POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Le tohu-bohu d'Edvige

Le tohu-bohu qui entoure la mise en place du fichier Edvige est-il justifié ? Le mécontentement s’est cristallisé sur la possibilité de ficher des mineurs de 13 ans et de faire mention de nos affinités sexuelles. Et accessoirement aussi sur le fait de s’intéresser de trop près à certaines personnalités (ce dernier point n’est pas nouveau). Mais au fait, c’est quoi le fichier Edvige ?

espionnage_image-google.1221062776.jpegC’est tout simplement l’outil de travail qui suit la fusion des RG avec la Sécurité publique. Puisqu’on mélange les genres, se sont dit quelques grosses têtes de l’Intérieur, il est normal de créer un fichier qui englobe les deux activités. Prenons un exemple : le militant écolo intéresse les RG, mais lorsqu’il passe à l’action dans un champ de maïs transgénique, il commet un délit et il trouble l’ordre public. Du coup, il intéresse la Sécurité publique. CQFD.

Edvige est donc un fichier fourre-tout, même si on n’a pas très bien compris comment il allait être alimenté… Bien sûr, il est fait pour notre bien, pour notre sécurité, tatata, tatata…

Il est « ouvert » pour les 4.000 policiers de la DCRI qui peuvent donc l’interroger librement et il est semi-protégé pour les autres. Ce qui signifie que son utilisation doit faire l’objet d’une autorisation de la hiérarchie. J’ai entendu le représentant d’un syndicat des commissaires de police le défendre (un peu gêné, m’a-t-il semblé). C’est peut-être son rôle. C’est surtout son rôle de se demander comment les commissaires, ou les officiers de police, vont en assurer le contrôle ? Car tout manquement va de fait leur retomber sur le poil.

Certes, les policiers étaient demandeurs. Il leur fallait un outil adapté aux réformes successives et aux technologies modernes. Mais là, c’est presque trop. A la longue, Edvige pourrait bien devenir une maîtresse encombrante.

Ce fichier fait partie d’un lot. Il suit la création, en janvier 2008, du fichier PERS, dont personne n’a pratiquement parlé.

Le fichier PERS est tenu par les agents du fisc. Il ne concerne ni les délinquants, ni les personnalités, ni les homosexuels… Il concerne tout le monde. Son objet est d’archiver tous les Français, et toutes les entreprises françaises, en répertoriant le maximum d’informations (état–civil, filiation, mariage, domicile, mail, téléphone, profession, biens fonciers, comptes en banque, etc.). Chaque français se voit ainsi attribuer pour la circonstance un « numéro séquentiel d’identification ».

Ces deux fichiers s’ajoutent à tous les autres, Adn, empreintes digitales, voitures, etc.

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Bien entendu, aucun n’est croisé. Mais si un jour ils devaient l’être, nous serions tous aussi transparents que du verre. On pourrait par exemple d’un clic de souris déterminer le comportement «éventuellement» délictueux d’un individu en fonction de la loi des grands nombres.

Amusant, non !

Intervenir avant le crime ou le délit… Le rêve d’une société parfaite.

 

Agnelet en cass'

Le 17 septembre 2008, la Cour de cassation doit se prononcer sur l’affaire Agnelet. Dans son émission du 5 septembre, sur Europe 1, «café crimes», Jacques Pradel est revenu sur ce feuilleton judiciaire qui trouve son origine dans la disparition d’une jeune femme, Agnès Le Roux, héritière avec son frère et sa mère, du Palais de la Méditerranée, à Nice.

Les faits remontent à 1977.

renee-le-roux-et-maitre-kiejman.jpgDans ces années-là, Nice est au centre d’une guerre des gangs : la mafia italienne tente de s’accaparer le monopole du jeu sur la Côte d’Azur. Une enquête délicate où s’entremêlent le fric, la politique, la franc-maçonnerie, etc. Et puis l’absence de cadavre… On pense d’abord à une fugue ou à un suicide, puis on s’achemine vers un suicide « assisté » pour finalement arriver à un assassinat.

Maurice Agnelet, l’amant d’Agnès Le Roux, est soupçonné. On découvre qu’il a servi d’intermédiaire entre sa maîtresse et Dominique Fratoni, le patron du casino concurrent, qui roule pour la mafia.

En 1985, Agnelet est condamné pour avoir fait main basse sur l’argent que sa compagne avait déposé sur un compte, en Suisse. Mais il est dédouané de l’inculpation de meurtre. Renée Le Roux, la mère d’Agnès, tente de faire annuler le non-lieu, mais la Cour de cassation lui donne tort. Dossier clos ?

C’est sans compter sur la pugnacité de la vieille dame. Celle-ci est persuadée que Maurice Agnelet a tué sa fille. Elle veut une nouvelle enquête. Le procureur refuse, faute d’éléments nouveaux… Finalement, son avocat, Maître Kiejman, ancien garde des Sceaux, déterre une botte secrète : recel de cadavre. On est en 1994, mais le recel n’est pas prescriptible. C’est un délit continu. Cette fois, le procureur suit.

Six ans plus tard, Agnelet abandonne sa femme. Il a tort, car elle détient la clé de son alibi. Elle revient sur ses déclarations faites dans les années 70, et du coup la procédure criminelle est réouverte. Nous sommes en l’an 2000. C’est ainsi que le 23 novembre 2006, Maurice Agnelet se retrouve devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes. Et il est acquitté.

Mais le procureur ne veut pas en démordre. Il fait appel de cette décision du jury populaire. Une possibilité que lui donne la loi de l’an 2000, mais qui à ma connaissance n’a jamais été utilisée dans de telles circonstances.

L’année suivante, 30 ans après les faits, Agnelet est condamné à 20 ans de réclusion criminelle.

Est-ce l’épilogue ? Pas tout à fait : le condamné se pourvoit en cassation. Un pourvoi en dix points, dont je n’ai pas le détail. Cependant, on peut imaginer que l’un d’eux concerne la prescription, car si elle était acquise, Maurice Agnelet n’aurait jamais dû passer devant une Cour d’assises.jean-dominique-fratoni_lecrapouillot1190618046.1220702161.jpg

Il n’appartient pas à la Cour de cass’ de se prononcer sur les faits, mais uniquement sur le droit. Aussi, lorsqu’elle casse un jugement, les parties se retrouvent devant une nouvelle juridiction, pour un nouveau jugement.

Mais dans le cas présent, supposons qu’elle décide que les magistrats sont effectivement passés outre au délai de prescription… Maurice Agnelet pourrait-il être rejugé ? Ou serait-il définitivement blanchi ?

Certes, le personnage n’est pas sympathique, mais nous sommes dans un État de droit. Et l’on peut dire ici que le droit a été pas mal tournicoté. Si Agnelet avait gain de cause, il pourrait légitimement exiger de l’État un dédommagement conséquent. Allez, le chèque serait moins gros que celui de Bernard Tapie !

