POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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L’aveu : reine des preuves !?

En 2001, Marc Machin a passé 48 heures en garde à vue dans les locaux de la brigade criminelle. Et il a craqué. Il a raconté comment il avait tué Marie-Agnès Bedot, le 1er décembre, sous le pont de Neuilly. À part que tout était probablement faux… Comment une telle erreur est-elle possible ? Comment un officier de police aguerri, un juge d’instruction et toute la chaîne judiciaire jusqu’au jury d’assises peuvent-ils à ce point se tromper ?

claques_trucs-en-vrac-par-gotlieb.1247048055.jpgC’est que notre justice, quoiqu’on dise, reste obnubilée par l’aveu. Lorsqu’un individu nie les faits, clame son innocence, on s’interroge. On se demande s’il ne s’agit pas d’une erreur. Les médias décortiquent l’enquête, lancent des hypothèses, parfois même des comités de soutien se mettent en place. Dans le cas contraire, lorsqu’un individu avoue son crime, l’affaire est… pliée, et plus personne ne se pose de questions. Lorsque j’ai écrit un billet sur Marc Machin, en mars 2008, je n’ai même pas réussi à trouver une photo de lui. Et je me permettais de conclure par ce mauvais jeu de mots : Tu sais quoi, Machin, ton truc il n’intéresse personne.

Pourtant, à la différence du droit civil, où l’aveu possède une force probatoire extrêmement forte, le Code de procédure pénale (art. 428) présente l’aveu comme un simple élément de preuve qui « est laissé à la libre appréciation des juges ».

Mais l’appréciation des juges est basée en grande partie sur les premières confidences, celles faites à chaud, durant la garde à vue.  Un face-à-face entre le suspect et le policier au cours duquel chacun tente de persuader l’autre. Il s’agit souvent d’un véritable combat psychologique avec un réel enjeu : la liberté pour l’un, l’erreur pour l’autre. Mais le policier à ce moment-là peut difficilement envisager qu’il se trompe, car s’il n’est pas persuadé de la culpabilité de « son » suspect, il aura bien du mal à se montrer persuasif (on ne parle pas ici de l’audition d’un plaignant ou d’un témoin, mais d’un individu contre lequel il existe pour le moins des raisons sérieuses de penser qu’il est coupable).

Très bizarrement, on parle souvent de la psychologie du criminel – et beaucoup plus rarement de celle de l’enquêteur. Si l’on pouvait se glisser dans le moi inconscient de ce dernier, on aurait sans doute à peu près ce monologue : Je fais partie d’une institution (police, gendarmerie, justice) solide avec autour de moi des collègues qui pensent comme moi. Certes, je peux me tromper, mais tout le monde ne peut pas se tromper en même temps ! Ce que je fais est bien. J’agis dans le cadre de la loi, laquelle me donne certains pouvoirs que je peux exercer si besoin est. Je suis un pro (face à un amateur), j’ai reçu une formation et j’ai l’expérience de ces situations.

« C’est dans ce cadre que le policier construit son identité sociale, nous dit le commissaire divisionnaire belge Jean-Paul Wuyts, dans son livre Psy et flic (Psychologie policière et interrogatoire). Ce par quoi il va se reconnaître lui-même, ce par quoi il sera reconnu par d’autres, ce par quoi il va se situer dans de multiples catégories socioculturelles, tout en se singularisant et en s’affirmant. Cette représentation de soi est nécessairement sociale. »

Lorsque le policier obtient les aveux d’un suspect, il en tire une légitime fierté, et cela pour deux raisons : il a réussi à faire craquer son client et il a bouclé son enquête. Car nous sommes toujours dans la culture de l’aveu, et même, pourrait-on dire, du chasseur et du gibier. Avec un risque, sous-jacent : le désir (plaisir ?) de réussir ne peut-il pas éclipser l’objectivité ?

