POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Maddie : l’inspecteur raconte l'enquête

maddie_jungalig.1241539623.jpg« La télévision montre Gérald McCann qui descend de l’avion en portant son fils. L’enfant a la tête contre son épaule gauche, ses bras pendent le long de son corps (…) En Irlande, les Smith regardent le journal télévisé (…) Pour eux, c’est le choc (…) Il s’agit de l’homme aperçu le 3 mai à 22 heures, avec une petite fille profondément endormie dans les bras. »

Quatre mois plus tôt, les Smith étaient en vacances en Algarve, au sud du Portugal. C’est une famille nombreuse, en tout quatre adultes et cinq enfants. Ce soir-là, ce soir du 3 mai 2007, ils regagnent à pied leur appartement lorsqu’ils croisent un homme qui porte un enfant dans ses bras. Ils n’ont pu distinguer son visage, mais c’était une petite fille. Et elle était vêtue d’un pyjama clair, elle avait les pieds nus, et elle avait des cheveux blonds – comme Madeleine McCann, cette petite anglaise disparue alors qu’elle dormait dans sa chambre. Maddie, dont la photo a fait le tour de monde et qu’on n’a jamais retrouvée (ici).

L’inspecteur de la police judiciaire portugaise, Gonçalo Amaral, nous fait revivre son enquête, minute par minute, dans un livre qui vient d’être traduit en français Maddie, l’enquête interdite, chez Bourin Editeur.

D’un ton qu’il voudrait neutre, mais qui ne l’est pas, tant cette histoire l’a marqué, il nous livre le détail de ses investigations. Il nous énumère les différentes pistes qu’il a suivies, certaines farfelues, et d’autres, plus sérieuses, comme la piste polonaise qui n’a jamais vraiment été élucidée. Et surtout, il met en avant les difficultés qui se sont amoncelées devant lui lorsqu’avec ses coéquipiers il a envisagé la responsabilité, voire la culpabilité, des parents de la fillette. Et notamment les pressions politiques de la part de la Grande-Bretagne. Au point que certains enquêteurs ont imaginé que la signature prochaine du traité de Lisbonne (déc. 2007) pouvait influencer l’enquête sur la disparition d’une enfant d’à peine quatre ans…

Dans cette affaire, Amaral a échoué. Il reconnaît certains manquements : on aurait dû… etc. Mais il a surtout l’impression qu’on l’a empêché d’aller jusqu’au bout. Et sa hiérarchie a profité d’une réponse maladroite à un journaliste pour le limoger.

À la lecture de ce récit, qui pourrait se lire comme un polar si les faits n’étaient pas réels, personnellement, j’ai eu l’impression que les policiers portugais, à tous les étages, ont trop tenu compte de la personnalité et de la nationalité des parents, des amis, des témoins…

Autrement dit, ils ont pris des gants ! Ainsi, pour recouper les témoignages, une reconstitution s’imposait. avis-recherche-interpol_53974070.1241590905.jpgElle n’a jamais eu lieu. Parmi les raisons invoquées : « les gens pourraient croire que les parents et les amis sont suspects ». Dans les premières heures, les premiers jours, les enquêteurs n’ont suivi qu’une seule piste, celle de l’enlèvement.  Chez nous, on ne fait pas toujours mieux. On se souvient de la disparition du petit Antoine, à Issoire, en septembre 2008, et du lynchage de sa mère et son compagnon… Ou, pour coller à l’actualité du procès AZF, du procureur de Toulouse qui d’entrée de jeu a bloqué l’enquête en claironnant qu’il s’agissait d’un accident à 90 %. Ou encore de l’arrestation prématurée de Jacques Viguier, après la disparition de son épouse, par un commissaire qui a voulu à tout prix faire coïncider les faits avec son intuition.

La liste est longue. Or dans une affaire criminelle, on commence par faire un champ large avant de zoomer, et l’on met dans sa poche ses petites idées de grand flic.

livre-maddie.1241539722.jpgJeudi prochain, le 7 mai, à 14 heures, Jacques Pradel recevra Gonçalo Amaral dans son émission Café crimes, sur Europe1.

Dans cette affaire, l’inspecteur a acquis au moins une certitude : la petite Madeleine McCann « est décédée dans l’appartement où la famille passait ses vacances ».

Et comme je participerai à cette émission, je lui demanderai pourquoi !

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Pour écouter l’émission : ici.

Les dégâts collatéraux de la loi HADOPI

 hacker_googlestoriescom.1241430487.jpg« Un scan de votre ordinateur a été effectué… Vous avez un ou plusieurs logiciels dont vous ne possédez pas la licence légale. Vous devez remédier à cette situation dans les 24 heures sous peine de poursuites… » Pour les aigrefins, HADOPI, c’est déjà fait. Ils n’avaient pas envisagé le bon tour de ces diablotins de députés socialistes qui, planqués à la buvette du Parlement, ont surgi au dernier moment pour faire capoter le texte.

Bon, c’est pas grave : vont revoter, scrogneugneu ! Ils feront ainsi les frais (à leur tour) du nouveau postulat : Si tu votes mal, tu revotes !

Ces dernières semaines, des pourriels menaçants arrivent dans nos boîtes aux lettres : On a scanné votre ordinateur… Vous êtes en infraction… Alors, imaginons demain, lorsque cette loi sera adoptée…

La pauvre africaine qui veut qu’on l’aide à rapatrier son héritage en France moyennant une substantielle commission est complètement dépassée… Entre les arnaques et les bonnes blagues, va-t-y avoir du rififi dans les foyers ! En effet, comment détecter les avertissements réels, des arnaques, et même de la pub ?!

Car en cas de manquement à la loi HADOPI, l’internaute sera avisé par mail.
Et comme ce n’est pas l’auteur du piratage qui est visé par la loi, mais le titulaire de l’accès à la ligne, cela laisse la place à bien des incertitudes…

En effet, en tant que détenteur d’un abonnement au web, nous allons nous trouver « dans l’obligation de veiller à ce que cet accès ne fasse pas l’objet d’une utilisation à des fins » frauduleuses susceptibles de porter atteinte aux ayants droit (art. 336-3).

