LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Police (Page 23 of 34)

Fumer un joint ou conduire, il faut choisir !

Les 4 millions de fumeurs de cannabis, occasionnels ou habituels, peuvent remercier les sénateurs. Il y a trois jours, surchargés de travail, paraît-il, ils ont repoussé intermede_diogenech_editions-libres.1273904559.gifaux calendes grecques l’adoption de la Loppsi. Information démentie dès le lendemain : cette loi sera examinée à la rentrée.

À la sécurité routière, ils ont dû pousser un ouf de soulagement. Car en février dernier, lors d’un comité présidé par François Fillon, il a été décidé d’intensifier le dépistage du cannabis chez les automobilistes. Sous réserve, justement, de l’adoption de la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, autrement dit la Loppsi.

Aujourd’hui, le contrôle de stupéfiants est obligatoire en cas d’accident mortel et facultatif en cas d’accident corporel. De plus, il est possible en cas d’infraction susceptible d’entraîner le retrait du permis de conduire ou si le comportement du conducteur laisse supposer qu’il est sous l’emprise d’une drogue.

63 500 contrôles en 2009. Chiffre qui doit rapidement augmenter avec en ligne de mire 100 000  par an. Au pays de Descartes, on aime bien les chiffres ronds.

Mais surtout, les conditions d’application doivent être modifiées.

Les contrôles seront obligatoires en cas d’accident corporel, mortel ou non, et possibles pour tous les accidents matériels. Ils seront également possibles en cas d’infraction, même bénigne, au Code de la route, ou en cas de présomption d’usage de stupéfiants. Bref, à partir du moment où un piéton devient automobiliste, le policier ou le gendarme pourra vérifier si par hasard il n’aurait pas fait tourner un pétard.
De plus, des contrôles « stupéfiants » aléatoires pourront être mis en place, comme c’est actuellement le cas en matière d’alcoolémie.

Fort opportunément, Liaisons*, le magazine de la Préfecture de police de Paris, nous rappelle comment se déroulent ces contrôles routiers. Tout repose sur un test salivaire, le Rapid Stat, dont certains toxicologues contestent pourtant la fiabilité. Il y aurait pas mal de « faux positifs » qui seraient ensuite démentis par la prise de sang. Par ailleurs, il suffirait de s’être brossé les dents ou rincé la bouche juste avant le contrôle pour éliminer les résidus de fumée de cannabis et ainsi abuser le test.

Test qu’il ne doit pas être facile d’effectuer au bord d’une route de campagne, à la lueur d’une torche électrique, par exemple.

Extrait du dossier Liaisons sur les stupéfiants.JPG


Si toutes les lignes ne sont pas roses, la vie non plus, car c’est la prise de sang. Dans ce cas, il faut au minimum 72 heures avant d’obtenir le résultat. Et si les analyses de laboratoire confirment le test salivaire, le « délinquant » devra payer les frais du laboratoire, soit une somme forfaitaire de 300 euros.

code-de la route_legifrance.1273905114.JPG

Une telle opération demande environ un quart d’heure. Et, sans faire de mauvais esprit, on peut s’interroger sur la manière de mettre en place un contrôle aléatoire…

On imagine l’embouteillage…

La voiture a longtemps été un Code pénal_stups_extrait dossier Liaisons.1273905215.JPGmoyen de s’évader, un peu de rêve…, un petit bout de liberté. Peu à peu, sans doute avec les meilleures intentions du monde, on en fait un objet maudit.

Avec ce nouveau tour de vis, n’est-on pas dans l’excès ?

Selon une estimation de 2005, il y aurait environ 230 morts par an, victimes d’un chauffard flottant dans les limbes du cannabis. Par comparaison, en 2008, 1200 personnes ont été victimes d’un conducteur qui avait bu un verre de trop.

Bon, enfin, ce que j’en dis… Là-dessus, je vais grimper dans mon vieux 4X4 pollueur, vous savez, celui qui est immatriculé en Guyane…, et prendre quelques jours de vacances. Vous en conviendrez avec moi, des vacances bien méritées.

Et même si je ne fume pas, avant de partir, je me brosserai les dents.

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* Un dossier très complet, Drogue, ennemi public n°1.
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Internet, roulette et grosse galette a été lu 7 913 fois et a suscité 16 commentaires. Mercredi 12 mai, le Conseil constitutionnel a rejeté le recours du PS et validé  la loi sur les jeux d’argent en ligne.

Le torchon brûle entre commissaires et magistrats

C’est tout juste si elle ne les traite pas de fainéants. Ce n’est pas la première fois que la secrétaire générale du SCPN (Syndicat des commissaires de la police nationale), Sylvie Feucher, s’en prend aux magistrats. C’est même l’un de ses dadas. Mais cette fois, dans une lettre adressée à son ministre, Brice Hortefeux, elle avance des arguments…

autruche_christian-aubry.1273237133.pngLe samedi 24 avril, un automobiliste tente vainement de se soustraire à un banal contrôle routier. Son comportement lui vaut le grand jeu. Les policiers s’aperçoivent rapidement qu’il se dissimule derrière une fausse identité pour mieux échapper à deux fiches de recherche. L’une pour une peine de douze ans de réclusion criminelle, et une autre, d’un juge d’instruction, dans une affaire de trafic de stupéfiants.

Ce qu’on appelle un beau mec !

L’OPJ tente de joindre l’un ou l’autre des magistrats indiqués sur les fiches de recherche. « Aucun des magistrats mandants, tant à la Cour d’appel de Versailles qu’à l’Instruction à Paris, n’était disponible ou ne souhaitait se déplacer pendant le week-end… », écrit Sylvie Feucher. Le substitut de procureur de Chartres décide donc d’une mesure de garde à vue.

L’homme, comme c’est son droit, sollicite alors un examen médical. Or, dans cette ville, comme dans d’autres sans doute, en raison des difficultés qu’ils ont à se faire régler leurs honoraires par la justice, aucun des médecins libéraux n’accepte de se déplacer. Il est donc conduit à l’hôpital, où il est bien difficile aux policiers d’empêcher des échanges verbaux avec ses amis qui, comme par hasard, se trouvent sur place.