Mais qu’est-ce qui peut pousser quelqu’un à avouer un crime qu’il n’a pas commis ? Psychologues, professeurs, magistrats, policiers… ont tenté d’expliquer le pourquoi d’un tel comportement. Je crois que la réponse de base se trouve dans le renoncement, le désir que cela s’arrête, le syndrome de la pile d’assiettes (on casse une assiette et volontairement on jette la pile au sol). Vous savez ce sentiment que chacun de nous a ressenti un jour ou l’autre : lorsqu’on touche le fond, on ne peut pas descendre plus bas ! Si toutes les assiettes sont cassées, le problème est réglé.

Il y a bien sûr d’autres raisons aux aveux mensongers, comme la faiblesse psychologique du suspect, le besoin de se vanter, etc., mais il arrive aussi que le mensonge soit le résultat d’un calcul plus ou moins machiavélique : Un coupable veut brouiller les pistes… Un innocent veut protéger un proche… Un étranger veut éviter l’extradition…
Et puis, il y a aussi les mythomanes, ceux qui s’inventent des histoires, qui ont envie de jouer un rôle. Imaginons que Michael Jackson ait été assassiné, il y aurait sans doute aujourd’hui des centaines de cornichons pour se déclarer coupables ; comme ce fut le cas en 1932, lors du kidnapping de l’enfant de Charles Lindbergh (au cours de l’enquête, plus de deux cents personnes ont revendiqué cet enlèvement). Quant à Bruno Hauptmann, qui fut condamné à mort pour le rapt et le meurtre du bébé, lui, il n’a jamais avoué – et aujourd’hui encore on se demande s’il n’était pas innocent !

Parfois, il faut bien le dire, les aveux, qu’ils soient vrais ou faux, sont obtenus par des faux-fuyants, des subterfuges de l’enquêteur. La question se pose d’ailleurs de savoir si des aveux « suscités » (par des mensonges, des tromperies, voire des violences…) ne sont pas contraires au principe de la loyauté de la preuve. Ainsi, la Cour de cassation a estimé qu’un juge d’instruction ne pouvait engager une conversation téléphonique avec un suspect, en cachant son identité, afin d’obtenir des preuves contre lui (arrêt Wilson, 31 janvier 1998).

Les aveux sont consignés sur un P-V. C’est la seule trace qui subsiste, celle qui va suivre le suspect jusqu’à son procès. On comprend combien sa rédaction est importante. À tel point que parfois, le flic marc-machin_lepost.1247048208.jpgva « négocier ».  Pour obtenir telle confidence, il peut proposer une présentation plus soft des faits. Je ne connais pas la teneur du P-V d’aveux de Marc Machin (photo de droite), mais pour prendre un exemple célèbre, l’interrogatoire de première comparution de Christian Ranucci1 est un long monologue dans lequel il confesse son crime. Voici ce qu’en dit Serge Portelli, vice-président du TGI de Paris, en réponse aux questions de Le Dalloz, en 2002 : « Si vous lisez ce document, vous entendez l’inculpé s’expliquant d’une seule traite et spontanément sur le meurtre. Aucune question n’est mentionnée. Si vous regardez de plus près, même sans être un habitué du monde judiciaire, simplement avec un peu de bon sens, vous constatez que les déclarations de Ranucci ne sont en fait qu’une succession de réponses à des questions habilement posées. On suit la pensée du juge. On entend même ses mots, son jargon. Quelle est la valeur de ces « aveux » ? En tout cas, leur poids a été énorme. Les dénégations ultérieures n’y ont rien fait. Ranucci a été condamné et exécuté, et les questions, nous nous les posons aujourd’hui. Revenir sur un aveu est presque impossible. Une fois le procès-verbal signé, il a une force irréfragable. »

Autre exemple (cité également par Serge Portelli) : avant que Patrick Dils2 avoue le meurtre des deux enfants retrouvés morts le long d’une voie SNCF, à Montigny-lès-Metz, en 1986, deux autres suspects avaient été interrogés et avaient eux aussi reconnu les faits.

