POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Pic et pioche autour de la garde à vue

Depuis que la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme) a mis les pieds dans le plat, déclarant grosso modo que la présence de l’avocat est nécessaire dès la rédaction du premier procès-verbal sérieux, chacun s’en donne à cœur sept-nains_tititendresse_centerblog.jpgjoie dans les récriminations et les jérémiades. Par ordre d’entrée en scène, on a eu les avocats, les syndicats de police, le Premier ministre, la Garde des sceaux (mais du bout des lèvres), et aujourd’hui ce sont les magistrats.

Pour éviter, dans plusieurs affaires, que leur procédure ne soit retoquée par la CEDH, les juges d’instruction du tribunal de Bobigny enjoignent les policiers de faire venir l’avocat des suspects dès le début de la garde à vue.

Aussi sec, les policiers refusent. Ils s’arc-boutent, brandissent le Code de procédure pénale, et refusent tout net d’appliquer ces instructions.

Même sans être versé dans les coups tordus, on comprend bien que ces magistrats n’ont pas agi sans arrière-pensée, et que les policiers, en revanche, semblent avoir foncé tête baissée.

À moins qu’ils n’aient sauté sur l’occasion pour engager un bras de fer avec les juges. Car les heurts ne sont pas rares entre ces derniers et les commissaires de la PP. Comment pourrait-il en être autrement entre des juges qui sont censés être indépendants et une police très centralisée et sous la houlette d’un préfet !

Mais dans cette histoire, qui a raison ?

En 1996, lorsque le directeur de la PJ parisienne, le commissaire Olivier Foll, avait refusé son assistance au juge Eric Halphen pour effectuer une perquisition au domicile des époux Tibéri, il avait été muté à l’Inspection des services, le cimetière des éléphants, comme on l’appelle – qui, vu le nombre de directeurs qui y pantouflaient, n’avait jamais autant mérité son nom que dans ces années-là. Pour se défendre, Foll avait argumenté que le juge ne lui avait pas adressé de réquisition écrite et ne l’avait même pas informé du lieu de la perquisition. L’affaire était allée jusqu’en cassation, et la Cour lui avait donné tort, confirmant la décision antérieure : le commissaire Foll s’était rendu coupable d’un manquement grave à sa fonction.

Une décision compréhensible, car, comme le rappellent les magistrats de Bobigny, les policiers, en tant qu’officiers de police judiciaire, sont placés sous leur autorité directe, et ils ne peuvent recevoir leurs ordres de personne d’autre. Ils sont donc tenus de répondre à leurs diligences.

Mais cette fois, les policiers sont sûrs de leur fait. Ils se reportent à la loi, et refusent d’exécuter des flic_grognon_lessor.jpginstructions qui n’existent pas aujourd’hui dans le Code de procédure pénale. La secrétaire générale du Syndicat des commissaires allant même jusqu’à déclarer que les juges veulent les pousser à la faute et qu’il n’y a pas lieu d’obéir à un ordre illégal. Un vieux principe militaire, rarement appliqué, je dois le dire, au sein de la Grande maison. Ainsi, lorsqu’un Pichon dénonce l’illégalité du fichier STIC, il se retrouve mis en examen et aucun syndicat n’accepte de prendre sa défense.

Pour en revenir à cette fronde qui s’est déroulée il y a quelques jours en Seine-Saint-Denis, pas facile de savoir qui est dans le vrai.

Les juges s’inquiètent à juste titre, car de nombreuses procédures risquent d’être entachées de nullité, au moins partiellement, du fait de la décision de la CEDH, laquelle déclare la garde à vue à la française contraire à la Convention des droits de l’homme. Mais à l’identique, un OPJ qui convierait un avocat hors des créneaux prévus par le Code de procédure pénale* (30 mn dans les 24 premières heures de GAV), ne commettrait-il pas un acte irrégulier et sans doute fautif ? Autre motif de nullité…

Alors ?

En fait, aujourd’hui, les OPJ sont tenus d’agir en conformité avec le Code français et en contradiction avec le droit européen. Situation pour le moins inconfortable, même si la majorité du corps préfère fermer les yeux tant peu de policiers sont disposés à modifier leurs méthodes de travail, et à accepter la présence de l’avocat durant la garde à vue. C’est un peu la politique de l’autruche. Et pour des poulets… Il va bien falloir s’en sortir et avoir le courage de légiférer. Comment un pays qui se targue (à l’excès ?) du principe de précaution pourrait-il accepter que par négligence ou faiblesse des criminels voient demain leur condamnation annulée !? Et je ne suis pas sûr que ce changement puisse attendre la réforme annoncée de la procédure pénale…

Le rapport du Comité de réflexion sur la justice pénale, remis au président de la République en septembre 2009, ne règle d’ailleurs pas vraiment le problème. Il suggère en effet le maintien d’un entretien d’une demi-heure avec l’avocat dès le début de la garde à vue, puis un nouvel entretien au bout de douze heures, avec cette fois un accès aux procès-verbaux d’audition, et enfin la présence de l’avocat en cas de renouvellement.

La CEDH y trouvera-t-elle son compte ? Pas sûr, car ce qu’elle exige, c’est la présence de l’avocat dès l’audition d’un suspect.

En revanche, messieurs les magistrats, ce comité met un point bouc-emissaire_ougen__umourcom.jpgfinal à votre tutelle sur les policiers. Car il annonce carrément la couleur : « Le système actuel qui prévoit que la police judiciaire est exercée sous la direction du procureur de la république, sous la surveillance du procureur général et sous le contrôle de la chambre de l’instruction est satisfaisant. Il a toutefois été jugé qu’il serait opportun que la loi précise que les officiers de police judiciaire agissent toujours sous le contrôle de leurs chefs hiérarchiques ».

Enfin, pour les juges d’instruction, ça n’a pas grande importance, puisqu’ils auront disparu.