A l’approche de la fin du délai de garde à vue, il faut prendre une décision. La procédure habituelle est ici inapplicable. Aussi, pour éviter tout risque d’évasion, le substitut de Chartres est d’accord pour venir sur place, mais la présence du Juge des libertés et de la détention est également nécessaire. Celui-ci refuse.

En fait, cela n’a guère d’importance, car à six heures, le dimanche matin, deux événements vont changer le cours des choses : un incendie dans un garage BMW et, peu après, une personne se présente pour déposer une plainte.
Or, pour une ville de 50 000 habitants, les effectifs du commissariat en ce dimanche 25 avril sont de sept fonctionnaires. Deux sont en patrouille de sécurisation, trois se rendent sur l’incendie, reste deux au commissariat, le chef de poste et le gardien, pour l’heure occupé à enregistrer les déclarations de l’opportun plaignant.

Aucun des deux ne se rend compte que des individus profitent de ce vide. Ils grimpent sur le toit de l’immeuble et parviennent à se faufiler jusqu’aux cellules de garde à vue. Là, sans fanfare, ils libèrent leur complice (la clé est sur la serrure) et prennent la fuite par le même chemin.

Rien vu rien entendu. Il existe bien un système vidéo, mais les vitres en plastique des cellules sont, avec le temps, devenues quasi opaques. Impossible de voir à travers.

Il subsiste quelques zones d’ombre dans cette histoire rocambolesque telle que la rapporte la représentante du SCPN. On peut se demander pourquoi la PJ n’a pas été prévenue. N’existe-t-il pas un office chargé des personnes recherchées dont l’une des missions est d’apporter une assistance aux services de police et de gendarmerie ? Et comment peut-on tolérer que les médecins refusent  de se déplacer, alors qu’ils ne peuvent légalement se dérober à une réquisition de justice ? Enfin, n’y a-t-il pas un certain embrouillamini dans les textes qui régissent les mandats de justice ?

Il en existe en effet de plusieurs sortes. Dans son courrier au vitriol, la commissaire Feucher parle de « fiches de recherche ». Or, la procédure varie selon le type de mandat:
–    Mandat de recherche : garde à vue de 24 heures
–    Mandat d’amener ou mandat d’arrêt : rétention de 24 heures.

Et, sans entrer dans les détails, il faut savoir que la marche à suivre varie selon que l’on se trouve ou non dans un rayon de 200 km autour du siège du magistrat mandant.

Mais, pour s’adapter aux circonstances, les policiers ne pouvaient-ils pas dresser une procédure de flagrant délit pour usage de faux papiers, délit de fuite, ou je ne sais quoi ?

extfrait-lettre-scpn.1273237013.JPGExtrait de la lettre du 4 mai 2010 du SCPN adressée au ministre de l’Intérieur

Il me semble que la charge contre les magistrats « qui se la coulent douce la nuit et les week-ends » est un peu exagérée. Car cette situation pointe un problème bien plus réel : la pauvreté des locaux et le manque d’effectifs, de plus en plus sensible, notamment en province, qu’il s’agisse des commissariats ou des gendarmeries.

Et la coupe sombre dans les dépenses de l’État ne permet guère d’envisager la moindre amélioration, d’autant qu’à l’Intérieur, dit-on, les caisses sont vides depuis longtemps.

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Hier, 6 mai, le SCPN a obtenu 66.2 % des voix à l’élection des représentants du personnel, et 3 des 4 sièges à la Commission administrative paritaire nationale. Le deuxième syndicat, le tout récent SICP (syndicat indépendant des commissaires de police), membre de la fédération CFDT, a donc perdu un siège.

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Un truand décoré par Sarkozy !? a été lu 41 161 fois et a suscité 54 commentaires. Quant à savoir s’il y avait réellement une cave au Bar des 3 Canards…, c’est ce que racontaient les anciens. Mais les choses sérieuses se passaient peut-être dans l’arrière-salle…

Un truand décoré par Sarkozy !?

François Marcantoni, alias Monsieur François, va être décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy. C’est du moins ce que nous annonce France Soir, dans une brève du 3 tintin_lepost.1273041078.jpgmai 2010. Vous me direz, rien d’original… Sauf que cette fois, le récipiendaire n’est pas n’importe qui, et la nouvelle a dû faire bondir plus d’un flic de ma génération.

Car si aujourd’hui, Marcantoni est un vieux monsieur – il aura 90 ans à la fin du mois – qui coule une retraite paisible dans sa résidence de l’ouest de la région parisienne, il n’en a pas toujours été ainsi…

En 1942, il est ouvrier artificier à l’arsenal de Toulon, et il participe au sabordage de la Flotte française. L’année suivante, il fuit le travail obligatoire (STO) et s’enrôle dans la Résistance. marcantoni_france-soir-copie.1273041392.JPGSon passé de résistant sera d’ailleurs reconnu par la suite, notamment son adhésion aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) entre janvier 43 et mai 44 – mois où il sera interpellé par la police parisienne au volant d’une voiture volée. Sans doute pour se dédouaner, il raconte alors qu’il est en mission pour la Gestapo (après la guerre, il dira que c’était pour la Résistance). Une histoire pas très claire pour laquelle il écopera de dix mois de prison. Sa première condamnation.

Dans ses mémoires, il raconte qu’à la Libération, il s’en prend aux fortunes mal acquises, autrement dit, il se livre à un petit jeu à la mode à cette époque qui consiste à racketter les Collabos.

Puis, dans les années qui suivent, sa vie est parsemée d’arrestations, de contrôles et de petites peines de prison. Jusqu’en 1951. Année où l’un de ses amis, Leybus Schlimer, dit Léon le Juif, est arrêté par la 1ère brigade mobile pour un hold-up  à la Banque Algérienne de Paris. À l’époque, ce service de police judiciaire de la sûreté nationale est particulièrement redouté du milieu, car bien peu de truands ont su résister aux interrogatoires du groupe chargé de la répression du banditisme. On dit de ces policiers qu’ils manquaient de psychologie…

En tout cas, Léon le Juif balance Marcantoni. Lequel prendra cinq ans. Il en fera trois. Quant au beau Léon, il succombera à une overdose de plomb, une semaine après sa sortie de prison. Son assassin ne sera jamais identifié.