C’est le défaut à cette obligation de surveillance qui déclenchera les foudres HADOPI. Dans le recueil Dalloz 2009, Me Asim Singh, spécialiste en propriété intellectuelle, remarque toutefois que ce texte « n’a de sens et n’est intelligible que si l’internaute sait quels actes sont en effet soumis à l’autorisation des ayants droit. Or, dit-il, la réponse à cette question demeurant parfois incertaine même pour les spécialistes, il nous semble illégitime de la part du législateur de demander aux internautes de faire mieux ».

Pour parler simple, Le législateur se montrant incapable de définir l’objet exact du « délit », l’usager moyen se trouve dans l’incapacité de savoir quelles sont exactement ses obligations.

Bon, ça s’éclaircit pas !

En fait, si j’ai bien compris le système alambiqué qui nous attend, des agents assermentés rémunérés par des entreprises privées (Sacem, SACD, producteurs de film, de disques…) scanneront la Toile à longueur de journée pour détecter les pirates du Net. Ensuite, ils transmettront l’adresse IP des suspects à d’autres agents assermentés auprès d’une autorité administrative. Lesdits agents s’adresseront alors aux fournisseurs d’Internet pour obtenir l’identité des titulaires de la liaison en vue de leur adresser une mise en garde, et de les sanctionner en cas de récidive.

En principe, ils n’auront accès ni à l’historique des pages visitées ni au contenu des boîtes mails.

Ce n’est pas l’avis d’Anthony Astaix, de la rédaction de Dalloz. Dans une étude parue en 2008, il estime que l’art. L.331-20, permettra d’aller plus loin. Les agents publics habilités « pourront obtenir tous documents, quel qu’en soit le support, y compris les données nominatives conservées et traitées par les opérateurs de communications électroniques telles que identité, adresse postale et électronique, coordonnées téléphoniques du titulaire de l’abonnement utilisé… ».

Les gens qui s’y connaissent un peu en informatique (ce qui n’est pas mon cas) m’assurent que tout ça n’est pas très réaliste. Certains pensent même que le piratage pourrait du coup devenir une sorte de challenge chez les jeunes. On pirate et l’on se fait peur et on vous em… !

hadopi_leblog-de-djib.1241430851.jpgL’ancien directeur de l’Adami (Société pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes), Bruno Ory-Lavollée, a déclaré dans un article du Monde du 14 avril 2009 : « Aucun des artistes qui ont signé des pétitions pour soutenir cette loi ne peut accepter qu’en son nom on s’attaque aux libertés individuelles, ni que la culture, synonyme de liberté et d’épanouissement, entre en ménage avec l’espionnage des vies privées ».

Aujourd’hui, certains artistes (de gauche) ont écrit à Martine Aubry pour lui dire qu’elle avait perdu son âme en ne soutenant pas ce projet…

Alors, au risque de perdre ma place au paradis, je m’y suis mis aussi. J’ai téléchargé un ouvrage numérisé par Google : Les lettres choisies de Voltaire, 1792, tome deux. Et j’ai noté cette petite phrase : « Mais remarquez, Monsieur, pour la consolation des grands artistes, que les persécuteurs sont assurés du mépris et de l’horreur du genre humain, et que les ouvrages demeurent ».

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Le deuxième dessin provient du blog de Djib (ici).

Chroniques du procès AZF (6)

La piste de l’attentat – « Vous dites que des recherches importantes n’ont pas permis de retrouver un engin explosif, ni un détonateur… », s’étonne Me Mauricia trou-azf_google-copie-2.1241342732.jpgCourrégé, en agitant sous le nez de l’expert un cylindre métallique de la taille d’une demi-cigarette… « C’est quoi, ça ? » demande-t-il. « Un détonateur, Monsieur, comme ceux que vous venez de montrer, fortement agrandis à l’écran ».

Qu’est-ce qui a provoqué cette énorme explosion sur le site AZF ? Ce cratère immense (photo satellite Google) ? La réponse est connue : 300 tonnes de nitrates déclassés.

Mais une question reste en suspens : la raison de cette explosion.

S’agit-il d’une banale réaction chimique, comme le maintiennent les partisans du « Total seul responsable » – ou d’un attentat ?

Jean-Christian Tirat reprend le fil de son exposé. Aujourd’hui, le tribunal suit la piste intentionnelle, comme on dit pudiquement. Le président Le Monnyer marche sur des œufs, mais visiblement il a bien l’intention de vérifier tous les détails et de remplir les blancs laissés par les enquêteurs. En fait, ce procès, c’est une seconde enquête.

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Les précautions du Président
« La question d’un acte intentionnel me paraît légitime », déclare le président Le Monnyer à l’ouverture des débats. « C’est délicat à aborder car des suspicions se sont fait jour sur une personne, Monsieur Jandoubi, qui est décédé dans l’explosion. M. Jandoubi est dans l’incapacité de se défendre. » Il précise que des membres de sa famille se sont constitué partie civile. Il décrit ensuite le contexte international, dix jours à peine après les attentats qui ont frappé les E-U. Le contexte régional est aussi évoqué à travers l’affaire de Béziers : le 2 septembre 2001, un illuminé, Safir Bghouia, s’est attaqué aux forces de l’ordre à l’aide d’un lance-roquettes et d’une Kalachnikov. Il a tué un conseiller municipal de 12 balles dans le dos avant d’être abattu par la police après une course-poursuite de 12 heures. Lors des perquisitions, un véritable arsenal a été découvert chez lui, sans qu’on puisse établir le moindre lien avec une organisation terroriste.

