POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Obama se prend les pieds dans la Toile

Le mois dernier, deux sénateurs américains, l’un démocrate, l’autre républicain*, ont déposé un projet de loi pour mieux contrôler Internet, le Cybersecurity Act of 2009. Ça sonne autrement que notre pauvre HADOPI, non ! Mais ce internet-en-danger_blog_busi079d.JPGn’est guère plus rassurant. Ce texte prévoit la nomination d’un responsable de la cybersécurité, placé directement sous l’autorité de la Maison Blanche. Et il serait question de créer une nouvelle administration, l’Office of the National Cybersecurity Adviser, en prise directe avec le président des États-Unis – qui pour l’occasion se verrait doté des pouvoirs les plus étendus dans ce domaine.

Il pourrait en particulier désigner comme « systèmes critiques » des réseaux ou des infrastructures liés à Internet. Ces « indésirables » du Net pourraient voir leurs possibilités techniques réduites, ou même faire l’objet de coupures complètes. Tout cela au nom de l’urgence en matière de sécurité nationale et même en matière de cybersécurité tout court.

Le président Obama aurait ainsi la possibilité de couper Internet.

Et pour être efficace, des centres régionaux de cybersécurité pousseraient ici et là. Ils seraient en première ligne pour faire appliquer de nouvelles normes de sécurité cybernétique – qu’il reste à déterminer.

Ces éventualités hérissent au plus haut point le poil des défenseurs de la démocratie et des libertés individuelles. Ils estiment que ce texte, s’il était adopté, donnerait des pouvoirs incontrôlables au Président, car en l’état, c’est lui seul qui décrétera s’il y a urgence ou non. Il sera donc des deux côtés du manche.

Quant à la blogosphère, elle commence à s’échauffer.

Mais ce projet de loi, long de 51 pages, acte également l’importance d’Internet dans l’économie américaine. Il prévoit, par exemple, de donner des pouvoirs au Département du commerce, en autorisant son Secrétaire à accéder à l’ensemble des données de ces réseaux considérés comme critiques. Et aucune loi ne pourrait lui être opposable, même pas celles qui concernent la protection de la vie privée.

À l’heure où une partie des Américains considère le projet de la sécurité sociale comme une intrusion dans leur intimité, on peut imaginer que ce projet de loi aura du mal à passer les urnes. Comme dirait un certain ministre, va y’avoir du tohubohu.

Obama a fait rêver les Américains (et pas mal de Français) qui croyaient naïvement qu’un vent de liberté allait de nouveau souffler sur la Grande Amérique – et rien. Ou plutôt ce projet de loi que même notre Conseil constitutionnel repousserait du pied…internet-bâillonne.jpg

Mais les grands chefs qui mènent la danse sur notre planète ont de plus en plus de mal à accepter cette liberté d’expression que procure la Toile. Trop de libertés, ça fait fouillis, n’est-il pas !… Pour nous, Français, HADOPI sera-t-il le doigt dans l’engrenage ?

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* John Davison Rockefeller, membre du parti démocrate et descendant de la famille Rockefeller ; et Olympia Snowe, du parti républicain, qui est considérée comme la sénatrice la plus populaire du Congrès (source Wikipédia).

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Le billet précédent, Disparition de Maddie, le livre interdit, a été lu 2.010 fois en 2 jours. 13 commentaires et quelques mails, desquels il ressort que l’interdiction du livre a fait grand bruit au Portugal (la liberté d’expression est inscrite dans la Constitution). On m’a également fait remarquer que le commissaire Amaral n’avait pas transgressé son devoir de réserve, car dans la procédure portugaise, lorsqu’un dossier est « archivé », il est ouvert au public.

Disparition de Maddie : le livre interdit

Aujourd’hui, la seule personne poursuivie en justice dans l’affaire de la disparition de la petite Madeleine McCann1 est le policier qui a mené l’enquête. On lui réclame 1.2 million d’euros pour son livre A verdade da mentira maddie_pj-portuguaise.1253006616.jpg(L’enquête interdite2, chez Bourin Editeur). Écarté du dossier, poussé à la démission, le commissaire Gonçalo Amaral (même s’il a dérogé à son devoir de réserve) n’a pourtant fait que reprendre point par point les différentes étapes des recherches. Mais il a surtout mis en exergue certaines insuffisances dues en grande partie à la faiblesse des autorités portugaises face à la pression du gouvernement de sa Majesté britannique.

À la fin de son ouvrage, il livre les conclusions de son travail et de celui de son équipe. On peut résumer ainsi :
1/ Maddie est morte à l’intérieur de l’appartement de vacances, dans la nuit du 3 mai 2007 ;
2/ il y a eu simulation d’enlèvement ;
3/ les parents sont probablement impliqués dans la dissimulation du corps ;
4/ la mort aurait pu survenir à la suite d’un accident tragique ;
5/ il y a probablement négligence des parents sur la garde et la sécurité de l’enfant.

Les époux McCann ont été mis en examen en septembre 2007, puis finalement, ils ont été blanchis de toutes les accusations et le dossier a été « archivé ». Ils ont toujours clamé leur innocence et avec l’appui d’un réseau… mystérieux, ils ont bénéficié du soutien de hautes personnalités du monde de la finance et de la politique. Ils ont même été reçus par le pape. Ils ont créé une association qui a drainé, dit-on, plusieurs millions d’euros. Sous la menace de procès en diffamation, ils ont obtenu, dit-on toujours, 700.000 euros de la part de plusieurs journaux de langue anglaise. Et plutôt que de relancer l’enquête, comme portrait-robot-paru-dans-paris-match.1253006688.jpgla procédure portugaise l’autorise, ils ont préféré faire appel à des détectives privés, dont certains n’étaient certainement pas la crème de la profession. Les derniers en date viennent d’ailleurs de publier le portrait-robot d’une femme qui, trois jours après la disparition de Maddie, aurait accosté deux hommes, à Barcelone, pour leur dire : « Tu l’as ? Tu as ma nouvelle fille ? ». Puis en se rendant compte qu’elle se trompait d’interlocuteurs, elle serait partie précipitamment.

