POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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La PJ, flash-back

PARTIE 18Depuis l’apparition des brigades du tigre, en 1907, la France a connu deux guerres, trois républiques, et bien des vicissitudes. Pendant ce temps, comme toutes les administrations, la police nationale a eu du mal à se réformer. Quant à la PJ, elle s’est souvent contenté de coller le train à l’évolution de la criminalité, sous toutes ses formes. Car au fil des ans, vols, violences, meurtres, banditisme, terrorisme, etc., ont perduré. Et finalement, chez les « hors la loi », quelles que soient les méthodes ou les armes utilisées, motivations ou objectifs restent inchangés.

 

jack-palmer-filature-par-petillon.1180076299.jpgÀ la demande d’un ami lecteur, et pour tenter de s’y retrouver, je vous propose un petit retour en arrière sur… aïe ! trois quarts de siècle, quand même ! Si voulez bien me suivre…

 

L’origine de la PJ

PARTIE 1 – Le 30 décembre 1907, Clemenceau signe un décret instituant douze brigades régionales de police mobile, plus connues sous le nom de « brigades du tigre ». Composées seulement d’une dizaine d’inspecteurs et de deux commissaires, chacune sera dotée (et c’est une première) de 4 limousines De Dion-Bouton. [suite.. ]

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La PJ de l’entre-deux guerres

PARTIE 2 – L’entre-deux guerres amène bien des mélis-mélos dans le canevas de la police judiciaire, notamment dans la région parisienne où l’emprise du préfet de police, qui détient ses pouvoirs du gouvernement consulaire de l’an VIII (1800), exclut l’interpénétration entre les différents services. [suite… ]

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La PJ sous Vichy

PARTIE 3 – Dans les années qui suivent l’armistice de juin 1940, il ne reste plus qu’un maigre noyau de « mobilards ». Ils doivent faire face à une nouvelle génération de malfaiteurs, dont bon nombre font leurs armes au service de la gestapo, mais l’action judiciaire est en grande partie neutralisée par… un monstre à deux têtes. [suite… ]

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La PJ de l’après-guerre

PARTIE 4 – À la Libération, l’état de délabrement de la France nécessite une reprise en main de tous les services. Un décret du 16 novembre 1944, rétablit la direction générale de la police nationale. C’est la base des structures actuelles : une direction générale rattachée au ministère de l’intérieur et quatre grandes directions actives : police judiciaire, sécurité publique, renseignements généraux et surveillance du territoire. Seule la préfecture de police de Paris échappe à l’hégémonie du pouvoir central. Le « Paris libéré » du général de Gaulle reste un état dans l’Etat. [suite…]

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La PJ de papa

PARTIE 5 – En 1954, tous les éléments d’une guerre des gangs sont réunis. Les enjeux : prostitution, jeux, trafic de cigarettes américaines, et, bientôt, trafic de drogue. Mais les Français sont plutôt préoccupés par « la pacification de l’Algérie », bien loin de se douter qu’un véritable conflit est en train de naître. Il durera huit ans, et laissera le pays aux bords de la guerre civile. [suite… ]

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La PJ de 68

PARTIE 6 – Il existait en France, depuis la nuit des temps, deux institutions policières : la sûreté nationale (SN) et la préfecture de police (PP) de la ville de Paris. Une loi du 9 juillet 1966, change la donne. Le préfet de police conserve ses prérogatives, mais les policiers sont tous rattachés au ministère de l’intérieur, au sein d’un corps unique : la police nationale. [suite… ]

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La PJ post-soixante-huitarde

PARTIE 7 – Les policiers, du moins ceux qui ne sont pas occupés à « casser du gaucho » sous la houlette de Marcellin, reprennent le fil du banditisme. Ils ont du boulot : les chiffres de la délinquance explosent. Pour faire face, la DCPJ créée des antennes, rattachées aux SRPJ, avec une vague arrière-pensée de départementalisation. Celle-ci ne se fera pas. [suite… ]

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La PJ, mes débuts

PARTIE 8
– Le démantèlement de la French connection, à Marseille, et surtout le durcissement de la législation concernant le trafic de drogue, font comprendre aux « survivants » qu’il est temps de changer de négoce. Tandis que Vanverbergh, alias Francis le Belge bronze rayé derrière les barreaux, Zampa étend son activité en direction du monde du jeu. C’est alors qu’un nouveau larron vient bouleverser la donne, Jacques Imbert, dit Jacky le mat. Pour montrer qu’il « en a », il n’hésite pas à racketter Jean-Dominique Fratoni, le patron du tout nouveau casino à Nice, le Rhul. [suite… ]

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La PJ, sous Giscard

PARTIE 9 – Le massacre qui a suivi la prise d’otages de la délégation israélienne, aux Jeux Olympiques d’été à Munich, en septembre 1972, fait prendre conscience aux autorités de différents pays d’Europe, qu’il faut disposer d’une force d’intervention spécialisée pour gérer ce genre de situation. [suite… ]

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La PJ, sous Giscard (2)

PARTIE 10 – Dans les années 70, le fonctionnaire chargé de tenir à jour le fichier du grand banditisme n’en finit pas de rayer des noms. Les morts violentes se succèdent, avec un pic important en 1973, l’année des records, une hécatombe chez les voyous, avec aussi, hélas ! quelques dégâts collatéraux. La PJ [suite… ]

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La PJ, sous Giscard (3)

PARTIE 11 – A la fin des années 1970, la décrépitude du clan Zemour est en marche. Le guet-apens du café Le Thélème y est sans doute pour beaucoup. Un an plus tard, le 13 septembre 1976, la mort du chef des Siciliens, Jean-Claude Vella, abattu à Paris, puis celle de Marcel Gauthier, revolvérisé à Nice, suffiront, semble-t-il, pour effacer l’ardoise. L’honneur est sauf, se disent les Zemour. [suite… ]

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La PJ, de 1980

PARTIE 12 – En ce début des années 80, nombre de démocraties voient apparaître des mouvements prônant l’usage de la force et se revendiquant du marxisme. (Raymond Marcellin aurait-il eu raison ?) Près de nous, en Allemagne, c’est la fraction armée rouge ; et en Italie, les brigades rouges. En France, action directe a revendiqué le mitraillage du siège du patronat, le 1er mai 1979. Ce mouvement va faire parler de lui dans les années suivantes. a [suite… ]

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La PJ, de 1980 (2)

PARTIE 13 – En 1927, Charles Lindbergh traverse l’Atlantique en avion. Mais sa gloire attire sur lui l’attention des truands. Cinq ans plus tard, son fils, un bébé de deux ans est enlevé. Les ravisseurs exigent une forte rançon. Mais, une fois celle-ci encaissée, ils tuent l’enfant. Deux ans après, un immigré allemand, Bruno Richard Hauptmann, est arrêté en possession de billets provenant de cette rançon. [suite… ]

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La PJ, de 1981

PARTIE 14 – Depuis la disparition brutale de Georges Pompidou, le 2 avril 1974, l’élection présidentielle a toujours lieu au printemps. En cette année 1981, les Français s’y préparent, mais pas la droite. Elle part au combat en ordre dispersé. Tandis que Mitterrand énumère ses « 110 propositions », Coluche lance son slogan de campagne : « Jusqu’à présent la France était coupée en deux, avec moi, elle sera pliée en quatre ! » Pour la police, c’est une année de transition. [suite… ]

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La PJ, de 1982

PARTIE 15 – Cette année-là, un vent de suspicion souffle au ministère de l’intérieur. Le virus de la paranoïa se répand dans les hautes sphères et certains vont même imaginer que la police est en train de manigancer un coup d’état. Toutefois, pendant que les uns règlent leurs comptes avec les autres, et vice-versa, les affaires continuent. Truands et terroristes s’en donnent à cœur joie. [suite… ]

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La PJ, de 1983 (1)

PARTIE 16 – Année noire pour la police. La majorité de gauche, fortement bigarrée, tiraillée entre son désir trop longtemps refoulé de s’émanciper de toutes formes de répression et la réalité au quotidien : crimes, délits, terrorisme, etc., ne parvient pas à trouver le point d’équilibre. Tandis que la plupart des chefs de service font le dos rond, et s’accrochent à leur fauteuil, les opportunistes jouent des coudes, et les bannis du gouvernement précédent règlent leurs comptes. [suite… ]

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La PJ, de 1983 (2)

PARTIE 17
– Après la manifestation des policiers, sous les fenêtres de la chancellerie, et des représailles maladroites par l’immolation de deux syndicalistes, la police panse ses plaies. Pendant ce temps, criminalité et violence montent en flèche. Gaston Defferre tente de reprendre la main, mais il se heurte à de ténébreux pouvoirs qu’il ne maîtrise pas. Quant aux chefs de la police nationale, tout étonnés d’être encore là, ils font carpette devant un petit commandant de gendarmerie [suite… ]

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La première fliquette de France

Nicolas Sarkozy a mis en chantier nombre de réformes sur la police. Certaines sont très abouties et d’autres encore embryonnaires. Maintenant, il appartient à Michèle Alliot-Marie de débrouiller l’écheveau et de déterminer ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas. On peut lui faire confiance, elle a montré… qu’elle en avait.

