LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Police (Page 22 of 34)

Le droit et la police

L’affaire  Bettencourt aura au moins le mérite d’attirer l’attention sur la guéguerre entre certains magistrats, sur le fonctionnement de la justice, et sur celui de la police. Il y a de la passion dans ce dossier, et chacun y va de sa propre interprétation du Code de procédure pénale – moi compris, sans doute. Aussi n’est-il pas inutile dans de telles circonstances d’ouvrir droit-de-la-police.1279609376.jpgun livre comme celui du commissaire principal Hervé Vlamynck : Droit de la police (3e édition – 2010), chez Vuibert, ouvrage qui se situe à mi-chemin entre la théorie et la pratique, et qui est préfacé par l’ancien directeur de la formation de la police nationale, Emile Pérez.

Voici ce qu’il nous dit de l’enquête préliminaire :

« Le pouvoir d’ouvrir une enquête préliminaire et de mener les investigations appartient concurremment à l’officier de police judiciaire, à l’agent de police judiciaire et au procureur de la République (…) Lorsque le parquet donne pour instruction de procéder à une enquête préliminaire, il fixe le délai dans lequel cette enquête doit être effectuée. »

À noter qu’à la différence de l’enquête menée dans le cadre d’une information judiciaire, il n’y a pas ici de délégation de pouvoir. L’enquêteur agit selon les prérogatives de sa fonction.

 « La police judiciaire a la possibilité de mettre directement en œuvre certains pouvoirs coercitifs » (contrôle d’identité, garde à vue, palpation de sécurité, réquisition à manœuvrier et prélèvement génétique).

Pour la garde à vue, le Code impose deux conditions : « La première concerne les nécessités de l’enquête et la deuxième suppose l’existence d’une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que la personne a commis ou tenté de commettre l’infraction, objet des investigations ». L’OPJ n’a pas à solliciter l’accord de la personne. « Il faut que celle-ci soit à sa disposition (…) Lorsque la personne accepte de l’accompagner, de le suivre ou de déférer à une convocation, (il) peut la placer en garde à vue. »

« Le seul domaine où la personne doit consentir expressément, est celui de la perquisition. »

Si une personne refuse d’accompagner les policiers ou de répondre à une convocation, le procureur de la République peut utiliser des mesures de contrainte (art. 78).

Si une personne refuse une perquisition, c’est le juge des libertés et de la détention qui va intervenir, pour les délits punis d’au moins cinq ans de prison (ce qui, après lecture de l’art. 324-1 du Code pénal, est le cas du blanchiment). Ce même magistrat peut également autoriser l’OPJ à se faire remettre les données des opérateurs de téléphonie, et sans doute (mais ce n’est pas très clair), à procéder à des écoutes téléphoniques. Dans la pratique, l’utilisation d’écoutes administratives, simplifient les choses. Elles ne peuvent cependant être utilisées en procédure.

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Quant à la coopération internationale, elle a profondément évolué ces dernières années. Ses différents organes sont aujourd’hui rassemblés au sein d’une plate-forme commune, le SCCOPOL (section centrale de coopération opérationnelle de police), qui est rattachée à la direction centrale de la PJ. Les échanges d’informations sont monnaie courante, avec, pour la Suisse, commission rogatoire ou pas, cette réticence à répondre à des recherches qui concernent une fraude fiscale.

Une enquête effectuée sur délégation d’un juge d’instruction ne donne guère plus de pouvoir à l’OPJ, et certainement beaucoup plus de contraintes. C’était le fil du billet précédent : une plus grande liberté d’enquête pour la police. D’autant qu’à la brigade financière, les rapports de force sont rarement physiques : on y sort plus souvent son stylo que son calibre.

Bien entendu, l’information judiciaire malmène moins les droits de la défense, puisque les « mis en examen » ont accès au dossier, mais il s’agit là d’un autre débat. À noter, comme le rappelle Péhène dans son commentaire du billet précédent, que le procureur peut très bien donner aux personnes concernées un accès au dossier, comme cela a été fait pour Julien Dray.

D’ailleurs, qui peut affirmer que le procureur Courroye n’ouvrira pas une information judiciaire à l’issue de l’enquête préliminaire ?

Ce qui serait dans l’ordre des choses.

Et dans ce cas, le magistrat qui serait en charge de l’affaire délivrerait des commissions rogatoires à des policiers – probablement les mêmes hommes et les mêmes femmes, avec au-dessus d’eux la même hiérarchie. Je suis de ceux qui réclament la saisine d’un juge d’instruction dans l’enquête Bettencourt, mais juge ou pas, les « techniciens de surface » seront les mêmes.

Bien sûr, on n’est pas obligé de leur faire confiance, mais pour l’instant, à la brigade financière, ils ont fait un sans-faute.

Attention, au nom de la justice, de ne pas se livrer à un procès d’intention.

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Bettencourt : Les policiers ne sont pas des potiches a été lu 10 434 fois et a suscité 37 commentaires. Le billet ci-dessus tente de répondre aux critiques.

