POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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La PJ, de 1982

PARTIE 15 – Cette année-là, un vent de suspicion souffle au ministère de l’intérieur. Le virus de la paranoïa se répand dans les hautes sphères et certains vont même imaginer que la police est en train de manigancer un coup d’état. Toutefois, pendant que les uns règlent leurs comptes avec les autres, et vice-versa, les affaires continuent. Truands et terroristes s’en donnent à cœur joie.

À peine installé aux manettes, Gaston Defferre demande un audit sur la police. Un sondage top secret, mais complètement bidon, qui aboutit à la conclusion politiquement-incorrect-de-petillon.1176784159.jpgque la majorité des fonctionnaires de police sont opposés au gouvernement de Pierre Mauroy. Ils sont qualifiés de «droitiers». En janvier 1982, Jean-Michel Belorgey, député PS de l’Allier, remet à Defferre un rapport sur la réforme de la police. À la lecture du seul préambule, les rares policiers qui ont eu le privilège de lire ce… poulet, sautent au plafond. La police, pour résumer l’incipit, est « inefficace et envahissante… Elle préfère s’immiscer insidieusement dans les sphères de la vie sociale, plutôt que de protéger les honnêtes gens… Elle donne l’image d’un corps prétorien ou d’une police politique…» Et le reste est du même tonneau. À tel point que même Defferre n’ose entreprendre les réformes envisagées. Un journal parle de « rapport poubelle ». Pourtant, n’en déplaise à certains, à part le verbiage idéologique, tout n’était pas à jeter dans ce document. L’idée d’un organisme de contrôle extérieur à la grande maison pouvait être creusée, à condition d’en exclure les actes de police judiciaire, qui sont sous la responsabilité des magistrats. Et ce précepte, que Belorgey proposait d’insérer dans le code de déontologie, et que tous les chefs de police rejetèrent comme un seul homme : « Tout policier doit s’abstenir d’exécuter tout ordre dont il sait, ou devrait savoir, qu’il est illégal. » Cette phrase n’est que la paraphrase du code pénal.

Mais en ce début d’année, les services spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme, comme l’OCRB, dont je suis devenu le chef à la suite d’un gilbert-ciamaraglia_photo-presse.1176754620.jpgmouvement de chaises musicales, ont d’autres chats à fouetter. Quelques mois auparavant, le juge Pierre Michel a été tué, à Marseille, par deux hommes montés sur une moto rouge. Tout est mis en œuvre pour retrouver les coupables. Une seule certitude : c’est le milieu. Mais lequel ? Michel était un magistrat efficace, mais impitoyable. Et ses ennemis étaient légions. D’entrée, les soupçons se portent sur Gaétan Zampa. La presse le désigne comme le commanditaire. Et, chose invraisemblable, Zampa se fend, via maître Pelletier, d’un droit de réponse. Il dément formellement toute implication dans ce meurtre.On aurait peut-être dû en tenir compte, car, avec le recul, on peut penser que nous, les cracks (?) de la lutte contre le grand banditisme, on s’est fait bananer. En effet, Zampa, à cette époque, est installé en région parisienne, d’où il dirige, disons… ses affaires. Il est très lié à Gérard Vigier, qui tient une boîte de nuit à Ozoir-la-Ferrière, en Seine-et-Marne. Son épouse, Christiane Convers, est actionnaire principal d’un complexe de loisirs, Le Krypton, implanté à Aix-en-Provence. Et il semble avoir organisé un trafic de stupéfiants sur une grande échelle : l’importation de morphine base depuis la Turquie. On pensecharles-giardana_photo-presse.1176754396.jpg même que, pour limiter les risques, il a imaginé un moyen judicieux. Le produit est placé dans de petits caissons, fixés sous les wagons d’un train. Et, grâce à une télécommande, la drogue peut être larguée à distance, à n’importe quel endroit sur le passage du train. Autrement dit, hormis la guerre contre Jacky le Mat, qui lui pose problème, il est bien installé. Comme tous les truands qui ont réussi, il aimerait bien « s’embourgeoiser ». Il n’a donc aucun intérêt à faire assassiner le juge Michel, car ce crime ne pouvait que mobiliser des centaines de policiers contre lui. Ce qui s’est passé. Les auteurs de ce meurtre, deux porte-flingues, seront arrêtés en 1986, à la suite de confidences recueillies par la police suisse. Charles Altieri pilotait la moto et François Checchi, se trouvait à l’arrière. C’est lui qui a ouvert le feu. La préparation a été effectuée par quatre petits voyous marseillais de la bande de la Capelette, Gilbert Ciaramaglia, Charles Giardina, Daniel Danty et André Cermolacce. On a dit que François Girard, dit François le blond, impliqué dans la Sicilian connection, arrêté en juillet 1981, aurait pu être l’instigateur de ce crime. On a aussi parlé de la mafia franco sicilienne. Et de moins en moins de Zampa. En 1984 (donc sans connaître l’épilogue), Philippe Lefebvre a tiré un film de ces événements, Le juge, avec Jacques Perrin et Richard Bohringer.

Le 24 février, c’est la naissance d’Amandine, le premier bébé éprouvette français (Qu’est-elle devenue ?), et, un mois plus tard, Defferre fait adopter par l’assemblée nationale sa loi sur la décentralisation. Pendant ce temps, les policiers participent aux premières élections professionnelles depuis l’avènement de la gauche. Et ils votent comme d’habitude. D’aucuns pensent qu’on ne peut tirer aucun enseignement de ce scrutin. Alors qu’il crève les yeux : dans leur métier, les poulets se fichent de la politique. Mais certains des nouveaux dirigeants de gauche, qui depuis des années « cassent du flic », ne peuvent du jour au lendemain admettre qu’ils se sont fourvoyés, et que la police n’est pas un ramassis de fachos, mais tout simplement un corps d’état au service de la République. L’exemple vient de haut. Mitterrand vire les policiers habituellement chargés de la protection du président de la République, pour les remplacer par des gendarmes. Parallèlement, il crée à ses côtés la fameuse cellule élyséenne, dirigée par le commandant Prouteau. Il nomme un secrétaire d’état chargé de la police, Joseph Franceschi, et, à la tête de tout ça, il place un fidèle parmi les fidèles, Michel Charasse. Lequel choisit le sous-préfet Gilles Ménage pour l’aider dans sa tâche. Afin de suivre les affaires en direct, ce dernier fait appel au commissaire Charles Pellegrini, à charge pour lui de créer un bureau de liaison regroupant la DGSE, la DST, les RG et la PJ. On fait une pause. La PJ, placée sous la responsabilité des magistrats, qui vient rendre compte de son activité à l’Elysée ! Et de ces juges, que l’on voit actuellement si prompts à défendre leur indépendance, pas un ne bouge. Bof! Charasse et Ménage, un… ménage bien dangereux pour la République. Ils vont créer un véritable réseau parallèle au sein de la police, utilisant tous les moyens techniques de l’époque. À croire qu’ils se sont inspirés des méthodes du SAC, ce mouvement, qui, après le massacre d’Auriol, vient d’être dissous. Dans le même temps, Gaston Defferre déclare : « Il faut en finir pour toujours avec les écoutes téléphoniques ». Il est largué, Gastounet – et nous de même. On ne sait plus qui fait quoi. Tout est en place pour les événements qui vont se dérouler l’année suivante. En attendant, quai des Orfèvres, certains n’ont toujours pas digéré le baston entre Defferre, Le Mouel et Leclerc. Et ilscharles-pellegrini_photo-presse.1176784529.jpg sentent la volonté politique de « casser » la PP. Ils envoient une bombe à la cellule élyséenne, en faisant croire à un individu peu fiable, informateur attitré des gendarmes, qu’ils enquêtent sur un réseau de dangereux terroristes placés sous les ordres du fameux Carlos. Les officiers de gendarmerie ont sans doute bien des qualités, mais ils n’ont pas le vice des vieux poulets. Ils foncent comme des boy-scouts. Et c’est l’affaire des Irlandais de Vincennes, ces pseudo-terroristes, dont la DST suit d’un œil amusé les agissements depuis des années, et qui rêvent en permanence de la révolution qu’ils ne feront jamais.

Pendant ce temps, les vrais terroristes nous terrorisent. La France est un champ de bataille. Action directe se scinde en trois. Une partie renonce à la lutte armée, un autre fait alliance avec la Fraction armée rouge et la dernière, dite branche lyonnaise, se lance dans des actions antisémites. En mars, une bombe explose dans le train Le Capitole : cinq morts, vingt-sept blessés. En avril, une voiture piégée explose, rue Marbeuf, à Paris : un mort et soixante-trois blessés. En juin, un commando d’Action directe s’en prend à l’école américaine de Saint-Cloud. En juillet, c’est une banque. Le caissier est blessé. En juillet, une bombe explose, rue Saint-Maur, à Paris ; puis c’est le consulat de Turquie, à Lyon qui est visé. Le même mois, une bombe explose près de la cabine téléphonique du Pub Saint-Germain, dans le VI°. Le 9 août, c’est la fusillade du restaurant Goldenberg, dans le quartier juif, et la fusillade de la rue des Rosiers. L’été n’en finit pas. À Paris, voiture piégée devant l’ambassade d’Irak, bombe contre l’hebdomadaire Minute… Le 21 août, deux démineurs de la préfecture de police sont tués alors qu’ils tentent de désamorcer une charge d’explosif sous la voiture d’un Américain. Le 17 septembre, un véhicule de l’ambassade d’Israël explose en plein Paris, faisant près d’une centaine de blessés. Etc. Cette année 1982, des centaines de personnes sont mortes ou ont été blessées victimes d’attentats. Et pendant ce temps, la police tourne au ralenti.

Le 27 juillet, Badinter fait adopter une loi qui supprime l’homosexualité du code pénal, mais il faudra attendre 1991, pour que l’Organisation mondiale de la santé lui emboîte le pas et modifie en ce sens sa liste des maladies mentales.

Le 13 septembre, la princesse de Monaco quitte la route au volant de sa Rover. Elle fait un plongeon de quarante mètres. Grace Kelly rend son dernier soupir le lendemain. Sa fille, Stéphanie, qui était à ses côtés, s’en sort sans trop de mal. On ergotera pour savoir si ce n’est pas elle qui était au volant (elle n’avait pas dix-huit ans), ce qui au fond n’a aucune importance. La véritable polémique sera médicale. Si on l’avait transportée au service neurologique de l’hôpitalle-virage-dhairpin.1176754971.jpg de Nice, elle avait des chances de s’en tirer, affirment certains médecins. En effet, l’hôpital de Monaco n’était même pas équipé d’un scanner. Mais, on dit aussi, qu’avant cet accident, Grace Kelly aurait eu plusieurs malaises. L’hypothèse d’un évanouissement au volant n’est pas impossible. Un routier, qui suivait la Rover a déclaré : « Je ne sais pas ce qui s’est passé. Curieusement, au virage de droite, je n’ai pas vu la voiture ralentir. Les stops ne se sont pas allumés. Elle n’a pas braqué. Bien au contraire, j’ai eu l’impression qu’elle roulait de plus en plus vite avant de disparaître par-dessus le parapet. » On ne saura jamais. Il n’y a pas eu d’expertise de la Rover, ni d’autopsie, ni d’enquête. Vingt-huit ans plus tôt, dans La main au collet, d’Alfred Hitchcock, la comédienne Grace Kelly, fonce sur cette même routeau volant d’un cabriolet, au grand dam de Gary Grant. Mais tous deux s’en sortent sains et saufs.

