LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Auteur/autrice : G.Moréas (Page 63 of 82)

Vidéo sur la vidéosurveillance

Les Français sont favorables à l’implantation de caméras de vidéosurveillance. C’est sans doute cette popularité qui a incité Bertrand Delanoë à approuver le plan « 1000 caméras » ! Pourtant, certains maires traînent les pieds. Auraient-ils peur de devenir des « maires fouettards » ?

camera.1234190939.jpgC’est le cas de Jacques Boutault, le maire du II° arrondissement. Pour se forger une opinion, il a organisé en novembre 2008 un débat sur la question. J’y étais. Mais pour être franc, il n’y a pas eu de débat : même si les arguments différaient selon les intervenants, tout le monde est tombé d’accord pour admettre que les caméras n’ont aucune incidence sur la protection des citoyens.

Il n’est donc pas « loyal » de parler de vidéo-protection.

Si les caméras de surveillance implantées sur la voie publique n’empêchent ni les crimes ni les délits, elles peuvent en revanche se révéler précieuses pour en identifier les auteurs, repérer des témoins et reconstituer les faits.
Il s’agit donc d’un bon outil pour les enquêteurs (ici).

Il faut mettre en parallèle cet avantage avec les risques d’atteinte à la vie privée, ou ceux qui sont liés à des technologies de plus en plus invasives… C’est un débat de société. À chacun de faire ses comptes.

La réunion, organisée par Dominique Butin-Friez, chef du cabinet du maire, a été filmée par la caméra (de surveillance) de Gilles Donnard. Un montage a été mis en place sur Dailymotion (le son est très mauvais).

C’est la scientifique Dominique Leglu, directrice de la rédaction de Sciences et Avenir qui a dirigé la discussion.
Les participants étaient :
– Laurent Bonelli, enseignant et chercheur à Paris X-Nanterre ;
– André Gunthert, enseignant et chercheur à l’EHESS (école des hautes études et sciences sociales) ;
– Noé Le Blanc, journaliste ;
– Georges Moréas (pour l’aspect technique).

Si vous êtes intéressé (mais c’est un peu long), vous pouvez cliquer ici.

« Les gendarmes doivent rentrer chez eux deux par deux », a dit le général…

gendarme-se-marie.1234001212.jpgLes gendarmes de Nantes ne doivent plus utiliser les voitures de service pour regagner leur domicile, car « chacun doit participer aux économies demandées dans le cadre de la réduction des déficits publics ». Alors, pour faire passer la pilule, on a demandé à la société chargée des transports en commun s’ils pouvaient bénéficier de la gratuité pour leurs déplacements. OK, a répondu celle-ci, à condition que les gendarmes interviennent en cas de problème, sur réquisition du chauffeur. Oui mais voilà, certains gendarmes de l’état-major ne sont pas des gens de terrain. Certains ne sont même pas armés. En conséquence, dans une note de service, dont Ouest-France s’est fait l’écho, leur hiérarchie a suggéré aux gendarmes de rentrer chez eux – par deux. Et s’ils ne sont pas armés, « ils peuvent demander l’attribution de bombes lacrymogènes », scrogneugneu !

Gageons qu’ils vont payer leur billet.

Cela rappelle les propos de Ségolène Royal, dans le face-à-face avec Nicolas Sarkozy, où elle proposait, par mesure de sécurité, que les policiers femmes soient raccompagnées chez elle par les policiers hommes. On s’la raconte encore dans les commissariats…

Mais dans les gendarmeries, on rigole moins.

D’après un article paru dans Aujourd’hui en France, et cité sur un forum de gendarmes, une bonne partie du parc automobile d’une compagnie du sud de la France serait hors état de subir un contrôle technique. Dans cette région, en 2009, le budget pour les déplacements, lors des enquêtes de police judiciaire, devrait baisser d’environ 50 % et la moitié des téléphones portables de service pourraient être « confisqués ».

« On nous brade », a murmuré une forte tête.

La ministre de l’Intérieur, sent bien qu’un vent défaitiste souffle sur sa boutique. Alors, de temps en temps, elle lance une petite phrase, pour tenter de regonfler le moral de ses troupes : « Les gendarmes conservent leur statut militaire… Pas question de syndicats dans la gendarmerie…  On va créer une passerelle entre les deux corps… Les gendarmes conservent leur logement de fonction… »

Il y a quelques jours, en Corse, elle a déclaré vouloir créer une « task force ». Les patrons de la police et de la gendarmerie ont eu un peu de mal à expliquer de quoi il retournait : une cellule créée pour une mission ponctuelle, et dissoute à la fin de ladite mission. Elle serait composée de policiers et de gendarmes soustraits pour un temps à leurs obligations habituelles… Sans doute un moyen pour faire travailler policiers et gendarmes de conserve… Les chefs de service n’ont pas fini de s’arracher les cheveux !task-force_fbi_namtiti.1234001988.JPG

En principe, depuis le 1er janvier, gendarmerie et police, c’est du pareil au même : même hiérarchie, mêmes missions. La réalité semble différente : on n’a même pas réussi à dégager quelques bureaux pour que le patron de la gendarmerie s’installe place Beauvau.

