LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Actualité (Page 68 of 71)

La défaite des blogueurs

On aurait dû se méfier. « La toile » ne pouvait exister sans une araignée. Et c’est une grosse, une tueuse. Elle va nous piquer, et on ne s’en relèvera pas.

Tandis que la moitié des Français est persuadée que l’autre moitié n’est qu’un ramas d’électeurs bornés, tandis que les médias nous organisent un show politique qui ressemble à une série télévisée, tandis que les blogueurs, censés traduire la pulsation du « peuple », se contentent d’amplifier le phénomène en crachouillant des insultes, tandis qu’on se demande pour qui on va bien pouvoir voter, Internet va mourir.

prison.1177507313.gifNotre seule zone de liberté, depuis mai-68, cet écran, ce clavier, cette souris…, toutes ces petites choses qui nous relient au monde, vont être placées sous tutelle. Une loi fourbe et hypocrite va claquemurer notre liberté d’expression derrière une porte barreaudée, blindée des meilleures… arrière-pensées.

En effet, un décret est sous le coude, nous apprend le président du groupement des éditeurs de sites en ligne, Philippe Jannet, dans Le Monde du 21 avril 2007, un décret qui va reléguer la France, derrière la muraille de Chine. Car, qu’on se le dise, nous serons les premiers à aller aussi loin dans le contrôle des moyens d’expression. Même les Etats-Unis n’ont pas osé. Ce texte, sorti tout droit de l’esprit malade de quelques technocrates sarkosyens, va obliger les fournisseurs d’accès à Internet à conserver pendant un, deux ou trois ans, toutes les traces que nous laissons sur le web. Les sites que nous visitons, nos pseudos, nos mots de passe, nos numéros de comptes bancaires, nos numéros de cartes de crédit, chaque clic de souris, chaque frappe sur une touche, etc. – et les blogs, bien sûr. Car il n’est plus question de laisser des gens… ordinaires, vous ou moi, dire n’importe quoi sur n’importe quoi, ou sur n’importe qui. La première alerte est récente. Dimanche dernier, les blogueurs ont été informés que leur liberté était terminée. On leur a interdit la moindre allusion aux estimations du scrutin en cours. Et les médias ont relayé l’information, et personne ne s’est offusqué.

Amis blogueurs, de ce premier tour des élections présidentielles, il ne faut pas retenir la défaite d’untel, ni la chute abyssale du parti communiste, ni le score ridicule des chasseurs ou de José les belles bacchantes. Non, de ce tour de scrutin, il faut retenir cette interdiction. Car ce jour-là, les seuls vrais perdants ont été les utilisateurs d’Internet. C’est-à-dire nous tous. tetedemort.1177508170.jpg

Ce 22 avril 2007, on a introduit le poison dans les tuyaux.

La pénitence de Lang

Qui se souvient de l’infortune d’Alain Hodique ? C’est un homme que l’on suppose sans histoire. Il est conseiller commercial chez Total. Et sa femme est la directrice de l’écoleshadoks.1176917016.gif maternelle de Bucquoy, près d’Arras. Puis un jour, en 2001, sa vie bascule à la suite des allégations de quelques chérubins de l’école où exerce son épouse. On lui impute des actes odieux. Les enfants, les parents, les voisins, la presse, l’opinion publique, l’administration, tous s’y mettent. Devant une telle pression, la justice ne résiste pas. Comme tout le monde, les magistrats le déclarent coupable – avant qu’il ne soit jugé. Jack Lang, alors ministre de l’éducation nationale, suit le mouvement. Il parle, il écrit, il agit, en oubliant les rudiments du droit et de la sagesse, en oubliant ce dogme qu’il a pourtant fait sien : la présomption d’innocence.

Madame Hodique, fonctionnaire de l’Education nationale, du jour au lendemain est suspendue de ses fonctions. Et Monsieur Hodique va tout droit en prison. Il y restera plus d’un an. C’est dans l’adversité qu’on montre son caractère. Ces deux-là en avait. Ils se sont battus.

Et le mois denier, Alain Hodique a été déclaré innocent par la plus haute autorité de ce pays. Et Madame Hodique va obtenir réparation, le ministre de l’éducation, Gilles de Robien, s’y est engagé. Et Jack Lang a fait pénitence. Il a enfin écrit à Monsieur Hodique pour lui présenter ses excuses. Juste à lui, pas à sa femme. Bon, il ne faut pas faire la fine bouche !

Allez, Monsieur Lang, on sort toujours grandi à reconnaître ses erreurs, et, personnellement, je trouve dans votre lettre de la simplicité, aspect de votre personnalité qui m’avait échappé – et une certaine noblesse.

Je pense que M. et Mme Hodique doivent être satisfaits. Certes, ils ne retrouveront pas toutes ces années perdues, mais ils ont recouvré leur honneur. C’est inestimable.

reponse-jack-lang.1176888173.jpg

 

Le déclin de la presse

Le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale l’exercice de ce métier d’une façon régulière et rétribuée. Le statut est encadré par la loi (art. L761-2 du code du travail). Mais les journalistes font-ils bien leur travail ?

carte_presse.1176467066.gifIls ne disposent pour cela d’aucun pouvoir particulier, et les juges, ces dernières années, ne leur ont pas facilité les choses. En effet, le juge pénal n’hésite pas à poursuivre pour recel de documents volés, le journaliste qui s’est procuré ledit document pour bétonner son article. Mais ce document sera exigé par le juge civil en cas de poursuites en diffamation. Toutefois, ils ont quelques avantages. Ce sont (je crois) les seuls salariés du secteur privé à détenir une carte professionnelle barrée de bleu blanc rouge, et les seuls également à être autorisés à déclarer au fisc des revenus inférieurs à leurs revenus réels. Ils sont chouchoutés par les uns et redoutés par les autres. Ce sont souvent les mêmes.

