LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Police (Page 28 of 34)

Contrôles d’identité : abus de pouvoir ?

« Les pataquès arrivent toujours avec les honnêtes gens », c’est ce que disent les vieux flics. C’est typiquement le cas des contrôles d’identité. À Strasbourg, ils ont été multiples, et ils ont parfois donné lieu à des incidents. Il faut dire que ces vérifications sont souvent perçues comme une mesure vexatoire ou injustifiée. Un abus de pouvoir. Et si les policiers ne montrent pas une certaine diplomatie, il est fréquent que le ton monte – et cela finit « au poste ».

empreintes_leo-malet-par-tardi-120-rue-de-la-gare.1238919533.jpgLe moyen le plus simple de répondre à un contrôle est de montrer sa carte nationale d’identité. Mais elle n’est pas obligatoire. À défaut, n’importe quel document officiel, à condition qu’il porte une photo, est souvent jugé suffisant.

La personne qui ne peut pas (et a fortiori qui ne veut pas) justifier de son identité est présentée à un OPJ. Elle n’est pas placée en garde à vue, mais en « rétention », le temps de la vérification. Au maximum 4 heures, (depuis le début du contrôle). Elle doit être informée de ses droits : avis au procureur et possibilité de prévenir un proche (s’il s’agit d’un mineur de 18 ans, c’est fait d’office).
La personne est alors mise en demeure de fournir tous les éléments nécessaires à son identification.  Sur autorisation du procureur, une fiche anthropométrique (empreintes, photo…) peut être dressée.

À l’issue de la vérification, si l’identité de la personne est établie, l’affaire s’arrête là. Les informations recueillies ne doivent pas être archivées et les procès-verbaux sont supposés être détruits au bout de six mois. Si une infraction est constatée, la personne est alors placée en garde à vue (le temps passé en rétention s’impute sur la durée de la GAV).

Il existe deux sortes de contrôles d’identité : le contrôle de police judiciaire et le contrôle de police administrative. Mais soyons clair, que l’on soit dans l’un ou l’autre cas, pour « l’usager », cela ne change rien.

Le contrôle de police judiciaire (art.78-2 du CPP) permet à l’OPJ de vérifier l’identité de suspects, de témoins, etc. à l’issue d’un crime ou d’un délit, ou pour prévenir celui-ci. Il donne le droit aux représentants de l’ordre de « visiter » un véhicule (art. 78-2-3).

Le contrôle de police administrative a été introduit dans notre législation par la loi « sécurité et liberté » de 1981. Elle a été modifiée plusieurs fois. La mouture actuelle date de 1993 : « L’identité de toute personne, quel que soit son comportement, peut être contrôlée (…) pour prévenir une atteinte à l’ordre public, notamment à la sécurité des personnes ou des biens ».

Il existe d’autres contrôles : réquisition du procureur de la République, contrôle « Schengen », lutte contre le terrorisme, etc., mais en fait, cela n’a guère d’importance… On ne se voit pas demander à l’agent de police dans quel cadre juridique il opère. Il n’est d’ailleurs pas sûr qu’il le sache, se contentant le plus souvent d’appliquer les instructions reçues.

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Contrôle d’identité à Paris – Photo Jean-Michel Sicot

Autrement dit, il vaut mieux se soumettre. Car un refus entraînerait quasi systématiquement une procédure pour rébellion, voire pour outrage, et cela même s’il apparaissait par la suite que le contrôle n’avait pas de bases légales.

Les vérifications sont effectuées par un officier de police judiciaire, ou sous son autorité par des agents de police judiciaire ou des agents de police judiciaire adjoints. Autrement dit, tous les policiers et gendarmes sont susceptibles de l’effectuer.

Les agents de police municipale ne sont pas autorisés à effectuer des contrôles d’identité. Néanmoins, ils sont habilités à relever l’identité des contrevenants aux arrêtés du maire et à certaines contraventions. Si un individu refuse ou se trouve dans l’impossibilité de justifier de son identité, l’agent en rend compte à l’OPJ compétent. Celui-ci peut lui demander de lui présenter l’individu séance tenante.

Laurent Opsomer, qui suit de près l’actualité sur le Net, m’a envoyé ce lien sur Lepost (ici) où l’on voit des fonctionnaires municipaux et des agents de la police nationale lors d’un contrôle d’identité à Strasbourg. Un policier tente d’interdire au cinéaste amateur de filmer : « Vous n’avez pas le droit de filmer des policiers… ». Laurent me demandait s’il existe une loi qui l’interdit… Je n’ai trouvé aucun texte, et je ne le pense pas, mais si quelqu’un en sait plus … En revanche, dans une telle situation, il y a fort à parier que le cameraman fasse l’objet d’un contrôle d’identité – et l’on reprend tout depuis le début…

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Alors, que faut-il en conclure ? Je dirais que dans la pratique il n’existe quasiment aucun contrôle d’identité illégal, tant le législateur s’est attaché à envisager toutes les hypothèses.

Et même si c’est parfois un peu humiliant, il est sans doute préférable de faire le dos rond.

La sécurité des chefs d’État

La sécurité d’un chef d’État est toujours un casse-tête pour les services de sécurité, mais 28 d’un coup… Quels sont les hommes, les services qui assurent cette mission ? Comment sont-ils organisés ? Comment ça se passe, sur le terrain ?

stemmelen_mission-walesa-1.1238702696.jpgJ’ai demandé au commissaire divisionnaire honoraire Éric Stemmelen (photo de gauche) de nous éclairer. Pendant 7 ans, il a assuré les déplacements officiels du président Mitterrand, la sécurité des sommets internationaux, la responsabilité de la protection des chefs d’États étrangers en visite en France, etc. Il est même le concepteur du décret sur le service de protection des hautes personnalités (SPHP). C’est donc un spécialiste.