Le 7 décembre 1982, les États-Unis inaugurent une mise à mort plus… moderne que la chaise électrique. Pour la première fois, un homme est exécuté à l’aide d’une injection létale.

Bruno Sulak – Le 25 janvier 1982, Bruno Sulak est interpellé à Paris. C’est le résultat de huit mois de travail soutenu, pour tout un groupe de l’OCRB. Car, le sulak-alias-legionnaire-bernard-suchon.1176783450.jpgbougre, il nous a donné du fil à retordre ! Mais, comme les singes, on a fini par l’attraper – par la queue. Il faut dire que l’appât ne manque pas de charme. Elle se prénomme Chantal, et se dit cover-girl. Sulak, c’est le genre de type qui te réconcilie avec ton métier. C’est un voleur. Il assume. On lui pose des questions, il y répond. Et il ne balance pas ses copains. Ce qui ne nous arrange pas, mais on apprécie. Il part pour la prison avec une douzaine de braquages sur la conscience, notamment au préjudice de grandes bijouteries. Il n’y restera pas longtemps. Le 21 juillet, dans le train Montpellier-lyon, deux hommes braquent les gendarmes qui l’escortent, et il prend la poudre d’escampette. Durant cette cavale, il m’appelle régulièrement, non pas pour m’insulter ou me provoquer, mais juste pour parler – ou pour se faire peur. À tel point que de gentils collègues font courir des bruits sur ces relations «contre-nature» et je suis contraint de me justifier auprès de ma hiérarchie et du magistrat instructeur. Le 12 novembre, un copain de Sulak, Jean-Louis Secreto, s’évade de la maison d’arrêt où il est incarcéré, grâce à une complicité extérieure. Futés, on se dit : Tiens, si c’était Sulak ! Deux mois plus tard, une patrouille du commissariat des Mureaux, dans les Yvelines, se permet « un délit de sale gueule » envers deux occupants d’une voiture. Il s’agit de Marc Mill, une relation de notre évadé, et Anthony Delon, le fils du comédien. Dans le véhicule, ils découvrent des cagoules et un pistolet MAC 50, qui, vérification faite, est l’une des armes volées aux gendarmes dans le train Montpellier-Lyon. On avance, on avance. Mais, le fils d’Alain Delon soupçonné de tentative de braquage, ça intéresse les médias. Je passe mon temps à rédiger des notes à Pierre, Paul et Jacques, pour expliquer le pourquoi du comment. L’influence de Delon est énorme. Son fils ne restera qu’une seanthony-delon_gp.1176783553.jpgmaine ou deux derrière les barreaux, et la presse, courageusement, oubliera l’incident. La justice aussi, semble-t-il. Quant à Sulak, il est interpellé bien plus tard, à la frontière espagnole, avec de faux papiers. Il revient du Brésil. Il se fait passer pour un journaliste suédois homosexuel qui fuit pour échapper aux poursuites de sa femme. C’est tellement gros, et tellement bien joué, que tout le monde y croit. Il est écroué sous une fausse identité. Un délit bien mineur pour lui. Il faudra le flair d’un vieux routier de l’OCRB pour le percer à jour. In extremis. «À un jour près, j’étais libre, cette sacrée chance m’a bel et bien laissé tomber…» Cette phrase est une citation du livre de Pauline Sulak, Bruno Sulak, radisa-jovanovic-dans-le-film-le-professionnel.1176755637.jpgaux éditions Carrère. Il ne savait pas à quel point il disait vrai. Un peu plus tard, avec son complice (et ami) Radisa Jovanovic, dit Steves, il organise son évasion par hélicoptère. Mais la police de l’air et des frontières (PAF) a eu vent de l’opération. Le SRPJ de Bordeaux est informé – mais pas l’OCRB. Une souricière est tendue, au cours de laquelle Steves est abattu. Sulak en veut à la terre entière. Et surtout aux flics pour avoir (d’après lui) tiré trop vite et sans doute à lui-même pour avoir entraîné son ami dans cette galère. De procès en procès, il se retrouve à Fleury-Mérogis. C’est un détenu sans histoire. Il intériorise sa révolte et la communique dans l’Autre Journal. Seule sa notoriété lui vaut parfois des accrochages avec un geôlier grincheux ou un compagnon d’infortune envieux. La prison est une microsociété qui amplifie les imperfections de la société tout court. En mars 1985, après avoir convaincu un jeune cadre de l’administration pénitentiaire de l’aider, il tente de s’évader. Il est surpris par des gardiens, et, après une courte lutte, il fait une chute de sept mètres. Il s’écrase sur une dalle en ciment. À ce jour, ses proches sont encore persuadés qu’il a été assassiné.

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Le déclin de la presse

Le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale l’exercice de ce métier d’une façon régulière et rétribuée. Le statut est encadré par la loi (art. L761-2 du code du travail). Mais les journalistes font-ils bien leur travail ?

carte_presse.1176467066.gifIls ne disposent pour cela d’aucun pouvoir particulier, et les juges, ces dernières années, ne leur ont pas facilité les choses. En effet, le juge pénal n’hésite pas à poursuivre pour recel de documents volés, le journaliste qui s’est procuré ledit document pour bétonner son article. Mais ce document sera exigé par le juge civil en cas de poursuites en diffamation. Toutefois, ils ont quelques avantages. Ce sont (je crois) les seuls salariés du secteur privé à détenir une carte professionnelle barrée de bleu blanc rouge, et les seuls également à être autorisés à déclarer au fisc des revenus inférieurs à leurs revenus réels. Ils sont chouchoutés par les uns et redoutés par les autres. Ce sont souvent les mêmes.

Leur devoir est de nous informer – objectivement. Peut-on leur faire confiance ? Voici quelques exemples d’une information non objective – de ma part, s’entend :

Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, et le journaliste Jean-François Jacquier, ont écrit et publié un article de complaisance sur le milliardaire libanais recherché par la justice française (Le Monde du 31 mars et du 11 avril 2007). Un certain Iskandar Safa. Leur intermédiaire était Marc Francelet. Francelet, que je connais bien, est un homme charismatique qui, pour faire simple, vit de la bêtise des autres. Ce qui le rend plutôt sympathique. En l’occurrence, « les autres » sont les deux journalistes susnommés. Ils affirment ne pas avoir touché d’argent. Ils ont tort de s’en défendre, car la commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP) nous dit que si le métier de journaliste est incompatible avec celui d’agent de publicité, « cela ne signifie pas que les journalistes ne puissent occasionnellement percevoir des commissions d’ordre publicitaire ». On peut en discuter, mais, s’il y a débat sur ce sujet, cela ne concerne pas Marc Francelet, puisque lui ne possède pas de carte de presse. C’est pourtant lui qui est allé en prison.

À Nice (Libération du 12 avril 2007), grâce à la vigilance du procureur-zorro Éric de Mongolfier, le rédacteur en chef de Nice-Matin, Dominique Dabin, se voit obligé de reconnaître qu’il a bidonné une photo pour illustrer un article tout aussi bidon sur la vente clandestine d’armes de toute nature. Pour sa défense, il déclare : « […] comme ce n’était pas facile à illustrer, il a bien fallu monter une photo… » Cet homme est coupable, monsieur le juge, pourrait dire le policier, mais comme ce n’était pas facile à démontrer, j’ai préféré fabriquer des pièces à conviction…

Le Monde.fr a repris, il y a quelques jours, l’information du Canard Enchaîné sur un accord occulte, une sorte de Yalta, entre Chirac et Sarkozy, pour que ce premier échappe à la justice. Même sans être du sérail, on comprend bien qu’il s’agit typiquement d’une allégation invérifiable. Car en supposant que les deux ennemis de douze ans aient passé ce genre d’accord, on n’imagine pas qu’ils l’aient fait devant témoins. A moins que par souci de réciprocité, Le Canard n’ait installé des micros à l’Elysée… Et Le Monde.fr a appelé ses lecteurs à réagir. Et chacun de verser sa bile, d’apporter sa dose de venin. Je dois dire que d’une manière générale, les commentaires sur les blogs et sur l’Internet ont de quoi faire frémir. Derrière les mots, on sent la passion, la haine, la bassesse, et parfois la vulgarité. Les élections présidentielles ressemblent de plus ennon-a-l-a104.1176467952.jpg plus à une finale de football. Mais cette fois, les hooligans ne sont pas dans la rue. Du moins pas encore.

Et pendant que Nicolas Hulot cahin-caha retourne au charbon (visiblement, il n’y croit plus), pas un média ne parle du scandale de l’autoroute A104. Personne ne cloue au pilori le proche de Sarkozy, le sieur Dominique Perben, qui a décidé, derrière la porte feutrée de son cabinet ministériel, de faire passer une autoroute à travers trois agglomérations, comptant plusieurs centaines de milliers d’habitants. Pour la première fois en France, trois villes vont être coupées en deux par le passage d’une autoroute à six ou huit voies. Bon, ce n’est pas grave, ce sont des villes qui votent à gauche. Les médias s’en fichent, ce n’est pas vendeur. Ah, parlez-nous du look de Ségolène, du petit verre de rouge que Nicolas a fait semblant de boire ou des turpitudes verbales de François. Les journaux de «pensées» ressemblent de plus en plus à des peoples, pour ceux qui les lisent, et à du bizness pour ceux qui les font. Et nous on marche ! Après les présidentielles, nous aurons les législatives, puis la mise en place du gouvernement. Pour cet été, ce sera la sécheresse, puis la canicule. A la rentrée, avec les premières grèves des enseignants et de la SNCF, surviendront les inondations, etc.

moutonolivier_celineextenso_over-blog.jpegTrop de lumière aveugle. Je crois que dans ce monde où communication et information sont paroxystiques, notre vision des hommes, des choses, des événements, s’est embrumée. Alors, par paresse intellectuelle, on se complaît à écouter ou à lire tel éditorialiste ou tel chroniqueur, dont le principal mérite est de penser pour nous.

Et vainement on cherche les moutons noirs dans le troupeau.