Courant 53, Marcantoni fait la connaissance, dans un bar de Toulon tenu par son frère, d’un jeune mataf un rien désœuvré qui revient d’Indochine : Alain Delon. Ils resteront amis. Et plus tard, devenu une star, Delon lui fera découvrir le monde du showbiz. Mais, même s’il se dit alors producteur, Marcantoni ne quitte pas le milieu du banditisme. On le dit très proche de la bande des Trois Canards. Une équipe à tiroirs spécialisée dans les braquages et le racket, et ainsi surnommée pour ses séances « gestapistes » dans la cave du bar de ce nom.

En prenant de la bouteille, le personnage devient cependant plus prudent. Et même si son nom apparaît dans des enquêtes concernant des règlements de comptes, des vols ou des histoires de fausse monnaie, il parvient le plus souvent à passer à travers les mailles du filet. Comme beaucoup de Corses, on dit aussi qu’il a été « Algérie française » et proche de l’OAS, mais il s’est toujours défendu d’avoir été une barbouze.

Dans les années 60, peu à peu, il se retire des affaires. S’il ne devient pas un parrain, dans le milieu, on le considère plus ou moins comme un sage. On le gratifie du surnom de « Commandant ».

Sa vie bascule vraiment un matin d’octobre 68, lorsqu’on retrouve le corps de Stéfan Markovic enveloppé dans une housse de matelas sur une décharge publique d’Élancourt, dans les Yvelines. Or cet homme est depuis trois ans le garde du corps d’Alain et de Nathalie Delon. Et quelques jours plus tard, les enquêteurs de la PJ de Versailles (l’ancienne 1ère brigade mobile) prennent connaissance d’une lettre du mort dans laquelle il déclare que s’il lui arrive malheur, les soupçons devront se porter sur Marcantoni et les époux Delon. Peu après, des photos circulent sous le manteau représentant des personnalités de la politique, du spectacle, des médias et autres, en pleine action lors de soirées fines. Partouzes dont Markovic est l’un des organisateurs. Et l’affaire prend une tournure vraiment politique lorsque parmi ces photos, on découvre l’épouse de Georges Pompidou, l’ancien Premier ministre qui vient d’être remercié par le général de Gaulle.

On dira par la suite qu’il s’agissait d’un montage du SDECE, le service secret français, pour déstabiliser Pompidou, devenu un concurrent du grand Charles. Le fait est qu’une fois élu président de la République, Pompidou va dissoudre ce service.

Quant à Marcantoni, il se défend de toute accusation. Il ne cède rien. Pourtant, les enquêteurs ont des billes. Ils ont effectué un travail de fourmi, notamment sur la housse de matelas qui enveloppait le corps de Markovic. En partant de plus de 800 acquéreurs de matelas Treca, ils parviennent à sept noms, sept suspects, dont Marcantoni. Sept ans plus tard, malgré un sérieux faisceau de présomptions, le procureur de Versailles, Pierre Bezio, rendra pourtant un non-lieu. On dit que le Premier ministre, Jacques Chirac, n’était pas chaud pour que cette affaire revienne à la une de l’actualité… C’était en tout cas l’avis de Me Roland Dumas, l’avocat du frère de la victime.

Va savoir.

marcantoni_france-3.1273041506.jpgFrançois Marcantoni est devenu au fil des ans un personnage charismatique. Pour avoir déjeuné avec lui il y a quelques années, alors que nous n’étions plus « aux affaires », ni lui ni moi, je dois reconnaître que le bonhomme a quelque chose d’assez fascinant, comme un mystère qui l’entoure, qu’il entretient d’ailleurs habilement. Ses dons de conteur y sont pour beaucoup.

Mais personne ne peut renier son passé. Les quinze mois au service de la France, dans les FFI, peuvent-ils effacer une vie de truand…

Désolé, Monsieur François, je crois que pour vous, « la rouge » n’est pas de mise. Et d’ailleurs, cela nuirait à votre légende.

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Quelque part une petite école… a été lu 8 546 fois et a suscité 22 commentaires.

Le BB sous-préfet est né

Le 23 avril, c’était ma fête, mais c’est Bruno Beschizza qui devait être aux anges en lisant ces quelques mots : « Par décret du président de la République  (…)  M. Bruno Beschizza, commandant de police fonctionnel, est nommé sous-préfet hors  cadre. »

bebe-dans-la-lune_infobebes.1272438914.gifEst-il fier de lui, le BB ? Je n’en suis pas sûr. Tant il est difficile à supporter le jugement de ses pairs !… Mais que lui reproche-t-on au juste ?

Même si dans certaines critiques, il y a un zeste de jalousie, ce qui ne passe pas, mais pas du tout, c’est le mélange des genres. Pour prendre une comparaison, c’est un peu comme si François Chérèque acceptait un poste de ministre…

Car c’est bien de ça qu’il s’agit, le mélange des genres. Parachuté dans la campagne des Régionales par le président de la République alors qu’il était secrétaire général du syndicat Synergie Police, on s’aperçoit aujourd’hui, une fois les élections passées, que de par son statut, il ne peut pas siéger au Conseil régional. Et, pour que cette aventure ne lui coûte pas d’argent (4 000 € dans la police contre 2 000 au Conseil régional), on le bombarde sous-préfet.

En fait, Beschizza est victime du système Sarkozy : on fait les choses d’abord, et l’on s’arrange après.

Cela dit, il n’est pas le premier policier à faire une carrière grâce  à l’entregent, l’intrigue, le savoir-faire, la réclame (Villiers de l’Isle-Adam, 1883), mais jusqu’à présent, les pistonnés restaient dans la « maison » (ce qui n’est pas le cas pour certains magistrats qui aspirent volontiers à  la députation). Le plus célèbre des flics-chouchous  n’est pas Frédéric Péchenard, comme le disent certaines mauvaises langues, car il était commissaire de police bien avant que son ami d’enfance ne soit ministre de l’Intérieur, mais Raymond Sasia. Garde du corps du général de Gaulle à Londres, il a traversé en un éclair toute la hiérarchie policière sans jamais passer un concours. On lui doit la méthode de tir instinctif, dite méthode Sasia, qui consistait, lucky-luke.1272439052.jpgau coup de sifflet, à dégainer et à vider son chargeur ou son barillet dans le laps de temps le plus court possible. Un geste qui devait devenir un automatisme. Les anciens se souviennent de ces heures d’entraînement… On appelait ça faire sa prière.