Qui assure la protection des personnalités ?

« Le maître d’œuvre, c’est le Service de protection de hautes personnalités (SPHP), dirigé, depuis octobre 2007, par Jean-Louis Fiamenghi. Aujourd’hui, ce service n’a jamais été aussi puissant. Il dépend directement du directeur général de la police nationale, et il compte plus de 700 fonctionnaires. C’est le seul service actif de police qui ne fait – que – de la prévention. Constitué de volontaires sélectionnés après des tests, on peut affirmer (avec humour) que ce sont les seuls policiers formés à la fuite. En effet, en cas d’incident, dont l’agression d’une personnalité, leur mission principale n’est pas de faire le coup de poing, mais de mettre « leur personnalité » à l’abri en l’évacuant le plus vite possible. »

Quel est l’état d’esprit des policiers du SPHP ?

« À la chasse, il y a le chasseur et le gibier. En matière de protection, on est le gibier – mais on ne sait jamais si l’on est réellement chassé, par qui, et comment. On est obligé d’envisager toutes les hypothèses, d’anticiper tous les dangers. En fait, tout est dans la tête. Et comme en général, il ne se passe rien, tout le monde a tendance à penser que la sécurité ne sert à rien, ou à pas grand-chose, aussi bien chez les politiques que, malheureusement, chez certains policiers. C’est le danger majeur : à quoi bon mettre ma ceinture de sécurité, puisque je n’ai jamais d’accident ? »

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Le Premier ministre canadien Brian Mulronoy avec des anciens combattants de la seconde guerre mondiale. Les trois hommes qui portent des lunettes de soleil sont des policiers français

Quelles sont les difficultés du métier ?

« Il y en a beaucoup. Une difficulté majeure tient au protocole et aux personnalités qui entourent les chefs d’État. Le policier, appelé officier de sécurité, doit faire son travail parmi le monde des tout-puissants. Un grand nombre de personnes souhaite figurer sur les photos officielles et gêne ainsi le travail de sécurité. Il faut donc s’imposer sans compromis et parfois physiquement. Mais la difficulté essentielle, typiquement française, est que l’on ne sait jamais si une décision prise ne sera pas remise en cause. En d’autres termes, la sécurité est beaucoup trop inféodée aux exigences protocolaires. »

Quel est le plus gros service de sécurité que tu aies eu à faire ?

« En 1989, pour le bicentenaire de la Révolution, il y avait 80 chefs d’État ou chefs de Gouvernement à Paris. C’est-à-dire deux à trois kilomètres de voitures officielles et des milliers d’agents de sécurité. Si tous les chefs d’État voulaient sortir en même temps, le dernier devait attendre 1 heure ½ pour récupérer sa voiture. On imagine la diplomatie dont il a fallu faire preuve pour ménager les susceptibilités des uns et des autres… En pratique, c’est le SPHP, et non le service du protocole ou la préfecture de police, qui a géré le mouvement de ces centaines de véhicules. Imaginerait-on faire attendre le président américain ou russe !? »

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Réception avec George Bush, sous la pyramide du Louvres. Derrière Eric Stemmelen, on reconnaît Jacques Attali qui cherche à s’approcher.

Mais qui fait quoi, lorsque des chefs d’État viennent en France ?

« Le pays d’accueil doit fournir les prestations d’hébergement, transport, etc., mais il doit surtout, et c’est une règle fondamentale, assurer la sécurité générale et aussi la protection rapprochée des hôtes étrangers. C’est une question de souveraineté nationale. En fait, que constate-t-on ? Le Président français se déplace au Canada, au Japon, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Russie ou aux États-Unis : ces pays fournissent la voiture officielle (blindée) ainsi que les voitures de sécurité, dans lesquelles se répartissent harmonieusement (enfin pas toujours !) les policiers français et étrangers. À l’inverse, les Américains, les Russes, les Britanniques, les Allemands et même les Libyens dernièrement, s’arrogent le droit de venir en France avec leurs propres véhicules. Pour les Américains, c’est même une tradition : ils sont partout chez eux. Au bicentenaire, il n’y avait pas moins de 900 personnes dans le sillage du président Bush (père).»

À t’entendre, on a l’impression que la France n’est pas crédible en matière de sécurité ?

«  Il est de notoriété internationale qu’en France, il y a toujours une autorité pour dire le contraire d’une autre autorité. À Strasbourg, il y aura probablement au moins 300 agents du Secret service, comme à chaque déplacement d’un Président américain. Et la France « assurera » la protection rapprochée de Barack Obama avec peut-être une trentaine de policiers du SPHP. Tiens, je vais te raconter une anecdote : Le bicentenaire de la Révolution devait commencer par une grande cérémonie officielle, place du Trocadéro. En réunion préparatoire les Américains avaient demandé l’implantation d’une tente en Kevlar pour assurer la protection des personnalités. Refus des autorités françaises. Une demi-heure avant l’arrivée du président Bush, le préfet de police reçoit un coup de fil depuis Air Force One pour dire que dans ces conditions, le Président n’irait pas à la cérémonie. Du préfet à mon directeur, de mon directeur à moi. Je lui réponds que c’est une énième tentative des Américains pour mettre la pression sur les Français, et qu’il viendra. Car je connais leur technique : toujours chercher un autre interlocuteur : police, garde républicaine, affaires étrangères, conseillers de l’Élysée, etc. Chez nous, il y a toujours quelqu’un qui est prêt à prendre une décision, pour satisfaire les besoins d’un visiteur officiel. George Bush n’a pas eu sa tente, mais il est venu au Trocadéro, et sa sécurité a été assurée. »

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En 1988, pour le centenaire de la Tour Eiffel, le président Reagan reçoit à l’ambassade américaine toute l’équipe du SPHP chargée de sa protection

Et ça ne se passe pas comme ça, aux États-Unis ?