Alors, où en est-elle cette réforme de la maréchaussée ? Y a-t-il fusion avec la police, absorption ou… rien du tout ?  Personne n’y comprend rien, et surtout pas les intéressés.

Le 17 décembre 2008, le Sénat a adopté le projet de loi, avec cependant certaines restrictions, d’ailleurs envisagées sur ce  blog (ici) quelques jours auparavant, et semble-t-il acceptées par la ministre de l’Intérieur.

Mais pour l’heure, le seul élément palpable qui sort de cette marmite du diable, c’est la démobilisation – et des coupes sombres dans le budget.

En Belgique, en 1991, la gestion de la gendarmerie a été transférée du ministère de la Défense au ministère de l’Intérieur. On a dit alors de la gendarmerie qu’elle était… démilitarisée. En 2001, elle a été dissoute.

J’ai demandé à un commissaire de la police fédérale belge de nous donner son avis sur cette profonde mutation que son pays a connu. Je donnerai les éléments de son analyse sur ce blog, dans les tout prochains jours.

kepi_nouveaucentrehautetfort.1234002201.jpgLa semaine dernière, sept parlementaires ont eu la surprise de recevoir par la poste un képi de gendarme. Un cadeau de l’association Gendarmes et citoyens, afin de se rappeler à leur bon souvenir.

Il y a une expression dans la police et dans la gendarmerie : manger son képi. « Bon appétit, Messieurs !… », aurait ajouté Victor Hugo.

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Remerciements à Laurent Opsomer pour sa doc.

STIC et TOC

Une femme gardien de la paix écope d’un blâme pour avoir imprimé 500 fiches du STIC (système de traitement des infractions constatées) concernant des stars du showbiz. Un commandant de police est suspendu de ses fonctions et mis en examen pour avoir imprimé 2 fiches de stars du showbiz. Cherchez l’erreur…

justice-yeux-bandes_lestribunationsde-frankie.1233857934.jpg« La première aimait trop les people » nous dit Isabelle Mandraud dans Le Monde. « Nulle tricoche, nul service monnayé », affirme-t-elle. Juste un petit plaisir. Mieux que Gala. À moins qu’il s’agisse d’un TOC (trouble obsessionnel compulsif).

L’AFP complète l’information en rappelant que cette dame a été placée en garde à vue au mois de décembre 2008, en même temps que le commandant de police Philippe Pichon, et pour des faits similaires.

Ce dernier après 48 heures de garde à vue a été mis en examen pour violation du secret professionnel (ici). Il a été suspendu de ses fonctions et il est convoqué devant le conseil de discipline le 26 février. On dit même que son arrêté de révocation est déjà signé. Il manquerait juste la date.

Alors pourquoi cette différence de traitement ? C’est que Pichon a eu le malheur de confier ces deux fiches STIC à Nicolas Beau, journaliste à Bakchich, afin de lui prouver les erreurs, les anomalies, les manquements à la loi, du fichier STIC – autant de faits qui ont été confirmés par la Commission national informatique et liberté.

Entre une fliquette qui rêve d’être une star, et un flic qui rêve d’un monde plus juste, il n’y a pas photo.

Mais pourquoi cette information sort-elle aujourd’hui ? De loin comme ça, on a l’impression qu’au ministère de l’Intérieur, une grcommandant-philippe-pichon_rmc-copie.1233857629.jpgosse tête s’est dit qu’il était temps d’allumer un contre-feu, avant que cette histoire ne fasse trop de bruit.

Sûr qu’on en reparlera, d’autant que Philippe Pichon a comme défenseurs Me Antoine Comte et Me William Bourdon, deux avocats connus pour leur engagement en faveur des droits de l’homme.

Google, indic de la police

Il y a quelques jours, en surfant sur Google Earth, l’attention des policiers helvétiques a été attirée par une étrange parcelle de terrain : un rectangle de 150 mètres sur 50 délimité par une belle couleur jaune, tandis que le centre était tout vert.

google-is-evil.1233645683.jpgLe porte-parole de la police cantonale zurichoise a déclaré dans La Tribune de Genève : « L’homme y cultivait du cannabis et avait fait pousser du maïs tout autour. Comme les plantes de chanvre sont moins hautes, on ne pouvait rien voir de la rue ».

C’est ainsi que les policiers ont réussi un très beau coup en mettant à jour le plus important trafic de cannabis que la Suisse n’ait jamais connu. Au total, seize personnes ont été inculpées et plusieurs tonnes de cannabis, de marijuana et de haschich ont été saisies, ainsi qu’une somme de 400.000 euros.

Pour être tout à fait franc, les policiers enquêtaient sur ce trafic depuis plus d’un an, et Google n’a servi qu’à détecter l’un des producteurs. « Cela relève plus du coup de chance que d’un procédé systématique », a reconnu un enquêteur.

Décidément, l’entreprise de Silicon Valley joue sur tous les tableaux. On apprend qu’elle va nous permettre d’explorer les fonds marins, et, il y a une quinzaine de jours, Google Street View a permis de retrouver une fillette de 9 ans qui avait disparu.