Mais les choses devraient évoluer…

La loi du 15 juin 2000 a modifié l’article 429 du CPP en précisant que « Tout procès-verbal d’interrogatoire ou d’audition doit comporter les questions auxquelles il est répondu ». Finis donc les fameux « S.I. » (sur interpellation) qui fleurissaient dans les P-V d’antan.

On peut également penser que l’enregistrement audiovisuel de la garde à vue en matière criminelle va modifier le comportement des enquêteurs (et probablement celui des personnes gardées à vue) en apportant plus de rigueur lors des auditions.

L’enquête, tant au niveau de la police ou de la gendarmerie que du juge d’instruction, devient de plus en plus technique, voire scientifique. Elle se déshumanise. Et bizarrement, la course à l’aveu persiste. Pourtant, rapporte Jean-Paul Wuyts, sur un échantillon de 350 cas d’erreurs judiciaires analysés aux États-Unis parmi des condamnés à mort ou à de lourdes peines d’emprisonnement, 49 (11.4 %) résultaient d’aveux obtenus sous la contrainte.

laveu.1247048140.jpgL’aveu d’un crime donne bonne conscience aux enquêteurs, aux magistrats et aux citoyens qui composent le jury d’assises. Puisqu’« il » a avoué son crime, nous ne risquons pas l’erreur judiciaire… C’est sans doute la principale raison qui justifie cette concentration des moyens et des efforts dans la recherche de cette preuve.

Pourtant, à la différence de celui qui clame son innocence et qui souvent profite du doute qu’il fait naître dans l’esprit de ses juges, l’accusé qui avoue n’en tire aucun avantage.

Car contrairement à ce qu’il pourrait espérer, faute avouée n’est jamais pardonnée.

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1. Christian Ranucci a été condamné à mort et guillotiné. Aujourd’hui tout le monde est persuadé qu’il était innocent, or toutes les demandes de révision le concernant ont été rejetées. Aux yeux de la justice, Christian Ranucci est donc toujours coupable du meurtre de la petite Marie-Dolorès, âgée de huit ans.

2. Patrick Dils avait 16 ans lorsqu’il a reconnu avoir tué deux enfants. En janvier 1989, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Son innocence est finalement reconnue en avril 2002, après que le tueur en série Francis Heaulme ait laissé entendre qu’il se trouvait sur les lieux au moment du meurtre. Dils aurait touché un million d’euros à titre d’indemnisation. Quant à Heaulme, il a bénéficié d’un non-lieu pour ces faits en 2007.

Le clown a gagné

affiche-le-soupirant-1962.jpgLes cinéphiles boivent du petit lait car les juges viennent de donner raison à Pierre Etaix qui depuis des années tentait de récupérer ses droits sur cinq de ses films. On va donc sans doute revoir à l’affiche Yoyo, Le soupirant, etc.

L’affaire est plutôt alambiquée. Elle semble trouver son origine dans un malentendu entre les deux coauteurs, Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière, dans les années 96. Ce dernier s’engage alors seul avec la société Capac (qui avait produit lesdits films) pour une durée de dix ans. Premier combat juridique. En 2002, le TGI de Paris autorise la restauration des films, mais un nouveau conflit prend naissance avec la société Gavroche Productions, qui doit se charger de ce travail et qui envisage une sortie en DVD puis une diffusion TV au cours de l’année 2009.

Mais le temps passe et rien de concret… En tout cas pour Pierre Etaix les choses n’avancent pas assez vite. Il estime qu’il a été mal conseillé par son avocate, la sœur du patron de Gavroche Productions (Le Monde du 21 décembre 2007), et qu’il s’agit en fait d’une « société fantôme » qui risque de bloquer son œuvre pour des années, jusqu’en 2017 (il a 80 ans).

Le mois dernier, l’alors ministre de la culture, Christiane Albanel, avait apporté son soutien moral à cette démarche « afin que l’exploitation normale des films de Pierre Etaix puisse reprendre ».