On aime ou on n’aime pas Sarkozy, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne laisse pas indifférent. Ce type est une véritable tornade. En quelques années, il a réveillé uneles-jambes.jpg maison qui somnolait depuis un quart de siècle. Son passage a profondément modifié les mentalités au sein de la police nationale, et, maintenant qu’il est aux manettes, il s’agit de réformer les structures.

D’abord, l’actuelle direction générale de la police nationale (DGPN) serait supprimée pour faire place à une sorte de secrétariat générale, chapeautant cinq grandes directions, avec chacune une spécialité élargie.

Le renseignement. La DST et les RG doivent s’installer dans les prochains jours à Levallois. Il y a une réelle volonté de regrouper leurs activités. Dans ce dessein, on évacue la mission première de la DST : le contre-espionnage. Sans doute pense-t-on que ce n’est plus mode. On oublie aussi que ses agents sont officiers de police judiciaire, qualité incompatible avec le travail des RG. Sinon à créer une police politique.

L’investigation. Autrement dit la police judiciaire. Peu de changements prévus. Peut-être les enquêteurs vont-ils devenir des « investigateurs » ? La police technique et scientifique demeurerait au sein de cette direction.

La sécurité et l’ordre public. Ces deux missions seraient peut-être rattachées, avec une gestion commune des commissariats, des CRS et des escadrons de gendarmerie.

L’international. Une direction qui coifferait probablement le service de coopération technique internationale (SCTIP), mais récupérerait aussi Interpol et Europol.

L’administration et la formation.

Tout cela peut encore évoluer Mais cette réforme a un autre but, plus discret. Elle va renforcer la mainmise de l’Intérieur sur la préfecture de police de Paris. Une manière de minimiser les prérogatives de certains grands services de la capitale et surtout d’isoler un peu plus les magistrats, lesquels, qu’ils l’admettent ou pas, restent fortement tributaires de la PP pour traiter leurs dossiers. Certaines mauvaises langues ajoutent qu’en muselant la PP, on cherche aussi à diminuer l’influence des loges maçonniques dans la police… Mais ceux qui disent ça ne sont que des « faux frères ».

On murmure aussi que nombre de douaniers pourraient venir renforcer les effectifs de la police nationale, et qu’en revanche, la direction centrale de la police aux frontières (DCPAF) pourrait être rattachée au nouveau ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement (le MIIIC ?).

Mais le véritable bouleversement est sans conteste le mariage police et gendarmerie, dont les fiançailles sont annoncées par la mise en commun des budgets et des moyens. Cela va-t-il rasséréner les gendarmes ! On a tenté de masquer leur grogne, avant les élections, mais le ver est dans le fruit. Ceux-ci garderont leur statut de militaire, du moins dans un premier temps. Car à brève échéance, il deviendra indispensable d’équilibrer les rémunérations, les retraites, les conditions de recrutement ou d’exercice de la profession, etc. Les différences sont énormes, et, à travail commun, les inégalités vont percer. Chaque corps devra accepter de perdre certains avantages, avec l’espoir d’en gagner d’autres. Les syndicats de police devront être vigilants. Mais au fait, qui va représenter les gendarmes, puisqu’ils n’ont pas le droit de se syndiquer ?! La route sera longue.

alliot-marie_photo_cirpa.1179674403.jpgEnfin, madame le ministre de l’intérieur doit mettre sur pied une nouvelle loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI), afin de succéder à celle qui a été votée le 10 juillet 2002, pour une période de cinq années. Rappelons que ladite loi a notamment renforcé les effectifs de police. Elle a sacrifié en revanche une partie de nos libertés sur l’autel de l’efficacité. Dans le film Zodiac (pas mal), qui vient de sortir dans les salles, on voit les policiers américains se heurter à des problèmes de droit pour confondre le serial killer. Il leur est interdit d’effectuer une perquisition sans motif, de récupérer les empreintes du suspect, etc. La personne qui m’accompagnait au cinéma (pas mâle) s’en étonnait. Je l’ai rassurée. En France, les flics n’ont plus à s’embarrasser de ces « petites choses ». Arrestations, gardes à vue, perquisitions, saisies, écoutes téléphoniques, etc., tous ces actes précédemment réglementés sont désormais à l’initiative du seul officier de police judiciaire, quel que soit le cadre juridique dans lequel il opère. C’est ça, l’efficacité. Zodiac ne peut pas nous échapper.

Bien qu’on l’ait soulagée de certaines responsabilités (ce qui ne doit pas trop lui plaire) et que la mise en place d’un Conseil national de sécurité, rattaché directement à l’Elysée, menace encore plus son autonomie, Alliot-Marie n’a pas trop à se plaindre. Elle récupère les clés d’une boutique en pleine mutation. Elle a du boulot. Certes, on lui a écrit sa feuille de route, mais la femme a du tempérament et rien ne prouve qu’elle ne se fendra pas d’un petit rewriting.

Action directe en action

Après la libération, en Allemagne, de Brigitte Mohnhaupt, l’ancienne dirigeante de la Fraction armée rouge (FAR), la France s’amignonne avant de se décider à libérer, oui ou non, les membres d’Action directe.

action-directe.1179232862.jpgIl faut dire que la loi d’amnistie voulue par Mitterrand, peu après son élection, n’a pas été une franche réussite. Ce ne sont pas les victimes de la série d’attentats des années 1982-1983, qui viendront me démentir.

Pour l’heure, c’est Nathalie Ménigon qui est dans les starting-blocks.

Elle est notamment détenue pour les assassinats du général René Audran, en 1985, et du PDG de la Régie Renault, Georges Besse, en 1986. Elle a été condamnée par deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité en 1987. Il y a tout juste vingt ans.nathalie-menigon_photot_le_figaro.1179232935.jpg

Cette personne, tout comme sa complice, Joëlle Aubron, libérée pour raisons médicales en 2004 (décédée en 2006), n’a jamais, à ma connaissance, exprimé le moindre regret, le moindre remord, pour les centaines de victimes d’Action directe. Cela prouve une conviction inaltérable dans l’idéologie de la lutte armée.

Une conviction inaltérable…

Georges Besse a été assassiné pour avoir eu le tort de diriger une entreprise dont l’un des vigiles aurait tué un militant maoïste (sic). Ce sont à peu près les termes de la justification d’Action directe. Mais, pour le général Audran, l’argumentaire est encore beaucoup plus flou. Il est même inexistant.

georges-besse_photo_annalesorg.1179233204.jpgEn effet, Audran n’est pas un militaire comme les autres. Il est ingénieur général de l’Armement, directeur des affaires internationales au ministère de la Défense. En 1985, même sous la gauche, la France est toujours l’un des pays parmi les plus grands marchands d’armes du monde. Or, dans le microcosme interlope de ces businessmen, cet homme est une exception. Il est efficace, et tout simplement honnête. Autrement dit, il gêne une foule de gens dans quantité de pays. Car, rien n’est possible sans lui. Et quand Audran dit non, ce sont d’énormes commissions qui s’évaporent. On a ainsi parlé, durant l’enquête qui a suivi sa mort, de malversations qu’il aurait découvertes au sein de son service. Des pots-de-vin engrangés lors d’une vente de systèmes d’armements à l’Arabie Saoudite, par une poignée de cadres de la société Thomson et quelques hauts fonctionnaires de la direction générale de l’armement. Mais bien d’autres gens auraient pu lui en vouloir. C’est l’époque où la France ouvre au méchant Saddam Hussein une ligne de crédit illimitée en matière d’armement, ce qui déplaît fortement à l’Iran. Aussi, le méchant ayatollah Khomeiny, via un intermédiaire bien placé, demande à la France, sans doute dans un louable souci d’équité, de lui fournir des missiles, du genre Crotales ou Exocet, ou autres babioles. Quoique cette transaction fût inenvisageable sur le plan diplomatique, il semble bien que les autorités françaises acceptent, du moins de fermer les yeux sur une négociation secrète. Autrement dit, l’Élysée est OK – mais pas Audran. Il met son veto. Les Iraniens ne sont pas contents, les intermédiaires perdent des sommes colossales et certains responsables de notre pays perdent la face. Tout ça pour un petit général !rene-audran.1179233589.jpg

Or, à cette époque, les services secrets iraniens soutiennent le terrorisme international. Un certain Sabri al-Banna, alias Abou Nidal, joue un rôle capital dans cette nébuleuse. Et il a été démontré que cet individu a eu plusieurs contacts avec Action directe.

Dans ce petit monde dépravé, il n’y a ni morale – ni fin à mon histoire. Mais on sait depuis longtemps que, même si les motivations sont différentes, tous les mouvements terroristes, Action directe, ETA, FLNC, etc., ont rempli des contrats (attentats, meurtres, enlèvements…) afin de récupérer des fonds, ou des armes, pour servir « la cause ».

