LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Société (Page 40 of 40)

Estelle, Maddie, Antoine et les autres…

L’information par la presse d’une nouvelle piste dans l’enquête sur la disparition de la petite Estelle Mouzin, avant même que les faits ne soient vérifiés, interpelle bon nombre de gens. Certains ont réagi violemment sur le site des journaux qui ont repris l’information. Ainsi dans estelle-mouzin-9-ans_afp.1232268264.jpgLibération, on peut lire : « Cet article risque d’être la condamnation à mort d’Estelle – Bravo la télé et les journaux ! Que cette fille soit Estelle ou non vous signez son arrêt de mort en publiant cette photo. – Quel manque de professionnalisme ! C’est honteux. ». Ou encore sur Le Monde : « Si elle est encore vivante, cette information est scandaleuse… – Je suis ahuri de l’irresponsabilité de l’AFP à pondre une dépêche là-dessus. »

Quant au père d’Estelle, il s’est étonné que les journalistes soient au courant avant que les mesures d’enquête soient mises en œuvre. Ajoutant toutefois : « Ça confirme la poursuite de l’enquête et le propos tenu par le nouveau directeur de la PJ de Versailles, lors de l’assemblée générale de l’Association Estelle le 10 janvier à Guermantes. » En effet, le commissaire Philippe Bugeaud a alors évoqué des milliers de procès-verbaux encore en phase de vérification et aussi des « millions et des millions de téléphones vérifiés » (Dans les jours qui ont suivi la disparition de l’enfant, toutes les communications échangés dans le secteur ont été remontées – Un travail jamais fait auparavant).

Rappelons qu’Estelle a été enlevée le 9 janvier 2003 (ici), alors qu’elle rentrait de l’école, à Germantes, en Seine-et-Marne. Je crois que jamais une enquête n’a mobilisé autant de moyens. Hélas sans résultat à ce jour.

Le 3 mai 2007, au sud du Portugal, c’est une petitemaddy_apev.1232268409.jpg anglaise de 4 ans, Madeleine McCann, dite Maddie, qui disparaît de sa chambre alors que son père et sa mère dînent avec des amis dans restaurant du complexe hôtelier où ils sont en vacances. Dans les mois qui suivent, les enquêteurs réunissent un faisceau de présomptions contre les parents, dans un climat tendu entre la Grande-Bretagne et le Portugal. À tel point que le policier responsable de l’enquête finit par claquer la porte (ici). Après de nombreux incidents de procédure, les parents sont relaxés. Aujourd’hui, officiellement, le dossier est refermé, et ce sont des détectives privés qui poursuivent les investigations. Une récompense de 2 millions ½ de livres est offerte à « qui donnera des informations qui contribueront à retrouver Madeleine vivante et à son retour en toute sécurité à Rothley dans la province du Leicestershire ».

Le 11 septembre 2008, le petit Antoine, 6 ans ½, disparaît du domicile familial, à Issoire, dans le Puy-de-Dôme, alors que sa mère et son compagnon se trouvent dans un restaurant situé à quelques centaines de mètres. Tous deux ont un passé chargé et les enquêteurs axent leurs investigations sur eux (ici). Sébastien, le compagnon de la maman, est incarcéré pour un passif judiciaire et la mère, antoine-et-sa-mere.1232268578.jpgAlexandrine, âgée de 23 ans, fait l’objet d’une surveillance permanente. Au moment où j’écris ces lignes, elle est en prolongation de garde à vue pour conduite sans permis. Ce qu’elle dément. À la suite de cette interpellation, Le Figaro s’est fendu d’un article, dont le seul titre m’hérisse le poil : « Disparition d’Antoine : l’étau se resserre autour de la mère ».

Cette jeune mère est sans doute une paumée, cela n’en fait ni une infanticide ni un exutoire pour la presse.

Elle est peut-être coupable, mais s’il existait la moindre preuve contre elle, il y a longtemps qu’elle serait en prison.

Des milliers de personnes disparaissent chaque année, hommes, femmes, enfants. La plupart sont retrouvées, mais pour un ou deux enfants, il n’y a plus aucune nouvelle. On imagine l’angoisse des parents…

Ici, trois enfants ont disparu :

– Estelle : des enquêteurs toujours actifs, cinq ans plus tard.
– Maddie : des enquêteurs privés et de l’argent, beaucoup d’argent.
– Antoine…

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PS. Pour répondre à un commentaire, le mot « paumée » est utilisé dans le sens égarée, perdue…

La PJ, de 1982

PARTIE 15 – Cette année-là, un vent de suspicion souffle au ministère de l’intérieur. Le virus de la paranoïa se répand dans les hautes sphères et certains vont même imaginer que la police est en train de manigancer un coup d’état. Toutefois, pendant que les uns règlent leurs comptes avec les autres, et vice-versa, les affaires continuent. Truands et terroristes s’en donnent à cœur joie.

À peine installé aux manettes, Gaston Defferre demande un audit sur la police. Un sondage top secret, mais complètement bidon, qui aboutit à la conclusion politiquement-incorrect-de-petillon.1176784159.jpgque la majorité des fonctionnaires de police sont opposés au gouvernement de Pierre Mauroy. Ils sont qualifiés de «droitiers». En janvier 1982, Jean-Michel Belorgey, député PS de l’Allier, remet à Defferre un rapport sur la réforme de la police. À la lecture du seul préambule, les rares policiers qui ont eu le privilège de lire ce… poulet, sautent au plafond. La police, pour résumer l’incipit, est « inefficace et envahissante… Elle préfère s’immiscer insidieusement dans les sphères de la vie sociale, plutôt que de protéger les honnêtes gens… Elle donne l’image d’un corps prétorien ou d’une police politique…» Et le reste est du même tonneau. À tel point que même Defferre n’ose entreprendre les réformes envisagées. Un journal parle de « rapport poubelle ». Pourtant, n’en déplaise à certains, à part le verbiage idéologique, tout n’était pas à jeter dans ce document. L’idée d’un organisme de contrôle extérieur à la grande maison pouvait être creusée, à condition d’en exclure les actes de police judiciaire, qui sont sous la responsabilité des magistrats. Et ce précepte, que Belorgey proposait d’insérer dans le code de déontologie, et que tous les chefs de police rejetèrent comme un seul homme : « Tout policier doit s’abstenir d’exécuter tout ordre dont il sait, ou devrait savoir, qu’il est illégal. » Cette phrase n’est que la paraphrase du code pénal.

Mais en ce début d’année, les services spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme, comme l’OCRB, dont je suis devenu le chef à la suite d’un gilbert-ciamaraglia_photo-presse.1176754620.jpgmouvement de chaises musicales, ont d’autres chats à fouetter. Quelques mois auparavant, le juge Pierre Michel a été tué, à Marseille, par deux hommes montés sur une moto rouge. Tout est mis en œuvre pour retrouver les coupables. Une seule certitude : c’est le milieu. Mais lequel ? Michel était un magistrat efficace, mais impitoyable. Et ses ennemis étaient légions. D’entrée, les soupçons se portent sur Gaétan Zampa. La presse le désigne comme le commanditaire. Et, chose invraisemblable, Zampa se fend, via maître Pelletier, d’un droit de réponse. Il dément formellement toute implication dans ce meurtre.On aurait peut-être dû en tenir compte, car, avec le recul, on peut penser que nous, les cracks (?) de la lutte contre le grand banditisme, on s’est fait bananer. En effet, Zampa, à cette époque, est installé en région parisienne, d’où il dirige, disons… ses affaires. Il est très lié à Gérard Vigier, qui tient une boîte de nuit à Ozoir-la-Ferrière, en Seine-et-Marne. Son épouse, Christiane Convers, est actionnaire principal d’un complexe de loisirs, Le Krypton, implanté à Aix-en-Provence. Et il semble avoir organisé un trafic de stupéfiants sur une grande échelle : l’importation de morphine base depuis la Turquie. On pensecharles-giardana_photo-presse.1176754396.jpg même que, pour limiter les risques, il a imaginé un moyen judicieux. Le produit est placé dans de petits caissons, fixés sous les wagons d’un train. Et, grâce à une télécommande, la drogue peut être larguée à distance, à n’importe quel endroit sur le passage du train. Autrement dit, hormis la guerre contre Jacky le Mat, qui lui pose problème, il est bien installé. Comme tous les truands qui ont réussi, il aimerait bien « s’embourgeoiser ». Il n’a donc aucun intérêt à faire assassiner le juge Michel, car ce crime ne pouvait que mobiliser des centaines de policiers contre lui. Ce qui s’est passé. Les auteurs de ce meurtre, deux porte-flingues, seront arrêtés en 1986, à la suite de confidences recueillies par la police suisse. Charles Altieri pilotait la moto et François Checchi, se trouvait à l’arrière. C’est lui qui a ouvert le feu. La préparation a été effectuée par quatre petits voyous marseillais de la bande de la Capelette, Gilbert Ciaramaglia, Charles Giardina, Daniel Danty et André Cermolacce. On a dit que François Girard, dit François le blond, impliqué dans la Sicilian connection, arrêté en juillet 1981, aurait pu être l’instigateur de ce crime. On a aussi parlé de la mafia franco sicilienne. Et de moins en moins de Zampa. En 1984 (donc sans connaître l’épilogue), Philippe Lefebvre a tiré un film de ces événements, Le juge, avec Jacques Perrin et Richard Bohringer.

Le 24 février, c’est la naissance d’Amandine, le premier bébé éprouvette français (Qu’est-elle devenue ?), et, un mois plus tard, Defferre fait adopter par l’assemblée nationale sa loi sur la décentralisation. Pendant ce temps, les policiers participent aux premières élections professionnelles depuis l’avènement de la gauche. Et ils votent comme d’habitude. D’aucuns pensent qu’on ne peut tirer aucun enseignement de ce scrutin. Alors qu’il crève les yeux : dans leur métier, les poulets se fichent de la politique. Mais certains des nouveaux dirigeants de gauche, qui depuis des années « cassent du flic », ne peuvent du jour au lendemain admettre qu’ils se sont fourvoyés, et que la police n’est pas un ramassis de fachos, mais tout simplement un corps d’état au service de la République. L’exemple vient de haut. Mitterrand vire les policiers habituellement chargés de la protection du président de la République, pour les remplacer par des gendarmes. Parallèlement, il crée à ses côtés la fameuse cellule élyséenne, dirigée par le commandant Prouteau. Il nomme un secrétaire d’état chargé de la police, Joseph Franceschi, et, à la tête de tout ça, il place un fidèle parmi les fidèles, Michel Charasse. Lequel choisit le sous-préfet Gilles Ménage pour l’aider dans sa tâche. Afin de suivre les affaires en direct, ce dernier fait appel au commissaire Charles Pellegrini, à charge pour lui de créer un bureau de liaison regroupant la DGSE, la DST, les RG et la PJ. On fait une pause. La PJ, placée sous la responsabilité des magistrats, qui vient rendre compte de son activité à l’Elysée ! Et de ces juges, que l’on voit actuellement si prompts à défendre leur indépendance, pas un ne bouge. Bof! Charasse et Ménage, un… ménage bien dangereux pour la République. Ils vont créer un véritable réseau parallèle au sein de la police, utilisant tous les moyens techniques de l’époque. À croire qu’ils se sont inspirés des méthodes du SAC, ce mouvement, qui, après le massacre d’Auriol, vient d’être dissous. Dans le même temps, Gaston Defferre déclare : « Il faut en finir pour toujours avec les écoutes téléphoniques ». Il est largué, Gastounet – et nous de même. On ne sait plus qui fait quoi. Tout est en place pour les événements qui vont se dérouler l’année suivante. En attendant, quai des Orfèvres, certains n’ont toujours pas digéré le baston entre Defferre, Le Mouel et Leclerc. Et ilscharles-pellegrini_photo-presse.1176784529.jpg sentent la volonté politique de « casser » la PP. Ils envoient une bombe à la cellule élyséenne, en faisant croire à un individu peu fiable, informateur attitré des gendarmes, qu’ils enquêtent sur un réseau de dangereux terroristes placés sous les ordres du fameux Carlos. Les officiers de gendarmerie ont sans doute bien des qualités, mais ils n’ont pas le vice des vieux poulets. Ils foncent comme des boy-scouts. Et c’est l’affaire des Irlandais de Vincennes, ces pseudo-terroristes, dont la DST suit d’un œil amusé les agissements depuis des années, et qui rêvent en permanence de la révolution qu’ils ne feront jamais.

Pendant ce temps, les vrais terroristes nous terrorisent. La France est un champ de bataille. Action directe se scinde en trois. Une partie renonce à la lutte armée, un autre fait alliance avec la Fraction armée rouge et la dernière, dite branche lyonnaise, se lance dans des actions antisémites. En mars, une bombe explose dans le train Le Capitole : cinq morts, vingt-sept blessés. En avril, une voiture piégée explose, rue Marbeuf, à Paris : un mort et soixante-trois blessés. En juin, un commando d’Action directe s’en prend à l’école américaine de Saint-Cloud. En juillet, c’est une banque. Le caissier est blessé. En juillet, une bombe explose, rue Saint-Maur, à Paris ; puis c’est le consulat de Turquie, à Lyon qui est visé. Le même mois, une bombe explose près de la cabine téléphonique du Pub Saint-Germain, dans le VI°. Le 9 août, c’est la fusillade du restaurant Goldenberg, dans le quartier juif, et la fusillade de la rue des Rosiers. L’été n’en finit pas. À Paris, voiture piégée devant l’ambassade d’Irak, bombe contre l’hebdomadaire Minute… Le 21 août, deux démineurs de la préfecture de police sont tués alors qu’ils tentent de désamorcer une charge d’explosif sous la voiture d’un Américain. Le 17 septembre, un véhicule de l’ambassade d’Israël explose en plein Paris, faisant près d’une centaine de blessés. Etc. Cette année 1982, des centaines de personnes sont mortes ou ont été blessées victimes d’attentats. Et pendant ce temps, la police tourne au ralenti.