Aujourd’hui, les époux McCann auraient obtenu que tous les livres de Gonçalo Amaral soient retirés de la vente (photo avec Jacques Pradel à Europe 1) et que les droits d’auteur encaissés à ce jour (qui semblent importants, car le livre s’est bien vendu) leur soient reversés. Ils demanderaient en outre 1.2 millions d’euros, « au minimum », au titre des dommages et intérêts. Et surtout, ce livre ne amaral-pradel_photo-perso.1253007125.jpgpourrait plus être diffusé à l’étranger (je n’ai pas réussi à joindre l’éditeur français). Coïncidence, cette décision intervient juste au moment où il devait être traduit en langue anglaise. Or, Outre-manche, l’histoire de la disparition de la petite Maddie a profondément marqué l’opinion publique. Avec deux camps : ceux pour qui les McCann étaient des parents malheureux, victimes du harcèlement de la police portugaise, et ceux qui les considéraient comme des suspects ou pour le moins responsables d’un défaut de surveillance sur leur enfant.

Les époux McCann ont justifié leur action contre le policier en disant (traduction libre) : « (…) Il n’y a aucune preuve suggérant que Kate et moi avons été impliqués (…) J’espère que les gens comprendront que nous devons faire ce que nous faisons. »

Nous sommes bringuebalés entre la compassion vers des parents qui ne peuvent admettre la mort de leur enfant et les nombreux doutes qui subsistent à l’issue d’une enquête frileuse dès le départ – et qui s’est arrêtée beaucoup trop vite…  Il est vrai qu’en France, on ne sait toujours pas ce qu’est devenue la petite Tiphaine, disparue le 18 juin 2009, en plein centre de Maubeuge. Et aucune information non plus sur Antoine, ce petit garçon disparu de son domicile à Issoire, il y a juste un an.

Pour ce dernier, le procureur, si prolixe au moment des faits, s’est contenté de déclarer il y a quelques jours dans Le Figaro : « L’enquête n’a pas connu d’avancée significative ».

Je me souviens de ces vieux flics de la criminelle qui avaient l’habitude de dire, lorsqu’ils voulaient calmer un chef ou un magistrat trop impulsif : Une enquête qui commence par des certitudes finit toujours avec des doutes.

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1 – L’histoire de la mystérieuse disparition de Maddie McCann 
2 – L’inspecteur raconte l’enquête.
(Remerciements à Nicole pour ses informations et ses traductions.)

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Le billet précédent, Existe-t-il un droit à l’oublie pour les criminels, a été lu 8.250 fois en 3 jours et a donné lieu à 70 commentaires ou opinions personnelles. Sans chercher à faire un résumé, on peut dire que les avis sont partagés. Il y a ceux qui se placent avant tout du côté des victimes et qui souhaiteraient la suppression ou du moins le rallongement du délai de prescription. D’autres (ils sont moins nombreux) estiment que le système actuel n’est pas si mauvais. Enfin, certains proposent des solutions intermédiaires, comme un délai de prescription identique à la peine encourue. J’ai retenu également une suggestion intéressante qui consisterait à acter la fin du délai de prescription, ce qui permettrait pour certains crimes particulièrement révoltants d’émettre un avis négatif, et par conséquent de faire repartir la prescription pour une durée de dix années.

Existe-t-il un droit à l’oubli pour les criminels ?

L’étrange remords de cet homme de 53 ans qui s’accuse d’un meurtre commis en 1975 repose la question de la prescription pénale. Est-elle encore de mise à une époque où les faits criminels ne sont plus seulement gravés danspuzzle_justice_droitenfants.1252690132.gif la mémoire humaine, mais numérisés pour toujours dans des mémoires informatiques, avec tous les éléments de l’enquête.

Or, s’il est avéré que cet individu n’est pas un affabulateur, mais bien un assassin, comment justifier le fait qu’il échappe à la sanction d’un jury populaire ?

Il existe plusieurs causes qui justifient l’extinction de l’action publique (amnistie, abrogation de la loi…), mais une seule (en dehors du décès de l’auteur, évidemment) est liée à un élément que l’on ne maîtrise pas : le temps – 10 ans pour les crimes, 3 ans pour les délits et 1 an pour les contraventions.

Mais comme toujours en droit français, il y a des dérogations. Aucun délai pour les crimes contre l’humanité. Ils sont imprescriptibles. Et des périodes qui vont de 10 à 30 ans pour certains crimes ou délits qui touchent au trafic de stupéfiants, au terrorisme et dans certains faits à connotations sexuelles, lorsque les victimes sont des mineurs.

En revanche, la durée est réduite à 3 mois pour les délits de presse et à 6 mois en matière électorale (Les élections à la tête du PS sont-elles concernées ?).

Le délai commence à courir le jour où les faits ont été commis. Avec de nouveau certaines exceptions qui concernent par exemple les délits continus, comme le recel, ou les délits à répétition (le point de départ sera le dernier acte commis et non le premier). Ou encore lorsque la victime est mineure au moment des faits ; dans ce cas la prescription ne démarre qu’à compter du jour de sa majorité. Et d’autres situations, plus spécifiques.

Mais ce délai peut être interrompu ou suspendu.

Le résultat n’est pas le même. Tout acte d’instruction ou de poursuite interrompt la prescription. Et c’est la date du dernier acte répertorié qui fait démarrer ou redémarrer le délai. Ainsi, si le dernier acte a été effectué 9 ans après un crime, on repart pour une durée de 10 ans. Etc.

Quant à la suspension, elle ne fait que marquer une pause devant un obstacle à l’action normale de la justice. Cela peut être un obstacle de droit, comme la durée du mandat du Président de la République, ou de fait, comme une catastrophe naturelle. Ainsi, l’épidémie de grippe, si elle devait prendre des proportions importantes, pourrait entraver le bon fonctionnement de la justice, et dans ce cas, il est probable qu’on pourrait faire valoir la suspension de la prescription. Lorsque la voie est libre, le délai reprend là où on l’a laissé.

La prescription est d’ordre public. Elle s’impose au juge et à la personne mise en cause.

Ce monsieur qui s’accuse d’un crime vieux de 34 ans ne peut donc pas demander à être condamné et aucune poursuite n’est envisageable. L’enquête préliminaire qui a été ouverte n’a pour but que de vérifier la véracité des faits – ou de chercher s’il n’est pas l’auteur d’autres crimes ou délits… plus récents.

S’il avait commis son acte criminel aujourd’hui, dans 34 ans, la police technique et scientifique aurait sûrement les moyens de prouver sa culpabilité. Cela justifie-t-il un allongement du délai de prescription, comme certains le préconisent ? Personnellement, je ne le crois pas. Je serais tenté de dire qu’on donne archimede_intelligence-creativecom.1252690273.jpgdéjà trop d’importance à la technique ou à la science dans les enquêtes judiciaires, souvent au détriment de l’aspect humain des choses. Car la prescription se justifie en partie par une volonté d’apaisement. À quoi bon ressortir de vieilles affaires, à quoi bon ressasser de vieilles querelles !