Les faits se déroulent dans le Massachussetts. Dès que l’alerte de la disparition est lancée, les policiers récupèrent la position GPS du téléphone portable de la petite Nathalie, ce qui leur donne une zone de recherche. Ils rentrent les coordonnées dans Google Maps, puis ils analysent la zone à l’aide de Google Street View. Rue par rue, immeuble par immeuble. L’enfant a été retrouvée dans un hôtel. Elle avait été enlevée par sa grand-mère.

Aux E-U, selon une loi de 2005, les opérateurs de téléphonie mobile sont tenus de pouvoir localiser leurs clients dans un rayon maximum de 300 mètres. En conséquence, la plupart des téléphones portables sont munis d’un GPS. Pour la petite fille, c’était… du bon usage d’une loi liberticide.fish2.1233644970.gif

Google, indic de la police ; notre portable, mouchard de la police. On vit quand même une drôle d’époque.

Le vrai-faux passeport de Battisti

En affirmant dans un magazine brésilien que les services secrets français lui ont remis un passeport pour qu’il puisse s’évader vers le Brésil, Cesare Battisti balance un sacré pavé dans la mare. Cela rappelle trop l’affaire du vrai-faux passeport de Charles Pasqua pour ne pas faire le rapprochement.

rio_maluko.1233504074.jpgRappelez-vous, c’était au début de la première cohabitation, celle de 86-88. Le tout nouveau ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, s’arrange pour qu’on découvre que le ministre socialiste Christian Nucci et son directeur de cabinet, Yves Chalier, ont tous deux confondus les caisses de l’État et leur propre tirelire.  Un scandale politico-financier (l’affaire Carrefour du développement) comme on les aime en France. 27 millions de francs, tout de même.

Là-dessus, Yves Chalier trouve que le climat devient malsain et « on » lui souffle à l’oreille qu’au Brésil, il fait toujours beau. Et comme il n’a plus de passeport, un commissaire de la DST, très serviable, lui en remet un en mains propres, tout beau tout neuf, et aussi vrai qu’un vrai. Le directeur de la DST, délivré du secret-défense par Pierre Joxe, reconnaîtra, huit ans plus tard, qu’il a agi sur les ordres de son ministre de tutelle, Charles Pasqua.

Donc, Cesare Battisti nous raconte qu’il a été contacté par des membres des services secrets. « C’est l’un d’eux qui a émis l’idée de ma fuite au Brésil (…) Une semaine plus tard, il a envoyé une autre personne m’apporter un passeport avec ma photo et mes données personnelles », affirme-t-il dans la revue  Istoe.

Décidément, rien de nouveau sous le soleil du Brésil.

La cavale de Battisti avait démarré quelques semaines aprèsshadok_complique_castaliecom.1233504162.jpg l’arrivée de Dominique de Villepin place Beauvau, en remplacement de Nicolas Sarkozy.

Trois ans plus tard, Battisti a été interpellé à Rio de Janeiro sur les instructions du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy (ici).

Je ne sais pas vous, mais moi la politique, j’y comprends rien.

Si quelqu’un a lu les petits carnets noirs du commissaire Yves Bertrand, il pourrait peut-être éclairer notre lanterne.

La sécurité au prix fort

Les gens se sont barricadés chez eux. Ils ont élevé des clôtures et des murs, puis des détecteurs de mouvement et des alarmes. Ils ont mis des barreaux, mais les voleurs les ont écartés avec des crics. Alors, les gens ont installé des grilles électrifiées à 9.000 volts et des barrières à infrarouge. Aujourd’hui, les malfaiteurs cueillent leurs victimes devant chez elles et leur mettent un pistolet sur la tempe…

policier-afrique-du-sud_gaboneco.1233390067.jpgJe me suis permis de résumer ici un passage de l’article de Franck Rather, paru le 27 janvier 2009, dans Courrier International (ici). Il faut absolument le lire. C’est un portrait effrayant de l’insécurité qui règne en Afrique du Sud.

Dans ce pays, nous dit-il, la sécurité est assurée par 60.000 militaires et 170.000 policiers, mais ceux-ci mettent des heures à intervenir et sont souvent inefficaces dans leurs enquêtes. Aussi, le marché de la sécurité a pris une ampleur considérable : 420.000 agents privés, qui ont le pouvoir d’intervenir et d’arrêter les délinquants. À la différence de la police, les véhicules de la société de sécurité Chubb, calligraphiés « Armed Response » (intervention armée), déboulent en quelques minutes – pour ceux qui sont abonnés. Le montant annuel de ce service équivaut à un mois de salaire moyen.responsable-officer-_chubb.1233390175.jpg

En Afrique du Sud, pays de 48 millions d’habitants, la sécurité a un prix, et il faut avoir les moyens de le payer.