« Le président Obama racontait récemment qu’ayant voulu aller à pied à une réunion, son garde du corps lui a fait poliment remarquer qu’il y avait 672 mètres à parcourir. Obama a néanmoins insisté pour les faire à pied. L’agent du Secret service lui a répondu : Non monsieur, on les fera en voiture. Et Obama s’est plié à la règle. Il a même raconté cette mésaventure (en rigolant) lors d’une émission de télévision. Heureux agents du Secret service ! Chez nous ni le Président ni un ministre n’accepteraient qu’on lui tienne tête. Aux E-U, tous les présidents se plient aux exigences du Secret service. On en est bien loin en France. Combien d’officiers de sécurité, de commissaires, de directeurs, vont risquer leur carrière en faisant de même ? »

Comment va être assuré la sécurité de Barack Obama, à Strasbourg ?

« Il ne serait pas raisonnable d’en parler maintenant dans le détail. On pourra faire un débriefing, après, si tu veux. Ce qu’on peut dire, d’une manière générale, c’est que les Américains disposent de deux véhicules officiels obama_cadillac_one_daily-bourse.1238702959.jpgidentiques, l’un sert de leurre. C’est le chef de la sécurité rapprochée qui décide au dernier moment dans lequel le Président va monter. C’est une sécurité de base. En France, lorsque j’ai demandé à disposer de deux voitures présidentielles, on m’a répondu que c’était contraire au protocole… Autre particularité, les portières de la voiture présidentielle disposent d’un dispositif de sécurité et ne peuvent être ouvertes que par une technique spéciale. Cela impose la présence, à l’avance, d’un agent du Secret service dans tous les lieux officiels où doit se rendre le Président. À Strasbourg, obtiendra-t-on le droit d’avoir un policier français à bord de la limousine présidentielle, comme je l’ai personnellement obtenu en 1989 ? Attendons de voir les images ! »

« Dans le véhicule suiveur, dit S2, on doit trouver des Américains et des Français. Il est indispensable que la place à l’avant droit soit occupée par un policier français. C’est la place de « l’évacuateur », qu’en termes de métier on nomme « le flanc droit ». En cas de pépin, c’est lui qui sera chargé en tout premier de mettre le Président en sécurité. Parmi les voitures suiveuses, il y en a une – ce n’est plus un secret – qui sert de bouclier d’ondes, pour éviter le déclenchement d’une bombe radiocommandée ; et derrière il y a toujours un certain nombre de 4X4, aux vitres fumées, qui portent parfois une plaque diplomatique. Que contiennent vraiment ces véhicules ? Sont-ils inspectés par la police française ? La règle veut que toutes les armes soient déclarées au ministère de l’Intérieur par le canal de l’ambassade des E-U, via le ministère des Affaires étrangères. Cette règle est-elle toujours scrupuleusement respectée ? Que se passerait-il sur le terrain s’il y devait y avoir un incident qui entraîne l’ouverture du feu par des agents de sécurité étrangers ? »

Finalement, qu’est-ce qui est le plus à craindre ?

« En fait le risque d’un attentat existe toujours. Il est pris en compte, mais statistiquement, il est assez marginal. On est plutôt à la merci du petit incident. Comme le Premier ministre israélien Ytzack Rabin, qui rate une marche dans les escaliers des Affaires étrangères, à Paris, et qu’on rattrape de justesse avant qu’il ne tombe. Ou Boris Eltsin, dans le hall de l’hôtel Crillon, qui lève sa coupe à l’amitié franco-russe, loupe sa bouche, et renverse le champagne sur sa cravate… Il faut réagir vite. Éviter la photo qui fera le tour du monde. Le fameux « casse-toi, pauvre con ! » aurait pu ne jamais exister, si un policier du GSPR (NDR : Groupe de sécurité du président de la République) s’était opportunément interposé. Décision difficile avec Nicolas Sarkozy… comme avec Jacques Chirac. Le risque, c’est aussi la tarte à la crème, ou à présent, le lancer de chaussure. »

Voilà, c’est un peu long, mais Éric Stemmelen est intarissable sur le sujet. Si vous avez des questions, je suis sûr qu’il se fera une joie de vous répondre. Il y a quelques jours, il a publié sur LeMonde.fr une lettre ouverte à l’attention du chef du SPHP (ici). Il a également un blog, mais pour l’instant il n’a rien mis dessus.

flic-malicieux_lessor.1238740572.jpgEt tandis qu’à Strasbourg les… festivités démarrent, et pour en finir avec les redondances du G20 londonien sur le sauvetage de la planète Terre, j’ai noté cette petite phrase, entendue sur BFM-radio (je n’ai pas retenu le nom de l’intervenant) : « S’il y a des paradis fiscaux, c’est qu’il y a des enfers fiscaux ». J’aime bien.
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Les Strasbourgeois peuvent visiter le blog de Maître Éolas (ici), il y a plein de bons conseils.

MAM passe aux aveux

shadok-faut-y-aller_crododilus.1238057525.jpgMichèle Alliot-Marie n’est pas favorable aux statistiques ethniques et elle envisage un sérieux coup de balai dans les fichiers de police avec l’objectif d’en diminuer le nombre, «  même si les circonstances peuvent nous amener à en créer de nouveaux ». Elle se dit ouverte à un contrôle parlementaire dans ce domaine et souhaite que son ministère soit celui de la transparence (dans ce lieu où la sinuosité des âmes s’apparente à celle des couloirs, ce n’est pas gagné).

C’est grosso modo ce qu’elle déclare à Jean-Marie Pontaut et Éric Pelletier dans une interview du 24 mars 2009, que l’on peut lire sur le site de l’Express.fr (ici).