Bettencourt : Les policiers ne sont pas des potiches

Contrairement à une idée toute faite, l’enquête préliminaire est le cadre juridique qui laisse le plus de liberté à un policier ou un gendarme. Car, dans les limites du Code, il peut prendre toutes les plante-carnivore_gif.1279445084.gifinitiatives qui lui semblent nécessaires à la recherche de la vérité. Alors que sur commission rogatoire, ce même enquêteur devra souvent se contenter d’exécuter les instructions du juge.

On le voit bien dans l’affaire Bettencourt… Le procureur a ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale et, on a envie de dire accessoirement, pour vérifier les conditions d’embauche de l’épouse de M. Woerth. Difficile de faire autrement tant ces deux éléments ressortent des enregistrements clandestins effectués par le majordome. Mais, à la différence du juge, le procureur ne peut limiter les actes de la procédure. Et une fois la machine policière en route, certes il peut la contrôler, mais difficile de l’arrêter. Ainsi, il peut demander que certains actes précis soient exécutés, mais il ne peut en interdire d’autres. Autrement dit, il fixe les grandes lignes, sans plus. Si dans un P-V d’audition, le policier appuie sur la recherche d’un conflit d’intérêt entre l’emploi de Mme Woerth et le poste de ministre du budget de son mari, comme c’est rapporté dans Le Monde du 18 juillet, il ne peut rien y faire. On n’a jamais vu un procureur déchirer un P-V.

En revanche, et c’est là où le bât blesse, il reste maître des poursuites. Il peut, comme dans l’affaire Julien Dray, se contenter d’un simple froncement de sourcil avant de classer le dossier. On comprend bien pourquoi, sur RTL, ce dernier vante les mérites de l’enquête préliminaire…

C’est ce que je tentais d’expliquer à Mme Eva Joly lors du débat sur l’affaire Bettencourt dans l’émission Arrêt sur Images. Inutile de dire que je ne l’ai pas convaincue, ni elle ni Daniel Schneidermann. Est-il si difficile d’admettre que des policiers puissent faire leur boulot honnêtement ?

Ce qui n’empêche pas, dans cette enquête précise, d’ouvrir une information judiciaire. Ne serait-ce que pour couper court aux suspicions d’ingérence de la politique dans la justice. Et pour ne plus être la risée de nos voisins européens.

eva-joly_arret-sur-images.1279445182.JPGPourtant, dans les arguments d’Eva Joly, il y en a un qui fait vraiment mouche : pourquoi le procureur Courroye a-t-il ouvert une enquête pour blanchiment de fraude fiscale ?
Pour qu’il y ait blanchiment, il faut démontrer une fraude fiscale. Or c’est ce même magistrat qui nous expliquait, il y a trois ou quatre semaines, qu’il ne pouvait pas enquêter sur une fraude fiscale sans la plainte de Bercy…

Les choses ont-elles changé ? L’administration a-t-elle déposé plainte contre la milliardaire ? Va-t-elle le faire ? L’héritière de l’héritière va-t-elle mettre la main sur les actions de l’Oréal ? Ce fleuron du CAC 40 risque-t-il de passer dans le giron du SMI (Swiss Market Index) ? L’île d’Arros servira-t-elle de lieu de vacances pour les orphelins de la police ? Les héritiers Bettencourt vont-ils demander des droits pour le tournage du film en préparation Parce que je le vaux bien ? Liliane Bettencourt va-t-elle se retrouver en garde à vue ?

Vous le saurez en lisant la suite de l’enquête dans votre journal préféré.

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Sur le plateau d’Arrêt sur Images, se trouvait également le journaliste Christophe D’Antonio, auteur du livre La Lady & le dandy, chez Jacob-Duvernet
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Petite fable d’un 14-Juillet de flics a été lu 28 858  fois et a suscité 30 commentaires, et quelques mails sympathiques. Merci beaucoup.

Petite fable d’un 14-Juillet de flics

C’est le petit matin. Pour la plupart, on habite la banlieue, et il a fallu se lever tôt. On est plantés sur le trottoir, une petite cinquantaine, des hommes et des femmes, jeunes, en tenue d’été sous le gilet pare-balles. Si la journée est chaude, comme les précédentes, le Sig, le  tonfa, les menottes, et tout le barda plus ou moins réglementaire qu’on trimballe, ça va être lourdingue à porter. Tel quel, on est parti pour six ou sept heures à battre la semelle. Et ces putains de brodequins qui pèsent une tonne !

lampions_mairie-vitre.1279184806.gifEn rang d’oignons, on attend. Pas un absent. Pas un ticket. Aucun ne s’est fait porter pâle. Pourtant, pour certains, c’est leur troisième cycle de service, le plus pénible ; et pour d’autres, leur jour de repos.

À 6 h 30, l’autorité se manifeste sur les ondes. C’est une femme. Vingt ans de boîte. Capitaine. Elle en vu d’autres. Elle assure. On dit qu’elle cache sa gentillesse derrière ses galons. Mais de temps en temps, ça transpire : le sourire complice, la bouteille d’eau en douce, la pause-café…

Elle compte ses effectifs, débusque les « civils » qu’on a sortis de derrière leur burlingue pour venir en renfort et nous rappelle les instructions : en résumé, on doit être gentils tout en faisant respecter les consignes : pas de drapeaux, pas de parapluies, pas d’objets suspects… Et surtout, pas de palabres. S’il y a un mauvais coucheur, on le neutralise et on l’évacue. En deux mots, s’il y a un incident, on l’a dans le baba ; et si l’on crée un incident, on l’a dans le baba.