Heureusement chez nous, les choses sont différentes…

afriquedusud_courrrier-international.1233392073.jpgPourtant, dans le rapport « Contexte stratégique de la sécurité intérieure à l’horizon 2025 », remis au ministre de l’Intérieur en septembre 2008, dont Isabelle Mandraud s’est fait l’écho dans Le Monde du 28 janvier (ici), il y a des rapprochements inquiétants. En voici les idées fortes, noircies à dessein :

Les gens aisés vivront dans des appartements sécurisés ou se retrancheront dans des blockhaus dorés. Une nouvelle génération de délinquants verra le jour : les personnes âgées, aux retraites insuffisantes, voire inexistantes, et de fait marginalisées, qui pour survivre tomberont dans le vol, la rapine, ou le crime. La circulation deviendra difficile en raison de la disparition des panneaux de signalisation, qui seront volés pour être revendus, comme les câbles de cuivre de nos jours. La police des frontières ne maîtrisera plus le flot de clandestins qui viendront grossir les rangs des indigents. Et la police baissera les bras, avec des chefs incapables de coordonner son action avec celle des officines de sécurité privée…

defense-d-entrer-affiche_allposters.1233391366.jpgBon, même si c’est un rien apocalyptique, c’est pour dans vingt ans ! Mais certains pensent que si la crise économique est aussi sérieuse qu’on nous le dit, le chômage, la précarité, la pauvreté vont peu à peu s’installer en Europe, donc en France. Et, par ricochet, il existe une probabilité de voir la délinquance et la criminalité augmenter fortement. Pour relativiser les choses, l’Afrique du Sud compte 30 % de chômeurs alors qu’en 2009, la France risque d’atteindre « seulement » les 10%.

Il faut donc être vigilant, et ne pas prendre le risque de casser l’outil, police-justice, au moment où il pourrait être le plus utile.

Je pense en disant cela aux déclarations d’intention (ici) faites lors du sommet européen de la sécurité privée, par le président de la République qui a prôné de « coproduire des solutions public-privé de sécurité », tandis que la ministre de l’Intérieur souhaitait « un partenariat entre acteurs privés et publics ».

Je pense à la fusion police-gendarmerie qui semble s’effectuer dans l’embrouillamini et la confusion.

Je pense aussi à ces suppressions de postes dans la police*, dans la gendarmerie, à la fermeture d’écoles de formation, de certaines brigades de gendarmerie (une sur dix ?), de certains services, notamment en province…

Et aussi à l’automatisation de la sécurité (caméras, radars, scanners, biométrie…) et à la réforme de la procédure pénale et à la suppression du juge d’instruction (ici).

Lorsqu’on voit ce qui se passe en Afrique du Sud, lorsqu’on lit le rapport d’anticipation commandé par la ministre de l’Intérieur, on peut se demander si avant d’aller plus loin dans les réformes, il ne serait pas opportun de poser son sac à terre et de réfléchir.
En effet, ne prend-on pas le risque de désorganiser le système police-justice au moment où il pourrait être le plus utile?
Car si demain la violence s’installe chez nous, et si le système judiciaire ne peut pas faire face, en s’appuyant sur des principes démocratiques solides – et éprouvés -, alors, ne risquerait-on pas une avalanche de lois sécuritaires ?

Et ces flics aujourd’hui tant vilipendés, on pourrait bien les regretter.

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* Les syndicats de police n’apprécient pas ces réformes. Ils montent au feu. Certes ils revendiquent pour défendre leurs acquis sociaux, comme tous les syndicats, mais aussi pour refuser la diminution de leurs effectifs. Et comme les policiers n’ont pas le droit de grève, et seulement un droit restreint de manifester, deux d’entre eux, l’Unsa-police et le Syndicat général de la police (SGP-FO), ont lancé une manifestation virtuelle sur Internet (ici). À ce jour, le compteur affiche près de 40.000  « manifestants ». Un chiffre très important, si l’on tient compte du fait que les participants doivent décliner leur nom et leur matricule.

Quant aux gendarmes, comme ils n’ont pas de représentation syndicale, ils baissent la tête et ils comptent les coups.

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Merci à Laurent Opsomer pour sa documentation, notamment sur l’Afrique du Sud.

Canal+ hors la loi Chatel ?

La chaîne cryptée est-elle dans son droit, lorsqu’elle menace ses abonnés qui veulent reprendre leur liberté des foudres de la justice ? Sous prétexte qu’ils ont laissé passer la date anniversaire de leur contrat, sont-ils prisonniers pour une année de + ? Où s’agit-il d’un chantage pour conserver de force des clients ?

loup-hurlant-a-la-lune_anim67-centerblog.1233216112.jpgCatherine est abonnée à Canal+ depuis plus de cinq ans. En 2007, elle décide d’arrêter. Elle en avise la chaîne cryptée deux mois avant l’échéance, par lettre recommandée. Le service commercial réagit et lui propose un an d’abonnement supplémentaire à 15 € par mois, autrement dit moitié moins cher. Elle se laisse tenter – et n’y pense plus. Au mois d’octobre 2008, c’est 33 € qui sont prélevés sur son compte. Là, elle estime que c’est trop cher. Elle téléphone. Vous ne pouvez pas annuler avant un an, lui répond-on. Elle envoie une lettre recommandée et demande à résilier immédiatement son abonnement. Elle fait référence à la loi Chatel.