Une aiguille dans une botte de foin
Pour les experts en explosifs, il n’y a pas de doute. Dans le cas d’un acte de malveillance, ils auraient retrouvé la trace du détonateur.
« Vous dites que des recherches importantes n’ont pas permis de retrouver un engin explosif, ni un détonateur. Si on ne retrouve pas une aiguille dans une botte de foin, cela signifie-t-il qu’il n’y a pas d’aiguille ? »
C’est Me Mauricia Courrégé qui monte au créneau. L’avocate (de la défense) brandit sous le nez de l’expert, Daniel Van Schendel, un petit cylindre en aluminium pas plus gros qu’une demi-cigarette. Décontenancé l’expert en incendies et explosions hésite : « Mais c’est quoi ça ! ». Puis il s’énerve et pose carrément la question : « C’est quoi ça ? ».
– Me Courrégé : « Un détonateur monsieur, comme ceux que
mauricia_courrege_grande_paroisse_blog-azf_ladepeche.1241340634.jpgvous venez de montrer fortement agrandis à l’écran ».
– D. Van Schendel : « J’en ai plein dans mon labo des détonateurs, j’en ai même chez moi… ».
Le président Thomas Le Monnyer demande à voir l’objet. Il le saisit entre deux doigts, l’examine, puis il le pointe en direction de l’artificier : « Le détonateur est peut-être belge… Bon, il est petit », dit-il sur un ton ironique.
– D. Van Schendel (penaud) : « C’est un constat. On n’a rien retrouvé. On était sur les lieux… On a ratissé. On a trouvé des choses intéressantes, mais pas un détonateur ».

L’aiguille dans la botte de foin…

Entre le préambule du Président et cette dernière scène, il y a eu quatre jours de débats. Quatre jours intenses qui ont tenu les Toulousains en haleine et bouleversé les 400 personnes fidèles aux audiences.

Il est vrai que sur la question de l’acte de malveillance, attentat ou sabotage, les opinions sont partagées et les avis tranchés. Selon les uns cette piste ne repose sur rien. Elle relève d’un nauséabond phantasme. Selon d’autres, trop de portes sont restées entr’ouvertes et il existe un faisceau d’indices convergents.

Les trous dans l’enquête
– Le 1er septembre 2001, deux équipes de policiers et/ou de gendarmes (jamais identifiées) préviennent la société voisine d’AZF, la très sensible SNPE, qu’il existe un risque d’attentat.

– Le 20 septembre, la veille du drame, un appel anonyme parvient au commissariat. Il signale l’arrivée dans la ville d’un islamiste algérien spécialiste en explosifs.

– Le matin même du jour fatidique, des altercations opposent des chargeurs intérimaires à des chauffeurs de camion, juste à côté du hangar 221, celui qui va détonner. Les raisons tourneraient autour du peu d’entrain mis par les intérimaires à charger les bennes des camions.
Un drapeau US en berne dans la cabine de l’un des camions (l’attentat du WTC est récent) semble avoir envenimé les choses. Des menaces auraient été proférées par un ouvrier français d’origine tunisienne, Hassan Jandoubi.

– Ce dernier aurait tenté à trois reprises de faire embaucher sur le site une relation qui n’a pas voulu décliner son identité.

– Une quinzaine de minutes avant le sinistre, un intérimaire algérien quitte l’usine un rien précipitamment. Il suit un circuit alambiqué pour rejoindre le domicile de son « ex », dont il est en instance de divorce. Plus tard, la police découvre chez lui la trace d’un virement bancaire en provenance des USA, un devis de 120.000 francs portant sur de la littérature technique et industrielle, et une chemise contenant un texte manuscrit sur Al-Qaïda. Il y est écrit en gras les lettres TOULOUSE.

– Hassan Jandoubi est tué dans l’explosion. Le 22 septembre au petit matin, son corps est transporté à la chambre mortuaire de l’hôpital Purpan. Le médecin légiste, Anne-Marie Duguet, et les policiers qui l’assistent, découvrent que la victime est revêtue de plusieurs couches de sous vêtements. Ce serait un rituel de « kamikazes » islamistes destiné à protéger certaines parties du corps. Il s’agirait d’honorer au Paradis les 72 vierges (houris) promises aux musulmans méritants. Le docteur Duguet, qui rentre d’un congrès en Tunisie où ce rituel a été évoqué, déclare aux policiers : « Cet homme savait qu’il allait mourir ». C’est à cet instant que la piste intentionnelle prend corps.

– En réponse aux questions des enquêteurs, la famille et la compagne de Jandoubi s’étonnent de cet accoutrement – avant de se raviser.

– Des prêcheurs fondamentalistes de l’organisation piétiste Dawa al Tabligh sont contrôlés par la gendarmerie au péage de Valence d’Agen, une heure après la catastrophe. La lunette arrière de leur véhicule est brisée. À cause de l’explosion, expliquent les occupants.

– Le 24 septembre, lors d’un briefing, le patron du SRPJ de Toulouse explique à 70 policiers réunis qu’il faut enquêter en priorité sur la piste accidentelle. Il aurait évoqué comme origine de l’explosion les exhalaisons d’un rat en décomposition qui aurait réagi avec le nitrate pour produire du gaz méthane. Abasourdis par les propos tenus par leur chef, des policiers s’en ouvrent à des journalistes.

– Au mois d’octobre, une « note blanche » des renseignements généraux (RG), circule dans toutes les rédactions. Elle porte la date du 3 octobre 2001 et conforte l’hypothèse terroriste.

Cette liste non exhaustive montre comment la piste intentionnelle a pu troubler une ville comme Toulouse, qui fonctionne comme un gros village. Tout s’y sait très vite. Le doute s’est propagé au fur et à mesure que ces éléments ont filtré dans l’opinion publique.
Et aujourd’hui, les policiers mécontents viennent dire à la barre du tribunal qu’ils n’ont pas eu la possibilité de vérifier ces éléments. Ne serait-ce que pour les infirmer.

Alors, ce que les enquêteurs n’ont pas pu réaliser, ce que jc-tirat.1240585967.jpgles magistrats instructeurs n’ont pas su exiger, le président Le Monnyer a bien l’intention de le faire.

Nous verrons comment dans la prochaine chronique.

Jean-Christian Tirat
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Pour en savoir plus vous pouvez vous reporter au blog de J-C Tirat (ici) et à l’ouvrage qu’il a coécrit avec Franck Hériot AZF : l’enquête assassinée, chez Plon.

Procès Viguier : un coup pour rien ?