Leur devoir est de nous informer – objectivement. Peut-on leur faire confiance ? Voici quelques exemples d’une information non objective – de ma part, s’entend :

Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, et le journaliste Jean-François Jacquier, ont écrit et publié un article de complaisance sur le milliardaire libanais recherché par la justice française (Le Monde du 31 mars et du 11 avril 2007). Un certain Iskandar Safa. Leur intermédiaire était Marc Francelet. Francelet, que je connais bien, est un homme charismatique qui, pour faire simple, vit de la bêtise des autres. Ce qui le rend plutôt sympathique. En l’occurrence, « les autres » sont les deux journalistes susnommés. Ils affirment ne pas avoir touché d’argent. Ils ont tort de s’en défendre, car la commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP) nous dit que si le métier de journaliste est incompatible avec celui d’agent de publicité, « cela ne signifie pas que les journalistes ne puissent occasionnellement percevoir des commissions d’ordre publicitaire ». On peut en discuter, mais, s’il y a débat sur ce sujet, cela ne concerne pas Marc Francelet, puisque lui ne possède pas de carte de presse. C’est pourtant lui qui est allé en prison.

À Nice (Libération du 12 avril 2007), grâce à la vigilance du procureur-zorro Éric de Mongolfier, le rédacteur en chef de Nice-Matin, Dominique Dabin, se voit obligé de reconnaître qu’il a bidonné une photo pour illustrer un article tout aussi bidon sur la vente clandestine d’armes de toute nature. Pour sa défense, il déclare : « […] comme ce n’était pas facile à illustrer, il a bien fallu monter une photo… » Cet homme est coupable, monsieur le juge, pourrait dire le policier, mais comme ce n’était pas facile à démontrer, j’ai préféré fabriquer des pièces à conviction…

Le Monde.fr a repris, il y a quelques jours, l’information du Canard Enchaîné sur un accord occulte, une sorte de Yalta, entre Chirac et Sarkozy, pour que ce premier échappe à la justice. Même sans être du sérail, on comprend bien qu’il s’agit typiquement d’une allégation invérifiable. Car en supposant que les deux ennemis de douze ans aient passé ce genre d’accord, on n’imagine pas qu’ils l’aient fait devant témoins. A moins que par souci de réciprocité, Le Canard n’ait installé des micros à l’Elysée… Et Le Monde.fr a appelé ses lecteurs à réagir. Et chacun de verser sa bile, d’apporter sa dose de venin. Je dois dire que d’une manière générale, les commentaires sur les blogs et sur l’Internet ont de quoi faire frémir. Derrière les mots, on sent la passion, la haine, la bassesse, et parfois la vulgarité. Les élections présidentielles ressemblent de plus ennon-a-l-a104.1176467952.jpg plus à une finale de football. Mais cette fois, les hooligans ne sont pas dans la rue. Du moins pas encore.

Et pendant que Nicolas Hulot cahin-caha retourne au charbon (visiblement, il n’y croit plus), pas un média ne parle du scandale de l’autoroute A104. Personne ne cloue au pilori le proche de Sarkozy, le sieur Dominique Perben, qui a décidé, derrière la porte feutrée de son cabinet ministériel, de faire passer une autoroute à travers trois agglomérations, comptant plusieurs centaines de milliers d’habitants. Pour la première fois en France, trois villes vont être coupées en deux par le passage d’une autoroute à six ou huit voies. Bon, ce n’est pas grave, ce sont des villes qui votent à gauche. Les médias s’en fichent, ce n’est pas vendeur. Ah, parlez-nous du look de Ségolène, du petit verre de rouge que Nicolas a fait semblant de boire ou des turpitudes verbales de François. Les journaux de «pensées» ressemblent de plus en plus à des peoples, pour ceux qui les lisent, et à du bizness pour ceux qui les font. Et nous on marche ! Après les présidentielles, nous aurons les législatives, puis la mise en place du gouvernement. Pour cet été, ce sera la sécheresse, puis la canicule. A la rentrée, avec les premières grèves des enseignants et de la SNCF, surviendront les inondations, etc.

moutonolivier_celineextenso_over-blog.jpegTrop de lumière aveugle. Je crois que dans ce monde où communication et information sont paroxystiques, notre vision des hommes, des choses, des événements, s’est embrumée. Alors, par paresse intellectuelle, on se complaît à écouter ou à lire tel éditorialiste ou tel chroniqueur, dont le principal mérite est de penser pour nous.

Et vainement on cherche les moutons noirs dans le troupeau.

Flics, I love you

À défaut de pouvoir s’exprimer autrement, les gendarmes grognent sur internet. Les policiers font des sondages pour savoir si on les aime, surtout depuis que la larme à l’œil (je ne serai pas loin, juste en face…), leur chef les a quittés. Les automobilistes font un bras d’honneur aux radars automatiques, en attente de l’amnistie présidentielle, et les taulards se demandent sur quel candidat miser pour décaniller de leur cul-de-basse-fosse. Les journaux nous rapportent les piques et les coups bas que se balance un quarteron de présidentiables, et les blogueurs se déchaînent pour démolir NS, Le Pen ne faisant plus recettes. Le Pen the door. Bouh !

Mouais, nous vivons une époque drolatique !

les-conseils-de-jack-palmer-dapres-petillon.1175760269.jpgJe connais un comédien, bon, je ne vais pas le citer, mais j’ai écrit plusieurs scénarios avec lui, ce qu’il aime, c’est qu’on ne l’aime pas. J’ai toujours trouvé ça curieux. Les psys nous diraient sans doute qu’il rejette ce qu’il désire le plus… Mais, ne sommes-nous pas tous en recherche d’amour ? On nous demande, à longueur de média, un effort collectif pour sauver la planète, du réchauffement, de la couche d’ozone, etc., et rien pour nous sauver, nous, les hommes ! Pas le moindre Nicolas Hulot à l’horizon. À l’effort écologique, on pourrait peut-être ajouter un effort de compréhension – je n’ose pas dire d’amour. Puisque nous sommes sur le même bateau, plutôt que se vilipender, ne serait-il pas plus judicieux de marcher main dans la main ? En dehors de leurs convictions, nos candidats, petits et grands, ne pourraient-ils pas se réunir autour d’une table pour déterminer ce qui ne les sépare pas… Et construire les bases d’un pays qui ne serait pas sans cesse ballotté de gauche à droite ?.