Un peu plus tard, un tout jeune commissaire vient également nous donner les consignes. Mais comme ce sont les mêmes, on ne l’écoute pas.

En retrait, il y a les collègues des RG. Enfin, on suppose qu’ils sont des RG, parce qu’ils ne se sont pas présentés. Y a une histoire qui court comme quoi un petit malin aurait refilé à leur chef des numéros bidons pour leur téléphone portable de service. On imagine bouchersanzot_tintin-et-miliou.1279185003.jpgune scène à la Tintin : « Non, ce n’est pas le brigadier Méluchon, ici c’est la boucherie Sanzot… » Lors des essais, parait qu’ils étaient pliés, les RG. Nous, on risque rien, vu qu’on n’a pas de portable administratif. Certains ont quand même des radios.

Peu à peu, les trottoirs se garnissent d’une foule hétéroclite. Attention aux pickpockets. Mais ça, c’est pas vraiment notre job. On se dit que la PJ maraude, aux aguets.

C’est alors qu’on s’est pris la première rincée. Sur les trottoirs, c’est la débandade. Et nous, stoïques sous la pluie dans nos fringues à tordre. Un peu plus loin des collègues sont obligés d’intervenir dans le métro, envahi par les gens qui cherchent  un abri. Du coup, l’état-major, l’étage des morts, comme on dit, s’inquiète de ces mouvements de foule. Ils veulent connaître le nombre de personnes qui risquent de se retrouver dans les couloirs du métro. Y craignent peut-être une émeute. « Comment on fait pour compter des gens qui se déplacent tout le temps ? a demandé un jeunot. – Simple, lui a répondu un vétéran de trente ans, tu comptes les oreilles et les pieds et tu divises par quatre. » Mais nous, au fond, on sait bien que tout ça, c’est des conneries. Alors, on a répondu n’importe quoi. On n’est quand même pas entrés dans la police pour compter les moutons…

Après, il n’a pas cessé de pleuvoir. Pour être francs, on n’a rien vu du défilé, ni des sbires dans la tribune. Au bout d’un moment le bruit a couru que le Président était rentré chez lui, à l’Élysée, à pied, la main dans la main avec sa meuf. Nous, on attendait les ordres. Faut dire que la plupart des radios avaient pris l’eau, et celles qui marchaient encore balançaient des appels de détresse à tout va. On a su que c’était fini lorsqu’on a vu les RG plier bagage. Finalement, notre capitaine nous a dit qu’on pouvait se mettre au sec. On en a profité pour discuter. « Tiens, nos représentants syndicaux, ils étaient pas là ? – Y devaient être dans la tribune, avec les pontes… – Tu crois que Sarko, il a pris un bain de foule ? – En tout cas, président ou pas, y s’est pris une saucée ! – L’aurait pu venir nous serrer la louche, non ! – Mouais, et pourquoi pas nous apporter une bouteille d’eau, pendant que tu y es… »

Vous voyez, rien que des conneries. Après ça a dérapé sur sa femme. Des propos de corps de garde, qu’on ne peut pas rapporter ici. On était là, l’uniforme dégoulinant, les doigts de pieds clapotant dans les rangers, à siroter notre café  à 40 centimes d’euro dans son gobelet plastique. Et on aurait bien voulu rentrer chez nous.

Finalement, tout s’est bien passé, ont dit les gradés. Y devaient être contents. Aucun incident notable. Faut dire qu’avec ce déluge…

parapluie_hugo-lescargot.1279185121.pngEt le soir, ceux qui ont résisté à la fatigue ont dû bien rigoler en regardant le journal de France 2, commenté par David Pujadas : « Nicolas Sarkozy est passé entre les gouttes ».

N’empêche que ce monde n’est pas juste : ceux qui se mouillent passent à travers les gouttes, et nous, on se fait rincer.

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Que penser des fuites dans l’affaire Bettencourt ? a été lu 13 360 fois et a suscité 35 commentaires.

Aff. Bettencourt : les policiers peuvent-ils enquêter librement ?

À la brigade financière de Paris, l’air doit être irrespirable. Dans ce service habitué à traiter des « affaires chaudes », la culture du secret est constante, mais ces jours-ci, on doit frôler la parano. Car si les fameux enregistrements du majordome de Liliane Bettencourt masque-a-gaz_comboutique.jpgsont une véritable bombe pour le parti au pouvoir, les policiers doivent se méfier des dégâts collatéraux. Les plus anciens se souviennent sans doute du limogeage de deux commissaires, Yves Lucet et Patrick Riou, à la suite de la mise en examen du ministre de la Coopération Michel Roussin, justement pour  des affaires concernant le financement du RPR. Affaires qui se soldèrent, si j’ai bonne mémoire, par des non-lieux.

