. scanner-corporel_dessin-de-vauro_presseurop.JPGAussi le gouvernement a-t-il déjà installé à Roissy cette petite merveille de la technologie moderne qui va nous permettre enfin de voyager en toute sécurité.

J’espère qu’ils vont bien voter les sénateurs…

Les premiers passagers interrogés à la sortie de la cabine vitrée semblaient tous ravis. « Je préfère ça et voyager en sécurité », a dit en résumé une charmante jeune femme au micro de l’A2.

En sécurité ?

L’appareil testé à Roissy émet des ondes millimétriques. Il ne peut donc pas, en principe, provoquer de dégâts dans l’organisme. Avec un petit bémol, nous dit le docteur Erard de Hemricourt, dans SantéNews, la revue de l’association Les docteurs de demain : « Récemment une équipe de scientifiques américains a montré qu’il était possible, in vitro, d’induire indirectement des lésions de la double hélice d’ADN par un effet de résonance (…) Ces résonances provoquent la formation de microbulles qui peuvent entraîner des ouvertures spontanées dans la structure de double hélice de l’ADN (…) ce qui pourrait avoir un impact sur l’expression génétique. »

Et du coup rendre caduc le fichier génétique… Non, là, je blague.

L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail a rassuré les inquiets. Pour elle, « il n’y a pas de risque avéré ». Toutefois, elle préconise des contrôles réguliers du matériel et une information du public, et surtout du personnel de l’aéroport.

Mais en dehors d’un risque éventuel pour la santé, cet appareil permet-il au moins une sécurité quasi-totale dans les avions ?
Les ondes millimétriques traversent les vêtements, mais pas la peau, car elles sont arrêtées par l’eau de notre organisme. On peut donc en déduire que l’appareil ne permet pas de détecter un objet placé à l’intérieur du corps, sauf à en augmenter considérablement la puissance.

Alors, je me pose une question. On justifie la fouille à nu, lors de la garde à vue, par la possibilité de dissimuler dans une cavité naturelle un objet dangereux. Le risque serait-il différent en avion ?

C’est vrai qu’on imagine assez mal un contrôle à l’embarquement, genre : baissez votre slip, penchez-vous, toussez…

Position pourtant guère moins grotesque que de se camper jambes écartées, bras au-dessus de la tête, immobile dans une cage en verre, le corps offert au regard fureteur d’un employé anonyme dissimulé dans les bas-fonds de l’aéroport.

D’ailleurs, pour la grippe A, on a vu Mme Bachelot se faire vacciner, mais à ce jour, on n’a pas encore vu M. Hortefeux les bras au ciel.

Du moins pas dans la cabine du scanner.

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De Treiber à Stack, ces suicides qui nous interpellent, a été lu 21 457 fois en 2 jours et a suscité  59 commentaires, certains très émouvants.

De Treiber à Stack, ces suicides qui nous interpellent

Quel rapport me direz-vous entre un homme accusé d’un double meurtre et un Texan, ingénieur en informatique et dirigeant d’entreprise ? Apparemment aucun. Sauf que tous deux ont choisi de mettre fin à leurs jours dans un geste pendu_calaybe.jpgthéâtral, une ultime rébellion contre une société qui cherche à gommer l’individu au profit de la collectivité.

Une société qui prône en quelque sorte le communisme des esprits.

C’est du moins l’impression ressentie devant ces morts violentes et spectaculaires. Lorsqu’un proche se suicide, qu’il s’agisse d’un parent, d’un ami, d’un collègue, on culpabilise. On n’en sort pas indemne. On a l’impression de ne pas avoir été à la hauteur. Calfeutré dans notre traintrain, dans nos soucis, dans nos joies, on n’a pas su saisir le mot, le regard, l’appel au secours. Et on s’en veut. Et l’on en veut aussi à cet empoté trop fier pour demander votre aide qui s’est fichu en l’air au lieu de se battre et de faire front à ses difficultés. Ouais, on lui en veut…

Car un suicide, c’est presque un message de l’au-delà.

Joseph Andrew Stack avait 53 ans. Américain de souche, il avait monté son entreprise de logiciels informatiques et, sans doute victime collatérale d’une crise financière qui ne le concernait pas, il avait de sérieuses difficultés de trésorerie, aggravées par des agents fiscaux qui ne voulaient rien entendre. L’autisme de l’administration n’est pas un mal français. Alors, il a pété un câble. Jeudi dernier, il grimpe dans son petit avion et, volontairement, il se crashe contre l’immeuble abritant les services fiscaux, où travaillent deux cents personnes. Un remake en tout petit du 11-Septembre. Mais quelle image forte, quel symbole… Ce «  bon américain » qui soudain se transforme en terroriste contre son propre pays, contre ses valeurs.  Dans un testament laissé sur son site – site très vite fermé par les autorités -, il exprime sa haine de la société telle qu’elle est devenue. Allain Jules, sur Agoravox, le cite : « Je choisis de ne pas continuer à regarder Big Brother me désosser, je choisis de ne pas ignorer ce qui se passe autour de moi […] Je peux juste espérer que le nombre de morts sera trop important pour ignorer, que les zombies américains vont enfin se réveiller et se révolter. »

Jean-Pierre Treiber, lui, s’est pendu avec un drap dans sa cellule de Fleury-Mérogis. C’était moins spectaculaire. Mais quel coup de gueule ! « J’en ai marre d’être considéré comme un criminel… » Saucissonné dans une enquête sur un double homicide, qui reste d’ailleurs pour le commun des mortels bien hermétique, malgré sa tête pas possible, il avait attiré sur lui une certaine sympathie lors de cette cavale spectaculaire au cours de laquelle ni la police ni la justice n’ont eu le beau rôle. Il clamait son innocence. Pas question de se prononcer sur un dossier où, je le suppose, tout a été vérifié et revérifié. N’empêche que lorsqu’on entend Me Szpiner, l’avocat de Roland Giraud, déclarer que « Treiber par ce suicide a avoué, il s’est infligé une peine définitive que notre Code pénal a aboli… », on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a des coups de pieds au cul qui se perdent. La justice va-t-elle classer ce dossier ou au contraire rebondir pour qu’on ne reste pas sur ce sentiment d’un travail inachevé ? D’un mystère en suspens.

Car cet homme n’a pas été jugé. Certes, il s’est évadé, mais l’évasion n’est-elle pas un droit lorsqu’on est prisonnier ! La prison-modèle devrait comporter un mur trop haut pour qu’on l’escalade et suffisamment bas pour qu’on rêve de pouvoir le faire. Et rappelez-vous, pour Treiber, pas de violence, ni pour franchir les portes de la prison ni pour protéger sa cavale. Et son suicide loin d’être un aveu n’est-il pas plutôt un acte de révolte contre une justice introvertie qui ne veut entendre qu’un seul son de cloche ? Aurait-il laissé une lettre, un message, se demande-t-on ?