Le général Audran est peut-être mort pour ne pas avoir cédé à la corruption. Mais aujourd’hui, la question est de savoir si Nathalie Ménigon et ses complices doivent être libérés ! Pour les militants du collectif Ne laissons pas faire, la cause est entendue. Ils ont purgé la peine incompressible qui s’attache à leur condamnation à perpétuité, et ils doivent être libérés.

En droit, ils ont raison. Mais le droit est-il bien fait ? Comment nous expliquer, à nous, le petit peuple, qu’une peine à perpétuité n’est valable que pour une durée limitée ? Si l’on veut que notre justice conserve cette mansuétude, il faudrait alors lui adjoindre une peine complémentaire, et inciter ces gens à se faire oublier – ailleurs. Loin de leurs victimes et des malheurs qu’ils ont semés.

Jadis, on appelait ça le bannissement.

Un fichier… gênant

Le fichier génétique, a été mis en place, on s’en souvient, pour protéger les enfants des méchants pédophiles. C’était en 1998. Dix ans plus tard, le texte, fortement induré par l’intervention efficace de deux ministres de l’intérieur, Daniel Vaillant et Nicolas Sarkozy, incitent les gendarmes à l’utiliser contre deux enfants de 8 et 11 ans.

On croit rêver. Pourtant, les gendarmes ne font qu’appliquer la loi, comme c’est leur rôle. Mais le pire, c’est qu’ils ne se posent pas de questions, comme s’ils voulaient s’intégrer à tout prix dans la mythologie grandguignolesque de la maréchaussée.

Je me souviens de cet adolescent qui avait fait bien pire que ces deux bambins-là… Le commissaire de police le prend entre quatre zieux dans son bureau. Il lui fait un sermon musclé – et il classe le dossier. En ce temps-là, les commissaires étaient un peu des juges de paix, et les flics des gardiens de la paix. Peu à peu, on a supprimé le mot « paix » du vocabulaire policier, et les flics sont devenus des combattants. Ils se battent pour lutter contre le terrorisme, le banditisme, le blanchiment d’argent, etc. Ce sont des guerriers. D’ailleurs, on leur a collé un uniforme sur le dos. Mais les militaires ne pensent jamais à la paix. Ce n’est pas leur problème. Ce commissaire face à cet ado aux frontières de la délinquance, ne l’a pas considéré comme son ennemi. Il n’a pas pensé à la rentabilité de son service. À cette petite croix qu’il pourrait ajouter sur la liste de ses statistiques. Il a dû se dire que ce garnement aurait pu être son fils, et que ce n’était pas forcément une graine de «blouson noir», comme on disait alors.

C’était il y a bien longtemps. Le vieux flic est mort, mais moi…, je me souviens.

enfants-genes-delinquants_umourcom.1178962790.jpgOn n’est pas des robots. Ces lois, voulues par des politiciens et rédigées par des technocrates, c’est vous policiers, gendarmes, qui êtes en charge de les utiliser, de les manier, dans la vraie vie, dans la rue. C’est vous qui êtes en première ligne. Inutile de se retourner vers le procureur ou le juge d’instruction. Car devant eux, c’est trop tard. Ce sont des magistrats. Ils sont là pour exécuter les lois, pour faire tomber la sentence.

Tandis que le policier, le gendarme, dispose de plus de latitude. Il lui appartient de relativiser l’importance de la bévue, de l’erreur, voire du délit, et de mettre en balance les conséquences de la faute et les conséquences de la sanction. Face à une justice parfois… désincarnée, il faut avoir le courage de fermer les yeux.

Certes, il est plus facile de solliciter des instructions que de prendre des décisions, mais c’est une mauvaise voie de se retrancher derrière la hiérarchie. Une voie, qui en d’autres temps, nous a conduits au Veld’Hiv.

La PJ, de 1983 (2)

PARTIE 17 – Après la manifestation des policiers, sous les fenêtres de la chancellerie, et des représailles maladroites par l’immolation de deux syndicalistes, la police panse ses plaies. Pendant ce temps, criminalité et violence montent en flèche. Gaston Defferre tente de reprendre la main, mais il se heurte à de ténébreux pouvoirs qu’il ne maîtrise pas. Quant aux chefs de la police nationale, tout étonnés d’être encore là, ils font carpette devant un petit commandant de gendarmerie, qui, disent les mauvaises langues, prend tous les matins son petit-déjeuner avec la première dame de France.

En juin 1981, un magistrat marseillais chargé de régler les dossiers sur les accidents de la circulation et les chèques en bois, est promu chevalier de la Légion d’honneur. C’est ainsi que Gaston Defferre récompense Etienne Ceccaldi, le juge rouge, placardisé par le gouvernement précédent pour avoir osé s’attaquer à des ententes illicites entre pétrolièrs. Six mois plus tard, il est nommé directeur de cabinet de François Autain, le Secrétaire d’État chargé des travailleurs immigrés. Il montre pugnacité et clairvoyance en s’opposant à trop de libéralisation dans les lois sur l’immigration, alors que la pression est énorme sur la gauche de la gauche. En 1983, pour faire taire le maire de Nice, Jacques Médecin, qui réclame à cor et à cri un préfet de police (comme à Marseille, na !) Gastounet s’imagine lui jouer un bon tour, en lui collant Ceccaldi entre les pattes. À l’arrivée de ce chef, les flics de la baie des Anges sont dubitatifs. Ils n’ont pas oublié que dans les années 70, à Lyon, Ceccaldi et le juge Renaud, ont fait tomber une trentaine de policiers sous l’inculpation de proxénétisme.

À Nice, le banditisme est toujours présent, mais il est moins sanguinolent qu’auparavant. C’est la belle époque pour Marcel Diavoloni, alias Marcel le bègue, qui a mis la main sur le marché juteux des machines à sous, et aussi pour certains personnages équivoques qui magouillent autour de la municipalité. Contre toute attente, Ceccaldi montre des qualités desalle-de-jeux_rocqinriafr.1178403447.jpg terrain, et il va rapidement être adopté par les policiers. Il se passionne tant pour sa nouvelle mission, qu’il en oublie la politique. Mais la politique ne l’oublie pas. Surtout lorsqu’il s’attaque à des flics ripoux de la police de l’air et des frontières, dont le responsable, Roger Gianola, n’est autre que le numéro trois du PS des Alpes-Maritimes. Du coup, on tente de le salir. Les rumeurs contre lui et son épouse vont bon train. Mais il a la protection de Gaston Defferre. Provisoirement. Car, l’année suivante, le couple Defferre – Franceschi explose. Pierre Joxe, s’installe place Beauvau, et il réexpédie Ceccaldi aux oubliettes. Etienne Ceccaldi s’est donc fait viré une fois par la droite, une fois par la gauche. Moi, je trouve que dans un CV, ça a plutôt de la gueule, plus qu’une quelconque médaille.

Bien plus tard, en 2001, Robert-Louis Dreyfus bombarde Ceccaldi directeur général de l’OM, pour tenter de remettre de l’ordre dans la maison. Un an après, dans une interview à La Provence, ce dernier met les pieds dans le plat. Il dénonce la mise en coupe réglée du club par le milieu marseillais.

Pendant ce temps, les Français apprécient la cinquième semaine de congés payés, les 39 heures hebdomadaires, et, cette année-là, la mise en place de la retraite à 60 ans. Mais, bien vite, les chimères s’estompent et la réalité refait surface. Après trois dévaluations du franc en trois ans, la France est exsangue. Mitterrand lance « le plan deguy-orsini_photo_lecrapouillot.1178401389.jpg rigueur ».

En Corse, après une trêve postélectorale, les attentats redoublent. Cela commence le 22 août 1982, avec cent dix plastiquages dans la nuit. Une nuit bleue mémorable. Mais depuis, toutes les nuits sont bleues, ou presque. Robert Broussard est nommé préfet de police, avec la lourde tâche de remettre de l’ordre – mais en souplesse. Sa tactique consiste à tenter de couper la population du FLNC. Le 17 juin, Guy Orsoni, ce séparatiste corse qui a retrouvé son île après la loi d’amnistie de 1981, roule au volant de la Mercedes de son oncle, Roger Orsoni, sur une petite route entre Sartène et Porto-Vecchio. Il n’arrivera pas à destination, et on ne le reverra jamais. La PJ, dirigée par le commissaire divisionnaire Ange Mancini, part sur un règlement de comptes entre bandes rivales, et arrête une demi-douzaine d’individus. Mais les séparatistes crient au complot. Ils disent que Guy Orsoni a été enlevé par des barbouzes. Ils parlent d’une nouvelle affaire Ben Barka. Le FNLC tient son premier martyr. Il faut dire que dans l’île de beauté, rien n’est simple. Tandis que Broussard et Mancini tentent de remplir leur contrat, le capitaine Paul Barril négocie en douce, pour le compte de l’Elysée, la cessation des attentats, avec Alain Orsoni, le frère de Guy. Quant au commissaire divisionnaire Charles Pellegrini, chargé des affaires réservées au ministère de l’intérieur, il est mis sur la touche après que son beau-frère, Félix Rosso, ait été tué par balle au moment où il fermait son restaurant, pas très loin de Porto-Vecchio. C’est dommage, il était sans doute le mieux placé pour démêler l’écheveau. L’affaire rebondit lorsque le sous-préfet Pierre-Jean Massimi, est abattu au volant de sa voiture. Une balle dans la tête. Du travail de pro. Le 21 septembre, le FNLC publie un communiqué dans lequel il revendique l’assassinat de Massimi pour venger la mort de Guy Orsoni. Le texte ajoute que le sous-préfet aurait reçu des mains du Secrétaire d’État pour la police, Joseph pierre-jean-massimi.1178401488.jpgFranceschi, une somme d’un million de francs pour payer les hommes de main. La vérité ? Je crois qu’il est inutile de la rechercher ! Même les protagonistes ne la connaissent pas.