Autrement dit, nos flicounets, ils sont en équilibre sur une planche à roulettes.

Mais la question que chacun se pose est la suivante : Vont-ils pouvoir aller jusqu’au bout de leurs investigations ?

La première chose était de confirmer les identités de chacune des voix – ce qui est fait. Ensuite, les choses se compliquent, car en épluchant les conversations des uns et des autres, on peut envisager l’existence de plusieurs délits : fraude fiscale, blanchiment, escroquerie… On a l’impression que la riche et vieille héritière s’est trouvée prise dans un tourbillon de personnages, des comédiens, qui à tour de rôle lui passaient une main dans le dos tandis que de l’autre ils farfouillaient dans ses poches. Et machin qui cherche à lui revendre l’île qu’elle lui a donnée, et trucmuche qui fait venir des valises de billets de Suisse pour qu’elle lui offre le bateau de ses rêves. Tous font semblant de croire qu’elle est en possession de toutes ses cellules grises, et dans le même temps – à tout hasard – ils la placent sous « mandat de protection future ».

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(extrait Légifrance)

On aurait presque envie de dire : la pauvre !

Pour en revenir au travail des policiers, à la différence d’une information judiciaire, où leur action tient à la volonté du juge, en enquête préliminaire, il n’y a pas de limites. Et le procureur, me direz-vous… On imagine assez mal M. Philippe Courroye mettre un frein à l’enquête qu’il a lui-même ordonnée. Du moins tant qu’on touche au commun des mortels. Car s’il s’agit d’aller titiller un ministre, les choses ne sont plus les mêmes. Certes, en droit, un ministre ne bénéficie d’aucune immunité particulière, mais uniquement d’un privilège de juridiction (Cour de justice) pour les actes commis dans l’exercice de ses fonctions. Mais dans les faits, on comprend bien que cette procédure compliquée agit peu ou prou comme une protection contre les poursuites (art. 68-1 et 2 de la Constitution). Et si l’on se souvient que dans l’affaire citée plus haut, le juge Halphen avait convoqué le président Chirac comme un quelconque pékin (d’ailleurs sans résultat), on ne voit guère un procureur convoquer un ministre. Et encore moins un OPJ.

Ou alors un OPJ suicidaire.

Quant aux déclarations de l’ancienne comptable de Mme Bettencourt, il est assez simple de confirmer ses propos, puisqu’elle fait allusion à de l’argent retiré aux guichets de banques situées en France. On peut être sûr que c’est déjà fait. Pour les enregistrements clandestins, c’est différent. Il faut wanted_dalton.1278491944.jpgse méfier de ce qui est trop apparent. Le majordome les aurait effectués entre mai 2009 et mai 2010, et cela avec un appareil d’une capacité de 200 heures. Pourquoi « seulement » 21 heures ont été retenues ? Qui a fait le tri ? Sur quels critères ? Qui a décidé ? Qu’y avait-il sur les enregistrements que l’on ne connaît pas ? Que sont-ils devenus ? N’y a-t-il pas eu montage ? Etc. Car s’il est tentant de régler son compte à un ministre un rien arrogant, il ne s’agit pas d’une chasse à l’homme. Il faut rester neutre, impartial.

Pas facile dans le climat actuel.

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Pour le dessin du haut voir le blog de Sanrankune.
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Liliane et les quarante voleurs a été lu 21 886 fois et a suscité 38 commentaires.

Le témoin PT02/08 ne répond plus

Par un curieux effet de distorsion, dans ce procès de Villiers-le-Bel, on parle surtout des  témoins sous X. Vont-ils venir, ne pas venir, confirmer leurs déclarations, se rétracter… Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce jeu du chat et de la souris ne sied pas à la sérénité d’une cour d’assises.

homme-yeux-bandes_dutronwordpress.1277797831.jpgCe recours à l’anonymat résulte du souci de rassurer les témoins. S’il s’agit le plus souvent d’une initiative des enquêteurs, ce ne sont pas eux qui décident, mais les magistrats. En l’occurrence, le juge des libertés et de la détention, à la requête du procureur de la République ou du juge d’instruction. Et dans une affaire qui touche à la paix publique, on imagine qu’il a dû sérieusement potasser le dossier avant de prendre sa décision…

La marge de manœuvre est étroite, car la justice ne peut être rendue en catimini : une justice qui se cache serait l’aveu de l’échec de notre société. Elle doit donc être publique. Alors comment concilier la protection des témoins et la nécessité de rendre justice ?

En fait, le processus est basé sur un mot qui aujourd’hui semble avoir une connotation obsolète : la confiance.

Dans la pratique, le policier recueille le témoignage par procès-verbal, comme il est fait habituellement, mais à la place de l’état-civil, il se contente de mentionner le numéro d’ordre attribué au témoin. Dans le corps du P-V, il ne doit pas être fait mention d’éléments qui, par rapprochements, permettraient son identification.
C’est le procureur de la République qui est chargé du secret de son état-civil. La révélation de l’identité du témoin sous X tombe sous le coup de la loi (5 ans de prison et 75 000 € d’amende).