Hier, on sonne, chez moi, dans la petite maison de banlieue, là où j’habite. C’est un policier municipal. Il me salue et me demande si cette voiture (il me désigne une voiture stationnée n’importe comment, et gênant la circulation) est à moi, ou si j’en connais le propriétaire. Ce qui n’est pas le cas. «Dommage, dit-il, je vais devoir verbaliser.» Quel exemple ! Ce gardien a tout compris. Avant d’appliquer la loi, de montrer sa puissance par la répression, il tente poliment de rétablir l’ordre.

Que les flics soient en manque d’affection, ce n’est pas nouveau. Les psys, toujours eux, nous diraient qu’ils nient leur amour des autres. Mais, un flic peut-il montrer qu’il aime son prochain ? Le syndicat Alliance, majoritaire chez les policiers en tenue (enfin, maintenant, ils sont tous en tenue…), organise un sondage pour demander aux gens ce qu’ils pensent de leur police. Pourquoi pas ! Les premiers résultats sont d’ailleurs troublants. Quatre-vingt-dix pour cents d’opinions favorables. On ne peut s’empêcher de subodorer un rien d’hypocrisie chez certains sondés. Faudrait peut-être utiliser un coefficient d’adéquation, comme le font les instituts spécialisés. Mais, quitte à faire un sondage, je crois qu’il serait tout aussi intéressant de demander aux flics ce qu’ils pensent des gens. Car ce métier isole. Souvent le policier se sent rejeté, devant lui les visages se ferment – et parfois les portes. Et ce sentiment de rejet, cette césure avec la société, peut engendrer de la provocation et par excès de la violence. En tout cas, il rapproche la tête du képi. Et alors, on a tôt fait de se dire qu’il existe deux sortes d’individus : flics et pas-flics. Et ça, pas être bon.

Les écoutes de l'Elysée et l'ordre de la loi

L’affaire des écoutes de l’Elysée va-t-elle se terminer par une jurisprudence qui accentuerait la responsabilité personnelle des fonctionnaires dans l’exercice de leur métier ?

Comme le rappelle Jacques Follorou, dans Le Monde du 28 mars 2007, la cour d’appel de Paris a estimé, dans son jugement du 13 mars dernier, que les cinq protagonistes de cette affaire ont engagé leur responsabilité personnelle. Certes, ils agissaient sur les ordres directs de la plus haute autorité de l’État, mais, pour schématiser la décision des magistrats, ils n’auraient pas dû le faire.

Le monde sur écoute.1175151520.jpgSans revenir sur les faits, rappelons qu’il s’agit de cette saga politico-judiciaire engagée par certains personnages dont la vie privée a été violée par des écoutes téléphoniques ordonnées par François Mitterrand, et notamment la comédienne Carole Bouquet et le Lieutenant-colonel de gendarmerie Jean-Michel Beau.

Les cinq justiciables visés sont :

– Deux hauts fonctionnaires, Gilles Ménage, directeur adjoint du cabinet de Mitterrand et Louis Swhweitzer, directeur du cabinet de Pierre Mauroy ;

– Deux militaires, le général Pierre Charroy, responsable du groupement interministériel de contrôle (GIC) et le préfet Christian Prouteau, alors commandant de gendarmerie ;

– Un policier, le commissaire divisionnaire Pierre-Yves Gilleron, affecté à la cellule élyséenne.

Il est important de les situer, car, de par leurs fonctions, tous cinq avaient un devoir d’obéissance. Ils ne l’ont pas transgressé – et ils ont eu tort.

Il appartient à la cour de cassation de confirmer ou d’infirmer cette décision. Et, en dehors du destin des gens cités ci-dessus, dont finalement on se fiche un peu de savoir s’ils doivent sortir de leur poche quelques milliers d’euros, ou non (Tout va bien pour eux, voir l’article sur les écoutes de l’Elysée), et en supposant que la haute juridiction entérine la décision de la cour d’appel… Quelles pourraient être les conséquences ? On est au civil, il s’agit donc simplement de réparations pécuniaires. Mais on sent bien qu’il y a dissonance entre les magistrats du siège et ceux du parquet. Ces derniers se sont opposés à la poursuite du procès au pénal devant la cour d’appel. Et ces premiers n’ont donc pu se prononcer sur les infractions, mais uniquement sur leurs conséquences. Ils ont toutefois tourné la difficulté. Dans son arrêt, la cour d’appel mentionne en effet que ces cinq personnes ont commis des délits, à titre purement personnel, et qu’à ce titre elles doivent payer les réparations financières sur leurs propres deniers. Il s’agit donc de fautes personnelles détachables du service.

Si demain, un fonctionnaire, et plus précisément un policier, car parmi les fonctionnaires, ils sont les plus exposés aux situations à risques, exécute un ordre, et s’il apparaît par la suite que cet ordre n’était pas légitime, il devra payer les réparations de sa poche. Les syndicats de police ne semblent pas avoir levé ce lièvre, pourtant, il y a là de réelles conséquences. À ce jour, sauf volonté de transgresser la loi, la défense d’un policier, poursuivi par la justice pour un acte résultant de sa fonction, est prise en charge par l’administration. Qu’en sera-t-il demain ? Les policiers vont-ils être amené à souscrire un contrat d’assurance pour dégager leur responsabilité civile, comme le font les chirurgiens ?

Il y a bien longtemps, j’ai écrit un ouvrage dans lequel je condamnais la pratique des écoutes téléphoniques. Je trouvais anormal qu’un officier de police judiciaire commetteles-ecoutes_vsd_1988.1175152498.jpg un acte illégal, même si cette pratique faisait l’objet d’un accord tacite. Cela m’a valu quelques démêlés avec certains de mes collègues. Mais, finalement, une loi a été votée. Depuis, les écoutes téléphoniques n’ont jamais été aussi nombreuses, on peut le regretter, mais elles sont légales. Et, après tout, le policier ne fait pas la loi, il se contente de la faire respecter.

De cette histoire fétide, on peut tirer une morale : Chacun est responsable de ses actes. Et l’obéissance n’est pas une excuse et doit s’arrêter au sortir de la loi – et même de sa conscience.