Mais je sais bien que la société change. Elle se durcit… Qu’est-ce que vous en pensez ?

Julie : les enquêteurs ont-ils eu raison de mentir ?

J’imagine l’embarras des journalistes qui fidèlement ont rapporté les déclarations officielles : la jeune fille a fugué, tout le monde a été gentil et tout va bien dans le cadeau-a-la-presse_terra-economiicainfo.1252580188.jpgmeilleur des mondes. Sauf que tout était faux. Il s’agissait de donner du temps aux enquêteurs pour arrêter les auteurs de faits criminels : séquestration et viol d’un mineur de 15 ans.

Et le résultat est là ! Les gendarmes de la section de recherches de Toulouse ont réussi leur coup. On ne peut que les féliciter. Et en même temps on a l’impression désagréable d’avoir été dupé.

Pour les flics, les gendarmes, les magistrats, les rapports avec la presse sont toujours un casse-tête. Faut-il faire le black-out complet, comme dans l’enlèvement d’Ilan Halimi (avec le résultat que l’on connaît) ou au contraire enchaîner les déclarations et les sous-entendus comme ce fut le cas lors de la disparition du petit Antoine, l’année dernière. Il y a tout juste un an.

Ou demander à la presse de se taire, ce qu’elle a fait par exemple d’un seul bloc ou presque, pour cacher au grand public les menaces du soi-disant groupe terroriste AZF.

Ou faut-il, comme c’est le cas ici, utiliser les médias à leur insu. Les manipuler. La tentation est forte. Tous les flics de ma génération ont utilisé cette méthode, notamment dans les affaires de kidnapping. Ainsi, dans l’enlèvement de Maury-Laribière, le vice-président du patronat français, le sous-directeur de la PJ tenait des conférences de presse complètement bidon, comme de faire croire que la famille allait remettre la rançon contre l’avis de la police. Avec un objectif : rassurer les ravisseurs et nous donner une chance de plus de récupérer l’otage sain et sauf.

Bien sûr les vieux briscards de la presse n’étaient pas naïfs au point de tout gober. Souvent, ils étaient de connivence pour être certains d’avoir la bonne info au bon moment – c’est-à-dire juste avant les autres. C’est peut-être le cas pour les journalistes qui ont sorti l’affaire de la jeune Julie…

flic_indecis_lesso.1252586641.jpgEn tout cas, à mon avis, il y a une leçon à méditer : l’important n’est pas ce qu’on nous cache mais ce qui se cache derrière ce qu’on nous dit.

L'histoire du corbeau, des poulets et de ceux qui crient au loup

L’opération de grande envergure lancée dans l’Hérault par les « meilleurs » flics de France nous laisse dubitatifs. Car pour le coup ce mystérieux groupement anonyme qui signe Cellule 34 a acquis en quelques jours une notoriété faramineuse. Une campagne de pub à faire pâlir un marchand dupont_haddock-illustre.jpgde lessive. On imagine des dizaines, voire des centaines de policiers, notamment ceux dont la mission est de lutter contre le terrorisme, réquisitionnés pour l’occasion. Des recherches ADN, des écoutes téléphoniques tout azimut, des portables piégés, des micros, des planques, des filatures… Et des semaines et des semaines de boulot, pour arriver à une sorte de rafle dans plusieurs petits villages, aux alentours de Béziers. Une véritable action commando, suivie dit-on en direct de l’Élysée, et à la finale – rien ! Scrogneugneu, y a des têtes qui vont tomber !

Entendons-nous bien, je n’ai aucune sympathie pour ces personnages qui expédient de façon anonyme des menaces ou des insultes, mais ici, la distorsion est tellement forte entre les faits délictuels et les moyens mis en œuvre, qu’on en reste baba.

Si l’on se place sur le strict plan du droit, les auteurs de cette pitrerie sont indubitablement des délinquants, et ils encourent les foudres de la justice.

Selon que l’on considère qu’il s’agit d’outrages, de menaces ou de menaces de mort, les sanctions encourues vont de la simple amende à 3 ans d’emprisonnement, autrement dit de la contravention de 3° classe (R.623.1) au délit (art. 227-17).
Mais certaines personnes sont « plus protégées » que d’autres, comme les élus, les magistrats, les gendarmes, les policiers, etc. Dans ce cas, c’est l’article 433.3 qui s’applique et la peine peut atteindre 5 ans d’emprisonnement. Peine qui peut doubler si ces menaces visent à les obliger à faire ou ne pas faire quelque chose. Mais dans le cas présent, les exigences de ces boutefeux sont tellement farfelues qu’il est difficile de les prendre au sérieux. S’ils sont un jour arrêtés, on se demande bien comment les juges vont juger. Dans les exemples que j’ai trouvés, la sanction oscille entre 2 et 6 mois de prison avec sursis.

D’après le Code pénal, l’outrage ou la menace peut prendre la forme du simple envoi d’un objet, et la doctrine admet qu’un cercueil en réduction, une figurine transpercée d’aiguilles ou une balle, peut constituer une menace de mort. Peu importe de savoir si l’auteur avait ou non la possibilité ou l’intention de mettre lesdites menaces à exécution : l’intention d’impressionner sa victime suffit à constituer l’infraction.

Pour résumer, les artisans de cette cabale se sont donc rendus coupables d’un délit… d’intention, si je puis dire. Ils n’ont ni tué ni volé et l’on peut se demander si tout ce ramdam est bien raisonnable. Pour écraser une mouche, on peut prendre une tapette ou un bazooka. Mais si on loupe son coup, dans un cas on a simplement loupé son coup, et dans l’autre, on est ridicule. N’y a-t-il pas un homme dans les rangs de la haute administration pour comprendre cela ? Un homme capable de dire à ces technocrates budgétivores qui jouent avec la police comme avec un train électrique : Arrêtez vos conneries ! Car à force de tout dramatiser, la crise, la grippe, l’insécurité… À force de sans arrêt crier au loup, on va finir par ne plus vous croire.  On va finir pas ne plus vous prendre au sérieux.

De la Cellule 34 à Honneur de la police

Certains journaux ont fait le rapprochement entre ces deux groupuscules en raison d’un modus operandi identique. À des époques différentes, ils se sont fait connaître en envoyant balles_ un-solo-meurtrier.1252134834.jpgune balle par la poste à des personnalités. Pour dire quoi ? Que la prochaine n’arrivera pas par le courrier ?