Le TGI de Paris vient de lui donner satisfaction en cassant l’accord signé entre les parties. La troisième chambre du tribunal civil a dit qu’  « en l’absence de consentements valablement échangés, il convient de prononcer la nullité du contrat de cession de droits d’auteur publié au Registre public de la cinématographie et de l’audiovisuel ».

Jugement très intéressant sur « le droit de l’immatériel » qui sera sans doute décortiqué par les juristes.

Et maintenant, après ces mésaventures logo-films-etaix.jpgfrico-juridiques, va-t-on enfin revoir ces petits chefs-d’œuvre du cinéma français sur les écrans ? On peut l’espérer. Sauf si la société Gavroche Productions fait appel. Elle a un mois pour se décider.

Le gang des barbares

« Youssouf m’a raconté toute l’histoire de la soi-disant libération (…) Ilan avait réussi à relever son bandage sur les yeux. Il avait donc vu Ilan le regarder droit dans les yeux et du coup Youssouf avec un couteau lui a mis un coup dans la gorge vers la carotide puis un coup de l’autre côté de la gorge. Ensuite il a essayé de lui couper le bas de la nuque (…) Il m’a dit qu’il avait utilisé un bidon pour asperger Ilan (…) Il m’a dit « cela a fait une grande flamme et je suis parti ». »

halimi.jpgC’est la confession de Samir que nous rapporte le journaliste Alexandre Lévy dans son livre Le gang des Barbares aux éditions Hachette littératures. Aujourd’hui chef de service Europe de l’Est à Courrier International, il a couvert l’affaire Halimi pour Le Monde.fr.

Enfin, si l’on peut dire. Car la particularité de cette enquête a été le secret quasi absolu qui l’a entourée. Et les rares journalistes qui peu ou prou étaient au courant ont accepté de se taire pour ne pas mettre la vie d’un homme en danger.

Les enquêteurs de la brigade criminelle ont-ils fait le bon choix ? Je me garderai bien de porter un jugement a posteriori, mais cette affaire présente trois particularités, qui ressortent nettement du récit au jour le jour fait par l’auteur de cet ouvrage :

– Une enquête en circuit fermé au sein de la brigade criminelle, à tel point qu’en dehors des services du 36 peu de policiers étaient au courant qu’un enlèvement était en cours. Une décision lourde à porter lorsque pour éviter un procès à huis-clos* l’avocat de la maman d’Ilan déclare : « C’est la loi du silence qui a tué ; ce serait intolérable qu’elle s’impose encore aux assises. »

– La prise en main des négociations par les enquêteurs, avec l’espoir de conduire les ravisseurs à la faute. Didier Halimi, le père d’Ilan, a été le maillon principal des tractations (les ravisseurs l’appelaient parfois plusieurs dizaines de fois par jour) et il a fait confiance aux policiers.  On sent la tristesse dans ses propos, lorsqu’il répond aux questions d’Alexandre Lévy : « Je pense que nous devons assumer les choix, y compris ceux que j’ai faits moi-même en toute connaissance de cause (…) On aurait fait l’inverse, on nous aurait également critiqués si Ilan était mort. Il s’en serait sorti vivant, on nous aurait félicités. »

– La trop grande confiance accordée à la « technique ». Pas une page dans ce livre où l’on ne parle écoutes téléphoniques, localisation de portables, piégeage du courrier électronique, cybercafés, etc. On a parfois l’impression que les policiers se sont laissé entraîner dans une enquête virtuelle.gang-des-barbares_livre.1246702386.jpg

Alexandre Lévy termine son livre par une chronologie des faits. On peut retenir trois dates principales : Le 21 janvier 2006, Ilan Halimi, 23 ans, est enlevé.  Le 13 février, il est retrouvé agonisant près de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l’Essonne. Dix jours plus tard, le chef de la bande, Youssouf Fofana, est interpellé à Abidjan par la police ivoirienne.
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* Les mineurs au moment des faits, mais majeurs le jour du procès, peuvent renoncer au huis-clos (loi du 4 mars 2002). Ainsi, Patrick Dills, condamné pour meurtre en 1989 a obtenu la révision de son procès. Il a été rejugé en 2001 par une Cour d’assises des mineurs selon les règles de la publicité restreinte, alors qu’il avait plus de 30 ans. En revanche, son appel a été jugé publiquement en raison de cette loi qui a modifié l’article 306 du Code de procédure pénale.