Avant même l’ouverture des débats, l’avocat de Jacques Viguier l’avait annoncé : « Si mon client est acquitté, le parquet va faire appel, et s’il est condamné, c’est nous qui allons faire appel ». Autrement dit, c’est un procès qui ne sert à rien.

shadok-pompe_castaliefr.1241099206.jpgAlors, aujourd’hui qu’on connaît le verdict, on recommence tout à zéro ?

Auparavant, les décisions de la Cour d’Assises étaient définitives. On trouvait deux justifications à cet état de fait :
1/ Vox populi, vox dei (j’ai pompé). Autrement dit, la voix du peuple est la voix de Dieu.
2/ Le double degré d’instruction assuré par le juge d’instruction, puis la chambre d’accusation, était supposé corriger le défaut d’appel.

Mais la Convention européenne des droits de l’homme a vu les choses différemment : « Toute personne déclarée coupable d’une infraction pénale par un tribunal a le droit de faire examiner par une juridiction supérieure la déclaration de culpabilité… »

En ratifiant la Convention, en 1974 (après une hésitation de 24 ans – ici), la France a biaisé en faisant valoir que le recours en cassation pouvait très bien faire l’affaire.

Puis, en l’an 2000, Élisabeth Guigou, alors garde des Sceaux, a donné la possibilité à tout condamné par une Cour d’assises de faire appel de la décision devant une Cour d’assises composée différemment.

Dans cette loi destinée à renforcer la présomption d’innocence, il est dit que seul un condamné a la possibilité de faire appel, à condition qu’il soit… condamné. Autrement dit il lui est impossible de faire appel d’une décision d’acquittement.

C’est vrai qu’on voit mal un type se plaindre de ne pas avoir été condamné…

Mais certains juristes ont estimé qu’il y avait là rupture d’équilibre entre les parties lors d’un procès criminel. Et en mars 2002, le nouveau garde des Sceaux, Madame Marylise Lebranchu, devait penser la même chose puisqu’elle a fait adopter une loi pour corriger le tir : « Le procureur général peut également faire appel des arrêts d’acquittement ». On peut s’interroger sur cet ajout, qui donne au pouvoir exécutif la possibilité d’aller contre une décision d’acquittement rendue par un jury populaire !

Donc aujourd’hui, si l’accusé est condamné, il fait appel ; et s’il n’est pas condamné, c’est le procureur général qui fait appel.

Pour Jaques Viguier, la balle est dans son camp.

Et s’il y a un deuxième procès… On se souvient de Maurice Agnelet (ici), innocent en première instance, vingt ans de réclusion en appel.

Je ne suis pas sûr que cette impression de loterie rehausse le standing de notre justice ! 

Alors, je ne sais pas ce vous en pensez, mais puisqu’on marche à pas forcés vers une réforme de la procédure pénale, on pourrait peut-être se montrer un rien cartésien descartes_cent-francs_les-mathematiques-copie-2.1241099488.jpget trouver autre chose, un autre système, je ne sais pas moi…, peut-être un premier tour réservé aux magistrats (pour juger sur le droit) et un second tour réservé au populi-populo, pour juger avec son coeur !

Mais existe-t-il un rien de cartésianisme chez les gens qui nous gouvernent ! Voici l’avis de Monsieur René Descartes, en personne : « Tout ce qui n’est pas imaginable leur semble n’être pas intelligible ».

Les enlèvements avec demande de rançon

Alors que débute le procès des accusés soupçonnés d’avoir participé de près ou de loin à l’enlèvement d’Ilan Halimi, certains s’interrogent sur l’efficacité de la brigade criminelle. Les enquêteurs ont-ils choisi la bonne méthode? C’est la question que certains se posent, mais c’est surtout la question que doivent se poser certains policiers.

enigme-picsou.1241004836.jpgLes enlèvements avec demande de rançon sont différents des prises d’otages en ce sens que l’enlèvement et la séquestration sont le moyen choisi pour obtenir ce qu’on veut : de l’argent.

Ce phénomène est apparu en France vers le milieu des années 70. En 1975, on a compté pas moins de 12 affaires de ce genre. Devant cette explosion, les autorités ont alors donné des instructions précises à la police : on ne paie plus. Le résultat de cette politique a été spectaculaire et ce type d’affaires a progressivement diminué. Avec toutefois une reprise dans les années 80 (8 enlèvements en 1980, dont 2 se sont soldés par la mort de l’otage). Il semble qu’ensuite le grand banditisme ait plus ou moins renoncé à ce genre d’action.

On voit d’ailleurs que la recrudescence des actes de piraterie dans le golfe d’Aden est la conséquence du paiement systématique des rançons exigées par les ravisseurs. Lorsqu’on entend Hervé Morin, le ministre de la défense, annoncer devant les caméras que l’État « avait proposé de payer une rançon » lors de la dernière prise d’otages, on se dit qu’il y a là pour le moins une erreur de communication. Car s’il y a un message qu’il ne faut pas faire passer, c’est que la France est disposée à payer.

Mais comment faire comprendre à un père, une mère, un conjoint… qu’il est préférable de ne pas payer la rançon demandée ? Et si les ravisseurs tuent l’otage ! Quelle responsabilité !

Pourtant, sans qu’on puisse parler de statistiques, l’otage a plus de chances de s’en tirer si l’on ne paie pas. Car une fois l’argent encaissé, les malfaiteurs n’ont plus qu’une crainte : se faire prendre. Et la tentation est grande d’éliminer le seul obstacle qui se dresse devant eux.

J’ai dû participer à une dizaine d’affaires de ce genre, et voici les questions qu’à chaque fois on se pose :

– Dans les premières heures, les premiers jours : s’agit-il réellement d’un enlèvement ? Et pas d’une disparition volontaire ou d’un scénario monté de toutes pièces par la… supposée victime ? Souvent, je ne sais pas pourquoi, c’est le scepticisme qui l’emporte. L’enquête sur la personne disparue doit éclairer les enquêteurs. Mais on a perdu du temps.