En attendant, BB a trahi ses troupes. Il a torpillé son  syndicat. Un conseil national doit se tenir la semaine prochaine. L’ambiance  risque d’être houleuse.

Le mot de la fin revient au secrétaire général du SNOP, syndicat majoritaire des officiers de police : « Cette nomination (…) jette le discrédit sur le syndicalisme policier ».

À un moment où ça marmonne pas mal dans les rangs, c’était peut-être le but recherché.

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Sofremi, kesako ? a été lu 15 927 fois et a suscité 14 commentaires.

Sofremi, kesako ?

Le procès de Charles Pasqua met en lumière une drôle de petite entreprise, la société française d’exportation du ministère de l’Intérieur.

lombre_agoravox_jack-mandon.jpgDe quoi s’agit-il ?

D’une société privée dont le capital social était réparti entre quelques grandes entreprises françaises, et, à sa création, le ministère de l’Intérieur. Majoritaire avec 35% des actions.

Une structure originale, du moins en France. Cela fait penser à ces agences américaines, comme on en voit dans les films, qui se chargent des coups tordus que ne peuvent se permettre les services officiels.

Mais, bien entendu, cela n’a rien à voir.

La Sofremi a été voulue par Pierre Joxe, en 1986, pour effectuer le commerce avec d’autres États de matériels de police dits sensibles. Ce qui se pratiquait déjà, à petite échelle, mais via un circuit tortueux allant d’un ministère à l’autre.

Y avait-il en arrière plan l’idée de récupérer des commissions occultes pour financer le Parti socialiste ? Je ne sais pas.

De toute façon, Pierre Joxe n’aura pas le temps de juger du bien-fondé de sa décision, car peu après, c’est la première cohabitation. Charles Pasqua lui succède.

On peut penser que les instigateurs, ceux qui ont poussé à la création de la Sofremi, se trouvaient à l’époque en fonction au service de coopération technique internationale de police, le SCTIP.

Ce service a vu le jour en 1961, alors que la France avait entamé son processus de décolonisation en Afrique. Son objectif était de fournir, aux jeunes États qui le souhaitaient, une assistance technique et humaine  pour les aider à mettre en place une force de police.

Dans les années 80, le SCTIP a pris de l’extension et son horizon s’est élargi à d’autres pays d’Afrique et même à d’autres continents (aujourd’hui, il compte une centaine d’implantations de par le monde).

Or, les policiers et les gendarmes du SCTIP sont bien placés pour connaître les besoins en matériel des pays où ils sont en fonction. Et en plus, souvent, ils ont les bons contacts. Mais, en aval, il faut des commerciaux pour assurer le marchandising.

Quant on parle de matériel de police, on pense aussi bien aux moyens de transmission, de surveillance, d’écoutes,… qu’aux équipements de maintien de l’ordre et même à l’armement. Du moins l’armement individuel. D’ailleurs, en 1995, la Sofremi récupère Milipol, le salon international de la sécurité intérieure des États, qui désormais se tiendra sous l’égide du ministre de l’Intérieur.

Ce qui est encore le cas aujourd’hui. Les années impaires à paris, les années paires au Qatar.

Le salon de novembre 2009 a été inauguré par M. Brice Hortefeux. L’accent était mis sur des matériels de pointe « des forces de sécurité intérieure » bisounours_en_guerre_aufeminblog.jpgdont le catalogue allait des moyens de gestion de risque de pollution maritime, au déminage, moyens de police scientifique, terminaux et caméras embarqués, système de lecture automatisée des plaques d’immatriculation, géolocalisation, drone ELSA, etc.

Pour en revenir à nos moutons, lorsque Mitterrand entame son deuxième septennat, Joxe retrouve la place Beauvau. Maroquin qu’il cédera de nouveau à Pasqua, 2 ans ½ plus tard.

Dans Le Monde du 20 avril 2010, Pascale Robert-Diard écrit que l’arrêt qui renvoie Charles Pasqua devant la Cour de justice de la République souligne « que parmi les raisons avancées à l’intérêt immédiat de Charles Pasqua pour la Sofremi et à sa décision d’y placer, dès sa nomination, de nouveaux dirigeants, figure le fait que cette société servait auparavant de « pompe à finances pour le Parti socialiste » ».

Remarque intéressante.

Pendant ces années-là, la Sofremi tourne à plein régime, sans qu’on sache trop ce qui s’y passe.

Pour les policiers, c’est un truc à part, surtout depuis que cette société a quitté l’annexe du ministère de la rue Nélaton (là où se trouvait le siège de la DST), pour s’installer dans des locaux privés du VIII° arrondissement.

Un panier de crabes, disaient certains, où se côtoyaient l’argent, la politique et les barbouzes. Un mélange toujours détonant. Ce qui n’a pas empêché des retraités des deux Grandes maisons de servir d’intermédiaires ou de rabatteur d’affaires. Après tout, rien de plus normal pour d’anciens policiers et gendarmes que de travailler pour une boîte qui dépend du ministère de l’Intérieur !

En tout cas, les affaires traitées devaient être juteuses, car le remplaçant de Pasqua, au mois de mai 1995, Jean-Louis Debré, même s’il prend ses distances et réduit nettement son activité, se garde bien de la dissoudre. Et il ne tient pas compte des mises en garde qui lui parviennent, sous la forme de deux rapports distincts, qui pointent de nombreuses anomalies de fonctionnement.

La vérité, c’est que même dans les cabinets ministériels, on ne connaissait pas trop la couverture politique de cette entreprise de quatre sous.  Et dans le doute…

En 1997, Jean-Pierre Chevènement prend moins de précaution. Dorénavant, on ne paiera plus les intermédiaires, décrète-t-il. Donc, plus de commissions.

