LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Auteur/autrice : G.Moréas (Page 66 of 82)

Gendarmerie : réforme à la dérive

« Un projet de loi planificateur et liberticide est en cours d’examen au Sénat. Sous les apparences d’une mise au point ou d’une remise en ordre de pratiques existantes concernant le service de la gendarmerie nationale ce texte place la gendarmerie, « arme de défense » par excellence et non simple force de police, dans la dépendance du ministère de l’Intérieur (…) Ce texte ouvre la porte à toutes les dérives. »

gendarme-pourquoi-pas-vous.1229243321.jpgNon, non, ce n’est pas moi qui parle, mais trois anciens directeurs de la gendarmerie nationale (depuis 2004, la gendarmerie est dirigée par un général et plus par un magistrat). Ils ont pris la plume pour écrire une lettre ouverte qu’on peut trouver dans son intégralité sur le site de l’Essor (ici). L’un, Jean-Claude PERIER, est actuellement conseiller d’État honoraire, les deux autres, Jean-Pierre COCHARD et Jean-Pierre DINTILHAC, sont présidents de chambre honoraires à la Cour de cassation. On peut donc légitimement penser qu’ils savent de quoi ils parlent et que leur mise en garde se situe hors de tout esprit partisan.

Alors qu’il était place Beauvau, Nicolas Sarkozy a clairement annoncé qu’il comptait mettre la gendarmerie nationale sous la houlette du ministère de l’Intérieur. Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Armées, s’était déclarée opposée à ce projet. Devenu président, M. Sarkozy a confirmé la chose dans un discours de novembre 2007, et Mme Alliot-Marie a mis de l’eau dans son vin. En effet, le mardi 16 décembre 2008, le Sénat doit examiner un projet de loi (n° 499) que la première fliquette de France présente en «urgence déclarée».
Ce texte prévoit le rattachement de la gendarmerie à son ministère. Mais surtout, il supprime deux principes importants de notre démocratie :

En matière de maintien de l’ordre, l’obligation pour l’autorité civile de requérir la force armée.
Le principe de la réquisition de la force armée existe depuis 1789. Il n’a depuis jamais été abandonné. Cela consiste pour l’autorité civile à formuler un ordre écrit, fixant un objectif déterminé, pour obtenir l’intervention de l’armée – et donc de la gendarmerie.
Dans une manif, par exemple, aujourd’hui, le préfet dispose des CRS et – sur réquisition écrite – des gendarmes mobiles.
Demain, il disposera des deux à sa convenance, puisque le commandant territorial de la gendarmerie sera directement sous ses ordres.
On peut se poser la question suivante : Que se serait-il passé dans ces conditions en mai-68 ?
Je cite les trois hauts-magistrats : « [Ce texte] détruit toute garantie tendant à vérifier la légalité et la régularité de l’ordre d’agir donné à la gendarmerie par une autorité requérante civile ou militaire. Remplaçant la règle de la réquisition par un simple ordre verbal, il ouvre la voie à toutes les aventures et d’une simple crise peut faire une émeute et parfois plus. »

En matière de police judiciaire, le choix pour les magistrats de saisir des officiers de police judiciaire dans deux corps différents.
Dans les enquêtes judiciaires, le procureur ou le juge d’instruction peut choisir librement entre un service de police ou un service de gendarmerie. Demain, il pourra encore le faire, à part que les enquêteurs auront tous le même patron.
Je cite toujours : « [Ce texte] est de nature à porter atteinte à l’autorité judiciaire, privée demain de sa liberté et de sa souveraineté en matière de police judiciaire. »

Cette réforme pose bien d’autres questions : pratiques, matérielles, humaines… On a l’impression que rien n’est prévu pour accompagner ce véritable chamboulement qui concerne quand même plus de cent mille hommes ou femmes, et leur famille. Nous en reparlerons. J’aimerais bien avoir l’avis des gens les plus concernés, c’est-à-dire les gendarmes. Mais cette fichue obligation de réserve…

Certains sénateurs partagent les craintes formulées dans cette lettre ouverte, et des amendements sont prévus. Un syndicat de police (ici), Synergie-Officiers (CFE-CGC), lui, est plus critique. Mais il utilise des arguments qui ne rehaussent pas le débat (Il présente ce texte comme « un courrier que l’on peut trouver sur un site de propagande gendarmesque, rédigé par 3 ex-DGN »)

histoire-gendarmerie.1229243373.jpgPour l’instant, en se limitant aux grandes idées, on est en droit de se demander à quoi rime ce bouleversement. Après la centralisation des différents services de police chargés de l’information, du renseignement et de la répression, du moins pour les terroristes (comme ceux de la Corrèze…), on s’achemine maintenant vers une fusion des deux corps ancestraux chargés d’assurer la sécurité « civile » du pays. On peut craindre qu’il s’agisse d’une première étape vers la création d’un nouveau service auquel seraient rattachées toutes les forces de maintien de l’ordre (CRS et gendarmes mobiles).