– Si l’enlèvement est confirmé, à quel genre d’adversaires a-t-on à faire ? S’agit-il de malfaiteurs chevronnés ou d’amateurs ? Ces derniers étant souvent plus imprévisibles que les truands professionnels, il faut s’adapter en conséquence. Le montant de la rançon est souvent une première indication. Je me souviens d’une affaire où les ravisseurs exigeaient des milliards et des milliards (de francs), avant d’accepter une transaction autour de cinq millions.

– La presse est-elle au courant ? Faut-il l’informer ? La diffusion de l’information risque-t-elle de faire peur aux ravisseurs et ainsi les amener à commettre l’irréparable… Ou au contraire cela peut-il permettre de recueillir des témoignages et augmenter les chances de sauver l’otage ? Je n’ai pas en mémoire de cas où la presse a joué un rôle négatif (mais il peut y en avoir). En revanche, dans deux affaires au moins, à l’issue d’une première arrestation « médiatisée », les ravisseurs ont préféré plier bagages en abandonnant leur otage sain et sauf.

– Les relations avec la famille, les proches, sont-elles bonnes ? Existe-t-il un climat de confiance ou de méfiance ? Souvent, la police n’est pas considérée comme un allié, mais plutôt comme un ennemi. Dans un enlèvement sur la Côte d’Azur, au bout de 24 heures, je me suis fait virer comme un malpropre de la maison de l’otage. Je n’avais pas su gagner la confiance de la famille (nombreuse).

– Les négociations (ne jamais dire oui, ne jamais dire non) sont l’un des moments clés, avec l’espoir de récupérer des indices (téléphone, voix…) et surtout de se forger une opinion sur la personnalité des malfaiteurs.

– La remise de la rançon est le moment charnière : les ravisseurs sont obligés de sortir de l’anonymat pour la récupérer (qu’il s’agisse d’argent ou de journaux entassés dans un sac). Ils savent qu’ils vont prendre des risques, mais l’appât du gain est le plus fort. Si l’on réussit à interpeller l’un des membres de la bande, il y a de fortes chances que l’affaire trouve rapidement une issue heureuse.

Ces enquêtes sur les enlèvements s’étirent souvent dans le temps, avec pour les policiers des journées de travail non-stop qui s’accumulent, la crainte de faire une bêtise, de prendre la mauvaise décision, et une hiérarchie souvent pesante et parfois à côté de la plaque. À l’arrivée, si l’otage est sauf, aucune gloire à attendre, juste la satisfaction d’avoir bien fait son boulot. Et si l’affaire se termine mal…

Si l’affaire se termine mal, si l’otage est tué, alors on se fiche bien des yakatistes qui claironnent qu’il fallait faire ceci ou cela, on reste avec ce souvenir, ce poids sur la conscience, cette question obsédante : Est-ce que j’ai merdé !

Chroniques du procès AZF (5)

Une histoire de son – « Maintenant vous nous dites qu’il y avait quelque chose dans le ciel qui n’a pas été vu par les radars, ni par les témoins (…) Existe-t-il un hélicoptère homme-en-sueur_tatoufauxcom.1240904537.gifqui puisse voler à Mach 1,6 ? (…) Cela ressemble donc à un Ovni ! » La salle rigole aux déclarations sarcastiques de Me Lèguevaques, mais dans l’auditoire, on ne sait plus quoi penser… Une détonation dont le son ricoche sur les nuages, ou sur une colline, ou trouve son origine à plusieurs centaines de mètres d’altitude, il y a de quoi s’y perdre…

Jean-Christian Tirat reprend le fil du procès et compare les arguments des experts acousticiens à ses propres constatations, effectuées lors de son enquête de journaliste. Pour lui, le compte n’y est pas.
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Une explosion, deux explosions… et 3 versions
Les enregistrements des mouvements du sol par les sismogrammes n’ont pas fait la lumière – et chacun campe sur ses positions. Dans la salle d’audience, j’identifie trois clans :

Les neutres – Avec dans ses rangs, ceux qui n’ont rien compris (ils ont des excuses) et ceux qui attendent la suite avant de se forger une opinion. Parmi ces derniers, l’idée de l’existence de deux explosions successives au même endroit, dans le hangar 221, fait peu à peu son chemin.

Et les deux extrêmes – Pour les uns, ceux qui croient à la thèse officielle de l’accident, il est acquis que les experts ont suffisamment démontré l’existence d’une explosion unique. Pour eux, les témoins ou les appareils enregistreurs ont perçu deux bruits en raison de la différence de vitesse de la propagation du son. Comme le son est dix fois plus rapide dans le sol que dans l’air, on a entendu d’abord ce premier bruit (le bang !), puis ensuite le second (le boum !).
Il faut dire qu’admettre l’existence de deux explosions reviendrait à mettre en cause les conclusions du juge d’instruction et par conséquent à innocenter le groupe Total, propriétaire de l’usine sinistrée.

Pour les autres, les sapiteurs1 ont au contraire démontré l’existence d’une première explosion, entendue par de nombreux témoins et enregistrée par les appareils de mesure. C’est l’opinion de la défense d’AZF et de Total, et de certaines parties civiles qui doutent de la thèse officielle.

Une légère différence dans les écarts de temps entre le bang et le boum prouverait aux experts que le bang est un son sismique, donc une seule explosion, disent les uns. Pas d’accord, rétorquent les autres, cet écart démontre que le bang s’est produit hors de la zone AZF, donc deux explosions. Par triangulation, ils situent d’ailleurs la première explosion au nord de la Société nationale des poudres et explosifs ; ou pour certains à… 400 mètres d’altitude, environ 2.000 mètres au nord du pôle chimique.

Des enregistrements choquants
À l’audience du 8 avril, une vidéo tournée dans un collège (en grève au moment de la catastrophe) avait été projetée. On cherchait un hélicoptère introuvable (nous y reviendrons).  Les images trop… réalistes avaient choqué une partie des victimes. Pour ne pas répéter l’incident, le président Le Monnyer décide, aux audiences des 16 et 17 avril, de ne pas renouveler l’expérience. L’assistance ne pourra donc pas voir ces enregistrements. Peut-être aurait-il été préférable de demander aux personnes sensibles de quitter provisoirement la salle… C’est une opinion personnelle.