Le début des années 80 voit la prolifération des « radios libres ». Libres, elles ne vont pas le rester longtemps, car si elles peuvent émettre, la publicité leur est interdite. Or, il leur faut de l’argent. Le directeur de NRJ, Jean-Paul Baudecroux, est au mieux avec Laurent Fabius. Il en profite pour forcer le passage. En 1983, il augmente la puissance de ses émetteurs et envoie des spots publicitaires. Rien ne se passe. Les autres suivent. En 1986, lors de la première cohabitation, tout cela sera entériné par une loi sur la communication déposée par le ministre de la culture François Léotard.

Gilbert Zemour n’en saura jamais rien. Le 28 juillet, il rentre chez lui, vers cinq heures du matin, comme à l’accoutumée. Sa femme dort, mais les quatre caniches l’attendent pour leur promenade habituelle. Quoique fatigué, la nuit a été rude pour lui, il ne se dérobe pas à son devoir. Il descend l’avenue de Ségur avec les quatre chiens. Dans l’ombre, un homme le guette. Il sort un .357 magnum. Deux coups de feu. Zemour encaisse les balles dans la poitrine. Il se traîne derrière une voiture pour tenter de se protéger. Les chiens aboient. Le tueur le suit, imperturbable. Il lui met le canon de son arme sous le menton. La dernière balle lui éclate la tête. C’est la fin du clan Zemour. Les chiens sont saufs. Comme toujours, lors des règlements de comptes, l’enquête aboutit à des hypothèses, qui se traduisent par de beaux rapports, mais qui n’ont, hélas, aucun intérêt pour un juge d’instruction. Ici, un témoin, un journaliste, a vu de sa fenêtre le tueur rejoindre une femme blonde. Mais il lui est impossible de les décrire et encore moins de les reconnaître. Certains ont imaginé que Betty, l’Américaine, la femme d’Edgar Zemour, a fait tuer son mari. Et qu’elle n’a pas supporté l’interrogatoire, un rien musclé, qui lui a fait subir à l’époque Gilbert Zemour. Bon, on peut en faire un polar, mais rien d’autre.

En décembre, Le canard enchaîné sort le scandale des « avions renifleurs », et, grâce à la détermination de Mitterrand, Canal + voit le jour.

Gros et Havot – Depuis le mois d’octobre 1978, date à laquelle ils se sont évadés de la maison d’arrêt d’Agen, Gros et Havot font maronner tous les flics de France. Et à l’OCRB, ils nous empoisonnent la vie. Leur mobilité les rend pratiquement insaisissables. Recherchés dans le nord, ils tapent dans le sud. Leur piste, entachée de violences et de sang, ne mène jamais nulle part. En septembre 1979, un automobiliste leur fait une queue-de-poisson, dans la Drôme, ils l’abattent froidement. En février 1980, par deux fois, lors d’un contrôle de police, dans le Lot-et-Garonne et la Haute-Marne, ils tirent sur les représentants de l’ordre et s’enfuient. En juillet de la même année, ils trouvent la note d’un restaurant trop salée, ils abattent le restaurateur. En août 1982, ils tirent sur un motard de la CRS 9 qui les avait pris en chasse. Et des braquages, des braquages, un ou deux par mois. Un jour, les gendarmes les repèrent dans un restaurant de Neuvy-le-Roi, petite commune où il ne se passe jamais rien. Ils ne sont pas assez rapides, les deux hommes les arrosent au fusil à pompe. Bilan : deux gendarmes et un pauvre gamin de douze ans restent sur le carreau. Jusqu’au jour où, le bonrobert-gros.1178401633.jpg tuyau arrive. On les a repérés en Ardèche. Ce que j’aime dans ce métier, c’est qu’on ne sait jamais où l’on va finir la journée. Le lendemain à l’aube nous sommes en planque à proximité d’une baraque, sur la commune de Ribeyre. Il y a des gens de l’OCRB, des policiers du SRPJ de Marseille et des gendarmes. Beaucoup de monde. Trop sans doute. Mon intention est d’attendre que ça bouge, mais la décision vient de Paris. Le sous-directeur des affaires criminelles, Pierre Richard, nous donne l’ordre d’intervenir immédiatement. Je me dis que décidément, la gauche a laminé nos chefs. Si on donne l’assaut, on va se faire tirer comme des lapins. On le sait tous. Mais ce jour-là, le dieu des flics nous sourit, car soudain, la porte s’ouvre. Et notre ami Robert Gros sort dans le jardin. L’embellie. On fonce. Gros comprend tout de suite, il se met à courir. On lui court après. Il se retourne. Il a une arme. Il tire. Je suis à cinq ou six mètres. Derrière ça riposte. Mauvaise impression. Mais, il est marron. Le jardin est fermé par un grillage. Il ne peut pas aller plus loin. Acculé, il se retourne vers moi. Il braque son arme. J’aurais dû dégainer la mienne. Dans ma précipitation, j’ai oublié. Un petit trou rouge apparaît sur son front. Et il s’écroule. À plusieurs centaines de mètres, un tireur d’élite a fait mouche. Il m’a sauvé la vie. Désolé, collègue, je ne me souviens plus de ton nom. Grâce aux informations recueillies lors de la perquisition, Havot est arrêté peu après par les policiers du SRPJ de Marseille.

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La PJ, de 1983 (1)

PARTIE 16 – Année noire pour la police. La majorité de gauche, fortement bigarrée, tiraillée entre son désir trop longtemps refoulé de s’émanciper de toutes formes de répression et la réalité au quotidien : crimes, délits, terrorisme, etc., ne parvient pas à trouver le point d’équilibre. Tandis que la plupart des chefs de service font le dos rond, et s’accrochent à leur fauteuil, les opportunistes jouent des coudes, et les bannis du gouvernement précédent règlent leurs comptes. Ceux qui se contentent d’être flics, la grande majorité, assistent désabusés à la démolition de leur maison, attendant en vain qu’à l’horizon un sage se profile et leur donne enfin une feuille de route.

Gaston Defferre prend Maurice Grimaud, le préfet de police de mai-68, comme conseiller privé. À ses côtés, omniprésent, Bernard Delaplace, le secrétaire général de la Fédération autonome des syndicats de police (FASP), dresse un écran de fumée entre le ministre de l’intérieur et lesguignol.gif fonctionnaires de base. À l’étage en dessous, Joseph Franceschi, que Pierre Mauroy a nommé en catastrophe Secrétaire d’État pour la police, sans doute pour calmer le jeu, récupère Gérard Monate comme conseiller technique. Il ne doit pas savoir que ce dernier, créateur et ancien patron de la FASP, roule pour Grimaud. Les mauvaises langues, en parlant de Delaplace et de Monate, disent qu’il y a « l’homme Defferre » et « l’homme d’affaires ». En effet, Monate dirigera (entre autres) le groupe d’achats des collectivités (GRACCO) et une société (Mercure International), liée à la société URBA, deux pompes à finances du PS. Pour arranger le tout, Defferre et Franceschi ne peuvent pas se blairer. Mais peu importe, puisque derrière les hommes de lumière il y a les hommes de l’ombre. En effet, sur le trottoir d’en face, à l’Elysée, certains pensent que la police est une chose trop sérieuse pour la laisser en des mains ingénues. En apparence, c’est le directeur du cabinet de l’Elysée, Gilles Ménage, qui mène le jeu. Mais il est probable qu’en arrière plan, Michel Charasse tire les ficelles, avec la complicité du secrétaire général de l’Elysée, Jean-Louis Bianco. Lorsque les tripatouillages deviennent trop visibles, Frédéric Thiriez, le directeur du cabinet de Defferre, qui jusqu’alors servait de trait d’union entre l’Elysée et l’Intérieur, devient un témoin gênant. « On » le considère peu fiable. Fort opportunément, la DST sort un dossier sur son passé trotskyste et ses accointances avec la Ligue communiste révolutionnaire. Dans la foulée, on parle aussi de ses relations avec une informatrice du Canard Enchaîné. Exit Thiriez.