* Voir les différents billets dans la catégorie garde à vue.
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Les risques liés aux scanners corporels a été lu 37.373 fois en 3 jours et a suscité 74 commentaires – et quelques mails désagréables dans lesquels on me reproche mon incompétence, avec des réflexions du genre « de quoi qui se mêle ! » Mais je persiste et signe. C’est visiblement un sujet qui fâche, mais entre nous, j’adore ça.

Les risques liés aux scanners corporels

Fi du principe de précaution appliqué avec tant de rigueur pour traiter le risque grippal, c’est dit c’est fait : la France aura bientôt son premier body scan. Quelle promptitude dans la réaction ! Pas étonnant : l’affaire body-scan_eternal-health.jpgétait dans les tuyaux de longue date. Dès 2008, la CNIL1 et l’APAVE2 avaient donné leur accord (un peu vite peut-être) à des essais qui devaient avoir lieu à Nice (voir en bas de page le rectificatif de l’APAVE).  « Airport premier », comme il a été baptisé là-bas. Mais devant les réactions des personnels et des élus locaux, la mise en fonction a été retardée.

J’espère qu’on ne l’a pas démonté…

Cet appareil de radiologie permet de visualiser en trois dimensions le corps nu des passagers. Mais pas question de voyeurisme : les parties génitales seront floutées, nous assure-t-on. Si son efficacité est quasi totale pour déceler le moindre objet, qu’il soit métallique ou non, certains s’interrogent : le scanner aurait-il pu détecter la poudre explosive collée sur la jambe du terroriste nigérian du vol 253 de la compagnie Northwest Airline ? Rien n’est moins sûr.

En dehors de leur utilité (et de leur coût), l’installation de ces engins pose deux questions fondamentales qui touchent à leur innocuité et à la confidentialité des données.

Les commerciaux qui vantentscanner-a-laeroport-de-nice_nice-matin.jpg les mérites de ce produit affirment que « l’absence d’impact sur la santé des passagers a été évaluée et confirmée par un organisme indépendant » (l’APAVE ?). Mais, dans Le Quotidien du médecin, le professeur  Patrick Gourmelon, directeur de la radioprotection de l’homme à l’IRSN3  souligne qu’il existe une différence entre les doses affichées par les fabricants*, qui sont des doses globales, et celles qui sont reçues par un organe spécifique – ici la peau. Ce sont ces dernières qui doivent être retenues. « On peut en effet enregistrer des doses globales extrêmement faibles alors que la dose pour un organe peut atteindre un niveau notable, dit-il. Se pose alors un risque de cancérisation des cellules, notamment chez des personnes à risques comme les femmes enceintes en début de maternité, ou les enfants ».

Selon un article du Figaro du 17 décembre 2009, une étude américaine de l’Institut national du cancer tire d’ailleurs la sonnette d’alarme sur l’usage intensif des scanners médicaux. Ils pourraient conduire à 29.000 cas supplémentaires de cancer par an. Une véritable épidémie. Ainsi, sur 270 femmes de 40 ans qui sont soumises à un scanner des artères coronaires, l’une d’elles serait quasi certaine de développer une tumeur. Des chiffres inquiétants.

Les partisans des body scans  vous diront que cela n’a rien à voir. Sans doute, mais malgré tout, l’appareil (d’origine américaine) qui va être installé prochainement à Roissy est bel et bien un scanner d’imageries. Il émet des ondes millimétriques, soit une fréquence comprise entre 24 et 30 gigahertz, avec une puissance suffisante pour traverser des vêtements. Et pour nous qui avons connu la fameuse frontière infranchissable du nuage de Tchernobyl, on a beau nous raconter que les rayons s’arrêteront à fleur de peau, on ne peut s’empêcher d’être dubitatifs.

Mais se pose également la question de la confidentialité. Car dans un premier temps, il n’était pas prévu d’enregistrer les images scannées. Elles devaient rester anonymes. Aujourd’hui, on entend un autre son de cloche. On nous parle d’une destruction au bout de quelques heures, ce qui signifie entre parenthèses que ces images ne seront plus anonymes, mais accolées au passeport des voyageurs.

Et dans un troisième temps ?

Ne se dirige-t-on pas vers un nouveau fichier ? Notre carcasse en 3-D, une sorte d’hologramme, sera-t-elle archivée, mélangée à notre Adn, à nos empreintes, à notre voix, à notre iris, et j’en oublie forcément, pour obtenir enfin la traçabilité de l’homme !

Si vous prenez l’avion, surtout pour les Etats-Unis, vos bagages à main iront dans la soute, et tous les objets que vous garderez avec vous (téléphone, ordinateur, livres…) seront glissés sous des sacs en plastique transparents. Une fois à bord, vous devrez vous tenir à carreau. La moindre attitude suspecte, comme le fait d’aller trop souvent aux toilettes, risque de vous faire cataloguer comme un individu potentiellement dangereux. Et de toute manière, une heure avant l’atterrissage, il faudra vous retenir, car interdiction de bouger de son siège.

Il y a des gens qui acceptent ça. D’autres pas. De plus en plus si l’on en croit les chiffres : en décembre 2009, Air France-KLM a enregistré la 12e baisse consécutive de son trafic passagers. C’est à cause de la crise nous dit-on. Tiens, je croyais qu’elle était finie !

visage-de-la-peur_elfarwest.gifL’année dernière, le Comité d’éthique4 s’est penché sur les problèmes liés à la biométrie, s’inquiétant de cette volonté de ficher l’homme sous toutes les coutures, et soulignant le risque d’ainsi le réduire « à une accumulation de données et de critères cartographiques » .  Avec cette phrase que je cite de mémoire : « Cette tentative de réduction biométrique ne capturera jamais l’essence de la personne humaine » .

C’est joliment dit. Mais pour l’installation des scanners corporels, le Comité d’éthique n’a pas été consulté.

On ne peut quand même pas demander l’avis de tout le monde.