Sarkozy, ministre de l'extérieur

Nicolas Sarkozy, comme un saltimbanque à la dernière représentation, met en scène son départ de la place Beauvau. Il a été le vingt-troisième ministre de l’intérieur de la V° République. Avant lui, cinq seulement, me semble-t-il, ont laissé leur empreinte.

Nicolas Sarkozy (2002 à 2004 et 2005 à 2007). Lorsqu’il débarque place Beauvau, alors qu’il espérait sans doute Matignon, Sarkozy, prend le contre-pied de son sarkozy.1174488371.jpgprédécesseur. Il estime que les flics ne sont pas là pour jouer au foot avec les gosses des banlieues, mais pour faire régner l’ordre. Ce discours volontariste change de la politique peu réaliste appliquée antérieurement. Il balaie d’un revers de manche la police de proximité et n’hésite pas à sanctionner ceux qui traînent les pieds. En 2003, il fait adopter en conseil des ministres la réforme territoriale de la police judiciaire, étendant du même coup la compétence territoriale des OPJ – tout en les éloignant de la tutelle des parquets. Il fait voter la loi pour la sécurité intérieure et parvient à obtenir le budget nécessaire pour doter les policiers d’un équipement plus moderne. Son deuxième passage à l’Intérieur est plus politique, et sans doute pour lui à plus haut risque, ce qui se traduit par plus d’actions d’éclat et moins d’actions tout court.

Charles Pasqua (1986 à 1989 et 1993 à 1995). Fils de policier, son arrivée dans la grande maison est suivie avec intérêt. Cofondateur du SAC, ce mouvement gaulliste qui a mal vieilli, au point de devenir une tanière de barbouzes et de spécialistes des coups tordus, Pasqua est un homme de l’ombre et de réseaux. Chirac doit s’en méfier, car il lui attache Robert Pandraud, ministre délégué, chargé de la sécurité. Pasqua durcit l’accès à la nationalité française, met en place la première carte d’identité infalsifiable, et rétablit l’obligation d’y apposer l’empreinte de l’index, au grand dam de la gauche – mais bien loin de la carte à puce électronique. En 1988, en pleine campagne électorale, il doit faire face à une affaire difficile. Après l’assassinat de quatre gendarmes et la prise d’otages de plusieurs autres, en nouvelle Calédonie, deux militaires de la DGSE sont tués lors de l’assaut du GIGN, commandé par le capitaine Legorjus. Mais on a sans doute tort de désigner Pasqua comme le seul responsable de cette opération pas forcément bien menée. En revanche, lors de la prise d’otages à l’école maternelle de Neuilly, en 1993, il donne des consignes très précises au RAID. Le preneur d’otages est abattu, mais aucun enfant n’est blessé. L’opposition tente une polémique, mais la mayonnaise ne prend pas. Sarkozy lui vole la vedette en négociant directement avec Eric Schmitt, alias Human bomb. Il sort de l’école, un enfant dans les bras, devant les caméras de télévision.

Pierre Joxe (1984 à 1986 et 1988 à 1991) – Avec lui, c’est la rigueur qui s’installe place Beauvau. Il n’a pas vraiment le contact avec la police de base, et, surtout, il n’est pas capable de s’opposer aux incartades du staff de Mitterrand, qui cherche à transformer la police nationale en police de pouvoir. En revanche, il a sans doute été le meilleur gestionnaire qu’ait connu le ministère de l’intérieur. Il met en route des réformes et des transformations (notamment en créant une sous-direction de la police technique au sein de la DCPJ), qui vont permettre de moderniser l’antique demeure. Finalement, à ce jour, il est peut-être le seul ministre de l’intérieur qui laissera sa griffe sur son maroquin.

Gaston Defferre (1981 à 1984) – Premier ministre de l’intérieur de François Mitterrand, il est accueilli par les policiers avec une certaine réserve. Il n’est pas évident pour eux d’effacer son nom des nombreuses notes qui mentionnent ses relations avec le milieu marseillais, notamment avec les frères Guérini. En fait, on comprend vite que la police ne l’intéresse pas. À tel point que Pierre Mauroy lui adjoint un secrétaire d’état chargé de la sécurité, Joseph Franceschi. Defferre s’attache surtout à mettre en œuvre l’une des grandes réformes voulues par la gauche : la décentralisation.

Raymond Marcellin (de 1968 à 1974) – Après les événements de mai-68, De Gaulle le choisit. Surnommé Raymond la matraque, il revendique le fait d’avoir réglé cette période quasi-insurrectionnelle sans aucune victime (à l’exception d’un commissaire de police). Persuadé que nos ennuis proviennent de « l’est », il dissout une douzaine de mouvements d’extrême gauche, et, pour la forme, un ou deux mouvements d’extrême droite. Il est le premier à durcir la politique d’immigration. L’affaire des écoutes du Canard enchaîné, entraîne sa chute.

Roger Frey (1961 à 1967) – Il récupère la lourde tâche d’assurer la sécurité en une période difficile pour la France. Sans doute ne prend-il pas les bonnes décisions, car on garde de lui, la répression sanglante de la manifestation de nationalistes algériens, le 17 octobre 1961 et surtout la « ratonnade » des jours suivants. On lui reproche également des consignes d’une fermeté excessive, lors de la manifestation de 1962. Il se doit d’endosser le drame du métro Charonne, même s’il s’agit probablement d’une erreur de commandement du commissaire chargé du maintien de l’ordre.

De la place Beauvau à l’Elysée, on peut s’y rendre à pied. C’est ce que doit penser Sarkozy. S’il prend les rênes du pays, à quoi faut-il s’attendre ? Il veut renforcer la législation sécuritaire (alors qu’aux Etats-Unis, le processus semble vouloir s’inverser), ce qui placerait notre pays parmi les démocraties les plus répressives, avec desretour-a-la-normale.1174499518.gif résultats probablement positifs – mais à quel prix ? Il équipera la police, surtout la police de sécurité publique, de moyens techniques plus importants, ce qui peut être une bonne chose. Il renverra la responsabilité de la police de proximité aux maires, ce qui me semble aussi une bonne chose. Car les maires n’échapperont pas à cette mission. Il persistera probablement dans sa volonté de fusionner les RG et La DST, ce qui pourrait faire de ce service, rappelons-le, un service de renseignements doté de pouvoirs de police judiciaire – ce que personne n’a osé faire en France. Imaginons la cellule Elyséenne de Mitterrand composée de milliers de policiers… Brrr ! Il durcira la législation pour les multirécidivistes et pour les mineurs de plus de 16 ans. Et, sans doute, réglera-t-il ses comptes avec la justice, peut-être avec un garde des sceaux sorti du rang…

Bien sûr, on est dans les supputations. Il existe, chez nos élus, tant de disparités entre les discours et les actes, que nul n’en sait rien. On dit que Sarkozy fait peur. Je crois que son intelligence parfois nous effraie, car on n’en saisit pas les limites. Moi, bizarrement, c’est en matière de sécurité qu’il me fait le plus peur.