Cette loi (ici) est destinée à faciliter la résiliation des contrats tacitement reconductibles.
« Art. L. 136-1. – Le professionnel prestataire de services informe le consommateur par écrit, au plus tôt trois mois et au plus tard un mois avant le terme de la période autorisant le rejet de la reconduction, de la possibilité de ne pas reconduire le contrat qu’il a conclu avec une clause de reconduction tacite.
« Lorsque cette information ne lui a pas été adressée conformément aux dispositions du premier alinéa, le consommateur peut mettre gratuitement un terme au contrat, à tout moment à compter de la date de reconduction… ».

Autrement dit, le prestataire de service, ici Canal +, doit informer par écrit de la possibilité de ne pas reconduire le contrat. À défaut, le consommateur peut y mettre un terme gratuitement et à tout moment.

Il suffit de surfer quelques minutes sur Internet pour se rendre compte que Catherine n’est pas un cas isolé. Les forums foisonnent de messages, parfois pathétiques, de gens qui implorent conseils. On les sent désarmés. Ils voulaient s’offrir un peu de détente, et ils ont l’impression d’être tombés dans un piège : « J’ai un problème avec Canal + car ils ne veulent pas résilier mon abonnement…  Voilà je suis abonnée à Canal + et Canal Sat, et ils n’arrêtent pas de me faire des ennuis… J’ai déménagé il y a 5 mois et depuis 5 mois ils m’ont prélevé comme si j’étais abonné à mon ancienne et à ma nouvelle adresse… Je viens de recevoir une mise en demeure de la part de Canal +.… »

Pour en revenir à Catherine, elle a reçu plusieurs appels de Canal. D’abord aimables, du genre : donnez-nous votre numéro de carte de crédit, et l’on n’en parle plus (elle a mis fin aux prélèvements automatiques). Puis, le service de recouvrement : J’ai votre dossier sous les yeux, vous nous devez la somme de…

Enfin, au bout de deux ou trois semaines, elle a reçu une réponse écrite : « Vous nous avez fait part de votre souhait de résilier votre abonnement et je le regrette sincèrement. Je vous confirme que nous avons bien enregistré votre demande…

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Elle souffle. C’est réglé, se dit-elle. Puis elle poursuit sa lecture : …à la date anniversaire de votre contrat, soit le 30 septembre 2009 ».

Depuis, elle continue de recevoir la chaîne cryptée – ce qui ressemble fort à une vente forcée. Et elle ne sait plus quoi faire.

On m’a dit que Canal+ justifiait sa position par le fait que l’emballage de sa revue mensuelle porte la date échéance du contrat d’abonnement…
Il me semble qu’il s’agit là d’une interprétation restrictive de la loi. Mais je dois avouer que je ne sais pas s’il existe une jurisprudence en la matière.

Le 10 mai 2006, dans un rapport d’information à l’Assemblée nationale (ici), on peut lire : « Sont concernés les principaux contrats passés par les consommateurs comportant une clause de tacite reconduction (contrats de services publics industriels et commerciaux, contrats de fourniture périodique de biens, abonnements divers, notamment accès à Internet, télévision par câble, etc.). »

Mais, il est diffile de s’imaginer qu’une entreprise comme Canal+ ne respecte pas la loi. Aussi je me suis dit que le plus simple, c’était de demander l’avis « au père » de la loi Chatel, autrement dit à Monsieur Luc Chatel, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, chargé de la consommation. J’ai donc cherché comment le joindre. Je me suis alors aperçu qu’en France il est impossible d’envoyer un mail à un membre du gouvernement. Ce qui m’a fait penser à la réponse de Barack Obama, lorsque les services secrets lui ont demandé d’abandonner l’usage de son téléphone portable personnel : Je garde mon BlackBerry, a-t-il répondu. Il a ajouté qu’il souhaitait que les gens continuent à lui faire parvenir des mails, directement, sans passer par le filtre de la Maison Blanche. Espérons qu’il saura résister à la pression. Nicolas Sarkozy, au début de son mandat, avait dit à ses proches quelque chose comme : Si je m’isole, prévenez-moi ! Aujourd’hui, qui oserait lui dire qu’il a changé…luc-chatel.1233216496.jpg

Donc pour en revenir à Luc Chatel, je suis allé sur le site de Chaumont, où il est maire, et là j’ai trouvé une adresse mail.

Je vais donc de ce pas lui poser la question : Votre loi, Monsieur le secrétaire d’État, s’applique-t-elle à Canal+ ?

Et sur ce blog, je donnerai sa réponse.