Tiphaine, 5 ans

La petite fille a disparu en l’espace de 5 secondes. C’était le jeudi 18 juin, vers 16/17 heures. Sa mère marchait avec la poussette où se trouvait la plus jeune de ses trois filles ; et Tiphaine gambadait à quelques dizaines tiphaine_taton_manu.1246528350.jpgde mètres devant. Soudain, la gamine a tourné dans l’avenue de France, en plein centre de Maubeuge, et pendant un court instant elle a été hors de vue. Lorsque sa maman débouche à son tour dans l’avenue, rien ! Plus de trace de l’enfant. « Je me suis précipitée vers des gens qui gonflaient des ballons pour les Folies [la fête des Folies de Maubeuge]. J’ai regardé un peu aux alentours. Sans succès (…) Elle ne pouvait ne se trouver que devant moi. »

On passera sur les commentaires d’une certaine presse : une mère de 23 ans, un couple désuni, etc. Une litanie qu’on a déjà entendue, lors de la disparation du petit Antoine.

Car la question n’est pas là : un enfant de 5 ans a disparu.

Et pour les enquêteurs trois hypothèses : accident – drame familial – enlèvement. Ce que le procureur de la République a d’ailleurs confirmé. Mais on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi le plan alerte-enlèvement n’a pas été déclenché ?

L’alerte n’est déclenchée, nous dit la loi, que dans le cas d’un enlèvement avéré et non d’une simple disparition.

Ici, on pouvait penser que la fillette s’était égarée, ou pire, qu’elle était tombée dans la Sambre qui coule à quelques pas du lieu de sa disparition. Et d’ailleurs des dizaines de policiers, de pompiers et de bénévoles, se sont rapidement mis à sa recherche.

Mais la décision tient à peu de choses. Si un témoin par exemple avait repéré un individu au comportement suspect, une voiture qui démarre sur les chapeaux de roues…, le procureur aurait probablement pris une décision différente.

Ce plan alerte-enlèvement mobilise tous les médias. Il a montré son efficacité, mais de par son ampleur, il ne peut s’appliquer qu’à coup sûr. Utilisé à tort et à travers, il aurait tôt fait de perdre tout son impact.
Oui mais par ricochet, aujourd’hui, s’il n’est pas actionné, un enfant disparaît et personne ou presque n’en parle. La photo de Tiphaine ne figure ni sur le site de la police judiciaire ni sur celui de la gendarmerie. Je n’ai trouvé un avis de recherche que sur le site de
Child Focus (fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités), une ONG belge ; et sur Manu-association.

Alors, on s’interroge. On ne peut se satisfaire de tout ou rien. Ne serait-il pas opportun de créer un deuxième système d’alerte plus souple, moins… solennel ? Et peut-être de tenir compte de certains comportements… anormaux, même s’ils ne tombent pas sous le coup de la loi…

En tout cas, c’est ce que pense suspect_police-federale-belge.1246528439.JPGla police belge. Ainsi actuellement, deux individus sont recherchés pour avoir seulement « importuné » des enfants alors qu’ils circulaient à bord d’une Berlingo de couleur noire, en Flandre, à moins de 200 km de Maubeuge. En l’état, impossible de savoir s’ils avaient vraiment l’intention de procéder à un enlèvement ou s’ils s’agissaient de mauvais plaisants, ou plutôt de sombres imbéciles.