Le 27 juillet, Badinter fait adopter une loi qui supprime l’homosexualité du code pénal, mais il faudra attendre 1991, pour que l’Organisation mondiale de la santé lui emboîte le pas et modifie en ce sens sa liste des maladies mentales.

Le 13 septembre, la princesse de Monaco quitte la route au volant de sa Rover. Elle fait un plongeon de quarante mètres. Grace Kelly rend son dernier soupir le lendemain. Sa fille, Stéphanie, qui était à ses côtés, s’en sort sans trop de mal. On ergotera pour savoir si ce n’est pas elle qui était au volant (elle n’avait pas dix-huit ans), ce qui au fond n’a aucune importance. La véritable polémique sera médicale. Si on l’avait transportée au service neurologique de l’hôpitalle-virage-dhairpin.1176754971.jpg de Nice, elle avait des chances de s’en tirer, affirment certains médecins. En effet, l’hôpital de Monaco n’était même pas équipé d’un scanner. Mais, on dit aussi, qu’avant cet accident, Grace Kelly aurait eu plusieurs malaises. L’hypothèse d’un évanouissement au volant n’est pas impossible. Un routier, qui suivait la Rover a déclaré : « Je ne sais pas ce qui s’est passé. Curieusement, au virage de droite, je n’ai pas vu la voiture ralentir. Les stops ne se sont pas allumés. Elle n’a pas braqué. Bien au contraire, j’ai eu l’impression qu’elle roulait de plus en plus vite avant de disparaître par-dessus le parapet. » On ne saura jamais. Il n’y a pas eu d’expertise de la Rover, ni d’autopsie, ni d’enquête. Vingt-huit ans plus tôt, dans La main au collet, d’Alfred Hitchcock, la comédienne Grace Kelly, fonce sur cette même routeau volant d’un cabriolet, au grand dam de Gary Grant. Mais tous deux s’en sortent sains et saufs.

Le 7 décembre 1982, les États-Unis inaugurent une mise à mort plus… moderne que la chaise électrique. Pour la première fois, un homme est exécuté à l’aide d’une injection létale.

Bruno Sulak – Le 25 janvier 1982, Bruno Sulak est interpellé à Paris. C’est le résultat de huit mois de travail soutenu, pour tout un groupe de l’OCRB. Car, le sulak-alias-legionnaire-bernard-suchon.1176783450.jpgbougre, il nous a donné du fil à retordre ! Mais, comme les singes, on a fini par l’attraper – par la queue. Il faut dire que l’appât ne manque pas de charme. Elle se prénomme Chantal, et se dit cover-girl. Sulak, c’est le genre de type qui te réconcilie avec ton métier. C’est un voleur. Il assume. On lui pose des questions, il y répond. Et il ne balance pas ses copains. Ce qui ne nous arrange pas, mais on apprécie. Il part pour la prison avec une douzaine de braquages sur la conscience, notamment au préjudice de grandes bijouteries. Il n’y restera pas longtemps. Le 21 juillet, dans le train Montpellier-lyon, deux hommes braquent les gendarmes qui l’escortent, et il prend la poudre d’escampette. Durant cette cavale, il m’appelle régulièrement, non pas pour m’insulter ou me provoquer, mais juste pour parler – ou pour se faire peur. À tel point que de gentils collègues font courir des bruits sur ces relations «contre-nature» et je suis contraint de me justifier auprès de ma hiérarchie et du magistrat instructeur. Le 12 novembre, un copain de Sulak, Jean-Louis Secreto, s’évade de la maison d’arrêt où il est incarcéré, grâce à une complicité extérieure. Futés, on se dit : Tiens, si c’était Sulak ! Deux mois plus tard, une patrouille du commissariat des Mureaux, dans les Yvelines, se permet « un délit de sale gueule » envers deux occupants d’une voiture. Il s’agit de Marc Mill, une relation de notre évadé, et Anthony Delon, le fils du comédien. Dans le véhicule, ils découvrent des cagoules et un pistolet MAC 50, qui, vérification faite, est l’une des armes volées aux gendarmes dans le train Montpellier-Lyon. On avance, on avance. Mais, le fils d’Alain Delon soupçonné de tentative de braquage, ça intéresse les médias. Je passe mon temps à rédiger des notes à Pierre, Paul et Jacques, pour expliquer le pourquoi du comment. L’influence de Delon est énorme. Son fils ne restera qu’une seanthony-delon_gp.1176783553.jpgmaine ou deux derrière les barreaux, et la presse, courageusement, oubliera l’incident. La justice aussi, semble-t-il. Quant à Sulak, il est interpellé bien plus tard, à la frontière espagnole, avec de faux papiers. Il revient du Brésil. Il se fait passer pour un journaliste suédois homosexuel qui fuit pour échapper aux poursuites de sa femme. C’est tellement gros, et tellement bien joué, que tout le monde y croit. Il est écroué sous une fausse identité. Un délit bien mineur pour lui. Il faudra le flair d’un vieux routier de l’OCRB pour le percer à jour. In extremis. «À un jour près, j’étais libre, cette sacrée chance m’a bel et bien laissé tomber…» Cette phrase est une citation du livre de Pauline Sulak, Bruno Sulak, radisa-jovanovic-dans-le-film-le-professionnel.1176755637.jpgaux éditions Carrère. Il ne savait pas à quel point il disait vrai. Un peu plus tard, avec son complice (et ami) Radisa Jovanovic, dit Steves, il organise son évasion par hélicoptère. Mais la police de l’air et des frontières (PAF) a eu vent de l’opération. Le SRPJ de Bordeaux est informé – mais pas l’OCRB. Une souricière est tendue, au cours de laquelle Steves est abattu. Sulak en veut à la terre entière. Et surtout aux flics pour avoir (d’après lui) tiré trop vite et sans doute à lui-même pour avoir entraîné son ami dans cette galère. De procès en procès, il se retrouve à Fleury-Mérogis. C’est un détenu sans histoire. Il intériorise sa révolte et la communique dans l’Autre Journal. Seule sa notoriété lui vaut parfois des accrochages avec un geôlier grincheux ou un compagnon d’infortune envieux. La prison est une microsociété qui amplifie les imperfections de la société tout court. En mars 1985, après avoir convaincu un jeune cadre de l’administration pénitentiaire de l’aider, il tente de s’évader. Il est surpris par des gardiens, et, après une courte lutte, il fait une chute de sept mètres. Il s’écrase sur une dalle en ciment. À ce jour, ses proches sont encore persuadés qu’il a été assassiné.

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La PJ, de 1980

PARTIE 12 – En ce début des années 80, nombre de démocraties voient apparaître des mouvements prônant l’usage de la force et se revendiquant du marxisme. (Raymond Marcellin aurait-il eu raison ?) Près de nous, en Allemagne, c’est la Fraction armée rouge ; et en Italie, les Brigades rouges. En France, le 1er mai 1979, Action directe revendique le mitraillageaction-directe.1174741791.jpg du siège du patronat. Ce mouvement n’a pas fini de faire parler de lui… Cette année-là, le chanteur Daniel Balavoine dénonce les médias, « dont les propos n’intéressent plus personne », et attire l’attention sur la jeunesse, qui se désespère. Hélas ! Il chante à la lune.

Dans la nuit du 1er au 2 février 1980, Joseph Fontanet, ancien ministre de l’éducation nationale et de la santé, est grièvement blessé d’une balle de 11.43 dans la poitrine, devant son domicile du XVI° arrondissement, à Paris. Il meurt quelques heures plus tard. Assassinat jamais revendiqué. L’enquête sera classée sans suite. Le mois suivant, c’est un personnage bien différent qui va nous quitter.

René Juillet, dit le Petit prince, a été un peu le businessman de Gilbert Zemour. Puis, ils se sont fâchés. Pour l’heure, il est dans la panade. Non seulement Zemour le talonne, mais ses affaires sont en pleine déconfiture. Il finit par déposer plainte contre son ancien complice pour racket. Mais, il est sur les nerfs. Toujours armé. Un jour, il tire sur le journaliste Marc Francelet, qu’il soupçonne d’être de connivence avec son ennemi. En désespoir de cause, il collabore avec la police et il balance Gilbert Zemour, lequel se fait interpeller comme un bleu, au volant de sa voiture, alors qu’il revient de Bruxelles. Pour une peccadille : il lui reste treize jours à purger sur les dix mois de prison dont il a écopé. Le 27 mars 1980, neuf jours après que Zemour ait réglé sa dette à la société (sic), au petit matin, devant le restaurant de nuit Le miroir du temps, trois hommes guettent, dissimulés à l’intérieur d’une Mercedes. René Juillet sort pour prendre l’air. Il est en confiance. Ici, c’est son QG. La voiture s’approche lentement. Il aperçoit trop tard le canon du fusil. Sa tête explose sous les chevrotines. Les clients sortent. Claude Brasseur, un habitué, doit penser que c’est mieux au cinéma. Bien sûr, les enquêteurs de la criminelle trouvent étrange la contiguïté de ce meurtre et la sortie de prison de Zemour. Mais, petit Gilbert a un alibi béton. D’ailleurs, malgré les apparences, il n’est pas certain qu’il soit l’auteur de ce règlement de comptes. On peut penser que le Petit prince a été mordu par un autre serpent. En l’occurrence, le gang de la banlieandre-gau_photo-surveillance_archives-perso.1174733300.jpgue sud, dirigé par Marcel Bennacer, alias Nénesse, et André Gau, celui que Jacques Imbert, alias Jacky le Mat, avait surnommé Dédé gode, après l’avoir « descendu à la cave » pour lui donner une correction. Il se vantait, en effet, d’avoir forcé son intimité avec une bouteille de Perrier… Ce qui le faisait beaucoup rire. D’où ce surnom. Depuis peu, Bennacer et Gau se sont lancés dans la reprise d’établissements de nuit. Au moment des faits, ils sont d’ailleurs en train de négocier le rachat du restaurant Le bœuf sur le toit, dans le VIII°. On ne connaîtra jamais la vérité, car Bennacer est abattu huit mois plus tard, dans les sous-sols d’un café, avenue Trudaine, à Paris. Une nouvelle fois, André Gau, s’en sort bien. Il va bénéficier d’un (long) délai de grâce.

Ce même mois, Marguerite Yourcenar bouscule les traditions. C’est la première femme à être élue à l’Académie française. Et Maître Agnelet, lui, est radié du barreau de Nice. Il est inculpé d’homicide volontaire sur la personne d’Agnès Leroux, la fille de la patronne du casino Le palais de la Méditerranée, que l’on suppose morte, mais dont on n’a jamais retrouvé le corps. Jean-Dominique Fratoni, le propriétaire du casino Ruhl, à Nice, et du casino de Menton, via la SA Socret, dont le capital est détenu pour moitié par de mystérieux italiens, est soupçonné de complicité. Mais, en l’absence de la moindre preuve, le dossier est transmis à la section financière de la PJ. Poursuivi pour fraude fiscale, il quitte la France précipitamment.

Jean-Paul Sartre se meurt et Albin Chalandon, le nouveau président d’Elf-Erap, signe un second contrat avec une petite société implantée au Panama, la Fisalma, dans laquelle on trouve la présence de la banque suisse UBS, quelques personnages interlopes, et un avocat, Jean Violet, ancien correspondant du SDECE, l’ancêtre de la DGSE. Ce nouveau contrat porte l’ardoise à un milliard de francs. Ces sommes astronomiques sont destinées à mettre au point et à fabriquer un appareil susceptible de détecter les nappes de pétrole, en effectuant un simple survol du terrain. Donc, plus de forage. C’est de l’alchimie. Mais le projet fait rêver, et, surtout, il y a la caution morale d’Antoine Pinay. Elf est une entreprise nationalisée, cet accord ne peut donc se faire qu’avec la bénédiction des plus hautes autorités, en l’occurrence, Giscard d’Estaing, Raymond Barre, et son prédécesseur à Matignon, Jacques Chirac. Trop beau pour être vrai, se dit un chercheur, le professeur Jules Horowitz. Il n’a aucun mal à démontrer la supercherie. Les «inventeurs» acceptent de se livrer à une démonstration. Cela consiste à repérer une règle placée derrière un mur. Subrepticement, Hirowitz tord la règle. On démarre l’expérience, et la règle apparaît sur les appareils de contrôle – bien droite. L’image n’est qu’une photographie. Tout était truqué depuis le début. Trois ans plus tard, Le Canard Enchaîné sortira l’affaire en titrant sur « les avions renifleurs ». La commission d’enquête parlementaire, constituée pour calmer l’opinion publique, va pondre un rapport de 650 pages. François Mitterrand interviendra personnellement pour que son prédécesseur ne soit pas entendu. Jean Cosson, chef de la section financière du parquet de Paris, en ces années-là, estime qu’il s’agit d’une fausse escroquerie. Une escroquerie à l’escroquerie, en quelques sortes… Il s’en explique dans un livre (que je n’ai pas lu) Les industriels de la fraude fiscale.