Mais en attendant, si vous avez un avis, un conseil, une expérience…

Le complice du tueur des vieilles dames est libéré

Après plus de vingt ans passés derrière les barreaux, Jean-Thierry Mathurin quitte la centrale de Poissy pour un régime de semi-liberté. Cette libération marque la fin d’une équipée tragique qui a coûté la vie à une vingtaine de mamies.

mamie-psychose_dossiermeurtre.1233037641.jpgLe 5 octobre 1984, une vieille dame de 91 ans, Germaine Petiot est agressée à son domicile, rue Lepic, près de Montmartre. Deux individus la rouent de coups pour lui faire dire où elle cache ses économies. Mais elle s’en sort vivante. Elle a de la chance. Peu après, le même jour, c’est au tour d’Anna Barbier-Ponthus. Cette personne de 83 ans rentre chez elle, son cabas à la main. Au moment où elle déverrouille sa porte, elle est poussée à l’intérieur de son petit appartement, rue Saulnier, dans le IX°, tout proche du XVIII°. Elle est ligotée, battue et finalement étouffée à l’aide d’un oreiller. On lui a volé quelques centaines de francs.

Ce sont les deux premières victimes du « tueur de vieilles dames ». Le juge Philippe Jeannin recensera dix-huit victimes et écartera trois dossiers dont le modus operandi diffère quelque peu. Seule la première victime et la dernière ont survécu.

Ces meurtres en série passionnent l’opinion publique et parallèlement créent un sentiment de peur chez les personnes âgées. La brigade criminelle se trouve devant le type même d’enquête difficile à résoudre : aucun lien entre le ou les assassins et les victimes, et aucun mobile, si ce n’est le maigre porte-monnaie de ces vieilles dames. À l’affolement qui suit la révélation de ces meurtres en série, Pierre Touraine, le directeur de la PJ, prend des mesures d’urgence. Il s’agit essentiellement de rassurer la population et de répondre à l’attente de Pierre Joxe, le manif-securite_dossiermeurtre-2.1233037876.jpgministre de l’Intérieur de l’époque. Car l’affaire devient politique. Les gens manifestent. Le XVIII° arrondissement est envahi par les forces de l’ordre – ce qui peut toujours avoir un effet dissuasif. Mais Touraine, cet ancien patron de la crim’, sait bien que cela ne fera pas avancer les choses : il met la pression sur les enquêteurs. Toute la presse est sur le pied de guerre. Le Parisien sort même un portrait-robot fondé sur un vague témoignage et les policiers interpellent un pauvre quidam qui, après quelques heures de garde à vue, sera relâché avec les excuses du commissaire. Puis, les crimes s’arrêtent et le XVIII° retrouve son calme.

Un an plus tard, ça recommence, cette fois dans le XIV°. On s’intéresse aux ouailles du curé, lequel vient de changer d’arrondissement, de passer du XVIII° à l’église d’Alésia, et qui s’occupe de jeunes en difficulté. Chou blanc. Les interpellations se multiplient dans le milieu des toxicomanes, des trafiquants de tout genre, des détraqués.
En comparant des fragments d’empreintes digitales, les enquêteurs parviennent à déterminer avec certitude que plusieurs de ces crimes sont le fait d’un même individu.

Mais qui ?

Les fiches sont classées, à cette époque, selon une codification des dix doigts. Pour obtenir une identification à partir de l’empreinte d’un ou deux doigts, pas d’autre moyen qu’une comparaison point par point. L’identité judiciaire se livre alors à un véritable travail de fourmi (le fichier n’est pas encore informatisé) qui consiste à vérifier une à une les fiches décadactylaires des archives de la Préfecture de police et celles des différents services régionaux de police judiciaire. Sans résultat.

Enfin, la chance sourit aux enquêteurs et surtout à Madame Finaltéri, qui a survécu à ses blessures. Elle fournit une description minutieuse de son agresseur : 1.80 mètre, métis, les cheveux décolorés et portant une boucle commissaire-jacob_dossiermeurtre.1233038079.jpgd’oreille. C’est ainsi que le commissaire Francis Jacob, le portrait-robot en poche, repère dans la rue un individu dont le signalement correspond. Il est seul. Il hésite, puis avec doigté il procède à l’interpellation du suspect. Thierry Paulin, puisqu’il s’agit de lui, ne fait aucune difficulté pour suivre le policier. Il croit à un simple contrôle de routine. On compare ses empreintes et bingo ! Paulin avoue – sans montrer la moindre compassion – une vingtaine de meurtres. La méthode était simple : il repérait les vieilles dames qui faisaient leur marché et il les suivait jusqu’à leur domicile. Parfois, il entamait la conversation avec sa future victime, dans le hall de l’immeuble ou dans l’escalier, parfois il la bousculait pour pénétrer chez elle. Après, c’était l’horreur… Les grand-mères étaient ligotées et martyrisées jusqu’à obtenir le précieux renseignement : la cachette où se trouvent leurs économies – de bien petites sommes, le plus souvent. Ensuite, elles étaient tuées, soit en leur mettant un sac en plastique sur la tête, soit à l’aide d’un oreiller.