Il a fallu du courage pour signer cette lettre. Elle soulève de vraies questions. Dont une, qui me turlupine : au nom de l’efficacité et de la lutte sécuritaire, n’est-on pas en train – sans garde-fous – de centraliser trop de pouvoirs entre trop peu de mains ?

Les chiens renifleurs

Lors de la descente antistups dans l’école d’Auch, les gendarmes étaient accompagnés d’un chien pour « renifler » les élèves afin de détecter une odeur éventuelle de substances… illicites. La présence de ce chien pose-t-elle problème ? Est-il normal de pénétrer dans un établissement scolaire avec un chien ?
voyou-le-chien.1229093290.jpgChez les policiers, les douaniers ou les gendarmes, le chien possède une existence administrative. Certes, il n’est pas officier de police judiciaire, mais ses interventions peuvent être «actées en procédure» et à la limite servir de preuves. Dans la disparition de la petite Maddie Mac Cann, au Portugal, les chiens ont détecté à plusieurs endroits de l’appartement et dans une voiture des odeurs de sang… et pire encore (vidéo ici).
On peut regretter d’avoir ainsi transformé nos amis à quatre pattes en indics de police, mais c’est pour la bonne cause. Honnêtement, je crois qu’il n’y a jamais eu une seule bavure. Ce ne sont pas des chiens de combat. Ils sont formés pour détecter la drogue (fin d’une légende : ils ne sont pas drogués), mais aussi les explosifs, les produits incendiaires, les traces de sang ou de restes humains… De nos jours, ce sont les English Springer Spaniel qui tiennent la vedette. Celui de la photo s’appelle Voyou. C’est mon chien. Il n’est pas dressé du tout.

La question subsidiaire qui est apparue sur ce blog est de savoir s’il faut ou non regarder un chien dans les yeux ?
N’ayant pas la réponse, j’ai tenté l’expérience avec Voyou. Je l’ai fixé intensément. Il m’a fixé en retour, l’œil interrogatif, en remuant la queue. Un suspense palpable d’une quinzaine de secondes. Puis il est allé chercher la baballe.
L’expérience est donc incontestable : on peut regarder un chien dans les yeux sans qu’il se montre belliqueux. Mais ce qui me trouble, c’est que parfois, c’est lui qui me fixe intensément (avec amour d’ailleurs). Et je me demande… est-ce que je dois aller chercher la baballe ?

Je fais des digressions, mais c’est pour faire retomber la pression du billet (ici)insigne-cynophile.1229091867.jpg Les gendarmes à l’école. Le débat a été passionné – et passionnant. J’ai relu tous les commentaires ce matin : un véritable roman. Je propose d’ailleurs, si tout le monde est d’accord, que le scénariste qui est venu pomper notre texte, et qui signe 720lignes (ici), nous reverse des droits d’auteur(s).

Cette histoire m’a donné envie de me replonger dans un vieux roman de Michel Déon, La montée du soir. Il parle avec tendresse de son chien, Rhadamanthe : « À petits spasmes, sa truffe hume dans l’air délicieusement froid ces sentiments qui le grisent (…) Tout est là, caché aux autres sens que les siens. Il est le subtil agent de liaison entre deux mondes : son monde en noir et blanc (…) et le monde de son maître… »

Les gendarmes à l'école

La descente des gendarmes à l’école des Métiers d’Auch a profondément choqué l’opinion publique. Il faut dire que la manière dont les faits nous ont été rapportés avait de quoi heurter. Or, il existe une autre version qui circule actuellement sur Internet, celle d’un gendarme. Évidemment, si l’on compare…

gendarme-protecteur_police-info.1228992287.jpgAu hasard, voici par exemple le récit d’un prof cité par La dépêche (ici) :

« (…) Le chien est lancé à travers la classe. Il mord le sac d’un jeune à qui l’on demande de sortir… Je veux intervenir, on m’impose le silence. Une trentaine d’élèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et d’enlever leurs chaussettes, l’un d’eux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs. Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte. Ailleurs, on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ». Je me dis qu’en 50 ans, je n’ai jamais vu ça. Ce qui m’a frappé… c’est l’attitude des gendarmes : impolis, désagréables… sortant d’une classe de BTS froid-climatisation en disant : « Salut les filles ! » alors que, bien sûr il n’y a que des garçons, les félicitant d’avoir bien « caché leur came et abusé leur chien ». C’est en France, dans une école, en 2008. »

Et voici la version du gendarme. Il s’agit du major Jeannyck Tribout, qui dirigeait l’opération antidrogue effectuée dans cette école – à la demande du directeur de l’établissement et sur réquisition du procureur de la République.