Les mauvaises langues disent que ce pécule aurait atterri dans la caisse noire d’un parti politique… Cette manie de persécuter les grands de ce monde! Heureusement, le 8 mai 1980, l’OMS estime que la variole est éradiquée sur toute la planète. La variole, seulement.

casino-namur.1174733148.jpgPendant ce temps, Gilbert Zemour se frotte les mains. Il vient de réaliser le fruit de plusieurs années d’efforts. Grâce de nombreux pots-de-vin auprès des autorités locales, il a réussi à mettre sur pied un magnifique casino à Namur, en Belgique, au bord de la Meuse. Bien sûr, l’homme n’apparaît pas au grand jour. Officiellement, cet établissement est la propriété du groupe Gonzalès, détenu par un financier du jeu, Joseph Kaïda, et un contrôleur général de la police nationale, récemment retraité, Michel-Joseph Gonzalès. Ce dernier s’y connaît, puisqu’il a longtemps officié aux « courses et jeux », au ministère de l’intérieur. Mais ce soir de novembre 1980, rien ne va plus. Ce ne sont pas les joueurs qui flambent, mais le casino. Malgré la présence d’une cinquantaine de pompiers et de nombreux bénévoles, il est détruit aux deux tiers. La police belge établit qu’il s’agit d’un incendie criminel, et l’enquête s’arrête là. N’a pas la baraka, P’tit Gilbert.

Le 3 octobre, un attentat à l’explosif fait quatre morts et une vingtaine de blessés devant la synagogue de la rue Copernic, à Paris. L’attentat, non revendiqué, sera attribué au Front populaire pour la libération de la Palestine.

En décembre, John Lennon nous quitte. Le cofondateur des Beatles est âgé de 40 ans. Et, à quelques mois des élections présidentielles, on apprend que last-jean-cap-ferrat.1174733424.jpg France compte un million cinq cent mille chômeurs. Ce qui aujourd’hui nous fait rêver… Quand à Raymond Barre, notre premier ministre, il prépare sa retraite. Il finit d’aménager sa résidence secondaire, une bien modeste demeure, allez ! au bord de la Méditerranée, à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

La mort d’un ami – Grâce à un tuyau d’une informatrice aux yeux bleus, on collait aux baskets d’un trio d’anciens militaires que l’on soupçonnait des pires intentions. Ce jour-là, une écoute téléphonique nous confirme qu’ils préparent un coup. Pour le lendemain. On se met en planque. La BRI de Nice est à présent parfaitement rodée, et les hommes se positionnent d’instinct. Vraiment une bonne équipe ! L’inspecteur Charles Marteau connaît l’un des protagonistes, un certain Richard Ughetto. Il l’a déjà arrêté. C’est donc lui qui se poste dans le « sous-marin ». Faut dire qu’il est un peu remonté, car, à sa sortie du cabinet du juge d’instruction, libre comme l’air, ce jour-là, Ughetto lui avait fait un bras d’honneur. Donc, Charly en veut. Dans son talkie-walkie, il nous décrit la scène : « Il fouille dans sa sacoche. Il sort un truc… C’est un fusil à pompe. Il a un calibre, aussi… ». En tout, ils sont trois. Ils partent avec deux voitures. On prend la RN 202, puis au bout d’un moment, nos lascars bifurquent et empruntent une petite route qui longe la Vésubie. Il fait nuit noire. 

Quel coup peuvent-ils préparer ? Un saucissonnage ? Un enlèvement ? Un braquage ? Dans ce coin désert de l’arrière-pays niçois, sûrement pas. On se perd en conjectures, tandis que notre convoi de voitures banalisées, tout feux éteints, file sur une petite route déserte, bordée par le ravin du torrent. Puis, ils s’arrêtent, et s’engouffrent tous trois dans la plus grosse des voitures, une Audi. Laissant sur place la Simca. Et nous laissant sur place aussi. On les a perdus. Je décide de planquer sur ce qui semble bien être la voiture relais. Puisqu’on est dans l’impossibilité de les faire en flag, on va les serrer au retour. Les heures passent. L’un de mes hommes suggère de mettre la Simca en panne. Après réflexion, je me dis qu’en leur interdisant de s’enfuir, on se donne une chance de plus. Et j’acquiesce. Mais rien ne se passe comme prévu. L’Audi revient et s’arrête à les-autorites-rendent-hommage-a-charles-marteau.1174738740.jpgdistance. Deux hommes en descendent et la voiture fait demi-tour, et repart. Les deux zigotos se dirigent vers la Simca – mais ils ne pourront pas démarrer, puisque qu’on a retiré les fils des bougies. « Intervention ! » En un éclair, nos clients sont emballés. Mais il nous manque le chef, Richard Ughetto. Il n’a pas pu nous repérer. Donc, il ne se doute de rien. Et la seule route, pour revenir à Nice, passe par ce petit pont, qui surplombe la Vésubie. De nouveau, il faut attendre. C’est fou ce qu’on peut attendre, dans ce métier. Mon plan est simple. Lorsqu’il va s’engager sur le pont, je vais avancer ma voiture, et comme il n’y a pas la place pour deux véhicules, il sera bien obligé de s’arrêter. Et les autres véhicules vont l’encadrer. Ça c’est passé comme ça, exactement. En quelques secondes, la voiture, pilotée par Ughetto, est bloquée de tous les côtés. Il lui est impossible d’en sortir. À part qu’immédiatement, il ouvre le feu. Pas de sommations, chez les voyous. Il tire à travers son pare-brise. C’est du gros calibre. Je vois les flammes sortir du canon. On riposte, bien sûr, mais, avec plus de discernement, car nous avons le risque de tirs croisés. On a su, après, qu’il portait un gilet pare-balles. Ce qui n’était pas notre cas. Il n’y avait pas le budget pour ça. Puis, une fois son arme vide, il se glisse par la vitre et il disparaît. Je fulmine. Marcel, le vétéran de la brigade, a été touché. Heureusement, la balle de 11.43 s’est plantée dans le cuir de son holster, ce qui a freiné sa course. La blessure ne sera pas trop grave. Il nous a fallu un bon moment pour nous apercevoir de la disparition de Charly. Dans la nuit sans lune, on s’est mis à le chercher. Charly ! Charly ! La Vésubie nous a rendu son corps au bout de quatre jours. Charles Marteau avait trente ans.

Le ministre de l’intérieur s’est déplacé pour les obsèques. Devant le cercueil, un petit garçon de dix ans, le regard voilé, mais les yeux secs, n’avait pas encore compris qu’il ne reverrait plus son papa.

Je me souviens de la réflexion de Julien, mon petit-fils, à la mort de sa grand-mère. Il a regardé ses parents en pleurs, et il a murmuré : « J’ai envie de pleurer, mais je ne sais pas. » – On a tôt fait d’apprendre.

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La PJ, sous Giscard (3)

PARTIE 11 – A la fin des années 1970, la décrépitude du clan Zemour est en marche. Le guet-apens du café Le Thélème y est sans doute pour beaucoup. Un an plus tard, le 13 septembre 1976, la mort du chef des Siciliens, Jean-Claude Vella, abattu à Paris, puis celle de Marcel Gauthier, revolvérisé à Nice, suffiront, semble-t-il, pour effacer l’ardoise. L’honneur est sauf, se disent les Zemour. Edgard s’installe en Floride et Gilbert s’embourgeoise dans les beaux quartiers parisiens. Pour eux, le châtiment interviendra plus tard. Les règlements de comptes entre truands ne sont pas terminés pour autant. Maintenant, c’est Gaétan Zampa et Francis Vanverberghe (Le Belge) qui font tonner la poudre. Dans les années 77 et 78, c’est une petite dizaine de voyous qui passent ainsi l’arme à gauche, tous dans le sud de la France. Cette hécatombe, c’est la goutte d’eau. Après l’affaire du Palais de la Méditerranée, le casse de la Société Générale et quelques autres tripatouillages politico-mafieux, en 1978, en pleine période estivale, Nice va s’enrichir d’une brigade antigang.

patrick-henry.1174227066.jpgPendant ce temps, Patrick Henry est jugé pour le meurtre du petit Philippe Bertrand. La plaiderie de Robert Badinter et la mazarinade qui entoure l’exécution de Christian Ranucci, deux ans et demi plus tôt, vont lui éviter la guillotine. En janvier 1979, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il sera libéré vingt-deux ans plus tard. Il n’y aura d’ailleurs plus une seule exécution en France. Hamida Djandoubi, condamné pour tortures, viol et assassinat, est donc le dernier criminel à avoir été condamné à mort. Il a été guillotiné le 10 septembre 1977, à la prison des Baumettes, à Marseilles.

Le 19 mai 1978, les paras de la légion sautent sur Kolwezi, au Zaïre, afin de libérer des otages occidentaux détenus par des rebelles. Ce fait d’armes va sceller le destin d’un truand hors du commun, Bruno Sulak. Ce jeune homme, qui a sans doute choisi la légion pour ne pas tomber dans la délinquance, ne participe pas à cette opération militaire. Blessé dans son orgueil, il décide de ne pas rejoindre son régiment. Considéré comme déserteur, il va entamer une farandole de vols à main armée, dont certains seront mis en scène avec une certaine habilité, parfois teintée d’humour. Nous en reparlerons. Quelques mois plus tard, un terroriste palestinien prend plusieurs otages, à l’ambassade d’Irak, à Paris. La brigade criminelle, la BRI, et, très bizarrement, une toute jeune unité de la gendarmerie, le GIGN, se retrouvent sur place. Après de longues heures de négociation, le forcené accepte de se rendre. Broussard va le récupérer à l’intérieur de l’immeuble. Il le mène à une voiture où se trouve Ottavioli, le patron de la brigade criminelle. C’est alors que, depuis les étages de l’ambassade, une fusillade éclate. Les policiers ripostent. Tout ça sous l’objectif des caméras de télévision. Aux infos télévisées, on découvrira Broussard en train de se défiler, tandis que Pierre Ottavioli, figé sous les balles, reste droit comme le général de Gaulle, dans sa DS, lors de l’attentat du Petit-Clamart. Certains, par la suite, vont railler Broussard. Il s’en vexera. C’est pourtant lui qui avait raison. Lorsqu’il pleut du plomb, il vaut mieux se mettre à l’abri. C’est l’abc. Mais, hélas, dans cet échange de coups de feu, un policier a été tué, l’inspecteur Jacques Capella, et plusieurs autres ont été blessés. Les tireurs, tous protégés par l’immunité diplomatique, sortent « libres » des locaux de la brigade criminelle. Ils sont attendus, devant le 36, par une double haie de policiers en colère. Et l’on assiste à cette scène invraisemblable, où des tueurs sont protégés de la colère des flics par des gendarmes… Des gendarmes sur le ressort de la préfecture de police, lesquels participent à une opération de PJ, puis protègent des assassins de la vindicte des policiers, cela fait… deux premières, si je puis me permettre. Il faudra du temps pour dissiper le malaise né de ce déni de justice.

Cette même année, Giscard d’Estaing fait voter la loi informatique et libertés, qui vise à lutter contre l’utilisation abusive des fichiers informatiques.

Le 28 mars 1979, un arrêté modifie la direction centrale de la police judiciaire, et créé la sous-direction de la police criminelle et scientifique. Cette nouvelle structure chapeaute les laboratoires de police scientifique de Paris, Lille, Lyon, Marseille et Toulouse, ainsi que les services d’identification judiciaire et la documentation criminelle. Le mois suivant,corps-de-robert-boulin_les-secrets-de-notre-monde.1174233710.jpg un 19° SRPJ voir le jour, celui des Antilles et de la Guyane. En juin, Simone Veil devient le premier président du Parlement européen, dorénavant élu aux suffrages universels. Ce qui apporte de l’eau au moulin de Jacques Chirac, qui, six mois plus tôt, a lancé l’appel de Cochin. Lors de cette déclaration, il a qualifié l’UDF et les giscardiens de « partis de l’étranger », pour leurs prises de positions proeuropéennes. Le 30 octobre 1979, c’est un ancien résistant, opposé à Jacques Chirac, qui est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines. Il s’agit du ministre du travail, Robert Boulin, dont le nom circule alors pour remplacer Raymond Barre, à la tête du gouvernement. Le commissaire Alain Tourre, du SRPJ de Versailles, prend la direction de l’enquête. On a dit tout et son contraire sur la mort de Boulin, jusqu’à suspecter la véracité de l’enquête judiciaire. A posteriori, on se doute bien qu’un policier qui se serait laissé séduire par le chant des sirènes de la politique, au point de torpiller une enquête criminelle, se serait retrouvé ou préfet, ou en prison. Or, Tourre a fait une carrière normale – et bien en-deçà de son mérite. Il a fini contrôleur général. Et, il a conclu à un suicide. La cour de cassation confirmera d’ailleurs ce résultat, douze ans plus tard, après que la famille du ministre ait épuisé toutes les voies judiciaires pour démolir cette procédure. Le suicide est culpabilisant, pour ceux qui restent. Robert Boulin passait pour un homme intègre, ce qui est rare en politique, il n’a sans doute pas supporté que Le Canard Enchaîné publie une lettre anonyme qui l’accusait d’avoir acquis, dans des conditions douteuses, un terrain à Ramatuelle. Qui est l’auteur de cette lettre anonyme ? Pourquoi a-t-elle été publiée sous cette forme ? Qui aurait pu profiter des circonstances pour laisser planer le doute sur la véracité de son suicide ? Et pourquoi ? C’était une autre enquête. Qui n’a pas eu lieu. Le journal satirique croule d’ailleurs sous les tuyaux, puisque dans le même temps, il sort une information qui va couler Giscard d’Estaing aux élections suivantes : l’affaire des diamants. En 1973, un mois après que Jean-Bedel Bokassa soit débarqué de son trône d’empereur (sic) de Centre Afrique, il aurait offert à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des finances, une plaquette de bijoux d’une valeur d’un million de francs. Giscard s’embarbouille dans ses explications. Il n’arrive pas à se justifier. Il ne s’en relèvera pas, avec le résultat que l’on connaît, en 1981.

Le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine est abattu au volant de sa voiture, porte de Clignancourt, à Paris.