La Sofremi était déjà en perte de vitesse. C’est son arrêt de mort. Vingt millions de francs de pertes en 1998. Il faudra attendre les années 2000, et la mise en examen de plusieurs de ses anciens cadres, pour que l’État cède, enfin, sa participation dans cette société, qui redevient alors une entreprise comme une autre – ou presque.

Mais, il devait y avoir comme un rire_bondyblog.1272180742.pngvide, car l’année suivante, le ministère de l’Intérieur a créé sa petite soeur, CIVIPOL Conseil.

Heureusement, Pasqua a pris sa retraite.

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Sur ce sujet, on peut lire l’article du Point de janvier 2007 et celui de L’Express d’avril 2001.
Le dessin du haut de page provient d’un article (Vote sur la peur de l’ombre ) de Jack Mandon, sur le site Agoravox.
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On a crotté le drapeau français a été lu 4 306 fois et a suscité 36 commentaires. Sur un tel sujet, je m’attendais à me faire écharper, mais non, pas trop finalement. Le plus gênant dans cette histoire, me semble-t-il, c’est l’amalgame entre la politique et le drapeau. Car le drapeau français n’est l’étendard d’aucun parti, ni de droite ni de gauche.

Un nom sur une porte : mémorial pour un flic

Il s’appelait Francis Violleau. Le préfet de police de Paris vient d’inaugurer une nouvelle salle qui porte son nom, dans les locaux des compagnies de circulation. Personne ne le connaît, son histoire est si lointaine. La voici…

avis-de-recherche_spiegelde.1271576606.jpgCe jour du mois d’août 1981, lui et son collègue règlent la circulation dans le quartier de Montparnasse. Une moto de petite cylindrée, genre cyclomoteur, grille un feu rouge. Violleau s’époumone dans son sifflet. Sans résultat. L’engin poursuit sa course. Et en plus le pilote ne porte pas de casque ! Dans le cas d’une voiture, il aurait sans doute relevé le numéro, ce que l’on fait généralement dans ce cas. Et parfois même, lorsqu’ils n’ont pas eu le temps de le noter, les policiers font semblant, pour sauver la face, pour que les badauds soient persuadés que le chauffard ne s’en sortira pas à si bon compte. Mais là, pas de plaque minéralogique… Alors, les deux gardiens de la paix enfourchent leur vélomoteur et se lancent à la poursuite du contrevenant. Le collègue de Violleau fait une chute. Pas de bobo, mais il perd toute chance de recoller à la filature qui s’engage dans les rues de la capitale.

Mouais, je sais,  pas de gyrophare, pas de grincement de pneus, pas de deux-tons assourdissants. On est loin des films d’Olivier Marchal : deux vélomoteurs qui se tirent la bourre à, combien… 30, 40 km à l’heure ! Les deux engins remontent le boulevard Raspail à contre-sens.

Au bout d’un moment, le motocycliste est persuadé d’avoir semé son poursuivant. Il rejoint son garage, au fond d’une impasse. Soudain, le policier surgit. On imagine la scène. Il descend de son deux-roues, le cale contre un mur, et, tout en restant sur le qui-vive, il se dirige d’un pas assuré vers le fautif. Ne représente-t-il pas la loi ! On peut même penser qu’il sort déjà de sa poche son carnet à souches…

Surprise ! Le motard est une femme. Elle a son âge, à peu près. Elle n’est pas vilaine. C’est peut-être ce qui le déconcentre, lui fait baisser la garde. Le rend moins méfiant. Il arrive à sa hauteur. Sans doute lui demande-t-il ses papiers. Elle dézippe son blouson… Une arme jaillit. Il porte la main à la crosse de son 357. Il n’a pas le temps de finir son geste. Une balle lui traverse la gorge et vient s’écraser contre la 7e vertèbre cervicale.

« Quand pourrai-je enfin me lever ? » demande-t-il à Yolaine, son épouse, quelques semaines plus tard.  « Il faut le lui dire », lui souffle le médecin. Elle ne sait pas comment faire. Ni comment annoncer à ses trois enfants, dont le plus âgé a dix ans : votre papa est paralysé des quatre membres. Il est tétraplégique.

Après deux années dans un centre de réadaptation, contre l’avis du corps médical, Yolaine décide de ramener son mari à la maison. Mais c’est un travail de tous les instants, le jour, la nuit… Il faut le nourrir, le laver, lui prodiguer des soins, le retourner dans son lit… Au bout de quelques mois, elle craque. Une dépression. Elle est placée en clinique.

Quant à Francis Violleau, il atterrit dans un foyer pour personnes handicapées. Où il est mort en 2000, à l’âge de 54 ans, après avoir passé presque vingt ans de sa vie, parfaitement conscient et lucide, mais incapable de bouger, si ce n’est le bout des doigts, et de tenir une conversation de plus de quelques mots.

Officiellement, il n’est pas mort en service, pourtant…

Son « assassin » se nomme Inge Viett. Elle est membre de la RAF (Fraction armée rouge), ce groupe terroriste qui à l’époque cherche à déstabiliser l’Allemagne de l’ouest. Recherchée, elle se réfugie en RDA, où la Stasi, la police secrète de l’Allemagne de l’est, lui fournit une nouvelle identité. Avec  plusieurs de ses complices de la RAF, elle va y mener une vie pépère, poursuivant à distance son combat destructeur. La chute du mur inge-viett_bildde.jpgde Berlin lui sera fatale. Elle est arrêtée en 1990. Condamnée à treize ans de prison, elle est libérée à mi-peine. Derrière les barreaux, elle a écrit son autobiographie, publiée en Allemagne sous le titre Nie war ich furchtloser  (Je n’ai jamais été sans peur*).

Répondant pour l’occasion à une interview de Libération, elle a déclaré : « Je ne comprends pas pourquoi ce policier a voulu sortir son arme alors que je le braquais… Je crois qu’il ne m’a pas prise au sérieux, parce que j’étais une femme. »

Pas un mot de remords, aucun regret. Des années plus tard, elle ne comprend toujours pas…

Que peut-on dire de cette ex-terroriste de 66 ans qui vit probablement aujourd’hui de la retraite que lui verse l’Allemagne réunifiée ? Rien – même pas qu’elle a mal vieilli.