 

Quelques remarques juridiques formulées sous toute réserve :

Dans sa version originale la loi du 15 juin 2000 n’autorisait pas le ministère public à faire appel d’une décision d’acquittement.

C’est la loi du 4 mars 2002 qui a donné cette possibilité – mais seulement au procureur général. Le législateur a ainsi voulu souligner le caractère exceptionnel de cet appel.

Il est vraisemblable que la Cour de cassation s’interroge sur ces trois points :

– Entre le non-lieu obtenu par Agnelet en 1985/1986 et la réouverture du dossier criminel, 15 ans se sont écoulés. Or la prescription criminelle est de 10 ans après le dernier acte de procédure. Quel acte a-t-on pris en compte pour interrompre la prescription ? S’il s’agit de la procédure pour recel de cadavre, un délit peut-il interrompre la prescription criminelle ?

– On a appliqué à Maurice Agnelet une loi de 2002 pour des faits qui se sont déroulés en 1977 et pour lesquels une information judiciaire a été ouverte en 2000. Il subit donc les conséquences d’un mauvais fonctionnement de la justice en se voyant appliquer une procédure qui lui est défavorable. Cela n’est-il pas contraire au principe de non-rétroactivité des lois ?

– Dans les deux procès d’assises, c’est le même avocat général, Monsieur René Cortès, qui a représenté le ministère public. Or, une circulaire du 11 décembre 2000 prévoyait que… « dans les hypothèses d’appel principal du ministère public contre une condamnation jugée insuffisamment sévère, l’accusation soit a priori représentée en appel par un autre magistrat. » Peut-on parler de harcèlement judiciaire ?

Je n’ai pas les réponses.

PS – Madame Annie Audoye, qui a suivi de près cette enquête, pense que c’est probablement Me Boitel, le premier avocat de Madame Renée Le Roux, qui est l’origine de la plainte pour recel de cadavre. Me Kiejman a pris le relais. Et c’est finalement Me Temine qui a obtenu la condamnation de Maurice Agnelet. Dont acte.

Maddie : post-scriptum

La disparition de la jeune Maddie passionne la blogosphère. Des milliers d’internautes se sont connectés à ce blog en laissant parfois des commentaires ou en m’envoyant un mail. Beaucoup sont durs envers les McCann. Il est vrai que leur attitude exécrable reflète d’eux une mauvaise image. Ils sont déplaisants. Mais avant de paraître déplaisants, peut-être sont-ils malheureux !

Mais la question n’est pas là !

Une enfant de 4 ans a disparu. On l’a enlevée à sa famille et personne ne sait ce qu’elle est devenue.

Et qu’ils l’acceptent ou pas, les époux McCann sont responsables, comme tous nous le sommes de nos enfants.

Et au lieu de l’admettre, ils tergiversent, ils mentent aux enquêteurs, ils cherchent des protections, en un mot, ils se conduisent comme des coupables.

Et ensuite, ils s’étonnent d’avoir été soupçonnés. Et ensuite, ils s’étonnent d’être pris à parti. Et ils s’indignent qu’on s’attaque à leur honneur. Mais on s’en fiche de leur honneur !

chambre-de-maddie.1220423203.jpgUne enfant de 4 ans a disparu. Et nous sommes tous concernés. Car cette enfant, c’est la nôtre à présent, comme le devient l’espace d’un instant le bambin qu’on aide à traverser la rue ou que l’on console d’un bobo.

Il ne faut pas que l’enquête s’arrête. Au contraire, Interpol, Europol, et toutes les polices d’Europe doivent se mobiliser pour retrouver Maddie. Nous n’avons quand même pas bâti l’Europe uniquement pour une histoire de gros sous !

Et si hélas c’est trop tard ! Si elle morte. Nous voulons savoir comment. Nous voulons connaître le nom de son assassin. Et nous voulons qu’il soit puni.

La mystérieuse disparition de Maddie

Madeleine McCann, dite Maddie, allait avoir 4 ans. En cette soirée du 3 mai 2007, elle a disparu de sa chambre, dans un luxueux complexe touristique, l’Ocean club, au sud du Portugal, où elle était supposée dormir.

Depuis, on ne sait pas ce qu’elle est devenue. Récemment, la pressemadeleine_McCann_kidnappingbe.1220017885.jpg s’est fait l’écho d’une déclaration de la justice portugaise : dossier classé. C’est probablement une fausse nouvelle. Comment un magistrat, un policier, pourrait admettre de refermer un dossier sans penser à la victime, une enfant, presque un bébé. Et si elle était vivante !… La confusion vient sans doute du non-lieu qui a été décrété contre les trois suspects.

LES FAITS : Le complexe touristique de l’Ocean Club est un ensemble de bâtiments comprenant un bloc résidentiel, deux restaurants, le Tapas et le Millénium, des courts de tennis, la plage, etc.

Ce soir-là, les McCann dînent avec des amis au restaurant Tapas. Vers 22 heures, Kate McCann se lève de table pour voir ses enfants, comme elle le fait habituellement, pour s’assurer que tout va bien. Ses deux bébés, des jumeaux, dorment à poings fermés, chacun dans son berceau. La porte de la chambre de sa fille n’est pas fermée, ce qui l’étonne. Elle entre : la fenêtre est ouverte, le volet est levé, Maddie a disparu.

Elle revient précipitamment au restaurant pour prévenir son mari. Tous deux retournent à l’appartement, accompagnés de leurs amis, et ils ne peuvent que se rendre à l’évidence. Ils se mettent alors à prospecter les environs.

C’est la situation que découvrent les premiers policiers appelés sur place. Tout laisse croire à une escapade de la gamine. Elle n’est peut-être pas loin. Les recherches s’organisent.

Peu après, le directeur de la PJ, à Lisbonne, reçoit sur son téléphone portable un appel en provenance de l’ambassade de Grande-Bretagne. Son correspondant lui demande s’il est au courant qu’une enfant britannique a disparu… Il tombe du placard. On imagine la ribambelle de coups de fil qui font suite à cette intervention.

LES PREMIERES CONSTATATIONS : Il n’y a aucun désordre dans la chambre où dormait l’enfant. Le lit n’est pas défait. Il n’y a pas de trace d’effraction, ni sur la fenêtre, ni sur le volet, ni sur la porte. L’enquête de voisinage permet de retrouver des témoins, des vacanciers irlandais, qui affirment avoir aperçu un peu avant 22 heures, un homme qui portait une fillette dont le signalement correspond parfaitement à Maddie : visage, coiffure, vêtements. À présent, il n’y a guère de doute : c’est un enlèvement. L’alerte est donnée.