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Rectificatif à la demande de l’APAVE :

« APAVE n’a aucunement donné son accord pour la commercialisation du système. Nous avons donné notre accord pour effectuer des mesures in situ concernant l’exposition des personnes scannées et du personnel au poste de travail suivant la réglementation en vigueur comme il nous l’a été demandé. Nous n’avons pas autorité à autoriser ou interdire quelque produit commercialisé que ce soit.

« Cela évidemment ne concerne ni l’aspect médical, ni la question des doses sur un organe spécifique, ni la question de l’éthique du système.
Il s’agit juste de vérifier si les rayonnements émis sont en deçà de la réglementation pour les personnes à proximité du système.
»

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* Il est fait référence aux appareils actuellement en place aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, et non à celui qui sera installé à Roissy.

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(1) Commission nationale de l’informatique et des libertés – (2) Association des propriétaires d’appareils à vapeur et électrique – (3) Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire – (4) Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé.
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I protect you a été lu 4.527 fois en 4 jours et a suscité 24 commentaires.
A noter un  débat passionné qui est apparu dans les commentaires du billet concernant l’affaire du petit Grégory.  Je dois avouer que j’ai du mal à suivre.

I protect you !

Que nous arrive-t-il ? Sommes-nous réellement menacés de toute part ou simplement victimes (consentantes) de la paranoïa de ceux qui dirigent le monde ? Ainsi, aux obama-triste_lemonde.jpgEtats-Unis, alors que le taux de chômage atteint 10 % de la population active (le chiffre réel serait de 17.3 %) et que près de 3.5 millions d’enfants survivent grâce aux bons alimentaires, le président Obama a pris une décision forte :  lutter contre l’insécurité.

Une recette qui fait tache d’huile.

En France, alors que depuis des années nos hôpitaux réclament des IRM, on va de toute urgence installer des centres de radiographie dans les aéroports. Aucun danger pour la pudeur, nous assure-t-on, car les organes génitaux seront floutés. Aucun danger pour la santé non plus, car les ondes millimétriques, déclare l’un des responsables du projet, sont moins dangereuses que celles des téléphones portables. Et comme on nous rabâche que les téléphones portables ne sont pas dangereux…

Et de nouvelles lois sont dans les tuyaux. Avez-vous remarqué les circonvolutions autour de nos ordinateurs ? Tel député envisage froidement de nationaliser le réseau Internet pour nous protéger d’éventuelles cyber-attaques. « Si on ne veut pas que ces hackers parviennent à prendre le contrôle de centrales nucléaires ou à paralyser le système aérien, l’État doit être en mesure d’avoir la maîtrise du réseau en cas de problème », affirme-t-il.  Et de citer la Chine en exemple. Tel autre veut taxer Google, qui nous pique une part du marché publicitaire sans reverser le moindre picaillon dans les caisses de l’Etat. D’autant, renchérit le premier, sans même un sourire, que « Google permet de suivre les faits et gestes des internautes ».  Ce même député a probablement voté la loi qui donne mission à des agents privés de scanner la Toile (sans floutage) pour protéger nos artistes des dangereux pirates du Net. Et pour mieux faire passer la pilule auprès des jeunes, on va les encarter, comme on le faisait antan de ces dames qui déambulaient sur les trottoirs parisiens.

Longtemps la gauche s’est battue pour une police régalienne, refusant de créer des polices municipales, stigmatisant le maire de Levallois, alors qu’aujourd’hui, toutes les communes, l’une après l’autre, se dotent d’une police municipale et de caméras de vidéosurveillance. Et, à défaut, les maires les moins fortunés font même appel (en toute illégalité) à des entreprises privées pour assurer des patrouilles dans les rues de leur ville.

Le moindre fait-divers est mis en scène, et l’on agite sous nos yeux une sorte de shaker dans lequel se mélangent terrorisme, banditisme, trafic de drogue, etc., à la criminalité de tous les jours. Celle que l’on connaît depuis la nuit des temps, et qui, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, n’est ni pire ni moindre que par le passé.

Il faut se souvenir qu’il y a un siècle des brigands de grands chemins parcouraient le pays en semant la terreur : les Travailleurs de nuit, les Apaches, les Chauffeurs de la Drôme, qui ont sur la conscience l’assassinat de dizaines de personnes âgées. Ou encore la Caravane à pébourricot.jpgpère, une centaine de coupe-jarrets itinérants qui ont traversé la France en la pillant, de la Touraine à la Charente.

La sécurité absolue est un mythe. Comme disait Tournier, les pires combats se livrent entre les arbres, dans nos forêts. Que font les écolos ? Je ne comprends pas la raison pour laquelle la sécurité est devenue un tel enjeu ! Sommes-nous demandeurs, ou au contraire victimes d’un pilonnage ? Ou s’agit-il, comme pour la grippe A, de nous faire peur… pour mieux nous protéger d’un danger surévalué ?

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Un détective épinglé par la Commission de déontologie a été lu 2.047 fois en 3 jours et a suscité 17 commentaires.

Un détective privé épinglé par la Commission de déontologie

On se souvient de ce massacre à Thorigné-sur-Dué, une petite ville de la Sarthe. En 1994, une famille entière, dont deux enfants en bas âge, sauvagement assassinée à l’aide d’une « feuille de boucher ». Un crime horrible, une policier-et-son-double.gifenquête sur les chapeaux de roues et les aveux de Dany Leprince, proche parent des victimes, à la quarante-deuxième heure de sa garde à vue. Très vite, celui-ci revient pourtant sur ses déclarations et clame son innocence. En 1997, il est condamné à la prison à vie, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans. À cette époque, impossible de faire appel de la décision d’une Cour d’assises, donc, pour la justice, l’affaire est close.