Mais son message, il est au bout de ce drap de prison.

D’une certaine manière, il a de la chance, il a échappé au « kit-suicide », une couverture semi-rigide et un pyjama de papier.

Ces derniers jours, ce sont deux salariés de France-Télécom qui se sont donné la mort. Deux de plus. Ils avaient probablement des soucis, comme beaucoup, mais au moins, avaient-ils un job. Ils étaient cadres et l’un d’eux avait même le statut protecteur de fonctionnaire. Pourquoi mettre fin à ses jours, si ce n’est pour crier son ras-le-bol !

L’impossibilité de s’intégrer, le manque d’écoute.

Xavier Darcos a pris les choses en main en envoyant un questionnaire aux entreprises pour connaître les mesures prises pour réguler le stress sur le lieu de travail. Cela me fait penser à la maman de Anne, vous savez la gamine au pyjama, qui a été informée que sa fille était en garde à vue par un texto. Vous appelez votre banque, la SNCF, la poste, ou n’importe qui, et vous tombez sur une voix monocorde qui vous dit « appuyez sur dièse ».

Notre société se déshumanise. Ou plutôt, elle se chosifie.

Ne sommes-nous pas les victimes potentielles d’un monde informatisé ?

Le ministre du travail a décidé de publier le résultat de son « contrôle épistolaire » auprès des entreprises pour désigner les méchants à la vindicte populaire. Quel aveu d’échec ! Trois listes, vert, orange et rouge, comme la signalisation routière. La diffusion des deux dernières a d’ailleurs été bien vite retirée dans un bafouillis qui semble être devenu la règle dans la gérance de notre pays.

Trop de stress dans les administrations, dans les entreprises et probablement au gouvernement.

Mais qui donc va réguler le stress de notre société ?

Dans la police, il y a une chape de plomb sur les suicides, mais ils sont relativement fréquents. Peu de policiers dans leur carrière échappent au geste de désespoir d’un collègue. J’en ai connu quatre. Je parle de proches, pas des autres, ceux qu’on vous raconte. On dit qu’il y aurait en moyenne un policier qui met fin à ses jours, chaque semaine. Je ne sais pas si ce chiffre est vrai. Mais je serais curieux de savoir s’il n’a pas augmenté ces dernières années…

Dans une interview au Monde, le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoy, nous dit, « Je suis inquiet, le chacun pour soi a remplacé l’envie de vivre ensemble ».

Si vivre ensemble c’est rentrer dans le rang, alors, oui, nous n’avons pas envie de vivre ensemble. La race humaine n’est pas une fourmilière, elle est composée d’individus dont il faut respecter les différences au lieu de tendre à les effacer. La moyenne, c’est bon pour les statistiques.

Aujourd’hui, l’Internet nous fait toucher le monde et notre horizon, lui, est de plus en plus près des trottoirs… Un univers tellement riquiqui qu’on a l’impression de faire de la claustrophobie. Alors, comme dans un mauvais rêve, on a envie de crier – mais aucun son ne sort.

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Les tueurs de Dubaï piégés par les caméras de surveillance, a été lu 16 620 fois en 3 jours et a suscité 63 commentaires. J’ai eu quelques réflexions pour avoir osé nommer le Hamas « mouvement de résistance palestinien ». Je n’ai aucune compétence pour trancher sur une situation où même les plus grands de ce monde s’égarent, mais il est vrai que de tout temps, même chez nous, les résistants des uns ont toujours été les terroristes des autres. Le dessin est un commentaire de Hervé Baudry.

Un commandant de police se lance en politique

Un commandant de police en exercice, qui plus est secrétaire général d’un important syndicat, se présente aux élections régionales comme tête d’une liste UMP en Seine-Saint-Denis. Et (presque) tout le monde trouve ça normal ! Fichtre !

bisounours_en_guerre_aufeminiinblog.jpgJeudi dernier, le lendemain matin des élections professionnelles où le syndicat de police Synergie Officiers a obtenu 44% des suffrages (dix points derrière le Syndicat national des officiers de police), son secrétaire général, Bruno Beschizza, distribuait des tracts sur la voie publique sous le patronage de Mme Valérie Pécresse (source AFP).

J’espère qu’il n’avait pas mis son brassard police…

Et l’on apprenait peu après que ce policier figurerait en position éligible sur l’une des listes du 9-3 pour les Régionales de mars prochain.

En découvrant ça, un autre commandant de police a sauté au plafond : Philippe Pichon. Souvenez-vous de cet officier qui s’est fait plus ou moins remercier de la police (l’affaire est en cours) pour avoir voulu dénoncer les irrégularités du fichier STIC !

Dans une réflexion intitulée Devoir de réserve : une obligation professionnelle à géométrie variable, il écrit : « Traditionnellement la période de la campagne électorale, au sens large du terme, qui précède chaque scrutin, entraîne pour tous les fonctionnaires une stricte obligation de réserve – et peut-être plus encore pour les policiers, garant de l’État de droit. »

« Ce devoir de réserve qui consiste en une modération de l’expression des opinions de toute nature concerne tout mode d’expression oral ou écrit, mais aussi tout acte matériel traduisant explicitement ou implicitement et de façon excessive une opinion. Il s’impose tant dans l’exercice des fonctions que hors service. »

Et il rappelle que le port d’un badge politique, la distribution au public d’écrits à des fins de propagande politique, comme la participation à une réunion politique publique, « sont constitutifs de graves manquements professionnels susceptibles d’entraîner une sanction disciplinaire de l’ordre de la révocation ».

Quelle haute autorité a donc affranchi Bruno Beschizza de son obligation de réserve ? bruno-beschizza_publications-justice.jpg

Au printemps 2007, lorsqu’il a sorti un livre sur la police (Journal d’un flic, éditions Flammarion), Pichon a été sévèrement tancé par sa hiérarchie qui lui reprochait un grave manquement à son devoir de réserve – juste pour un livre. Alors, deux poids deux mesures… et trois casquettes ?

Finalement, peu importe le droit. Par son grade et ses responsabilités syndicales, M. Beschizza est emblématique. Aussi, en étalant publiquement son appartenance à la majorité présidentielle, il me semble qu’il rompt le principe de neutralité politique des policiers, et il porte ainsi préjudice à l’ensemble du corps.

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Tirez pas sur le dabiste  a été lu 981 fois en 3 jours et a suscité 4 commentaires.