Mais dans le doute…

Si Madoff avait été français…

On nous dit qu’en France une telle escroquerie n’aurait pas été possible ! Qu’il existe des règles, des contrôles, des sauvegardes, etc. N’empêche qu’une sicav monétaire (dynamique) comportant une part importante de « Madoff » était commercialisée en Europe et qu’un certain nombre de nos compatriotes vont y laisser des plumes.

shadoks-a-la-rame_leocatfree.1246351736.gifD’abord, si Bernard Madoff avait été français, il ne serait pas encore jugé.
Comme c’est le cas du trader Jérôme Kerviel qui en janvier 2008 a fait perdre environ 5 milliards d’euros à la Société générale, poursuivi pour abus de confiance. Mais du bout des lèvres, dans une qualification juridique tirée par les cheveux.

Pour Madoff, c’est différent. Il récoltait des fonds qu’il utilisait pour servir un rendement confortable aux gens qui lui confiaient des fonds… Une sorte de ronde où chacun d’ailleurs se bousculait pour entrer. En fait, à sa manière, ce bonhomme avait réinventé le système par répartition de nos caisses de retraite…

Donc s’il avait été français, il aurait été mis en examen dans le cadre d’une information judiciaire au long cours pour… pourquoi au fait ?

Escroquerie ou abus de confiance* ?

L’escroquerie est le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale…

L’abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d’autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque…

Je penche pour l’abus de confiance, mais ce n’est qu’un avis personnel. Vous me direz, cela n’a guère d’importance… Enfin si quand même, car l’escroquerie est punie de 5 ans d’emprisonnement tandis que l’abus de confiance est puni de 3 ans.

Donc, si Bernard Madoff avait été français, il aurait encouru une peine comprise entre 3 et 5 ans. Bon, on lui aurait probablement trouvé des circonstances aggravantes pour rallonger la sauce, mais on aurait été bien loin des 150 ans de prison dont il vient d’écoper.

Et je me demande comment on aurait fait pour nous expliquer que cet escroc d’envergure ne risquait finalement guère plus qu’un jeune qui aurait eu la mauvaise idée de se laisser embarquer dans une bande de loubards de banlieue !

Puisque la loi sur les bandes organisées dont nos députés débattent actuellement envisage une peine de 3 ans d’emprisonnement…

On peut en déduire que par cette accumulation de nouveaux délits, assortis de sanctions de plus en plus disproportionnées, le législateur rend la Justice de notre pays de moins en moins lisible. Ce qui ne doit pas être le but recherché.

Autrement dit, il rame à côté de la barque.

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Art. 313-1 du CP : L’escroquerie est le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge.
L’escroquerie est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende.
Art. 314-1 du CP : L’abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d’autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu’elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d’en faire un usage déterminé.
L’abus de confiance est puni de trois ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende.

De la criminalité organisée aux violences en bande

Les lois pour lutter contre l’insécurité s’empilent l’une sur l’autre à une cadence telle qu’on se demande comment les magistrats s’y retrouvent. Et de plus en plus, elles corto-maltese-par-hugo-pratt.1245942343.jpgdérogent au droit commun. Byzantinisme ou problème nouveau ? Autrement dit, notre pays, notre monde, a-t-il vraiment sombré dans la délinquance, le crime, le terrorisme… au point qu’il faut à tout prix le sauver de lui-même ?

Depuis plus de 20 ans, les procédures dérogatoires au droit commun se sont multipliées. Ainsi, pour lutter contre le terrorisme, en 1986 on voit apparaître dans le Code de procédure pénale la notion d’infractions « en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Le texte prévoit notamment un allongement de la durée de garde à vue et adopte la Cour d’assises sans jury.

Quelques années plus tard, la loi du 16 décembre 1992 reprend ces procédures pour le trafic de stupéfiants et le proxénétisme.

Mais peu à peu, au plan international, une idée s’impose : Il ne peut y avoir de lutte efficace contre ces deux fléaux sans prendre en compte la notion de réseaux organisés. Et la plupart des États renforcent alors leur législation pour lutter contre les infractions commises par ces réseaux : blanchiment, corruption, enlèvements, meurtres, séquestrations…

À la suite du Conseil européen de Dublin réuni les 13 et 14 décembre 1996, le premier programme d’action relatif à la criminalité organisée est adopté le 28 avril 1997.