À l’autre bout de la France, le 15 février, les employés du service de déneigement, remarquent, sur la neige, près d’une obseques-du-colonel-nut.1177755600.jpgvoiture garée sur l’accotement de la RN 202, une large tache de sang. En s’approchant, ils découvrent le corps d’un homme. Il s’agit de Bernard Nut, un militaire un peu particulier. Il est lieutenant-colonel « hors cadre ». En clair, c’est un agent de la DGSE. Et même un bon. Il a effectué de nombreuses missions en Algérie, en Afrique et dans divers pays d’Asie. Il est mort d’une balle de gros calibre tirée à bout portant, derrière l’oreille droite. La PJ de Nice penche pour un suicide. On a l’impression que la DGSE pousse dans ce sens. Et la presse étale la vie sentimentale, semble-t-il agitée, du colonel Nut. Mais tout est bidon, et sa femme, exaspérée, rompt la loi du silence. Elle met les pieds dans le plat et déclare que son mari n’était nullement suicidaire et qu’il a été assassiné en service commandé. On ne connaîtra jamais la vérité. Pas plus qu’on ne saura s’il existe un lien avec l’arrestation, à Rome, la veille de la mort du colonel Nut, du vice-président de l’Aéroflot, le soviétique Victor Pronine. Ce dernier a été surpris à l’instant précis où il se faisait remettre un microfilm. Quelques semaines plus tard, sans qu’il soit possible de relier ces événements entre eux, une cinquantaine de diplomates de l’ambassade de l’Union Soviétique à Paris, quittent la France précipitamment. Ils sont considérés persona non grata. Finalement, le colonel Nut est mort comme il a vécu – mystérieusement.

Le 31 mai, tandis que l’Assemblée nationale examine en deuxième lecture l’abrogation de la loi « sécurité et liberté », avenue Trudaine, à Paris, un banal contrôle d’identité se transforme en tuerie. Deux gardiens de la paix sont tués, Emile Gondry et Claude Caïola. Un troisième, Guy Adé, est très grièvement blessé. C’est la goutte d’eau. La fronde menace dans les rangs de la police. Quelques jours plus tard, lors de la cérémonie à la mémoire de ces hommes, dans la cour de la Préfecture de police, Gaston Defferre et Joseph Franceschi sont accueillis par une huée générale. Puis un mot d’ordre circule, et, spontanément, les policiers décident d’aller manifester devant la chancellerie. Au fil du parcours, le cortège grossit. Ils sont trois ou quatre mille en arrivant place Vendôme. La chancellerie est gardée par deux escadrons de gendarmes mobiles et quelques dizaines de gardiens de la paix. Ceux-ci mettent képi bas devant leurs collègues, ce qui veut dire qu’ils ne se considèrent plus en service. Les responsables du service d’ordre sont mis à pied. Le garde des sceaux, Robert Badinter, en rajoute une couche. Il déclare sur Europe 1, que depuis la fenêtre de son bureau, alors que les policiers entonnaient La Marseillaise (tiens, eux aussi !), il les a nettement vus, le visage défiguré par la haine, lever le bras « dans un geste qui lui a rappelé les tristes souvenirs de son enfance ». Autrement dit, il s’agissait de flics nazis. Raisonnement primaire pour un homme d’une telle culture. Bilan de cette journée noire : le préfet de police démissionne, le directeur général de la police, Paul Cousseran, est remercié, un policier est mis en retraite d’office, sept sont suspendus, et deux sont révoqués pour « participation à un acte collectif contraire à l’ordre public ». Il s’agit d’Antoine Alessandrini, représentant du syndicat CFTC, et de Rémy Halbwax, secrétaire général du syndicat USC-Police. C’est la plus grave atteinte aux libertés syndicales depuis la triste époque de l’occupation allemande.

Les tracasseries des policiers ne doivent pas atteindre Edgar Zemour. Sans doute, sous le ciel de Floride, où il s’est retiré, n’en entend-il même pas parler. Sinon, gageons que cela le réjouirait. Mais pour lui, malgré les apparences, la vie n’est pas rose. La mafia locale lui met des bâtons dans les roues, et ses affaires ne sont guère brillantes. De plus, il a des soucis avec sa femme, une jeune Américaine de 25 ans. Lui, le macho, un rien proxo, a du mal à admettre le comportement d’une femme libérée. Mais il ronge son frein. Pas question de divorcer. Il attend de ce mariage la nationalité américaine. Il ne l’obtiendra jamais. Pour lui, tout s’arrête le 8 avril 1983, vers 22 heures 30, lorsqu’un inconnu tire quatre balles de calibre 11.43 à travers les vitres de sa chambre. Le benjamin des Zemour est mort. Il sera enterré quelques jours plus tard, au cimetière juif de Bagneux, dans le caveau familial. Lequel commence à être étroit. Pour les policiers américains, c’est une enquête comme une autre, mais en France, les journaux reprennent la saga des Zemour. Avec une question : qui a tué Edgar ? Les soupçons se portent sur les frères Francisci. Là, un petit flash-back s’impose. Marcel Francisci, le roi du jeu, est mort l’année précédente. Il a été abattu dans la nuit du 14 janvier 1982. Trois balles de 11.43, au moment où il sortait de sa Jaguar, dans son parking de l’avenue de la Faisanderie, dans le XVI° arrondissement. Cette affaire a fait grand bruit dans le milieu. Ses frères ont proposé une somme d’un million de francs à celui qui fournirait des informations sur l’instigateur de ce meurtre. Les indics se sont mis en chasse – certains policiers, aussi. L’hypothèse la plus probable concernait justement Edgar Zemour. Apparemment, Marcel Francisci lui devait une très grosse somme d’argent, mais il aurait affirmé, sans fioriture, qu’il pouvait… attendre. De là à penser qu’Edgar Zemour ait fait descendre Marcel Francisci… et qu’un autre Francisci ait fait descendre le premier nommé… Pour revenir à la basse politique, il faut ajouter que dans l’une des poches de feu Francisci, les enquêteurs de la brigade criminelle chargés de l’enquête découvrent une cassette. Ils l’écoutent, et, surprise ! il s’agit de l’enregistrement d’une conversation téléphonique dans laquelle ce dernier discute avec son avocat, Maître Paul Lombard, de l’autorisation de réouverture du Cercle Haussmann, à Paris. Il apparaît qu’un autre avocat (et futur ministre des affaires étrangères), Maître Roland Dumas, se fait fort d’obtenir ladite autorisation de Gaston Defferre, moyennant une modeste rétribution. Un mois plus tard, Le Monde reproduit des extraits de cette conversation. Comment cette cassette est-elle parvenue à ce journal ? Seul le dieu de la police le sait. Pour en revenir à la mort d’Edgar Zemour, il semble bien que son frère, Gilbert, ait finalement reçu confirmation de la culpabilité des frères Francisci. C’est du moins ce qu’a rapporté un proche des Zemour, le journaliste Marc Francelet.

La gauche s’embarbouille – Le 5 juin 1981, deux individus commettent un braquage de quatre sous, à Prégny-sur-Oise. L’un des malfaiteurs est rapidement interpellé, tandis que le second, un certain Y.H., se met en cavale. Il fait l’objet d’un mandat d’arrêt. L’année suivante, les RG signalent à l’Office central pour la répression du banditisme (OCRB), dont je suis alors le chef, sa présence dans une villa de Montmorency (Val-d’Oise). Mais, interdiction d’intervenir, car il s’agit de la résidence de l’ancien président de la République Algérienne, Ahmed Ben Bella. C’est ce que me dit le responsable de la 4° section de PJ, dont dépend l’OCRB, le commissaire divisionnaire Joseph Lebruchec. Lequel vient de prendre la direction de ce service, pour remplacer Lucien Aimé-Blanc, muté au SRPJ de Lille. Bon, on va attendre. C’est ce qu’on fait le mieux dans la police. Puis, en janvier 1983, volte-face. On peut surveiller, mais pas toucher. Je mets un dispositif en place, et (de nouveau) on attend. Pas longtemps, cette fois. Nouvelles instructions, il faut investir les lieux. ahmed-ben-bella.1177757259.jpg« Ça vient de très haut », me dit Lebruchec. Si on a suivi les explications précédentes, on comprend bien que « très haut », ça ne veut plus dire grand-chose. Là, je renâcle. On est à la limite des heures légales, il fait nuit, nous ne connaissons pas les lieux, et nous savons que la maison, protégée comme un blockhaus, est truffée de gardes armées. Mais, lorsqu’un chef dit à un petit chef : « si vous refusez, vos hommes iront sans vous », le petit chef s’écrase. Et c’est parti ! En fait, tout se passe bien. On parvient à pénétrer dans les lieux par surprise et à neutraliser une demi-douzaine de types armés jusqu’aux dents, mais finalement pas très combatifs. Sans doute en raison de l’absence de leur maître, Ahmed Ben Bella, qui se trouve dans sa résidence, en Suisse. Et grâce aussi au sang froid de Yadi Mohamed, l’ancien directeur général de la police algérienne, qui dirige cette équipe de gardes du corps. Le lendemain, cinq arrêtés d’expulsion signés de la main de Gaston Defferre arrivent sur mon bureau. Il faut embarquer ces gens dans le premier avion pour le premier pays qui accepte de les recevoir. Autrement dit l’Algérie. Ils vont extrait-arrete-expulsion.1177941048.jpgtout droit au casse-pipe. Seul notre petit braqueur sera présenté au juge d’instruction. Pour la première fois de ma carrière, je vois un voyou qui part en prison avec le sourire. Sur ces cinq Algériens, trois sont nés en France. Ils ont femme et enfants et travaillent en région parisienne. Je crois qu’ils n’ont jamais mis les pieds en Algérie. Devant ma réticence à exécuter ces instructions, ce sont des OPJ de la 6° section, la section antiterroriste, qui viennent notifier les arrêtés d’expulsion. Heureusement, au dernier moment, Ben Bella intervient auprès des autorités suisses. Et ce pays accepte de les accueillir.