Scènes de maltraitance ordinaire

Les commissariats, les administrations, les hôpitaux…, autant d’endroits où la dignité humaine tient de moins en moins de place. On ne se respecte plus. Cela va des brutalités aux gestes ou aux paroles déplacées, ou simplement à un manque d’égards. Les incidents se multiplient, parfois des petitstrucs-en-vrac-par-gotlib.jpg riens, une impolitesse, un manquement à la décence, tous ces micro-événements qu’on croise au hasard de notre quotidien. S’agit-il d’abus de pouvoir de la part de personnes qui à un moment de leur vie professionnelle ont le pas sur notre vie tout court ?

Dans son édition d’hier, Le Monde relate l’expérience d’Isabelle D. Cette femme de 60 ans qui, pour avoir commis une infraction au code de la route, a été contrôlée à 0.93 g. d’alcool dans le sang. À 0.50 g., c’était une contravention. Mais là, c’est un délit, et elle risque deux ans de prison. Est-elle une criminelle pour autant ? Et pourtant, on lui fait le grand jeu : menottes, garde à vue, photos anthropométriques, empreintes, et je suppose ADN. « Vous retirez votre soutien-gorge… ». Ce policier aurait-il supporté que l’un de ses collègues se comporte de cette manière vis-à-vis de sa mère ? Non, il était là, avec son petit pouvoir, sûr de lui, sûr d’appliquer la loi, le règlement, les consignes, les ordres, ou je ne sais quoi. S’est-il demandé si dans ce cas une « palpation administrative de sécurité » n’était pas suffisante ? Ou si les menottes étaient vraiment indispensables ? Alors que rien n’oblige un OPJ à mettre une personne en garde à vue et que la fouille à corps est assimilée à une perquisition ou réservée à des individus dangereux.

Il y a quelques mois, à Toulouse, les policiers municipaux interpellent un homme de 77 ans qui contestait un P-V pour un stationnement interdit. Sans doute le bonhomme s’est-il énervé… Il est plaqué contre le capot de sa voiture, menotté dans le dos, et embarqué vers le commissariat de la police… nationale. De quel droit ? De celui du plus fort ? Le maire a-t-il sanctionné ses policiers ? A-t-il pris la peine de leur expliquer qu’ils n’étaient pas chargés d’une mission contre la population mais pour la population ?

L’autre jour, je me trouvais devant un guichet où l’on accueille des étrangers, dans une sous-préfecture de la banlieue parisienne (inutile de donner le nom, pas de délation) et j’ai été choqué par la brutalité des propos tenus par la préposée. L’homme qui lui faisait face avait du mal à comprendre ce qu’on lui voulait, quel document il manquait dans son dossier. Son français était hésitant, mais il était poli, presque révérentiel devant cette personne qui détenait la clé de sa vie. Il se maîtrisait sous l’agression verbale de son interlocutrice. Et l’autre crachait son venin, prenant sa collègue à témoin, laquelle opinait du chef d’un air entendu. Une femme ordinaire pourtant, comme vous et moi (enfin, si j’étais une femme). Le soir, elle devait s’occuper de ses enfants, les aider à faire leurs devoirs, cuisiner la popote, câliner son mari… Et là, devant ce grand gaillard, elle faisait étalage de son pouvoir, comme un mauvais juge devant un suspect.

Et je ne parle pas des contrôles suspicieux dans les aéroports, des scanners corporels qui bientôt vont nous déshabiller, ni même du comportement parfois agressif ou impoli de certains vigiles.

À croire que la maltraitance ordinaire est devenue institutionnelle.

Dans les hôpitaux, ce n’est pas mieux. Pour le compte de la Haute autorité de santé, Claire Compagnon et Véronique Ghadi ont réalisé une étude basée sur des témoignages. C’est parfois scandaleux, souvent choquant, mais jamais drôle. Au hasard : « On lui a fait faire le tour du service à poil, disent les parents d’un adolescent hospitalisé, avec les chaussons et juste la petite blouse de bloc, il ne tenait pas debout, il fallait deux infirmières pour le soutenir… » Ou ce chirurgien qui pénètre dans la chambre d’un malade alors que celui-ci est aux toilettes : « Pouvez-vous sortir ? demande l’homme. Cela me gêne. » – « Non ! Moi, ça ne me gêne pas », répond le médecin. Ou cette femme qui demande en vain qu’on l’aide pour aller aux toilettes et qui se fait ensuite copieusement « engueuler » pour avoir déféqué dans les draps. Ou cette gamine qu’on laisse nue sur un brancard, dans un couloir de service, pendant dix minutes… Dans ce rapport, les exemples s’accumulent.

Cette étude met en exergue l’aspect multiforme de cette maltraitance de tous les jours, telle qu’on la subit (ou la diffuse) au quotidien  : atteintes aux droit, déni d’humanité, manque d’écoute, imposition rigide des règles… Tous ces actes sont de la maltraitance ordinaire, que l’on appelle ainsi  « parce qu’elle n’est pas hors du commun et que le risque le plus important de maltraitance réside dans sa banalisation, son invisibilité et donc son acceptation passive ».

Son acceptation passive.

Et les auteurs de cette enquête suggèrent de faire entrer la « bientraitance » dans la procédure de certification des hôpitaux.

schtroumpf-reveur_e-monsitecom-gif.1264760796.gif« Je ne peux plus regarder un policier en face. J’ai peur », avoue Isabelle dans Le Monde. On peut rêver d’une police qui ne fait pas peur, mais qui rassure, et d’un ministre de l’Intérieur qui remplacerait les statistiques  et la « bâtonnite » par une certification des commissariats.
Après tout, la police n’est-elle pas aussi un service public !

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Les zigzags du droit a été lu 1.374 fois en 3 jours et a suscité 20 commentaires.

« Les policiers ne sont pas des cow-boys… »

« Ce sont des gens qui font respecter la loi pour la protection de tout le monde. » Ce n’est pas moi qui parle mais l’ancienne ministre de l’Intérieur, MAM en personne. Jean-Jacques Bourdin lui demandait pourquoi la police ne poursuivait pas les quads et les scooters (lien fourni par Bibi dans son commentaire du 22 janvier 2010 à 17:15). C’était sur RMC, en novembre 2008.

« Les policiers (…) ne courent pas derrière car il existe un risque d’accident avec un risque de morts. Non seulement pour ceux [qui sont] en cause mais aussi pour les passants, comme cela s’est déjà produit à plusieurs reprises. Mais en revanche (…), on identifie les responsables et ils sont ensuite interpellés et déférés à la justice pour être sanctionnés. »

Aussi, lorsque je lis certaines réactions au billet1 concernant les courses-poursuites, j’ose espérer qu’ils ne viennent ni de policiers ni de gendarmes.