La PJ, de 1981

PARTIE 14 – Depuis la disparition brutale de Georges Pompidou, le 2 avril 1974, l’élection présidentielle a toujours lieu au printemps. En cette année 1981, les Français s’y préparent, mais pas la droite. Elle part au combat en ordre dispersé. Tandis que Mitterrand énumère ses « 110 propositions », Coluche lance son slogan de campagne : « Jusqu’à présent la France était coupée en deux, avec moi, elle sera pliée en quatre ! » Pour la police, c’est une année de transition.

En janvier 1980, Patrick Dubois, un jeune appelé du 4° régiment de dragons de Mourmelon disparaît, sans qu’on le recherche vraiment. Il est considéré comme déserteur. Mais, en 1981, trois autres jeunes soldats, disparaissent tout aussi mystérieusement. C’est le début d’une enquête qui a du mal à démarrer et qui va devenir l’exemple-type pierre-chanal_affaires-criminelles.1176150540.jpgde tout ce qu’il ne faut pas faire. Elle va finalement aboutir, en 1988, à l’arrestation, pratiquement en flagrant délit, de l’adjudant-chef Pierre Chanal. Il est condamné à dix ans de réclusion criminelle pour viols et séquestration d’un jeune auto-stoppeur hongrois. En 1995, après une grève de la faim et plusieurs tentatives de suicide, il est libéré. Mais, sur la pression de la famille des militaires disparus et des médias, l’enquête redémarre. Grâce à la police scientifique, de nouveaux indices sérieux sont réunis. Chanal est renvoyé devant les assises pour le meurtre de trois des victimes, sur les huit recensées. Le procès n’aura jamais lieu. Pierre Chanal se donne la mort à la veille de la première audience, le 15 octobre 2003. Cette triste affaire montre la déconfiture de la justice française. En janvier 2005, cette même justice (mais pas les mêmes hommes), jugera la faillite du système et condamnera l’État français pour « une série de fautes commises par les juges d’instruction et les enquêteurs qui ont conduit à ce que demeurent inconnues les circonstances de l’enlèvement et du décès de plusieurs victimes ». (Extrait des attendus du jugement du TGI de Paris.)

Le 24 janvier, les Français font la connaissance de la famille Ewing, avec la diffusion, sur TF1, du premier des 365 épisodes du feuilleton Dallas. En annonçant son programme aux élections présidentielles, « emmerder la droite, jusqu’à la gauche », Coluche lui aussi touche le cœur des Français. Une parodie d’élection pour dénoncer une mascarade de démocratie. Les sondages le placent en troisième position. Finalement, au mois de mars, sans doute pour ne pas gêner le PS, il jette l’éponge. Pendant ce temps, les franquistes tentent un coup d’État en Espagne, et Action directe participe à la campagne à sa manière. Le 15 avril, lors de l’attaque contre une banque, place des Ternes, à Paris, une fusillade éclate. Un policier est tué. Certains pensent que ce groupuscule terroriste a alors passé une sorte de pacte de non-agression avec Mitterrand… En tout cas, Action directe suspend son… action durant la campagne électorale. Et, après son one-man-show au Panthéon, le nouveau président prend une décision d’amnistie concernant les deux leaders du mouvement, Nathalie Ménigon et Jean-marc Rouillan, arrêtés l’année précédente. Ce dernier obtient même le nom de celui qui a permis son arrestation, l’un de ses anciens complices, Gabriel Chahine. Ce Libanais lui avait fait croire à une rencontre avec Ilitch Ramirez Sanchez, le mythique Carlos. Et Rouillan était tombé dans le piège. Sans se douter que le commissaire Jean-Pierre Pochon tirait les ficelles et lui avait tendu un traquenard. Peu de temps après la libération du couple maudit, Chahine est abattu de deux décharges de chevrotines en pleine face.

François Mitterrand est président. Il forme son gouvernement. Pierre Mauroy devient Premier ministre et Gaston Defferre ministre de l’intérieur. Il n’y aura pas de chasse aux sorcières, assure celui-ci, devant un aréopage de chefs de la police. Ils sont rassurés, les grands flics. Ils n’avaient pas compris que Defferre voulait dire… pour l’instant. Cette année-là, Robert Badinter fait adopter la loi supprimant la peine de mort et Jack Lang institue la fête de la musique. Chacun restera dans l’Histoire – à sa manière.

Le 13 juin 1981, un couple flâne sur les berges du lac du bois de Boulogne. Leur attention est attirée par deux grosses valises, dissimulées derrière un buisson. L’homme en ouvre une. Horreur ! Dedans il y a des restes humains. C’est le dixième corps mutilé ainsi découvert en deux ans. Le dernier en date est celui d’une jeune étudiante, Carole Simon, dont le cadavre dépecé a été retrouvé dans les locaux de la faculté de médecine de Paris. Les enquêteurs identifient aisément le propriétaire des valises. Il s’agit d’un asiatique, à l’allure effacée, aux yeux rêveurs. Bien qu’il ait 32 ans, il a l’air d’un étudiant. Il se nomme Isseï Sagawa. La jeune fille, Renée Hartevelt, une étudianteissei-sigawa_photo-le-glaive-et-la-balance-de-charles-villeneuve.1176150650.jpg néerlandaise, a repoussé ses avances, et il l’a tuée d’une balle de .22 LR. « Puis, ajoute le jeune homme, je l’ai déshabillée et j’ai commencé à la manger. » Ensuite, il a prélevé plusieurs morceaux et il les a placés dans le réfrigérateur, où ils ont été retrouvés. Il n’a pas eu le temps de tout finir. On ne sait pas si Sagawa est l’auteur d’autres crimes. D’ailleurs, il ne sera jamais jugé pour le meurtre de Renée Hartevelt. Les psychiatres estiment qu’il n’est pas responsable et le juge d’instruction, un certain Jean-Louis Bruguière, refuse la demande de contre-expertise déposée par la famille de la victime. Il s’ensuit un non-lieu. L’assassin est transféré à l’hôpital psychiatrique de Villejuif. Les parents de la victime font appel, mais non seulement la chambre d’accusation confirme le non-lieu, mais elle les condamne aux dépens. Décision tellement abjecte que le procureur général, Pierre Arpaillange, intervient pour que le Trésor Public prenne ces frais à sa charge. Mais l’affaire n’est pas finie. Le père du meurtrier, Akira Sagawa, est au Japon un homme puissant. Il obtient que son fils soit transféré dans son pays. À son arrivée, le médecin-chef de la clinique qui l’accueille, à Tokyo, le déclare parfaitement sain d’esprit. Quatre ans après ce crime monstrueux, Isseï Sagawa est libre. Il a fait fortune en racontant ses exploits dans deux livres qui se sont vendus à des centaines de milliers d’exemplaires.

Le gouvernement de Pierre Mauroy décide la nationalisation de certaines entreprises, et notamment des banques. Il prend des mesures pour la régularisation des immigrés, et jette les jalons des premières réformes sociales: les 39 heures, la cinquième semaine de congés brassens_espritsnomades.1176182955.jpgpayés, etc. Et Brassens casse sa pipe, en nous laissant bien seul sur les « bancs publics, bancs publics… ».

Le 18 juillet, dans un soubresaut paranoïaque lié au changement de majorité, quelques gros bras du service d’action civique (SAC), envahissent la demeure du sous-brigadier de police Jacques Massié, à Auriol, près de Marseille. Ils le soupçonnent de trahison au profit de la gauche. Le commando d’une demi-douzaine d’hommes va étrangler toute la famille, soit quatre adultes et un enfant de sept ans. C’est la fin du SAC. Il sera dissous l’année suivante. Les six hommes seront condamnés à de lourdes peines de prison. Le paradoxe, c’est qu’ils doivent peut-être la vie à un socialiste, Robert Badinter.

En 1981 apparaissent les premiers cas identifiés de SIDA et IBM sort son fameux PC, avec 16 Ko de mémoires vives. Et, pour les vins de bordeaux, c’est une bonne année.

Bras de fer avec Defferre – A son arrivée rue des Saussaies, Gaston Defferre assure aux policiers que toutes les décisions seront prises en concertation avec les syndicats, et qu’il mettra tout en œuvre pour que la police « retrouve sa vraie place dans la société ». C’est l’état de grâce. Pendant ce temps, sur le trottoir d’en face, Mitterrand congédie les policiers de l’Elysée pour les remplacer par des gendarmes. Au moins, eux, ils n’ont pas de syndicats… Maurice Grimaud, le préfet de police de mai-68, est nommé directeur de cabinet et Gérard Monate, ancien secrétaire général de la fédération autonome des syndicats de police (FASP), est bombardé chargé de mission auprès du directeur général de la police. L’énarque Frédéric Thiriez, originaire d’une riche famille du nord, comme Mauroy, devient l’éminence grise de l’intérieur. Mais il ne doit pas avoir le nombre de neurones réglementaires, car il va se prendre pour un vrai flic, et son bilan sera des plus calamiteux. Le 6 octobre, Gaston Defferre, dans un discours à gaston-defferre_clg.1176150957.jpgl’assemblée nationale, accuse les policiers de racisme. Le syndicat des commissaires réagit. C’est la fin de l’état de grâce. Les cadres de la police se plaignent de ne pas recevoir de directives, et, dans le doute, ils s’abstiennent de toutes initiatives. Jusqu’au jour où le brigadier Guy Hubert est tué par des braqueurs, lors d’un hold-up, à Lyon. Defferre est violemment pris à partie lors des obsèques du policier lyonnais. Peu après, il remet une décoration à l’un des collègues de la victime, qui a été blessé, et il lui dit : « Vous, au moins, vous avez de la chance, vous êtes blessé et décoré. » Ça flotte à l’Intérieur. Les syndicats exigent des instructions précises pour mettre fin au laxisme qui a gagné l’antique demeure. Les éléments sont en place, le jeu de chaises musicales va pouvoir commencer. Il va s’étaler sur une bonne année. Le 30 septembre, Michel Guyot, le directeur central de la PJ et François Le Mouel, directeur de la PJ parisienne sont d’accord pour nommer le patron de la brigade criminelle, Marcel Leclerc, sous-directeur des affaires criminelles à la PP. Pour ne choquer personne, il est convenu d’attendre la fin du procès des assassins de Jean de Broglie. Mais, les chosesbombe-a-retardement_umourcom.1176184864.jpg traînent en longueur. En fait, les syndicats de gauche sont intervenus auprès de Defferre pour écarter Leclerc (qui ne cache pas ses sentiments de droite) de Paris. Finalement, le ministre propose à ce dernier de prendre la tête du SRPJ de Marseille. Le Mouel menace de démissionner et Leclerc refuse la mutation, en se retranchant derrière son statut de commissaire de police de la ville de Paris. La tension monte au 36. Le 7 mars, Defferre affirme que cette mutation n’a rien à voir avec les opinions politiques du commissaire, et le lendemain Leclerc est affecté à l’IGPN, le cimetière des éléphants. Olivier Foll, son adjoint, refuse de prendre sa place à la direction de la brigade criminelle. C’est une jacquerie. Pour couronner le tout, François Le Mouel, l’un des rares grands chefs de la police qui affiche des idées socialistes, met ses menaces à exécution. Il démissionne. Un bras… Defferre, qui se transforme en bras d’honneur.