On dit que Paulin a « balancé » son complice lorsque le policier qui l’interrogeait lui a brandi sous le nez un récipient contenant de la soude caustique (l’une des victimes avait été contrainte d’en avaler). Ce n’est pas moi ! aurait-il dit. C’est Jean-Thierry.paulin_dossiermeurtre.1233041212.jpg

Les enquêteurs ont toujours pensé qu’il existait un autre complice, celui qui a remplacé Jean-Thierry Mathurin, mais Paulin a refusé d’en parler. Il s’agissait probablement d’un proche. Peut-être un jour quelqu’un va-t-il ressortir ce dossier et réexaminer ces fragments d’empreintes qui n’appartiennent ni à Paulin ni à Mathurin – et chercher à identifier le troisième homme…

jean-thierry-mathurin_dossier_meurtre.1233038252.jpgThierry Paulin n’a jamais été condamné. Il est mort avant le procès, le 16 avril 1989. Quant à Mathurin, il a été reconnu coupable de sept meurtres et d’une tentative de meurtre. Dans son blog (ici), l’avocat général, Philippe Bilger, se souvient : « J’avais requis contre lui la réclusion criminelle à perpétuité et dix-huit années de peine de sûreté, en tenant compte implicitement du fait que contre Paulin j’aurais exigé vingt-deux années de sûreté. La cour d’assises avait suivi et Mathurin s’était effondré à l’énoncé de la condamnation. Aucune autre issue n’était possible. J’avais pris acte sans émotion de cette déréliction et m’étais dit que justice était faite ».

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– Une partie de ce texte découle de mon livre La petite histoire de la PJ (bientôt) dont une première version est sur ce blog.
– Les photos proviennent de Dossier Meurtre, volume 1, revue à laquelle j’ai collaboré comme conseiller technique.
– On peut lire un résumé complet de cette affaire sur le site scènedecrime (lien dans la marge).

Le flic tel qu'on le cause

« La gave se termine, le geignard est à côté, et on est en plein butinage… Tout ça pour un simple vol à l’écornage… Alors, tu retires les cadènes à ton client et tu le refiles au ripeur pour qu’il le passe au piano. Nous, faut qu’on aille à la jaffe pour le départ de grand-père. »

dupont_haddock-illustre.1232873411.jpgSi vous êtes un quidam (pas flic), vous n’avez peut-être pas tout compris. Alors, il vous faut feuilleter le petit glossaire de Sébastien Burneau, Le jargon policier (ici), sur l’encyclopédie Knoll, le Wikipédia de Google. Il ne s’agit pas d’un dictionnaire, mais d’un recueil de mots ou d’expressions utilisés au quotidien « dans l’exercice de la profession ».

Pour ceux qui auraient la flemme de cliquer (après tout, c’est dimanche), voici la traduction : « La garde à vue se termine, le plaignant est à côté, et nous on n’avance pas… Tout ça pour un simple vol à l’étalage avec bris de vitrine. Alors, tu retires les menottes au suspect et tu demandes au jeunot (dernier arrivé) de le conduire à l’Identité judiciaire pour un relevé décadactylaire. Nous, on doit se rendre à la réception pour le départ du directeur de la PJ. »

Burneau est policier, quelque part dans la grisaille bétonnée de Nanterre…
Je lui ai demandé comment l’idée lui était venue de créer ce lexique, voici sa réponse : « J’ai tout d’abord toujours aimé l’argot, dans son acception globale. Partant de cela l’idée a germé dès ma formation initiale à l’école de police. L’un de mes instructeurs « argotait » en permanence, et cela me plaisait. J’ai donc commencé à prendre des notes à partir de cette période jusqu’à aujourd’hui (…) La dernière … c’était à l’occasion du beaujolais 2008 organisé par le 36 dans la fameuse salle « Bertillon ». J’ai aussi la chance de travailler avec des « anciens » qui conscients ou pas sont une véritable mine d’or pour moi… »

Alors pour s’évader du monde impitoyable dans lequel nous capitaine-haddock.1232873497.jpgtentons de survivre et sur ce blog oublier les échanges parfois un peu vifs (mais souvent malicieux). Pour s’éloigner un temps des questions sur l’avenir du juge d’instruction, les fouilles à corps trop intimes, les escroqueries, les fichiers, le pistolet électrique, les atteintes aux libertés, l’ultragauche corrézienne, les prisons surpeuplées, les ministres qui ne démissionnent jamais, et ces hommes, grands ou petits, qui veulent nous protéger de la misère, du climat, de l’insécurité…, lisez donc ce court lexique, c’est gratuit, sans prétention, et au moins ça fait sourire.

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Les illustrations sont extraites de l’Intégrale des jurons du capitaine Haddock, de Albert Algoud, chez Casterman

Le secret dans la police

L’année dernière la justice a mis son nez dans plusieurs affaires où des policiers étaient soupçonnés d’avoir « monnayé » des informations puisées dans les fichiers de police ou les registres de main-courante. On se souvient des relations quasi contractuelles découvertes entre des détectives (anciens policiers) et des policiers en activité, dans l’enquête privée sur Olivier Besancenot. Ou du commissaire Patrick Moigne, soupçonné d’avoir encaissé vingt mille euros d’une société de conseil en intelligence économique et mis en examen pour corruption et violation du secret professionnel.

enqueteur.1232703531.jpgLe policier est tenu au secret selon les termes de l’article 11 du Code de procédure pénale qui visent tant la procédure au cours de l’enquête que l’instruction. Pour le législateur, la violation du secret de l’instruction est assimilée à la violation du secret professionnel (art. 226-13 et 14 du CP), et cela concerne toutes les personnes qui concourent à l’enquête, magistrats compris (des exceptions possibles pour le procureur). Toutefois, vu les révélations diffusées régulièrement dans la presse, on peut se demander si ce fameux secret n’est pas une tartuferie ! En tout cas, pour le policier, la Cour de cassation a estimé que le secret s’appliquait à l’ensemble des informations auxquelles il pouvait accéder dans l’exercice de sa profession. Donc les fichiers de police.