Si la parole d’un ministre ne suffit pas, voici la position de la Cour de cassation, suite à un accident qui a causé la mort d’un gendarme, dans un arrêt rendu le 23 mars 2004 (Recueil Dalloz 2004 p.2755) :

« … déclare coupable d’homicide involontaire un gendarme qui, en adaptant sa conduite automobile à celle particulièrement dangereuse de la conductrice en fuite, franchissant lui-même la ligne médiane continue et roulant à contresens de la circulation avant de percuter un arbre, ce qui causa la mort du gendarme passager et lui occasionna des blessures graves, a pris un risque disproportionné à l’obligation de mettre un terme aux infractions constatées, en commettant des actes manifestement illégaux, qui ne peuvent être justifiés ni par la loi ni par le commandement de l’autorité légitime. »

Cela dit, sans porter de jugement sur le drame de Woippy2, on est en droit de s’interroger : est-il raisonnable, pour un simple contrôle routier, de lancer un 4X4, sirène hurlante, derrière un scooter, à 1h20 du matin, en plein centre d’une petite commune de 14 000 habitants ? Et sans chercher à donner la moindre leçon à quiconque, n’est-il pas normal de tenter d’en tirer un enseignement…

Sur les 255 commentaires de ce billet, la plupart me reprochent de critiquer l’action des policiers, avec des réflexions du genre : « Si les flics ne pourchassent pas les voyous, à quoi servent-ils ? » C’est réducteur. Pourtant, en général, la lecture des commentaires est enrichissante. Une réflexion collective.

Bon, cette fois, c’était moyen comme enrichissement. Mais comme disait un ami comédien : « À force de recevoir des insultes, j’ai fini par aimer ça. »

Le policier ou le gendarme est tourné vers l’action. C’est souvent pour cette raison qu’il a choisi ce métier. Et il n’est pas toujours facile de se refreiner dans l’action.

Je me souviens d’une époque, lointaine, où je me prenais pour un cow-boy. Comme ce  jour-là…

Nous avions un tuyau béton au groupe de répression du banditisme que je dirigeais : une belle équipe de braqueurs qui devait taper tel jour à telle heure, dans une grande banque de la banlieue parisienne. Un flag comme ça, tous les flics en rêvent ! Je réunis toute l’équipe. On dresse un plan de bataille, on se prépare, on fourbit les armes…

Le chef de service est arrivé – et il a dit non. Pas question. Trop de risques. Et j’ai été contraint d’appeler le commissariat du coin pour qu’il laisse un car de police toute la journée, stationné devant la banque. Pas de braquage, pas de braqueurs. Longtemps, je lui en ai voulu.

Mais il y a des choses que l’on comprend mieux les rides venant. Et notamment qu’aucune affaire de police ne vaut la vie d’un homme. Qu’il s’agisse d’un voyou, d’un flic et surtout d’un passant innocent. Car ce mort, c’est comme un fantôme qui vous suit partout.

Les policiers travaillent le plus souvent en groupe, mais lorsqu’il y a un pépin, il n’y a plus de groupe. Chacun se retrouve face à sa propre responsabilité, qu’elle soit administrative, pénale ou… morale.

Quand on exerce un métier à risque, il faut apprendre à gérer les risques.

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1)  La police peut-elle se lancer dans une course-poursuite ? Ce billet a été lu 28.246 fois en 2 jours.
2)  Un article intéressant de Laurent Opsomer, Woippy : une ville difficile, sur le blog du journaliste Philippe Madelin.
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20 places gratuites

Le Monde organise cinq débats sur le fonctionnement de la justice, au siège du journal, 80 bd. Auguste Blanqui, Paris XIII°. De 18 à 20 heures, les
– Mercredi 27 janvier : « La garde à vue, cette exception français », avec le vice-bâtonnier de Paris, Jean-Yves Leborgne, l’avocate Françoise Cotta et le commissaire de police Richard Srecki, chef de la Sûreté départementale du Val-de-Marne.
– Lundi 1er février : « Faut-il supprimer le juge d’instruction ? », avec le juge Renaud Van Ruymbeke et l’avocat Eric Dupont-Moretti.
– Lundi 8 février : « Le procureur est-il un magistrat comme les autres ? » avec le procureur de la République de Marseille, Jacques Dalles, et l’avocat général près la cour d’appel de Paris, Jean-Paul Jean.
– Lundi 15 février : « Juré d’assises, dernier devoir citoyen », avec Alain Verleene et Dominique Coujard, tous deux anciens présidents de la Cour d’assises à Paris, ainsi que plusieurs jurés qui ont siégé avec eux.
– Lundi 22 février : « De la pègre à l’élite, les nouveaux avocats du pouvoir », avec les avocats Pierre Haïk, Thierry Herzog, Olivier Metzner et Hervé Temime.
D’autres renseignements sur le blog de Pascale Robert-Diard, Chroniques judiciaires. Le droit d’entrée est de 15 €. Pour obtenir une place gratuite, il suffit d’appeler, le lundi 25 janvier, à partir de 10 heures, au 01 57 28 24 40, en se recommandant du blog « Chroniques judiciaires », ou du blog « Police et cétéra ».

Les risques liés aux scanners corporels

Fi du principe de précaution appliqué avec tant de rigueur pour traiter le risque grippal, c’est dit c’est fait : la France aura bientôt son premier body scan. Quelle promptitude dans la réaction ! Pas étonnant : l’affaire body-scan_eternal-health.jpgétait dans les tuyaux de longue date. Dès 2008, la CNIL1 et l’APAVE2 avaient donné leur accord (un peu vite peut-être) à des essais qui devaient avoir lieu à Nice (voir en bas de page le rectificatif de l’APAVE).  « Airport premier », comme il a été baptisé là-bas. Mais devant les réactions des personnels et des élus locaux, la mise en fonction a été retardée.

J’espère qu’on ne l’a pas démonté…

Cet appareil de radiologie permet de visualiser en trois dimensions le corps nu des passagers. Mais pas question de voyeurisme : les parties génitales seront floutées, nous assure-t-on. Si son efficacité est quasi totale pour déceler le moindre objet, qu’il soit métallique ou non, certains s’interrogent : le scanner aurait-il pu détecter la poudre explosive collée sur la jambe du terroriste nigérian du vol 253 de la compagnie Northwest Airline ? Rien n’est moins sûr.

En dehors de leur utilité (et de leur coût), l’installation de ces engins pose deux questions fondamentales qui touchent à leur innocuité et à la confidentialité des données.