En 2002, l’association Action-Justice, s’empare du dossier et tente de sensibiliser l’opinion publique à ce qu’elle considère comme une erreur judiciaire. Un détective privé, que nous appellerons M., est alors mandaté pour effectuer une contre-enquête : 18.000 € d’honoraires pour quatre pages de rapport sans réel intérêt. Les choses tournent alors au vinaigre entre la famille du condamné et l’enquêteur – un désaccord qui aboutit à une plainte contre ce dernier pour abus de confiance. En retour, celui-ci publie sur son site Internet des pièces du dossier pénal qui lui avait été confié. Et en 2008, alors que la Commission de révision des condamnations pénales instruit cette affaire afin de déterminer s’il existe ou non un fait nouveau susceptible de relancer l’action de la justice, il écrit, sur son site et sur son blog, que l’apparition d’un témoin nouveau n’est qu’une supercherie destinée à justifier la thèse de l’erreur judiciaire. Affirmant que « personne ne se trouvait dans le grenier de la maison le soir où furent perpétrés les crimes », alors que ceux qui se battent pour la révision du procès ont axé en grande partie leur action sur cet événement inconnu lors de l’enquête.

C’est du moins la position de la CNDS dans son avis du 21 septembre 2009.

Celle-ci, saisie par un député, commence par « affirmer sans réserve toute sa compétence en ce qui concerne la déontologie professionnelle des agents de recherches privées ». En effet, estime-t-elle, depuis une loi de 1983, modifiée en 2003, cette profession concourt à la sécurité générale au même titre que les entreprises de gardiennage, de surveillance et de transports de fonds.

Elle relève que la publication de ces informations sur Internet, « constitue une violation flagrante de l’obligation de loyauté à laquelle est tenu tout enquêteur à l’égard de son mandant ». Et elle rappelle que le secret professionnel constitue « le socle même de la déontologie des enquêteurs privés ». Elle va même plus loin, en assimilant le détective privé à un acteur des droits de la défense, au même titre que l’avocat.

C’est la première fois que la CNDS se penche sur la déontologie des détectives privés. Désormais, lit-on, dans La Gazette des enquêteurs, « les détectives et enquêteurs privés, les enquêteurs d’assurances et, d’une façon générale toutes les professions effectuant des recherches privées (y compris l’intelligence économique et les sociétés de recherches de débiteurs) pourront faire l’objet de contrôle par la CNDS et par son futur remplaçant, le « Défenseur des Droits » qui devrait reprendre ses attributions ».

Christian Borniche*, qui dirige le cabinet créé par son père il y a plus d’un demi-siècle, semble très satisfait de cette décision. Depuis des années, en effet, il bataille dans cette direction. Il est d’ailleurs à l’origine du diplôme d’État créé le 21 juin 2006 par le ministre de l’Éducation nationale. Car, dit-il, le secret professionnel est à la base des relations qui existent entre un enquêteur privé et son client. Pour lui, le secret s’oppose même aux commissaires de police ou aux officiers de gendarmerie chargés de surveiller les agences de recherches privées pour le compte des préfets.

« Toute violation du secret professionnel par un enquêteur privé, rappelle-t-il sur le site du Centre d’information sur les détectives, constituerait un délit passible des peines (1 an de prison et 15.000€ d’amende) visées à l’article 226-13 du code pénal ou 226-17 du même code (300.000€ d’amende et 5 ans de prison) en cas de transmission, sur Internet, d’informations nominatives confidentielles sans borniche-pere-et-fils.jpgprendre les précautions nécessaires pour empêcher qu’elles ne soient interceptées par des tiers non autorisés ».

Même s’il est possible de le trouver sur Internet, le rapport de la CNDS n’a pas été rendu public. Il a été transmis au ministre de l’Intérieur, au procureur de la République et aux préfets concernés.

Quant au détective M., sur son blog, il se défend comme un beau diable, prenant le contre-pied des affirmations de la CNDS.

Mais celle-ci ne se prononce pas sur le fond, mais sur la forme. Pourrait-on imaginer un policier ou un juge qui pour justifier son enquête en publierait des extraits ? En tout cas, il sera intéressant de connaître les suites de cette affaire, tant sur le plan administratif que judiciaire.

Entre nous, il est quand même surprenant  que les manquements supposés d’un détective privé aboutissent aujourd’hui à renforcer le statut d’une profession en quête, depuis des dizaines d’années, d’une certaine forme de reconnaissance.

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* Christian Borniche est président de l’Union des enquêteurs de droit privé et chargé d’enseignement à l’Université Panthéon-Assas, Paris II.
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Les vigiles ont-ils le droit d’arrestation ? a été lu 43.406 fois en 5 jours et a suscité 156 commentaires.

Les vigiles ont-ils un droit d'arrestation ?

Après la mort d’un jeune homme interpellé à la suite d’un larcin dans un Carrefour de Lyon, on peut s’interroger sur les pouvoirs dont disposent les vigiles de ces grands magasins.

À la différence des policiers, gendarmes ou autres personnes nommément désignées, les vigiles ne sont ni dépositaires de l’autorité publique brassard-securite_mondedutravail.jpgni chargés d’une mission de service public. Ils ne peuvent intervenir – comme tout citoyen – que selon les termes de l’article 73 du Code de procédure pénale : « Dans le cas d’un crime ou d’un délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement, toute personne a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche ».

Toutefois, si l’auteur de l’infraction flagrante ne se laisse pas maîtriser, qu’il se rebelle, on ne peut considérer qu’il s’agit d’un acte de rébellion, tel que défini par l’article 433-6 du Code pénal. Raison pour laquelle, dans la pratique, les vigiles se contentent le plus souvent de relever l’identité du suspect ou lui demandent d’attendre l’arrivée des policiers ou des gendarmes. Mais s’il veut s’en aller ? Peuvent-ils utiliser la force ? Eh bien, le Code n’a pas véritablement tranché, se contentant d’indiquer que, dans l’éventualité où des mesures coercitives sont nécessaires, ces mesures doivent être  « proportionnées à la gravité de l’infraction reprochée et ne pas porter atteinte à la dignité de la personne ». C’est donc le juge qui se prononcera par la suite, et au cas par cas.