Entre les lignes, on comprend que l’objectif est de réduire le nombre de fichiers – pas le nombre de fiches. Autrement dit, on fusionne. Le terme utilisé est « mutualisation ». Par exemple STIC (police) et JUDEX (gendarmerie) donnent naissance à ARIANE, un outil unique. Cela semble simple, mais il s’agit en fait d’un travail colossal, et onéreux. On parle de plus de 15 millions d’euros. En appliquant cette « simplification » à plusieurs fichiers, on découvre une manière élégante de tourner le principe de non-croisement. Rappelons que les recherches croisées permettent toutes les extravagances. Par exemple, comparer la puissance de la voiture avec le volume du compte en banque et le nombre de jours d’arrêts maladie (je dis n’importe quoi). On ose à peine imaginer ce que cela pourrait donner si l’on croisait le fichier génétique et celui des infractions au Code de la route. On arriverait ainsi à détecter le gène du champignon. Bon, allez, j’arrête les champignons.

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Madame Alliot-Marie restera dans l’histoire. Elle est la première femme à avoir occupé de fonctions ministérielles dans des milieux dits machos. Et l’on peut dire que durant ses cinq années aux Armées, elle en a étonné plus d’un. Elle avait de la classe parmi les militaires ! Et je crois qu’elle était appréciée. Place Beauvau, les choses sont différentes. C’est un endroit chargé de mystère, de non-dits, de réseaux et de chausse-trappes. Et on a l’impression qu’elle a dû avaler bien des couleuvres. Elle a été contrainte notamment de mettre en branle l’intégration de la gendarmerie à son ministère. Certes, la… transmutation n’avance pas vite. Les sénateurs se sont prononcés selon la procédure d’urgence, et depuis – rien. Les députés ont d’autres chats à fouetter, et les militaires y vont en traînant les pieds. Avant de s’installer dans les lieux, la direction de la gendarmerie a exigé la réfection des locaux aux normes de l’armée : des places de parking, des conditions de sécurité draconiennes, etc. Même des douches. Un truc impensable pour les policiers. On a donc viré la direction des CRS pour faire de la place aux nouveaux arrivants et les travaux sont en cours.

calimero.1238057730.pngCes dernières semaines, le silence de Madame le ministre de l’Intérieur et de l’Outre-Mer a étonné. Rien sur la Martinique, la Guadeloupe… Certains ont cru remarquer de petites modifications  dans le comportement de MAM. Et même dans cette interview à l’Express, on a l’impression que le ton a changé.

Un peu comme si elle prenait du recul.

Physiognomonie et délit de sale gueule

visage.1237717779.jpgEn face d’un inconnu, on a tôt fait de se faire une opinion : « c’est un brave type » ou « il a l’air d’un imbécile ». Et nous adaptons notre conduite suivant que le bonhomme a l’air bon, méchant, franc, sournois, etc. Sans même nous en rendre compte, on vient de définir un homme en fonction des caractéristiques de son visage. Une « science » vieille comme le monde : la physiognomonie.

C’est en feuilletant un ouvrage de 1956, Les révélations du visage, par Jean des Vignes Rouges, que je suis tombé en arrêt devant cette évidence : on juge les gens avant de les connaître, sur leur bobine. On applique donc au quotidien ce qu’on reproche aux flics de trop souvent faire : le délit de sale gueule.

Mais, est-il possible de deviner les traits du caractère derrière les traits du visage ? Je dois avouer qu’il y a des choses troublantes dans ce livre. C’est un peu comme les signes du zodiaque : même si l’on n’y croit pas, on est parfois surpris des résultats…

« En réalité, le langage du visage humain joue, dans la vie sociale, un rôle aussi important que le langage parlé ; seulement, comme il fait moins de bruit, on ne s’en rend pas compte », nous dit l’auteur. Là, on est bien d’accord. Mais pour être plus concret, moi, j’ai plutôt un grand pif, bosselé et légèrement tordu… Ça veut dire quoi ?

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Aïe, aïe, aïe ! Je suis au mieux du type « dégénéré supérieur ».

Dégénéré supérieur ! Moi, qui suis diplômé de criminologie clinique de la faculté de médecine de Lyon… Et qu’ils ne m’ont rien dit, là-bas !

Bon, pour ne pas trop me dévaloriser, je me suis penché sur le cas d’autres personnes. J’ai trouvé, par exemple un front en forme de trapèze qui me fait irrémédiablement penser à quelqu’un… Euh !… J’ai son nom sur le bout de la langue… Enfin, peu importe.

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Il y a plein d’autres choses dans ce livre, mais supposons qu’on puisse déterminer les faits saillants d’un caractère en fonction de la taille du nez, du menton, des yeux, etc. ; et supposons qu’on glisse ces données dans un ordinateur relié à une caméra de vidéosurveillance biométrique…
Vous savez, ces caméras sophistiquées qu’on trouve déjà dans les casinos, les aéroports, les stades…, et qui permettent d’identifier instantanément un individu en fonction de certaines caractéristiques du visage. Ou qui donne l’alerte en cas de comportement suspect. Tiens, pour
visage_biometrie-online.1237719044.jpegcoller à l’actu, on pourrait même envisager des statistiques ethniques au-to-ma-tiques, ce qui arrangerait bien les affaires d’un certain Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité, qui s’emmêle actuellement les pinceaux dans un projet de loi pour compter les « minorités visibles ».

Donc on mélange toutes ces données, et quelques autres surprises que nous réservent encore les chercheurs (comme la photo 3D), et l’on obtient enfin un moyen efficace de surveiller les gens pour mieux les protéger, et détecter les criminels en puissance. On les écarterait alors de la société pour délit d’intention.