Les commerciaux qui vantentscanner-a-laeroport-de-nice_nice-matin.jpg les mérites de ce produit affirment que « l’absence d’impact sur la santé des passagers a été évaluée et confirmée par un organisme indépendant » (l’APAVE ?). Mais, dans Le Quotidien du médecin, le professeur  Patrick Gourmelon, directeur de la radioprotection de l’homme à l’IRSNsouligne qu’il existe une différence entre les doses affichées par les fabricants*, qui sont des doses globales, et celles qui sont reçues par un organe spécifique – ici la peau. Ce sont ces dernières qui doivent être retenues. « On peut en effet enregistrer des doses globales extrêmement faibles alors que la dose pour un organe peut atteindre un niveau notable, dit-il. Se pose alors un risque de cancérisation des cellules, notamment chez des personnes à risques comme les femmes enceintes en début de maternité, ou les enfants ».

Selon un article du Figaro du 17 décembre 2009, une étude américaine de l’Institut national du cancer tire d’ailleurs la sonnette d’alarme sur l’usage intensif des scanners médicaux. Ils pourraient conduire à 29.000 cas supplémentaires de cancer par an. Une véritable épidémie. Ainsi, sur 270 femmes de 40 ans qui sont soumises à un scanner des artères coronaires, l’une d’elles serait quasi certaine de développer une tumeur. Des chiffres inquiétants.

Les partisans des body scans  vous diront que cela n’a rien à voir. Sans doute, mais malgré tout, l’appareil (d’origine américaine) qui va être installé prochainement à Roissy est bel et bien un scanner d’imageries. Il émet des ondes millimétriques, soit une fréquence comprise entre 24 et 30 gigahertz, avec une puissance suffisante pour traverser des vêtements. Et pour nous qui avons connu la fameuse frontière infranchissable du nuage de Tchernobyl, on a beau nous raconter que les rayons s’arrêteront à fleur de peau, on ne peut s’empêcher d’être dubitatifs.

Mais se pose également la question de la confidentialité. Car dans un premier temps, il n’était pas prévu d’enregistrer les images scannées. Elles devaient rester anonymes. Aujourd’hui, on entend un autre son de cloche. On nous parle d’une destruction au bout de quelques heures, ce qui signifie entre parenthèses que ces images ne seront plus anonymes, mais accolées au passeport des voyageurs.

Et dans un troisième temps ?

Ne se dirige-t-on pas vers un nouveau fichier ? Notre carcasse en 3-D, une sorte d’hologramme, sera-t-elle archivée, mélangée à notre Adn, à nos empreintes, à notre voix, à notre iris, et j’en oublie forcément, pour obtenir enfin la traçabilité de l’homme !

Si vous prenez l’avion, surtout pour les Etats-Unis, vos bagages à main iront dans la soute, et tous les objets que vous garderez avec vous (téléphone, ordinateur, livres…) seront glissés sous des sacs en plastique transparents. Une fois à bord, vous devrez vous tenir à carreau. La moindre attitude suspecte, comme le fait d’aller trop souvent aux toilettes, risque de vous faire cataloguer comme un individu potentiellement dangereux. Et de toute manière, une heure avant l’atterrissage, il faudra vous retenir, car interdiction de bouger de son siège.

Il y a des gens qui acceptent ça. D’autres pas. De plus en plus si l’on en croit les chiffres : en décembre 2009, Air France-KLM a enregistré la 12e baisse consécutive de son trafic passagers. C’est à cause de la crise nous dit-on. Tiens, je croyais qu’elle était finie !

visage-de-la-peur_elfarwest.gifL’année dernière, le Comité d’éthique4 s’est penché sur les problèmes liés à la biométrie, s’inquiétant de cette volonté de ficher l’homme sous toutes les coutures, et soulignant le risque d’ainsi le réduire « à une accumulation de données et de critères cartographiques » .  Avec cette phrase que je cite de mémoire : « Cette tentative de réduction biométrique ne capturera jamais l’essence de la personne humaine » .

C’est joliment dit. Mais pour l’installation des scanners corporels, le Comité d’éthique n’a pas été consulté.

On ne peut quand même pas demander l’avis de tout le monde.

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Rectificatif à la demande de l’APAVE :

« APAVE n’a aucunement donné son accord pour la commercialisation du système. Nous avons donné notre accord pour effectuer des mesures in situ concernant l’exposition des personnes scannées et du personnel au poste de travail suivant la réglementation en vigueur comme il nous l’a été demandé. Nous n’avons pas autorité à autoriser ou interdire quelque produit commercialisé que ce soit.

« Cela évidemment ne concerne ni l’aspect médical, ni la question des doses sur un organe spécifique, ni la question de l’éthique du système.
Il s’agit juste de vérifier si les rayonnements émis sont en deçà de la réglementation pour les personnes à proximité du système.
»

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* Il est fait référence aux appareils actuellement en place aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, et non à celui qui sera installé à Roissy.

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(1) Commission nationale de l’informatique et des libertés – (2) Association des propriétaires d’appareils à vapeur et électrique – (3) Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire – (4) Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé.
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I protect you a été lu 4.527 fois en 4 jours et a suscité 24 commentaires.
A noter un  débat passionné qui est apparu dans les commentaires du billet concernant l’affaire du petit Grégory Je dois avouer que j’ai du mal à suivre.

I protect you !

Que nous arrive-t-il ? Sommes-nous réellement menacés de toute part ou simplement victimes (consentantes) de la paranoïa de ceux qui dirigent le monde ? Ainsi, aux obama-triste_lemonde.jpgEtats-Unis, alors que le taux de chômage atteint 10 % de la population active (le chiffre réel serait de 17.3 %) et que près de 3.5 millions d’enfants survivent grâce aux bons alimentaires, le président Obama a pris une décision forte :  lutter contre l’insécurité.

Une recette qui fait tache d’huile.

En France, alors que depuis des années nos hôpitaux réclament des IRM, on va de toute urgence installer des centres de radiographie dans les aéroports. Aucun danger pour la pudeur, nous assure-t-on, car les organes génitaux seront floutés. Aucun danger pour la santé non plus, car les ondes millimétriques, déclare l’un des responsables du projet, sont moins dangereuses que celles des téléphones portables. Et comme on nous rabâche que les téléphones portables ne sont pas dangereux…

Et de nouvelles lois sont dans les tuyaux. Avez-vous remarqué les circonvolutions autour de nos ordinateurs ? Tel député envisage froidement de nationaliser le réseau Internet pour nous protéger d’éventuelles cyber-attaques. « Si on ne veut pas que ces hackers parviennent à prendre le contrôle de centrales nucléaires ou à paralyser le système aérien, l’État doit être en mesure d’avoir la maîtrise du réseau en cas de problème », affirme-t-il.  Et de citer la Chine en exemple. Tel autre veut taxer Google, qui nous pique une part du marché publicitaire sans reverser le moindre picaillon dans les caisses de l’Etat. D’autant, renchérit le premier, sans même un sourire, que « Google permet de suivre les faits et gestes des internautes ».  Ce même député a probablement voté la loi qui donne mission à des agents privés de scanner la Toile (sans floutage) pour protéger nos artistes des dangereux pirates du Net. Et pour mieux faire passer la pilule auprès des jeunes, on va les encarter, comme on le faisait antan de ces dames qui déambulaient sur les trottoirs parisiens.