La « tricoche », comme on dit dans le jargon, est un truc vieux comme la police, sauf que ces dernières décennies, il semble que la chose se soit intensifiée. La raison ?
Les entreprises françaises ont été sensibilisées (par les autorités) à accentuer leur protection vis-à-vis de la concurrence étrangère et à mieux protéger leurs petits secrets. Mais comme elles n’ont pas le mode d’emploi, elles se sont tournées vers des spécialistes de l’intelligence économique. Et des retraités, parfois jeunes, de la police et de la gendarmerie, ont profité de ce créneau. Et comme il n’existe aucun moyen légal d’investigation pour des enquêteurs privés, la tricoche a augmenté.

Pourtant, les sanctions pleuvent. Procureurs et juges d’instruction se montrent impitoyables dans la poursuite des policiers qui ont « vendu » des informations. La mise en examen est quasi systématique dès qu’il existe le moindre soupçon. Les condamnations qui suivent sont le plus souvent assorties du sursis, mais les amendes peuvent être conséquentes. Et en général, l’administration prononce la révocation du fonctionnaire indélicat.

Cependant, on sait bien que le risque d’une sanction n’est guère dissuasif, quel que soit le délit, quelle que soit la peine. L’un des moyens de mettre un terme à la tricoche serait la création d’un service chargé de la protection des entreprises. Ce qui se faisait à la DST, pour les établissements considérés comme stratégiques – il y a une trentaine d’années.

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Bien souvent, les policiers farfouillent dans les fichiers non pas pour de l’argent, mais pour rendre service à un proche, à un ami. L’infraction subsiste, mais elle fait rarement l’objet de poursuites judiciaires. Ainsi, dans la revue du syndicat des commissaires de police, La tribune du Commissaire, du mois de décembre 2008, le commissaire Martial Berne, de l’IGS, écrit : « En l’absence de contreparties, on se situe davantage dans une appréhension des situations au « cas par cas », même si les peines encourues restent théoriquement lourdes (…) Les autorités judiciaires engagent exceptionnellement des poursuites pour des faits d’atteinte au secret professionnel concernant des policiers lorsqu’ils ne s’accompagnent pas de contreparties. Encore s’agit-il le plus souvent d’un rappel à la loi… »

Le genre de phrase qui fait bondir le commandant de policetribune-commissaire.1232708046.jpg Philippe Pichon. Lui qui a été placé en garde à vue pendant 48 heures (ici), mis en examen et suspendu de ses fonctions pour avoir voulu dénoncer, avant la CNIL, les carences du STIC. Pour cela, il a eu la… faiblesse de fournir – sans contrepartie – à un ami, journaliste à Bakchich, une copie de la fiche de Johnny Halliday et de Jamel Debbouze (les explications de Pichon ici). Les exemples étaient bien choisis, car à la lecture de leur pedigree, on a l’impression d’avoir affaire à de dangereux récidivistes. On y trouve pêle-mêle ce qu’ils ont fait, ce qu’ils auraient pu faire et ce qu’ils n’ont pas fait. Avec pour Johnny des péripéties qui remontent à la saint-glinglin. Par exemple une procédure pour rébellion de 1972, mention qui aurait donc dû être effacée en 1992. Sauf qu’en 1992, le STIC n’existait pas. Cette mention a donc été inscrite après « qu’elle aurait dû être effacée »… Allô, Courteline!?

Avec beaucoup de prudence, Berne argumente que les chefs de service, de par leurs fonctions, peuvent être amenés à divulguer des informations confidentielles. Il cite les relations avec les élus et même les journalistes. Et il conclut en disant : « En l’absence de contreparties, compte tenu des contraintes inhérentes au métier de policier, les fonctionnaires de police et, en premier lieu, les chefs de service, peuvent bénéficier d’une certaine indulgence de la part des autorités judiciaires et administratives. Il serait toutefois souhaitable qu’une réflexion soit menée sur les limites de la notion de secret professionnel… ».

flic_grognon_lessor.1232703816.jpgUn groupe de travail piloté par le criminologue Alain Bauer a déjà planché sur les fichiers de police et de gendarmerie. Le rapport, remis au ministre de l’Intérieur le 11 décembre dernier était intitulé « Mieux contrôler la mise en œuvre des dispositifs pour mieux protéger les libertés ». Tout un programme. Le secret dans la police n’était pas à l’ordre du jour.

On peut toujours créer un nouveau groupe de travail sur la question. Non sans ironie, Philippe Pichon m’a soufflé à l’oreille qu’il était disponible.

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