Dans le magasin de Lyon, il semble que les caméras de surveillance aient surpris l’homme en train de chaparder des bouteilles de bière. Il était donc l’auteur quasi certain d’un vol (ce que les juristes appellent la théorie de l’apparence), délit puni d’une peine de prison. Le juge devra estimer si les violences utilisées étaient nécessaires et si elles n’étaient pas disproportionnées au regard du préjudice. Ici, la question est vite tranchée, surtout si l’on en croit les déclarations du procureur de la République. De toute façon, entre le vol de quelques canettes de bière et la vie d’un homme…

Mais il faut bien reconnaître que le métier de vigile ne doit pas être facile tous les jours et qu’ils n’ont à l’évidence aucune formation sérieuse pour gérer ce genre de situation. Il n’en est pas de même des policiers – ce qui n’empêche pas, d’ailleurs, de terribles bavures. Comme la mort le mois dernier de Mohamed Boukrourou. Cet homme, qui avait des problèmes arrestation_exercice2_g-moreas.1262333757.jpgcardiaques, aurait succombé par suffocation peu après son arrestation.

Alors, peut-être ne serait-il pas inopportun de rappeler que la cage thoracique d’un homme maintenue contre une surface dure ne peut supporter une compression supérieure à quelques secondes – et faire réviser à certains policiers les techniques d’interpellation ! Et sans arrêt rabâcher qu’une fois privé de liberté, même le plus récalcitrant des suspects, ne doit plus être considéré comme un individu dangereux, mais au contraire comme une personne vulnérable (au sens juridique), et, qu’à ce titre, il doit être protégé par ceux-là même qui l’ont arrêté.

Le flic qui passe ainsi, quasi instantanément, d’un état offensif à un état de protecteur, s’appelle un pro. 

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HADOPI : On verra ça après les élections…   a été lu 3.548 fois en 4 jours et a suscité 25 commentaires, certains assez techniques, et la plupart défavorables à cette nouvelle loi.

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Bonne année à tous !

HADOPI : On verra ça après les élections…

Alors que de jeunes militants de l’UMP se seraient fait prendre la main dans le sac à malice du petit pirate, avec la musique de leur clip, et que le décret portant nomination des membres de la Commission HADOPI vient d’être enqueteur_sillon38.jpgadopté, c’est la CNIL qui joue les trouble-fêtes, refusant notamment de donner son avis sur le fichier des internautes.

Or son avis, qu’il soit positif ou négatif, est indispensable. Il est certain que le gouvernement va trouver le moyen de contourner la difficulté, mais ce sont des mois de retard pour cette loi, votée et revotée dans l’urgence. Un couac de plus, mais cette fois, certains se demandent si cela n’arrange pas les petites affaires de nos dirigeants. Car HADOPI est impopulaire, et à la veille d’élections importantes…

Mais une fois tout en place, il est probable qu’après ces péripéties législatives, on entre dans un autre domaine : celui du droit. Et apparemment, ce n’est pas très clair non plus. Car le dispositif de lutte contre le piratage est basé sur l’identité numérique, dont la qualification juridique, à ce jour, reste encore à définir.

L’adresse Internet Protocole, dite adresse IP, est-elle l’identifiant d’une machine, un peu comme la plaque d’immatriculation d’une voiture, ou celui d’une personne, comme le numéro de Sécu ?

Les décisions de justice prises à ce jour sont assez ambiguës.

En 2007, par deux fois, la Cour d’appel de Paris a estimé que l’adresse IP n’était pas une donnée à caractère personnel, revenant ainsi sur la doctrine et la jurisprudence. En janvier 2009, la Cour de cassation lui a donné raison, mais en se basant sur des particularités liées aux affaires visées, notamment l’absence d’une surveillance automatisée des internautes, laissant le doute planer sur la définition de l’adresse IP.

Ces décisions prennent à contre-pied les CNIL européennes, qui, elles, estiment que  « toute information relative à une personne physique identifiée, directement ou indirectement, par référence à un numéro d’identification… » constitue une donnée à caractère personnel. C’est également l’avis du Tribunal de grande instance de Paris, dans une décision récente.

Ça floute ! Et l’on peut s’attendre ordinateur-tousse_lebulletin-des-agriculteurs.jpgencore à de beaux débats. On voit bien l’enjeu : si l’adresse IP est une donnée personnelle, elle est supervisée par la CNIL. Dans le cas contraire, comment l’utiliser pour identifier et sanctionner les internautes ?

En 1978, en son article premier, la loi relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, énonçait : « L’informatique doit être au service de chaque citoyen […] Elle ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques ».

Et trente ans plus tard…

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Le Père Noël sera-t-il décoré par Sarkozy ? a été lu 1.251 fois en 2 jours et a suscité 7 commentaires.

Le Père Noël sera-t-il décoré par Sarkozy ?

Tout comme les cheminots du RER, le vieil homme à barbe blanche aura-t-il montré sang-froid et professionnalisme en pilotant son traîneau surchargé et en distribuant aux enfants – grands et petits – les joujoux qu’ils espèrent ? pere-noel-en-gav.jpgAu deuxième apéro entre amis, on se disait, que ce chauffard qui avait glissé sur une plaque de verglas avec plus d’un gramme d’alcool dans le sang méritait bien de passer les fêtes de fin d’année sur la paille humide des cachots…