Au cours de notre enquête, nous avions pu nous procurer ces bandes. L’une d’elles était encore inédite en octobre 2005, et j’en ai personnellement remis une copie au juge d’instruction… Cliquer ici pour lire la suite.

Flash-back sur l’affaire d’Outreau

csm_logo.1240731832.pngDans ces années-là, plusieurs affaires de pédophilie font la Une des journaux. Et une sorte de psychose s’installe dans divers pays d’Europe. À deux doigts de la schizophrénie. Ainsi, l’hebdomadaire britannique News of the world plonge dans les fichiers de police et publie chaque dimanche une liste de 50 noms d’individus condamnés pour pédophilie, sans se soucier de savoir s’ils ont purgé leur peine ou s’ils se sont amendés. En France, on n’en est pas là, mais on voit des pédophiles partout. Le milieu des enseignants est particulièrement exposé aux dénonciations calomnieuses, comme Alain H., le mari de la directrice d’une école maternelle qui est resté plus d’un an derrière les barreaux avant d’être lavé de tout soupçon.

C’est dans cet environnement que tout a démarré, en décembre 2000. Les services sociaux de Boulogne-sur-Mer signalent aux autorités que certains enfants pourraient être victimes d’abus sexuels de la part de leurs parents. Ces faits se dérouleraient chez les D., dans un quartier HLM de la ville d’Outreau. Attention à la suite : Le couple aurait loué ses quatre enfants à des créanciers pédophiles pour éponger leurs dettes. Le succès financier de cette opération aurait fait baver d’envie le voisinage, et, par un effet boule de neige, un certain nombre de familles leur auraient emboîté le pas, transformant du coup ce quartier populaire en véritable champ d’orgies pédophiliques. Certaines de ces orgies auraient même été filmées et les cassettes revendues… Au total, une quinzaine d’enfants de quatre à douze ans auraient ainsi été loués à de riches pédophiles par des parents indignes.

Cela paraît suffisamment crédible (!) pour que le substitut du procureur décide l’ouverture d’une information judiciaire. L’affaire est confiée à Fabrice Burgaud, un tout nouveau juge d’instruction. Et la machine judiciaire se met en marche : enquêtes, arrestations, perquisitions, auditions… Au total, 17 personnes, hommes et femmes, seront mises en examen et écrouées. On trouve parmi elles, un huissier et son épouse, une boulangère, un chauffeur de taxi, un prêtre… Quant aux enfants, ils sont placés dans des familles d’accueil. Mais, malgré l’obstination du petit juge, peu à peu le dossier s’effrite. En vrai, il n’existe aucune preuve formelle, mais simplement des déclarations, des on-dit… À l’arrivée, le dossier est vide, lamentablement vide. Mais les magistrats du TGI de Boulogne-sur-Mer n’ont pas le courage de se désembourber. Ils essaient de rabibocher la procédure. En 2004, la Cour d’assises acquitte sept des accusés et condamne les autres à des peines diverses, jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle pour la plus sévère. L’année suivante, après une nouvelle enquête, tout le monde est acquitté et, fait exceptionnel, le procureur général de la cour d’appel de Paris, Yves Bot, vient à la barre (avant même que le verdict ne soit rendu) pour exprimer « ses regrets » aux accusés. Quelques heures plus tard, le Garde des sceaux, Pascal Clément, présente ses excuses au nom de l’institution judiciaire. Et le président de la République, Jacques Chirac, se fend même d’une lettre adressée personnellement à chacune des personnes concernées. Une bérézina judiciaire.

Les parlementaires reprennent le flambeau et créent une fabrice-burgaud_franceinfo.1240731468.jpgcommission d’enquête. Ils décident d’entendre tous les protagonistes de cette affaire. Leurs auditions, retransmises en direct sur la chaîne des assemblées, sont suivies par des millions de français. Le juge Burgaud reste droit dans ses bottes. Il reconnaît toutefois qu’il n’est pas sûr « d’avoir mené une instruction parfaite », mais pas un mot de regret, pas une excuse pour tous ces gens dont la vie a été brisée, ni pour cet homme de 33 ans qui s’est donné la mort en prison.

jerome-kerviel.1240731479.jpgCertes, on peut se demander pourquoi il est le seul à être pointé du doigt ! Ce n’était qu’un maillon de la chaîne judiciaire – mais le maillon principal.

Aucun rapport entre cette affaire et celle du trader Jérôme Kerviel. Mais avez-vous remarqué la ressemblance entre ces deux hommes ? Ressemblance physique, mais surtout comportementale : aucun des deux ne semble comprendre ce qu’on lui reproche ! Ils sont persuadés d’avoir fait leur boulot correctement.

Mais au résultat, il existe une sacrée différence : l’un a fait perdre des milliards à sa banque, il a fait de la prison et il sera jugé ; l’autre a fait perdre des années de vie à d’honnêtes gens, et il passe en conseil de discipline.

Et que lui ont dit ses pairs ? « Si tu recommences, t’auras une fessée ! »

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Une partie de ce texte provient de La petite histoire de la  PJ (ici).

Chroniques du procès AZF (4)

Une explosion ! Deux explosions ! – Afin d’y voir clair, le juge a fait exploser des charges de dynamite de 35 kg tour-prilling-des-na-2.1240586409.jpgenterrées à des profondeurs de 15 mètres. Pour faire vibrer le sol, on a fait tomber des poids de 20 tonnes d’une hauteur de 20 mètres, on a même fait venir des outils prévus pour la recherche pétrolière… Aujourd’hui, ces éléments et bien d’autres sont décortiqués par les experts. Ils sortent le grand-jeu pour démontrer que leur théorie est la bonne. Tant de démonstrations mathématiques, d’arguments chiffrés…, que dans la salle d’audience on a cru voir quelques bâillements.

Jean-Christian Tirat assiste aux débats. Il nous raconte le procès, non sans quelques flashbacks sur ses souvenirs du drame et sa propre enquête de journaliste.