Honneur de la police est un mouvement résistant de la dernière guerre, mais dans les années 70-80, ce nom a été emprunté par une société secrète dont on n’a jamais identifié les membres.

Gaston Defferre, en 1981, alors qu’il était depuis peu à la tête du ministère de l’Intérieur, avait reçu deux balles à quelques semaines d’intervalle, dont l’une dans une enveloppe à l’entête de la Préfecture de police.

Coluche, alors qu’il était candidat aux élections présidentielles, n’en avait reçu qu’une – mais il n’était pas ministre, juste un clown qui nous faisait rire, et qui parfois nous faisait rire jaune.

Autant de petits cadeaux accompagnés d’une missive signée Honneur de la police. Cette mystérieuse faction avait déjà fait parler d’elle dans le passé, mais cette fois en revendiquant des actions criminelles, comme l’attentat contre la voiture de Maurice Lourdez, responsable du service d’ordre de la CGT. Il était reproché au dit service d’ordre des violences contre un policier (Le Xuan) lors d’une manifestation, le 23 mars 1979. La lettre de revendication adressée à l’AFP dénonçait le laxisme du ministre de l’Intérieur (Christian Bonnet), en affirmant : « Les policiers de tout grade, solidaires, se préparent désormais à assurer eux-mêmes leur défense ».

Et en septembre 1979, dans la demi-heure qui suit l’assassinat de Pierre Goldman, un correspondant anonyme téléphone à l’AFP pour revendiquer ce meurtre au nom d’Honneur de la police : « Pierre Goldman a payé ses crimes, la justice du pouvoir ayant montré une nouvelle fois son laxisme, nous avons fait ce que notre devoir nous commandait ». En décembre de la même année, c’est un chercheur du CNRS qui essuie des coups de feu, puis l’année suivante, une bombe explose au domicile du président de la Ligue des droits de l’homme, avec à chaque fois une revendication de ce réseau factieux. Certains ont alors fait le rapprochement avec le mouvement d’extrême droite Delta (du nom du commando), qui avait revendiqué au moins deux meurtres dans les années précédentes. Sans preuve. L’enquête n’a jamais démontré non plus que des policiers étaient mêlés à ces attentats. Une seule certitude : il y avait dans l’ombre des gens qui s’agitaient autour de la sécurité. Ainsi en septembre 1982, une bombe explose devant un commissariat du VII° arrondissement de Paris. L’attentat est revendiqué par un groupe inconnu, barbouzes.1252135467.gif« Malheur de la police ». Avec ces mots : « Face aux 357 des tueurs en uniforme nous opposons aujourd’hui la destruction de l’un de leurs lieux de réunion ».
Un attentat qui ressemble fort à un truc de barbouzes qui veut que pour justifier une action, l’on s’invente un ennemi…

Mais dans ces années-là, il reste encore quelques vétérans de la Libération de Paris dans les rangs de la police ou parmi ses retraités.  Et ils rouscaillent ferme de voir ainsi traîner dans la boue Honneur de la Police, l’un des plus importants réseaux clandestin de la Préfecture de police.

Son histoire commence sous l’impulsion d’Arsène Poncey, vétéran de 14-18 et brigadier au commissariat du VI° arrondissement. À la demande du Comité français de la libération nationale (CFLN), Poncey crée un mouvement de policiers résistants, le groupe Valmy, de l’Armée des volontaires. Depuis la Préfecture, il coordonne la fabrication de faux papiers et organise une filière pour les prisonniers de guerre évadés. Plus tard, avec l’aide notamment de Paul Turgné, inspecteur aux RG, et d’Adrien Pelletier, le mouvement met en place un réseau pour aider les juifs à échapper aux rafles nazies. Trahis par l’un des leurs (qui sera exécuté en 43) plusieurs de ses membres sont arrêtés, dont Arsène Poncey. Il est mort au camp de Mauthausen. Une salle porte son nom à la préfecture de police de Paris.

adrien-peltier.1252135560.jpgQuant à Turgné, il passe à travers les mailles du filet et emboîte le pas d’Adrien Peltier (photo de gauche) et du commissaire Edmond Dubent, lorsque ceux-ci décident de prendre la relève et plus tard de créer Honneur de la police. Dubent dirigera le mouvement depuis son bureau aux services techniques de la police. Mais c’est Peltier, capitaine FFI dans la clandestinité, qui assurera les missions sur le terrain.

Edmond Dubent est arrêté en décembre 43. Il est mort au camp de Nordhausen, en mars 1945. La 53° promotion de commissaires (2001/2003) porte son nom. Après son arrestation, Adrien Peltier prend la direction d’Honneur de la police. Recherché par ses collègues des brigades spéciales des RG, en juin 44, il rejoint le maquis. Le brigadier Fournet le remplace. C’est ce dernier, en synergie avec les deux autres grands mouvements de résistance, Front national (qui malgré son nom était je crois d’obédience communiste) et Police et patrie, qui parviendra à mobiliser 2.000 à 3.000 policiers pour « prendre » la préfecture de police. Peltier a terminé sa carrière comme commissaire principal. Il est mort en 1982. Quant au brigadier Fournet (dont je n’ai pas retrouvé le prénom), je crois qu’il a obtenu le grade de commissaire divisionnaire.

Paul Turgné a eu moins de chance. Lui qui avait été torturé par la Gestapo, et qui avait réussi à s’enfuir du train qui le menait à Dachau, il est abattu « bêtement » par des soldats allemands, lors d’un contrôle d’identité, le 19 août 1944, alors qu’il tente de rejoindre la Préfecture.

Honneur de la police a joué un rôle essentiel durant l’Occupation. Plus de 130 de ses membres seraient morts aux combats, fusillés, ou en déportation.

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Le 14 août 1944, le préfet de police Amédée Bussière lance un appel aux policiers en les exhortant à ne pas faire grève et à ne pas se révolter contre les Allemands, et il termine son discours en affirmant que de leur attitude dépendait l’honneur de la police…

Ils ne l’écoutent pas, ces policiers résistants. Ils désobéissent. Je ne sais pas s’ils étaient de droite ou de gauche, mais en prenant le contrepied d’une hiérarchie inféodée à l’Occupant et en en ne se laissant pas gangréner par le climat de soumission qui dominait alors, on peut dire qu’ils ont fait preuve d’une force morale exceptionnelle.