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Flics, I love you

À défaut de pouvoir s’exprimer autrement, les gendarmes grognent sur internet. Les policiers font des sondages pour savoir si on les aime, surtout depuis que la larme à l’œil (je ne serai pas loin, juste en face…), leur chef les a quittés. Les automobilistes font un bras d’honneur aux radars automatiques, en attente de l’amnistie présidentielle, et les taulards se demandent sur quel candidat miser pour décaniller de leur cul-de-basse-fosse. Les journaux nous rapportent les piques et les coups bas que se balance un quarteron de présidentiables, et les blogueurs se déchaînent pour démolir NS, Le Pen ne faisant plus recettes. Le Pen the door. Bouh !

Mouais, nous vivons une époque drolatique !

les-conseils-de-jack-palmer-dapres-petillon.1175760269.jpgJe connais un comédien, bon, je ne vais pas le citer, mais j’ai écrit plusieurs scénarios avec lui, ce qu’il aime, c’est qu’on ne l’aime pas. J’ai toujours trouvé ça curieux. Les psys nous diraient sans doute qu’il rejette ce qu’il désire le plus… Mais, ne sommes-nous pas tous en recherche d’amour ? On nous demande, à longueur de média, un effort collectif pour sauver la planète, du réchauffement, de la couche d’ozone, etc., et rien pour nous sauver, nous, les hommes ! Pas le moindre Nicolas Hulot à l’horizon. À l’effort écologique, on pourrait peut-être ajouter un effort de compréhension – je n’ose pas dire d’amour. Puisque nous sommes sur le même bateau, plutôt que se vilipender, ne serait-il pas plus judicieux de marcher main dans la main ? En dehors de leurs convictions, nos candidats, petits et grands, ne pourraient-ils pas se réunir autour d’une table pour déterminer ce qui ne les sépare pas… Et construire les bases d’un pays qui ne serait pas sans cesse ballotté de gauche à droite ?.

Hier, on sonne, chez moi, dans la petite maison de banlieue, là où j’habite. C’est un policier municipal. Il me salue et me demande si cette voiture (il me désigne une voiture stationnée n’importe comment, et gênant la circulation) est à moi, ou si j’en connais le propriétaire. Ce qui n’est pas le cas. «Dommage, dit-il, je vais devoir verbaliser.» Quel exemple ! Ce gardien a tout compris. Avant d’appliquer la loi, de montrer sa puissance par la répression, il tente poliment de rétablir l’ordre.

Que les flics soient en manque d’affection, ce n’est pas nouveau. Les psys, toujours eux, nous diraient qu’ils nient leur amour des autres. Mais, un flic peut-il montrer qu’il aime son prochain ? Le syndicat Alliance, majoritaire chez les policiers en tenue (enfin, maintenant, ils sont tous en tenue…), organise un sondage pour demander aux gens ce qu’ils pensent de leur police. Pourquoi pas ! Les premiers résultats sont d’ailleurs troublants. Quatre-vingt-dix pour cents d’opinions favorables. On ne peut s’empêcher de subodorer un rien d’hypocrisie chez certains sondés. Faudrait peut-être utiliser un coefficient d’adéquation, comme le font les instituts spécialisés. Mais, quitte à faire un sondage, je crois qu’il serait tout aussi intéressant de demander aux flics ce qu’ils pensent des gens. Car ce métier isole. Souvent le policier se sent rejeté, devant lui les visages se ferment – et parfois les portes. Et ce sentiment de rejet, cette césure avec la société, peut engendrer de la provocation et par excès de la violence. En tout cas, il rapproche la tête du képi. Et alors, on a tôt fait de se dire qu’il existe deux sortes d’individus : flics et pas-flics. Et ça, pas être bon.

La PJ, de 1980 (2)

PARTIE 13 – En 1927, Charles Lindbergh traverse l’Atlantique en avion. Mais sa gloire attire sur lui l’attention des truands. Cinq ans plus tard, son fils, un bébé de deux ans est enlevé. Les ravisseurs exigent une forte rançon. Mais, une fois celle-ci encaissée, ils tuent l’enfant. Deux ans après, un immigré allemand, Bruno Richard Hauptmann, est arrêté en possession de billets provenant de cette rançon. Bien qu’il dénie toute participation au rapt, il est condamné à mort. C’est la première fois qu’on parle de kidnapping (enlèvement d’enfant). Cet anglicisme s’applique désormais à tous les enlèvements avec demande de rançon.

Cette introduction montre combien j’hésite dans la poursuite de mon récit. Derrière les mots, il y a tant de tristesse. L’affaire démarre le 30 janvier 1980. Un homme d’affaires a été enlevé en rentrant chez lui, sur une petite route qui mène à Valbonne, dans les Alpes-Maritimes. Il se nomme Guy Pitoun. Ce soir-là, le commissaire divisionnaire Albert Mourey, le patron de la PJ de Nice, guy-pitoun-et-sa-femme-josiane_nice-matin.1175526903.jpgm’appelle chez moi. Ce qui est exceptionnel. Nous n’avons pas de très bons rapports, et, en général, il préfère se passer de mes services. Il me demande de le rejoindre. Et comme toujours, il y a un doute. Il y a deux constantes dans les affaires d’enlèvements. La première vient des policiers, au démarrage de l’enquête. S’agit-il réellement d’un enlèvement ? ou d’une fugue ? ou d’une disparition volontaire ?… Et la seconde vient de la presse, lorsque l’histoire se finit bien, ce qui est souvent le cas. L’otage a été retrouvé par hasard, claironne-t-on. Ce sont deux erreurs. La police perd son temps à chercher la petite bête, mais c’est bien son action qui chamboule le plan des ravisseurs, jusqu’au moment où ils se disent qu’il est préférable d’abandonner avant d’atteindre le point de non-retour. C’est ce qui s’est passé pour Pitoun.

L’affaire a duré deux semaines, et tous les ingrédients étaient réunis pour qu’elle tourne mal. Mais si j’avais su à quel point…

Résumons – mais attention, c’est embrouillé. La PJ de Nice est saisie de l’enquête, mais la maison mère, le SRPJ de Marseille, ne peut rester les bras croisés. Le groupe de répression du banditisme (GRB) débarque. La BRI, dépend aussi du SRPJ de Marseille, du moins sur le plan administratif, mais, de par son arrêté de création, c’est une antenne de l’office du banditisme (OCRB). L’enlèvement de Pitoun a eu lieu à Valbonne, sur le territoire du commissariat central d’Antibes. Un très gros service, qui est rattaché à la direction départementale de sécurité publique. Bien sûr, la gendarmerie est également présente dans le secteur. Pour couronner le tout, au fil de l’enquête, on découvre que l’intermédiaire choisi par la famille pour négocier, à notre insu (!), le montant de la rançon, le docteur Bernard Régis, est un ami personnel du Commissaire Yvan Delon, le chef adjoint du commissariat central d’Antibes. Et, lorsqu’on met la main sur l’un des ravisseurs, après qu’il eût empoché cinq millions de francs, on découvre qu’il s’agit d’un informateur des douanes. C’est ce qu’on appelle une salade niçoise.

Le jour dit, c’est le beau-père de Pitoun, Adolphe Gougenheim, qui porte la sacoche contenant l’argent. On le suit jusqu’à Menton. Notre intention est de tenter une filature, après la remise de rançon. Mais, on est trop près de la frontière italienne, et il nous faut intervenir. L’inconnu est interpellé. Il s’agit d’un certain Livio Cuzzoni. On le ramèneadolphe-gougenheim.1175527128.jpg dans les locaux de la PJ et je remets l’argent à Antoine Rossion, le chef de la section financière. Badaboum ! Il manque une liasse de cinq cent mille francs. Pendant quelques heures, la suspicion plane dans les locaux de l’avenue Foch. Le commissaire divisionnaire Jean-Pierre Sanguy, le tout nouveau patron du SRPJ de Marseille, s’explique au téléphone avec Maurice Bouvier, le directeur central. « Retrouvez-les ! » tonne celui-ci. Le lendemain, le père Gougenheim, goguenard, avoue qu’au dernier moment, il a lui-même retiré une «petite» liasse, en se disant que les ravisseurs ne seraient pas à ça près. La pression redescend. Sacré beau-père, va !

Le commissaire Marcel Dumas, le patron du GRB, obtient les confidences de Cuzzoni. Pitoun est séquestré dans une cabane abandonnée, à Vallauris. Il est minuit. Je récupère mes hommes. On est fatigués. Cela fait deux semaines qu’on travaille nuit et jour sur cette affaire. Mais pas un ne rechigne. Et on part libérer l’otage.

En arrivant dans ce coin désert, on repère une voiture, stationnée à quelques dizaines de mètres de la maison, en bas d’un chemin. «Y a un mec, dedans !» annonce quelqu’un à la radio. Probablement l’un des ravisseurs. Il surveille les alentours. Je donne l’ordre d’intervenir. L’inconnu ouvre sa portière. Il a une arme à la main. La réaction est immédiate.

C’est alors que deux gardiens de la paix apparaissent. « Ne tirez pas ! Nous sommes des collègues… » Sous sa gabardine, tachée de sang, l’homme que nous venons de tuer porte un uniforme. Il s’agit du gardien Philippe Maziz, du commissariat d’Antibes. Il avait 25 ans.

Et plus rien, jamais, ne sera comme avant.

Le procureur et le juge d’instruction de Grasse réagissent rapidement. Et, à chaud, à quatre heures du matin, ils organisent une reconstitution du drame. Mais ils ont sans doute tort de confier l’enquête au commissaire Delon. Celui-ci, partie prenante, n’est pas impartial. C’est lui qui a envoyé ses hommes planquer sur cette adresse, et cela, sans en référer à personne. Il se défend en attaquant et monte contre nous les autres policiers. Et, plus grave, il oublie d’apporter l’assistance psychologique à la jeune épouse de Maziz. Peu après, elle subtilise le .357 magnum du collègue qui l’héberge, et elle abat son chien. Puis, elle tue son fils de quatre ans et demi et se donne la mort.

photo-de-la-famille-maziz_nice-matin.1175527357.jpgChauffés par Delon, certains syndicats de police viennent manifester sous les fenêtres de le BRI. Sous la pression, la qualification de l’information judiciaire passe de l’homicide involontaire à assassinat. Assassinat : meurtre avec préméditation… Jean-Pierre Sanguy, le patron du SRPJ de Marseille, écrira, plus tard, au juge d’instruction de Lyon, qui a récolté le dossier : «En tant que chef de service, je demande à être inculpé…» Chapeau, monsieur le commissaire !