Mais il ne faut pas être naïf. Le plus souvent, on sait bien que ce sont les enquêteurs qui tirent les ficelles. Ce sont eux, sur le terrain, qui peuvent trouver le témoin et le convaincre de parler en lui assurant la plus complète discrétion. Le problème devient épineux lorsque ce sont des policiers qui se trouvent parmi les victimes. Comment éviter la suspicion ?

Ainsi, dans cette affaire, on entend dire que certains témoins pourraient être des indics de la police. C’est évidemment un habile moyen pour la défense, laquelle a beau jeu de dire aux jurés que l’accusation porte sur les déclarations des victimes – qui sont des policiers – et sur les témoignages d’inconnus – qui sont sous l’emprise de policiers. Une façon de semer le trouble parmi les esprits : témoin anonyme ou informateur ? Car s’il s’agit d’indics, la jurisprudence considère qu’ils ne peuvent témoigner.

Alors, comment faudrait-il faire ?indien_revedesoleilspaceslive.1277797896.gif Je ne sais pas. On se trouve devant la difficulté classique, habituelle dans le délit de rébellion : le policier peut-il être à la fois la victime et celui « qui punit » la victime ?

« Il ne suffit pas d’avoir juridiquement raison pour être médiatiquement compris », disait le procureur Burgelin. Cette réflexion colle assez bien à ce procès, me semble-t-il.

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Liliane, fais les valises ! a été lu 1 798 fois et a suscité 19 commentaires.

« Libérator » a-t-il tort ?

Le juge des libertés et de la détention (JLD) a juste dix ans.  Il est né le 15 juin 2000 avec la loi renforçant la protection de la présomption d’innocence et les droits de la victime. Aujourd’hui, la promotion-sanction annoncée denew-justice_southerndefender.1276678296.gif M. Xavier Lameyre, surnommé Libérator, JLD à Créteil, montre que ce texte, remodelé déjà plusieurs fois, n’a toujours pas la cote auprès des policiers.

C’est d’ailleurs compréhensible, quasi mathématique : plus on renforce les libertés individuelles plus on complique la tâche de la police. Mais en poussant ce raisonnement à l’absurde, on serait amené à dire que pour éradiquer la délinquance il faudrait donner à la police les pleins pouvoirs…

L’un des rôles phares de ce magistrat est de se prononcer sur la détention provisoire, mais en fait, il intervient dans bien d’autres domaines. C’est lui par exemple qui dans certaines circonstances peut renouveler la garde à vue au-delà de 48 heures, autoriser des perquisitions de nuit, ou en enquêtes préliminaires, dans le cas où la personne concernée s’y refuserait ; ou encore accepter qu’un témoin dépose sous l’anonymat. Il peut aussi décider de la conservation des données détenues par les opérateurs de téléphonie. Comme il doit donner son feu vert pour l’installation d’un système son-image dans un local privé en dehors des heures légales, etc.

En fait, à chaque fois qu’un policier, un gendarme, un juge ou un procureur, désire pour les besoins de son enquête enfreindre une liberté individuelle plus que de coutume, le JLD doit donner son accord.

Ce qu’on appelle un empêcheur de tourner en rond.

Dans le cas présent, certains syndicats de police se focalisent sur la détention provisoire. On comprend bien la rage d’un flic qui a bossé sur une affaire des jours, des semaines,  parfois des mois, et qui voit ses clients, les suspects, rentrer chez eux avant même que lui ne soit descendu de son bus ou de son RER… Mais il s’agit là d’une réaction épidermique.

Car les textes disent bien que la détention provisoire est une mesure exceptionnelle. Elle doit être « l’unique moyen » de conserver des preuves, des indices, de protéger les témoins, d’éviter que le mis en examen ne prenne la fuite, ou d’empêcher, évidemment, que l’infraction ne se reproduise. Sauf en matière criminelle, il n’est pas non plus prévu de satisfaire à un trouble de l’ordre public ou à une campagne médiatique.

On peut même s’étonner, à la lecture du Code de procédure pénale, qu’autant de personnes soient mises en détention provisoire…

Les policiers, comme tout citoyen, peuvent estimer que les lois sont mal faites, mais ils ont un devoir et un seul, celui bugs_bunny.gifde les respecter, avant même de les faire respecter.

En tout cas, dans une démocratie, un flic ne peut pas demander la peau d’un juge – et l’obtenir.

Ou alors je n’y comprends plus rien.

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Rue89 et les voleurs d’images, a été lu 2 864 fois et a suscité 22 commentaires.

Les coulisses des reconstitutions judiciaires

Un patron de la gendarmerie vient de se voir sanctionner pour avoir refusé que ses hommes, en l’occurrence un homme et une femme,  se prêtent à la reconstitution d’une scène de crime.

extrait-du-film-linspecteur-la-bavure.1276251374.JPGIl y a quelques années, un commissaire de police avait fait de même. Il s’était vu retirer, lui aussi, son habilitation d’OPJ pour un an. Les syndicats de police, notamment Synergie officiers, avaient alors diffusé un tract pour inviter leurs adhérents à boycotter les reconstitutions, du moins celles qui sont jugées dégradantes.