Ce jour-là, cinq Algériens, résidents français, ont donc été expulsés de France pour… la Suisse.

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La défaite des blogueurs

On aurait dû se méfier. « La toile » ne pouvait exister sans une araignée. Et c’est une grosse, une tueuse. Elle va nous piquer, et on ne s’en relèvera pas.

Tandis que la moitié des Français est persuadée que l’autre moitié n’est qu’un ramas d’électeurs bornés, tandis que les médias nous organisent un show politique qui ressemble à une série télévisée, tandis que les blogueurs, censés traduire la pulsation du « peuple », se contentent d’amplifier le phénomène en crachouillant des insultes, tandis qu’on se demande pour qui on va bien pouvoir voter, Internet va mourir.

prison.1177507313.gifNotre seule zone de liberté, depuis mai-68, cet écran, ce clavier, cette souris…, toutes ces petites choses qui nous relient au monde, vont être placées sous tutelle. Une loi fourbe et hypocrite va claquemurer notre liberté d’expression derrière une porte barreaudée, blindée des meilleures… arrière-pensées.

En effet, un décret est sous le coude, nous apprend le président du groupement des éditeurs de sites en ligne, Philippe Jannet, dans Le Monde du 21 avril 2007, un décret qui va reléguer la France, derrière la muraille de Chine. Car, qu’on se le dise, nous serons les premiers à aller aussi loin dans le contrôle des moyens d’expression. Même les Etats-Unis n’ont pas osé. Ce texte, sorti tout droit de l’esprit malade de quelques technocrates sarkosyens, va obliger les fournisseurs d’accès à Internet à conserver pendant un, deux ou trois ans, toutes les traces que nous laissons sur le web. Les sites que nous visitons, nos pseudos, nos mots de passe, nos numéros de comptes bancaires, nos numéros de cartes de crédit, chaque clic de souris, chaque frappe sur une touche, etc. – et les blogs, bien sûr. Car il n’est plus question de laisser des gens… ordinaires, vous ou moi, dire n’importe quoi sur n’importe quoi, ou sur n’importe qui. La première alerte est récente. Dimanche dernier, les blogueurs ont été informés que leur liberté était terminée. On leur a interdit la moindre allusion aux estimations du scrutin en cours. Et les médias ont relayé l’information, et personne ne s’est offusqué.

Amis blogueurs, de ce premier tour des élections présidentielles, il ne faut pas retenir la défaite d’untel, ni la chute abyssale du parti communiste, ni le score ridicule des chasseurs ou de José les belles bacchantes. Non, de ce tour de scrutin, il faut retenir cette interdiction. Car ce jour-là, les seuls vrais perdants ont été les utilisateurs d’Internet. C’est-à-dire nous tous. tetedemort.1177508170.jpg

Ce 22 avril 2007, on a introduit le poison dans les tuyaux.

La pénitence de Lang

Qui se souvient de l’infortune d’Alain Hodique ? C’est un homme que l’on suppose sans histoire. Il est conseiller commercial chez Total. Et sa femme est la directrice de l’écoleshadoks.1176917016.gif maternelle de Bucquoy, près d’Arras. Puis un jour, en 2001, sa vie bascule à la suite des allégations de quelques chérubins de l’école où exerce son épouse. On lui impute des actes odieux. Les enfants, les parents, les voisins, la presse, l’opinion publique, l’administration, tous s’y mettent. Devant une telle pression, la justice ne résiste pas. Comme tout le monde, les magistrats le déclarent coupable – avant qu’il ne soit jugé. Jack Lang, alors ministre de l’éducation nationale, suit le mouvement. Il parle, il écrit, il agit, en oubliant les rudiments du droit et de la sagesse, en oubliant ce dogme qu’il a pourtant fait sien : la présomption d’innocence.

Madame Hodique, fonctionnaire de l’Education nationale, du jour au lendemain est suspendue de ses fonctions. Et Monsieur Hodique va tout droit en prison. Il y restera plus d’un an. C’est dans l’adversité qu’on montre son caractère. Ces deux-là en avait. Ils se sont battus.

Et le mois denier, Alain Hodique a été déclaré innocent par la plus haute autorité de ce pays. Et Madame Hodique va obtenir réparation, le ministre de l’éducation, Gilles de Robien, s’y est engagé. Et Jack Lang a fait pénitence. Il a enfin écrit à Monsieur Hodique pour lui présenter ses excuses. Juste à lui, pas à sa femme. Bon, il ne faut pas faire la fine bouche !

Allez, Monsieur Lang, on sort toujours grandi à reconnaître ses erreurs, et, personnellement, je trouve dans votre lettre de la simplicité, aspect de votre personnalité qui m’avait échappé – et une certaine noblesse.

Je pense que M. et Mme Hodique doivent être satisfaits. Certes, ils ne retrouveront pas toutes ces années perdues, mais ils ont recouvré leur honneur. C’est inestimable.

reponse-jack-lang.1176888173.jpg

 

La PJ, de 1982

PARTIE 15 – Cette année-là, un vent de suspicion souffle au ministère de l’intérieur. Le virus de la paranoïa se répand dans les hautes sphères et certains vont même imaginer que la police est en train de manigancer un coup d’état. Toutefois, pendant que les uns règlent leurs comptes avec les autres, et vice-versa, les affaires continuent. Truands et terroristes s’en donnent à cœur joie.

À peine installé aux manettes, Gaston Defferre demande un audit sur la police. Un sondage top secret, mais complètement bidon, qui aboutit à la conclusion politiquement-incorrect-de-petillon.1176784159.jpgque la majorité des fonctionnaires de police sont opposés au gouvernement de Pierre Mauroy. Ils sont qualifiés de «droitiers». En janvier 1982, Jean-Michel Belorgey, député PS de l’Allier, remet à Defferre un rapport sur la réforme de la police. À la lecture du seul préambule, les rares policiers qui ont eu le privilège de lire ce… poulet, sautent au plafond. La police, pour résumer l’incipit, est « inefficace et envahissante… Elle préfère s’immiscer insidieusement dans les sphères de la vie sociale, plutôt que de protéger les honnêtes gens… Elle donne l’image d’un corps prétorien ou d’une police politique…» Et le reste est du même tonneau. À tel point que même Defferre n’ose entreprendre les réformes envisagées. Un journal parle de « rapport poubelle ». Pourtant, n’en déplaise à certains, à part le verbiage idéologique, tout n’était pas à jeter dans ce document. L’idée d’un organisme de contrôle extérieur à la grande maison pouvait être creusée, à condition d’en exclure les actes de police judiciaire, qui sont sous la responsabilité des magistrats. Et ce précepte, que Belorgey proposait d’insérer dans le code de déontologie, et que tous les chefs de police rejetèrent comme un seul homme : « Tout policier doit s’abstenir d’exécuter tout ordre dont il sait, ou devrait savoir, qu’il est illégal. » Cette phrase n’est que la paraphrase du code pénal.