Et n’en déplaise à ce préfet frileux, ce sont bien eux qui ont sauvé l’honneur de la police française.

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– Sur ce blog, voir La police sous l’occupation allemande.
– Sur le site de Gilles Primout, on peut lire Le journal de bord des assistantes sociales de la PP. Elles nous racontent heure par heure le siège de la Préfecture, comme elles l’ont vécu.
– Et sur le site Beaucoudray, La libération de Paris vue d’un commissariat.

Assassinat du juge Michel : un complice retourne en prison

C’était le 21 octobre 1981, un tueur grimpé sur le tansad d’une moto tire trois balles de 11.43 dans la tête de Pierre Michel, Premier juge d’instruction à Marseille. En 1988, François Girard a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commandité ce meurtre. Sorti de prison en 2005, pour raison de santé, vendredi dernier il a été mis en examen dans une affaire de trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et la France.

juge-michel.1251874888.jpgMichel était un juge hors du commun, chéri par les policiers et tout juste toléré par certains de ses collègues. Il faut reconnaître qu’il était parfois borderline, n’hésitant pas à faire pression sur les suspects, à les piéger dans leur cellule, à leur proposer des marchés pour pêcher un plus gros gibier… Mais quels résultats ! En 8 ans, une demi-douzaine de laboratoires d’héroïne décapités et de nombreuses affaires retentissantes, comme la tuerie du « Bar du téléphone » ou l’imprimerie de faux billets de la maison de retraite « Les cigales ».

On peut dire que dans son domaine, c’était un crack ! Faut dire qu’il avait été à bonne école. En arrivant à Marseille, il fait ses premières armes avec le juge Saurel, ce magistrat qui avec les commissaires Le Mouël, Morin et Aimé-Blanc a démantelé la « French Connection ».  D’emblée il reprend le flambeau de son mentor, notamment avec l’aide du commissaire Lucien Aimé-Blanc. Ce dernier, aux méthodes un peu marginales (tu m’en veux pas, Lucien ?) avait trouvé là son alter ego : une véritable connivence s’était installée entre les deux hommes.

Après le meurtre du juge François Renaud, à Lyon, en 1975, l’assassinat de ce deuxième magistrat a fait craindre que le milieu n’adopte les méthodes mafieuses à l’époque en cours en Italie… Inutile de dire que tous les moyens furent mis en oeuvre pour trouver les coupables…

Pourtant cette affaire a bien failli être classée !

La moto est retrouvée 48 heures après le meurtre. Elle avait été volée un an auparavant. Aucune piste, juste un fragment d’empreinte relevé derrière un autocollant. Un travail de fourmi pour les spécialistes de l’identité judiciaire, plus de 160.000 fiches consultées avant de tirer le bon numéro : Charles Giardina, un mécanicien au chômage, proche de la bande de la Carpette. Le conducteur habituel de la machine, une Honda 900 « Bol d’or », serait un certain Gilbert Ciaramaglia, qui lui est un truand chevronné. En recoupant certaines informations, les enquêteurs pensent que c’est Gaëtan Zampa, alias Tany, qui lui aurait confié la moto, en lui recommandant de la garder en réserve, « pour un coup ». Or le juge Michel avait Zampa dans le collimateur de longue date. Et il croyait bien le tenir, car lors du démantèlement d’un laboratoire clandestin (l’une de ses dernières opérations), il avait déniché dans la sacoche de l’un des trafiquants les coordonnées du monsieur. Et il avait fait connaître haut et fort sa volonté de pousser son avantage.

Mais les policiers ne parviennent pas à réunir la moindre preuve, juste des présomptions. Pendant ce temps, l’intéressé s’insurge – dans la presse – des accusations qui sont portées contre lui. En désespoir de cause, il est incarcéré en novembre 1983 pour des infractions financières. Six mois plus tard, il se pend dans sa cellule. Compatissant, un codétenu se porte à son secours et lui entaille la gorge. « J’ai voulu lui faire une trachéotomie », dira-t-il, imperturbable.

Considéré comme le tueur, Ciaramaglia est mis en examen. Mais au bout de deux ans d’instruction, faute de preuves, le juge Patrick Guérin renonce. Blanchi dans cette affaire, il sera condamné pour d’autres faits. Quant au voleur de la moto, son corps calciné et criblé de balles sera retrouvé en 1985, dans le bois d’Aubagne, près de Marseille.

Tous les flics qui s’intéressent au grand banditisme suivent cette enquête de près, et pour quelques-uns, la vengeance du milieu n’est pas nécessairement le mobile… Le juge Michel aurait mis le doigt sur un truc explosif : une mystérieuse filière de trafic d’influence qui aurait gangréné l’administration pénitentiaire et qui aurait permis à certain détenus (fortunés) d’obtenir des « grâces médicales »… Hypothèse qui n’a jamais vraiment été exploitée. Mais, ceux qui ont approché le magistrat les semaines précédant sa mort l’ont trouvé particulièrement tendu – et ce ne sont pas les menaces d’un truand qui aurait pu le perturber à ce point !

juge-michel_moto.1251874521.jpgFinalement, il faudra attendre 1986 pour qu’on commence à y voir clair. Et la lumière vient de Suisse, en la personne d’un détenu qui tente ainsi de négocier un allègement de sa peine. Et il donne des noms : Charles Altiéri et François Checci. Le premier pilotait la moto tandis que le second faisait feu sur le juge. Ils auraient agi à la demande de deux hommes : Homère Philippi, dit Mimi, un proche de Zampa, dont le nom est apparu dans le casse de la Société générale de Nice ; et François Girard, dit Le blond, condamné à une peine de 12 ans pour une affaire de trafic de stupéfiants instruite par le juge Michel. Incarcérés au moment des faits, tous deux auraient organisé ce meurtre du fond de leur cellule…

Altiéri, Checci et Girard ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Pour le premier par contumace, puisqu’il était parvenu entretemps à s’échapper de la prison suisse où il purgeait une peine de 20 ans de prison (il a été arrêté à Chypre en 1993). Quant à Philippi, à ma connaissance, il n’a jamais été retrouvé.

Sur le plan judiciaire, l’enquête sur l’assassinat du juge Michel a donc été bouclée, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il reste des zones d’ombre. Peut-être un jour l’un des protagonistes nous apportera-t-il un autre éclairage, comme un testament.