Et il ne resterait plus qu’à ficher les âmes.

La PAG pour remplacer les RG ?

Afin de prévenir les manifestations de violence dans les banlieues, le président de la République a évoqué la mise en place d’une « police d’agglomération » (PAG ?) chargée de coordonner la collecte du renseignement et l’action des forces de l’ordre. Autrement dit de décentraliser les missions de la police. Après la fusion de la DST et des RG en un service très… parisien, le constat est intéressant.

ouroboros-ou-limage-du-telesme_alchimie-et-spiritualite.1237547479.jpgAvant la suppression des RG, les préfets disposaient de fonctionnaires de police pour les informer de la vie politique et économique, des mouvements sociaux, et autres choses plus ou moins importantes qui pouvaient se passer dans leur département. Leur travail, tout en finesse, était plus proche de celui du journaliste que de celui du flic. Ils étaient là, comme on disait dans les écoles de police, pour prendre la température de la société. L’abc d’une politique de prévention.

Même si Clemenceau ne l’a pas revendiqué, la première brigade des RG a été créée en même temps que les fameuses brigades du Tigre, en 1911. Et c’est une loi de Vichy qui a mis en place le premier « service central des renseignements généraux » (ici). À la libération, les choses demeurent. En 1994, les socialistes découvrent que les RG espionnent une réunion de leur Conseil national. Scandale. Ce qui amène l’année suivante à un décret de recadrage : « La Direction centrale des renseignements généraux est chargée de la recherche et de la centralisation des renseignements destinés à informer le Gouvernement ; elle participe à la défense des intérêts fondamentaux de l’État ; elle concourt à la mission générale de sécurité intérieure… ». Exit la surveillance des partis politiques.

En 2008, on supprime les RG. Ou plutôt on les fait éclater. Une partie importante de ses agents fusionne avec la DST au sein d’un nouveau service de renseignements : la DCRI. Quant au reste des effectifs, il est rattaché à la Sécurité publique, dans une sous-direction de l’information générale (SDIG).

Dans les attributions de la DCRI figure la « surveillance des mouvements subversifs violents et des phénomènes de société précurseurs de menaces ». Cependant, même s’il existe des implantations locales, ces antennes de la DCRI ne sont pas directement sous la responsabilité du préfet. Elles dépendent de la direction parisienne. Pour être informé, le représentant de l’État doit donc se tourner vers ses nouveaux interlocuteurs, dits de l’Information générale, qui sont souvent les mêmes qu’avant, mais deux à trois fois moins nombreux. Dans leurs rangs, on trouve ceux qui n’ont pas voulu intégrer la DCRI et ceux que la DCRI n’a pas voulu intégrer, souvent pour des raisons (des prétextes ?) d’habilitation au Secret-Défense.

De facto, le préfet de département dispose donc à présent d’un nombre de fonctionnaires réduit (et peut être un rien démotivés) au sein de  structures qui ont du mal à se mettre en place.

La mainmise du pouvoir central sur l’information et le cuistot_platdujourwordpress.1237545613.jpgrenseignement montre là ses limites. Et l’on se trouve dans une situation où il devient difficile de connaître ce que ressent la population. Et donc de prévenir des manifestations, des mouvements sociaux, ou de déterminer si cette bande de jeunes n’est qu’un groupe de copains, ou un gang de malfaiteurs en culottes courtes (je tiens à préciser que ce billet est d’une totale mauvaise foi).

D’où la création envisagée d’une nouvelle police chargée de coordonner la collecte des renseignements.

Et pourquoi ne pas appeler ce nouveau service les RG ?

Petit dossier sur le secret

Depuis quelques jours, Wikipédia affiche l’organigramme de la DCRI (direction centrale du renseignement intérieur) et fournit le nom de certains de ses chefs de service. Des éléments classés « secret-défense ». D’après Le Monde, un internaute nantais serait à l’origine de cette mise à jour de l’encyclopédie participative. Que risque-t-il ?

confidentiel_destructeurscom.1237380271.gifSur le plan juridique, il n’existe qu’une forme de secret : le secret de la défense nationale. Sa violation tombe sous le coup de la loi, et les peines encourues sont de sept ans d’emprisonnement, pour les personnes officiellement dépositaires du secret (personnes habilitées), et de cinq ans pour les autres (art. 413-10 et 11, du Code pénal).

Il existe une classification du secret sur trois niveaux :
– Très Secret-Défense ;
– Secret-Défense ;
– Confidentiel-Défense.

On peut donc imaginer qu’un tribunal qui aurait à se prononcer tiendrait compte de cette classification pour graduer la peine. À noter que dans ce domaine, la négligence peut être coupable. Et le dépositaire d’un secret de la DN doit se plier à une procédure très stricte. Ainsi par exemple, si l’on veut détruire un document Secret-Défense, il doit être broyé en particules de 5 mm2, ce qui représente environ 15.000 particules pour une feuille de format A4 (source Destructeurs).

Pour accéder à un document classifié, il faut réunir deux conditions : posséder une habilitation du Premier ministre pour le Très Secret-Défense ou du ministre concerné dans les autres cas, et avoir une raison valable.

On s’interroge régulièrement sur le bien-fondé de l’utilisation du secret par les responsables politiques, et certaines affaires (écoutes de l’Élysée, frégates de Taiwan…), ont renforcé dans l’opinion publique l’idée d’un secret défense de complaisance. Une façon pour ceux qui détiennent le pouvoir de s’arroger une immunité de fait.

Pour se débarrasser de ce soupçon, Lionel Jospin a institué en 1998 une autorité indépendante, la CCSDN (Commission consultative du secret de la Défense nationale). Elle comprend un membre du Conseil d’État, de la Cour de cassation et de la Cour des comptes, ainsi qu’un député et un sénateur, et doit être saisie dès qu’un juge sollicite d’accéder à une information classifiée. Toutefois, il s’agit d’une simple consultation. Sa décision ne s’impose pas.