L’ENQUETE DE LA POLICE JUDICIAIRE : Les péjistes recueillent les témoignages de centaines de personnes, et en priorité ceux des mccann_mailonline.1220018107.jpgparents et de leurs amis. Très vite, ils se rendent compte de certaines contradictions entre les uns et les autres. Une femme affirme par exemple être passée devant l’appartement, plus tôt dans la soirée, et avoir remarqué que le volet de la chambre était fermé. Or, Kate McCain déclare que la fenêtre était ouverte et le volet rentré. Et les enquêteurs ne constatent aucune trace d’effraction. De plus, le volet ne peut s’ouvrir que de l’intérieur. Peut-on imaginer qu’un individu entre par la porte, à l’aide d’une fausse clé, et ressorte par la fenêtre, avec sa victime, après avoir ouvert le volet ? De plus, le lit de l’enfant n’est pas défait, comme si personne n’avait couché dedans. Intrigués, les policiers examinent le téléphone portable de chacun des McCann : l’historique des communications a été effacé. Étonnant de penser à vider la mémoire de son portable alors que son enfant vient d’être kidnappé ! Mais les policiers de la PJ de Faro ont du mal à faire leur travail. La pression devient vite insupportable. La petite Maddie a disparu le jeudi soir. Le vendredi, l’ambassadeur du Royaume-Uni, John Buck, se trouve sur place, accompagné de grands pontes de la police et de la justice. Et le samedi, trois policiers britanniques débarquent à leur tour, en principe pour assister leurs collègues portugais. Le contact n’est pas très bon. Les policiers locaux se sentent rabaissés. Pourtant, pour avoir participé à la formation de policiers portugais, je puis assurer qu’ils n’ont rien à envier ni aux Français ni aux Britanniques – si ce n’est peut-être certains moyens techniques.

Les conditions de travail sont les suivantes : 150 policiers portugais, 3 policiers britanniques, des autorités, des diplomates, et des journalistes… partout. Pas l’idéal pour une enquête. Le samedi, le directeur de la PJ de Faro déclare à la presse : « Il s’agit d’un enlèvement. » Dans le même temps, les époux McCann lancent des appels désespérés devant les caméras de télévision. On dit même que la police détient un portrait-robot du ravisseur, mais qu’il ne sera pas diffusé pour éviter de mettre la vie de l’enfant en péril. Un peu tard, non, pour penser à la jeune victime !

Pendant ce remue-ménage politico-médiatique, le responsable de l’enquête, le commissaire Gonçalo Amaral, commence à entrevoir une autre possibilité. Il trouve que le comportement des McCann n’est pas « naturel ». D’ailleurs pourquoi refusent-ils de participer à une reconstitution de la soirée ? Il trouve que certains témoignages ne sont pas en corrélation et qu’il devient impossible de déterminer où se trouvait untel à telle heure. Ainsi, une invraisemblance apparaît lorsque le témoin irlandais signale qu’après avoir vu Gerry McCann à la télévision, il l’a formellement reconnu : c’était lui l’homme qu’il a aperçu avec Maddie dans les bras, le jeudi, vers 22 heures. Oui mais à cette heure-là, le père de l’enfant se trouvait au restaurant avec ses amis…

Amaral est dubitatif. Il sent qu’il existe une certaine connivence entre ce groupe d’amis. Auraient-ils menti ? Il revient sur les premières constatations et il examine les lieux d’un œil différent – comme il le ferait d’une scène de crime. La mort de la fillette devient l’hypothèse de travail des enquêteurs.

LES ELEMENTS DE PREUVES OU DE PRESOMPTIONS : Un suspect est arrêté. C’est un ressortissant britannique qui vit à une centaine de mètres du centre de loisirs. Je ne donnerai pas son nom, car il a attaqué en justice les journaux qui avaient raconté « des choses » sur lui, et les patrons de presse ont tous baissé culotte. On dit qu’il aurait encaissé 750.000 €.

Pendant ce temps, des chiens dressés pour déceler certaines odeurs, notamment celles du sang ou d’un cadavre, sont amenés sur place. Ils détectent des traces à l’intérieur de l’appartement, dans la chambre du couple et dans la salle à manger ; ainsi qu’à l’extérieur du bâtiment. Plus troublant les chiens s’arrêtent sur la peluche de l’enfant et sur des vêtements appartenant à sa mère. On met les chiens en présence d’une voiture louée par les McCann, et ils reniflent là aussi des odeurs suspectes. Or ce véhicule a été loué bien après la disparition de la fillette ! En revanche, les chiens ne détectent rien ni dans la voiture du Britannique mis en examen, ni chez lui.

L’étau se resserre sur les McCann.

caducee-dasclepios_wikipedia_sticksvg.1220018712.pngAux endroits marqués par les chiens, on récupère de minuscules fragments organiques afin de comparer l’Adn avec celui de Maddie (des traces de salives sur les draps de son lit). Les analyses se font en Grande-Bretagne. Lorsque la réponse tombe, il n’y a plus de doute. : Il existe 15 marqueurs identiques dans les deux Adn. Il s’agit de la petite fille.

Début septembre, les époux McCann sont mis en examen, mais laissés libres. La presse rapporte qu’ils sont soupçonnés d’avoir dissimulé le corps de leur fille après un décès d’origine accidentel – on parle de l’administration d’un sédatif trop puissant (les parents sont tous deux médecins) – et qu’ils s’en seraient débarrassés par la suite, en le transportant dans un véhicule loué à cette intention.

Entre-temps cette affaire a pris une ampleur internationale. Les McCann ont appelé le Premier ministre anglais, Gordon Brown, et l’enquête est suivie au plus près par le gouvernement des deux pays. La presse est déchaînée. Les parents se posent en victime d’une police bornée, voire rétrograde. Les journaux britanniques tapent à boulets rouges sur les enquêteurs qui s’en prennent à la famille au lieu de rechercher l’enfant disparue. Les policiers anglais qui participent à l’enquête (et qui en principe n’ont aucun pouvoir d’intervention) ne font rien pour arranger les choses. Le public se passionne pour cette mystérieuse histoire – chargée d’émotion. Un fonds de soutien est créé. Brian Kennedy, un milliardaire britannique, offre ses services. Il prend en charge les frais d’avocats et ceux des enquêteurs privés. On dit même qu’il se déplace pour rencontrer certains des témoins. Cela a-t-il un rapport avec le fait que la plupart aient refusé par la suite de retourner sur place pour participer à une reconstitution ? L’atypique patron de Virgin met également la main à la poche. Il est intéressant de noter que toute cette énergie, tout cet argent, sont essentiellement utilisés pour défendre les suspects.