Les Irlandais de Vincennes

Après l’attentat de la rue des Rosiers, Mitterrand saisit l’occasion de justifier la création de sa cellule antiterroriste. C’est le début d’une mélasse «politico-gendarmesque», qui a transformé le palais de l’Elysée en Cour des miracles, nous rappelant les plus mauvais aspects de la monarchie.

Nous sommes le 9 août 1982. Il est un peu plus de 13 heures. La foule se presse dans le restaurant Goldenberg, au centre du vieux quartier juif, à Paris. Un homme lance une grenade à l’intérieur de l’établissement. C’est la panique. Mais ce n’est pas fini. Un commando de quatre ou cinq hommes descend la rue des Rosiers en tirant dans la foule. L’attentat fait six morts et vingt-deux blessés. Il n’y aura aucune revendication. Les soupçons se portent sur un groupe palestinien dissident de l’OLP.

Mais, quinze jours plus tard, la cellule antiterroriste interpelle les auteurs de cet attentat. Il s’agit de nationalistes irlandais. C’est du moins ce qu’annonce la presse, suite au communiqué de l’Elysée.

Tout est bidon.prouteau_barril_photo-paris-match.1173876118.jpg

Se fiant aux informations d’un indic, que gendarmes, douaniers et policiers, connaissent de longue date, le capitaine Paul Barril, et ses hommes de la cellule, investissent l’appartement d’un ressortissant irlandais, un certain Michael Plunkett, rue Diderot, à Vincennes. Ils espèrent y découvrir armes et explosifs. Ils font chou blanc. Mais déjà le succès est claironné. Prouteau, le chef de la cellule est en vacances. Barril, son adjoint, lui a rendu compte par téléphone, et Prouteau a renseigné Mitterrand. Tout le monde jubile, tandis que les autres services de police, tenus à l’écart, sont pour le moins dubitatifs. Ils ont raison. Car l’affaire est dans l’affaire. Pour ne pas reconnaître qu’il a chanté victoire trop vite, Barril dissimule des armes dans l’appartement de Plunkett. Il s’aperçoit alors, mais un peu tard, qu’il n’est pas officier de police judiciaire, donc juridiquement non compétent pour effectuer la perquisition. Il fait appel à son collègue, le capitaine Jean-michel Beau, tout nouveau promu à la tête de la section de Paris. Ce dernier est en confiance, à la différence du commissaire P., qui lui a décliné la proposition, il prend en charge la procédure. Mais il est arrivé après la bagarre, et il ne connaît rien des faits. Certes, ce jour-là, il a commis une grave irrégularité, suffisante pour carboniser le dossier, mais ce n’est pas moi qui lui jetterais la pierre. Il m’est arrivé de faire de même, pour éviter des ennuis à des collègues. Les trois Irlandais de Vincennes, feront neuf mois de détention pour rien – pour rien, du moins sur le plan du droit.

Lorsqu’il a fallu rechercher les responsables, Barril s’est retranché derrière Prouteau, et Prouteau, derrière le fait qu’il était en vacances. Seul Mitterrand a assuré. Il a dû se dire que cela ne ferait que pigmenter son auréole, et ajouter un mystère à sa légende.

Quant à Jean-Michel Beau, il a été jugé, et condamné. Il a payé. C’est normal. Mais ce qui l’est moins, c’est la pression qu’il a subie. On a tenté de le juguler. Il a été surveillé,la-verite-de-jack-palmer-par-petillon.1173876606.jpg pressuré, mis sur écoutes, lâché par sa hiérarchie, et peut-être par ses amis… Et depuis plus de vingt ans, il se bat pour retrouver un peu de son honneur perdu.

Mission accomplie. La cour d’appel de Paris, ce mardi 13 mars 2007, a reconnu qu’il avait été placé sous écoute par la cellule de l’Elysée. Elle lui a octroyé des dédommagements et, surtout, elle a intimé aux protagonistes l’obligation de publier un communiqué dans deux journaux différents.

Jean-Michel Beau m’écrivait, il y a deux jours : « Je souffre le martyre depuis 24 ans et je ne veux pas mourir sans que tout soit au clair ».

Longue vie, mon colonel.

Jack Lang, de bois

Un homme broyé par une psychose publique. C’est le sentiment qu’on ressent devant la calamité qui s’est abattue sur Alain Hodique. En 2001, il est conseiller commercial chez Total, et son épouse est la directrice de l’école maternelle de Bucquoy, près d’Arras, dans le Pas-de-Calais. Le couple prépare sa retraite. Ils veulent acheter une petite maison dans le Gers. Des gens comme tout le monde. Puis un jour, par la voix d’un enfant de cinq ans, un bébé, le ciel leur tombe sur la tête. La mère du chérubin prévient la gendarmerie : Monsieur Hodique s’est livré à des attouchements sur ma fille… On est en pleine paranoïa médiatique, pas un journal qui ne consacre un article à la pédophilie, exploitant ainsi à outrance notre sensibilité. C’est tellement odieux de s’attaquer à un enfant… Les gendarmes enquêtent, et, bientôt, c’est quatre, cinq enfants, tous entre trois et cinq ans, qui ont subi les assauts de cet « obsédé ». L’affaire grossit, les parents se révoltent, les enfants en rajoutent – comme tous les enfants, évidemment.

nicolas.1173303332.jpgL’un d’eux dira même que le méchant monsieur lui a mis son sexe dans la bouche. « Il était comment ? » demande le juge, pour tenter d’étayer le témoignage. « Comme celui de papa », répond le gamin. Greffier, n’écrivez pas ! Une fillette racontera que son petit frère, Nicolas, a, lui aussi, subi des tripatouillages. J’imagine le juge… Il se frotte les mains, il félicite les gendarmes, il pose devant la presse. Le procureur se fend d’un communiqué satisfait. Mais personne ne vérifie vraiment les déclarations de la bambine: l’enfant s’est inventé un frère, le petit Nicolas. À cause de Sarkozy ou de Pimprenelle ?