Pitoun n’était pas détenu à Vallauris, mais à Tignet, dans une maison en construction. C’est un agent d’assurances et son épouse, M. et Mme Conan, qui l’ont libéré. Ils sont tombés sur deux des ravisseurs, qui, coupés de leurs complices, ont préféré prendre la fuite.

Toute l’équipe sera arrêtée par la suite. Il s’agit du premier rapt «à l’italienne» perpétré en France. L’enquête sur la mort de Philippe Maziz s’est terminée des années plus tard, par un non-lieu. Mais, pour nous, gens de la BRI, les événements de cette nuit du 11 février 1980, ne s’effaceront jamais.

Il n’y a ni non-lieu ni prescription pour le souvenir.

Quelques mois plus tard, Michel Maury-Laribière, le vice-président du patronat français, est enlevé à son tour. Une douzaine d’hommes de la BRI de Nice vont prêter main forte à leurs collègues du SRPJ de Bordeaux et de l’OCRB. Je dois dire que pour la première fois, je participe à une opération multiservices qui tourne parfaitement. Chacun tient sa place et tous les hommes travaillent en osmose. Claude Bardon, le chef du SRPJ, est directeur d’enquête, mais il montre surtout beaucoup de tact avec la famille, et obtient leur confiance. Charles Pellegrini, le chef opérationnel de l’OCRB, s’occupe du terrain ; et Honoré Gévaudan, le sous-directeur des affaires criminelles assure le contact avec lesmaury-laribiere_wikipedia.1175527626.JPG autorités et les médias. Moi, je porte la valise – avec la rançon tout de même. Trois millions en coupures de cent. J’exécute les instructions des preneurs d’otage, un certain Jacques Hyver, et sa maîtresse, Dominique Werner. Maury-Laribière est libéré «par hasard», douze jours après son enlèvement, grâce à la perspicacité d’un gendarme à la retraite, Narcisse Martin. Jacques Hyver est arrêté trois mois plus tard. Condamné à vingt ans de réclusion, il s’évade en décembre 1987. Quelques semaines après son évasion, il est arrêté à Genève pour une affaire similaire. Pour la petite histoire, on dit que les employés de l’entreprise de Maury-Laribière ont proposé de se cotiser pour payer la rançon de leur patron. Et la presse le baptisera « le patron bien aimé ». Il est mort en 1990.

Je n’ai pas participé à la fin de cette enquête. Je partais en vacances avec ma fille. Et il n’était pas question de lui faire faux bond. C’est la première fois que je lâchais une affaire. Mais, c’était la première fois aussi que nous allions nous retrouver face à face, elle et moi. La PJ ne fait pas bon ménage avec… le ménage. J’ai appris plus tard, par les inspecteurs qui l’ont interrogé, que lors du jeu de piste qu’il nous avait imposé, Jacques Hyver surveillait mes déplacements – enfin, plus exactement les déplacements de son argent – dans la lunette de son fusil.

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Les écoutes de l'Elysée et l'ordre de la loi

L’affaire des écoutes de l’Elysée va-t-elle se terminer par une jurisprudence qui accentuerait la responsabilité personnelle des fonctionnaires dans l’exercice de leur métier ?

Comme le rappelle Jacques Follorou, dans Le Monde du 28 mars 2007, la cour d’appel de Paris a estimé, dans son jugement du 13 mars dernier, que les cinq protagonistes de cette affaire ont engagé leur responsabilité personnelle. Certes, ils agissaient sur les ordres directs de la plus haute autorité de l’État, mais, pour schématiser la décision des magistrats, ils n’auraient pas dû le faire.

Le monde sur écoute.1175151520.jpgSans revenir sur les faits, rappelons qu’il s’agit de cette saga politico-judiciaire engagée par certains personnages dont la vie privée a été violée par des écoutes téléphoniques ordonnées par François Mitterrand, et notamment la comédienne Carole Bouquet et le Lieutenant-colonel de gendarmerie Jean-Michel Beau.

Les cinq justiciables visés sont :

– Deux hauts fonctionnaires, Gilles Ménage, directeur adjoint du cabinet de Mitterrand et Louis Swhweitzer, directeur du cabinet de Pierre Mauroy ;

– Deux militaires, le général Pierre Charroy, responsable du groupement interministériel de contrôle (GIC) et le préfet Christian Prouteau, alors commandant de gendarmerie ;

– Un policier, le commissaire divisionnaire Pierre-Yves Gilleron, affecté à la cellule élyséenne.

Il est important de les situer, car, de par leurs fonctions, tous cinq avaient un devoir d’obéissance. Ils ne l’ont pas transgressé – et ils ont eu tort.

Il appartient à la cour de cassation de confirmer ou d’infirmer cette décision. Et, en dehors du destin des gens cités ci-dessus, dont finalement on se fiche un peu de savoir s’ils doivent sortir de leur poche quelques milliers d’euros, ou non (Tout va bien pour eux, voir l’article sur les écoutes de l’Elysée), et en supposant que la haute juridiction entérine la décision de la cour d’appel… Quelles pourraient être les conséquences ? On est au civil, il s’agit donc simplement de réparations pécuniaires. Mais on sent bien qu’il y a dissonance entre les magistrats du siège et ceux du parquet. Ces derniers se sont opposés à la poursuite du procès au pénal devant la cour d’appel. Et ces premiers n’ont donc pu se prononcer sur les infractions, mais uniquement sur leurs conséquences. Ils ont toutefois tourné la difficulté. Dans son arrêt, la cour d’appel mentionne en effet que ces cinq personnes ont commis des délits, à titre purement personnel, et qu’à ce titre elles doivent payer les réparations financières sur leurs propres deniers. Il s’agit donc de fautes personnelles détachables du service.

Si demain, un fonctionnaire, et plus précisément un policier, car parmi les fonctionnaires, ils sont les plus exposés aux situations à risques, exécute un ordre, et s’il apparaît par la suite que cet ordre n’était pas légitime, il devra payer les réparations de sa poche. Les syndicats de police ne semblent pas avoir levé ce lièvre, pourtant, il y a là de réelles conséquences. À ce jour, sauf volonté de transgresser la loi, la défense d’un policier, poursuivi par la justice pour un acte résultant de sa fonction, est prise en charge par l’administration. Qu’en sera-t-il demain ? Les policiers vont-ils être amené à souscrire un contrat d’assurance pour dégager leur responsabilité civile, comme le font les chirurgiens ?

Il y a bien longtemps, j’ai écrit un ouvrage dans lequel je condamnais la pratique des écoutes téléphoniques. Je trouvais anormal qu’un officier de police judiciaire commetteles-ecoutes_vsd_1988.1175152498.jpg un acte illégal, même si cette pratique faisait l’objet d’un accord tacite. Cela m’a valu quelques démêlés avec certains de mes collègues. Mais, finalement, une loi a été votée. Depuis, les écoutes téléphoniques n’ont jamais été aussi nombreuses, on peut le regretter, mais elles sont légales. Et, après tout, le policier ne fait pas la loi, il se contente de la faire respecter.

De cette histoire fétide, on peut tirer une morale : Chacun est responsable de ses actes. Et l’obéissance n’est pas une excuse et doit s’arrêter au sortir de la loi – et même de sa conscience.

La PJ, de 1980

PARTIE 12 – En ce début des années 80, nombre de démocraties voient apparaître des mouvements prônant l’usage de la force et se revendiquant du marxisme. (Raymond Marcellin aurait-il eu raison ?) Près de nous, en Allemagne, c’est la Fraction armée rouge ; et en Italie, les Brigades rouges. En France, le 1er mai 1979, Action directe revendique le mitraillageaction-directe.1174741791.jpg du siège du patronat. Ce mouvement n’a pas fini de faire parler de lui… Cette année-là, le chanteur Daniel Balavoine dénonce les médias, « dont les propos n’intéressent plus personne », et attire l’attention sur la jeunesse, qui se désespère. Hélas ! Il chante à la lune.

Dans la nuit du 1er au 2 février 1980, Joseph Fontanet, ancien ministre de l’éducation nationale et de la santé, est grièvement blessé d’une balle de 11.43 dans la poitrine, devant son domicile du XVI° arrondissement, à Paris. Il meurt quelques heures plus tard. Assassinat jamais revendiqué. L’enquête sera classée sans suite. Le mois suivant, c’est un personnage bien différent qui va nous quitter.

René Juillet, dit le Petit prince, a été un peu le businessman de Gilbert Zemour. Puis, ils se sont fâchés. Pour l’heure, il est dans la panade. Non seulement Zemour le talonne, mais ses affaires sont en pleine déconfiture. Il finit par déposer plainte contre son ancien complice pour racket. Mais, il est sur les nerfs. Toujours armé. Un jour, il tire sur le journaliste Marc Francelet, qu’il soupçonne d’être de connivence avec son ennemi. En désespoir de cause, il collabore avec la police et il balance Gilbert Zemour, lequel se fait interpeller comme un bleu, au volant de sa voiture, alors qu’il revient de Bruxelles. Pour une peccadille : il lui reste treize jours à purger sur les dix mois de prison dont il a écopé. Le 27 mars 1980, neuf jours après que Zemour ait réglé sa dette à la société (sic), au petit matin, devant le restaurant de nuit Le miroir du temps, trois hommes guettent, dissimulés à l’intérieur d’une Mercedes. René Juillet sort pour prendre l’air. Il est en confiance. Ici, c’est son QG. La voiture s’approche lentement. Il aperçoit trop tard le canon du fusil. Sa tête explose sous les chevrotines. Les clients sortent. Claude Brasseur, un habitué, doit penser que c’est mieux au cinéma. Bien sûr, les enquêteurs de la criminelle trouvent étrange la contiguïté de ce meurtre et la sortie de prison de Zemour. Mais, petit Gilbert a un alibi béton. D’ailleurs, malgré les apparences, il n’est pas certain qu’il soit l’auteur de ce règlement de comptes. On peut penser que le Petit prince a été mordu par un autre serpent. En l’occurrence, le gang de la banlieandre-gau_photo-surveillance_archives-perso.1174733300.jpgue sud, dirigé par Marcel Bennacer, alias Nénesse, et André Gau, celui que Jacques Imbert, alias Jacky le Mat, avait surnommé Dédé gode, après l’avoir « descendu à la cave » pour lui donner une correction. Il se vantait, en effet, d’avoir forcé son intimité avec une bouteille de Perrier… Ce qui le faisait beaucoup rire. D’où ce surnom. Depuis peu, Bennacer et Gau se sont lancés dans la reprise d’établissements de nuit. Au moment des faits, ils sont d’ailleurs en train de négocier le rachat du restaurant Le bœuf sur le toit, dans le VIII°. On ne connaîtra jamais la vérité, car Bennacer est abattu huit mois plus tard, dans les sous-sols d’un café, avenue Trudaine, à Paris. Une nouvelle fois, André Gau, s’en sort bien. Il va bénéficier d’un (long) délai de grâce.