La création de la BRI de Nice – Nous étions une trentaine, assis en rond, par terre, dans une salle vide de tout mobilier. C’est ainsi que s’est tenue la première réunion de la un-groupe-de-la-bri-de-nice.1174235638.jpgbrigade antigang de Nice. Alors que nous discutions, j’observais ces hommes (et cette femme), qui allaient constituer cette brigade de choc. Ils venaient des quatre coins de France. Et, à l’exception de Marcel, un « vieux » de 47 ans, tout de suite surnommé Pépé, ils avaient tous entre 25 et 35 ans. Nous avions à notre disposition une caserne entière, désaffectée, dans le quartier Saint-Roch – et pas un bureau, pas une chaise. J’étais un peu découragé. Tout était à faire. Heureusement, mon adjoint, le commissaire Pierre Guiziou, se montra d’une efficacité certaine. C’était un homme de contact, qui avait le don pour se faire ouvrir les portes – alors que moi, je préférais les claquer. Nous étions complémentaires. L’une de nos premières grosses affaires nous mena à Paris. Une filature de mille kilomètres. Je crois que nous avons été les seuls flics capables d’effectuer ce genre d’exercice, à notre initiative, sans en référer à qui que ce soit. Les lascars que nous surveillions préparaient un coup, mais nous ne savions pas quoi. L’un d’eux, surnommé l’ingénieur, était un spécialiste des systèmes d’alarme. Une nuit, il avait réussi à pénétrer dans une agence bancaire, et il s’était endormi. Au petit matin, les employés l’avaient réveillé. Il avait simplement voulu démontrer l’inefficacité des protections de la banque. Six mois de prison. Il y a des gens qui n’ont pas le sens de l’humour. En fait, nos truands voulaient répliquer le casse du siècle. Et la filoche nous amena justement devant ladite banque, laquerry-rue-de-sevres.1174233256.jpg Société Générale de la rue de Sèvres, à Paris, là où notre ingénieur avait passé la nuit. En partant des caves d’un immeuble voisin, transformés pour les apparences en employés EDF, ils avaient imaginé percer un tunnel pour rejoindre les égouts et déboucher derrière le mur de la chambre forte de la banque. Lorsqu’on comprend enfin le scénario, on se congratule. C’est une superbe affaire, menée de A à Z par trente flics qui en veulent. L’ambiance se rafraîchit lorsque j’annonce qu’il va être temps de référer de notre aventure. Lucien Aimé-Blanc, le chef de l’OCRB, me reçoit gentiment, avant de me dire que tout son service est mobilisé sur le cas Mesrine. « Je te donne un gars, si tu veux, en observateur ! » me propose-t-il. Je décline l’offre. Et je passe de la rue du Faubourg-Saint-Honoré au quai des Orfèvres. Broussard me reçoit gentiment. Il me dit que tout son service est mobilisé sur le cas Mesrine. « Tu as combien d’hommes sur le terrain ? me demande-t-il. – Douze ! – J’en mets douze de plus. » Et les 24 poulets de la grande BRI de Paris, et de la toute jeune (et petite) BRI de Nice, se mettent à planquer de conserve. Jusqu’au jour où l’on s’aperçoit que nos voleurs ont sans doute vu trop grand. La lance thermique, qu’ils ont prévue pour transpercer le mur de la chambre forte, nécessite un recul de plusieurs mètres, pour ne pas fondre avec le béton. Ils risquent de ne pas avoir l’espace suffisant. On se dit qu’ils vont abandonner. Tout ce travail pour rien ! Alors, avec Broussardbroussard-et-moi.1174233155.jpg, et son adjoint, le commissaire René-Georges Querry, on décide d’intervenir, avant qu’ils ne plient les gaulles. Délit impossible, argueront plus tard les avocats. C’était un peu vrai. Ils écopèrent de peines gentillettes.

C’était la première fois que je descendais dans les égouts parisiens.

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La PJ, sous Giscard (2)

PARTIE 10 – Dans les années 70, le fonctionnaire chargé de tenir à jour le fichier du grand banditisme n’en finit pas de rayer des noms. Les morts violentes se succèdent, avec un pic important en 1973, l’année des records, une hécatombe chez les voyous, avec aussi, hélas ! quelques dégâts collatéraux. La PJ compte les coups. C’est pourtant une action de police qui va freiner l’ardeur des belligérants, même si ce ne fut pas de la manière escomptée.

Ce 28 février 1975, les hommes de la BRI n’ont pas le moral. Ils viennent de « foirer » une affaire. Un braquage qui a mal tourné. Bilan : le caissier de la banque a été tué, et les deux malfaiteurs, bloqués à l’intérieur, renversent la situation à leur avantage. Ils ont des otages. Ils exigent une rançon, un avion, etc. Ils repartent avec un million de francs, mais sans l’avion – ce qui n’est déjà pas si mal. C’est dans cet état d’esprit que le commissaire Marcel Leclerc reçoit un coup de fil de son collègue, Marcel Morin, fossoyeur de la French-connection à Marseille, et à présent patron de la 1e brigade territoriale. L’un de ses hommes, l’inspecteur Antona, a obtenu un tuyau : le clan des Zemour et la bande à Vella, autrement dit le clan des Siciliens, désirent discuter d’un armistice. Ils doivent se rencontrer dans le café, J’ai du bon tabac, boulevard de Saint-germain, à Paris. Dispositif en place, deux « clients » sont repérés dans le bar situé en face, Le Thélème. Leclerc et Broussard se concertent. Ils décident de se partager les objectifs. C’est Broussard qui récupère Le Thélème. L’inspecteur divisionnaire Chaix, accompagné de deux collègues, pénètre dans l’établissement par la porte principale, tandis qu’une autre équipe se présente à l’autre porte. « Police ! Que personne ne bouge ! … » crie Chaix. Instantanément, Joseph Elbaz ouvre le feu. Chaix, encaisse la balle dans l’épaule gauche, au-dessus du cœur. Il dégaine et riposte. Dans le bistroquet, les armes aboient. Puis c’est la mêlée générale, l’empoignade au corps-à-corps. Lorsque la fumée se dissipe, on monte au résultat. Du côté de la brigade antigang, les inspecteurs Chaix et Guitard, sont blessés. Chez les truands, c’est pire. Elbaz est mort sur le coup. Le chef de bande, William Zemour ne vaut guère mieux. Son frère Edgar a ramassé sept balles. Il s’en sortira – pour cette fois. Edmond Zemour, lui, est touché au genou gauche. Seul Roland Attali est indemne. Il n’en revient pas. Quant à l’autre bande, celle de Vella, Leclerc apprend par l’OCRB que toute l’équipe est réunie à des kilomètres de là, dans un pavillon de Paray-Vieille-Poste, dans l’Essonne. Les policiers les trouveront en train de sabler le champagne. On se demande ce qu’ils pouvaient arroser ? On comprend un peu tard que l’antigang s’est fait manipuler pour éliminer le clan Zemour. Ce n’était pas un bon jour pour la BRI, car un client, présent sur les lieux, qui s’est ramassé au passage, il faut le dire, une petite correction, est un avocat marocain, du nom de Benachenchou. Dénué du moindre fair-play, le ci-devant dépose plainte pour tentative de meurtre. La gauche monte au créneau contre les cow-boys de l’antigang, la police raciste, etc. Tandis que les syndicats déplorent le manque de formation, de moyens, etc. La routine. Tandis que nos poulagas sont poursuivis pour tentative de meurtre, les truands chevronnés de la bande à Zemour, du moins les rescapés, se voient reprochés des violences à agents de la force publique. Les arcanes de la justice… ! Poniatowski, empêtré dans les remugles de l’affaire des micros du Canard Enchaîné, a dumal à faire front. D’ailleurs, Benachenchou est intraitable. Il refuse ses excuses. Néanmoins, des années plus tard, en catimini, il acceptera un substantiel dédommagement pour retirer sa plainte.

Cette année-là, Franco est mort, et, à l’insu de tous, quelques personnages douteux posent les premiers jalons de la plus grande escroquerie que la France ait connu. Pourspaggiari-photo-affaires-criminelles.1173691884.jpg la société Elf Aquitaine, il s’agit du projet « Aix ». Pour la presse, cela va devenir « l’affaire des avions renifleurs ».

En juillet 1976, en un seul week-end, les coffres de la société générale, en plein centre de Nice, sont vidés de toutes leurs richesses. Pour commettre ce vol, que les journaux baptisent « le casse du siècle », les malfaiteurs ont réalisé un travail titanesque. À l’aide d’un véhicule tout-terrain, ils sont passés par le lit du Paillon, un torrent souterrain (à sec à cette époque) qui traverse la ville, et ils ont rejoint les égouts pour finalement déboucher derrière la salle des coffres de la banque. Une préparation qui a dû s’étaler sur des semaines. Avant de repartir, avec un butin estimé par la suite à quarante-cinq millions de francs, ils laissent, comme un pied de nez, l’inscription : « Ni armes, ni violence, et sans haine ». C’est grâce à un banal contrôle d’identité, effectué un mois plus tôt, sur deux petits malfrats marseillais qui trimballent du matériel et des outils de terrassement (ce qui est rare pour des voyous, généralement peu enclins aux travaux manuels), que les policiers vont remonter la piste. Elle les conduira à une équipe de Marseillais. On murmure que Gaétan Zampa… Mais on ne prête qu’aux riches. C’est alors qu’un informateur anonyme « souffle » aux oreilles des policiers le nom d’Albert Spaggiari. Fabulateur et mégalomane, submergé par une gloire médiatique qui lui monte à la tête, celui-ci revendique l’entière paternité de ce casse rocambolesque. Certains restent dubitatifs. C’est le cas du journaliste Roger-Louis Bianchini, dans son livre 13 mystères de la Côte, aux éditions Fayard. Dix jours après ce vol spectaculaire, qui ridiculise nos institutions, un peu comme l’aurait fait Arsène Lupin, Giscard d’Estaing se croit sans doute obligé de faire preuve de fermeté. Il refuse la grâce de Christian Ranucci. Celui-ci est guillotiné le 28 juillet 1976.

ranucci-photo-scene-de-crime.1173692049.jpgEn mars 1977, Michel Poniatowski, durement secoué par les révélations qui ont suivi le meurtre de Jean de Broglie, quitte le ministère de l’intérieur. Sa carrière politique virera nettement à droite. Il est remplacé par Christian Bonnet, homme discret, sans couronne, dont le principal mérite aura été d’épingler une médaille sur mon veston. Pendant ce temps, Mitterrand demande un référendum sur la force de dissuasion, et, à Téhéran, après les émeutes sanglantes du 8 septembre 1978, la révolution est en marche. Quelques mois plus tard, le Shah boucle ses valises dans l’urgence et abandonne son pays. L’année suivante, commence la guerre Iran-Irak. Le prix du pétrole s’envole (100 dollars actuels) et la politique sociale de Giscard d’Estaing est reportée à la saint-glinglin.

À Nice, il se passe toujours quelque chose. Cette fois, c’est Agnès Leroux, la fille de la patronne du casino Le palais de la Méditerranée, qui disparaît. C’est le début d’une saga à la Dallas, dont le dernier épisode n’est pas encore tourné.

1978, est l’année des trois papes. À la mort de Paul VI, en un temps record, le conclave désigne comme successeur le cardinal Luciani. Celui-ci prend le nom de Jean-Paul 1er. Son pontificat dure 33 jours. Le 29 septembre 1978, Jean-Paul 1er se meurt – en bonne santé. Beaucoup s’étonnent que le saint homme soit décédé si soudainement. D’autres s’interrogent. Aurait-il découvert des choses qu’il ne voulait pas cautionner ? On pense à la curie, on murmure le nom de sectes mystérieuses, la loge P2, l’Opus Dei… Douze heures après son décès, le corps est embaumé. Pas d’autopsie, pas d’enquête. C’est le cardinal Wotjyla qui va lui succéder.ma-mere.1173692216.jpg

Ma mère est morte, aussi, cette année-là.

L’enlèvement de la fille du roi de l’étain – Lorsque nous avons débarqué de l’avion, à l’aéroport de Genève, l’inspecteur divisionnaire Hubert Fadda et moi, un policier suisse nous attendait. Nous étions porteurs d’une commission rogatoire internationale pour le meurtre d’un certain Rumi Giovanni. On avait retrouvé son corps, criblé de balles, sur les bords de l’autoroute, près d’Auxerre. Ça sentait le règlement de comptes à plein nez, aussi, j’avais réussi à conserver l’affaire au sein du GRB, au grand dam de mon ami, Alain Tourre, chef du groupe criminel du SRPJ de Versailles. Fadda est un flic hors du commun. Il marche à l’instinct. D’ailleurs, au poker, lors des nuits de permanence, c’est souvent lui qui part avec la cagnotte. En dehors du fait qu’il était mort d’une overdose de plomb, ce Giovanni présentait deux particularités. D’abord, il était probablement un élément dormant de la mafia italienne. Et ensuite, on avait trouvé, en perquisitionnant sa chambre, une mallette pleine de billets de cent dollars. Le genre de plan qu’on voit dans les films – et qui fait totalement bidon. L’enquête avait permis de déterminer que notre client avait résidé à Lausanne. « Vous savez, Lausanne, c’est un autre canton… », nous dit le policier genevois, avec son accent nonchalant. Ils ne sont pas chauds, les poulets suisses, pour nous servir de cicérones. Fadda n’y prête pas attention. Il explique l’affaire, et il sort la liste des billets de cent dollars. D’un seul coup, ils se réveillent à la sûreté de Genève. Quelques semaines auparavant, Graziella, la fille du plus gros industriel de la région a été enlevée. Les ravisseurs exigent une importante rançon qui doit être remise par George Ortiz, le père de la fillette. Celui-ci doit prendre l’autoroute et s’arrêter cinq minutes sur chacune des aires de stationnement, pour attendre de nouvelles instructions. Le jeu de piste traditionnel, dans ce genre d’entreprise. Tous les flics du coin sont mobilisés. Ortiz s’arrête sur le premier parking. Là, un homme lui demande de jeter la rançon par-dessus le grillage qui sépare l’autoroute d’une voie de dégagement. L’homme récupère l’argent et démarre tranquillement. Les collègues suisses n’ont rien vu. Alors, évidemment, ils sont à cran. Et les numéros sur la liste qu’on vient de leur remettre correspondent aux billets de la rançon. Ce qu’on savait déjà. C’est pas parce qu’on fait le même métier qu’on est obligés de tout se dire… On a aussi une liste de suspects. Moi, pragmatique, je propose qu’on ramasse tout le monde. Mais les Suisses hésitent. Trop. Le lendemain, il y a une fuite dans la presse. Les opérations démarrent en catastrophe. Je n’y prends pas part. Après une petite altercation avec mes collègues, à deux doigts de l’incident diplomatique, j’ai préféré claquer la porte. J’ai toujours adoré claquer les portes. Mon histoire s’arrête donc là. Le côté positif de cette enquête, c’est que la gamine a été retrouvée saine et sauve. Quant à suisse-france-match-nul.1173692838.jpgl’argent… Des années plus tard, cité pour témoigner au procès des kidnappeurs, j’ai retrouvé Fadda et son équipe dans le train pour Genève. Les passagers du TGV on dû se demander quels étaient ces énergumènes, mal fagotés et bruyants, qui tapaient le carton dans un wagon de 1ère classe. Cette bourrique m’a encore plumé au poker.