« Lorsque nous entrons dans la classe de ce professeur, nous sommes 4 gendarmes et un chien de recherche STUP. Nous avons été précédé du directeur de l’établissement qui rentre le premier et explique le but de la visite. Lorsque nous rentrons, nous disons bonjour (nous attendons toujours la réponse du professeur). Nous indiquons aux étudiants comment nous allons opérer et leur demandons de ne faire aucun geste brusque, ne pas regarder le chien dans les yeux et de le laisser travailler. À ce moment-là ce professeur ouvre la fenêtre et déclare « En 50 ans de carrière je n’ai jamais tribout_gdie-saint-pierrepg.1228992364.jpgvu ça, nous sommes dans un état policier » (…) Pendant toute la durée du contrôle, le professeur tourne le dos à la classe, regarde par la fenêtre, il ne verra rien de cette intervention proprement dite et il n’adressera à aucun moment la parole à qui que ce soit… même pas pour soi-disant défendre ses élèves. Le chien n’a agressé personne (…) Aucune personne ne s’est retrouvée en caleçon. Lorsque les gendarmes ont quitté la classe l’un d’eux a effectivement dit « au revoir messieurs dames » car dans les classes précédentes il y avait des femmes, dans celle-ci il n’y en avait pas, mais il n’a jamais été dit « salut les filles ». Ce que le professeur oubli de dire, c’est que lorsque nous avons quitté sa classe, il a dit aux élèves : « Ouvrez vite les fenêtres çà pue »… Cà c’est pédagogique ! »

Voilà ! Au moment où j’écris ces lignes, on n’a pas confirmation de l’authenticité de cette déclaration. On peut la trouver dans son intégralité sur Lepost (ici). Toutefois, le major Jeannyck Tribout existe bel et bien. Et si quelqu’un a utilisé son nom à son insu, je suppose qu’on ne va pas tarder à le savoir.

En attendant, il m’a semblé intéressant de mettre en parallèle les deux versions des faits (ils m’ont été signalés par Jean-Louis Deforges dans un commentaire sur ce blog – ici). C’est une belle leçon de scepticisme.

« Ne croire à rien, pas même à ses doutes » (Goncourt).

Audiovisuel : RFI coupe les ondes courtes

Lors d’un dîner amical réunissant des journalistes de la presse, de la radio et de la télévision, un débat s’est installé, non sur la suppression de la pub à la télévision publique, mais sur l’abandon, par RFI, de ses émissions en ondes courtes.

rfi-autocollant.1228830749.jpgIl faut dire qu’en ce moment, à Radio France International, les gens sont un peu à cran. Depuis que l’ancien patron d’Havas, Alain Pouzilhac, et la journaliste, Christine Ockrent, ont pris les commandes, y a du rififi à RFI. Et les licenciements vont bon train : Richard Labévière, Loïc Hervouët (le médiateur) et Ulysse Gosset. Ce dernier a dressé un portrait de Bernard Kouchner, le compagnon de sa patronne. L’intéressé n’aurait pas apprécié…

Non, non ! J’ai rien dit !… On a trop parlé ici des fouilles à corps intimes pour que je prenne le moindre risque. D’une manière générale, on peut quand même s’étonner de la consanguinité entre les mondes de la politique, des médias et des affaires.

Mais revenons aux ondes courtes. Elles ont la particularité de se réfléchir sur la couche ionosphérique, ce qui permet une très grande portée avec une puissance d’émission relativement réduite. Le seul moyen, m’a affirmé un technicien, d’assurer le maintien des communications en cas de cataclysme universel.