________________________________ Cette histoire, je l’ai reconstituée bribe par bribe, surtout à l’aide de documents allemands, en m’efforçant d’être au plus près de la vérité. Il y a peut-être des imprécisions, que les proches de Francis Violleau me pardonnent.
* Si j’en crois certains commentaires, la signification pourrait être inversée. Le journaliste de Libé, dont l’article est en lien, avait opté pour Jamais je n’ai eu aussi peu peur. Mais, entre nous, ce n’est pas le sujet.

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Des rumeurs du micro…cosme aux écoutes téléphoniques a été lu 11 605 fois et a suscité 18 commentaires. Pour ceux qui s’interrogent sur le fonctionnement et la technique des téléphones portables, on peut lire Principes de base du fonctionnement du réseau GSM, de Cédric Demoulin et Marc Van Droogenbroeck.

À l’intérieur de l’Intérieur

Reprise en main. C’est le maître mot place Beauvau. Et l’idée d’un ministère de l’ordre public continue de faire son bonhomme de chemin. Pour l’instant, la crainte d’un effet boomerang semble l’emporter. Car, tout comme trop d’impôts tuent l’impôt,  certains pensent qu’un excès de politique sécuritaire pourrait créer dans la population – donc parmi les électeurs de 2012 – un sentiment d’insécurité.

geopoliticus_salvador-dali.jpgDans la police, on n’est pas loin de France Télécom. La tension est constante. Et nombre de policiers, ceux qu’on n’entend jamais et qui se contentent de faire leur job du mieux possible, lorgnent sérieusement vers la sortie. S’il n’y avait pas la marmite à faire bouillir, on assisterait sans doute à une réelle hémorragie.

Où est le malaise ?

En fait, la police est en pleine mutation.

Dans le rang des officiers de police, on sent comme un flottement. Du jour au lendemain, on les a éloignés du travail de terrain pour en faire des cadres. En leur collant des responsabilités auxquelles ils n’étaient pas nécessairement préparés, ou auxquelles ils n’aspiraient peut-être pas, avec des horaires à rallonge et un stress omniprésent. Et fini les heures sup’, les récup’… On leur passe la main dans le dos, on leur dit, vous êtes des patrons, mais dans les faits, ils n’en tirent guère d’avantages. Et ils louchent vers les commissaires…

Lesquels ne sont pas tous satisfaits. Loin s’en faut. A part ceux qui aspirent à de hautes fonctions, les autres ne se retrouvent pas dans ce métier de gestion et de conception, bien éloigné du métier de policier qu’ils ont choisi.

Pour certains officiers, c’est l’amertume qui l’emporte. Pour d’autres la pression est trop forte, comme cette mère de famille, à Marseille, incapable de faire la part des choses entre vie privée et vie professionnelle.

À l’étage en-dessous, le boulot des « inspecteurs » est à présent le quotidien de ce qu’on appelait avant le corps des gradés et des gardiens de la paix. Ils ont la lourde tâche d’assumer des pouvoirs bien plus importants que par le passé (pour certains celui d’OPJ) et de les appliquer sur le terrain. Donc, un risque de pépin accru, ce qui nécessite une attention de tous les instants. Et comme c’est la police que l’on voit, celle de tous les jours, celle qui est toujours là  « au mauvais moment », celle qui est au contact de la population, ils ont la pénible impression d’être en permanence jugés – et souvent mal jugés.

Ils représentent la police qu’on n’aime pas toujours. Et ça, ce n’est pas facile à vivre.

Et comme la nature a horreur du vide, peu à peu, on est en train de créer un nouveau corps de « gardiens de la paix » en recrutant à tout va des adjoints de sécurité. Quinze cents cette année. Payés au smic, formés en trois mois, on peut s’attendre à les voir prendre de plus en plus d’importance dans la police de base. Et du fait de leur statut précaire, ils ont au moins « l’avantage » d’obéir sans discuter et d’avoir qu’un seul droit, celui de la fermer.

On a donc une police plus ou moins désorganisée avec des policiers qui s’observent, qui s’épient, qui cherchent leurs marques. Qui sont, si j’ose dire, tournés vers l’intérieur.

Dans la gendarmerie, les structures sont plus solides, mais depuis cette décision à l’emporte-pièce qui de fait les a éloignés de leur statut militaire, il y a rupture de contrat. Et un certain flottement. Pour ne pas dire un rien de rancœur. Et si les sanctions affligées récemment pour l’exemple peuvent imposer le silence dans les rangs, elles n’ont qu’un effet de surface. Sous son képi, chacun n’en pense pas moins.

Au sommet de la chaîne judiciaire, les magistrats ne sont pas mieux lotis. Cette réforme claironnée et qui ne viendra sans doute pas, du moins pas dans l’immédiat, a laissé des traces quasi indélébiles. Avec une cassure très nette entre les juges et les procureurs. Les premiers, on l’a vu dans la querelle sur la garde à vue, s’éloignant de la police pour défendre une idée noble de la justice ; les seconds,  au contraire, resserrant les liens avec les flics, dans une approche plus pragmatique.

On peut donc dire qu’on a réussi en quelquesjongleur_educatoutcom.gif années à faire de notre système police-gendarmerie-justice une véritable pétaudière. Et aujourd’hui, ces hommes et ces femmes qui concourent à notre sécurité, ce n’est pas d’une reprise en main dont ils ont besoin, mais d’une véritable feuille de route : des objectifs précis et non de circonstances ; et des moyens législatifs clairement définis.

Et surtout, qu’on les laisse travailler loin du show politique.

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Rumeurs mort-nées a été lu 2 691 fois en deux jours et a suscité 10 commentaires.