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Bang ou double-bang ?
70% des Toulousains que nous avons interrogés jurent avoir perçu deux « explosions ». Près de 800 personnes ont déposé devant des officiers de police, ou ont rédigé des attestations judiciaires en ce sens. Ces témoignages figurent au dossier de l’instruction. Neuf enregistrements : un premier audiogramme, puis un second, apparu « miraculeusement » le 2 avril, en plein procès ; et sept enregistrements audio sur supports magnétiques ou numériques (pour écouter les enregistrements : ici). Il faut y ajouter les sismogrammes tracés par les sismomètres du Réseau national de surveillance sismique (RéNass), ceux du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), et un excellent sismogramme d’amateur.
Quelques rares photographies des fumées consécutives à l’explosion  – ou aux explosions – complètent cet aspect très polémique de l’affaire.

Ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu
Le 21 septembre 2001, je suis dans mon bureau situé à 3.500 mètres au nord d’AZF. Mon amie Dominique et moi percevons un premier « BANG ! » qui nous alerte. Dominique s’écrie : « Tu crois que c’est quoi ? ». Je lui réponds « Encore les voisins qui ont claqué leur porte ! ». Je me replonge dans mon travail, tandis qu’elle se sert un café. Soudain, elle panique ! Le sol de la cuisine tremble. Elle croit que l’immeuble va s’effondrer. Ultime pensée pour ses enfants. Nous n’oublierons jamais. Tout est gravé. Chaque geste, chaque pensée. 6 à 9 secondes plus tard, BOUM !!! La dévastation. Une onde de choc, un souffle qui ravage tout : vitres, plafonds… C’était hier. C’était terrible. Une chose est sûre : comme de nombreux toulousains, nous avons nettement entendu deux explosions.
Réflexe de l’ex-reporter de guerre, je fonce sur le toit de l’immeuble avec un appareil photo. Je photographie les fumées et en même temps, je localise la catastrophe : le pôle chimique ! Je cours alors à l’école de ma fille. Chemin faisant, dans une ruelle, rue du Canard, je croise un jeune livreur en scooter qui crie « C’est un hélico, c’est un hélico ! Je l’ai vu se crasher sur l’ONIA ! (l’ancien nom d’AZF) ». C’était 5 minutes au plus après la grande explosion. Je n’ai pas réussi à retrouver ce témoin. Il travaillait pour la société VOLTEX mais ses responsables n’ont jamais voulu me donner ses coordonnées. J’en ai parlé en vain au juge d’instruction Thierry Perriquet et à l’OPJ Jean-Pierre Bellaval. La présence d’un hélicoptère mystérieux a été évoquée au procès : nous y reviendrons.

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Photo prise quelques instants après l’explosion. On distingue nettement deux fumées.

Photos de fumées
Le tribunal appelle d’abord le géomètre expert Jean Sompayrac. Il a étudié mes photos, celles de Thierry Bordas, journaliste à La Dépêche du Midi, qui a assisté à la catastrophe depuis la rocade. Celle enfin de Sébastien Prats dont j’ai découvert fortuitement l’existence en visitant une exposition.
L’étude de ces photographies a été l’objet de ma première rencontre avec le juge Thierry Perriquet… Cliquer ici pour lire la suite.

Des policières voilées !

Au Royaume-Uni, plusieurs forces de police ont autorisé le voile islamique pour les policières. Les Norvégiens ont suivi. Ils viennent de décider de changer le règlement sur l’uniforme de la police « pour que la possibilité existe de porter un foulard religieux ».

voile-police-norvegiennee_vivreensemblelalibre.1240471679.jpgLa patronne de la police, Ingelin Killengreen, a estimé que « la nécessité de pouvoir recruter largement et de façonner une police qui reflète toutes les couches de la société (…) doit prévaloir sur l’exigence de neutralité de l’uniforme ».

Pour le député, John Feavyour, « il est très important) (…) que la force de police soit un reflet de la communauté ».

Dans les rangs de l’opposition (de droite), on entend un autre son de cloche. L’un de ses représentants, Per Willy Amundsen, a déclaré : « On a touché le fond. Encore une fois, on voit un exemple où la Norvège et la société norvégienne cèdent aux exigences particulières des musulmans ».

Les États-Unis semblent avoir fait un choix inverse. Récemment, une décision d’une Cour fédérale d’appel a confirmé l’interdiction du foulard islamique dans la police de Philadelphie. « Nous devons être attentifs à ce que l’uniforme soit neutre », a dit un représentant de la police.

En France, il semble que la question ne se pose pas : le principe de laïcité est l’un des fondements de notre République.

Alors qu’il était Premier ministre, Dominique de Villepin l’avait rappelé en publiant une charte de la laïcité des services publics (ici). Il y est précisé que « le fait pour un agent public de manifester ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions constitue un manquement à ses obligations ». Sous des mots… policés, on sent bien qu’il s’agit essentiellement de régler le sort au port du hijab.

Selon le Conseil d’État, dans le cadre du service public, les agents ne peuvent ni exprimer ni manifester leur foi. Il n’y a pas lieu de distinguer en fonction de la nature du service public auquel appartient l’agent. Cela implique que pour tous les agents publics (policiers compris) : « le principe de laïcité fait obstacle à ce qu’ils disposent, dans le cadre du service public, du droit de manifester leurs croyances religieuses ».

Il y a eu de nombreuses décisions de justice dans ce sens. Ainsi, il y a quelques jours, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté le recours d’une doctorante de l’Université Paul-Sabatier qui avait été licenciée pour faute grave après avoir refusé de retirer son voile malgré des avertissements répétés (ici). L’avocat de l’université, Me Jacques Lévy, explique qu’en « raison de son statut d’agent public de l’État, elle est tenue à une obligation de réserve et de neutralité et elle n’a pas tenu compte des multiples avertissements qui lui ont été adressés ».

En 2006, les juges de Versailles (Rachida c/ Guyancourt) ont estimé que le refus d’une contractuelle d’enlever, pendant l’exercice de ses fonctions, le voile religieux qu’elle portait constituait une faute grave de nature à justifier son licenciement pour motif disciplinaire, alors même qu’elle était enceinte.