Les étrangers face au mouchardage

Une agence bancaire du LCL appelle la police pour arrêter l’un de ses clients malien, et d’après le site Rue89, de grandes surfaces, de grandes enseignes commerciales, agissent de même. Pas pour arrêter des voleurs, mais simplement pour signaler des étrangers en situation irrégulière. coup-de-pied_picsou.1251620354.jpgOn peut se demander si ces gens agissent par esprit civique, par crainte des foudres de la loi ou pour des motifs moins avouables…

Et les policiers qui interviennent, le font-ils à bon escient ?

En fait, pour répondre à la dénonciation du banquier, ceux-ci disposaient de deux possibilités :
– soit, ils se fiaient à sa seule parole, et dans ce cas leur intervention ne semble pas légitime, car une simple dénonciation ne vaut pas flagrant délit ;
– soit, ils prenaient le temps de vérifier et d’obtenir confirmation de l’objet de la dénonciation, et dans ce cas leur intervention se justifiait par l’existence  d’ « une ou plusieurs raisons plausibles » d’un délit (Cass. 6 juillet 2007).

Ce qui revient à s’interroger sur les modalités qui entourent l’interpellation d’un étranger…

Dans une préfecture – La Cour de cassation a tranché de façon très nette : pas de prétextes, pas de subterfuges, pas de coups fourrés. Pour que l’intervention des policiers soit régulière, il faut que la personne se présente spontanément ou en exécution d’une convocation qui expose clairement la mise en œuvre d’une mesure d’éloignement.

Dans un commissariat ou une gendarmerie – Il en est de même. Ainsi, des gendarmes qui avaient saisi l’opportunité d’une convocation en vue de l’examen du dossier de mariage d’un étranger pour l’interpeller en vue de son placement en rétention, ont été désavoués par la Cour de cassation (11 mars 2009). Conditions d’interpellation irrégulières, ont dit les juges.

Chez un commerçant – La question ne devrait pas se poser. Dans le cas du Malien dénoncé par son banquier, le juge des libertés et de la détention a assimilé cette situation aux deux précédentes et il a décidé de le relâcher.

Lors d’un contrôle d’identité – Les personnes de nationalité étrangère doivent être en mesure de répondre à toute réquisition d’un officier de police judiciaire en fournissant les pièces ou documents sous le couvert desquels elles sont autorisées à circuler ou à séjourner en France (article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile).

La loi reconnaît donc à un OPJ le droit de contrôler un étranger, mais la question qui se pose est la suivante : Comment savoir qu’il s’agit d’un étranger ?

En effet, une jurisprudence constante interdit au policier de se fier à des critères physiques, comme la couleur de la peau, la langue, l’accent, les vêtements, etc. Pour faire simple, un contrôle d’identité effectué dans le seul but de déterminer qu’une personne n’est pas de nationalité française n’est pas légitime (sauf cas particulier du contrôle Schengen).

En revanche, si le policier est en possession d’éléments extérieurs qui permettent de présumer de l’existence d’une infraction à la législation sur les étrangers, son intervention est justifiée au sens de l’art. 78-2 du Code de procédure pénale. Le fait par exemple de circuler dans un véhicule immatriculé à l’étranger semble être un élément suffisant.

Dans les autres hypothèses où le contrôle d’identité serait effectué sur présomption d’un délit d’une autre nature, ou sur réquisition du procureur de la République, ou pour prévenir une atteinte à l’ordre public (ou même lors d’un contrôle relatif au respect de la législation du droit du travail), la découverte « fortuite » de la situation irrégulière de l’étranger équivaut alors à un flagrant délit.

Mais les contrôles de ce type ont souvent bon dos… En racontant tout ça, je prends d’ailleurs des risques, car on patouille dans la demi-teinte et l’hypocrisie. À tel point qu’en 2006, une longue circulaire interministérielle (Justice, Intérieur) donnait aux forces de l’ordre toutes les ficelles pour arrêter les étrangers sans se mettre dans une situation considérée comme illégale…  On y précisait par exemple que la convocation adressée à un étranger devait « proscrire toute indication mensongère (…)  sans pour autant donner d’indice révélant le risque d’intervention d’une mesure de rétention et de reconduite ». Et de fournir des exemples-types de convocation. Certains y ont vu là des indications faites aux forces de l’ordre pour détourner l’esprit de la loi. Et la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature et plusieurs associations ont porté l’affaire devant le Conseil d’État. Ils ont été déboutés.

En fait, la volonté politique de contrôler l’immigration sauvage trouve ses limites dans la liberté d’aller et venir librement et dans l’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme. shadoks.gif

N’empêche que ces… collaborateurs de police, qu’ils soient fonctionnaires (pour eux, c’est une obligation légale), banquiers, commerçants ou opérateurs téléphoniques, nous mettent mal à l’aise. Ils semblent se fondre trop facilement dans un paysage qui se banalise : la dénonciation de son prochain.

La police sous l’occupation allemande

Pour le 65° anniversaire de la Libération de Paris, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à ceux qui ont libéré la capitale et notamment à la police parisienne. Un hommage bien modéré si on le compare au discours grandiloquent de Dominique de Villepin, cinq ans auparavant. Le Président a évoqué une Libération de Paris_Pierre Albert Leroux.jpgminorité de policiers résistants « à l’image de leurs compatriotes », tandis qu’à l’époque le Premier ministre commémorait « la mémoire des 167 policiers tombés pour la liberté des Parisiens ». L’un appelle à se « montrer digne de l’héritage », tandis que l’autre déclamait : « soyez les dignes héritiers de vos grands anciens ».

Mais qu’en est-il ? Quel a été le rôle de la police tant sous l’occupation allemande qu’à la Libération ?

Pas facile de répondre à ces questions. Même les historiens sont partagés. On a l’impression que dès qu’il s’agit de la police, chacun réagit avec ses sentiments (ou ses ressentiments) et rarement avec jugement.

À l’époque, la préfecture de police de Paris est toute puissante, tandis que les services de sûreté, compétents sur le territoire national, font figure de parents pauvres. Mais tout n’est pas rose à la « Tour pointue » où les services, et surtout leurs chefs, se tirent la bourre à qui mieux-mieux. En 39, après la déclaration de guerre, le Parti communiste est mis au ban de la société, et les Renseignements généraux prennent le pas sur les autres directions : la chasse aux cocos est ouverte. Plus tard les RG auront même leurs propres brigades de répression.