Alain Hodique se retrouve derrière les barreaux, mis en examen pour viols et agressions sexuels sur mineurs de moins de quinze ans. Il y reste 380 jours. Bien sûr, il perd son emploi. Sa femme est priée de ne plus approcher les enfants. Et le ministre de l’éducation nationale se fend d’une lettre, adressée aux associations de parents d’élèves : « J’ai appris les actes scandaleux et odieux commis par l’époux de la directrice de l’école maternelle de Bucquoy (…) Je partage la souffrance des jeunes victimes et l’émotion des familles (…) Je peux vous assurer que toutes les mesures seront prises pour sanctionner les fautes qui ont été commises…»

Pour la petite histoire, ce même ministre a défendu avec vigueur l’élaboration de la loi sur la présomption d’innocence (sic). Comme le procès tarde un peu, la justice condescend à laisser sortir ce criminel, liberté assortie d’un contrôle judiciaire draconien, avec cette astreinte invraisemblable : sa femme et lui ne doivent ni se voir, de près ou de loin, ni se parler. Y sont pas beaux les juges !

L’affaire a duré plus de cinq ans. Cinq années pendant lesquelles les époux Hodique ont été montrés du doigt, vilipendés, repoussés de la société. On les aurait bien lynchés, mais personne n’a osé jeter la première pierre. Ils ont vécu de rien, avec un demi-traitement versé à Madame par l’éducation nationale, abandonnés de la plupart de leurs amis – et leur petite maison dans le Gers est partie en frais de procédure, frais d’avocats, etc.

Cinq ans de galère. Les magistrats se cramponnent. Comme d’autres, ils ne veulent pas admettre qu’ils ont pu se tromper. La cour d’appel prononce un non-lieu. Mais monsieur Hodique ne peut se contenter d’une demi-mesure. Son honneur est en cause. Il se pourvoit en cassation. La semaine dernière, enfin, la cour de cassation a rendu son verdict : Alain Hodique est innocent. Les enfants n’étaient que de petits affabulateurs, comme tous les enfants. Et les parents…pimprenelle-et-nicolas.1173303443.jpg

À ce jour, Madame Hodique n’a pas retrouvé son poste, et monsieur Hodique attend toujours une lettre d’excuses de la part du juge, du procureur, du garde des sceaux – et surtout de Jack Lang, puisqu’il s’agit encore de lui. Il parle vraiment beaucoup trop, cet homme, et jamais au bon moment. Interviewé sur RTL par Jean-Michel Apathie, il a tenté d’éluder la question avant d’avouer qu’il ne se souvenait pas de cet… incident. Il aurait ensuite écrit à monsieur Hodique : « S’il apparaissait que, par souci de protéger les enfants, j’aurais indûment mis en cause la présomption de votre innocence, j’en ressentirais alors un immense regret et je ne manquerais pas de vous en faire part. » Là, on sent que ça a du mal à sortir… La classe, pour monsieur Lang, serait qu’il décroche son téléphone, et qu’il appelle cet homme. Il pourrait l’inviter au restaurant, et s’expliquer, s’excuser, devant un plat de choucroute, et un petit vin d’alsace, les coudes sur une toile cirée, dans un bistroquet, bien loin de la place des Vosges.

Ouais, ce serait la classe…

À défaut, il peut toujours relire La goutte d’or, de Michel Tournier : « Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, – alors, tais-toi ! »

——————

Les époux Hodique ont été invités par Pierre Rancé, le 3 mars 2007, dans Paroles d’accusés, sur Europe 1.

Le pistolet Sig Sauer est-il adapté à la police ?

Petit à petit, les policiers troquent leur bon vieux revolver Manhurin contre un pistolet automatique, d’origine suisse, mais fabriqué en Allemagne, le Sig Sauer. Il y a quelques jours, un gardien a perdu le sien lors d’échauffourées qui ont opposé les forces de l’ordre à une quarantaine de jeunes de Mantes-la-Jolie (Yvelines). Les autorités ont aussitôt fait quadriller le secteur pour tenter de retrouver le pistolet. On comprend bien leur inquiétude. Si cette arme tombait entre les mains d’un jeune…

Certains syndicats de police ont aussitôt réagi. Ils ont fait part au directeur départemental de la sécurité publique des problèmes qui sont apparus depuis que ces pistoletssig-sauer-sp-2022.1172653894.jpg ont été mis à la disposition des policiers des Yvelines.

Oyez, oyez ! bonnes gens ! « Les pressions qui ferment les étuis ont tendance à s’ouvrir trop facilement…En outre, les pistolets sont dorénavant en composé de résine, seul le canon est métallique. Plus légers, ils font aussi moins de bruit quand ils tombent », déclare Jérôme Moisant, du syndicat SGP-FO, au journal Yvelines matin.

Les syndicats demandent donc de réintroduire l’usage de la dragonne, ce cordon qui reliait auparavant l’arme au ceinturon. Pas de problème, a répondu l’administration, on a des milliers de dragonnes en réserve. Oui, mais voilà ! la crosse du Sig n’est pourvue d’aucun crochet. Il faut donc changer les crosses. Ah !… Dans ce cas, il faut évaluer le coût.

Bon, les policiers des Yvelines ne sont pas près d’obtenir leur petit bout de ficelle.