De nouvelles recherches Adn effectuées par le laboratoire médico-légal de Birmingham prennent le contrepied de la première expertise. Il est dit que les échantillons prélevés (par les policiers portugais) auraient été mélangés…

Le commissaire Gonçalo Amaral demande une contre-contre-expertise. Impossible, lui répondent les Anglais, les prélèvements ont été détruits, ou perdus, on ne sait pas exactement, par le laboratoire. Amaral n’en peut plus. Tout ce tintamarre, cette pression permanente de la hiérarchie, des autorités politiques, des médias l’empêchent de travailler correctement. Il est pris à parti, critiqué, épié… Même ses confrères britanniques lui tirent dans les pattes. Excédé, il se la-verite-du-mensonge.1220018943.jpglâche dans la presse. C’est une erreur, car sa hiérarchie saute sur l’occasion. Il est viré.

Gonçalo Amaral a écrit un livre, La vérité du mensonge, qui sort ces  jours-ci au Portugal. Gageons qu’on va y trouver des éléments intéressants. Du moins s’il est traduit en français. La presse, déjà échaudée dans cette affaire s’en fera-t-elle l’écho ? Pas sûr ! Les McCann ont clairement laissé entendre que leurs avocats étaient prêts à passer à l’action.

Pour en revenir à l’Adn, en France, sauf erreur de ma part, 13 marqueurs identiques dans 2 Adn différents suffisent à la justice. Donc, si les faits s’étaient déroulés chez nous, d’abord l’expertise n’aurait pas été faite en Grande-Bretagne mais dans un laboratoire français, et ensuite les McCann auraient été mis en examen et très certainement placés en détention préventive – et seul le juge aurait pu décider d’une contre-expertise.

Comme quoi les preuves scientifiques, même les plus pointues, ne dépendent pas d’une formule mathématique mais du jugement des hommes.

LE COMPORTEMENT DES PARENTS : On est obligé de dire que le comportement des McCann comparé à celui d’autres parents placés dans une situation aussi douloureuse est… différent. D’entrée de jeux, ils ont pris de haut les policiers portugais. Ils ont menti sur certains points et tout de suite, ils ont cherché des appuis auprès des autorités de leur pays. Comme s’ils se sentaient menacés ! Ont-ils été happés par la machine médiatique ? Le fonds de soutien qu’ils ont créé (et qu’on trouve sur les pages commerciales de Google) a récolté environ 1,5 million d’euros. Or, l’une des premières dépenses engagée par ce fonds a été de régler deux échéances concernant l’achat de leur maison. On dit que 600.000 euros auraient été versés pour régler les honoraires de détectives privés, lesquels pour la plupart se sont révélé être des escrocs. L’un d’eux a même déclaré qu’il avait infiltré un réseau pédophile belge… À décharge, ils ont certifié ne pas avoir utilisé cet argent pour régler les honoraires des avocats qui assuraient leur défense.

Ces gens ont mobilisé autour d’eux tant de monde, tant de beau monde pourrait-on dire, de la politique à la finance…, qu’on ne peut que s’étonner. Font-ils partie d’un réseau ? d’une loge ? d’une secte ? d’un clan ?…

L’ÉTAT DE L’ENQUETE : Les époux McCann n’ayant pas sollicité la poursuite de l’enquête, celle-ci est officiellement terminée. En l’état, on a une gamine de 4 ans, probablement morte ; et trois suspects qui ont été élargis. L’un, le voisin, soupçonné en raison de son passé, mais contre lequel il ne semble pas exister de preuves ; et les parents…

Il est prouvé qu’ils ont menti dès leurs premières déclarations aux policiers, notamment sur leur emploi du temps, visiblement de connivence avec leurs amis. Ils n’ont pu expliquer la présence de trace de sang, ou l’odeur d’un cadavre, notamment dans le véhicule qu’ils avaient loué, trois semaines après les faits. Même si en droit la contre-expertise Adn annule la précédente, elle n’est pas entièrement convaincante. Les experts se contentent de constater qu’ils ne peuvent utiliser les prélèvements qu’on leur a remis, car ceux-ci ont été altérés. Et même si l’on considère que ces deux expertises sont contradictoires, laquelle faut-il croire ? La destruction des prélèvements rend toute confirmation impossible.

Et après ce charivari, Maddie rejoint la longue liste des enfants disparus.

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CONCLUSION : Chacun peut penser ce qu’il veut, mais la justice portugaise a estimé qu’il n’existait aucune charge contre quiconque, aucune preuve, aucun indice. Elle a « archivé » le dossier, comme on dit là-bas.

On peut s’étonner. Mais je crois que c’est un bon moyen de repartir de façon plus sereine. En effet, rien n’interdit aux enquêteurs de poursuivre « discrètement » leurs investigations. La procédure portugaise permet la réouverture du dossier à tout moment, si quelqu’un apporte un élément nouveau.

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est qu’on parle beaucoup d’argent et bien peu de la jeune victime. Finalement, l’un des suspects a encaissé 750.000 € remis par certains journaux pour éviter un procès en diffamation, et les deux autres, les parents, ont récolté 1,5 million d’euros sur un fonds de soutien. Sans parler de l’argent dépensé par les richissimes mécènes. Quant aux policiers portugais, ils ont été ridiculisés.

Ils doivent l’avoir en travers… Je vous parie qu’ils ne sont pas prêts de l’oublier.

La PJ de 2004 (1)

PARTIE 32 – En cette année 2004, il se passe plein de choses au sein de la police nationale. Le bouillonnant ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy engrange réformes sur réformes et parallèlement dispose habilement ses hommes au sein de la grande maison. Il prend tant de place dans le gouvernement Raffarin, qu’au mois de mars, Jacques shadok_craintif_castaliefrjpg.1219822163.jpgChirac l’expédie à Bercy pour remplacer l’atypique Francis Mer. (Ce dernier n’a jamais été admis dans le sérail.) Mais Chirac a vieilli. Il restera probablement dans l’Histoire comme un politicien redoutable et un président timoré. Il a beau affirmer en parlant de son impétueux ministre : « J’ordonne, il exécute », personne n’y croit – et certainement pas l’intéressé. Quelques mois plus tard, Sarkozy revient place Beauvau.

Pendant ce temps, la PJ s’installe dans de nouvelles structures territoriales, comme il en a été décidé par un décret du 24 avril 2003. Neuf directions interrégionales sont créées (Bordeaux, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Orléans, Rennes, Strasbourg et Pointe-à-Pitre) qui regroupent un ou plusieurs services régionaux. Cette réforme va nous dit-on rapprocher les enquêteurs du terrain… Bon, nous on veut bien ! En tout cas, elle présente au moins deux avantages : elle ne coûte pas cher et elle augmente de facto la compétence territoriale des OPJ. Elle fait partie du lot des 57 mesures concernant le plan de modernisation de la DCPJ. Il est amusant de constater que cette réforme des structures territoriales est carrément à l’opposé de celle qui fut envisagée par le passé. On nous disait alors que pour « rapprocher les enquêteurs du terrain », il fallait départementaliser la PJ… Va comprendre !