Un truc vieux comme la radio, simple et qui ne coûte pas cher. Enfin qui ne coûtait pas cher. Car RFI est lié à TDF, l’opérateur de réseaux hertziens et des infrastructures (groupe détenu à 42 % par un fonds d’investissement américain), par un contrat d’un autre âge.
Impossible de le rompre. Et impossible de négocier les prix de la location des émetteurs et des antennes. (D’après Wikipédia (ici), RFI dispose de deux sources de revenus : une fraction de la redevance audiovisuelle et une subvention du ministère des affaires étrangères)
Alors, pour justifier l’interruption programmée des ondes courtes, la direction met en avant que les émissions peuvent maintenant être reçues dans le monde entier, et ce à moindre coût, grâce au Web.

Mouais. À part que l’Internet peut faire l’objet d’un contrôle, d’un filtrage, d’un blocage, et qu’il est facile d’identifier l’utilisateur de tel ou tel site. Avec les ondes courtes, pas de contrôle, pas de censure, pas de flicage.

J’utilise ce mot à dessein. Pour retomber sur mes pieds, et revenir à l’objet de ce blog. Mais après tout, de temps en temps on peut parler d’autres choses que des histoires de police, non ! D’autant que j’étais rudement content de les trouver, les ondes courtes, il y a quelques années, lorsque j’étais sur mon bateau (que je m’étais offert après un hold-up sur TF1, en l’occurrence une demi-douzaine de scénarios pour une série franchouillarde).ondes-courtes_denis-loktev.1228830837.jpg

RFI diffuse, par exemple, plus de 20 heures d’émission par semaine en chinois. On imagine la joie, simple mais réelle, que peut ressentir un Chinois en écoutant dans sa propre langue des informations provenant de l’autre bout du monde ! Et de la France, de surcroît, pays encore considéré (à l’étranger) comme la patrie des droits de l’homme.

Et demain, cette liberté d’information serait sous contrôle… Je ne sais pas ce que vous en pensez… S’agit-il du prix à payer pour vendre un Airbus, un TGV, ou je ne sais quoi ?

Ça serait trop moche.

Le Chinois a rendu les clefs

Le commissaire Georges N’Guyen Van Loc est mort ce week-end, à Cannes. Je ne vais pas faire son panégyrique, mais c’était quand même un drôle de bonhomme. On l’aurait dit sorti tout droit d’un film de Hongkong, pourtant il était né au Panier, l’un des quartiers les plus populaires de Marseille. gipn.1228674425.jpg

Pour situer le personnage, un jour, le ministre de l’intérieur, je crois que c’était Christian Bonnet, rend visite à la police marseillaise. Toutes les autorités sont là, en rang d’oignon. Lorsque le ministre passe devant lui, Van Loc l’interpelle : « Vous vous souvenez, Monsieur le ministre, vous m’aviez promis le galon de divisionnaire… » Bonnet fait comme s’il se souvenait. C’est ainsi, raconte-t-on, que le Chinois est passé au grade supérieur. Il le méritait bien. On lui doit entre autres la création des GIPN (groupes d’intervention de la police nationale).

Une autre anecdote, moins drôle pour certains… C’était en février 1987. Une dizaine d’individus s’introduisent dans les locaux de la Caisse d’épargne des Cinq-Avenues, à Marseille. Ils prennent en otages les clients et les employés, soit vingt-deux personnes en tout. N’Guyen Van Loc arrive sur place avec les hommes du GIPN. Les malfaiteurs exigent une rançon de 30 millions de francs, des véhicules, etc. Les pourparlers traînent en longueur. C’est alors que débarque Robert Broussard. Entre les deux commissaires, ce n’est pas l’entente cordiale. On dit que Van Loc voulait en découdre tandis que Broussard préférait négocier…

Broussard prend la direction des opérations. Effectivement, il négocie. Mais tout le monde ignore que pendant ce temps une partie des braqueurs pille les coffres personnels des clients, situés dans la chambre forte, et qu’une autre partie creuse un passage pour rejoindre les égouts. Lorsque finalement les flics donnent l’assaut, il n’y a plus personne. 276 coffres ont été vidés, mais les otages sont sains et saufs. Les flics marseillais sont morts de rire, et l’histoire fait le tour du Vieux-Port, embellie à souhait, comme on l’imagine, au détriment des super flics parisiens.Mais place Beauvau, on n’a guère le sens de l’humour. Van Loc doit faire ses valises et quitter la cité phocéenne.Commissaire Nguyen Van Loc.1228673754.jpg

Il n’a pas dû le regretter, le Chinois. Il a par la suite écrit plusieurs bouquins et il a été le héros d’une série télévisée.La dernière fois que je l’ai vu. C’était il y a des années. À cinq-six mètres de moi, il a fait mine de dégainer. J’ai répondu, of course. Et nous sommes restés ainsi une poignée de secondes à nous menacer d’une arme imaginaire, l’index tendu, le pouce replié, comme des gosses – au milieu de la foule huppée des salons du Palm Beach.