En découvrant cette anecdote, j’ai souri et je me suis dit que l’administration française ne changerait jamais, me souvenant des essais interminables concernant des gilets pare-balles, ou des vaines demandes de quelques paires de gants pour manipuler les cadavres, la drogue ou certains objets peu ragoûtants, comme on peut en trouver lors des perquisitions. Puis, en poursuivant ma lecture, j’ai pris connaissance des propos de Jean-Philippe Cambier, du syndicat Alliance. Il dit : « Il ne faudrait pas que le pistolet perdu se retrouve entre de mauvaises mains. C’est tout de même une arme terrible, une arme de guerre. Ça tire du 9 mm. parabellum. »

cartouches-wikipedia.1172653997.jpgVoilà une déclaration qui donne à réfléchir… Le Sig est un pistolet automatique avec un chargeur de quinze cartouches. Il est superbe, tous les connaisseurs vous le diront. Précis, bien en main, il pèse moins d’un kilo, et possède un système dit à double-détente qui lui donne une sécurité équivalente au revolver (qui est une arme à barillet). Avant d’être adopté par la police française, il a fait l’objet d’essais auprès de nombreux policiers, et tous ont été unanimes : avis positif. Faut dire que par rapport au revolver Manhurin, il n’y avait pas photo. Mais, c’est… « Une arme terrible, une arme de guerre. »

Les policiers l’ont tout de suite adoptée – mais est-elle adaptée aux policiers ? Pas si sûr. Les représentants de l’ordre sont armés, mais, comme n’importe quel citoyen, ils sont responsables de leurs actes. Ouvrir le feu déclenche systématiquement une enquête administrative, et, dans le cas où une personne serait blessée, ou tuée, une enquête judiciaire. Pour que la légitime défense soit reconnue, il faut que « la défense soit proportionnelle à l’attaque », nous dit le code pénal. Pour faire simple, l’arme ne doit donc être utilisée qu’en tout dernier ressort. Ce qui veut dire pour la défense de soi-même ou d’autrui. La préoccupation, dans ce cas, n’est pas de tuer son adversaire, mais de le stopper dans son élan meurtrier. On doit donc s’attacher au pouvoir d’arrêt d’une munition et non à son pouvoir de destruction. Or, une balle à forte vélocité peut traverser les chairs, et, si elle ne touche pas un organe vital, ressortir sans neutraliser celui qui l’a reçue.

spirou-de-tome-et-janry.1172654115.jpgEn novembre 2006 , après un match de football, à la sortie du Parc des Princes, un policier est coincé par un groupe d’énergumènes destructeurs. Il tire pour se dégager et protéger une autre personne. La justice souscrit à la légitime défense. Elle estime que l’homme n’a fait que son devoir. Mais sa balle a traversé l’un des agresseurs, avant d’en tuer un second – cela ne serait pas arrivé avec une arme moins puissante, ou avec une munition différente*. Le policier est hors de cause, mais pas l’Etat. En dotant ses agents d’armes de guerre, un avocat retors (si, si, il y en a) pourrait très bien ébaucher une action judiciaire en ce sens.

Longtemps, j’ai pensé que nous, policiers, c’est-à-dire agents civils de l’État (à la différence des gendarmes, qui sont des militaires) ne devrions être armés que pour des missions ponctuelles. Les années m’ont donné tort. Depuis, on a affublé les inspecteurs d’uniformes militaires, on leur a donné des grades militaires, et on les dote d’armements militaires. Très bizarrement, parmi les candidats aux élections présidentielles, seul Olivier Besancenot (Le Monde.fr) va dans ce sens. Désolé mon ami, tu n’es pas sur la bonne planète. Sur notre vieille terre, les flics sont inéluctablement robotisés, et comme tu ne seras probablement pas président, les choses ne sont pas près de changer.

On aura beau dire, il y a quand même une certaine hypocrisie à nous vanter l’avantage d’armes non létales, comme le taser ou le flash-ball , et, parallèlement, à équiper la police d’armes de guerre.

____________________________________________
* La munition 9 mm. para est-elle adaptée à la police ?

Un goût de revenez-y

Les Américains font machine arrière sur le patriot act, en annonçant, par exemple, la fin du programme de surveillance systématique des communications. Le coordonnateur européen de la lutte antiterroriste déclare (Le Monde du 19 février 07) qu’il est vital de respecter les droits de l’homme. Ici et là, on commence à énoncer à voix haute que la guerre contre le terrorisme ne doit pas entraîner l’extinction de nos libertés. Ici et là, mais pas en France. Où les lois sécuritaires s’empilent sans aucune opposition politique. Il faut dire que dans notre pays, je crois que jamais un texte de loi n’est venu adoucir un autre texte de loi, sous le prétexte « futile » que les conditions avaient changé. Manquerait plus que ça, scrogneugneu !

maudit_telephone.1171991946.jpgQu’ils soient monarques ou républicains, il existe chez les gouvernants la volonté de « fliquer » la vie privée de leurs ouailles. Pourtant, on devrait être vigilant. En effet, en France, nous avons vécu un scandale plus grave que celui du Watergate – et c’était sous la gauche – sans d’ailleurs que le moindre ministre ne tremble pour son maroquin : la cellule antiterroriste, au coeur de l’Elysée, dont le fonctionnement autarcique déjouait toutes les lois. Avec à la clé le dossier truqué sur les Irlandais de Vincennes, et l’affaire des écoutes téléphoniques. Les hommes mêlés à cette consternante mésaventure ont-ils changé ? En tout cas, la plupart sont toujours aux manettes.