Bien loin de tout ça, au Japon, le 27 février 2004, la cour d’appel de Tokyo rejette le deuxième recours déposé par le gourou Shoko Asahara (qui plaidait la folie) et entérine définitivement sa condamnation à la peine de mort. Ce triste personnage est considéré comme l’instigateurshoko-asahara_liberationfr.1219822428.jpg du gazage du métro de Tokyo, en 1995, qui avait fait 12 morts et 5.500 blessés. Rappelons qu’au Japon la peine de mort est appliquée par pendaison. Elle fait débat. D’autant qu’il appartient au ministre de la justice de signer personnellement l’arrêté d’exécution (on peut imaginer Madame Rachida Dati, le stylo à la main…). Les pendaisons sont en général effectuées en catimini. Au moment où j’écris ces lignes, il ne semble pas que Shoko Asahara ait été exécuté. On dit d’ailleurs qu’il y aurait une bonne centaine de détenus dans les quartiers de la mort. Certains attendraient depuis plus de 20 ans… Le bourreau a œuvré pour la dernière fois fin 2007 : trois hommes condamnés pour meurtre ont été pendus.

Début mars, plus près de nous, en Belgique, débute le procès Dutroux et celui de ses complices, Michelle Martin et Michel Lelievre. Tout le monde se souvient de ce tueur pervers, auteur (entre autres) de plusieurs meurtres sur des adolescentes. Il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine complémentaire lui interdisant le bénéfice de la libération conditionnelle (dans le droit belge cela s’appelle, je crois, une peine de mise à la disposition du gouvernement). Cette affaire a eu un retentissement considérable, on a été jusqu’à parler de complicités au sein de la justice et la police. À défaut, il y a eu au moins un tas d’erreurs, de fautes, de manquements… Tous ces faits ont entrainé de sérieuses réformes, notamment dans l’organisation de la police judiciaire. En 2001, la gendarmerie a été supprimée.

Le 3 mars, La Dépêche du Midi lâche l’information que tous les journalistes de France taisaient comme un seul homme : la France fait l’objet d’un chantage à l’attentat de la part d’un mystérieux groupe qui se fait appeler AZF. Menaces de sabotages de voies ferrées, empoisonnement d’usines d’eau potable, etc. Sarkozy est furax : il avait imposé le blackout à la presse. Pourtant, ce genre de plaisanterie n’a rien d’exceptionnel. C’est le plus souvent le fait de trublions à l’âge mental incertain qui se paient à bons comptes des poussées d’adrénaline. En principe on n’y prête guère attention. Heureusement que le ridicule ne tue pas…

attentat-espagne.1219822900.jpgEn Espagne, quelques jours plus tard, il n’y a eu ni menace ni chantage avant qu’une dizaine de bombes n’explosent dans plusieurs gares de la capitale. Le bilan est terrible : 191 morts et 1.500 blessés. Cet attentat sera également fatal au gouvernement Aznar. Lors des élections législatives qui suivent, les Espagnols ne lui pardonnent pas d’avoir voulu faire porter le chapeau à l’ETA, alors que les enquêteurs découvrent rapidement qu’il s’agit de terroristes islamistes. Le socialiste José Luis Zapatero est élu haut la main.

Le 19 mars, Maurice Agnelet est mis en examen pour le meurtre, en 1977, de sa maîtresse Agnès Le Roux, la riche héritière du casino Le palais de la Méditerranée, à Nice. Déjà incarcéré pour ces faits, il avait été relaxé en 1986. Jugé par la cour d’assises des Alpes-Maritimes, il sera acquitté en 2006. Mais, profitant d’une révision du code de procédure pénale (voulue par Robert Badinter, en 2000), le procureur général fera appel de cette décision du jury populaire. Rejugé en 2007, Agnelet écopera cette fois de 20 ans de réclusion criminelle. Maurice Agnelet a donc été « jugé » trois fois avant d’être reconnu coupable du meurtre d’une femme dont on ignore si elle est décédée ou pas. À n’en pas douter, le cas de ce bonhomme sera décortiqué dans les facultés de droit.

Quelques jours plus tard, la justice décide un non-lieu général dans l’affaire Kaas. Les faits se sont déroulés en avril 1992 : Sylviane Kaas a été assassinée dans sa demeure, une somptueuse villa située à Anneville-Ambourville, dans la Seine-Maritime, tandis que son mari était au cinéma avec ses enfants. Sur la base d’une dénonciation, 18 mois plus tard, André Kaas est mis en examen. Il est soupçonné d’avoir recruté deux tueurs à gages pour éliminer son épouse, afin d’hériter de sa fortune. Il est incarcéré. Alors qu’il était un promoteur immobilier prospère, son affaire périclite durant les 3 ans qu’il passe en prison. À sa sortie, il a quasiment tout perdu. Pour cette erreur judiciaire, Kaas réclame 5 millions d’euros d’indemnité, tandis que le parquet quant à lui estime son préjudice à 539.000 €. Finalement, en 2005 on lui octroie généreusement cent mille euros. Une misère par rapport au million d’euros encaissé par Patrick Dills ou aux centaines de milliers d’euros perçus par les acquittés d’Outreau. Une affaire pas suffisamment médiatique, peut-être !

Fin mars : élections régionales. Sur les 22 régions seules deux (l’Alsace et la Corse) échappent au raz-de-marée rose. Au PS, on se réjouit, on se congratule, et l’on oublie un instant que la gauche n’a connu la victoire que… par défaut. Et nous on part pour une cohabitation new-look.

Dans le même temps, bien loin de là, en Lituanie, le chanteur Bertrand telefilm-colette.1219823314.jpgCantat répond du meurtre de la comédienne Marie Trintignant. Les faits se sont déroulés les derniers jours du tournage d’un téléfilm sur la vie de Colette, le 26 juillet 2003. Cette soirée a été arrosée. Une fois dans leur chambre, les deux amants se disputent violemment : une scène de jalousie dont l’origine n’est pas certaine (on, parle d’un Sms que la jeune femme aurait reçu de son ex-mari). Cantat assomme sa maîtresse de plusieurs coups portés au visage. Puis il la transporte dans son lit. Ce n’est que plusieurs heures plus tard qu’il se décide à appeler des secours. C’est sans doute ce délai qui sera fatal à Marie Trintignant. Transportée à l’hôpital de Vilnius, elle est opérée par des chirurgiens français. Ils jugent son cas désespéré. Passant outre l’avis du corps médical, sa mère, Nadine Trintignant, fait transporter sa fille en France, où elle décédera le 1er aout 2003, dans une clinique de Neuilly-sur-Seine. Pour ces faits, Bertrand Cantat est condamné à une peine de 8 ans de prison. Les deux parties font appel, puis tout le monde se désiste, comme si un arrangement était intervenu… En tout cas, sur le strict plan du droit, on peut s’étonner qu’une information judiciaire ait été ouverte en France pour ces mêmes faits. On peut également s’étonner que l’accusé ait été extradé, quelques mois plus tard, pour effectuer sa peine dans une prison française. Il a été libéré 4 ans plus tard, après qu’un accord ait été trouvé pour indemniser l’assureur du téléfilm et les quatre enfants de Marie Trintignant.