Longtemps la gauche s’est battue pour une police régalienne, refusant de créer des polices municipales, stigmatisant le maire de Levallois, alors qu’aujourd’hui, toutes les communes, l’une après l’autre, se dotent d’une police municipale et de caméras de vidéosurveillance. Et, à défaut, les maires les moins fortunés font même appel (en toute illégalité) à des entreprises privées pour assurer des patrouilles dans les rues de leur ville.

Le moindre fait-divers est mis en scène, et l’on agite sous nos yeux une sorte de shaker dans lequel se mélangent terrorisme, banditisme, trafic de drogue, etc., à la criminalité de tous les jours. Celle que l’on connaît depuis la nuit des temps, et qui, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, n’est ni pire ni moindre que par le passé.

Il faut se souvenir qu’il y a un siècle des brigands de grands chemins parcouraient le pays en semant la terreur : les Travailleurs de nuit, les Apaches, les Chauffeurs de la Drôme, qui ont sur la conscience l’assassinat de dizaines de personnes âgées. Ou encore la Caravane à pébourricot.jpgpère, une centaine de coupe-jarrets itinérants qui ont traversé la France en la pillant, de la Touraine à la Charente.

La sécurité absolue est un mythe. Comme disait Tournier, les pires combats se livrent entre les arbres, dans nos forêts. Que font les écolos ? Je ne comprends pas la raison pour laquelle la sécurité est devenue un tel enjeu ! Sommes-nous demandeurs, ou au contraire victimes d’un pilonnage ? Ou s’agit-il, comme pour la grippe A, de nous faire peur… pour mieux nous protéger d’un danger surévalué ?

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Un détective épinglé par la Commission de déontologie a été lu 2.047 fois en 3 jours et a suscité 17 commentaires.

Le stress du blogueur

Je suis directeur de publication. C’est ce que je viens de découvrir, non sans appréhension, en farfouillant dans les textes qui régissent la publication sur Internet. Est-ce que les 9 ou 10 millions de blogueurs disséminés aux quatre coins de la France sont au courant de leur statut ? On sait l’influence de la blogosphère, ce monde de trublions qui met parfois carotte.jpgles pieds dans le plat sans trop se soucier des dégâts collatéraux. Ils réagissent vite, les bougres, et souvent ils font mouche avant la presse. Pourtant, ils ne font pas l’opinion publique – ils sont l’opinion publique. Mais quelle carotte fait marcher le blogueur !? Et pourquoi accepte-t-il d’endosser une responsabilité à laquelle il n’est peut-être pas préparé ?

D’après Guillaume Kessler, qui traite des aspects juridiques du blog dans le Recueil Dalloz (2006 p.446), toute information mise en ligne doit être qualifiée d’acte de publication et donc soumise aux dispositions de la loi sur la presse. Même s’il s’agit d’un journal intime. Ainsi, des lycéens ne peuvent impunément traiter leur prof d’anglais de… noms d’oiseaux.

Un accès protégé par un mot de passe ne suffirait même pas à lui donner le régime d’une correspondance privée ! Le simple fait d’une diffusion sur Internet entraînant, semble-t-il, la notion de « publication publique ».

Mais pas de corbeau sur le Net ! Si le blogueur agit en tant que professionnel, il devra indiquer sur son site son nom ainsi que celui de l’hébergeur. S’il agit en tant que non-professionnel, il pourra éventuellement utiliser un pseudo, mais l’hébergeur sera tenu de fournir son identité en cas de besoin.

Chaque blogueur doit être conscient qu’il est tenu de respecter le droit à la vie privée, droit garanti par l’article 9 du code civil. Il n’est pas inutile de rappeler à cet égard que l’article 226-2 du code pénal réprime toute divulgation d’éléments relevant de la vie privée tandis que l’article 226-8 réprime de son côté tout montage utilisant les images ou les paroles d’une personne sans son consentement.

Si la responsabilité du blogueur peut aisément être engagée sur le terrain du droit commun, il en est de même sur celui du droit de la presse. Il devra donc prendre garde à tempérer ses propos afin de ne pas tomber sous le coup des délits, d’injure (art. 33), de diffamation (art. 29), de provocation aux crimes et aux délits (art. 23 et suivants), d’atteinte à la présomption d’innocence (art. 35 ter), de provocation à la haine raciale (art. 24)… L’application du régime du droit de la presse permettra également à la personne mise en cause d’exercer un droit de réponse.

À ce stade de mes méditations, je me dis que je vais tout lâcher…

Le blogueur se doit aussi de respecter le droit de la propriété intellectuelle. S’il diffuse des œuvres musicales, cinématographiques ou photographiques sans autorisation des ayants droit, il se rend coupable de contrefaçon.

J’agrémente mes pages de dessins ou de photos. Je les choisis évidemment sans copyright et, lorsque c’est possible, je sollicite l’autorisation et j’en donne l’origine. Mais je suis conscient d’être parfois limite. D’autant que dans ce domaine, on ne peut pas dire qu’on ignore la loi.

En contrepartie, en tant que créateur du contenu de son blog, l’auteur est protégé par l’article L. 111-1 du code de la propriété intellectuelle. Ce qui veut dire que toute reproduction doit se faire avec son accord.

Enfin un point positif !

Le blogueur pourrait aussi engager sa responsabilité, non pas de son fait mais de celui des internautes qui laissent des commentaires. À défaut de modération a priori, il doit retirer rapidement tout propos provocateur ou injurieux.

C’est assez rare sur ce blog. Même si certains ont été limite sur des sujets qui touchaient par exemple au rôle de la police sous l’occupation allemande. Personnellement, je lis tous les commentaires avec attention, et s’il m’arrive de les utiliser dans un autre billet, j’y réponds rarement en direct. Il me semble que si mes écrits amènent un débat, il est plus ouvert si je n’interviens pas. Et puis, je vais vous faire une confidence, mon objectif n’est pas de défendre mes idées, mais de me faire une idée. Et si possible plusieurs. Ainsi, il y a 2 ans 1/2, j’ai écrit un billet sur l’arme du policier, et bien, les commentaires sont d’un niveau qui dépasse et de loin mes connaissances dans ce domaine.