Pourtant, la police n’est pas à droite, et la sûreté de la rue des Saussaies est même marquée à gauche. Alors, pourquoi cette prise de position ? Certains historiens estiment que dans cette période trouble, les policiers ont vu là l’opportunité d’obtenir des réformes sans cesse différées et aussi la possibilité de vider de vieux contentieux avec le monde politique… Mais le plus probable, c’est que les policiers ont été aveuglés par leur culture de l’obéissance, fidèles au vieux dicton : les gouvernements passent, la police reste.

Il faut d’ailleurs rappeler qu’aux termes du traité d’armistice signé le 22 juin 1940, il était précisé (en résumé) que dans les régions de la France occupée, le Reich exerçait tous les pouvoirs. Et sur instruction du Gouvernement de Vichy, l’ensemble des services administratifs français devaient collaborer avec les autorités militaires allemandes. france_zone-occupee-et-zone-libre_wikipedia.1251362963.png

Lorsqu’en 1941, le PC s’engage dans la lutte armée contre l’occupant (attentat, assassinats de soldats allemands…), la France se retrouve dans la situation de tous les pays occupés : les résistants des uns sont les terroristes des autres. Et depuis Londres, sans les condamner tout à fait, le général de Gaulle fait savoir qu’il n’approuve pas ces actes qui ne correspondent pas à l’idée qu’il se fait de la guerre. Et qui de plus font souvent des victimes civiles.

Au début de l’Occupation, à Paris, la police relève des autorités militaires allemandes, mais peu à peu, sous la houlette de Karl Oberg, les SS vont prendre la prédominance. Et les choses se passent plutôt mal.
Aussi, après une épuration massive des cadres (plus de 50 % des commissaires sont révoqués), le maréchal Pétain charge René Bousquet de réorganiser la police. La loi du 23 avril 1941 institue une direction générale de la police nationale (redevenue sûreté nationale de 1944 à 1966) et place les polices municipales sous la direction des préfets, comme c’est déjà le cas à Paris.

Quelques mois plus tard, le ministre de l’intérieur créé 3 services destinés à pourchasser les « ennemis du régime » : une police aux questions juives (PQJ), un service de police anticommuniste (SPAC) et un service des sociétés secrètes.

Bousquet passe un accord avec Oberg : la police va disposer d’une certaine autonomie, à condition de rendre des comptes aux autorités allemandes.

À ses yeux, cet accord est sans doute un moindre mal ! La volonté de ne pas laisser la Gestapo agir seule et surtout tenter de limiter la malfaisance des barbouzes françaises qui leur lèchent les bottes.

On doit à Bousquet le fichier sur le recensement des juifs (fichier tulard, du nom de son créateur, l’inspecteur André Tulard), l’institution du port de l’étoile Jaune et de nombreuses rafles, dont celle du Vel d’Hiv, la plus grande arrestation massive de juifs en France durant la seconde guerre mondiale (16-17 juillet 1942).

Pourtant, en décembre 43, jugé trop mou, Bousquet est débarqué. Il est remplacé par Joseph Darnand qui cumule les fonctions de secrétaire d’État au maintien de l’ordre et de chef de la milice. Cette fois la police s’aligne sur le modèle nazi. En janvier 44, les Cours martiales voient le jour et des simulacres de procès ont lieu en catimini derrière les murs des prisons. La cruauté n’a plus de limites.

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Parallèlement, la Gestapo française, surnommée « la carlingue », sévit au 93 rue Lauriston, à Paris. Elle est dirigée par Henri Laffont. En 1944, il crée, avec le nationaliste algérien Mohamed el-Maadi et un petit proxénète nommé Raymond Monange, la féroce légion nord-africaine ou Bat-d’Af (à ne pas confondre avec les combattants de la guerre 14-18). On retrouve parmi les membres de la carlingue des noms célèbres du banditisme et… un ancien flic, un certain Pierre Bonny. Pour être honnête, il faut dire qu’à la Libération, on découvrira que d’autres noms célèbres du banditisme ont choisi une voie différente: la résistance.

Le bilan de cette époque est lourd. Lors du procès du préfet Amédée Bussières, en 1946, il est fait mention de l’arrestation de 16.553 personnes entre juin 42 et août 44 pour propagande communiste ou gaulliste (3.400 par la PM, 11.285 par les RG et 1.868 par la PJ).

Il faut bien reconnaître qu’au début, on trouve fort peu de résistants affichés parmi les policiers. Tout au plus peut-on noter ici ou là l’action personnelle de certains qui, sans se faire remarquer, « arrangent des coups ». Cependant peu à peu, plusieurs mouvements prennent vie. Notamment Police et patrie, France combattante et, le plus influent, Honneur de la police, dont les responsables seront arrêtés fin 44. La Gestapo créa bien une cellule spéciale pour surveiller la police, mais elle ne parviendra jamais à décapiter ses réseaux, ce qui laisse penser qu’ils bénéficiaient au moins d’une certaine protection au sein de la Grande maison.

Résistants_libération Paris.jpgDepuis le débarquement du 6 juin 1944, les Parisiens suivaient l’avancée des alliés vers l’est. Et l’appel au combat lancé le 6 août par le général de Gaulle a sans doute mobilisé nombre de Français qui s’étaient jusqu’alors contentés de subir le joug de l’oppresseur. Le 11, les cheminots se mettent en grève, et le ravitaillement de la capitale doit désormais se faire par la route. Les vivres arrivent au compte-gouttes, le marché noir bat son plein, et les Parisiens ont faim. On envisage des soupes populaires.
Le 15, la CGT lance un ordre de grève général, en fait un véritable appel au soulèvement, qui est largement suivi par les postiers, la presse, les employés du métro…, les gendarmes et la police.

Le 17, la police libère les détenus politiques et le lendemain, 4.000 policiers en civil portant des brassards tricolores se pressent devant la préfecture de police de Paris. Les lieux sont occupés. La résistance armée s’organise, tandis qu’un char canonne les murs du bâtiment.
Le 21, un avion de la 2° DB survole la capitale et lâche un message de Leclerc dans la cour de la Préfecture : « Tenez bon, nous arrivons ». Passant outre aux ordres des Américains, la 2° DB marche alors sur Paris. Et à l’aube du 25 août 1944, les premiers chars pénètrent dans la capitale.

Quelques semaines plus tard, le général de Gaulle attribue la Légion d’honneur à la préfecture de police de Paris – raison pour laquelle la tenue d’apparat est rehaussée de la fourragère rouge.

D’une certaine manière, par cet acte symbolique, le Général affiche ainsi la volonté d’une amnistie générale des forces de l’ordre. La France a besoin de sa police pour se reconstruire.

