Parlons net, même s’il y a consensus pour ne pas polémiquer sur l’intervention militaire au Niger, il s’agit d’un échec. Et devant ce résultat – la mort de deux jeunes gens – il ne suffit pas de dire « j’assume », il faut s’interroger. Et de nombreuses questions demeurent en suspens.
Pour avoir participé à une bonne douzaine d’affaires d’enlèvements, avec ou sans demande de rançon, et même si le contexte n’est pas comparable, je peux affirmer que la priorité absolue dans ce genre de situation a toujours été la vie des otages. Avec un principe d’école : on n’intervient pas lorsque les ravisseurs sont sous pression. On attend le moment propice. Dans une opération menée à chaud, Vincent Delory et Antoine de Léocour n’avaient quasiment aucune chance. Et je
suis étonné que le Premier ministre s’empresse de déclarer qu’ils n’ont pas été tués lors de l’assaut, mais froidement, avant l’assaut. C’était le principal danger. En a-t-il été tenu compte au moment de prendre la décision d’intervenir ? Je ne fais que poser la question. Je n’étais pas sur place. Mais celui qui a pris la décision non plus.
On peut se dire qu’il fallait prendre le risque. Qu’il fallait à tout prix montrer que la France refuse le « diktat des terroristes ». On a même entendu des rigolos affirmer qu’en montrant sa force, on allait dissuader Al-Qaida de s’en prendre à des Français. Des propos de salon de thé. Comme de dire qu’en durcissant les lois, on va mettre un terme à l’insécurité. Avant « d’appuyer sur le bouton », impossible d’imaginer, bien sûr, que le Président n’ait pas envisagé toutes les conséquences de cette intervention. La vie des deux otages, et la survie des huit autres Français actuellement captifs.
Dans les affaires de banditisme, deux règles guident l’action des policiers : établir le contact avec les ravisseurs et ne jamais entrer dans leur jeu. Autrement dit, faire briller le butin qu’ils convoitent et leur mettre un maximum de bâtons dans les roues pour les amener à la faute.
Cette technique est-elle transposable à d’autres gens, à d’autres pays, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que ces situations doivent se régler en amont. Or, en matière de prises d’otage, la France n’a pas de position lisible. C’est du cas par cas. Alors qu’il s’agit d’une chaîne sans fin. Un véritable bizness. Le quotidien algérien L’Expression parle de 50 millions d’euros qui auraient été versés à Al-Qaida au Maghreb par la France, l’Espagne et l’Italie. Et pourtant, chacun sait que le seul moyen de mettre un terme à ces enlèvements n’est pas militaire – comment se battre contre des ombres ? – mais en adoptant une politique claire et constante : on ne paie pas ! Cela ne peut se faire au niveau d’un pays, mais au niveau de l’ONU, qui regroupe presque tous les États de la planète. Le conseil de sécurité de cette organisation fait aujourd’hui obligation aux États-membres de prévenir et d’éliminer le financement du terrorisme, mais, seule l’Algérie a fait des propositions concrètes pour « une interdiction absolue de paiement de rançon aux preneurs d’otages ».
Il semble que l’Espagne ait rejoint l’Algérie, du moins dans ses intentions. « Le gouvernement espagnol ne paie pas de rançon. Cette position est claire et ferme », a déclaré l’année dernière le ministre des affaires étrangères. Quant à la Grande-Bretagne et aux États-unis, ils font partie des pays qui refusent de négocier la vie d’un otage pour ne pas entrer dans cette spirale infernale. En novembre 2010, le coordinateur de la lutte contre le terrorisme au département d’État américain a déclaré : « Je pense que le versement de rançons constitue la première source de revenus pour Al-Qaida au Maghreb… »
Cette épidémie d’enlèvements ne peut se régler qu’en fixant des règles de conduite, les mêmes pour tous, et en s’y tenant. Et le seul moyen efficace pour neutraliser Al-Qaida au Maghreb, c’est de tarir sa principale source de revenus.
Aujourd’hui, que ce soit le fait d’agents privés ou d’agents d’État, l’espionnage industriel est devenu monnaie courante. Et le piratage informatique tient la corde. D’après une étude réalisée au Canada (Rotman-Telus), auprès de plus de 500 entreprises, les « brèches informatiques » auraient augmenté de 29 % en 2010, pour un coût moyen unitaire estimé à environ 450 000 €. Quant au secteur public, c’est pire. L’augmentation serait de l’ordre de 74 %. Outre les moyens devenus classiques (vers, virus, etc.), on revient peu à peu à des solutions plus terre-à-terre : les vols d’ordinateurs portables et de téléphones cellulaires sont en très nette augmentation, respectivement 75 et 58%.
grande opération contre la fraude jamais réalisée. Un coup de balai sous les projecteurs des médias, avec un double objectif : éradiquer les escroqueries aux placements financiers bidons et sensibiliser le public. C’est une opération, dit-on, voulue par le président Obama, peut-être pour montrer que le monde de la finance n’est pas au-dessus des lois…
J’espère que le monsieur y a pris du plaisir, car depuis, il est en cavale. Pas loin de rejoindre Ben Laden au hit-parade des gens les plus recherchés de la planète.