Quant à l’hébergeur, il a deux obligations : une obligation d’identification et une obligation de surveillance du contenu. Il se doit de retirer rapidement une information « manifestement » illicite pour ne pas engager sa responsabilité civile (Le Monde.fr veille au grain.). Ce qui pourrait faire penser à une sorte de censure. Mais a contrario, il engage sa responsabilité s’il intervient d’une manière non justifiée. La parade, c’est l’article 6-I-4 de la loi de confiance dans l’économie numérique (LCEN), qui prévoit des sanctions en cas de notification abusive. « Le fait, pour toute personne, de présenter […] un contenu ou une activité comme étant illicite dans le but d’en obtenir le retrait ou d’en faire cesser la diffusion […] est puni d’une peine d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende ».

Cher lecteur, comme vous le savez maintenant, il vous faut donc saisir le modérateur uniquement à bon escient… Sur ce blog, il a été actionné une fois par un gendarme mécontent. Une autre fois, une personne m’a gentiment adressé un mail pour me faire remarquer une erreur la concernant, dans le récit d’une affaire criminelle. Dans le premier cas, j’ai effacé. Dans le second, j’ai présenté mes excuses et corrigé le texte.

nicolas.jpgMais il n’est pas facile de tant écrire sans se tromper. Une quinzaine de billets par mois. Plus que la plupart des journalistes, mais à la différence de ceux-ci, le blogueur travaille seul, avec les moyens du bord. Mais ce n’est pas un travail, puisqu’il n’y a aucune obligation, et surtout, avantage inestimable, pas de patron sur le dos… Cependant, le moindre sujet demande énormément de temps. Il faut chercher les sources, les renseignements (qu’on ne trouve pas toujours sur le Net), les recouper soigneusement, ne pas hésiter à décrocher son téléphone, etc., et puis, une fois qu’on a tout, il faut tout revérifier. Ensuite, enfin, il faut rédiger, et tout ça sans faute d’ortograf.

Avec à chaque fois que je clique sur « publier », cette appréhension : Est-ce que je n’ai pas raconté des bêtises ? Est-ce que mon histoire va intéresser quelqu’un ? Car des fois, c’est le bide complet, tandis que d’autres fois, je vois la courbe des visites monter, monter… (environ 1.4 million de visites, ou pages vues – je n’ai pas encore compris la différence – depuis le début de l’année). Et au lieu d’être satisfait, le trac me gagne et je me dis : De quel droit tu ouvres ton plomb?

Que de stress pour un modeste blogueur…

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Le billet précédent, Les policiers ont-ils le droit d’interroger un fichier ? a été lu 1.460 fois en 3 jours et le mini-débat qui a suivi a donné lieu à 27 commentaires. Philippe Pichon, qui par la force des choses est devenu un spécialiste en matière de fichiers de police, revient sur le STIC (20 octobre 2009 à 09:46) ; tandis que Marc Louboutin (19 octobre 2009 à 16:43) attire notre attention sur deux articles du Figaro qui parlent du fichier sériel. Si j’ai bien compris, il s’agit de connecter entre eux non seulement les fichiers de police, mais les fichiers d’autres administrations et même des réseaux sociaux, comme Facebook, ou celui des opérateurs téléphoniques. Un outil d’une efficacité redoutable pour les enquêteurs – et redoutable tout court dans de mauvaises mains.

Disparition de Maddie : le livre interdit

Aujourd’hui, la seule personne poursuivie en justice dans l’affaire de la disparition de la petite Madeleine McCann1 est le policier qui a mené l’enquête. On lui réclame 1.2 million d’euros pour son livre A verdade da mentira maddie_pj-portuguaise.1253006616.jpg(L’enquête interdite2, chez Bourin Editeur). Écarté du dossier, poussé à la démission, le commissaire Gonçalo Amaral (même s’il a dérogé à son devoir de réserve) n’a pourtant fait que reprendre point par point les différentes étapes des recherches. Mais il a surtout mis en exergue certaines insuffisances dues en grande partie à la faiblesse des autorités portugaises face à la pression du gouvernement de sa Majesté britannique.

À la fin de son ouvrage, il livre les conclusions de son travail et de celui de son équipe. On peut résumer ainsi :
1/ Maddie est morte à l’intérieur de l’appartement de vacances, dans la nuit du 3 mai 2007 ;
2/ il y a eu simulation d’enlèvement ;
3/ les parents sont probablement impliqués dans la dissimulation du corps ;
4/ la mort aurait pu survenir à la suite d’un accident tragique ;
5/ il y a probablement négligence des parents sur la garde et la sécurité de l’enfant.

Les époux McCann ont été mis en examen en septembre 2007, puis finalement, ils ont été blanchis de toutes les accusations et le dossier a été « archivé ». Ils ont toujours clamé leur innocence et avec l’appui d’un réseau… mystérieux, ils ont bénéficié du soutien de hautes personnalités du monde de la finance et de la politique. Ils ont même été reçus par le pape. Ils ont créé une association qui a drainé, dit-on, plusieurs millions d’euros. Sous la menace de procès en diffamation, ils ont obtenu, dit-on toujours, 700.000 euros de la part de plusieurs journaux de langue anglaise. Et plutôt que de relancer l’enquête, comme portrait-robot-paru-dans-paris-match.1253006688.jpgla procédure portugaise l’autorise, ils ont préféré faire appel à des détectives privés, dont certains n’étaient certainement pas la crème de la profession. Les derniers en date viennent d’ailleurs de publier le portrait-robot d’une femme qui, trois jours après la disparition de Maddie, aurait accosté deux hommes, à Barcelone, pour leur dire : « Tu l’as ? Tu as ma nouvelle fille ? ». Puis en se rendant compte qu’elle se trompait d’interlocuteurs, elle serait partie précipitamment.

Aujourd’hui, les époux McCann auraient obtenu que tous les livres de Gonçalo Amaral soient retirés de la vente (photo avec Jacques Pradel à Europe 1) et que les droits d’auteur encaissés à ce jour (qui semblent importants, car le livre s’est bien vendu) leur soient reversés. Ils demanderaient en outre 1.2 millions d’euros, « au minimum », au titre des dommages et intérêts. Et surtout, ce livre ne amaral-pradel_photo-perso.1253007125.jpgpourrait plus être diffusé à l’étranger (je n’ai pas réussi à joindre l’éditeur français). Coïncidence, cette décision intervient juste au moment où il devait être traduit en langue anglaise. Or, Outre-manche, l’histoire de la disparition de la petite Maddie a profondément marqué l’opinion publique. Avec deux camps : ceux pour qui les McCann étaient des parents malheureux, victimes du harcèlement de la police portugaise, et ceux qui les considéraient comme des suspects ou pour le moins responsables d’un défaut de surveillance sur leur enfant.