Ce même mois, Marguerite Yourcenar bouscule les traditions. C’est la première femme à être élue à l’Académie française. Et Maître Agnelet, lui, est radié du barreau de Nice. Il est inculpé d’homicide volontaire sur la personne d’Agnès Leroux, la fille de la patronne du casino Le palais de la Méditerranée, que l’on suppose morte, mais dont on n’a jamais retrouvé le corps. Jean-Dominique Fratoni, le propriétaire du casino Ruhl, à Nice, et du casino de Menton, via la SA Socret, dont le capital est détenu pour moitié par de mystérieux italiens, est soupçonné de complicité. Mais, en l’absence de la moindre preuve, le dossier est transmis à la section financière de la PJ. Poursuivi pour fraude fiscale, il quitte la France précipitamment.

Jean-Paul Sartre se meurt et Albin Chalandon, le nouveau président d’Elf-Erap, signe un second contrat avec une petite société implantée au Panama, la Fisalma, dans laquelle on trouve la présence de la banque suisse UBS, quelques personnages interlopes, et un avocat, Jean Violet, ancien correspondant du SDECE, l’ancêtre de la DGSE. Ce nouveau contrat porte l’ardoise à un milliard de francs. Ces sommes astronomiques sont destinées à mettre au point et à fabriquer un appareil susceptible de détecter les nappes de pétrole, en effectuant un simple survol du terrain. Donc, plus de forage. C’est de l’alchimie. Mais le projet fait rêver, et, surtout, il y a la caution morale d’Antoine Pinay. Elf est une entreprise nationalisée, cet accord ne peut donc se faire qu’avec la bénédiction des plus hautes autorités, en l’occurrence, Giscard d’Estaing, Raymond Barre, et son prédécesseur à Matignon, Jacques Chirac. Trop beau pour être vrai, se dit un chercheur, le professeur Jules Horowitz. Il n’a aucun mal à démontrer la supercherie. Les «inventeurs» acceptent de se livrer à une démonstration. Cela consiste à repérer une règle placée derrière un mur. Subrepticement, Hirowitz tord la règle. On démarre l’expérience, et la règle apparaît sur les appareils de contrôle – bien droite. L’image n’est qu’une photographie. Tout était truqué depuis le début. Trois ans plus tard, Le Canard Enchaîné sortira l’affaire en titrant sur « les avions renifleurs ». La commission d’enquête parlementaire, constituée pour calmer l’opinion publique, va pondre un rapport de 650 pages. François Mitterrand interviendra personnellement pour que son prédécesseur ne soit pas entendu. Jean Cosson, chef de la section financière du parquet de Paris, en ces années-là, estime qu’il s’agit d’une fausse escroquerie. Une escroquerie à l’escroquerie, en quelques sortes… Il s’en explique dans un livre (que je n’ai pas lu) Les industriels de la fraude fiscale.

Les mauvaises langues disent que ce pécule aurait atterri dans la caisse noire d’un parti politique… Cette manie de persécuter les grands de ce monde! Heureusement, le 8 mai 1980, l’OMS estime que la variole est éradiquée sur toute la planète. La variole, seulement.

casino-namur.1174733148.jpgPendant ce temps, Gilbert Zemour se frotte les mains. Il vient de réaliser le fruit de plusieurs années d’efforts. Grâce de nombreux pots-de-vin auprès des autorités locales, il a réussi à mettre sur pied un magnifique casino à Namur, en Belgique, au bord de la Meuse. Bien sûr, l’homme n’apparaît pas au grand jour. Officiellement, cet établissement est la propriété du groupe Gonzalès, détenu par un financier du jeu, Joseph Kaïda, et un contrôleur général de la police nationale, récemment retraité, Michel-Joseph Gonzalès. Ce dernier s’y connaît, puisqu’il a longtemps officié aux « courses et jeux », au ministère de l’intérieur. Mais ce soir de novembre 1980, rien ne va plus. Ce ne sont pas les joueurs qui flambent, mais le casino. Malgré la présence d’une cinquantaine de pompiers et de nombreux bénévoles, il est détruit aux deux tiers. La police belge établit qu’il s’agit d’un incendie criminel, et l’enquête s’arrête là. N’a pas la baraka, P’tit Gilbert.

Le 3 octobre, un attentat à l’explosif fait quatre morts et une vingtaine de blessés devant la synagogue de la rue Copernic, à Paris. L’attentat, non revendiqué, sera attribué au Front populaire pour la libération de la Palestine.

En décembre, John Lennon nous quitte. Le cofondateur des Beatles est âgé de 40 ans. Et, à quelques mois des élections présidentielles, on apprend que last-jean-cap-ferrat.1174733424.jpg France compte un million cinq cent mille chômeurs. Ce qui aujourd’hui nous fait rêver… Quand à Raymond Barre, notre premier ministre, il prépare sa retraite. Il finit d’aménager sa résidence secondaire, une bien modeste demeure, allez ! au bord de la Méditerranée, à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

La mort d’un ami – Grâce à un tuyau d’une informatrice aux yeux bleus, on collait aux baskets d’un trio d’anciens militaires que l’on soupçonnait des pires intentions. Ce jour-là, une écoute téléphonique nous confirme qu’ils préparent un coup. Pour le lendemain. On se met en planque. La BRI de Nice est à présent parfaitement rodée, et les hommes se positionnent d’instinct. Vraiment une bonne équipe ! L’inspecteur Charles Marteau connaît l’un des protagonistes, un certain Richard Ughetto. Il l’a déjà arrêté. C’est donc lui qui se poste dans le « sous-marin ». Faut dire qu’il est un peu remonté, car, à sa sortie du cabinet du juge d’instruction, libre comme l’air, ce jour-là, Ughetto lui avait fait un bras d’honneur. Donc, Charly en veut. Dans son talkie-walkie, il nous décrit la scène : « Il fouille dans sa sacoche. Il sort un truc… C’est un fusil à pompe. Il a un calibre, aussi… ». En tout, ils sont trois. Ils partent avec deux voitures. On prend la RN 202, puis au bout d’un moment, nos lascars bifurquent et empruntent une petite route qui longe la Vésubie. Il fait nuit noire. 

Quel coup peuvent-ils préparer ? Un saucissonnage ? Un enlèvement ? Un braquage ? Dans ce coin désert de l’arrière-pays niçois, sûrement pas. On se perd en conjectures, tandis que notre convoi de voitures banalisées, tout feux éteints, file sur une petite route déserte, bordée par le ravin du torrent. Puis, ils s’arrêtent, et s’engouffrent tous trois dans la plus grosse des voitures, une Audi. Laissant sur place la Simca. Et nous laissant sur place aussi. On les a perdus. Je décide de planquer sur ce qui semble bien être la voiture relais. Puisqu’on est dans l’impossibilité de les faire en flag, on va les serrer au retour. Les heures passent. L’un de mes hommes suggère de mettre la Simca en panne. Après réflexion, je me dis qu’en leur interdisant de s’enfuir, on se donne une chance de plus. Et j’acquiesce. Mais rien ne se passe comme prévu. L’Audi revient et s’arrête à les-autorites-rendent-hommage-a-charles-marteau.1174738740.jpgdistance. Deux hommes en descendent et la voiture fait demi-tour, et repart. Les deux zigotos se dirigent vers la Simca – mais ils ne pourront pas démarrer, puisque qu’on a retiré les fils des bougies. « Intervention ! » En un éclair, nos clients sont emballés. Mais il nous manque le chef, Richard Ughetto. Il n’a pas pu nous repérer. Donc, il ne se doute de rien. Et la seule route, pour revenir à Nice, passe par ce petit pont, qui surplombe la Vésubie. De nouveau, il faut attendre. C’est fou ce qu’on peut attendre, dans ce métier. Mon plan est simple. Lorsqu’il va s’engager sur le pont, je vais avancer ma voiture, et comme il n’y a pas la place pour deux véhicules, il sera bien obligé de s’arrêter. Et les autres véhicules vont l’encadrer. Ça c’est passé comme ça, exactement. En quelques secondes, la voiture, pilotée par Ughetto, est bloquée de tous les côtés. Il lui est impossible d’en sortir. À part qu’immédiatement, il ouvre le feu. Pas de sommations, chez les voyous. Il tire à travers son pare-brise. C’est du gros calibre. Je vois les flammes sortir du canon. On riposte, bien sûr, mais, avec plus de discernement, car nous avons le risque de tirs croisés. On a su, après, qu’il portait un gilet pare-balles. Ce qui n’était pas notre cas. Il n’y avait pas le budget pour ça. Puis, une fois son arme vide, il se glisse par la vitre et il disparaît. Je fulmine. Marcel, le vétéran de la brigade, a été touché. Heureusement, la balle de 11.43 s’est plantée dans le cuir de son holster, ce qui a freiné sa course. La blessure ne sera pas trop grave. Il nous a fallu un bon moment pour nous apercevoir de la disparition de Charly. Dans la nuit sans lune, on s’est mis à le chercher. Charly ! Charly ! La Vésubie nous a rendu son corps au bout de quatre jours. Charles Marteau avait trente ans.

Le ministre de l’intérieur s’est déplacé pour les obsèques. Devant le cercueil, un petit garçon de dix ans, le regard voilé, mais les yeux secs, n’avait pas encore compris qu’il ne reverrait plus son papa.

Je me souviens de la réflexion de Julien, mon petit-fils, à la mort de sa grand-mère. Il a regardé ses parents en pleurs, et il a murmuré : « J’ai envie de pleurer, mais je ne sais pas. » – On a tôt fait d’apprendre.

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Sarkozy, ministre de l'extérieur

Nicolas Sarkozy, comme un saltimbanque à la dernière représentation, met en scène son départ de la place Beauvau. Il a été le vingt-troisième ministre de l’intérieur de la V° République. Avant lui, cinq seulement, me semble-t-il, ont laissé leur empreinte.