Mais en ce début d’année, les services spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme, comme l’OCRB, dont je suis devenu le chef à la suite d’un gilbert-ciamaraglia_photo-presse.1176754620.jpgmouvement de chaises musicales, ont d’autres chats à fouetter. Quelques mois auparavant, le juge Pierre Michel a été tué, à Marseille, par deux hommes montés sur une moto rouge. Tout est mis en œuvre pour retrouver les coupables. Une seule certitude : c’est le milieu. Mais lequel ? Michel était un magistrat efficace, mais impitoyable. Et ses ennemis étaient légions. D’entrée, les soupçons se portent sur Gaétan Zampa. La presse le désigne comme le commanditaire. Et, chose invraisemblable, Zampa se fend, via maître Pelletier, d’un droit de réponse. Il dément formellement toute implication dans ce meurtre.On aurait peut-être dû en tenir compte, car, avec le recul, on peut penser que nous, les cracks (?) de la lutte contre le grand banditisme, on s’est fait bananer. En effet, Zampa, à cette époque, est installé en région parisienne, d’où il dirige, disons… ses affaires. Il est très lié à Gérard Vigier, qui tient une boîte de nuit à Ozoir-la-Ferrière, en Seine-et-Marne. Son épouse, Christiane Convers, est actionnaire principal d’un complexe de loisirs, Le Krypton, implanté à Aix-en-Provence. Et il semble avoir organisé un trafic de stupéfiants sur une grande échelle : l’importation de morphine base depuis la Turquie. On pensecharles-giardana_photo-presse.1176754396.jpg même que, pour limiter les risques, il a imaginé un moyen judicieux. Le produit est placé dans de petits caissons, fixés sous les wagons d’un train. Et, grâce à une télécommande, la drogue peut être larguée à distance, à n’importe quel endroit sur le passage du train. Autrement dit, hormis la guerre contre Jacky le Mat, qui lui pose problème, il est bien installé. Comme tous les truands qui ont réussi, il aimerait bien « s’embourgeoiser ». Il n’a donc aucun intérêt à faire assassiner le juge Michel, car ce crime ne pouvait que mobiliser des centaines de policiers contre lui. Ce qui s’est passé. Les auteurs de ce meurtre, deux porte-flingues, seront arrêtés en 1986, à la suite de confidences recueillies par la police suisse. Charles Altieri pilotait la moto et François Checchi, se trouvait à l’arrière. C’est lui qui a ouvert le feu. La préparation a été effectuée par quatre petits voyous marseillais de la bande de la Capelette, Gilbert Ciaramaglia, Charles Giardina, Daniel Danty et André Cermolacce. On a dit que François Girard, dit François le blond, impliqué dans la Sicilian connection, arrêté en juillet 1981, aurait pu être l’instigateur de ce crime. On a aussi parlé de la mafia franco sicilienne. Et de moins en moins de Zampa. En 1984 (donc sans connaître l’épilogue), Philippe Lefebvre a tiré un film de ces événements, Le juge, avec Jacques Perrin et Richard Bohringer.

Le 24 février, c’est la naissance d’Amandine, le premier bébé éprouvette français (Qu’est-elle devenue ?), et, un mois plus tard, Defferre fait adopter par l’assemblée nationale sa loi sur la décentralisation. Pendant ce temps, les policiers participent aux premières élections professionnelles depuis l’avènement de la gauche. Et ils votent comme d’habitude. D’aucuns pensent qu’on ne peut tirer aucun enseignement de ce scrutin. Alors qu’il crève les yeux : dans leur métier, les poulets se fichent de la politique. Mais certains des nouveaux dirigeants de gauche, qui depuis des années « cassent du flic », ne peuvent du jour au lendemain admettre qu’ils se sont fourvoyés, et que la police n’est pas un ramassis de fachos, mais tout simplement un corps d’état au service de la République. L’exemple vient de haut. Mitterrand vire les policiers habituellement chargés de la protection du président de la République, pour les remplacer par des gendarmes. Parallèlement, il crée à ses côtés la fameuse cellule élyséenne, dirigée par le commandant Prouteau. Il nomme un secrétaire d’état chargé de la police, Joseph Franceschi, et, à la tête de tout ça, il place un fidèle parmi les fidèles, Michel Charasse. Lequel choisit le sous-préfet Gilles Ménage pour l’aider dans sa tâche. Afin de suivre les affaires en direct, ce dernier fait appel au commissaire Charles Pellegrini, à charge pour lui de créer un bureau de liaison regroupant la DGSE, la DST, les RG et la PJ. On fait une pause. La PJ, placée sous la responsabilité des magistrats, qui vient rendre compte de son activité à l’Elysée ! Et de ces juges, que l’on voit actuellement si prompts à défendre leur indépendance, pas un ne bouge. Bof! Charasse et Ménage, un… ménage bien dangereux pour la République. Ils vont créer un véritable réseau parallèle au sein de la police, utilisant tous les moyens techniques de l’époque. À croire qu’ils se sont inspirés des méthodes du SAC, ce mouvement, qui, après le massacre d’Auriol, vient d’être dissous. Dans le même temps, Gaston Defferre déclare : « Il faut en finir pour toujours avec les écoutes téléphoniques ». Il est largué, Gastounet – et nous de même. On ne sait plus qui fait quoi. Tout est en place pour les événements qui vont se dérouler l’année suivante. En attendant, quai des Orfèvres, certains n’ont toujours pas digéré le baston entre Defferre, Le Mouel et Leclerc. Et ilscharles-pellegrini_photo-presse.1176784529.jpg sentent la volonté politique de « casser » la PP. Ils envoient une bombe à la cellule élyséenne, en faisant croire à un individu peu fiable, informateur attitré des gendarmes, qu’ils enquêtent sur un réseau de dangereux terroristes placés sous les ordres du fameux Carlos. Les officiers de gendarmerie ont sans doute bien des qualités, mais ils n’ont pas le vice des vieux poulets. Ils foncent comme des boy-scouts. Et c’est l’affaire des Irlandais de Vincennes, ces pseudo-terroristes, dont la DST suit d’un œil amusé les agissements depuis des années, et qui rêvent en permanence de la révolution qu’ils ne feront jamais.

Pendant ce temps, les vrais terroristes nous terrorisent. La France est un champ de bataille. Action directe se scinde en trois. Une partie renonce à la lutte armée, un autre fait alliance avec la Fraction armée rouge et la dernière, dite branche lyonnaise, se lance dans des actions antisémites. En mars, une bombe explose dans le train Le Capitole : cinq morts, vingt-sept blessés. En avril, une voiture piégée explose, rue Marbeuf, à Paris : un mort et soixante-trois blessés. En juin, un commando d’Action directe s’en prend à l’école américaine de Saint-Cloud. En juillet, c’est une banque. Le caissier est blessé. En juillet, une bombe explose, rue Saint-Maur, à Paris ; puis c’est le consulat de Turquie, à Lyon qui est visé. Le même mois, une bombe explose près de la cabine téléphonique du Pub Saint-Germain, dans le VI°. Le 9 août, c’est la fusillade du restaurant Goldenberg, dans le quartier juif, et la fusillade de la rue des Rosiers. L’été n’en finit pas. À Paris, voiture piégée devant l’ambassade d’Irak, bombe contre l’hebdomadaire Minute… Le 21 août, deux démineurs de la préfecture de police sont tués alors qu’ils tentent de désamorcer une charge d’explosif sous la voiture d’un Américain. Le 17 septembre, un véhicule de l’ambassade d’Israël explose en plein Paris, faisant près d’une centaine de blessés. Etc. Cette année 1982, des centaines de personnes sont mortes ou ont été blessées victimes d’attentats. Et pendant ce temps, la police tourne au ralenti.

Le 27 juillet, Badinter fait adopter une loi qui supprime l’homosexualité du code pénal, mais il faudra attendre 1991, pour que l’Organisation mondiale de la santé lui emboîte le pas et modifie en ce sens sa liste des maladies mentales.

Le 13 septembre, la princesse de Monaco quitte la route au volant de sa Rover. Elle fait un plongeon de quarante mètres. Grace Kelly rend son dernier soupir le lendemain. Sa fille, Stéphanie, qui était à ses côtés, s’en sort sans trop de mal. On ergotera pour savoir si ce n’est pas elle qui était au volant (elle n’avait pas dix-huit ans), ce qui au fond n’a aucune importance. La véritable polémique sera médicale. Si on l’avait transportée au service neurologique de l’hôpitalle-virage-dhairpin.1176754971.jpg de Nice, elle avait des chances de s’en tirer, affirment certains médecins. En effet, l’hôpital de Monaco n’était même pas équipé d’un scanner. Mais, on dit aussi, qu’avant cet accident, Grace Kelly aurait eu plusieurs malaises. L’hypothèse d’un évanouissement au volant n’est pas impossible. Un routier, qui suivait la Rover a déclaré : « Je ne sais pas ce qui s’est passé. Curieusement, au virage de droite, je n’ai pas vu la voiture ralentir. Les stops ne se sont pas allumés. Elle n’a pas braqué. Bien au contraire, j’ai eu l’impression qu’elle roulait de plus en plus vite avant de disparaître par-dessus le parapet. » On ne saura jamais. Il n’y a pas eu d’expertise de la Rover, ni d’autopsie, ni d’enquête. Vingt-huit ans plus tôt, dans La main au collet, d’Alfred Hitchcock, la comédienne Grace Kelly, fonce sur cette même routeau volant d’un cabriolet, au grand dam de Gary Grant. Mais tous deux s’en sortent sains et saufs.

Le 7 décembre 1982, les États-Unis inaugurent une mise à mort plus… moderne que la chaise électrique. Pour la première fois, un homme est exécuté à l’aide d’une injection létale.