Le 1er mai, dix nouveaux pays font leur entrée dans l’Union européenne. Et pendant ce temps, on bichonne les poulagas. Les officiers de police vont être surclassés en basculant du cadre B au cadre A (sans doute une première dans l’administration), c’est-à-dire qu’ils rejoignent le corps des commissaires de police. Pour rassurer ces derniers, on leur promet une aspiration vers le haut, mais im-happy_forumdoctissimo.1219823499.jpg dans sa forme actuelle ce grade est probablement amené à disparaître. Les syndicats sentent l’effet d’aubaine. Ils en demandent plus. Et, outre une prime de résultats, ils obtiennent la garantie du paiement de toutes les heures supplémentaires engrangées au fil du temps. Et comme on sait très bien que cette promesse ne pourra pas être tenue (il s’agit d’environ cinq millions d’heures sup’), on colle un nouveau gadget entre les mains des policiers pour qu’ils puissent faire joujou. Il s’agit du Taser, l’arme non létale adoptée par la police de certains pays et catégoriquement rejetée par d’autres. L’arme de police la plus controversée de par le monde.

à suivre…

 

Le trésor de Sulak

Bruno Sulak avait promis l’équivalant d’un million d’euros aux deux fonctionnaires de l’administration pénitentiaire qui ont tenté de le faire évader. L’affaire a mal tourné. Sulak est mort et ses complices sont restés en prison – mais cette fois de l’autre côté des barreaux.

Un million d’euros ! Ce n’est pas rien. Celui que la presse a surnommé le gentleman cambrioleur et que ses proches ont préféré baptiser l’ami public numéro 1 possédait-il un trésor caché ?

extrait-lefigaro.1219251635.jpgDans l’article que lui a consacré Le Figaro, le 14 août dernier, Etienne de Montety nous décrit quelques-unes de ses actions d’éclat chez tel ou tel grand bijoutier, et l’on additionne, et l’on se dit que tout ça fait beaucoup d’argent. À l’époque, on parlait de plusieurs millions. Puisque ce Monsieur du Figaro a eu la gentillesse de me mettre en scène, je vais continuer.

Du souvenir de mes conversations avec Sulak, lorsqu’on parlait d’argent, il me disait : « Il ne faut pas croire ce que racontent les journaux… » Et il ajoutait que les préjudices annoncés par les bijoutiers qui avaient reçu sa visite étaient toujours surévalués. Il n’avait pas tort, car ceux-ci retenaient le plus souvent le prix de vente des bijoux. Lorsqu’on imagine leur marge, cela change tout. « Ensuite me disait-il, moi, à la revente j’en tire à peu près le quart de la valeur… Tu vois, il me reste pas grand-chose… » Y va pas nous faire pleurer, le Bruno

Cela dit, lorsqu’il a été arrêté, on n’a récupéré ni argent ni bijoux. Oh, bien sûr, on aurait pu saisir et mettre sous scellés les cadeaux qu’il avait pu faire à ses proches. Des babioles ! Une voiture ici, une bagouze là. Ç’aurait été mesquin. À l’OCRB on n’était pas comme ça ! Alors, où qu’il est passé le magot ?

Bruno Sulak avait une particularité par rapport aux autres truands que nous pourchassions : il avait une vie sociale. En effet, la plupart des voleurs, des braqueurs…, vivent dans la clandestinité. Lui circulait avec de faux papiers, carte de sécu, cartes de visite, etc., et il pouvait toujours justifier d’un domicile (où il mettait rarement les pieds), ce qui lui permettait de se faire adresser du courrier, de donner son numéro de téléphone…, comme le fait un homme « normal ». Ainsi pourvu, il s’inventait une profession, du genre qui plaît aux dames, et il vivait comme tout à chacun – et plutôt mieux.

Sans que cela soit formellement établi, on pense que sous des identités d’emprunt il a ouvert en France et à l’étranger des comptes dans différentes banques. Certaines de ses relations étaient-elles au courant de l’existence de ces comptes ? Possédaient-elles une procuration ?

Ce trésor « virtuel » de Sulak a-t-il atterri dans quelques mains amies ou dort-il encore sur des comptes off-shore ou dans des coffres anonymes ?  On ne le saura sans doute jamais.

Mais existe-t-il un trésor plus… concret ? Des billets de banque, des bijoux, des armes…  C’est quasiment certain. D’ailleurs, lorsque j’ai quitté la police, quelques mauvaises langues (si, si, il y en a même dans la police) ont murmuré que j’avais fait main basse sur ledit trésor. Des âneries, évidemment. Pourtant, je me souviens de ces surveillances dont j’ai fait l’objet par des flics qui me filochaient avec l’air de dire : on nous a dit de le faire, alors on le fait, mais on n’est pas obligés de le faire bien. Jusqu’au jour où j’ai posé la question au patron de la BRB. En résumé, il m’a dit : « La CR du juge… panier. »

Plus tard, bien plus tard, j’ai découvert l’existence de deux valises que coffre_tresor_pokegraphcom.1219250804.jpgSulak avait laissées à la garde d’untel, ici, puis là, puis ailleurs… Des valises qui avaient la bougeotte. Après tout, c’était peut-être des livres ! J’ai perdu leurs traces quelque part en banlieue parisienne, dans une maison huppée appartenant à des gens du showbiz. Inutile de dire que je n’ai jamais vu ces valises ni de près ni de loin, mais que diable sont-elles devenues après sa mort ? Peut-être sont-elles en train de pourrir dans une cave, un grenier, ou sous quelques pelletées de terre dans un jardin anonyme…

Allez, je suis persuadé que si un jour quelqu’un découvre le trésor de Sulak, il le remettra aux autorités judiciaires comme tout bon citoyen de ce pays le ferait, afin qu’il vienne renflouer les caisses de l’Etat.
Ça tomberait bien, j’ai cru comprendre qu’elles étaient vides.

La patronne

La direction centrale de la PJ change de tête. La crinière blonde et soignée de Martine Monteil, au-dessus de son regard parfois moqueur, va être remplacée par un poil plus dru et plus viril.

martine-monteil_police-pro-mai-2007.jpgAu moment où j’écris ces lignes, on murmure des noms : Alain Berthe, l’actuel directeur central adjoint, Gilles Leclair, patron de la sous-direction de la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière, ou Christian Lothion, responsable de la direction interrégionale de PJ de Marseille… Rien que des gens d’expérience qui sauront prendre le relais.