Le gendarme, le journaliste… et le droit de se taire

Deux faits à la Une de l’actualité ces derniers jours. Ils n’ont aucun rapport entre eux, pourtant, tous deux touchent à un droit essentiel : celui d’exprimer librement son opinion.

la-verite-de-jack-palmer-par-petillon.jpgViré pour l’exemple, c’est à peu près le sentiment qui se dégage des différents commentaires (souvent anonymes, et pour cause) qui font suite à la mésaventure du commandant Jean-Hugues Matelly. Il n’a pas failli, ce gendarme, non, il a simplement osé dire tout haut qu’il n’était pas favorable à un rapprochement police-gendarmerie. Entre nous, ce rapprochement, justifié officiellement par la mutualisation des moyens, était-il vraiment nécessaire ? D’après mes contacts dans la gendarmerie, les avis sont partagés. Certains ne sont pas hostiles à cette fusion (en puissance), mais ils espèrent en tirer avantage, comme le droit syndical, c’est-à-dire le droit d’ouvrir son plomb ; tandis que d’autres y sont franchement opposés. Leur principale raison étant d’un bon sens absolu : ils ont choisi d’être militaire, et ils veulent le rester.

Rappelons qu’on s’engage dans l’armée – pas dans la police.

Si l’on prend une calculatrice, on peut penser que oui ; il y a sans doute des économies à faire en « mutualisant » les moyens des uns et des autres. Mais si l’on réfléchit avec sa tête…

D’abord, a-t-on demandé leur avis aux intéressés ? Imaginons le contraire : on décide de mettre les policiers sous la houlette du ministre des Armées… La tête des syndicats ! Réunions, pourparlers, négociations, manifestations…

Mais les gendarmes n’ont qu’un droit, celui de se taire.

On peut d’ailleurs se demander si ce droit ne devrait pas s’appliquer à d’autres personnages, plus proches des médias…

C’est la question que je me posais samedi dernier en montant les escaliers de Virgin Mégastore, là où sont exposés les best-sellers du mois, en remarquant le livre d’Eric Zemmour qui trônait entre celui de Modiano et d’Aubenas. Il aurait, nous dit-on, été acclamé au salon du livre. Il suffit donc que ce monsieur lance une petite phrase sur les Noirs et les Arabes pour qu’il devienne d’un coup, pour certains, un chantre du racisme, et pour d’autres, le héraut, celui qui ose dire les choses ! Dans un article du Monde du 27 mars, Caroline Fourest le soupçonne d’avoir agi avec des arrière-pensées mercantiles, et elle l’interpelle : « Enfin, oui, Eric Zemmour, la plupart des petits trafiquants sont noirs et arabes. Non pas parce que le fait d’être noir ou arabe mène naturellement ou culturellement au trafic. Mais parce qu’on a beaucoup plus de chance de devenir dealer de shit que journaliste quand on naît dans des familles pauvres ne misant pas sur la culture. »

Sans doute involontairement, elle justifie du même coup, comme Zemmour, les contrôles d’identité au faciès. En effet, comment pourrait-on reprocher aux policiers de contrôler plus souvent les Noirs et les Arabes alors que « la plupart des trafiquants, etc. »

Bon, on tourne en rond.

Donc, la question qui me turlupine est de savoir s’il faut laisser les gens s’exprimer librement ou pas. Que faut-il choisir entre la liberté d’expression, avec le risque de dire ou d’entendre dire des bêtises, et la langue de bois ? N’est-il pas hypocrite de censurer les propos de Tintin dans les BD d’Hergé ? N’est-il pas lâche de ne pas dire ce que l’on pense ? L’autocensure n’est-elle pas pire que la censure ? Etc.

Heureusement, le gouvernement est là pour nous protéger de ces bruits parasites, « pour nous protéger », comme vient de le répéter le Premier ministre. Surtout, que rien ne les réveille…, croit-on entendre derrière ces mots.

Eh bien, désolé, on n’a plus sommeil. nounours.jpgEt qu’on arrête de nous enquiquiner avec de telles futilités. Comme dirait Caroline Fourest (qui ne manque pas de courage), il s’agit plutôt de remettre la question sociale au cœur des politiques pour sauver le vivre-ensemble.

Allez, j’ai assez dit de… Je réclame le droit de me taire.

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Viguier, Leroux, Grégory : l’intime conviction , a été lu 5 680 fois à ce jour et a suscité 19 commentaires. Pour rester dans le ton de cette note, on peut donner un coup de chapeau à l’avocat général Jean-Philippe Rivaud qui, lors du procès de cette femme accusée d’avoir tué son mari, a déclaré dans son réquisitoire, à l’issue d’une procédure de plus de douze ans : « Je ne sais pas de quoi Mme Carrière-Ponthieux est coupable, l’honneur de la justice et l’honnêteté me commandent de l’admettre. » Quant au commentaire de Fariolet | qui m’interpelle directement, pas facile de lui répondre…

Que vaut la vie d’un homme ?

Je suppose que ce mardi, lorsqu’il a pris son service, Jean-Serge Nérin plaisantait avec ses collègues. Il parlait foot, politique, de ses enfants ou de ses prochaines vacances. Et peu après, c’était le drame. Une balle qui se glisse dans l’échancrure du gilet pare-balles…

drapeau-roulé_le-republicain-lorrain.jpgContrairement à ce que l’on pense, les policiers qui prennent le plus de risques ne sont pas les superflics des brigades d’élite, ceux-là, ils sont formés, entraînés, et ils interviennent toujours en connaissance de cause. Il en va différemment des interventions de tous les jours, celles qui s’inscrivent dans le traintrain.

Lorsqu’on frappe à une porte ou lorsqu’on contrôle un véhicule, comment savoir si l’on a affaire à un pépère qui a bu un coup de trop ou à un dangereux malfaiteur ?

Faut-il pour autant demander, comme l’ont fait certains représentants syndicaux, un durcissement de la loi pour ceux qui s’en prennent aux forces de l’ordre ? C’est un rien démagogique. La punition n’est dissuasive que pour les  honnêtes gens. Si vous augmentez le prix des amendes pour excès de vitesse, la plupart des automobilistes vont lever le pied, mais si vous augmentez le nombre d’années de prison pour un crime, il y aura toujours autant de crimes. Il suffit de comparer le taux de criminalité dans les pays où subsiste la peine de mort pour en être convaincu.

En revanche, qu’ils demandent plus de moyens et surtout plus de personnels, me paraît la moindre des choses. Surtout d’un gouvernement qui a fait de la sécurité son cheval de bataille. Il serait grand temps, par exemple, d’arrêter de remplacer les policiers et les gendarmes par des caméras de surveillance.