Bruno Sulak – Le 25 janvier 1982, Bruno Sulak est interpellé à Paris. C’est le résultat de huit mois de travail soutenu, pour tout un groupe de l’OCRB. Car, le sulak-alias-legionnaire-bernard-suchon.1176783450.jpgbougre, il nous a donné du fil à retordre ! Mais, comme les singes, on a fini par l’attraper – par la queue. Il faut dire que l’appât ne manque pas de charme. Elle se prénomme Chantal, et se dit cover-girl. Sulak, c’est le genre de type qui te réconcilie avec ton métier. C’est un voleur. Il assume. On lui pose des questions, il y répond. Et il ne balance pas ses copains. Ce qui ne nous arrange pas, mais on apprécie. Il part pour la prison avec une douzaine de braquages sur la conscience, notamment au préjudice de grandes bijouteries. Il n’y restera pas longtemps. Le 21 juillet, dans le train Montpellier-lyon, deux hommes braquent les gendarmes qui l’escortent, et il prend la poudre d’escampette. Durant cette cavale, il m’appelle régulièrement, non pas pour m’insulter ou me provoquer, mais juste pour parler – ou pour se faire peur. À tel point que de gentils collègues font courir des bruits sur ces relations «contre-nature» et je suis contraint de me justifier auprès de ma hiérarchie et du magistrat instructeur. Le 12 novembre, un copain de Sulak, Jean-Louis Secreto, s’évade de la maison d’arrêt où il est incarcéré, grâce à une complicité extérieure. Futés, on se dit : Tiens, si c’était Sulak ! Deux mois plus tard, une patrouille du commissariat des Mureaux, dans les Yvelines, se permet « un délit de sale gueule » envers deux occupants d’une voiture. Il s’agit de Marc Mill, une relation de notre évadé, et Anthony Delon, le fils du comédien. Dans le véhicule, ils découvrent des cagoules et un pistolet MAC 50, qui, vérification faite, est l’une des armes volées aux gendarmes dans le train Montpellier-Lyon. On avance, on avance. Mais, le fils d’Alain Delon soupçonné de tentative de braquage, ça intéresse les médias. Je passe mon temps à rédiger des notes à Pierre, Paul et Jacques, pour expliquer le pourquoi du comment. L’influence de Delon est énorme. Son fils ne restera qu’une seanthony-delon_gp.1176783553.jpgmaine ou deux derrière les barreaux, et la presse, courageusement, oubliera l’incident. La justice aussi, semble-t-il. Quant à Sulak, il est interpellé bien plus tard, à la frontière espagnole, avec de faux papiers. Il revient du Brésil. Il se fait passer pour un journaliste suédois homosexuel qui fuit pour échapper aux poursuites de sa femme. C’est tellement gros, et tellement bien joué, que tout le monde y croit. Il est écroué sous une fausse identité. Un délit bien mineur pour lui. Il faudra le flair d’un vieux routier de l’OCRB pour le percer à jour. In extremis. «À un jour près, j’étais libre, cette sacrée chance m’a bel et bien laissé tomber…» Cette phrase est une citation du livre de Pauline Sulak, Bruno Sulak, radisa-jovanovic-dans-le-film-le-professionnel.1176755637.jpgaux éditions Carrère. Il ne savait pas à quel point il disait vrai. Un peu plus tard, avec son complice (et ami) Radisa Jovanovic, dit Steves, il organise son évasion par hélicoptère. Mais la police de l’air et des frontières (PAF) a eu vent de l’opération. Le SRPJ de Bordeaux est informé – mais pas l’OCRB. Une souricière est tendue, au cours de laquelle Steves est abattu. Sulak en veut à la terre entière. Et surtout aux flics pour avoir (d’après lui) tiré trop vite et sans doute à lui-même pour avoir entraîné son ami dans cette galère. De procès en procès, il se retrouve à Fleury-Mérogis. C’est un détenu sans histoire. Il intériorise sa révolte et la communique dans l’Autre Journal. Seule sa notoriété lui vaut parfois des accrochages avec un geôlier grincheux ou un compagnon d’infortune envieux. La prison est une microsociété qui amplifie les imperfections de la société tout court. En mars 1985, après avoir convaincu un jeune cadre de l’administration pénitentiaire de l’aider, il tente de s’évader. Il est surpris par des gardiens, et, après une courte lutte, il fait une chute de sept mètres. Il s’écrase sur une dalle en ciment. À ce jour, ses proches sont encore persuadés qu’il a été assassiné.

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Le déclin de la presse

Le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale l’exercice de ce métier d’une façon régulière et rétribuée. Le statut est encadré par la loi (art. L761-2 du code du travail). Mais les journalistes font-ils bien leur travail ?

carte_presse.1176467066.gifIls ne disposent pour cela d’aucun pouvoir particulier, et les juges, ces dernières années, ne leur ont pas facilité les choses. En effet, le juge pénal n’hésite pas à poursuivre pour recel de documents volés, le journaliste qui s’est procuré ledit document pour bétonner son article. Mais ce document sera exigé par le juge civil en cas de poursuites en diffamation. Toutefois, ils ont quelques avantages. Ce sont (je crois) les seuls salariés du secteur privé à détenir une carte professionnelle barrée de bleu blanc rouge, et les seuls également à être autorisés à déclarer au fisc des revenus inférieurs à leurs revenus réels. Ils sont chouchoutés par les uns et redoutés par les autres. Ce sont souvent les mêmes.

Leur devoir est de nous informer – objectivement. Peut-on leur faire confiance ? Voici quelques exemples d’une information non objective – de ma part, s’entend :

Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, et le journaliste Jean-François Jacquier, ont écrit et publié un article de complaisance sur le milliardaire libanais recherché par la justice française (Le Monde du 31 mars et du 11 avril 2007). Un certain Iskandar Safa. Leur intermédiaire était Marc Francelet. Francelet, que je connais bien, est un homme charismatique qui, pour faire simple, vit de la bêtise des autres. Ce qui le rend plutôt sympathique. En l’occurrence, « les autres » sont les deux journalistes susnommés. Ils affirment ne pas avoir touché d’argent. Ils ont tort de s’en défendre, car la commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP) nous dit que si le métier de journaliste est incompatible avec celui d’agent de publicité, « cela ne signifie pas que les journalistes ne puissent occasionnellement percevoir des commissions d’ordre publicitaire ». On peut en discuter, mais, s’il y a débat sur ce sujet, cela ne concerne pas Marc Francelet, puisque lui ne possède pas de carte de presse. C’est pourtant lui qui est allé en prison.

À Nice (Libération du 12 avril 2007), grâce à la vigilance du procureur-zorro Éric de Mongolfier, le rédacteur en chef de Nice-Matin, Dominique Dabin, se voit obligé de reconnaître qu’il a bidonné une photo pour illustrer un article tout aussi bidon sur la vente clandestine d’armes de toute nature. Pour sa défense, il déclare : « […] comme ce n’était pas facile à illustrer, il a bien fallu monter une photo… » Cet homme est coupable, monsieur le juge, pourrait dire le policier, mais comme ce n’était pas facile à démontrer, j’ai préféré fabriquer des pièces à conviction…

Le Monde.fr a repris, il y a quelques jours, l’information du Canard Enchaîné sur un accord occulte, une sorte de Yalta, entre Chirac et Sarkozy, pour que ce premier échappe à la justice. Même sans être du sérail, on comprend bien qu’il s’agit typiquement d’une allégation invérifiable. Car en supposant que les deux ennemis de douze ans aient passé ce genre d’accord, on n’imagine pas qu’ils l’aient fait devant témoins. A moins que par souci de réciprocité, Le Canard n’ait installé des micros à l’Elysée… Et Le Monde.fr a appelé ses lecteurs à réagir. Et chacun de verser sa bile, d’apporter sa dose de venin. Je dois dire que d’une manière générale, les commentaires sur les blogs et sur l’Internet ont de quoi faire frémir. Derrière les mots, on sent la passion, la haine, la bassesse, et parfois la vulgarité. Les élections présidentielles ressemblent de plus ennon-a-l-a104.1176467952.jpg plus à une finale de football. Mais cette fois, les hooligans ne sont pas dans la rue. Du moins pas encore.

Et pendant que Nicolas Hulot cahin-caha retourne au charbon (visiblement, il n’y croit plus), pas un média ne parle du scandale de l’autoroute A104. Personne ne cloue au pilori le proche de Sarkozy, le sieur Dominique Perben, qui a décidé, derrière la porte feutrée de son cabinet ministériel, de faire passer une autoroute à travers trois agglomérations, comptant plusieurs centaines de milliers d’habitants. Pour la première fois en France, trois villes vont être coupées en deux par le passage d’une autoroute à six ou huit voies. Bon, ce n’est pas grave, ce sont des villes qui votent à gauche. Les médias s’en fichent, ce n’est pas vendeur. Ah, parlez-nous du look de Ségolène, du petit verre de rouge que Nicolas a fait semblant de boire ou des turpitudes verbales de François. Les journaux de «pensées» ressemblent de plus en plus à des peoples, pour ceux qui les lisent, et à du bizness pour ceux qui les font. Et nous on marche ! Après les présidentielles, nous aurons les législatives, puis la mise en place du gouvernement. Pour cet été, ce sera la sécheresse, puis la canicule. A la rentrée, avec les premières grèves des enseignants et de la SNCF, surviendront les inondations, etc.

moutonolivier_celineextenso_over-blog.jpegTrop de lumière aveugle. Je crois que dans ce monde où communication et information sont paroxystiques, notre vision des hommes, des choses, des événements, s’est embrumée. Alors, par paresse intellectuelle, on se complaît à écouter ou à lire tel éditorialiste ou tel chroniqueur, dont le principal mérite est de penser pour nous.

Et vainement on cherche les moutons noirs dans le troupeau.

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