Mais pourquoi Martine Monteil s’en va-t-elle ? Certains ont murmuré que son soutien un rien intempestif au candidat Nicolas Sarkozy, lors des élections présidentielles, avait été mal perçu. D’autres qu’elle portait comme un tatouage mal placé le fait de devoir sa nomination à Dominique de Villepin… D’autres enfin estiment que son acharnement à défendre la place de la PJ dans la lutte contre le terrorisme n’était pas en symbiose avec le projet présidentiel qui concernait la création de la DCRI…

Ce ne sont que mesquineries…

On peut se demander si la réalité n’est pas plus simple. Pendant longtemps, la direction centrale PJ a été un poste de fin de carrière. Il était d’ailleurs de tradition qu’à la veille de son départ en retraite, le locataire se ouatine un strapontin dans le « privé ». Certains postes (souvent honorifiques), dans certaines entreprises franco-françaises, étaient d’ailleurs disons… réservés à cet usage.

Les temps ont changé. Peu à peu, la moyenne d’âge des cadres de la police nationale a diminué. Que peut-on espérer de l’administration à cinquante et quelques balais, lorsqu’on a atteint le sommet de la pyramide si ce n’est une place de préfet ?! D’ailleurs, la préfectorale ne rouspète même plus de voir ainsi débarquer en son sein des hommes et des femmes qui ne sont pas du… sérail.

Il y a quelques mois encore, loin de la tourmente, avec sa collègue de promotion, Mireille Ballestrazzi, elle réglait des problèmes concernant les heures supplémentaires, la vétusté du parc automobile, etc. On m’a rapporté que ses relations avec les syndicats étaient plutôt bonnes. Son franc-parler devait être apprécié. On retiendra surtout de son séjour à la tête de la DCPJ, une réforme sous forme d’époussetage qui a balayé pas mal de toiles d’araignées et fait grincer quelques vieilles dents.

Pour le centenaire de la PJ, elle a parrainé un livre aux éditions Michel Lafon. Passons, c’est pas ce qu’elle a fait de mieux. En revanche, on dit qu’elle nous mitonne ses souvenirs. Là, on devrait se régaler, car des souvenirs, elle doit en avoir, la patronne !a-la-barre.1218450100.GIF

Personnellement, j’ai eu l’occasion d’apprécier son efficacité dans l’aide qu’elle a apporté à des amis : une famille dont la fille de 18 ans avait glissé dans la toxicomanie, avec tous les corollaires que l’on devine… C’était il y a bien longtemps, alors qu’elle était chef de section stups à la PP.

Martine Monteil a été élue femme de l’année en 90, 91, je ne sais plus. Mais gageons que ça doit la gonfler qu’on relie constamment ses qualités professionnelles ou sa brillante carrière à son sexe…

Après tout, elle se serait appelée Martin, c’aurait été pareil : un bon flic de PJ.

Siné-ma

On murmure que Siné aurait reçu des menaces de mort. Je ne veux pas le croire… Mais lorsqu’on voit le tollé qui a suivi deux phrases insignifiantes écrites dans Charlie Hebdo, il faut s’attendre à tout.

Siné est un personnage hors du commun. Il a la stature d’un Gabin et la gouaille d’un Audiard. Je l’ai rencontré il y a une vingtaine d’années alors qu’il travaillait, avec sa femme, Catherine, pour l’émission de Michel Polac, Droit de réponse. Sans doute la seule émission dejean-sarokozy-et-jessica-darty_nouvelobs.1217838177.jpg télévision polémique qui ait jamais été diffusée en direct intégral – et surtout la seule émission où les participants se retrouvaient aux alentours de minuit autour d’une bonne bouffe, à la brasserie Bofinger, à la Bastille.

Le bonhomme ne laissait pas indifférent. Un soir qu’il m’avait invité dans son pavillon du 9-3, il avait eu cette réflexion : « C’est la première fois que j’invite un flic chez moi ! » Et ses invités, pour la plupart de bons nanars, avaient été contraints de me serrer la louche. De les voir ainsi déconfits, je crois bien qu’il jubilait – moi-t-aussi.

Une autre fois, sans doute agacé de me voir tournicoter autour de sa femme, sur un coin de nappe il avait dessiné un petit crobar (que je ne montrerai pas ici), me représentant avec à la main un bouquet de fleurs cachant (mais si peu) une partie intime de ma personne.

Mais qu’a donc dit le vieil homme pour que des Badinter, des BHL, etc., le descendent en flamme ? Il a dit que Jean Sarkozy voulait se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée juive, et héritière des fondateurs Darty. Et c’est tout ! Je trouve que c’est une belle preuve d’amour de la part de ce jeune homme ! Moi qui ai épousé, il y a bien longtemps, une belle jeune femme juive, héritière (?) des Galeries Barbès, je n’ai pas franchi le pas. Aurais-je été moins amoureux ?

Le Monde 2 du weekend dernier, a publié un article sur la « débaptisation ». Et de citer, Alice, 56 ans, retraitée, qui a demandé que son nom soit rayé du registre des baptêmes : « Me voilà ravie de m’être retirée totalement de cette secte », dit-elle au journaliste, Fabien Mollon, qui rapporte les propos sans sourciller. Vous avez bien lu – de cette secte.

Wikipédia donne la définition suivante d’une secte : « […] Terme polémique qui désigne un groupe ou une organisation le plus souvent à connotation religieuse dont les croyances ou le comportement sont jugés obscurs ou malveillants. »

Or, parmi les 173 sectes que le gouvernement avait répertorié en 1995, je n’ai pas souvenir d’y avoir vu l’église catholique.

Le Monde 2 a recensé 241 demandes de renonciation au baptême en 2007. Cela valait-il un article de 3 pages ? Cet hebdomadaire a-t-il déjà parlé des juifs libéraux qui s’affranchissent des archaïsmes de cette religion, et notamment du sexisme au détriment des femmes ?

sine.jpgNicole, une amie (à moitié juive), m’a écrit : « Quant à tous ces parangons de vertu qui hurlent à l’antisémitisme, ils me donnent la nausée. Perso, je trouve cet épouvantail du juif martyrisé insupportable… »

Tu sais quoi, Siné ? Je crois que tel Don Quichotte tu es parti en guerre contre des moulins à vent.

Et je crois que tu as raison. Mais si tu avais tort, je te donnerais quand même raison, car tu es autrement plus sympa que tous ces tartuffes qui te cherchent des poux dans les cheveux blancs.

Et sine die, Siné, je te le dis : continue !

 

Cliquer ici pour le blog de Siné.