Les époux McCann ont justifié leur action contre le policier en disant (traduction libre) : « (…) Il n’y a aucune preuve suggérant que Kate et moi avons été impliqués (…) J’espère que les gens comprendront que nous devons faire ce que nous faisons. »

Nous sommes bringuebalés entre la compassion vers des parents qui ne peuvent admettre la mort de leur enfant et les nombreux doutes qui subsistent à l’issue d’une enquête frileuse dès le départ – et qui s’est arrêtée beaucoup trop vite…  Il est vrai qu’en France, on ne sait toujours pas ce qu’est devenue la petite Tiphaine, disparue le 18 juin 2009, en plein centre de Maubeuge. Et aucune information non plus sur Antoine, ce petit garçon disparu de son domicile à Issoire, il y a juste un an.

Pour ce dernier, le procureur, si prolixe au moment des faits, s’est contenté de déclarer il y a quelques jours dans Le Figaro : « L’enquête n’a pas connu d’avancée significative ».

Je me souviens de ces vieux flics de la criminelle qui avaient l’habitude de dire, lorsqu’ils voulaient calmer un chef ou un magistrat trop impulsif : Une enquête qui commence par des certitudes finit toujours avec des doutes.

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1 – L’histoire de la mystérieuse disparition de Maddie McCann 
2 – L’inspecteur raconte l’enquête.
(Remerciements à Nicole pour ses informations et ses traductions.)

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Le billet précédent, Existe-t-il un droit à l’oublie pour les criminels, a été lu 8.250 fois en 3 jours et a donné lieu à 70 commentaires ou opinions personnelles. Sans chercher à faire un résumé, on peut dire que les avis sont partagés. Il y a ceux qui se placent avant tout du côté des victimes et qui souhaiteraient la suppression ou du moins le rallongement du délai de prescription. D’autres (ils sont moins nombreux) estiment que le système actuel n’est pas si mauvais. Enfin, certains proposent des solutions intermédiaires, comme un délai de prescription identique à la peine encourue. J’ai retenu également une suggestion intéressante qui consisterait à acter la fin du délai de prescription, ce qui permettrait pour certains crimes particulièrement révoltants d’émettre un avis négatif, et par conséquent de faire repartir la prescription pour une durée de dix années.

Maddie : l’inspecteur raconte l'enquête

maddie_jungalig.1241539623.jpg« La télévision montre Gérald McCann qui descend de l’avion en portant son fils. L’enfant a la tête contre son épaule gauche, ses bras pendent le long de son corps (…) En Irlande, les Smith regardent le journal télévisé (…) Pour eux, c’est le choc (…) Il s’agit de l’homme aperçu le 3 mai à 22 heures, avec une petite fille profondément endormie dans les bras. »

Quatre mois plus tôt, les Smith étaient en vacances en Algarve, au sud du Portugal. C’est une famille nombreuse, en tout quatre adultes et cinq enfants. Ce soir-là, ce soir du 3 mai 2007, ils regagnent à pied leur appartement lorsqu’ils croisent un homme qui porte un enfant dans ses bras. Ils n’ont pu distinguer son visage, mais c’était une petite fille. Et elle était vêtue d’un pyjama clair, elle avait les pieds nus, et elle avait des cheveux blonds – comme Madeleine McCann, cette petite anglaise disparue alors qu’elle dormait dans sa chambre. Maddie, dont la photo a fait le tour de monde et qu’on n’a jamais retrouvée (ici).

L’inspecteur de la police judiciaire portugaise, Gonçalo Amaral, nous fait revivre son enquête, minute par minute, dans un livre qui vient d’être traduit en français Maddie, l’enquête interdite, chez Bourin Editeur.

D’un ton qu’il voudrait neutre, mais qui ne l’est pas, tant cette histoire l’a marqué, il nous livre le détail de ses investigations. Il nous énumère les différentes pistes qu’il a suivies, certaines farfelues, et d’autres, plus sérieuses, comme la piste polonaise qui n’a jamais vraiment été élucidée. Et surtout, il met en avant les difficultés qui se sont amoncelées devant lui lorsqu’avec ses coéquipiers il a envisagé la responsabilité, voire la culpabilité, des parents de la fillette. Et notamment les pressions politiques de la part de la Grande-Bretagne. Au point que certains enquêteurs ont imaginé que la signature prochaine du traité de Lisbonne (déc. 2007) pouvait influencer l’enquête sur la disparition d’une enfant d’à peine quatre ans…

Dans cette affaire, Amaral a échoué. Il reconnaît certains manquements : on aurait dû… etc. Mais il a surtout l’impression qu’on l’a empêché d’aller jusqu’au bout. Et sa hiérarchie a profité d’une réponse maladroite à un journaliste pour le limoger.

À la lecture de ce récit, qui pourrait se lire comme un polar si les faits n’étaient pas réels, personnellement, j’ai eu l’impression que les policiers portugais, à tous les étages, ont trop tenu compte de la personnalité et de la nationalité des parents, des amis, des témoins…

Autrement dit, ils ont pris des gants ! Ainsi, pour recouper les témoignages, une reconstitution s’imposait. avis-recherche-interpol_53974070.1241590905.jpgElle n’a jamais eu lieu. Parmi les raisons invoquées : « les gens pourraient croire que les parents et les amis sont suspects ». Dans les premières heures, les premiers jours, les enquêteurs n’ont suivi qu’une seule piste, celle de l’enlèvement.  Chez nous, on ne fait pas toujours mieux. On se souvient de la disparition du petit Antoine, à Issoire, en septembre 2008, et du lynchage de sa mère et son compagnon… Ou, pour coller à l’actualité du procès AZF, du procureur de Toulouse qui d’entrée de jeu a bloqué l’enquête en claironnant qu’il s’agissait d’un accident à 90 %. Ou encore de l’arrestation prématurée de Jacques Viguier, après la disparition de son épouse, par un commissaire qui a voulu à tout prix faire coïncider les faits avec son intuition.

La liste est longue. Or dans une affaire criminelle, on commence par faire un champ large avant de zoomer, et l’on met dans sa poche ses petites idées de grand flic.

livre-maddie.1241539722.jpgJeudi prochain, le 7 mai, à 14 heures, Jacques Pradel recevra Gonçalo Amaral dans son émission Café crimes, sur Europe1.

Dans cette affaire, l’inspecteur a acquis au moins une certitude : la petite Madeleine McCann « est décédée dans l’appartement où la famille passait ses vacances ».

Et comme je participerai à cette émission, je lui demanderai pourquoi !

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Pour écouter l’émission : ici.

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