Le principe de neutralité religieuse a été repris par la Cour européenne des droits de l’homme. Elle a plusieurs fois rappelé que, comme le prévoit le § 2 de l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, « la liberté de manifester sa religion est un droit fondamental qui peut légalement faire l’objet de restrictions ; les États disposant d’une marge d’appréciation pour les déterminer ».

Il y a des exceptions à la laïcité dans le service public. Ainsi, dans les prisons, l’administration admet en effet le concours de « surveillants congréganistes », le plus souvent des religieux, qui assument des fonctions de soutien aux détenus, dans le cadre d’une convention conclue avec les établissements pénitentiaires.

Un autre exemple plus bizarroïde : en raison de la situation politique particulière connue lors des deux dernières guerres mondiales, en Alsace-Moselle, l’État a l’obligation d’assurer un enseignement religieux*. Les élèves ont le choix entre quatre « religions reconnues » (mais ils peuvent demander à être dispensé). Et depuis un arrêté de 2000, un concours administratif d’État est ouvert pour le recrutement de professeurs d’enseignements religieux.

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La séparation de l’Église et de l’État, en 1905, ne s’est pas faite sans difficultés. Que de chemin parcouru ! Pourtant, le problème reste l’un des plus sensibles de la civilisation occidentale. En Norvège, même si la décision d’autoriser le port du voile dans la police est prise, le problème est loin d’être réglé. On dit même que la marche arrière serait enclenchée…

En France, la laïcité est un héritage direct de la Révolution de 1789, celle des droits de l’homme. Elle était dirigée à l’époque contre la religion catholique. Qui aurait imaginé qu’une autre religion viendrait titiller le fondement même de nos institutions !

Alors, nos fliquettes qui le souhaitent pourront-elles un jour porter le voile ? Je ne crois pas ! Après tout, un uniforme, c’est fait pour être uniforme.

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* Un lecteur me signale qu’il s’agit des quatre religions concernées par la loi de 1905. L’islam n’en fait pas partie.

La délinquance en bandes

abel_pollet_hazebrouck-autrefois.jpgIl y a un siècle, l’insécurité est partout. Les brigands de grands chemins parcourent le pays en semant la terreur : les travailleurs de nuit, les apaches… Ou parmi les plus connus les chauffeurs de la Drôme, qui ont sur la conscience l’assassinat d’au moins dix-huit personnes âgées. Ou encore la caravane à pépère, une centaine de coupe-jarrets itinérants qui se livrent aux vols de toutes natures en traversant la France de la Touraine à la Charente.

Au nombre de ceux qui ont le plus marqué les esprits, on trouve les frères Pollet. Avec des complices recrutés au fil de leurs crimes, ils formèrent une bande, les brigands d’Hazebrouck – qu’on surnomma par la suite « Les chauffeurs », pour avoir remis à la mode une sinistre tradition : brûler les pieds de leurs victimes pour leur faire dire où elles cachent leurs économies.

Abel Pollet est né en 1873 à Vieux-Bourquin, près d’Hazebrouck, dans une famille pauvre. Il vit plus ou moins dans la rue, et le jour de sa communion, il se fait pincer pour avoir dérobé une pièce dans le tiroir-caisse d’une épicerie. Il a douze ans et il fait connaissance avec la maison de redressement.

En 1901, il est pris en flagrant délit alors qu’il tente de pénétrer chez des agriculteurs pour les voler. Il écope de trois ans de prison qu’il passe à la prison de Loos, cette ancienne abbaye cistercienne transformée en centre pénitentiaire par Louis XVIII.

Lorsqu’il sort, ce n’est plus le même homme. Le voleur, le chapardeur…, est devenu un assassin en puissance.

En juillet 1905, lui et son frère Auguste rouent de coup un paysan de 77 ans qui a eu la mauvaise idée de se réveiller alors qu’ils cambriolaient sa ferme. Ils l’abandonnent agonisant. C’est le début d’une sombre épopée. Ils écument le nord de la France et vont jusqu’en Belgique. Ils sèment la souffrance, ils pratiquent la torture et ne laissent souvent derrière eux que des morts.

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Abel Pollet est finalement identifié et arrêté grâce à son beau-frère, qui, pour une raison inconnue le dénonce aux gendarmes. La bande aurait compté jusqu’à soixante comparses, mais ils ne sont que vingt-sept devant les jurés d’assises, à Saint-Omer, et certains ne sont que des figurants. Cinq seront d’ailleurs acquittés, et dix-huit condamnés à la prison. Quatre écoperont de la peine capitale. Le 11 janvier 1909, ils sont conduits sur la place de Béthune où se dresse la guillotine, et où dix mille personnes sont massées : « À mort ! À mort, les salauds ! ». En « exécuteur des hautes œuvres » qui soigne la mise en scène, le bourreau, Anatole Deibler, fait passer Abel en dernier. La foule est chauffée à blanc « C’est Abel, c’est Abel qu’il nous faut ! ». Il arrive enfin, fier, arrogant. Il fait face à la foule en criant : « À bas les calotins ! ». Les choses vont très vite, mais la tête sur le billot, il a encore le temps de hurler à la société : « Merde, merde, et encore merde ! ». Le couperet tombe.

C’est en grande partie pour faire face à cette barbarie que bande_pollet_execution_hazebrouck-autrefois.1240302486.jpgClemenceau créa les brigades mobiles, dont l’objectif premier était de s’attaquer aux bandits itinérants et aux criminels, comme celui qu’on a surnommé le vagabond Vacher. En dix ans, Joseph Vacher se serait rendu coupable de 41 assassinats. Il violait ses victimes, souvent des adolescents de treize à dix-huit ans, souvent des bergers. Puis il les tuait et les dépeçait.

Pourquoi je raconte cela ? Je ne sais pas trop. Sans doute à trop entendre nous seriner que nous vivons une époque de violences et d’insécurité, j’ai comme l’impression bizarre qu’on nous prend pour des… billes. En tout cas, la délinquance en bandes n’est pas une invention de ce siècle, loin s’en faut.

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