La police belge nous parle

Un nouveau site sur la police vient de naître. Son auteur, Jean-Paul Wuyts, était hier encore commissaire divisionnaire de la police fédérale belge, détaché auprès de la mission Eupol*. Il a « fait valoir ses droits commissaire-wuyts.1217510949.jpgà la retraite », mais à le lire on comprend qu’il quitte ses fonctions à reculons, et qu’il n’est pas question pour lui de se convertir à la pêche à la ligne. Il a fixé la barre très haut, puisqu’en préambule il dit vouloir consacrer ce site aux « sciences comportementales au service des auxiliaires de justice ».

D’où le nom : PSYCRIPOL, qui est le monogramme de psychologie-criminologie-police.

Jean-Paul Wuyts sait de quoi il parle. Il a commencé sa carrière comme « inspecteur judiciaire » dans la lutte contre le banditisme, les stupéfiants, le proxénétisme, etc. Près de 40 ans de police.

Il indique les principaux sujets qu’il entend traiter, et parle notamment d’un ouvrage Psy et Flic – Au cœur de l’interrogatoire, qui devrait s’avérer très intéressant. En préambule de celui-ci, il dit : « Depuis plusieurs années, la police scientifique progresse sans cesse et envahit le monde de la justice. Policiers, magistrats, avocats et public ont tendance à lui faire une confiance aveugle, oubliant que derrière le microscope du biologiste ou l’éprouvette du chimiste, il y a des hommes et que ceux-ci, tout scientifiques et objectifs qu’ils puissent être, ne sont que des hommes, donc faillibles. Parallèlement, on a peu progressé dans la manière d’entendre les victimes et témoins et d’interroger les suspects, mais des individus ont été condamnés sur base de simples témoignages ou d’aveux. Or, l’apport de la psychologie dans la pratique quotidienne du métier d’enquêteur est essentiel. »

Moi, je suis d’accord des deux mains. Comment pourrait-il en être autrement ? Depuis des lustres, je baroude dans mon petit coin pourdeshumanisation_royo-jjcom_620.1217511044.jpg qu’on arrête de toute urgence la politique de déshumanisation de la police française.

Sans résultat.

Mais il peut en être différemment en Belgique. Ce pays est devenu aux yeux de nombreux français un espace de liberté (pas seulement sur le plan fiscal). La démocratie que la France a  été – il y a bien longtemps. Gageons qu’un homme de poids comme le commissaire Wuyts saura se faire entendre des autorités de son pays – et se faire comprendre de tout à chacun.

 ___________

* Sauf erreur de ma part, EUPOL s’inscrit dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) décidée par le traité de Nice, en 2001, qui comprend des opérations militaires (Bosnie-Herzégovine, Tchad…) et des opérations civiles, dont EUPOL (Afghanistan, Kinshasa…).

La DCRI et le fichier EDVIGE

Il y a quelques semaines, la DCRI a officiellement vu le jour. On nous a dit alors que la France allait se doter d’un grand service de renseignement qui remplacerait à la fois le service de contre-espionnage (la DST) et la direction centrale des renseignements généraux (DCRG).

singe_terresacreeorg.1216822357.jpgST et RG sont assez mal connus du grand public – et même de la presse.

Ce qui est d’ailleurs normal, puisque la ST était un service secret et les RG un service qui nous « faisait » des  secrets.

Ces deux directions de la police nationale se sont parfois trouvées en doublon sur des affaires de terrorisme, mais de fait, elles n’ont jamais été réellement concurrentielles. On peut même dire qu’elles étaient complémentaires.

La première était un service de police judiciaire (à compétence nationale) chargé de lutter contre l’espionnage et l’ingérence de pays étrangers. La seconde avait pour mission de renseigner le gouvernement (quel qu’il soit) sur la «société française». Ainsi, le professeur d’une école de police définissait les RG comme le baromètre du pays.

Plus récemment, on avait rajouté à leur palette la lutte contre le terrorisme.

On voit bien que les deux missions de base de ces directions étaient complètement différentes. Alors qu’en sera-t-il de la DCRI ?

On croit comprendre que la mission RG est dévolue aux policiers de sécurité publique (les commissariats) et que le nouveau service levalloisien va s’occuper de tout le reste. Sauf sur le ressort de la préfecture de police de Paris, où rien ne change (du moins sur le papier).

C’est énorme : 4000 policiers dotés de moyens considérables vont demain agir (pour la plupart) sous la protection du « secret défense ». Un domaine où la justice ne peut pas mettre son nez, sauf à obtenir l’accord du Premier ministre. Ce qui est assez rare.

4000 policiers sous l’autorité d’un préfet qui possède une ligne directe avec l’Elysée.

Une partie de la presse a claironné en annonçant un FBI à la française. C’est évidement une… bêtise. Le FBI est un service fédéral de police judiciaire – et – de renseignement. Placé sous l’autorité du département fbiseal.1216823767.pngde la Justice des Etats-Unis, il traite les enlèvements, le crime organisé, la criminalité financière, la lutte contre le terrorisme et les renseignements généraux. À noter que pour l’accomplissement de toutes ces missions (et pour un pays gigantesque par rapport au nôtre), ses agents actifs sont au nombre de 10 à 12.000.

Les flics américains seraient-ils meilleurs que les flics français ?

Concomitamment à cette création, par un décret du 1er juillet 2008, le gouvernement a donné à la DCRI un outil impressionnant : EDVIGE.

On fera abstraction de cet acronyme en forme de clin d’œil (exploitation documentaire et valorisation de l’information générale) pour s’interroger. Passant outre à l’avis de la CNIL, dans ce nouveau fichier, on a tout mélangé : les politiciens, les syndicalistes, les journalistes, les artistes, les homosexuels, les croyants, etc.

Il faut bien reconnaître que cette liste à la Prévert ne correspond àjesigne.1216822485.png aucune mission de police telle qu’on la conçoit dans une démocratie. Ce fichier n’a aucun objectif autre que celui de ficher la population française. La question est donc la suivante : Au nom de la sécurité, sommes-nous d’accord ?

Je n’ai pas lu de sondages sur ce sujet. Il est vrai que la presse a peu réagi, les hommes politiques non plus. Mais, peu à peu, la blogosphère s’est mise en marche. Et en une douzaine de jours, une pétition lancée sur Internet a recueilli plus de 45.000 signatures (Voir la pétition sur la Ligue des droits de l’Homme). Et je dois avouer que je ne sais pas quoi faire…

Avec ces 4000 policiers agissant sous le sceau du secret, avec ce fichier, avec les techniques modernes, d’écoute, de surveillance, de localisation…, le DCRI va devenir un outil « sécuritaire » à la  pointe de la technologie – et un peu effrayant.

Le progrès technique, disait Albert Einstein, est comme une hache qu’on aurait mis dans les mains d’un psychopathe.

Prenons garde que cet outil ne se retourne contre nous, ça serait «hachement» grave.

 

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