Mais c’est quoi une reconstitution judiciaire ?

Pour se faire une idée, une idée pour rire s’entend, on peut visionner sur Dailymotion la scène du film de Zidi, Inspecteur la bavure. Tout le monde est en place. Le commissaire (Julien Guiomar) demande à l’officier de gendarmerie si l’un de ses gendarmes peut jouer le rôle de la victime. Refus poli. Alors, le commissaire se tourne vers Coluche : « Vous allez faire la petite fille », lui ordonne-t-il. On retire les menottes au suspect (Philippe Khorsand) qui se met à courir après Coluche en criant « Fifille, fifille !…». À voir, c’est un extrait de choix.

Plus sérieusement, il s’agit généralement d’un acte d’instruction qui consiste à mimer le crime un peu comme on le ferait au théâtre. Le juge se transforme alors en metteur en scène. Parfois, victimes, témoins ou suspects jouent leur propre rôle. À défaut, on prend des figurants. Et par commodité, ou pour limiter les frais, on les choisit parmi les policiers ou les gendarmes.

La reconstitution est un acte important de l’enquête judiciaire, car elle permet de visualiser la scène et notamment de mettre en évidence des impossibilités matérielles. Et c’est un acte objectif qui peut servir autant l’accusation que la défense.

Lors du procès Colonna, par exemple, au vu des déclarations des experts sur l’angle de tir, les avocats avaient demandé une nouvelle reconstitution pour tenter de démontrer que la taille de leur client contredisait l’accusation.

Je ne me souviens plus s’ils ont obtenu satisfaction…

Personne d’ailleurs ne conteste l’importance de cet acte. Simplement, gendarmes et policiers se refusent à mimer certaines scènes, comme de jouer par exemple devant les suspects le rôle de la victime.

Il me semble que c’est une position parfaitement compréhensible.

En revanche, lorsqu’ils effectuent une france-nation-de-football.1276250806.jpgparade d’identification, ils s’arrangent entre eux. Acceptant de bonne grâce de poser parmi les suspects, sous le regard des témoins. « Des volontaires pour un tapissage ! » entend-on parfois dans les couloirs.

Alors, après tout, pourquoi les magistrats ne s’arrangeaient-ils pas entre eux ?

On imagine le tollé.

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Aff. Boulin : pourquoi pas une enquête parlementaire ? a été lu 5 442 fois et a suscité 13 commentaires.

Le cheval, meilleur ami du policier

2010 pourrait bien être l’année du cheval. En effet, au mois de janvier, quatorze députés se sont penchés sur le destin de cet animal, autrefois dit de labeur, et aujourd’hui essentiellement cantonné à des activités sportives et de loisirs. Ils ont donc déposé une garde-a-cheval_blog-clic-cheval.1275214216.jpgproposition de loi pour que le cheval ne soit plus considéré comme un animal de rente, destiné à finir sa vie à l’abattoir, mais comme un animal de compagnie. « Rien ne différencie plus le chien, animal de compagnie, d’un cheval, animal de rente », a dit le député Lionnel Luca, qui est à l’origine de cette initiative. En fait, il s’agit d’ajouter une petite phrase au Code rural : « Art. L. 212-9 A. – Le cheval est un animal de compagnie tel que défini par les dispositions du présent code à l’article L. 214-6. »

Dans la police et dans la gendarmerie, ce n’est pas tout à fait vrai, car le cheval et le chien ne sont pas des animaux de compagnie mais plutôt des « collaborateurs » à quatre pattes.

Et en cherchant à me documenter sur le sujet, je suis tombé sur un personnage original : un commissaire divisionnaire qui s’est réorienté vers l’enseignement, puisqu’il est aujourd’hui professeur à Paris VIII, et qu’il a créé une école d’équitation destinée à former des jeunes « qui se cherchent ».

Philippe Vénère, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un policier un rien atypique. 37 ans de police, dont 6 comme gardien de la paix. C’est lui, par exemple, qui a ouvert les portes de la 1ère DPJ (division de police judiciaire) de la rue de Courcelles, à Paris, à Bertrand Tavernier, afin qu’il puisse s’inspirer de ces locaux de police particulièrement repoussants pour tourner L.627, film qui a attiré l’attention sur les conditions de travail des policiers.

C’est lui également, alors qu’il dirigeait la 4ème BT (brigade territoriale), en 1984, qui a reçu la mission impossible d’évacuer le squat de « l’îlot Chalon ». Une sorte de cour des miracles qui était devenue un véritable centre commercial de la drogue. On raconte, qu’au flan, il a demandé 1000 hommes. Accordé, a répondu le préfet de police. Et cette opération casse-gueule, et forcément impopulaire, s’est déroulée sans bobo.

Donc, en 1999, avec un officier de l’armée de l’Air, Gilbert La Sala, il fonde l’École des gardes à cheval de Soissons, destinée à former des jeunes qui veulent concilier leur métier et leur passion pour le cheval. « Aujourd’hui, 85% de nos stagiaires sont placés dès la sortie de la formation », dit-il. Les débouchés : gardes-vert, gphilippe-venere_france5.1275299583.jpgardes-chasse, gardes forestiers, et même des sociétés de surveillance qui parfois font appel à des cavaliers. À noter que la gendarmerie nationale recrute des gendarmes adjoints à cheval.