Il faut se souvenir que certains policiers, souvent isolés, ont fait preuve de courage et d’initiative. Que d’autres, comme ceux de la Surveillance du Territoire, ont très vite choisi leur camp en pratiquant le double jeu au détriment de l’occupant, jusqu’à la dissolution du service en novembre 42 (recréé par de Gaulle en 1944 et dissous par Sarkozy en 2008).

Mais il s’agit d’exceptions.prisonniers-allemands.1251363368.jpg

Aujourd’hui, on est en droit de porter un œil critique sur le comportement d’une grande partie des policiers durant l’occupation allemande. Parallèlement, on peut se demander quelle aurait été la réaction de l’ennemi s’il avait dû à la fois mater une rébellion des forces de l’ordre et dans le même temps assurer la police du pays…

Mais on ne bâtit pas l’histoire sur des hypothèses.

Finalement, le président Sarkozy a raison, les policiers se sont comportés comme le reste de la population, certains de façon abjecte, d’autres courageusement, mais la plupart se sont contentés de survivre.

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Ce petit résumé n’a aucune prétention historique. Je remercie entre autre pour leur contribution involontaire, Jean Marc BERLIERE, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne à Dijon, Denis PESCHANSKI, chargé de recherche au CNRS (Institut d’Histoire du Temps Présent) à Paris, Jean-Paul MAURIAT, sous-directeur honoraire de la D.S.T., Pierre PETIT, sous-directeur honoraire de la Police Nationale et André OLIVIER, Lieutenant de Police honoraire, qui sous la direction d’André Mahé, président de Police et humanisme, ont je crois mélangé l’Histoire et leurs souvenirs personnels dans des textes parus dans Le Veilleur, en septembre 1995.
Voir également sur Criminocorpus, le texte de Jean-Marc Berlière et des photos de la libération de Paris, sur Westfront.
Les aquarelles sont du peintre militaire Pierre Albert Leroux.

Quand GDF met la pression

 L’autre jour, en recevant ma facture de gaz, j’ai bondi ! Plus de 1.000 € en deux mois ! J’attrape le téléphone, et un gentil monsieur m’explique qu’il s’agit d’une estimation. Finalement, après palabres, il accepte de prendre en considération « mon » relevé et de me faire parvenir une facture rectificative. Son montant est de 335 €. Trois fois moins.

J’en discute à droite et à gauche, et je m’aperçois que plein de gens sont dans mon cas. Alors, je saute dans mon trench-coat et je me lance sur la piste de Gaz de France !

Hélas, Gaz de France n’existe plus ! Il faut aujourd’hui parler de GDF-SUEZ. Suez ! ça me dit quelque chose. Mais oui, bien sûr !… Je sors un vieux bouquin d’André Fontaine, l’ancien patron du Monde, Histoire de la guerre froide, livre que tous les blogueurs invités de ce journal devraient avoir sur leur table de nuit, et en feuilletant les pages je me souviens que cette entreprise a failli par le passé nous entraîner dans la 3° guerre mondiale. Rappelez-vous, l’histoire du canal de Suez… On aurait dû se méfier…

La fusion de GDF et de Suez a été voulue par le gouvernement Villepin, qui a ramené la participation de l’État à environ 30 % du capital social. Et comme ça renâclait à gauche et du côté des syndicats, on nous a raconté alors que le groupe italien Enel* voulait mettre la main sur GDF, ce qui d’après Le Canard enchaîné était faux. Et d’ajouter aussi, pour ne pas froisser notre ego, que notre ancienne entreprise publique allait absorber le mastodonte du CAC 40. Or d’après les économistes, c’est exactement le contraire qui s’est produit. C’est d’ailleurs le patron de Suez, Gérard Mestrallet, qui est devenu le PD-G de ce nouveau groupe.

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Mais nous, petits consommateurs, nous n’avons pas à faire à ce monsieur, mais avec sa filiale GrDF (gaz réseau distribution de France), qui depuis janvier 2008 est chargée de la distribution du gaz jusqu’à notre porte et à Dolcevita qui encaisse nos sous (là il s’agit d’une marque et non d’une société). Et il apparaît que pour des raisons de rentabilité, les compteurs ne sont plus relevés qu’une seule fois par an – alors que la facturation est bimestrielle. Et comme le temps où l’usager indiquait lui-même le montant de sa consommation est terminé, que le « contrat de confiance » n’existe plus, on paie un produit qu’on est supposé (soupçonné ?) avoir consommé. Si aujourd’hui, GDF-SUEZ n’a plus confiance en nous, pourquoi nous, nous aurions confiance en eux ? D’autant, que cette entreprise semble bien avoir inventé une nouvelle forme de cavalerie financière – à notre détriment.

Pourtant, elle ne doit pas être dans le besoin, avec un gaz qui a augmenté de plus de 15 % l’année dernière (oui, mais le pétrole flirtait avec les 150 dollars le baril, nous a-t-on dit), et une baisse de 11 % au mois d’avril, alors que le prix du pétrole n’avait jamais été aussi bas depuis des lustres. Avec aussi un bilan qui pavoise : 83,1 milliards de chiffres d’affaires en 2008 et 6,5 milliards de résultats nets. Et un avenir au rose fixe, avec une progression de 35 % du résultat opérationnel d’ici à deux ans, comme l’a promis son Big boss lors de la présentation du bilan de la société.

En fait, il faut être réaliste : le service public n’existe plus. Qu’il s’agisse de l’énergie, des transports, du téléphone, etc., c’est la guerre commerciale, la course aux profits, et pour nous des prix qui s’envolent et qui le plus souvent sont à dessein incompréhensibles. On a l’impression que tout est fait griffu-par-manchette-tardi_casterman.1251105903.jpgpour nous embrouiller. Qui est capable de comparer les tarifs d’Orange et de SFR ? Ou de prévoir le prix d’un billet SNCF ? Demain c’est la taxe carbone qui va zigzaguer d’un foyer à l’autre selon des critères obscurs pour le commun des mortels.

Il s’agit de procédés qu’on peut qualifier de déloyaux et contre lesquels il est difficile de se battre. Mais à défaut de se battre, on peut résister – pour commencer en limitant au maximum les prélèvements automatiques et en surveillant attentivement ses factures.
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* Enel vient de s’associer (joint-venture) avec EDF pour le développement de futures centrales nucléaires de type EPR en Italie.
N.B. Je sais bien qu’on s’éloigne ici de l’objet de ce blog, mais ça m’a fait du bien.
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