Surtout, après que Bécassine (le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat de Catherine) nous ait raconté sa folle journée à la gare d’Austerlitz. Elle devait prendre le train pour La Souterraine. Bon, nous déjà, on n’y a pas cru. Vous pensez, un bled qui s’appelle souterraine ! Eh ben si, y paraît que c’est dans la Creuse. Et que pour aller dans la Creuse, même si c’est moins branché que London, c’est pire galère. Un monde fou dans cette gare aux courants d’air ! Une foule, le nez en l’air, à attendre que les mots magiques apparaissent sur le tableau d’affichage. Et des agents SNCF complètement débordés, tentant de rassurer les gens, mais incapables de leur donner la moindre information. Bon finalement pour La Souterraine, lui a dit un employé, vous aurez probablement un train dans 3 ou 4 heures. Mais, à Orléans, y paraît que ça coince. Il faudra attendre une correspondance. Alors, Bécassine, elle a fait ses comptes. Son train prévu pour 12h56, risquait de partir vers 16-17 heures. Une heure pour aller à Orléans, disons une heure d’attente, puis au minimum deux heures de trajet. Dame, à La Souterraine, y a pas de TGV ! Avec un peu de chance, elle arriverait juste avant le Père Noël, et au pire, elle le croiserait sur le départ – la hotte vide. Alors, elle a craqué. Faut dire qu’elle sortait de quinze jours de galère dans le RER A… Elle a harponné un contrôleur, lequel d’un geste las et résigné lui a mis un coup de tampon sur ses billets, « Vous pourrez vous faire rembourser », lui a-t-il dit.

Et c’est comme ça que Bécassine s’est retrouvée avec nous en train (si l’on peut dire) de prendre son troisième apéro. Tout ça à cause d’un mec qu’avait bu un coup de trop !

Bon, c’est vrai qu’il aurait pris des petites choses en plus. Mais lorsqu’on voit qu’un sportif de renom a été contrôlé positif pour avoir bécoté une fille qui aurait sniffé un peu de coke ! On s’interroge ! Ce chauffard, il aurait pas embrassé une pochtronne, par hasard !

Et dans l’ambiance siroteuse de cette soirée de fête, y en a forcément un qu’a dit : « Mais au fait, pourquoi il a été placé en détention provisoire ? »

Eh ben, je lui ai cloué son bec, à ce prétentieux. Ce n’est pas pour des raisons politiques, comme le prétend son avocat, non, il a été mis au placard pour éviter qu’il ne récidive.

Et lorsqu’un autre a surenchéri en pere-noel_clipartcom.jpgdemandant à la ronde quelle a été l’action d’éclat des cheminots pour mériter « la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement », là, j’ai bien compris qu’il voulait nous entraîner dans une discussion politique. Alors, j’ai décidé qu’on avait assez bu.

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Un journaliste digne de ce nom ne donne pas ses sources a été lu 1.527 fois en 3 jours et a suscité 10 commentaires.

« Un journaliste digne de ce nom ne donne pas ses sources »

… avait déclaré Nicolas Sarkozy, en janvier 2008, lors de sa première conférence de presse à l’Élysée. Il aura fallu attendre deux ans, mais depuis hier, c’est fait : la loi sur la liberté de la presse, vieille de 128 ans, va être modifiée en ce sens, art.2 : « Le secret des sources des journalistes est protégé dans l’exercice de leur mission d’information poster-1112-de-lexpostion-sur-la-liberte-dexpression-du-ce.1261469628.jpg ».

Tout n’est pas rose. Il peut toutefois être porté atteinte à ce secret, nous dit le texte, dans le cas d’un « impératif prépondérant d’intérêt public ». Quelques mots qui feront sans doute grincer des dents, car les termes sont assez flous, et certains ne manqueront pas d’y voir les pires intentions. Il est assez rare, c’est vrai, que nos élus montrent tant de circonspection… Pourtant, cette restriction ne semble pas anormale, d’autant que « cette atteinte ne peut en aucun cas consister en une obligation pour le journaliste de révéler ses sources ».

Le législateur estime même que le simple fait de « chercher à découvrir les sources d’un journaliste au moyen d’investigations portant sur toute personne qui […] peut détenir des renseignements permettant d’identifier ces sources » est contraire à la loi.

Autrement dit, si je comprends bien, pas question de farfouiller dans son téléphone portable, ou celui d’un ami ou d’un proche, pour tenter d’y découvrir ses informateurs.

Quant aux perquisitions dans les entreprises de presse, elles font l’objet de contraintes juridiques plus importantes que par le passé. Le magistrat doit notamment motiver sa décision par écrit et il « veille à ce que les investigations conduites respectent le libre exercice de la profession de journaliste, ne portent pas atteinte au secret des sources] […] et ne constituent pas un obstacle ou n’entraînent pas un retard injustifié à la diffusion de l’information ».  

De plus, le domicile et le véhicule des journalistes bénéficient de la même protection.

Enfin, s’il peut être entendu comme témoin, comme tout le monde, même sous serment le journaliste n’est pas tenu de révéler l’origine de ses informations. Et, un nouvel alinéa à l’art. 100-5 du Code de procédure pénale prévoit qu’ « à peine de nullité, ne peuvent être transcrites les correspondances avec un journaliste permettant d’identifier une source… »

Ce qui de fait assure aux journalistes la même protection que les avocats, notamment quant au secret des correspondances.

On peut en déduire que la bonne vieille méthode qui consiste depuis la nuit des temps à « planter un zonzon » sur un journaliste pour tenter de savoir d’où il tient ses tuyaux est définitivement révolue.

Vingt-cinq ans après les écoutes de l’Élysée, c’est quand même un progrès, non !

Le mois dernier, après avoir couvert une conférence de presse donnée par des membres encagoulés du Comité régional des vins, des reporters de France 3 et du Midi Libre ont été longuement entendus dans les locaux de la PJ de Montpellier. On imagine que les policiers auraient bien voulu mettre des visages derrière les masques ! Eh bien, cela ne devrait plus se reproduire. En effet, à quoi bon pressurer un journaliste s’il se retranche derrière la loi !

Qu’on ne s’y trompe pas, cette décision nous concerne tous. Car, sans les journalistes d’investigation, pas d’affaire du sang contaminé, pas d’affaire des diamants de Bokassa, pas d’affaire Clearstream, etc.