Sinon, pour la police nationale ou municipale et pour la gendarmerie, notamment la Garde républicaine, il faut d’abord passer le concours commun à tous les candidats.

De par le monde, de très grandes villes sont dotées d’une police montée. En France, on semble un peu en retrait. Pourtant, l’idée fait son chemin auprès de certains maires et l’on commence ici ou là à voir apparaître des brigades équestres.

Le policier ou gendarme à cheval présente plusieurs avantages. D’abord, par sa situation dominante, il a une vision étendue. Ensuite, il peut crapahuter dans les espaces verts ou sur des chemins impraticables pour des engins motorisés.

Mais l’avantage le plus important est psychologique. Le couple policier-cheval ne dégage aucune agressivité, bien au contraire. En plus, il est écolo.  À son passage, c’est comme si on arrêtait le temps. Comment dire, le flic, sur son canasson, il est sympa.

Je sais bien que rendre les policiers sympathiques n’est pas la préoccupation première ni des maires ni d’un ministre.

Ils n’ont pas nécessairement raison. L’autre jour, à Limoges, une jeune femme demande l’aide d’un CRS : son bébé de quatre jours est tombé à l’eau et il ne respire plus. Le policier prodigue un massage cardiaque et le bébé reprend vie. Quelques semaines auparavant, sur l’autoroute A25, c’est une policière qui se transforme en sage-femme pour aider à mettre au monde un petit Mathis.

La routine me direz-vous. Oui, mais pourquoi ne montrer toujours que le côté noir des choses ?

Cela dit, le cheval n’a pas encore gagné la partie. Car il n’est pas du tout certain que les députés acceptent de le classer parmi les animaux de compagnie. À cela, il y a plein de raisons pratiques que rappelle le Groupe des entreprises du secteur cheval en agriculture (GESCA) dans un rapport qui conclut que « le cheval animal de sport, de sport de loisirs, de trait, de consommation [doit être] maintenu dans la classification juridique d’animal de rente ».

Avec un argument fort, surtout à notre époque : 70 000  emplois à la clé.

Ce qui me gêne le plus, c’est le mot « consommation ».

D’ailleurs, en fin de carrière, les chevaux de la Garde républicaine ne sont plus envoyés à l’abattoir, mais ils peuvent être rachetés par leur cavalier ou confiés à des associations.

Pour moi, et je crois que nous sommes nombreux dans ce cas, le steak de cheval ne passe pas.

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La 1ère photo provient du blog Clic-cheval et la seconde d’un reportage de France 5.
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Politique sur le dos des morts

Beaucoup d’émotion, hier, lors de l’hommage national rendu à Aurélie Fouquet en présence du président de la République. Même si certains aspects de cette affaire sont encore ténébreux, le temps n’est pas à la polémique, mais au recueillement.

croix-dattelle_dominiqueetcompagnie.1274946149.jpgCela m’a rappelé d’autres morts, dans d’autres circonstances.

C’était le 31 mai 1983, lors d’un banal contrôle d’identité, avenue Trudaine, à Paris. Plusieurs individus dans une voiture ouvrent le feu sur les policiers. Deux meurent sur le coup et le troisième est grièvement blessé. Deux jours plus tard, un motard interpelle un jeune homme pour vérifier son permis de conduire, il est tué d’une balle dans le dos.

Trois morts et un blessé grave en quelques jours.

Lors de la cérémonie dans la cour de la préfecture de police, le ministre de l’Intérieur, Gaston Defferre, et le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Joseph Franceschi, sont accueillis par des huées et des sifflets. Certains policiers, à leur passage, leur tournent même ostensiblement le dos. Après le cérémonial, ils se retrouvent dans la rue et marchent en direction de la place Vendôme pour hurler leur désaccord avec la politique pénale menée par Robert Badinter. La Chancellerie est protégée par quelques dizaines de gardiens de la paix, qui mettent képi bas, et par deux escadrons de la gendarmerie.

Les policiers estiment qu’ils sont lâchés par le pouvoir en place et que les nouvelles lois, trop permissives, vont les empêcher de faire leur travail normalement. Et même si  personne n’en parle haut et fort, ils sont beaucoup à penser que la suppression de la peine de mort ne va pas arranger les choses. Pour certains, il s’agit d’un véritable message de faiblesse vis-à-vis des criminels…

À la suite de cette manifestation, les sanctions vont tomber. À tous les niveaux : le préfet de police démissionne, le directeur général est remercié, sept policiers sont suspendus et deux représentants syndicaux révoqués.

Mais la gauche au pouvoir tient compte de l’avertissement. C’est le tocsin de l’angélisme et le dur retour à la réalité.

Et pourtant, même si l’émotion qui a suivi la mort de ces policiers est parfaitement compréhensible, avec le recul, on peut se dire que leur réaction était exagérée, et qu’en fait, ils se sont fait manipuler.