Cette fois, Georges, tu n’as pas dégainé assez vite. L’adversaire était trop fort pour toi.

Un métier de chien

« Vendredi 26 septembre 1986. Quinze heures trente. Message radio dans les véhicules de patrouille : « Vol à main armée en cours. Crédit Lyonnais, rue Belgrand ! »… Nous sommes les premiers sur place… »

droopy-i-am-so-happy.1228638792.jpgC’est ainsi que finit la cavale de Michel Vaujour. Quatre mois plus tôt, jour pour jour, aux commandes d’un hélicoptère, sa femme l’avait arraché de la maison d’arrêt de La Santé. Une évasion spectaculaire. Le policier qui l’a arrêté se nomme Marc Louboutin. Dans un livre aux éditions Privé, Un métier de chien, il raconte la fusillade qui a suivi cet appel radio, à l’issue de laquelle Vaujour a été gravement blessé.

Cette intervention lui vaudra des félicitations, mais ce n’est pas l’autosatisfaction (un truc fréquent chez les policiers qui se racontent) qui domine dans son récit, mais plutôt… l’amertume. L’impression que sans arrêt « l’administration », lui a mis des bâtons dans les roues. Il voulait juste faire son boulot, ce boulot qu’il avait choisi, du mieux possible. Sans se soucier des heures supplémentaires, des récupérations, du tableau d’avancement ou de compter ses annuités pour la retraite.

Pas facile d’être flic de nos jours. Il faut résister à la « bâtonnite », cette maladie de certains chefs de service, à l’abus de pouvoir, au corporatisme, à l’alcool, à l’argent…

Et surtout, il faut préserver sa vie privée.

« Nous étions en planque en banlieue sur des braqueurs de camions quand la radio a annoncé que j’étais attendu à la clinique. Le groupe a levé le dispositif pour m’accompagner (…) J’ai déboulé dans la salle d’accouchement en posant en vrac dans un coin mon holster d’épaule contenant menottes et calibre, ma radio (…) J’ai encore dans la mémoire le regard halluciné de l’infirmière qui allait de ma bouille bouffie de sommeil, mal rasée, cheveux longs, à mon étui de calibre posé à même le sol… »

Ce jour-là, Louboutin a été papa – et les braqueurs n’ont pas été arrêtés.

Il a tenu un peu plus de quinze ans avant de lâcher prise. La mort de son ami, le commandant Yannick C., y est sans doute pour beaucoup. À 43 ans, après s’être donné sans compter à son métier, cet ancien de la brigade antigang n’a pas supporté l’affront du conseil de discipline pour une faute mineure : durant sa permanence, il s’était rendu dans la clinique où se trouvait sa femme, et il n’avait pu être joint. Une balle dans le cœur, et non dans la tête, pour éviter de choquer les proches. Le délégué syndical, condamnant la machine administrative, dira plus tard : « Il faut arrêter, Monsieur le Ministre, pour redevenir des êtres humains. »

Toujours d’actualité.

Je ne connais pas Marc Louboutin. Je l’ai rencontré sur ce blog, où souvent il nous fait profiter de son expérience par des commentaires éclairés, mais j’ai voulu lire son livre. Et si vous vous voulez voir un flic au fond des yeux, lisez-le aussi ! Parfois, je vais le dire simplement, les mots se sont brouillés.marclouboutinmetierdechhh6.1228603415.jpg

Bien sûr, je ne suis pas objectif. Cette histoire ressemble trop à la mienne…

Tout comme lui un jour, j’ai rendu mon insigne, mon calibre, mes menottes. Pour d’autres raisons… que je n’ai jamais réussi à exprimer. J’ai retiré la carte tricolore de mon portefeuille usé qui d’un coup m’a semblé vide, vieux et triste.

Ras-le-bol de ce métier, je m’étais dit. Mais ce jour-là, je me souviens, lorsque je suis sorti dans la rue, une boule se baladait entre mon estomac et ma gorge. Les narines me picotaient comme si j’allais pleurer.

Voilà, je ne suis plus flic. Mais je suis redevenu un homme libre. 

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Marc Louboutin s’est confié à Jacques Pradel, dans l’émission « Café-crimes », sur Europe 1 (ici).