Par ailleurs, il est intéressant de noter la définition de ce métier donnée par le législateur : « toute personne qui, exerçant sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, de communication au public en ligne, de communication audiovisuelle ou une ou plusieurs agences de presse, y pratique, à titre régulier et rétribué, le recueil d’informations et leur diffusion au public ».

Contrairement à l’administration fiscale, qui en fait un postulat à lapresse-muselee.1261469897.jpg déduction d’impôts (7 500 € sur les revenus) accordée aux gens de presse, il n’y a donc aucune référence à la possession de la carte de presse. Peut-on en déduire que le blogueur pourrait être assimilé à un journaliste ? Entre nous, pour l’instant, je ne pense qu’il existe beaucoup de blogueurs qui puissent se considérer comme des professionnels, mais un jour ou l’autre, la question pourrait bien se poser.

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Quand Julien Dray se fait gronder par le Procureur a été lu 10.346 fois en 2 jours et a suscité 28 commentaires.

Quand Julien Dray se fait gronder par le Procureur

L’auteur présumé d’un délit peut faire l’objet d’un simple « rappel à la loi », c’est ce que nous dit le procureur de la République de Paris. Cette déclaration a dû plonger nombre de juristes dans le fameux petit livre rouge qui ne les quitte jamais – et de tourner frénétiquement les pages… Voyons, gros-minet_segolinover-blog.gifrappel à loi, rappel à la loi… Non, rien dans la table alphabétique. Ah, voilà ! Article 41-1 : « S’il lui apparaît qu’une telle mesure est susceptible d’assurer la réparation du dommage causé à la victime, de mettre fin au trouble résultant de l’infraction ou de contribuer au reclassement de l’auteur des faits, le procureur de la République peut […] procéder au rappel auprès de l’auteur des faits des obligations résultant de la loi… » Il peut également « orienter l’auteur des faits vers une structure sanitaire », « demander à l’auteur des faits de régulariser sa situation au regard de la loi », « demander à l’auteur des faits de réparer les dommages », et en cas de non-exécution de l’une de ses décisions, il peut engager des poursuites, sachant que cette procédure suspend la prescription.

Cet article du Code de procédure pénale ne parle pas d’un présumé innocent, ni même d’un présumé coupable, mais, de façon répétitive, de l’auteur des faits.

Et pour ses amis, « l’auteur des faits » est innocent :

– Martine Aubry : « Le Parti socialiste n’a eu de cesse de demander le respect de la présomption d’innocence, et chacun peut mesurer, une fois de plus, les dégâts causés par ceux qui la bafouent ».
– Pour François Hollande, si ces informations sont confirmées, « ce serait une leçon pour tous ceux qui ont blessé la présomption d’innocence ».
– Quant au député-maire Manuel Valls, il se réjouit que son ami soit « rétabli dans son honneur ».
– Jean-Paul Huchon, plus pragmatique, pense aux Régionales, jugeant que Dray peut désormais « s’il le souhaite, reprendre la tête de liste dans l’Essonne ».

Ils sont gentils, mais ils n’ont peut-être pas bien compris le film…

En voici le synopsis : l’année dernière, Julien Dray fait l’objet d’une dénonciation à TRACFIN. À la suite de nombreuses vérifications, cette cellule découvre effectivement des mouvements de fonds suspects sur les comptes de l’intéressé. D’où un rapport envoyé au procureur et – incidemment – à L’Est Républicain.
À la vue de ces éléments troublants, il y a un an, ledit procureur ouvre, non pas une information judiciaire, comme on aurait pu s’y attendre, surtout pour des faits qui concernent un député, mais une enquête préliminaire, pour abus de confiance – délit punissable de trois ans d’emprisonnement et de 375 000 € d’amende. Mais, comme « l’accusé » n’a pas accès à son dossier, il ne sait pas exactement sur quoi repose cette accusation. Il est vrai qu’il peut, comme tout le monde, suivre l’avancée de l’enquête dans la presse…

Après un an d’investigations, en toute logique, on s’attendait à un renvoi devant le tribunal correctionnel.
Des magistrats indépendants qui jugent un député sur des éléments concrets, voilà un bel exemple d’une justice démocratique ! Et pour Julien Dray, l’occasion enfin de se défendre publiquement et de démontrer que tout ce cinéma n’était qu’un traficotage pour le détruire politiquement !

Que nenni ! Le procureur en a décidé autrement. Il estime aujourd’hui, je suppose en son âme et conscience, que Julien Dray est coupable, mais qu’il n’y a pas lieu de le poursuivre pour un mouvement de fonds suspect qui a été ramené de 351 027 € à 78 350 €. Une somme relativement modeste, nous dit-on, c’est-à-dire environ cinq ans des revenus d’un smicard…

Cette décision du procureur, rapportée par Le Monde « sous réserve que la Chancellerie le suive dans son raisonnement » ne serait pas définitive. Il est vrai qu’aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’en pense la Garde des Sceaux. On ne sait pas non plus ce qu’en pense l’intéressé. Est-il satisfait de cette mesure, boulet_aquagora.gifgénéralement réservée aux ados pour éviter qu’une bêtise de jeunesse ne devienne un boulet dans leur vie d’adulte ?

Julien Dray peut-il faire appel de cette décision et demander à être jugé comme tout un chacun ? À dire vrai, je l’ignore – mais en a-t-il l’intention ?

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Les nouveaux détecteurs de mensonges a été lu 16.416 fois en 3 jours et a suscité 28 commentaires.