En France, les procédures dérogatoires deviennent monnaie courante. Prises souvent sous le coup de l’émotion, elles se veulent parfois ponctuelles, mais dans les faits, elles survivent toujours à l’événement. Ainsi, après les attentats du 11 septembre 2001, le Parlement adopte une série de dispositions dérogatoires pour une durée limitée, visant la lutte contre le terrorisme : contrôles d’identité et visites de véhicules, perquisitions sans le consentement exprès de la personne en enquête préliminaire, ou hors des heures légales pour certaines infractions, etc.

Toutes les dispositions temporaires adoptées ont par la suite été pérennisées.

La loi du 9 mars 2004, dite Perben II, crée une nouvelle procédure dérogatoire spécialement conçue pour lutter contre la criminalité organisée et applicable à un large champ d’infractions (articles 706-73 et 706-74 du CPP) : le terrorisme, le trafic de stupéfiants et le proxénétisme mais aussi des infractions d’atteintes aux personnes, aux biens ou à l’État et à la paix publique. Toutefois, dans de nombreux cas, ce n’est pas l’infraction qui est visée mais une circonstance aggravante : la bande organisée. Si cette circonstance est retenue, le moindre délit devient punissable d’une peine de dix ans d’emprisonnement.

Il reste à définir la notion de bande organisée. Or la jurisprudence française semble montrer qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une criminalité organisée, contrairement aux recommandations du Conseil de l’Europe. En effet, la convention des Nations Unies donne cette définition du « groupe criminel organisé » : « Un groupe structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves ou infractions établies conformément à la présente convention, pour en tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel ».

Donc :

– Au minimum 3 personnes…

– Une certaine durée…

– Une action groupée…

– Des infractions graves ou définies par la Convention…

– Dans le dessein d’en retirer un avantage financier ou matériel.

Chez nous, on s’éloigne nettement de cette définition. On ne retient en effet ni la durée ni l’objectif matériel ou financier ; et surtout on applique la notion de bande organisée à des délits qui n’ont rien à voir avec des infractions graves ou celles qui sont définies par la Convention.

Aujourd’hui, il semble que l’on ait franchi un échelon de plus en punissant le simple fait d’appartenir à une bande, même si l’on n’a commis aucun délit – et même si la bande n’a commis aucun délit, puisqu’il suffit d’un ou plusieurs faits matériels dans le but de commettre des violences contre des personnes, ou dans le but de commettre des destructions ou dégradations de biens. Ce qui pose le double problème de la responsabilité collective et du délit d’intention. Et sur le plan pratique, du renversement de la preuve, car il appartiendra au « suspect » de prouver qu’il ne connaissait pas les intentions délictueuses de ses amis.

On peut se demander quel sera l’avis du Conseil constitutionnel !

En 1980, la droite croyait sans doute que la sécurité était un bon cheval de bataille. Et en décembre de cette année-là, malgré de nombreuses manifestations, la loi dite « Sécurité et Liberté » présentée par le garde des Sceaux Alain Peyrefitte est adoptée par le Parlement. Elle étend les prérogatives de la police en matière de flagrant délit et de contrôle d’identité, ainsi que celles du Parquet, et réduit notablement les droits de la défense.

flic-mal-aime_extrait_stripsjournal.1245942877.jpgQuelques mois plus tard, François Mitterrand gagne les élections présidentielles. Les Français rêvaient sans doute d’autre chose que de sécurité…

Mais entre ne pas faire et Defferre, en quelques années, les socialistes cassent la mécanique policière et perdent toute crédibilité en matière de sécurité.

Une autoroute pour la droite… Mais qui sait de quoi nous rêverons en 2012 ?