Nicolas Sarkozy (2002 à 2004 et 2005 à 2007). Lorsqu’il débarque place Beauvau, alors qu’il espérait sans doute Matignon, Sarkozy, prend le contre-pied de son sarkozy.1174488371.jpgprédécesseur. Il estime que les flics ne sont pas là pour jouer au foot avec les gosses des banlieues, mais pour faire régner l’ordre. Ce discours volontariste change de la politique peu réaliste appliquée antérieurement. Il balaie d’un revers de manche la police de proximité et n’hésite pas à sanctionner ceux qui traînent les pieds. En 2003, il fait adopter en conseil des ministres la réforme territoriale de la police judiciaire, étendant du même coup la compétence territoriale des OPJ – tout en les éloignant de la tutelle des parquets. Il fait voter la loi pour la sécurité intérieure et parvient à obtenir le budget nécessaire pour doter les policiers d’un équipement plus moderne. Son deuxième passage à l’Intérieur est plus politique, et sans doute pour lui à plus haut risque, ce qui se traduit par plus d’actions d’éclat et moins d’actions tout court.

Charles Pasqua (1986 à 1989 et 1993 à 1995). Fils de policier, son arrivée dans la grande maison est suivie avec intérêt. Cofondateur du SAC, ce mouvement gaulliste qui a mal vieilli, au point de devenir une tanière de barbouzes et de spécialistes des coups tordus, Pasqua est un homme de l’ombre et de réseaux. Chirac doit s’en méfier, car il lui attache Robert Pandraud, ministre délégué, chargé de la sécurité. Pasqua durcit l’accès à la nationalité française, met en place la première carte d’identité infalsifiable, et rétablit l’obligation d’y apposer l’empreinte de l’index, au grand dam de la gauche – mais bien loin de la carte à puce électronique. En 1988, en pleine campagne électorale, il doit faire face à une affaire difficile. Après l’assassinat de quatre gendarmes et la prise d’otages de plusieurs autres, en nouvelle Calédonie, deux militaires de la DGSE sont tués lors de l’assaut du GIGN, commandé par le capitaine Legorjus. Mais on a sans doute tort de désigner Pasqua comme le seul responsable de cette opération pas forcément bien menée. En revanche, lors de la prise d’otages à l’école maternelle de Neuilly, en 1993, il donne des consignes très précises au RAID. Le preneur d’otages est abattu, mais aucun enfant n’est blessé. L’opposition tente une polémique, mais la mayonnaise ne prend pas. Sarkozy lui vole la vedette en négociant directement avec Eric Schmitt, alias Human bomb. Il sort de l’école, un enfant dans les bras, devant les caméras de télévision.

Pierre Joxe (1984 à 1986 et 1988 à 1991) – Avec lui, c’est la rigueur qui s’installe place Beauvau. Il n’a pas vraiment le contact avec la police de base, et, surtout, il n’est pas capable de s’opposer aux incartades du staff de Mitterrand, qui cherche à transformer la police nationale en police de pouvoir. En revanche, il a sans doute été le meilleur gestionnaire qu’ait connu le ministère de l’intérieur. Il met en route des réformes et des transformations (notamment en créant une sous-direction de la police technique au sein de la DCPJ), qui vont permettre de moderniser l’antique demeure. Finalement, à ce jour, il est peut-être le seul ministre de l’intérieur qui laissera sa griffe sur son maroquin.

Gaston Defferre (1981 à 1984) – Premier ministre de l’intérieur de François Mitterrand, il est accueilli par les policiers avec une certaine réserve. Il n’est pas évident pour eux d’effacer son nom des nombreuses notes qui mentionnent ses relations avec le milieu marseillais, notamment avec les frères Guérini. En fait, on comprend vite que la police ne l’intéresse pas. À tel point que Pierre Mauroy lui adjoint un secrétaire d’état chargé de la sécurité, Joseph Franceschi. Defferre s’attache surtout à mettre en œuvre l’une des grandes réformes voulues par la gauche : la décentralisation.

Raymond Marcellin (de 1968 à 1974) – Après les événements de mai-68, De Gaulle le choisit. Surnommé Raymond la matraque, il revendique le fait d’avoir réglé cette période quasi-insurrectionnelle sans aucune victime (à l’exception d’un commissaire de police). Persuadé que nos ennuis proviennent de « l’est », il dissout une douzaine de mouvements d’extrême gauche, et, pour la forme, un ou deux mouvements d’extrême droite. Il est le premier à durcir la politique d’immigration. L’affaire des écoutes du Canard enchaîné, entraîne sa chute.

Roger Frey (1961 à 1967) – Il récupère la lourde tâche d’assurer la sécurité en une période difficile pour la France. Sans doute ne prend-il pas les bonnes décisions, car on garde de lui, la répression sanglante de la manifestation de nationalistes algériens, le 17 octobre 1961 et surtout la « ratonnade » des jours suivants. On lui reproche également des consignes d’une fermeté excessive, lors de la manifestation de 1962. Il se doit d’endosser le drame du métro Charonne, même s’il s’agit probablement d’une erreur de commandement du commissaire chargé du maintien de l’ordre.

De la place Beauvau à l’Elysée, on peut s’y rendre à pied. C’est ce que doit penser Sarkozy. S’il prend les rênes du pays, à quoi faut-il s’attendre ? Il veut renforcer la législation sécuritaire (alors qu’aux Etats-Unis, le processus semble vouloir s’inverser), ce qui placerait notre pays parmi les démocraties les plus répressives, avec desretour-a-la-normale.1174499518.gif résultats probablement positifs – mais à quel prix ? Il équipera la police, surtout la police de sécurité publique, de moyens techniques plus importants, ce qui peut être une bonne chose. Il renverra la responsabilité de la police de proximité aux maires, ce qui me semble aussi une bonne chose. Car les maires n’échapperont pas à cette mission. Il persistera probablement dans sa volonté de fusionner les RG et La DST, ce qui pourrait faire de ce service, rappelons-le, un service de renseignements doté de pouvoirs de police judiciaire – ce que personne n’a osé faire en France. Imaginons la cellule Elyséenne de Mitterrand composée de milliers de policiers… Brrr ! Il durcira la législation pour les multirécidivistes et pour les mineurs de plus de 16 ans. Et, sans doute, réglera-t-il ses comptes avec la justice, peut-être avec un garde des sceaux sorti du rang…

Bien sûr, on est dans les supputations. Il existe, chez nos élus, tant de disparités entre les discours et les actes, que nul n’en sait rien. On dit que Sarkozy fait peur. Je crois que son intelligence parfois nous effraie, car on n’en saisit pas les limites. Moi, bizarrement, c’est en matière de sécurité qu’il me fait le plus peur.

La PJ, sous Giscard (3)

PARTIE 11 – A la fin des années 1970, la décrépitude du clan Zemour est en marche. Le guet-apens du café Le Thélème y est sans doute pour beaucoup. Un an plus tard, le 13 septembre 1976, la mort du chef des Siciliens, Jean-Claude Vella, abattu à Paris, puis celle de Marcel Gauthier, revolvérisé à Nice, suffiront, semble-t-il, pour effacer l’ardoise. L’honneur est sauf, se disent les Zemour. Edgard s’installe en Floride et Gilbert s’embourgeoise dans les beaux quartiers parisiens. Pour eux, le châtiment interviendra plus tard. Les règlements de comptes entre truands ne sont pas terminés pour autant. Maintenant, c’est Gaétan Zampa et Francis Vanverberghe (Le Belge) qui font tonner la poudre. Dans les années 77 et 78, c’est une petite dizaine de voyous qui passent ainsi l’arme à gauche, tous dans le sud de la France. Cette hécatombe, c’est la goutte d’eau. Après l’affaire du Palais de la Méditerranée, le casse de la Société Générale et quelques autres tripatouillages politico-mafieux, en 1978, en pleine période estivale, Nice va s’enrichir d’une brigade antigang.

patrick-henry.1174227066.jpgPendant ce temps, Patrick Henry est jugé pour le meurtre du petit Philippe Bertrand. La plaiderie de Robert Badinter et la mazarinade qui entoure l’exécution de Christian Ranucci, deux ans et demi plus tôt, vont lui éviter la guillotine. En janvier 1979, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il sera libéré vingt-deux ans plus tard. Il n’y aura d’ailleurs plus une seule exécution en France. Hamida Djandoubi, condamné pour tortures, viol et assassinat, est donc le dernier criminel à avoir été condamné à mort. Il a été guillotiné le 10 septembre 1977, à la prison des Baumettes, à Marseilles.

Le 19 mai 1978, les paras de la légion sautent sur Kolwezi, au Zaïre, afin de libérer des otages occidentaux détenus par des rebelles. Ce fait d’armes va sceller le destin d’un truand hors du commun, Bruno Sulak. Ce jeune homme, qui a sans doute choisi la légion pour ne pas tomber dans la délinquance, ne participe pas à cette opération militaire. Blessé dans son orgueil, il décide de ne pas rejoindre son régiment. Considéré comme déserteur, il va entamer une farandole de vols à main armée, dont certains seront mis en scène avec une certaine habilité, parfois teintée d’humour. Nous en reparlerons. Quelques mois plus tard, un terroriste palestinien prend plusieurs otages, à l’ambassade d’Irak, à Paris. La brigade criminelle, la BRI, et, très bizarrement, une toute jeune unité de la gendarmerie, le GIGN, se retrouvent sur place. Après de longues heures de négociation, le forcené accepte de se rendre. Broussard va le récupérer à l’intérieur de l’immeuble. Il le mène à une voiture où se trouve Ottavioli, le patron de la brigade criminelle. C’est alors que, depuis les étages de l’ambassade, une fusillade éclate. Les policiers ripostent. Tout ça sous l’objectif des caméras de télévision. Aux infos télévisées, on découvrira Broussard en train de se défiler, tandis que Pierre Ottavioli, figé sous les balles, reste droit comme le général de Gaulle, dans sa DS, lors de l’attentat du Petit-Clamart. Certains, par la suite, vont railler Broussard. Il s’en vexera. C’est pourtant lui qui avait raison. Lorsqu’il pleut du plomb, il vaut mieux se mettre à l’abri. C’est l’abc. Mais, hélas, dans cet échange de coups de feu, un policier a été tué, l’inspecteur Jacques Capella, et plusieurs autres ont été blessés. Les tireurs, tous protégés par l’immunité diplomatique, sortent « libres » des locaux de la brigade criminelle. Ils sont attendus, devant le 36, par une double haie de policiers en colère. Et l’on assiste à cette scène invraisemblable, où des tueurs sont protégés de la colère des flics par des gendarmes… Des gendarmes sur le ressort de la préfecture de police, lesquels participent à une opération de PJ, puis protègent des assassins de la vindicte des policiers, cela fait… deux premières, si je puis me permettre. Il faudra du temps pour dissiper le malaise né de ce déni de justice.

Cette même année, Giscard d’Estaing fait voter la loi informatique et libertés, qui vise à lutter contre l’utilisation abusive des fichiers informatiques.