Ah oui ! Avant de quitter Lausanne, j’ai croisé deux yeux noirs. Les yeux noirs m’ont souvent joué des tours. Ceux-là avaient 25 ans et s’appelaient RoseMarie. Quelques mois plus tard, on grimpait la Cordillère des Andes, la mano dans la mano, à la recherche de la ville sacrée des Incas, le Machu picchu. Rien de tel pour se laver la tête.

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La PJ, sous Giscard

Partie 9 – Le massacre qui a suivi la prise d’otages de la délégation israélienne, aux Jeux Olympiques d’été à Munich, en septembre 1972, fait prendre conscience aux autorités de différents pays d’Europe, qu’il faut disposer d’une force d’intervention spécialisée pour gérer ce genre de situation. En France, des groupes d’intervention de la police nationale (GIPN) sont créés dans les mois qui suivent. Le commissaire Nguyen Van Loc (il jouera son propre rôle dans la série télé Le chinois), est sans conteste le gipn.jpgdéfricheur. Dès le mois d’octobre, il met sur pied le GIPN de Marseille. Ces brigades, au nombre de onze, ne dépendent pas de la PJ, mais de la direction de la sécurité publique (DCSP). Un an plus tard, c’est la gendarmerie qui installe, sous la férule du lieutenant Christian Prouteau (il deviendra préfet sous Mitterrand) le groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). À ses côtés, on trouve le lieutenant Paul Barril, plus spécialement chargé de la technique, de l’armement et de la partie opérationnelle. Le directeur central de la PJ, Maurice Bouvier, refuse de suivre le mouvement. Il estime que ce genre de mission ne relève pas de la compétence de son service. Douze ans plus tard, sous la pression de Robert Broussard, alors au cabinet du directeur général de la PN, le RAID (recherche – assistance – intervention -dissuasion) voit le jour. Son premier chef est le commissaire Ange Mancini.

Entre 1969 et 1976, sept femmes et un homme sont assassinés dans le département de l’Oise, à  l’intérieur d’un périmètre de quatre kilomètres sur deux. Jamais le dimanche. La presse parle du tueur de Nogent, et l’arme, toujours la même, est une carabine .22 LR. L’homme sera finalement arrêté malgré une guéguerre police-gendarmerie qui n’a pas facilité les choses. Il s’agit d’un ancien para, Marcel Barbeault, 35 ans, marié et père de deux enfants.  Mais à partir de mai 1978, un nouveau maniaque fait son apparition. Lui aussi s’en prend à des jeunes femmes, mais à la différence de Barbeault, son action criminelle est désordonnée. Cette fois, il est surnommé le tueur de l’Oise. Lorsqu’il est interpellé, le 9 avril 1979, l’affaire fait grand bruit, car il s’agit d’un gendarme de Chantilly. Il se nomme Alain Lamare, et il a 23 ans. Ses motivations sont nébuleuses. Il semble qu’il prenait plaisir à voir ses collègues rechercher tous azimuts un assassin, alors qu’ils le côtoyaient journellement. Le journaliste Yvan Stefanovitch s’est passionné pour cette affaire. Il en a fait un livre : Un assassin au-dessus de tout soupçon, aux éditions, J’ai Lu. Alain Lamarre a été reconnu « irresponsable ». Il n’a donc pas été jugé mais enfermé à l’hôpital psychiatrique de Sarreguemines.

En février 1974, au Canard Enchaîné, le juliénas doit couler à flot, lorsque Georges Pompidou remercie Raymond Marcellin. Il nomme Jacques Chirac à sa place. Quelques mois plus tard, il y a un nouveau décès chez nos amis les truands. Il se nomme Roger Bacry, mais tout le monde l’appelle P’tit Roger. Il a eu des rêves de puissance, au point de trahir les Zemour, et de prendre la tête du clan ennemi, les Siciliens. Beaucoup de morts de part et d’autre, mais il a vu trop grand, le petit Roger, cette aventure l’a dépassé. Depuis, il est sur le qui-vive, il sursaute au moindre bruit, il guette celui qui va le liquider. En fait, il est déjà mort. Il a craqué. Ce 12 juin 1974, il tire sur sa compagne, Josiane A., et se loge une balle dans la tête. Josiane s’en sortira. Pas lui. Dans son livre Les derniers seigneurs de la pègre, aux éditions Julliard, Roger Le Taillanter cite l’oraison funèbre prononcée par Gilbert Zemour : « C’était une crapule, une ordure, un rat d’égout. Je comprends qu’il se soit suicidé ! Il avait fait tellement de saloperies…» C’étaient paroles d’expert.

Le 26 mai 1975, un décret officialise les relations entre l’organisation internationale de police criminelle (l’OIPC-Interpol) et la France. Chaque pays membre possède en effet un correspondant unique : le bureau central national (BCN). Pour la France, il est désormais rattaché à la DCPJ. Le directeur central PJ devient donc le chef du BCN-France. Sinon, les années 70 apportent peu de changements dans les structures de la PJ. Les policiers tentent surtout de s’adapter à deux nouveaux fléaux de la société, auxraf.1173003251.gif desseins d’ailleurs tout à fait différents. D’un côté le terrorisme, aux prétentions idéologiques, et de l’autre, les enlèvements avec demande de rançon, clairement crapuleux.

La France est relativement épargnée par le terrorisme d’extrême gauche, à l’exception d’action directe. En fait, contrairement à l’obsession de Raymond Marcellin, la violence politique (ou la politique de la violence) n’a pas trouvé son ferment dans mai-68. C’est différent en Italie, où les brigades rouges sèment la terreur et surtout en Allemagne (de l’ouest), où la fraction armée rouge (FAR), autrement appelée en France bande à Baader (par référence à la bande à Bonnot ), enchaînent les attentats et les exécutions. schleyer-otage-de-la-raf.1173044757.jpgEn septembre 1977, la PJ arrête Klaus Croissant, qui avait recherché l’asile politique en France. Malgré les protestations de nombreux intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre et Michel Foucault, il est extradé vers l’Allemagne un mois plus tard. Klaus Croissant est l’avocat d’Andréas Baader et de ses acolytes, arrêtés en 1972. Epoque où Brigitte Mohnhaupt prend la relève et poursuit l’action de Baader. Elle est alors définie comme la femme la plus dangereuse d’Allemagne. Condamnée à perpétuité, en 1985, pour neuf assassinats, dont celui du représentant du patronnat allemand, Hans Martin Schleyer, et celui du procureur général, Siegfried Buback, elle est toujours emprisonnée. Elle doit être libérée le 27 mars 2007. Libération qui fait grand bruit outre-Rhin, alors qu’on doit bientôt commémorer la mémoire de toutes les victimes de cette organisation criminelle et qu’en Italie sourdent de nouvelles brigades rouges.

Aux élections législatives de 1974, la gauche arrive en tête au premier tour. Pourtant, le PS et le PC ne parviennent pas à s’entendre, ils sont laminés au second tour. Giscard d’Estaing va donc débuter son septennat avec une forte majorité de droite. Chirac n’a pas beaucoup de chemin à faire : il quitte la place Beauvau pour Matignon. Il aura été ministre de l’intérieur pendant trois mois. C’est Michel Poniatowski qui lui succède. Considéré comme le principal organisateur de la victoire de Giscard d’Estaing aux élections présidentielles, il est nommé ministre d’état, ministre de l’intérieur. Contrairement au protocole, dans ce gouvernement, le premier de nos ministres n’est donc pas le garde des sceaux, mais le chef de la police. La tradition perdure. En tout cas, Ponia doit être satisfait. Il ne sait pas ce qui l’attend.

Le 24 décembre 1976, Jean de Broglie, sort du bureau de son conseiller financier, Pierre de Varga. Un homme l’attend. Il lui tire dessus et s’enfuit. Celui qui vient de mourir n’est pas n’importe qui. Il est député de l’Eure, ancien ministre, et c’est l’homme qui, avec Louis Joxe, en 1962, signa les accords d’Evian. Il fut également l’un des fondateurs du parti des républicains indépendants, à côté de Valéry Giscard d’Estaing. La brigade criminelle mène rondement l’enquête. L’assassin est arrêté quelques jours plus tard. Il se nomme Gérard Frèche. Il a été recruté par un policier […], Guy Simoné, pour exécuter un contrat, à la demande de Pierre de Varga. Poniatowski et Pierre Ottavioli, le patron de la brigade criminelle, pontifient de conserve sur cette brillante réussite. Ils pavanent devant la presse et font des déclarations circonstanciées sur les raisons de ce meurtre. Pour faire court, tout cela n’est qu’une sordide affaire de gros sous. Mouais ! Ce n’est pas l’avis de l’inspecteur divisionnaire Michel Roux, de la 10° BT. Il rappelle, d’abord poliment, puis un peu moins poliment, qu’il a transmis deux rapports pour signaler qu’un contrat existait sur la tête de l’ancien ministre et que la BRI, dirigée par le commissaire Marcel Leclerc, avait été chargée de surveiller les protagonistes de cette machination. C’est un vieux routier de l’antigang, l’inspecteur divisionnaire Plouy, qui a hérité du bébé. On dit qu’on ne se bousculait pas à la brigade pour traiter cette affaire. Que s’est-il réellement passé ? Les policiers ont-ils relâché leur surveillance ? Ont-ils reçu des ordres en ce sens, comme certains l’ont affirmé ? Ou peut-être n’y ont-ils pas cru, tout simplement… Mais le contrat est exécuté – et aucun policier n’est présent. Et comme toujours dans ces cas-là, chacun, du chef de service au lampiste, chacun s’emberlificote dans ses mensonges. Mais, plus tard, l’Express, puis Le Canard Enchaîné, font des révélations. Et ce qui n’était qu’une boulette devient un scandale politique. Car, Jean de Broglie avait été le trésorier du parti républicain et il était également l’un des financiers d’une institution de l’église catholique : l’Opus Dei. Et il semble que cet organisme, répertorié « très à droite », et que certains n’hésitent pas à présenter comme une secte, ait largement contribué à alimenter les caisses du parti qui a placé Giscard au pouvoir. Je ne suis sûr de rien, sauf d’une chose : de grands chefs de la police ont vu pâlir leur auréole dans cette histoire politico-policière. Elle fait tache dans les annales de la brigade criminelle. Pierre Ottavioli a raconté ses mémoires dans un livre Echec au crime, aux éditions Le livre de poche.