Mais, dans le projet de loi de programmation militaire pour les années 2009 à 2014, le législateur a prévu d’encadrer plus sévèrement l’accès aux documents et aux lieux protégés, suivant en cela les recommandations du Conseil d’État. Il s’agit d’établir des règles aux perquisitions effectuées dans certains endroits (notamment les ministères) et à la saisie de documents dits sensibles. Pour ce faire, la loi renforce les prérogatives du président de la SSCDN, lequel doit être informé à l’avance, un peu comme le bâtonnier est avisé avant une perquisition au cabinet d’un avocat.

Inutile de dire que les syndicats de la magistrature sont farouchement opposés à cette restriction du pouvoir des juges. Ils y voient un moyen de limiter le champ des investigations dans les affaires politico-judiciaires.

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Pour revenir à l’internaute nantais, il semble ne pas risquer grand-chose. Les informations fournies sur Wikipédia sont presque toutes du domaine public. On trouve certains éléments sur Internet, dans La documentation française (ici), ou sur Légifrance (ici). Seule la diffusion de la liste des noms peut réellement poser problème. D’ailleurs une nouvelle loi est sous le coude pour assurer une protection spécifique de l’anonymat des « agents secrets ».

La raison d’État justifie la notion de secret de la DN. Mais en y mettant trop de choses, trop de gens, ne prend-on pas le risque de faire naître la suspicion ?

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Voir aussi dans ce blog : Le secret dans la police (ici)

Migrants de Calais : délit d’assistance ?

bourgeois-de-calais.1237029997.jpgÀ l’occasion du film de Philippe Lioret, on a beaucoup parlé des migrants de Calais. Une lectrice assidue de ce blog me dit qu’elle est bouleversée d’apprendre qu’on ne peut pas porter secours à un clandestin sans tomber sous le coup de la loi. Je vais tenter de répondre à ses questions…

J’ai lu dans le Monde que des policiers de Calais ont mis en garde à vue une femme qui avait rechargé les téléphones portables de migrants. Est-ce qu’ils avaient le droit de faire ça ?

La législation sur les étrangers est fixée dans ce qu’il est convenu d’appeler le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. L’article L 622-1 dit que : « Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros. »

Il est évident qu’il appartient aux juges d’interpréter ce texte en fonction des principes du respect de la dignité humaine. À de nombreuses reprises, les juridictions de l’ordre judiciaire ont affirmé que la loi nationale devait s’effacer devant un « ordre public affectif ». Aussi, ce texte ne peut-il viser « ni les comportements humanitaires ni les attitudes inspirées uniquement par l’amour et l’affection des intéressés » (TGI Toulouse 30 oct. 1998).

Mais les policiers ne sont pas dans l’affectif. Eux doivent se contenter de faire respecter les textes – sans les interpréter. Leur travail doit permettre d’établir si cette femme a agi par respect humanitaire (les migrants voulaient appeler leur famille) ou pour aider à la circulation ou au séjour d’étrangers (par exemple, besoin d’un contact avec leur passeur).

Les policiers n’avaient-ils pas d’autres solutions que la garde à vue ?

Si cette femme avait été retenue dans un local de police contre son gré, sans la procédure de garde à vue, les policiers auraient pu faire l’objet d’une plainte et de poursuites judiciaires. Cette mesure est subie comme une humiliation alors que c’est le seul moyen – actuel – de garantir certains droits de la personne. Dans le projet de réforme de la procédure pénale, on envisage 6 heures de « retenue » sans aucun droit. C’est ça qu’on veut ?

Que risque un policier qui n’obéirait pas à un ordre ?

Si son chef légitime (autorité administrative ou judiciaire) lui donne l’ordre d’intervenir en fonction d’un texte de loi, le fonctionnaire de police ne peut pas refuser. Sinon, c’est le conseil de discipline, avec des sanctions qui peuvent aller jusqu’à la révocation. Mais il y a plusieurs moyens d’obéir à un ordre, avec plus ou moins d’élégance.

Voilà, j’ai répondu aux questions, mais même si cela n’acesar-2009_blog-lexpress.1237030073.jpg rien à voir, on peut noter que Philippe Lioret est l’un des 31 signataires d’une pétition en faveur du projet de loi sur le téléchargement illégal (Le Monde du 9 juillet 2008).

Hier, il appelle à voter une loi exorbitante du droit commun et aujourd’hui il nous donne des leçons de liberté. Cet homme est étonnant.

Allez, on espère que son film fera beaucoup d’entrées.

La police au féminin

Il y a quelques jours, lors d’un déjeuner de la 23° promotion des commissaires de police, qui ne réunissait que des hommes, l’un des participants a parlé de la « féminisation » de la police. « Tu trouves qu’il y a trop de femmes ? » lui ai-je demandé, afin de faire un peu de provoc.

fete-de-la-femme-2.1236507044.JPGCe n’est pas ce qu’il voulait dire. Ses propos étaient plus profonds. Il pense que les commissaires ne se comportent plus comme des meneurs d’hommes, mais plutôt comme des managers. Il a eu à peu près cette formule, que je livre à votre méditation : « Autrefois, on apprenait aux futurs patrons de la police à gérer les situations. A l’école, on nous enseignait la notion de prise de risques. Aujourd’hui, on inculque aux jeunes le principe de précaution ».

Ce n’est donc pas une question de sexe, mais un véritable problème de société : faut-il, comme on nous le serine, adopter un profil bas et éviter les risques à tout prix, ou au contraire apprendre à les gérer ?