François Mitterrand, à son arrivée au pouvoir, débarque les policiers chargés de la sécurité de l’Elysée. Dans la grande maison, on se disait, qu’il avait dû garder une dent contre nous, depuis l’affaire de l’attentat bidon de l’avenue de l’Observatoire. Il n’en était rien. Il voulait simplement auprès de lui, une brigade de fidèles, muets et serviles. Qu’avait-il donc à cacher ? Sa maladie (dépistée à son arrivée), sa double vie et son enfant adultérin, sa francisque épinglée par Pétain au revers de son veston ? Ou rien. Juste une réponse à sa paranoïa. Il crée donc une cellule destinée à combattre le terrorisme (sic), placée sous son autorité directe, loin des magistrats et des policiers trop… syndiqués. Un véritable escadron, entièrement à sa botte. À tel point que le général Jean-Louis Esquivé, numéro deux de ladite cellule (il a été nommé général, par la suite, pour services rendus) disait de ses membres qu’ils étaient les mousquetaires du roi. Les hommes qui composaient ce groupuscule ont largement utilisé les écoutes de toutes natures pour apaiser la monomanie du vieil homme (et ils en ont fait bien d’autres). Quand on pense que Mitterrand est l’auteur d’un ouvrage intitulé, Le coup d’Etat permanent, paru chez Plon, en 1964, dans lequel il fustige les officines et les polices parallèles… Et qu’en 1981, c’est-à-dire en même temps, son ministre de l’intérieur, Gaston Defferre, interdisait formellement de telles pratiques. On reste pantois. Mais, à qui Mitterrand donnait-il ses ordres ? On sait que le commandant Prouteau, qui dirigeait la cellule, voyait régulièrement le président et lui rendait compte directement. Sinon, il y avait trois hommes, deux à l’Elysée et un au ministère de l’intérieur, qui raffolaient de ce petit jeu, dit de barbouzerie. La triade d’énarques, murmuraient certains : le secrétaire général de l’Elysée Jean-Louis Bianco ; le directeur du cabinet de l’Elysée, Gilles Ménage et le conseiller, puis ensuite directeur de cabinet auprès du ministre de l’intérieur, Frédéric Thiriez. On disait de ces deux derniers qu’ils jouaient avec la police comme des gosses avec un train électrique. Rien ne se faisait sans leur accdial-a-spay.1171992052.jpgord.

Il a fallu vingt ans pour que l’affaire des écoutes de l’Elysée soit jugée. Officiellement en raison des difficultés à lever le « secret défense ». Plus sûrement en raison de la personnalité de « l’inspirateur et décideur de l’essentiel » comme a dit le président du TGI de Paris, Jean-Claude Kross. Il parlait de François Mitterrand. On voyait mal le tribunal convoquer l’ancien président. Il y a des choses qui ne se font pas chez nous. Malgré tout, de hauts personnages de l’État ont planché devant les magistrats. Tel Claude Mauroy, ancien Premier ministre. Avec beaucoup de tact, il a déclaré : « Le directeur des chemins de fer doit-il démissionner parce que le garde-barrière a provoqué un accident ? » Ou Claude Quillès, alors ministre de la défense, égal à lui-même : « Je n’ai rien vu ni rien entendu. » Ou bien encore, Louis Schweitzer, ancien directeur de cabinet du Premier ministre Laurent Fabius (qui lui s’était fait excuser) : « Il y a eu un effort pour me masquer la réalité. » Le seul qui s’est exprimé avec sincérité a été Pierre Joxe, ancien ministre de l’intérieur. Au bord des larmes, des sanglots dans la voix, il a déclaré : « J’ai essayé parfois de l’empêcher (il parle de Mitterrand) de commettre des choses illégales… » Et, plus tard : « C’est malheureux à dire, mais ce truc a été organisé par Mitterrand. » En politique, la sincérité ne paie pas. Plus un socialiste ne parle de Joxe. Les autres non plus, d’ailleurs. Quant à Christian Prouteau, le chef de la cellule, il a eu cette phrase chevaleresque, digne d’un officier supérieur : « S’il y a un responsable, ce n’est pas moi. »

Parmi les plaignants, le tribunal a fait un tri. Il a reconnu que certains avaient subi un préjudice, comme Edwy Plenel, journaliste, surveillé principalement dans l’espoir de démasquer ses sources d’informations dans l’affaire du Rainbow Warrior. Antoine Comte, l’avocat des Irlandais de Vincennes, et là, on comprend bien la raison. Jean-Edern Hallier, l’ennemi intime de Mitterrand, qui menaçait de révéler l’existence de sa fille, Mazarine Pingeot. Il est mort d’une crise cardiaque, alors qu’il roulait à bicyclette – bien qu’étant aveugle depuis plusieurs années.

Finalement, vingt ans après, pour à mon tour pasticher Alexandre Dumas, le verdict a été le suivant :

– Gilles Ménage, six mois de prison avec sursis. Il est à présent secrétaire général de l’Institut François Miterrand. 

– Louis Schweitzer, dispensé de peine. Il vient de quitter son poste de PDG de Renault, mais il reste le président du conseil d’administration. Il est également président de la haute autorité contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE).

– Michel Delebarre, dispensé de peine. Il est député du Nord et maire de Dunkerque.

– Christian Prouteau, huit mois de prison avec sursis. Il est depuis des années préfet hors cadre, avec un traitement de plus de 5.000 € par mois pour rester à la maison.

– Paul Barril, six mois de prison avec sursis. Il paie pour avoir rompu la loi du silence. Il a depuis longtemps démissionné de la gendarmerie pour créer sa propre entreprise de sécurité.

Barril est le seul à avoir fait appel. Les autres ont trouvé les condamnations justes et mesurées. Elles ont d’ailleurs été aussitôt effacées par une loi d’amnistie. Frédéric Thiriez et Jean-Louis Bianco n’ont jamais été inquiétés. Le premier est président da la fédération française de football (FFF) et membre de la commission du football professionnel de l’UEFA ; le second est député et président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence. Il est de plus directeur de campagne de Ségolène Royal.

Le procès du le-continent-americain.1171991821.jpgTGI de Paris se limitait aux écoutes. L’affaire des Irlandais de Vincennes, a été un autre scandale, mais combien d’autres actions illégales, ou immorales, ont été perpétrées durant cette période indigne de notre pays et de Mitterrand. Depuis, les techniques se sont modernisées, l’appareil législatif a été renforcé, la lutte contre le terrorisme, la drogue, la pédophilie… sont autant de raisons de nous espionner. Mitterrand n’est plus là, mais qui sera le prochain président ? On se souvient du vent de panique, après le premier tour des présidentielles, il ya cinq ans…

Le mot de la fin revient à Pierre Joxe (procès des écoutes, décembre 2004) : « On ne peut pas concilier efficacité policière et respect des droits de l’homme… » Sarkozy n’aurait pas dit mieux.

« Older posts Newer posts »

© 2026 POLICEtcetera

Theme by Anders NorenUp ↑