Les nouveaux détecteurs de mensonges

L’interrogatoire de papa est-il mort ? Alors que la culture de l’aveu est sans cesse remise en cause, se dirige-t-on au contraire vers un aveu scientifique, quasi irréfragable ? Va-t-on lire nos pensées à livre ouvert, cerveau_droit_gauche_encyclopedie-atypique-incomplete.1261050123.jpgcomme l’envisagent les partisans des neurosciences, qui souhaitent adapter l’imagerie médicale aux besoins de la justice ? C’est probable. Il va falloir se faire une raison, demain, aux empreintes digitales, aux empreintes génétiques, il faudra ajouter les « empreintes cérébrales ». Ainsi, il en sera fini de nos souvenirs et de notre vécu, de ces petits riens qui font notre mystère, notre personnalité, car notre cerveau, lui, ne saurait mentir.

Ce n’est pas une projection futuriste, mais un avenir, tout proche, sur lequel se penchent non seulement les scientifiques, mais aussi les décideurs, et bien sûr les affairistes.

Le Centre d’analyse stratégique, organisme rattaché au Premier ministre, qui a pour mission, comme chacun le sait, « d’éclairer le Gouvernement dans la définition et la mise en œuvre de ses orientations stratégiques en matière économique, sociale, environnementale ou culturelle », a organisé un séminaire regroupant des chercheurs, des médecins, des magistrats… Dans sa note de veille de décembre 2009, qui fait le point sur cette technique, il est utilisé le terme « neuroloi » (traduction du néologisme anglo-saxon « neurolaw »), qui serait le mot générique pour désigner l’ensemble des travaux touchant aux neurosciences (pharmacologie, neuropsychologie et imagerie cérébrale). Il s’agit, nous dit-on en résumé, d’utiliser la science pour mieux évaluer la véracité des propos tenus par une personne mise en examen et de débattre des perspectives éthiques et légales qui doivent accompagner cette utilisation.

Ce n’est pas de la science-fiction. Plusieurs pays ont déjà recours à ces méthodes pour vérifier les dires d’un suspect ou évaluer sa responsabilité. Aux Etats-Unis, un nouveau détecteur de mensonges a fait son apparition. « Un appareil issu des laboratoires de neurologie américains qui sonde les pensées (…) en analysant le fonctionnement des neurones », nous dit Gilbert Charles, dans L’Express. Deux sociétés américaines commercialisent cette technologie, qui, d’après le dirigeant de l’une d’elles, serait fiable à 95 %.

À l’heure actuelle, il semble toutefois que deux techniques s’affrontent. L’une basée sur l’électroencéphalogramme (l’empreinte cérébrale), et l’autre, sur l’imagerie médicale, les IRM. La première serait acceptée dans certains états américains comme une preuve scientifique, au même titre que les empreintes digitales ou génétiques. Tandis que la seconde, basée sur les techniques de pointe d’imagerie, serait la méthode de demain.

On est loin des polygraphes des années 1920, les fameux détecteurs de mensonges, que l’on pouvait paraît-il tromper, ou qui ne faisaient pas de différence entre un trouble dû au stress, un oubli ou une dissimulation volontaire.

En Inde, l’année dernière, et pour la première fois, une femme a été condamnée pour meurtre sur la base de cette nouvelle technologie. Elle aurait empoisonné son fiancé en tartinant son hamburger avec de l’arsenic.  Et n’aurait pas réagi à la phrase « J’ai acheté de l’arsenic ». J’espère qu’il y avait d’autres preuves dans le dossier… En attendant, elle clame toujours son innocence.

Il semble que pour arriver à faire parler les machines, on ait découpé le cerveau en zones d’activités, un peu comme, à une autre époque, on avait décrété que les bosses du crâne correspondaient à certaines tendances fortes de la personnalité d’un individu. Comme science, la phrénologie a vécu, qu’en sera-t-il des neurosciences et de la neuroloi ?

les-revelations-du-visage.jpg

Les sénateurs se sont également intéressés à la question. En mars 2008, ils ont organisé l’audition publique de spécialistes sur le thème « Exploration du cerveau, neurosciences :  avancées scientifiques et enjeux éthiques ». Les propos sont complexes et la lecture du compte-rendu d’audience n’est pas aisée, mais tout le monde semble d’accord pour reconnaître l’existence d’un codage de l’activité cérébrale. La question étant de savoir s’il faut utiliser les IRM à des fins judiciaires. Et dans ce cas, s’interroge non sans humour le scientifique Hervé Chneiweiss, « qui passera le test ? l’accusé, les membres du jury, le juge, les témoins, les policiers ? »

Après tout, il a raison : tout le monde peut mentir.

En tout cas, il est amusant de constater qu’à l’heure où tout un chacun s’évertue à claironner que la culture de l’aveu a vécu, on s’ingénie à mettre sur pied des techniques qui feront de l’aveu non dit et non écrit, une preuve formelle.

Et si l’on peut espérer limiter ainsi le nombre d’erreurs judiciaires, on ne peut que s’en réjouir. La crainte, évidemment, c’est que notre société ne s’enfonce un peu plus dans le délit d’intention : si la machine confirme que vous voulez zigouiller votre patron, allez, au trou !

De nos jours, les enquêteurs demandent toujours plus à la police technique et scientifique, c’est souvent un avantage, mais n’est-ce pas un peu au détriment de recherches plus traditionnelles ?

Et parfois, je me demande à quoi vont ressembler les policiers de demain…

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Tarnac : la marmite du diable a été lu 2.263 fois en 3 jours et a suscité 26 commentaires. Pour ceux qui en souhaitent plus, je me permets de citer ce tout petit livre (7 €), au titre impossible : La terrorisation démocratique, par Claude Guillon, aux éditions Libertalia. Un autre son de cloche.
En ce qui concerne la gare Saint-Lazare, dont il a été question dans un billet précédent, les choses se sont arrangées, avec des annonces régulières pour expliquer aux passagers que la présence des policiers et des agents SNCF est uniquement destinée à mieux canaliser la foule et à éviter les bousculades. Du coup, les choses se déroulent dans une bien meilleure ambiance que le premier jour de grève. Et même les policiers sont souriants. Comme quoi, quelques mots et un sourire, ça change tout !
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