Au risque d’oublier qu’un homme encourt une lourde peine de réclusion criminelle, le procès qui se tient devant la Cour d’assises d’Albi a tout pour passionner le grand public : une jolie danseuse a disparu. On la suppose morte, mais on n’a pas retrouvé son corps. Son mari, bel homme au visage énigmatique, est
bien sûr le suspect idéal. D’autant que ce professeur de droit est connu pour ses nombreuses aventures féminines, surtout auprès de ses étudiantes, et qu’il a, bien maladroitement, accumulé les indices contre lui. À moins que l’amant de sa femme, à l’évidence très amoureux de sa maîtresse, n’ait pris un malin plaisir à en rajouter quelques-uns…
Et dans le prétoire, douze jurés, deux assesseurs, un avocat général qui a probablement mal digéré la décision d’acquittement prise l’an dernier, et un président, Jacques Richiardi, qui connaît son dossier sur le bout des doigts et qui n’a pas envie de s’en laisser conter. Défense et partie civile, quant à elles, sont représentées par des figures médiatiques du barreau, des avocats connus pour leurs effets de manche scéniques et leurs expressions théâtrales.
Jeudi, après avoir mis à mal la déposition d’un témoin qui aurait été influencé par l’amant, jetant ainsi le doute sur la culpabilité de Viguier, le président s’en est pris à celui-ci, le confondant dans ses mensonges à propos d’une histoire de clés, comme nous l’explique Pascale Robert-Diard dans son blog du Monde : « La voix du président est devenue sèche tout à coup. Il précise : Cet agenda a été saisi dans votre véhicule le 11 mars. Or, vous êtes venu avec ce véhicule au commissariat le 10 et il n’en a pas bougé. Vous n’y avez pas eu accès. Donc, je reprends ma question : quand et pourquoi avez-vous mentionné cela ? – Je ne sais pas… »
Dans ce procès, on refait l’enquête de A à Z, comme l’autorise l’article 310 du Code de procédure pénale : « Le président est investi d’un pouvoir discrétionnaire en vertu duquel il peut, en son honneur et sa conscience, prendre toutes mesures qu’il croit utiles pour découvrir la vérité… » Il peut par exemple faire citer un témoin à la barre, même contre son gré.
Mais qu’en sera-t-il demain ?
Dans le projet de réforme pénale, il est fortement question de retirer au président de la Cour d’assises ce pouvoir discrétionnaire. Il deviendrait alors une sorte d’arbitre entre l’avocat général et les avocats de la défense. Un animateur, en quelque sorte.
Or l’enquête risque dans le même temps de devenir moins rigoureuse, car les policiers ne seront plus placés sous la direction drastique d’un juge d’instruction. Les OPJ vont d’ailleurs récupérer une partie de ses pouvoirs, vraisemblablement la procédure de mise en examen. Ce que le Syndicat de la magistrature appelle « Un interrogatoire de notification de charges ».
Ainsi, on va retrouver les mêmes personnages du début de l’enquête au jugement. Un parquet surpuissant, placé hiérarchiquement sous l’emprise d’un ministre, qui décide de l’opportunité des poursuites, des moyens à utiliser pour l’enquête, et qui soutient l’accusation lors du jugement.
Un système dont on devine les risques. Et en face de lui un avocat. Or, tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir les services d’une pointure du barreau ! Certains devront se contenter d’un avocat commis d’office. Le problème, c’est que rien dans la réforme en cours ne fait référence à une modification de l’assistance judiciaire.
Il existe donc bel et bien le risque d’un déséquilibre important entre une accusation monolithique et une défense rachitique.
Si l’on prend en compte le nombre de gardes à vue, on en déduit qu’en 2009, un adulte sur cinquante a été considéré comme suspect d’un crime ou d’un délit. Alors, si cette réforme devait être adoptée en l’état, je propose la création d’une caisse d’assistance judiciaire, copiée sur celle de la sécurité sociale.