L’enlèvement de Louis Hazan – Le 31 décembre 1975, le P-DG de la société Phonogram est enlevé en pleine réunion professionnelle. Les truands braquent l’assemblée et mettent leur victime dans une malle en osier avant de disparaître. Les ravisseurs réclament une rançon de quinze millions de francs. Le patron de la brigade criminelle, Pierre Ottavioli, Otta, pour les intimes (ils sont peu nombreux), fait mine d’accepter. Il monte une souricière et les policiers interpellent les deux hommes venus récupérer les sacs censés contenir l’argent (en fait de vieux annuaires) : les frères Pech. Maintenant, il s’agit de sauver l’otage. Et chaque minute compte. Il est donc indispensable d’obtenir des confidences des deux individus arrêtés. Ici, il existe trois versions. La version officielle, selon laquelle les enquêteurs découvrent un numéro de téléphone griffonné sur le bas du jean de l’un des ravisseurs. La version officieuse, qui mentionne qu’on leur a laissé passer un coup de fil, et que le numéro a été intercepierre-ottavioli.1173006098.jpgpté. Enfin, la dernière version, juste pour information, mais peu vraisemblable, selon laquelle les deux hommes se sont pris une « sérieuse avoine ». Je vous laisse choisir. Le numéro de téléphone correspond à une adresse à Tremblay-le-Vicomte, en Eure-et-Loir. Michel Guyot, surnommé Michel les bretelles, le patron du SRPJ de Versailles, me réquisitionne vers 19 heures 30. Il reste peu de monde à la brigade. Je fais le tour des bureaux et parviens à recruter une demi-douzaine de « volontaires ». Ça traîne des pieds, car chacun est persuadé que le tuyau est bidon. « Si c’était du solide, ils nous auraient pas invités, les seigneurs du 36… », ronchonne un enquêteur. Maurice Duyck, un vieil inspecteur divisionnaire, qui a été mon mentor durant mes premières années, ne dit rien. Mais je devine qu’il s’est renseigné. C’est du sérieux. Au dernier moment, Aimé Brémond, le sous-chef du SRPJ, doit s’être tenu le même raisonnement. Il me dit : « Tiens, je vais aller avec vous ! » Il pense qu’on n’est pas assez nombreux. Ou il ne me fait pas confiance. Ou il en marre de rester derrière son burlingue… Je plaisante. Brémond, que tout le monde surnomme Mémé, est le genre de patron que j’apprécie. Il n’a pas fait une super carrière, mais il est toujours resté droit dans ses bottes. Il faut être sur place avant 21 heures, l’heure légale en matière de perquisition. Ce jour-là, si on a pris des risques, c’est bien sur la route. À faire exploser les radars automatiques – s’il y en avait eu à cette époque. En chemin, les choses se précisent. Les nouvelles consignes sont de surveiller les lieux jusqu’à l’arrivée des collègues de la PP, et de ne rien faire d’autre. « Même pas en rêve », maronne quelqu’un au-delà des ondes. Ça doit être Patrick !… À l’entrée de Tremblay, les gendarmes nous attendent. Ils nous pilotent. On s’arrête à une centaine de mètres de la maison. Il fait nuit, un bout de lune éclaire une grande bâtisse. Elle se trouve au milieu d’un parc, et de larges portes-fenêtres font face à l’entrée. Il doit y avoir cinquante mètres à découvert. Pour l’effet de surprise, ça ne va pas être évident… Mémé attend des instructions. Je le bouscule un peu. La vie d’un homme peut se jouer à quelques secondes. « On y va », lâche-t-il. En disant ça, il transgresse les ordres. Je l’aimais bien. On escalade le portail, on se faufile dans le parc. Derrière moi, un collègue actionne la culasse de son PM. Je serre les fesses : ça part tellement vite ces trucs-là. Je mets la main sur la poignée de la porte, et… elle s’ouvre. On fonce. La pièce est vide. La maison est vide. Dans un coin, la télé marche en sourdine, sur une table basse, deux verres à moitié vides et un cendrier bourré de mégots. Rien ! « Allez, les enfants, on refouille tout ! ». J’ai lancé ça d’une voix ferme, mais l’heure légale est passée, nous n’avons pas de témoins et nous ne sommes pas saisis de l’affaire. On n’est même pas certains d’être dans la bonne maison. Si on s’est plantés, va y avoir des têtes qui vont tomber… Et Mémé sera aux premières loges. Juste devant moi. C’est bon parfois d’avoir un chef. On se dirige vers la cuisine. De la vaisselle sale, un reste de repas. Rien d’intéressant. Soudain, un léger bruit nous fait tressaillir. On sonde les murs. Ça sonne creux. Il y a une ouverture derrière l’une des cloisons. On la fait sauter et on tombe sur un réduit de deux mètres sur trois. Sur un matelas, à même le sol, un homme est attaché par des chaînes. Il porte une cagoule noire sur la tête. Je la lui retire. Il est terrorisé. « Vous êtes Hazan ? » je demande. Je sors ma carte, je le rassure. Il finit par prendre confiance. « J’ai cru ma dernière heure arrivée », nous confiera-t-il plus tard…

Ni Mémé ni moi, ni aucun gars du GRB, nous ne serons invités au pot offert par Louis Hazan pour remercier la police de l’avoir délivré. Il n’a jamais dû savoir qu’on n’était pas du 36 – et d’aucun s’est bien gardé de le lui dire. Ça fait rien, on s’est bu une bière entre nous.

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La PJ, mes débuts

PARTIE 8 – Le démantèlement de la French connection, à Marseille, et surtout le durcissement de la législation concernant le trafic de drogue, font comprendre aux « survivants » qu’il est temps de changer de négoce. Tandis que Vanverbergh, alias Francis le Belge bronze rayé derrière les barreaux, Zampa étend son activité en direction du monde du jeu. C’est alors qu’un nouveau larron vient bouleverser la donne, Jacques Imbert, dit Jacky le mat. Pour montrer qu’il « en a », il n’hésite pas à racketter Jean-Dominique Fratoni, le patron du tout nouveau casino à Nice, le Rhul.

lenquete-corse-par-petillon.1172417345.jpgLes malandrins semblent mieux organisés que les policiers, car pour la PJ, la vie n’est pas rose. Les investigations en matière de grand banditisme (on parle aujourd’hui de criminalité organisée), sont contrariées par des structures administratives et judiciaires qui, dans les années 70, étalent leur inadéquation. Les juges d’instruction, isolés dans leur sanctuaire, traitent leurs dossiers au cas par cas, incapables de débobiner l’écheveau de la guerre des gangs. Et les policiers ne font pas mieux, souvent pour des raisons identiques, ou pire, par rivalité. S’ajoute à cela, le début d’une véritable concurrence avec la gendarmerie qui ne veut plus être « la police des campagnes ». À tel point que le gouvernement de Pierre Messmer désignera une commission pour étudier les relations gendarmerie-PJ : la commission Tricot. Composée de personnes incompétentes (dans ce domaine), le rapport Tricot enfante, en janvier 1973, un amoncellement de banalités. Pour faire taire les flics, vingt ans après la création de l’office des stups, un décret du 11 octobre 1973 créé l’office central pour la répression du banditisme (OCRB). On adore en France ce genre de réforme qui ne coûte rien et qui donne l’impression qu’on a réglé le problème. L’office du banditisme mettra de longues années à trouver sa voie. Le commissaire Bellemin-Noël, chef de la 4° division, axe son activité sur la documentation et l’assistance aux autres services. Il choisit un commissaire du SRPJ de Versailles, Joseph Lebruchec, pour le diriger. Les commissaires qui lui succèdent : Lucien Aimé-Blanc, Charles Pellegrini ou moi-même…, voient les choses différemment. Ils sont nettement orientés vers l’intervention et le coup d’éclat. Les frictions avec la BRI de Paris sont inévitables. En effet, la brigade antigang, est enclavée dans un territoire limité à la capitale et à la petite couronne, tandis que l’office bénéficie d’une compétence nationale. Pour ces raisons, le commissaire Robert Broussard, alors chef adjoint de la BRI, et avant tout homme de terrain, se retrouve souvent borderline avec la procédure pénale. Heureusement, son patron, le commissaire Marcel Leclerc, plus diplomate, et de surcroît docteur en droit, est là pour arrondir les angles.

En 1972, l’OCRB accueille l’inspecteur Jacqueline Marinont, l’une des premières femmes affectée en PJ. Deux ans plus tard, le corps des commissaires s’ouvre également au sexe autrefois dit faible. Et en 1978, on verra pour la première fois une femme « gardien de la paix » (gardienne ?).

Pendant ce temps, chez « les hommes », le toilettage se poursuit. Les hostilités démarrent en mars 1973, avec l’exécution dans le parking de son immeuble, à Nla-mafia-vsd.1172417528.jpgeuilly, de Raphaël Dadoun, alias Yeux de velours. Dadoun n’est pas n’importe qui. Il a participé, en 1964, au braquage de la bijouterie Colombo, à Milan, qui reste l’un des plus beaux coups jamais effectué. Il est acoquiné aux frères Zemour. Et Jean-Louis Augé, dit Petit Jeannot, le parrain incontesté du milieu lyonnais, le considère comme son frère. La raison de ce règlement de comptes est, semble-t-il, l’association « un peu forcée » entre Dadoun et Gabriel Loreau, alias Gaby le chanteur. Ce dernier, tenancier de plusieurs boîtes de nuit sur Paris, âgé de 60 ans, préfère pactiser avec le clan Zemour plutôt que défendre son patrimoine l’arme à la main. C’est en fait le début d’un conflit entre le clan Zemour et le clan des Siciliens. Une trentaine de cadavres plus loin, le point final sera probablement le meurtre d’André Gau, surnommé Dédé le gode (on reviendra sur ce surnom incongru), en décembre 1987, dans une cabine téléphonique de Neuilly.

Pour la première fois, en 1974, un débat télévisé oppose deux candidats aux présidentielles. On se souvient des petites phrases de Giscard d’Estaing envers François Mitterrand : « Vous êtes un homme du passé… » ou bien « Vous n’avez pas le monopole du cœur… » Après un coup tordu (l’appel des 43 ) manigancé par Jacques Chirac pour évincer Chaban-Delmas, Giscard d’Estaing bat Mitterrand de 420.000 voix. Et Chirac est nommé Premier ministre.

Tandis que « les grands » s’amusent à nos dépens, une nouvelle forme de criminalité, importée d’Italie, émerge en France : les enlèvements avec demande de rançon. La série sera longue (Hazan, Thodoroff, Fériel, Révelli-Beaumont, Empain…) avant qu’une décision difficile (mais nécessaire pour enrayer cette pratique) ne soit prise : on ne paie pas. L’un des premiers enlèvements répertoriés est celui de Christophe Mérieux, âgé de 9 ans, en décembre 1975. Les ravisseurs exigent une rançon de vingt millions de Francs. Le père, propriétaire d’un groupe pharmaceutique, a le bras long, il peut aisément réunir une telle somme, mais le ministre de l’intérieur, Michel Poniatowski, refuse de céder. Alain Mérieux, relation personnelle du commissaire Claude Bardon, et surtout de Jacques Chirac, passe outre. Il remet la rançon aux ravisseurs. Les kidnappeurs enferment l’enfant dans un sac et l’abandonnent dans une poubelle. Le jeune garçon parvient à se libérer et rentre chez lui, en stop. Alors que toutes les forces de l’ordre sont à sa recherche, il sonne à la porte de son domicile et, d’une petite voix, annonce dans l’interphone : « C’est moi ! » Louis Guillaud, alias la carpe, est arrêté deux mois plus tard, alors qu’il troque des billets de la rançon contre des lingots d’or. L’un de ses complices, Jean-Pierre Marin, est abattu lors de son interpellation, le 5 mars 1976. Il est probablement l’un des assassins du juge Renaud. Christophe Mérieux est mort en juillet 2006, d’une crise cardiaque. Jean-Louis Guillaud, condamné à vingt ans de réclusion, a été libéré au bout de quatorze ans. Il coule une retraite paisible dans le nord du pays. La moitié de la rançon n’a jamais été retrouvée.

Giscard d’Estaing créé un secrétariat à la condition féminine, qui sera confié à Françoise Giroud, et, en juillet 1976, Chirac démissionne (ceci n’a rien à voir avec cela). Il est remplacé par Raymond Barre, qui coiffe deux casquettes : Premier ministre et ministre des finances. Économiste reconnu, il prône une politique de rigueur dont ne veut ni la gauche ni la droite. Bloqué dans son action par l’approche des élections législatives, il attendra 1978 pour mettre en place « le plan Barre ».

Cette année-là, dans la région lyonnaise, la criminalité liée au grand banditisme connaît un pic. Poniatowski décide de réagir. Il crée une antenne de l’OCRB, sous la forme d’une BRI. C’est la première brigade antigang de province.

Moi, à la sortie de l’école de police, je suis bombardé chef du groupe de répression du banditisme, au SRPJ de versailles. Je n’ai aucune expérience, et je me trouve un peu dans la situation du toréador qui s’apprête à descendre dans l’arène. A part que je n’ai jamais vu de taureau. Le service est en sous-effectif, et les commissaires enchaînent les semaines de permanence à un rythme soutenu. Voici, l’une de mes premières permanences : Je suis au lit depuis peu de temps. Le téléphone sonne…

Mon premier cadavre – Vous connaissez le cimetière de Poissy, la nuit, quand le thermomètre se balade autour de zéro ? Vous laissez votre voiture devant la grille et vous prenez l’allée de droite. La lune, derrière les nuages, éclaire votre chemin et balance sur les murs des ombres qui s’agitent comme autant de fantômes. Le vent siffle dans les arbres. Vos dents s’entrechoquent. Le froid, bien sûr. Là, vous êtes en condition ?

Au fond du cimetière, une baraque : la morgue. Je pousse la porte d’un air dégagé. La lumière blanche des néons m’aveugle. Une forte odeur d’antiseptique. Une autre, plus sournoise, prenante et écœurante. Une odeur qui met l’imagination en branle. Sur la table, un corps plié en quatre, attaché par une grosse corde, dans une position qui pourrait être lubrique, si ce n’était son état de décomposition. Des lambeaux de sous-vêtements tentent de cacher une nudité qui n’en a plus rien à foutre. Et l’odeur, toujours. (Cliquer pour voir la photo, mais interdit aux personnes sensibles.)

enigme-picsou.1172480131.jpgLe cadavre a été repêché dans la Seine. A priori, il s’agit d’une femme, entre 20 et 30 ans. Les bêtes lui ont dévoré la moitié du visage. Rien pour l’identifier, si ce n’est ses bouts de vêtements et une alliance. Je fixe « la femme ». Le corps est brun, presque noir, comme momifié. Le buste est quasi entier, tandis que les jambes ne sont que lambeaux de chair. C’est insuffisant pour recouvrir les os. La tête ressemble à une tête de mort typique, telle qu’on la voit sur les pavillons des pirates, ou telle que les enfants en dessinent sur leur cahier de classe. Elle rit de toutes ses dents.