Sans goût du risque, Marco polo, Christophe Colomb, Vasco de Gama et bien d’autres seraient restés les pieds dans les charentaises. Alain Bombard aurait trouvé un autre moyen pour maigrir que de traverser l’Atlantique sur un canot pneumatique. Et Lindbergh aurait attendu l’arrivée du Concorde pour relier New York à Paris.

L’autre jour, je lisais un article dans Le Monde sur le désintérêt croissant des Français pour la voiture : raisons économiques, environnementales, etc. Mais il y a une autre raison, plus viscérale : l’absence de plaisir. En voiture, désormais, on a la peur du gendarme, du radar, de l’alcootest, du téléphone, de la ceinture, du gilet jaune…, mais on n’a plus le droit de se faire peur tout court.

Je sais, je sais, là, j’ai mordu la ligne blanche… Mais je fais partie de ceux qui pensent que de temps en temps, hommes ou femmes, on a besoin d’une petite décharge d’adrénaline. 

Et allez savoir ce qu’on peut faire, lorsqu’on est en manque…

fete-de-la-femme-1_fichiers.1236506869.JPG

Mais pour en revenir au sujet, voici un petit historique de la place des femmes dans la police :

C’est à Nice, semble-t-il, en 1935, qu’apparaît pour la première fois une « assistante de police ». J’ignore dans quel contexte, mais il devait y avoir une raison précise. Trente ans plus tard, c’est la brigade des mineurs de Paris qui recrute une femme. Toutefois, comme les concours de la police ne sont pas ouverts au sexe féminin, on la bombarde également « assistante de police ».
En fait, à cette époque, lorsqu’une présence féminine s’impose dans le travail quotidien du policier (filoche, fouille à corps…), il est de coutume de faire appel aux personnels administratifs.

Il faut attendre 1972 pour que le concours d’inspecteurs de police s’ouvre aux femmes. Je crois que Jacqueline Marinont fut l’une des premières à être affectée en PJ, en l’occurrence à la lutte contre le grand banditisme, à l’OCRB.

Deux ans plus tard, c’est au tour des commissaires. fete-de-la-femme-3.1236507162.JPGContrairement à une idée répandue, Martine Monteil, n’est pas la première (ce qui n’enlève rien à son professionnalisme). Elle est de la 26° promotion (1976). En effet, l’année précédente, l’école nationale supérieure de police (ENSP) a accueilli Mmes Elisabeth Abbal, Christine Berthe, Simone Kergaravat et Hélène Lepoix.
(Pour la petite histoire, les bâtiments de l’ENSP, situés à Saint-Cyr-Au-Mont-d’Or, près de Lyon, ont un temps abrité un pensionnat de jeunes filles dirigé par des religieuses.)

C’est en 1978, que la police voit arriver ses premières femmes « gardiens de la paix ».


En 2005, d’après Le Quid, le pourcentage des femmes dans la police est le suivant : hauts fonctionnaires 7,7 ; commissaires 19,1 ; officiers 18,3 ; gradés et gardiens de la paix 16,4 ; adjoints de sécurité 43,8 ; personnels administratifs 76.

Si l’on additionne les pourcentages, cela fait plus de 180%. 180px-smileysvg.1236522819.png C’est ça le mystère de la femme.

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Remerciements à Jean-Marc Pauze pour les photos.

Des policiers condamnés pour non-arrestation

Pour ne pas avoir interpellé un homme en état d’ivresse, trois policiers ont été jugés coupables du délit de « délaissement ».

interdiction-de-boire_debactu.1235720557.gifL’affaire remonte à plus de deux ans. Dans la nuit du 22 au 23 novembre 2006, des gardiens de la paix en patrouille, à Nantes, sont informés qu’une personne s’est fait voler son portefeuille. Ils repèrent un individu dont le comportement semble « suspect ». Ils le font monter dans le fourgon pour un contrôle d’identité, puis ils le relâchent au bout de quelques minutes.

L’homme s’appelle Taoufik El-Amri. C’est un ouvrier tunisien de 33 ans. Son corps sera retrouvé 20 jours plus tard dans le canal Saint-Félix. Il avait 3,74 grammes d’alcool dans le sang.

Hier, devant le tribunal correctionnel de Nantes, ils ont écopé de 4 mois de prison avec sursis, pour « faux témoignage » (dans un premier temps, ils ont menti aux enquêteurs) et pour avoir laissé sur la voie publique un homme manifestement en état d’ivresse.

Le délit de délaissement consiste à « abandonner » une personne qui se trouve en état de vulnérabilité en raison de son âge, de son état physique ou psychique. Prévu par l’article 223-3 du Code pénal, il est passible d’un emprisonnement de 5 ans et 75.000 euros d’amende. Mais si le délaissement a entraîné la mort, la peine encourue est de 20 ans de réclusion criminelle.

Les syndicats ne cachent pas leur colère. « C’est inacceptable », dit Thierry Spitz, du syndicat de police Alliance. « Le tribunal n’a pas pris en compte l’ampleur des conséquences… ». « Si une infraction est retenue dans un cas comme celui-là, ajoute Me Annie Hupé, ce sont tous les policiers, gendarmes et même les pompiers qui pourront être touchés par cette décision. Le tribunal correctionnel met une pression énorme sur les épaules des policiers ».

Il faut bien admettre que l’on se trouve ici dans le flou de l’action policière. À la frontière entre la police administrative et la police judiciaire. Ainsi, par exemple, en septembre de l’année dernière, une femme d’une quarantaine d’années est interpellée à Paris, dans le XVIII° arrondissement. Elle déambule en sous-vêtements et tient des propos incohérents. Elle est conduite à l’hôpital Bichat où un médecin signe un bulletin de non-admission. Elle est alors placée en cellule de dégrisement. Deux heures plus tard, elle était morte. On apprendra par la suite qu’elle avait déjà fait l’objet d’un suivi psychiatrique.