Le 28 mars 1979, un arrêté modifie la direction centrale de la police judiciaire, et créé la sous-direction de la police criminelle et scientifique. Cette nouvelle structure chapeaute les laboratoires de police scientifique de Paris, Lille, Lyon, Marseille et Toulouse, ainsi que les services d’identification judiciaire et la documentation criminelle. Le mois suivant,corps-de-robert-boulin_les-secrets-de-notre-monde.1174233710.jpg un 19° SRPJ voir le jour, celui des Antilles et de la Guyane. En juin, Simone Veil devient le premier président du Parlement européen, dorénavant élu aux suffrages universels. Ce qui apporte de l’eau au moulin de Jacques Chirac, qui, six mois plus tôt, a lancé l’appel de Cochin. Lors de cette déclaration, il a qualifié l’UDF et les giscardiens de « partis de l’étranger », pour leurs prises de positions proeuropéennes. Le 30 octobre 1979, c’est un ancien résistant, opposé à Jacques Chirac, qui est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines. Il s’agit du ministre du travail, Robert Boulin, dont le nom circule alors pour remplacer Raymond Barre, à la tête du gouvernement. Le commissaire Alain Tourre, du SRPJ de Versailles, prend la direction de l’enquête. On a dit tout et son contraire sur la mort de Boulin, jusqu’à suspecter la véracité de l’enquête judiciaire. A posteriori, on se doute bien qu’un policier qui se serait laissé séduire par le chant des sirènes de la politique, au point de torpiller une enquête criminelle, se serait retrouvé ou préfet, ou en prison. Or, Tourre a fait une carrière normale – et bien en-deçà de son mérite. Il a fini contrôleur général. Et, il a conclu à un suicide. La cour de cassation confirmera d’ailleurs ce résultat, douze ans plus tard, après que la famille du ministre ait épuisé toutes les voies judiciaires pour démolir cette procédure. Le suicide est culpabilisant, pour ceux qui restent. Robert Boulin passait pour un homme intègre, ce qui est rare en politique, il n’a sans doute pas supporté que Le Canard Enchaîné publie une lettre anonyme qui l’accusait d’avoir acquis, dans des conditions douteuses, un terrain à Ramatuelle. Qui est l’auteur de cette lettre anonyme ? Pourquoi a-t-elle été publiée sous cette forme ? Qui aurait pu profiter des circonstances pour laisser planer le doute sur la véracité de son suicide ? Et pourquoi ? C’était une autre enquête. Qui n’a pas eu lieu. Le journal satirique croule d’ailleurs sous les tuyaux, puisque dans le même temps, il sort une information qui va couler Giscard d’Estaing aux élections suivantes : l’affaire des diamants. En 1973, un mois après que Jean-Bedel Bokassa soit débarqué de son trône d’empereur (sic) de Centre Afrique, il aurait offert à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des finances, une plaquette de bijoux d’une valeur d’un million de francs. Giscard s’embarbouille dans ses explications. Il n’arrive pas à se justifier. Il ne s’en relèvera pas, avec le résultat que l’on connaît, en 1981.

Le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine est abattu au volant de sa voiture, porte de Clignancourt, à Paris.

La création de la BRI de Nice – Nous étions une trentaine, assis en rond, par terre, dans une salle vide de tout mobilier. C’est ainsi que s’est tenue la première réunion de la un-groupe-de-la-bri-de-nice.1174235638.jpgbrigade antigang de Nice. Alors que nous discutions, j’observais ces hommes (et cette femme), qui allaient constituer cette brigade de choc. Ils venaient des quatre coins de France. Et, à l’exception de Marcel, un « vieux » de 47 ans, tout de suite surnommé Pépé, ils avaient tous entre 25 et 35 ans. Nous avions à notre disposition une caserne entière, désaffectée, dans le quartier Saint-Roch – et pas un bureau, pas une chaise. J’étais un peu découragé. Tout était à faire. Heureusement, mon adjoint, le commissaire Pierre Guiziou, se montra d’une efficacité certaine. C’était un homme de contact, qui avait le don pour se faire ouvrir les portes – alors que moi, je préférais les claquer. Nous étions complémentaires. L’une de nos premières grosses affaires nous mena à Paris. Une filature de mille kilomètres. Je crois que nous avons été les seuls flics capables d’effectuer ce genre d’exercice, à notre initiative, sans en référer à qui que ce soit. Les lascars que nous surveillions préparaient un coup, mais nous ne savions pas quoi. L’un d’eux, surnommé l’ingénieur, était un spécialiste des systèmes d’alarme. Une nuit, il avait réussi à pénétrer dans une agence bancaire, et il s’était endormi. Au petit matin, les employés l’avaient réveillé. Il avait simplement voulu démontrer l’inefficacité des protections de la banque. Six mois de prison. Il y a des gens qui n’ont pas le sens de l’humour. En fait, nos truands voulaient répliquer le casse du siècle. Et la filoche nous amena justement devant ladite banque, laquerry-rue-de-sevres.1174233256.jpg Société Générale de la rue de Sèvres, à Paris, là où notre ingénieur avait passé la nuit. En partant des caves d’un immeuble voisin, transformés pour les apparences en employés EDF, ils avaient imaginé percer un tunnel pour rejoindre les égouts et déboucher derrière le mur de la chambre forte de la banque. Lorsqu’on comprend enfin le scénario, on se congratule. C’est une superbe affaire, menée de A à Z par trente flics qui en veulent. L’ambiance se rafraîchit lorsque j’annonce qu’il va être temps de référer de notre aventure. Lucien Aimé-Blanc, le chef de l’OCRB, me reçoit gentiment, avant de me dire que tout son service est mobilisé sur le cas Mesrine. « Je te donne un gars, si tu veux, en observateur ! » me propose-t-il. Je décline l’offre. Et je passe de la rue du Faubourg-Saint-Honoré au quai des Orfèvres. Broussard me reçoit gentiment. Il me dit que tout son service est mobilisé sur le cas Mesrine. « Tu as combien d’hommes sur le terrain ? me demande-t-il. – Douze ! – J’en mets douze de plus. » Et les 24 poulets de la grande BRI de Paris, et de la toute jeune (et petite) BRI de Nice, se mettent à planquer de conserve. Jusqu’au jour où l’on s’aperçoit que nos voleurs ont sans doute vu trop grand. La lance thermique, qu’ils ont prévue pour transpercer le mur de la chambre forte, nécessite un recul de plusieurs mètres, pour ne pas fondre avec le béton. Ils risquent de ne pas avoir l’espace suffisant. On se dit qu’ils vont abandonner. Tout ce travail pour rien ! Alors, avec Broussardbroussard-et-moi.1174233155.jpg, et son adjoint, le commissaire René-Georges Querry, on décide d’intervenir, avant qu’ils ne plient les gaulles. Délit impossible, argueront plus tard les avocats. C’était un peu vrai. Ils écopèrent de peines gentillettes.

C’était la première fois que je descendais dans les égouts parisiens.

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Les Irlandais de Vincennes

Après l’attentat de la rue des Rosiers, Mitterrand saisit l’occasion de justifier la création de sa cellule antiterroriste. C’est le début d’une mélasse «politico-gendarmesque», qui a transformé le palais de l’Elysée en Cour des miracles, nous rappelant les plus mauvais aspects de la monarchie.

Nous sommes le 9 août 1982. Il est un peu plus de 13 heures. La foule se presse dans le restaurant Goldenberg, au centre du vieux quartier juif, à Paris. Un homme lance une grenade à l’intérieur de l’établissement. C’est la panique. Mais ce n’est pas fini. Un commando de quatre ou cinq hommes descend la rue des Rosiers en tirant dans la foule. L’attentat fait six morts et vingt-deux blessés. Il n’y aura aucune revendication. Les soupçons se portent sur un groupe palestinien dissident de l’OLP.

Mais, quinze jours plus tard, la cellule antiterroriste interpelle les auteurs de cet attentat. Il s’agit de nationalistes irlandais. C’est du moins ce qu’annonce la presse, suite au communiqué de l’Elysée.

Tout est bidon.prouteau_barril_photo-paris-match.1173876118.jpg

Se fiant aux informations d’un indic, que gendarmes, douaniers et policiers, connaissent de longue date, le capitaine Paul Barril, et ses hommes de la cellule, investissent l’appartement d’un ressortissant irlandais, un certain Michael Plunkett, rue Diderot, à Vincennes. Ils espèrent y découvrir armes et explosifs. Ils font chou blanc. Mais déjà le succès est claironné. Prouteau, le chef de la cellule est en vacances. Barril, son adjoint, lui a rendu compte par téléphone, et Prouteau a renseigné Mitterrand. Tout le monde jubile, tandis que les autres services de police, tenus à l’écart, sont pour le moins dubitatifs. Ils ont raison. Car l’affaire est dans l’affaire. Pour ne pas reconnaître qu’il a chanté victoire trop vite, Barril dissimule des armes dans l’appartement de Plunkett. Il s’aperçoit alors, mais un peu tard, qu’il n’est pas officier de police judiciaire, donc juridiquement non compétent pour effectuer la perquisition. Il fait appel à son collègue, le capitaine Jean-michel Beau, tout nouveau promu à la tête de la section de Paris. Ce dernier est en confiance, à la différence du commissaire P., qui lui a décliné la proposition, il prend en charge la procédure. Mais il est arrivé après la bagarre, et il ne connaît rien des faits. Certes, ce jour-là, il a commis une grave irrégularité, suffisante pour carboniser le dossier, mais ce n’est pas moi qui lui jetterais la pierre. Il m’est arrivé de faire de même, pour éviter des ennuis à des collègues. Les trois Irlandais de Vincennes, feront neuf mois de détention pour rien – pour rien, du moins sur le plan du droit.

Lorsqu’il a fallu rechercher les responsables, Barril s’est retranché derrière Prouteau, et Prouteau, derrière le fait qu’il était en vacances. Seul Mitterrand a assuré. Il a dû se dire que cela ne ferait que pigmenter son auréole, et ajouter un mystère à sa légende.

Quant à Jean-Michel Beau, il a été jugé, et condamné. Il a payé. C’est normal. Mais ce qui l’est moins, c’est la pression qu’il a subie. On a tenté de le juguler. Il a été surveillé,la-verite-de-jack-palmer-par-petillon.1173876606.jpg pressuré, mis sur écoutes, lâché par sa hiérarchie, et peut-être par ses amis… Et depuis plus de vingt ans, il se bat pour retrouver un peu de son honneur perdu.

Mission accomplie. La cour d’appel de Paris, ce mardi 13 mars 2007, a reconnu qu’il avait été placé sous écoute par la cellule de l’Elysée. Elle lui a octroyé des dédommagements et, surtout, elle a intimé aux protagonistes l’obligation de publier un communiqué dans deux journaux différents.

Jean-Michel Beau m’écrivait, il y a deux jours : « Je souffre le martyre depuis 24 ans et je ne veux pas mourir sans que tout soit au clair ».

Longue vie, mon colonel.

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