Poker tricheur

Internet est-il devenu une salle de jeux où tous les coups sont permis ? Un récent reportage de CBS News a révélé la plus grosse escroquerie découverte sur la Toile : vingt millions de dollars.

Joueur poker_musicholdem.1228408024.gifEn fait, ce sont les joueurs de poker eux-mêmes qui ont démasqué les casinos de la triche. Après y avoir laissé des plumes. Il semble que la fraude soit venue d’un salarié du site Absolute Poker. Il serait parvenu à pirater le système informatique, de façon à connaître toutes les cartes des joueurs. Ce qui est encore le meilleur moyen de gagner.

Aussitôt, aux États-Unis, des voix se sont élevées pour autoriser les jeux en ligne, plutôt que de laisser la main libre à des entreprises off-shore, jugées incontrôlables. Et de se lamenter sur toutes ces taxes qui échappent au pays ! « La prohibition représente un élargissement du fossé entre la technologie du XXI° siècle et les lois du XX° Siècle », a écrit le Washington Post. Là-bas, les investisseurs sont dans les starting-blocks (il s’agit d’un marché de plusieurs milliards de dollars). Ils sont persuadés que la nouvelle administration sera plus « conciliante » que celle de George W. Bush, lequel en 2006, a interdit les transferts d’argent sur les sites de jeux, via les banques américaines. Obama en sauveur des casinos ! C’est pas là où on l’attendait, mais enfin…

En France aussi, les jeux d’argent sont interdits sur Internet. Utopie, lorsqu’on sait qu’il existe plus de 500.000 sites qui proposent leurs services… Aussi, le gouvernement a-t-il envisagé de mettre le holà à la prolifération des joueurs hexagonaux en copiant les Américains. Il s’agissait de bloquer les flux d’argent générés par les jeux en ligne, sauf pour la Française des jeux et le PMU – évidemment. Mais Bruxelles a posé son veto, estimant que ce projet est contraire au droit européen. D’autant qu’il reste en suspens la suppression du monopole.

C’est prévu pour 2009. Il est temps, car la France fait actuellement l’objet d’une procédure d’infraction pour avoir maintenu le monopole sur les paris en ligne. Concrètement, déclare le ministre du budget, Éric Wœrth, le gouvernement a décidé de créer une haute autorité (une de plus) qui sera chargée d’accorder les autorisations aux sites qui voudront commercialiser les jeux sur le marché français.

Cela dit, on ne voit pas très bien comment on pourra nous autoriser à jouer sur un site français et nous empêcher de faire la même chose sur un site belge ou italien…

Mais on peut faire confiance aux gens de Bercy : ils vont trouver.

Il paraît bien loin le temps où des truands, les Guérini, Francisci et autres Zemour, se livraient une guerre sans merci pour s’approprier ou conserver le monopole des jeux… Cependant, il y a tant d’argent à gagner, qu’aujourd’hui encore tous les coups sont permis. Mais au moins, le sang ne coule plus.

L’affaire du petit Grégory

Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, âgé de 4 ans ½, disparaît de la maison de ses parents, à Lépanges-sur-Vologne, dans les Vosges. Dans la soirée, on retrouve son corps dans les eaux de la Vologne, à Docelles, à six kilomètres de son domicile. Il a les jambes et les bras liés par une corde et il est mort noyé. Sur le petit corps, aucune trace de violences. À l’évidence, il a été jeté vivant dans la rivière – comme on noierait un chat. gregory-villemin_photo_lenouvelobscom.1228295222.jpgLes soupçons se portent sur la famille. Le lendemain, le père de l’enfant, Jean-Marie Villemin, reçoit une lettre anonyme : « […] Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con… » Deux semaines plus tard, le juge d’Epinal, Jean-Michel Lambert, délivre un mandat d’écroue contre Bernard Laroche, un cousin des Villemin, qui a fait l’objet d’une dénonciation de la part de sa propre cousine, âgée de quinze ans. Quelle famille ! En février 1985, le juge le libère, et un mois plus tard, Villemin père l’abat d’un coup de fusil de chasse. Mais les rumeurs vont bon train. Elles accusent Christine Villemin, la mère du petit Grégory. Dans une divagation intello, Marguerite Duras enfonce le clou. Persuadée de sa culpabilité, elle écrit dans Libération qu’il s’agit d’un crime « sublime, forcément sublime ».