Quelle est ton histoire, ma belle ? Pute, victime d’un règlement de comptes ? Épouse d’un mari jaloux ? Jeune fille jouet d’un détraqué ? Ça va pas être facile… Il faut que tu m’aides un peu. Le seul moyen de l’identifier est de faire un gant de peau, c’est-à-dire, « décalotter » chaque doigt, découper la peau et l’enfiler sur un support, pour tenter de récupérer ses empreintes digitales. Mais nous n’avons pas le matériel. Les deux vieux poulets qui m’accompagnent guettent la réaction du jeune commissaire. J’hésite. C’est le genre de situation qu’on n’envisage pas dans les écoles de police. J’attrape la main gauche du macchabée, et je commence à tirer…

Appelé sur une autre affaire, j’ai oublié les… mains dans la boîte à gants de ma voiture. Lorsque j’y ai pensé, à cause de la putrescence, il était trop tard pour le gant de peau. La morte de Poissy n’a jamais été identifiée. Son assassin court toujours.

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La PJ de 68

PARTIE 6 – Il existait en France, depuis la nuit des temps, deux institutions policières : la sûreté nationale (SN) et la préfecture de police (PP) de la ville de Paris. Une loi du 9 juillet 1966, change la donne. Le préfet de police conserve ses prérogatives, mais les policiers sont tous rattachés au ministère de l’intérieur, au sein d’un corps unique : la police nationale.

barricades.1171098949.jpgCependant, en ce qui concerne la PJ, les choses n’évoluent guère. Le 36 reste une forteresse où les « seigneurs » regardent avec condescendance leurs « cousins » de l’ex-SN. Quel policier de province ne s’est pas vu mander, d’un ton goguenard, de retirer la paille de ses sabots avant de pénétrer dans le saint des saints !

Dans le milieu, le gros truc pour ces messieurs, c’est le business du jeu. Alors que le clan Guérini est en pleine décrépitude, deux corses tirent les ficelles : Jean-Baptiste Andréani et Marcel Francisci. Associés dans l’établissement Le Grand cercle, un certain temps ; ils sont à présent en froid. En fait, tous deux postulent pour le titre d’empereur du jeu. Le chemin est semé d’embûches – et de cadavres.

Début 68, après la création des trois départements limitrophes à la capitale, la PP boucle les frontières. Bénéficiant d’un piston lié à la proximité du pouvoir, d’un fort copinage sur les bancs de la franc-maçonnerie, et sans doute d’un plus grand professionnalisme, elle accapare un grand nombre de postes-clés. Pendant ce temps, chez les étudiants, les esprits s’échauffent. Et c’est Mai-68 ! avec cette superbe allégation, qui s’affiche sur les murs de la Sorbonne : « L’imagination prend le pouvoir. » . Moi, petit officier de police adjoint à la DST, je ne suis pas acteur, mais spectateur privilégié. Claquemuré dans une minuscule chambre de bonne du quartier Latin, j’espionne un « espion ». Depuis ma vigie improvisée, j’assiste jour après jour aux échauffourées de rue. La fronde des étudiants entraîne le pays dans une drôle de farandole, cadaffiche-mai-68-crs.1171099180.gifencée par une batterie de bombes lacrymogènes. Un vent de liberté souffle sur le pays. Mais, pendant la révolte, les affaires continuent…, notamment avec l’émergence d’un nouveau clan : les Z. Natifs de Sétif, les frères Zemour débutent dans le négoce du vin, puis la protection des commerçants du Sentier, puis le racket, etc. Mais leur ambition grandit. Ils veulent eux aussi s’immiscer dans le monde du jeu, et avoir leur part de gâteau. Ils se tournent vers Francesci, lequel doit se dire que quelques gâchettes de plus ne seraient pas superflues pour lutter contre la concurrence. Il les prend sous son aile. Les Zemour feront leur pelote. Ils tiendront le haut du pavé durant de longues années, laissant dans leur sillage une trentaine de cadavres, avant, à leur tour, de devenir des cibles. Le dernier survivant, Gilbert Zemour, est abattu le 28 juillet 1983, alors qu’il promène son quadrille de caniches, comme un bon petit retraité. Alexandre Arcady s’inspirera de cette saga du grand banditisme dans son film, Le grand pardon, avec Roger Hanin.

Le 14 mai 68, De Gaulle part en… séminaire en Roumanie. On fait courir le bruit que le pouvoir est vacant. À tout hasard, Mitterrand prépare un coup d’état. Il allègue que les forces de l’ordre font usage de gaz toxiques contre les manifestants, et exige la démission du gouvernement. On a l’impression que tout est possible. Tout est possible, mais rien n’est vrai. Avec le recul, on s’aperçoit qu’un seul slogan a tenu la distance : « J’ai quelque chose à dire, mais je ne sais pas quoi. » Le 18 mai, le Général revient. Dans le milieu, on règle ses comptes, mais la police a d’autres chats à fouetter. Après la décision d’expulser Cohn-Bendit, le 24 mai sera la nuit la plus longue . À Lyon, un commissaire est écrasé par un camion lancé par les manifestants. Je crois qu’il s’agit de la seule victime de ces semaines de violences, avec Christian Fouchet, le ministre de l’intérieur, qui est évincé. Raymond Marcellin, alias, Raymond la matraque, prend la relève. Pour lui, l’analyse est sommaire : les étudiants sont manipulés par l’extrême gauche. Dans cette optique, il crée une brigade spéciale au sein de la DST, la SUBAC. Un pilier de ce service, disait de lui : « Março, c’est simple, dès qu’on lui parle de la gauche, il voit rouge. » Finalement, De Gaulle annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Il aurait avoué à ses proches : « Cette fois, j’ai mis à côté de la plaque… » Le 30 mai, une manifestation de soutien d’une ampleur exceptionnelle se déroule sur les Champs-Élysées. Les relents des gaz lacrymogènes à peine disparus, une sale affaire pointe son museau. Elle mobilisera plus de 200 policiers et comportera 1.808 procès-verbaux. Ce sera un échec pour la PJ et le point final à la légende des brigades du Tigre.

stefan-markovic.1171099343.jpgLe 1er octobre 1968, un corps enveloppé dans une housse de matelas est découvert dans une décharge publique à Elancourt, dans les Yvelines. Il faudra deux autopsies pour découvrir les causes de la mort : une balle dans la tête. Le médecin légiste se justifie par un surcroît de travail. Cette boulette rafraîchit (?) l’ambiance de l’institut médico-légal. Dorénavant, décide-t-on en haut lieu, tous les corps seront radiographiés et les légistes opéreront par deux. L’individu est identifié comme étant un Yougoslave, Stéfan Markovic, un jeune homme, beau comme un dieu et gorille d’Alain Delon. Une lettre posthume (et prémonitoire) du défunt, désigne les époux Delon et un certain François Marcantoni, alias Monsieur François, comme suspects, en cas « d’accident ». La personnalité (et les relations) du comédien freine l’enquête. La presse est sur les dents. Les fuites sont nombreuses. Et, quelques mois plus tard, cerise sur le gâteau, des photos truquées circulent sous le manteau, soi-disant prises par Markovic, représentant madame Pompidou, dans des soirées… particulières. On a dit qu’il s’agissait d’une manipulation du SDECE, pour déstabiliser Georges Pompidou, désigné comme le futur président de la République. C’est peut-être vrai. En tout cas, une fois à la tête de l’Etat, il ne traîne pas. C’est jour de grande lessive dans les services secrets. Il vire notamment, Jean-Charles Marchiani, le cousin de Marcantoni, et il reproche à De Gaulle d’avoir laissé faire, sans rien lui dire. Ce sera la rupture entre les deux hommes. Pendant ce temps, Delon tourne La piscine – et l’enquête prend l’eau de tous bords. François Marcantoni, contre qui il existe pourtant des indices troublants, récupère un non-lieu, sept ans plus tard, prononcé par le procureur de Versailles, Pierre Bezio. Entre-temps, les flics de l’ex-1ère brigade mobile, les seuls encore présents sur Paris, ont été rapatriés au SRPJ de Versailles, où le commissaire Claude Bardon, assisté d’un unique inspecteur, a poursuivi, dans lemarcantoni-photo-de-son-livre.1171099500.jpg secret le plus absolu, l’enquête jusqu’au dernier P-V. Marcantoni donne sa version des faits, dans Monsieur François, le milieu et moi de A à Z, éd. Le Cherche-midi. Bardon n’a pas écrit de livre.

En 1970, une équipe de braqueurs défraie la chronique : le gang des lyonnais, dirigé par Edmond Vidal, dit Monmon. Ils braquent dans toute la France. On les attend à Grenoble, ils attaquent un fourgon blindé à Nancy, etc. Le coup de maître sera l’attaque de la poste centrale de Strasbourg, avec un butin gentillet de onze millions de francs. Il faudra quatre ans et pas loin de 150 policiers pour en venir à bout. C’est Michel Poniatowski, qui, à son arrivée au ministère de l’intérieur, décide de faire le ménage à Lyon, ville dont il vise la mairie. Mais, cette équipe est insaisissable, ses méthodes sont quasi militaires et certaines mauvaises langues suggèrent que le service d’action civique, le SAC, leur apporterait son soutien. Une opération d’envergure est montée. C’est un fiasco, mais heureusement les perquisitions s’avèrent positives. L’instruction sera marquée par l’assassinat du juge François Renaud , le 2 juillet 1975, à Lyon, sans qu’on puisse corréler les deux affaires avec certitude. Cette épopée de l’équipe de Monmon, qu’on cite souvent en exemple, est en fait un contre-exemple : trop de services sur le coup, trop de chefs, trop d’ordres et de contrordres. Honoré Gévaudan, alors sous-directeur des affaires criminelles, expose sa version des faits dans son livre, Ennemis publics, chez J.C. Lattès.

Probablement à l’issue d’un débriefing technocratique des événements de Mai-68, il a été décidé de désarmer d’éventuels récidivistes, en… dépavant la capitale. Ce n’est pas sans une certaine nostalgie que les Parisiens assistent à cette drôle de fenaison. Le pavé de Paris devient la relique des soixante-huitards. Il trône encore sur le bureau de certains cadres supérieurs – du moins ceux qui assument.

De Gaulle a capitulé. Il s’est replié à Colombey. Cette fois, il n’en partira plus. Les officiers de police reprennent le titre « d’inspecteurs », et, aux élections présidentielles, Pompidou bat Poher, avec 58 % des voix. Il ne sait pas encore que ses lymphocytes vont lui jouer un sale tour et l’empêcheront de terminer son mandat. Il meurt le 2 avril 1974.

Pierre Goldman, écrivain, terroriste ou braqueur ? – Le 19 décembre 1969, la pharmacie du boulevard Richard-Lenoir s’apprête à fermer ses portes. La pharmacienne, mademoiselle Delaunay, et sa laborantine, ont déjà enfilé leur manteau, lorsqu’un homme armé fait irruption dans la boutique. Un banal braquage de pharmacie. C’est alors qu’un client retardataire pousse la porte. Le malfaiteur dirige son arme vers lui. L’homme, un quinquagénaire, monsieur Trocard, lève les mains. Il se montre docile, mais par malheur, il tente de raisonner son agresseur. Sans hésiter, celui-ci tire. Trocard s’écroule, la mâchoire en miettes. Un policier, le gardien Quinet, entend le coup de feu, puis plusieurs autres. Il n’est pas en service. Bien quegoldman-a-son-proces.1171099847.jpg sans arme, il se précipite et tente de neutraliser le bandit. La bagarre a lieu sur le trottoir. Finalement, l’individu se dégage et tire à bout portant, avant de détaler, poursuivi (des yeux) par plusieurs témoins. Bilan : la pharmacienne et sa laborantine sont mortes, criblées de balles, le client et le gardien de la paix sont sérieusement blessés.

Une affaire dramatique, mais relativement simple, pour la brigade criminelle. Plusieurs témoins ont vu l’assassin en pleine lumière. Ils pourront l’identifier. Il suffit de l’attraper. Quelques mois plus tard, un indic fournit des éléments intéressants. Il rapporte que le braqueur serait un certain Goldi, lequel aurait participé aux événements de Mai-68, à la Sorbonne, au sein d’un groupe particulièrement violent, les Katengais. Il ajoute que ce personnage aurait effectué plusieurs séjours chez les guérilleros, en Amérique Latine, et qu’il pourrait être lié à l’ETA. Les RG sortent une fiche : Pierre Goldman, né le 22 juin 1944, à Lyon. Le gardien Quinet l’identifie formellement dans un lot de photos. Goldman est arrêté au mois d’avril. Il possède un passeport vénézuélien, sous un pseudonyme, et, dans la perquisition, les enquêteurs découvrent un pistolet et… des plans et des documents paramilitaires. Il nie en bloc, puis finit par reconnaître un cambriolage et deux agressions, dont une, dans une pharmacie, mais en aucun cas celle du boulevard Richard-Lenoir. Qu’importe, se dit le commissaire Marcel Leclerc, en se frottant les mains, nous avons cinq témoins qui l’identifient formellement. Et la parade d’identification a été effectuée dans les règles de l’art – photos à l’appui. Hélas ! un peu plus tard, le fonctionnaire de l’identité judiciaire, tout penaud, lui apprend que la pellicule est voilée. Il n’y aura donc aucun cliché photographique du « tapissage ». La banane. Peu après, Leclerc remplacera Le Mouel à la tête de la brigade antigang.