Une caméra n’a jamais arrêté un voleur en flag !

D’ailleurs, peu à peu, le mécontentement grossit parmi les policiers, notamment en région parisienne. Le Grand-Paris va entraîner un surcroît de travail pour l’instant difficile à estimer. Mais les perspectives sont atterrantes. Avec, à la clé, des permanences de quatorze heures, de jour, de nuit, les week-ends, pour une compensation heure par heure. Un jour travaillé le dimanche donne droit à un jour récupéré en semaine. Vous imaginez qu’on applique ce système aux cheminots ! Même chez Ikéa, les salariés ont fait grève pour moins que ça!

Quant aux déclarations des politiques, à la veille du 2e tour des Régionales, qui des trémolos dans la voix jouent les bulletins de vote sur la mort d’un homme, c’est tout simplement dégueulasse.

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De la Petite Demoiselle à la Première dame a été lu 1 731 fois depuis hier et a suscité 7 commentaires.

Changement de registre sur la garde à vue

C’est fait, la garde à vue est devenue le truc branché : tout le monde en parle. Et d’aucuns s’en donnent à cœur joie. Il y a celui « qui y est passé », qui nous raconte son expérience, forcément malheureuse. Et les autres, qui garde-a-vue_alter1fo.1267523776.jpgregrettent presque leur manque de pratique. Puis il y a ceux, nombreux, qui voient là l’occasion de casser du flic. Flics qu’on n’entend d’ailleurs pas, claquemurés qu’ils sont dans leur devoir de réserve. Ou via un représentant syndical, qui menace gravement de renoncer à la qualité d’OPJ. Un chantage bien platonique.

La réforme est en marche.

Même Pasqua est d’accord : « L’application actuelle de cette mesure est inadmissible dans une société démocratique. Pour moins que rien, on place en garde à vue des adolescents de 13 ou 14 ans. Trop de gens sont détenus dans des conditions ignobles, enfermés dans des cellules infectes, sans avoir le droit de se laver, y compris des femmes.  Je suis favorable à la présence d’un avocat dès la première heure de garde à vue… C’est indigne de la République. La garde à vue est une mesure de sécurité que l’on ne doit appliquer que si les gens risquent de s’enfuir, de porter tort aux autres ou à eux-mêmes. Ce n’est pas sérieux de s’en servir dans d’autres circonstances. Il faut donc réformer ce système.»

On ne peut pourtant pas suspecter le personnage d’angélisme !

Pour ce qu’on en sait, dans le projet que nous mitonne la garde des Sceaux, deux mesures phares seraient envisagées:

–    Une « audition libre » de quatre ou six heures lorsque l’enquête concerne un délit puni d’une peine égale ou inférieure à cinq ans d’emprisonnement.

–    La présence de l’avocat dès la première heure et à la douzième heure avec communication des auditions du suspect.

La première mesure est intéressante pour les gens qui répondent à une convocation de police, mais inapplicable lorsqu’il s’agit d’une arrestation. Quant à la seconde, je ne suis pas sûr qu’elle corresponde aux critères de la Cour Européenne qui veut – au minimum – la présence effective de l’avocat lors des « interrogatoires ».

Mais les policiers (certains seulement) sont contre la présence de l’avocat. Comme s’ils craignaient de s’y frotter. Ainsi ce responsable du syndicat Synergie qui  a déclaré «  que les avocats sont des électrons libres qui ne sont pas soumis à une hiérarchie, qui n’ont aucune déontologie, qu’il n’existe aucune transparence sur leurs conditions de rémunération et que l’on peut craindre en cas d’accès au dossier que l’avocat livre des informations à la famille ou aux amis du gardé à vue, remettant en cause l’efficacité de l’enquête ». Citation reprise dans la question écrite de Mme Valérie Rosso-Dubord (JO du 23 fév. 2010, page 1890), au ministre de la Justice. Qui pour l’heure n’a pas répondu.

Aussi, pour ne pas heurter de front ces… bien-pensants, le projet de réforme se transporte en aval de la garde à vue et prévoit que les déclarations faites à l’OPJ en l’absence de l’avocat ne pourront pas servir de base à une condamnation.

Il s’agit là d’une véritable bombe : la fin programmée de la culture de l’aveu.

D’autres syndicalistes sont plus positifs – mais ils partent un peu tard. Ainsi, Unité SGP Police lance une sorte de référendum en demandant aux OPJ de répondre par oui ou par non à six questions. La première me paraît capitale. Elle revient unite-sgp-police.JPGà se demander si l’OPJ applique une garde à vue pour les nécessités de l’enquête dont il a la charge ou pour obéir à l’ordre de ses chefs…

Hélas, la réponse est dans la question. Ainsi, Le Républicain Lorrain rapporte qu’un policier a été mis sur la touche pour refuser d’obéir à des directives qui ne correspondaient pas à l’idée qu’il se faisait de son métier. Finalement, il a déposé plainte pour harcèlement contre sa hiérarchie. « En tant que chef et officier de police judiciaire, il avait la responsabilité des procédures : il a refusé de cautionner certaines choses. [Il] a parfois refusé de mettre des gens en garde à vue, comme le lui permet le code de procédure. »

La garde à vue existe depuis la nuit des temps. Il y a quelques dizaines d’années, non seulement l’OPJ pouvait utiliser cette mesure contre les suspects, mais aussi contre les témoins ou toute autre personne, sans avoir à se justifier. Et le délai, pour certains crimes concernant la sûreté de l’État, pouvait aller jusqu’à quinze jours.
À y réfléchir, les abus étaient rares. Je n’ai jamais entendu un OPJ menacer quelqu’un de garde à vue.

Alors, qu’est-ce qui a changé ?

Lors d’un repas de vétérans, il y a une dizaine de jours, un ami, directeur honoraire de la police nationale, a marmonné : « Parfois, ils exagèrent un peu nos jeunes collègues. »

C’est le maître mot : l’exagération.

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L’allégorie du gendarme qui sourit, a été lu 2.135 fois en 2 jours et a suscité 13 commentaires.
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