La PJ a été longtemps tenue à l’écart de cette affaire. Ses enquêteurs auraient-ils fait mieux que les gendarmes ? Le commissaire Jacques Corrazi, qui plus tard a repris le dossier, doit probablement en être persuadé. Il aurait peut-être réussi à juguler le délire d’un petit juge dont ses pairs ont dit qu’il était un « funambule de la pensée ». Christine Villemin a par la suite été mise en examen pour le meurtre de son fils. Le 3 février 1993, la chambre d’accusation de Dijon a estimé qu’il n’existait aucune charge contre elle, et elle a rendu un arrêt de non-lieu. On ne connaîtra jamais l’assassin du petit Grégory.

A moins que…

Vingt-quatre ans plus tard, la police scientifique peut-elle réussir là ou les gendarmes, la police et la justice ont échoué ? En décidant la réouverture de l’enquête, la Cour d’appel de Dijon doit penser que l’analyse des scellés, qui ont semble-t-il été soigneusement conservés (vêtements, liens, lettres du corbeau…), peut apporter aujourd’hui de précieuses indications, notamment grâce aux traces Adn.

C’est, je crois, une première en France. De quoi nous réconcilier avec le fichier génétique.

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Le résumé des faits est un extrait de « La PJ de 1984 à 1986« .

En raison de certains débordements, les commentaires (+ de 4000) sont fermés sur ce billet. GM

Tout nu (suite)

L’UMP demande l’ouverture d’une enquête, le PS stigmatise des méthodes inadmissibles et Jack Lang a honte pour son pays… La mésaventure de l’ex-patron de Libération fait l’unanimité contre des méthodes policières qu’Alliot-Marie trouve pourtant tout à fait normales. Alors, où est la vérité ? Faut-il oui ou non baisser culotte devant les policiers ?

droits-de-lhomme_lea-assoover-blog.1228150274.jpgEt moi, avec mon petit blog, je me fais châtaigner par quelques lecteurs, qui me balancent des « Monsieur le commissaire » dédaigneux et qui me soupçonnent de je ne sais quelle connivence avec je ne sais quelle force du mal.

Heureusement, c’est une minorité. Parmi les commentaires, nombreux, qui ont suivi le texte précédent (ici), beaucoup sont constructifs et pleins de bon sens. Ils sont parfois contradictoires, mais c’est bien ainsi qu’on se forge une opinion, n’est-il pas ?

Laissons à la presse le soin de défendre la presse, et posons-nous la question suivante : Les policiers ont-ils le droit d’obliger un homme ou une femme à se déshabiller ?

Pour l’instant, on attend toujours une réponse nette. On nous parle d’habitudes, de sécurité… Rien dans le code de déontologie de la police nationale. Pourtant, comme le rappelle Marc Louboutin, un ancien officier de police judiciaire, il existe une circulaire en date du 11 mars 2003 qui fixe les choses. Je l’ai longuement recherchée avant finalement de la retrouver (grâce à Syl8555) dans un rapport de la Haute autorité de santé (ici).

Pour résumé, ce texte* dit que le fait d’obliger une personne à se mettre nue est attentatoire à la dignité et que la règle générale consiste en une simple palpation de sécurité. De plus, l’usage des menottes est réservé aux individus dangereux, ce qui manifestement n’était pas le cas de M. de Filippis.

Je pense qu’un blog permet une réflexion collective. D’ailleurs les commentaires sont souvent plus importants que le texte de base. Mais pour répondre à Bernard, qui me demande mon opinion personnelle, la voici – et je suis certain qu’elle est partagée par de nombreux policiers : Il est inadmissible de mettre un homme ou une femme tout nu. C’est humiliant. Les policiers doivent se reprendre. Ils ne doivent pas s’exclure de la société. Et les syndicats de police devraient se battre – aussi – pour des idées.

Et puisque ce blog prend un angle plus intimiste, je vais vous faire une confidence : dans toute ma carrière, je n’ai jamais demandé à personne de me montrer ses fesses – en tout cas pas dans l’exercice de mon métier.

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* Voici ce que dit la circulaire du 11 mars 2003, qui est donc signée d’un certain Nicolas Sarkozy (c’est moi qui souligne) :

« Les mesures de sécurité sont de nature administrative ; elles ont pour finalité la protection du gardé à vue, des personnes et des tiers.

Elles sont à distinguer de la fouille opérée par l’officier de police judiciaire pour les nécessités de l’enquête, assimilée à une perquisition, ainsi que des investigations corporelles internes exclusivement réalisées par un médecin dans les cas prévus par la loi.