Devant la cour d’assises, Goldman assure seul sa défense – avec maestria. Il clame : « Je suis innocent, parce que je suis innocent ! » La presse est emballée. La foule admirative. Il est condamné à la prison à vie. Derrière les barreaux, il rédige un livre, à la fois autobiographique et philosophique : Souvenirs d’un juif polonais né en France. Cet ouvrage connaît un grand succès, non seulement chez les intellectuels de gauche, qui depuis longtemps ont adopté le bonhomme, mais également à droite. Dans Le Figaro, Claude Mauriac s’indigne qu’on ait jeté « un philosophe en prison ». Goldman est pressenti pour le Goncourt. Devant la pression, la justice cède. La cour de cassation décide la révision du procès. Goldman est rejugé en 1976. Avant le procès, Mitterrand déclare : « Je ne crois pas qu’il soit l’assassin ». La bourde du photographe de l’identité judiciaire pèse lourd dans les débats, à moins que cette erreur n’ait servi… d’échappatoire. Il est acquitté pour les meurtres et condamné à douze ans de réclusion criminelle pour les autres affaires. En additionnant aux remises de peine le temps qu’il a déjà passé en prison, et par un calcul hermétique au commun des mortels, le compte est bon. Il est remis en liberté.

Le 20 septembre 1979, Pierre Goldman est abattu, place de l’Abbé-G.Henocque, à Paris, par trois hommes armés. Des policiers sont témoins du meurtre, sans avoir eu le temps d’intervenir. Ils ont déclaré lors de leur audition que l’un des agresseurs, après avoir tiré, s’était retourné vers ses complices en lâchant : « Vamos, hombres ! »

Peu de temps après, un mystérieux groupe, baptisé « Honneur de la police », revendiquera le meurtre auprès de l’AFP. Dix à quinze mille personnes assisteront à ses obsèques. En tête du cortège funéraire, des personnalités de tout crin.

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Lettre à Jack Lang

On tourne autour du pot, mais on va finir par nous le dire : cette guerre d’Algérie, c’est la honte de la France ! Pourtant, certains l’ont désirée, et d’autres l’ont faite. Que les premiers le regrettent, moi, je suis d’accord – mais n’ajoutons pas l’opprobre aux souvenirs de ceux qui l’ont faite. Aussi, quand Jack Lang propose que la France se désavoue, j’ai envie de lui répondre…

Monsieur Lang, nous avons à peu près le même âge. Je ne sais pas ce que vous faisiez à 19 ans, mais en tout cas, nous n’étions pas dans la même brigade. Peut-être prépariez-vous sciences po… Moi, je préparais ma valise. Et, comme beaucoup d’autres, c’était la première fois que j’allais prendre le bateau. On n’avait pas vingt ans et l’on ne demandait rien. Aucun des anciens d’Algérie ne se prend pour un héros, et l’on ne demande toujours rien. Aucun de nous n’est invité à la cérémonie de l’Arc de triomphe. Aucun n’est décoré, si ce n’est de la commémorative ou de la valeur militaire, et si nous avons une carte de combattant, elle ne nous donne droit à aucun avantage, quelques centaines d’euros par an pour certains, pas de réduction dans les trains, pas de faveurs… Personne ne sait où se trouve le mémorial de la guerre d’Algérie, et l’on s’en fiche! Mais par pitié, monsieur Lang, ne nous gâchez pas les souvenirs de notre jeunesse – même si dans nos rêves…, elle était bien différente.

À vingt ans, j’ai vu de jeunes français, à peine sortis de l’adolescence, aimer éperdument des chèvres, j’en ai vu d’autres, comme moi, faire la queue à la porte d’un BMC (bordel militaire contrôlé), une serviette à la main, et la honte au visage. « Allez !… Au suivant ! » comme plus tard a chanté Jacques Brel. J’ai subi, comme les autres, la culotte sur les genoux, la revue de « bites », de l’aspirant toubib. J’ai vu des amis se suicider, d’autres mourir bêtement d’une rafale de PM, tirée accidentellement par le meilleur ami, avec cette arme, bien de chez nous, la MAT 49, qui a probablement tué plus de français que d’ennemis. J’ai vu un fellagha ligoté devant la bouche d’un mortier, et je me suis enfui, pour ne pas voir la suite. J’ai vu des femmes violées, des hommes torturés. Mais j’ai vu, aussi, de jeunes enseignants apprendre le français à des petits maghrébins illettrés ; j’ai vu des soldats, détourner les yeux pour éviter la tanière, creusée près d’un village, et ne pas y jeter de grenade. J’ai vu des soldats ne pas tirer sur des felouzes en fuite. J’ai vu des felouzes ne pas tirer sur des soldats. J’ai vu des hommes s’aimer. J’ai vu la haine, dans le regard d’un paysan. Et pourtant, comme les autres, j’ai déroulé le chargeur de la mitrailleuse, juste pour le spectacle des balles traçantes dans la nuit, insouciant des champs d’eucalyptus qui allaient s’enflammer. J’ai fait l’ouverture de piste, ce jeu idiot qui consiste, aux lueurs de l’aube, à rouler plein pot avec un camion GMC, pour détecter les mines placées par « l’ennemi ». J’ai vu des corps mutilés, agrafés aux fils de fer barbelés. Je me suis battu pour récupérer les jumelles, que nous tenions d’une main, pour apercevoir, au loin, un petit coin de peau d’une demoiselle algérienne. J’ai ramassé d’un geste rageur notre trophée de guerre, un vieux fusil de chasse, et j’ai sifflé le chien sans nom, venu de nulle part, pour aller tirer un lapin et ne plus manger ces boîtes infectes de corned-beef. J’ai vu des marins bretons se shooter au « guineru ». J’en ai vu d’autres tremper dans le vinaigre un bifteck plein d’asticots, avant de l’avaler. J’ai vu un sous-off alcoolique, en pleine crise de delirium, vider son chargeur contre des rats bleus, J’ai vu les pieds-noirs nous regarder de haut. J’ai vu des copains en perm, ne pas rejoindre les rangs. J’ai vu des objecteurs de conscience, montrés du doigt, comme des collabos. Mais j’ai vu des soldats (si peu soldats, d’ailleurs) se rebeller contre un officier trop fanfaron et avide de galons. Comme les autres, j’ai compté les jours, comme les autres, durant mes nuits de quart, j’ai fixé les étoiles à me demander ce que je fichais là. Comme les autres, un beau jour, j’ai reçu une lettre de ma fiancée, qui s’était lassée d’attendre. J’ai vu, plus tard, ces mêmes pieds-noirs, nous faire des risettes, après le putsch d’Alger. J’ai vu des officiers supérieurs, nous demander de nous rallier à Salan, à Massu, ou je ne sais plus qui. Et nous, tout ce qu’on voulait, c’était rentrer chez nous. Et puis un jour, on est parti. Je crois que seules les chèvres ont pleuré.

Alors, monsieur Lang, laissez-nous avec nos souvenirs. Ils sont ce qu’ils sont. Vous êtes trop propre sur vous, pour parler d’une guerre sale. Vous êtes une voix importante, dans notre pays, ne vous gaspillez pas. Parfois, même un éléphant doit apprendre à marcher sur des œufs… Monsieur Lang, soyez gentil, taisez-vous !

L'origine de la PJ

PARTIE 1 – Le début du siècle dernier, a surtout été la « belle époque » pour les voleurs, les assassins et les terroristes, lesquels, devant l’incurie des services de la police et de la maréchaussée, s’en donnaient à cœur joie.

bulletin-de-police-criminelle-1907.jpgL’accroissement exponentiel des crimes et des larcins ne pouvait laisser insensible le « premier des flics ». Non, ce n’était ni Pasqua ni Sarkozy ! mais Georges Clemenceau, alias « Le Tigre ». En effet, quoi qu’il cumulât les fonctions de président du Conseil et de ministre de l’Intérieur, c’est ainsi que se baptisait lui-même le grand homme moustachu, celui-là même qui, alors qu’il était rédacteur en chef à l’Aurore, encouragea Zola à écrire sa tirade sur l’affaire Dreyfus. C’est lui, dit-on, qui sortit de son chapeau le titre de l’article, le fameux « J’accuse ! »

Le 30 décembre 1907, Clemenceau signe un décret instituant douze brigades régionales de police mobile, plus connues sous le nom de « brigades du Tigre ». Composées seulement d’une dizaine d’inspecteurs et de deux commissaires, chacune sera dotée (et c’est une première) de 4 limousines De Dion-Bouton.

C’est ainsi, après des palabres multiples avec le garde des Sceaux, que la police judiciaire se transforme en un service de police opérationnel. La charte des brigades mobiles est adoptée (elle s’imposerajules-sebille.jpg jusqu’en 1941) et le commissaire Jules Sébile hérite du bébé.

Dès leur création, ces brigades s’attaquent aux bandits itinérants, qui pullulent, et obtiennent très vite de nombreux succès. Le plus conséquent est sans conteste l’arrestation d’un vagabond nommé Vacher. En dix ans, cet olibrius s’était rendu coupable de 41 assassinats. Il violait ses victimes, des adolescents de treize à dix-huit ans, les tuait et les dépeçait.

La première grande réussite médiatique de ces policiers fut le démantèlement de la célèbre « bande à arrestation-de-bonnot.jpgBonnot », qui coûta la vie à Louis Jouin, le numéro 2 de la sûreté. Cette équipe de malfaiteurs initia en 1911, rue Ordener, à Paris, une nouvelle forme de banditisme qualifiée par la suite de « vol à l’affolement », technique reprise aux États-Unis dans les années 30. Jules Bonnot fut arrêté à Choisy-le-Roi le 28 avril 1912. Grièvement blessé, il mourut peu après. On dit de ce truand atypique et anarchisant, qu’il fut (mais c’est sans doute une légende) un temps le chauffeur d’un certain… Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes.

Moins sordide, on peut se rappeler de ces années-là le vol de La Joconde. L’enquête menée par la brigade parisienne de recherches aboutit à l’arrestation de deux suspects qui furent longuement interrogés avant d’être relâchés. Il s’agissait de deux marginaux, nommés… Apollinaire et Picasso. Mona Lisa regagna le musée du Louvre deux ans plus tard, grâce à un antiquaire italien.calmettecaillaux.jpg

Les deux dernières grandes affaires d’avant 1914 furent l’assassinat de Jean Jaurès et celui du directeur du Figaro, Gaston Calmette.

Le 16 mars 1914, Henriette Caillaux, épouse du député Joseph Caillaux, tue Gaston Calmette, le directeur du Figaro, par crainte que son passé sentimental ne s’étale sur la place publique. Le bruit des bottes s’amplifie et Caillaux, l’homme politique le plus en vue du moment, pacifiste reconnu, ne deviendra pas président du Conseil – ce qui aurait peut-être changé le cours des choses, pense l’historien Jean-Denis Bredin. En tout cas, ce coup de revolver est le premier d’une série de trois qui entraîneront la France et l’Europe dans la plus grande tragédie de leur histoire. Le second visera l’archiduc Ferdinand à Sarajevo et le troisième Jean Jaurès, au café du Croissant, le 31 juillet de la même année.

Landru, le criminel qui a marqué l’époque – Au bruit du canon, apparaît un étrange barbu, Henri-Désiré Landru, très vite surnommé Barbe bleue (par amalgame avec le personnage de la légende orientale, repris par Charles Perrault) qui de 1914 à 1919 s’est « consumé » d’amour pour une kyrielle de femmes. Ce spécialiste du « meurtre au mariage » n’est pas l’inventeur de la méthode. Avant lui, aux États-Unis, en 1895, Johann Hoch épousa 24 femmes et en empoisonna la moitié. Il fut pendu. À la même époque, l’Américaine Belle Gunness, profitait du sommeil de ses nouveaux maris pour les assassiner à la hachette. On a cru qu’elle était morte dans l’incendie de sa ferme, en 1908, mais il est probable qu’elle s’échappa en laissant sur place le corps d’une autre personne pour donner le change.

Landru fut arrêté par les inspecteurs Belin et Riboulet (de vrais policiers avec un nom de flics de cinéma !). Ce dernier surprit Landru au moment où il tentait de se débarrasser d’un petit calepin, sur lequel il notait tout. Ce fut la preuve décisive lors de son jugement, car l’accusation ne parvint pas à exhiber le moindre cadavre. Cela rappelle d’autres procès…, mais pour Landru, bien qu’il ait toujours clamé son innocence, personne n’a jamais soulevé l’hypothèse d’une erreur judiciaire. Lorsque le président de la cour d’assises de Versailles lui a donné la parole, avant le délibéré, il a simplement déclaré : « Je n’ai qu’une chose à dire, votre Honneur, je n’ai jamais commis de meurtre. C’est ma dernière protestation. » Mais, pour l’opinion publique, la cause était entendue. Et pour le gouvernement, cela tombait à pic pour détourner l’attention du bon peuple de choses plus sérieuses, comme la conférence de Paris – qui devait aboutir au traité de Versailles. Landru fut jugé pour onze meurtres, mais on retrouva lors des perquisitions des traces de landru-a-son-proces.jpgcorrespondance avec… 169 femmes. Pendant des années, chaque découverte macabre a fait l’objet d’une enquête approfondie pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une victime de ce triste personnage. Lors de son procès, devant la cour d’assises de Versailles, il déclara : « J’ai le cœur brisé de penser que, à cause de tout ce scandale, ma femme sait que je lui ai été infidèle. » Il fut guillotiné le 25 février 1921. Webb Miller, un journaliste américain, a écrit : « Landru, les mains liées derrière le dos, était encadré par deux geôliers… Les deux hommes l’installèrent rapidement, la face contre la planche basculante… La chute du couperet fut instantanée et la tête tomba avec un bruit mat dans le petit panier… vingt-six secondes s’étaient écoulées. »

L’inspecteur Belin, dans son livre de souvenirs Mon travail à la Sûreté, confie cette curieuse analyse : « … je ne pouvais m’empêcher d’avoir pour lui une admiration réelle. Parfois, il me donnait l’impression d’être une épave dans un monde hostile auquel il faisait face avec courage et sang-froid. C’est peut-être cette trace de désenchantement dans sa nature qui attirait l’esprit sentimental des femmes plutôt que son soi-disant pouvoir hypnotique. »

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