En effet, depuis la mairie de Paris, Jacques Chirac se prépare déjà pour les élections présidentielles. Il a créé auprès de lui une cellule, une sorte de « ministère de l’Intérieur fantôme », comme l’appelle le regretté Philippe Madelin dans son livre La guerre des polices (Albin Michel), cellule dirigée par un commissaire et placée sous la houlette de Robert Pandraud.

Et ce sont eux qui tirent les ficelles.

Je ne sais pas pourquoi, cette cérémonie à la mémoire de cette jeune policière tuée en service m’a rappelé ces événements.

Et j’ai ressenti la même gêne.

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Taser contre kalachnikov a été lu 22 192 fois et a suscité 71 commentaires. On s’interroge beaucoup sur le rôle que doit désormais tenir la police municipale.

Taser contre Kalachnikov

Après la fusillade de Villiers-sur-Marne, la décision soudaine de Brice Hortefeux d’autoriser les maires à doter leur police municipale d’un pistolet Taser tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe.

drapeau_photo-nadine_breizphoto_flickr.1274696962.jpgLes syndicats ne sont d’ailleurs pas dupes, ainsi Patrick Masante, le porte-parole du Syndicat national du policier municipal, tout en regrettant que les  » municipaux  » ne bénéficient pas du même armement (en 1e catégorie) que les  » nationaux « , déclare que « les Tasers et les flashballs ne sont que des gadgets ».

En effet, à quoi un Taser peut-il bien servir face à une Kalachnikov !

Dans cette histoire dramatique, on a bien du mal à imaginer l’enchaînement des événements. Personnellement, je n’ai pas compris.

Le Figaro du 21 mai nous dit que « des policiers du commissariat de Villeneuve-Saint-Georges, en route pour une séance d’entraînement au tir, croisent un fourgon qui comporte deux petits trous dans la carrosserie, semblables à des impacts de balles […] Ils le prennent en chasse ». Alertés par radio, d’autres policiers, de la Compagnie de sécurisation, repèrent le véhicule et se joignent à la poursuite. Échange de coups de feu.

À Villiers-sur-Marne, le fourgon heurte une voiture. Des policiers municipaux, apparemment non informés de cette suite d’événements, arrivent sur les lieux et se positionnent en travers de la route, sans doute pour interdire la circulation. Pensent-ils à un accident de la circulation ? C’est alors que les truands arrosent tout le monde avec des armes de gros calibres.

Selon une version plus récente, les policiers auraient tenté de contrôler le fourgon alors qu’il circulait sans plaque d’immatriculation. Refus de s’arrêter. Début de course-poursuite. Fusillade, jusqu’à l’accident à Villiers-sur-Marne.

Je ne vois pas trop des braqueurs monter sur un coup dans ces conditions… C’est quand même le meilleur moyen d’attirer l’attention.

Une troisième version circule, qui suppose que cette équipe de voyous était sous surveillance depuis pas  mal de temps.

Sinon, on peut mixer les trois hypothèses, et l’on obtient alors quelque chose de cohérent. On imagine…

L’antigang planque sur une équipe qui projette de se faire un fourgon blindé. Pas question d’intervenir à chaud : trop de risques. Alors, on surveille, on filoche, on écoute… On attend le moment propice, le plus souvent après le coup, lorsque les malfrats sont persuadés d’avoir réussi et qu’ils relâchent la pression. Ce qu’on appelle l’opération retour. Mais là, c’est le grain de sable. Des collègues de la circulation qui trouvent le fourgon suspect et qui le prennent en chasse. Alors, à l’antigang,  c’est l’affolement. On sait que cela risque de mal tourner. On s’époumone à la radio, mais ça cafouille un peu sur les fréquences. Trop tard. Les truands ont repéré les flics. À présent, ce sont des fauves, prêts à tout…

C’est de la fiction, bien entendu. Et peu importe comment les choses se sont déroulées, me direz-vous. Pas si sûr. Lorsqu’on est devant un tel pépin, il faut faire le débriefing. Il faut tirer les conséquences. Certes, ce n’est pas à moi de le faire, je n’ai pas les éléments. Une chose est sûre, il ne suffit pas de claironner que les coupables seront arrêtés, qu’ils seront punis, autant de phrases creuses qui n’ont jamais empêché un braqueur d’être un assassin en puissance. Et ce n’est pas un phénomène nouveau. Et à la différence du policier ou du gendarme, le voyou, lorsqu’il ouvre le feu, il se fiche pas mal de savoir où ses balles atterrissent.

Aurélie Fouquet, une jeune femme de 26 ans, a perdu la vie lors de cette fusillade, et sept autres personnes ont été blessées, dont un chauffeur routier et quatre automobilistes qui se trouvaient là au mauvais moment. C’est le bilan accablant d’une course-poursuite improvisée.

Et aucun Taser au monde n’y aurait rien changé.

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Fumer un joint ou conduire, il faut choisir ! a été lu 31 858 fois et a suscité 92 commentaires, dont certains… fumants.
(La photo du drapeau a été empruntée à Nadine.)
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