La question est la suivante, les policiers sont-ils formés pour prendre en charge des personnes dont l’état relève de la psychiatrie ?

Ce n’est pas un problème nouveau. Je me souviens de cette histoire qui remonte à 30 ans. L’hôpital de Versailles appelle Police-secours : un homme d’une trentaine d’années a baissé son pantalon et se livre à des violences sexuelles sur sa mère, hospitalisée. Les policiers embarquent le bonhomme, car ils pensent avoir à faire à un ivrogne. Il les suit docilement. Mais une fois au poste, il refuse d’intégrer la cellule de dégrisement. Il assomme deux gardiens et menace le troisième à l’aide d’une chaise qu’il brandit au-dessus de lui. Le brigadier M. est tout près de la retraite. Il n’est pas de taille devant ce colosse. Il saisit une arme et il le tue.

Cet homme était un malade mental. Il était en milieu hospitalier. Devait-il être traité par ivresse_polbrunoirisnetbe.1235720717.jpgdes médecins ou par des flics ? Comment déterminer si le comportement délirant d’une personne est le fait de la maladie ou de l’alcool ?

Si l’affaire de Nantes fait jurisprudence, on ne voit pas très bien comment les policiers vont réagir. Devront-ils arrêter toute personne qui aura un comportement bizarre ou qui aura bu un verre de trop ?

À la tienne !    

Colonna : les états d'âme d'un commissaire

claude-erignac_lepelerin.1234690166.jpgLe commissaire Vinolas n’est pas ce qu’on appelle un flic de terrain. Au début de sa carrière, après deux années à la direction de la PJ où il s’occupe des vols de voitures, il est nommé « chargé de mission » au cabinet du directeur général de la police nationale, peu après l’arrivée de Pierre Joxe à la place Beauvau. À l’époque, il pouvait d’ailleurs côtoyer le père d’Yvan Colonna, le député socialiste des Alpes-Maritimes, Jean-Hugues Colonna, qui avait un bureau voisin au sien. Plus tard, en 1991, le député deviendra le conseiller technique de Philippe Marchand, le nouveau ministre de l’Intérieur,.

En 1998, Didier Vinolas est secrétaire général adjoint de la région Corse. C’est lui qui vient chercher Dominique Erignac, au théâtre, où elle attend son époux. « Il est arrivé un accident grave à votre mari », lui souffle-t-il à l’oreille.

Une demi-heure auparavant, Claude Erignac a été tué de trois balles dans la nuque.

Ce préliminaire pour situer l’homme par qui le scandale arrive. S’il est sans doute au fait des subtilités de la haute administration et de la politique, je ne suis pas sûr, malgré son titre, qu’il connaisse parfaitement les rouages d’une enquête policière.

L’enquête avait été bien menée jusqu’à la zizanie qui peu à peu s’est installée entre les services de police – et surtout entre les hommes. Trop de pression politique. On se souvient des déclarations du préfet Bernard Bonnet (celui des paillotes) qui soutenait avoir transmis au procureur de précieux renseignements fournis par un informateur proche de la mouvance nationaliste… Renseignements négligés par Roger Marion, alors responsable de la division antiterroriste, et que le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière a omis de communiquer à ses collègues chargés de l’information judiciaire sur l’assassinat du préfet Erignac.

Or, que déclare Didier Vinolas ? En résumé, il sait depuis sept ans que deux hommes X et Y sont impliqués dans le meurtre du préfet Erignac, et ces deux hommes n’ont jamais été arrêtés. Il dit que les plus hautes autorités de la justice et de la police étaient au courant et que personne n’en a tenu compte. Et là-dessus, il refuse d’en dire plus. Il refuse de donner les noms de ces deux assassins ou pour le moins complices d’un assassinat, ainsi que le nom de son informateur.

Là, je dois dire que je ne le comprends pas. Pendant des années, il a gardé ce secret pour lui. Il s’est même rendu coupable d’un parjure lors du premier procès d’assises d’Yvan Colonna, et aujourd’hui il lâche quelques bribes, pour soulager sa conscience. Et pour se dédouaner, il renvoie la balle sur Yves Bot, qu’il aurait informé en 2002, alors que celui-ci était procureur général de Paris, ainsi que sur le commissaire Christian Lambert, à l’époque patron du RAID. (Yves Bot est à présent avocat général à la Cour de justice des communautés européennes et Christian Lambert est préfet, directeur de cabinet du préfet de police de Paris.)

Vinolas aurait obtenu, en 2001, les confidences d’un commando-des-assassins-erignac_lefigaro.1234690286.jpgmystérieux indic. Ce dernier aurait monnayé des informations sur Yvan Colonna, alors en cavale, pour une somme de 300.000 €. Ses déclarations rejoignent les propos de Frédéric Charpier et Antoine Albertini (correspondant du Monde en Corse), dans leur livre Les dessous de l’affaire Colonna, aux éditions Presse de la Cité, paru en 2007. Je n’ai pas lu le livre, mais seulement un résumé: ces deux journalistes seraient les premiers à avoir parlé d’un informateur qui aurait indiqué la planque de Colonna contre une somme de 300.000 €…

Alors, ou Didier Vinolas se fait du cinéma ou il dit vrai. Dans ce dernier cas, si la justice a couvert ces deux hommes, je ne vois qu’une raison : ceux-ci ont passé un deal et ils ont balancé leurs complices.

Vu l’importance que prend aujourd’hui cette affaire, ils pourraient bien être à leur tour balancés.

Ils ont du mouron à se faire.

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A lire sur ce blog : La Cour d’assises spéciale (ici).

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