Parmi ces mesures de sécurité, deux modalités sont à distinguer :

 – La palpation de sécurité opérée à chaque prise en charge et lors des différents mouvements de la personne gardée à vue. Son but est de révéler le port de tout objet dangereux et sa nécessité ne saurait être remise en cause. Pratiquée par une personne de même sexe et aux travers de vêtements, elle doit être complète, méthodique et méticuleuse.

– La fouille de sécurité : l’article C117 de l’instruction générale du 27 février 1959 prise pour l’application du code de procédure pénale précise que cette mesure ne peut être pratiquée que si la personne gardée à vue est suspectée de dissimuler des objets dangereux pour elle-même ou pour autrui.

Pratiquée systématiquement, a fortiori avec le déshabillage de la personne gardée à vue, elle est attentatoire à la dignité et contrevient totalement aux exigences de nécessité et de proportionnalité voulues par l’évolution du droit interne et européen.

Il y aura donc lieu dès à présent de limiter en règle générale les mesures de sûreté à la palpation de sécurité. Dans l’hypothèse où des vérifications plus adaptées apparaîtraient nécessaires, il conviendrait d’en évoquer l’application avec l’officier de police judiciaire qui détient des éléments lui permettant une appréciation de la dangerosité des personnes.

En tout état de cause, toute instruction rendant les fouilles systématiques doit être abrogée. Dans le même esprit, le menottage qui est soumis aux dispositions de l’article 803 du code de procédure pénale, ne doit être utilisé que lorsque “la personne est considérée comme dangereuse pour autrui et pour elle-même ou susceptible de prendre la fuite”. Un menottage excessivement serré doit être proscrit. »

 

Un patron de presse tout nu

« Baissez votre slip, tournez-vous et toussez trois fois ! » Un policier a-t-il le droit de formuler une telle requête ? Rien n’est moins sûr. L’administration en tolérant que ses agents se livrent à ces pratiques ne fait que jouer sur les mots. En effet, l’article 63-5 du Code de procédure pénale mentionne expressément qu’une «investigation corporelle intime» ne peut être réalisée que par un médecin.

toutnuchoopsbdfreefr.1228043843.jpgC’est quoi une « investigation intime » ? Mon dictionnaire parle de recherche suivie et approfondie – sans faire de distinction entre l’œil et… le doigt.

En tout cas, un policier digne de ce nom ne pratique pas de telles méthodes (voir sur ce blog : Déshabillez-vous !).

Quant à Madame Muriel Josié, le juge d’instruction, a-t-elle outrepassé ses droits en délivrant un mandat d’amener pour un délit de presse ?

C’est possible. Voyons, quelle est la définition légale du mandat d’amener ?

Le mandat d’amener est une réquisition faite aux autorités d’arrêter une personne dénommée pour la conduire dans les plus brefs délais (moins de 24 heures) devant le magistrat. Normalement, il fait suite à un mandat de comparution auquel il n’a pas été déféré.

Alors qu’en est-il du mandat de comparution ? C’est l’obligation faite à une personne de se présenter à une date et à une heure précise devant le juge. Ce mandat est le plus souvent notifié par voie d’huissier.

Question : Vittorio de Filippis a-t-il fait l’objet d’un mandat de comparution ?

Si tel est le cas, et s’il n’a pas déféré à cette pièce de justice, il a eu tort. Et du coup la réaction du magistrat devient légitime.

L’ex-patron de Libération a alors bénéficié du droit commun : arrestation, menottes dans le dos, fouille à corps… On peut juger ça excessif, mais c’est le régime appliqué à monsieur tout le monde.

Seule l’introspection anale reste équivoque.

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Bon, comme je me fais pas mal allumer sur ce texte, je me permets ce post-scriptum :

1/ J’ai effectivement commis une boulette. L’article 63-5 du CPP dit exactement ceci : « Lorsqu’il est indispensable pour les nécessités de l’enquête de procéder à des investigations corporelles internes sur une personne gardée à vue, celles-ci ne peuvent être réalisées que par un médecin requis à cet effet » (date d’entrée en vigueur 1er janvier 2001).

Doit-on faire une différence entre « internes » et « intimes »… ? Il semble me rappeler (mais je n’ai plus la référence) que la Cour européenne a utilisé « fouilles intimes » dans sa décision de condamner la France (pour dommage moral) lors d’un recours effectué par l’ancien d’Action directe, Max Frérot.

2/ J’avais écrit « anale » avec deux n. J’ai corrigé et merci pour ceux qui m’ont repris.

 

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