Une femme caméléon

« La créature politique Rachida Dati, ses aventures, ses succès, ses échecs sont en fait le miroir d’une certaine conception de la politique, celle de Nicolas Sarkozy. Tout est spectacle, rien n’est tabou… ». C’est un peu la clé du livre Du rimmel et des larmes, au Seuil.

jacqueline-remy.1245676753.jpgSon auteur, Jacqueline Remy, qui à la différence de la garde des Sceaux semble ne pas trop aimer les photographes, nous aide à comprendre pourquoi cette femme qui prétendait illustrer la méritocratie française est aujourd’hui tant dénigrée. Et l’on s’interroge sur le comportement de certains « grands de ce monde » qui se sont pliés à ses lubies ! Au fil des pages, il est étonnant de suivre son parcours. Quelle fougue et quelle persévérance pour se sortir de son milieu social ! On a l’impression que rien ne lui est impossible. Si une porte se ferme, elle entre par la fenêtre.

Ainsi, en 1988, elle vient d’être inscrite à Paris-II Assas. La plupart des étudiants se seraient jetés sur les petites annonces, à la recherche de la chambre de bonne providentielle. Pas elle. Elle appelle Paul Bata, ancien spécialiste du Maghreb pour Le Monde, et elle lui demande s’il peut l’aider à se loger. Or, il ne l’a rencontrée qu’une seule fois. À l’issue d’une conférence qu’il avait donnée, elle s’était approchée pour lui dire combien elle appréciait ses articles. Finalement, avec l’accord de sa famille, il va l’héberger pendant un an…

Rachida Dati a dû lire le livre de Dale Carnegie Comment se faire des amis. Elle joue sur la pauvreté, la jeunesse, l’inexpérience, ses origines…, et surtout sur son sourire – et elle obtient tout ce qu’elle veut. Et en quelques années, la jeune femme possède un carnet d’adresses où se bousculent le monde de la politique, celui du CAC 40 et de la presse.

Mais en fait, il semble bien que sa vie soit en trompe-l’œil. Elle s’adapte à ses interlocuteurs. Dati pourrait être l’héroïne de l’ancienne série américaine Le Caméléon. Et elle cache sa véritable personnalité. Connaissez-vous beaucoup de gens qui devant le maire bafouillent sans finalement parvenir à prononcer le « oui » traditionnel ? Ou des femmes qui entretiennent la rumeur sur l’identité du père de leur enfant ?

Jacqueline Remy m’a raconté que plusieurs personnes qu’elle avait rencontrées lors de son enquête s’étaient confiées sous le sceau du secret. Ils avaient peur de Rachida Dati, impression résumée dans une formule souvent répétée : Elle n’a aucune limite… du-rimmel-et-des-larmes.1245677027.jpg

C’est dit-on l’une des caractéristiques des décideurs !

Mais ce qu’on retient de son enquête ce n’est pas le personnage politique, mais le portrait d’une femme surprenante, insolite, attachante et agaçante. En fait un véritable personnage de roman, dans un livre d’ailleurs écrit comme un roman.

Ça remue-ménage à l’Intérieur.

Il y a quelques dizaines d’années, on faisait des courses de bateaux en papier dans les gouttières de la rue des Saussaies. Je suppose que ce genre de facéties n’est plus de mise au ministère de l’Intérieur, où l’on ne doit pas rire tous les jours. A tel point que je me demande si l’on joue encore à qui-s’en-va-qui-arrive…

requin-malin.jpgEn tout cas, une question est sur toutes les lèvres : va-t-Elle partir ?

Pas sûr, disent certains, tandis que d’autres, plus nombreux, vous susurrent dans le creux de l’oreille (pas au téléphone, hein !) que son bilan est en demi-teinte, qu’elle a mal géré l’affaire du fichier Edvige, qu’elle a un peu traîné des pieds sur l’intégration de la gendarmerie et encore plus sur le projet du Grand Paris. Et surtout que le Sarko en a ras les pâquerettes de la MAM…

Que des mauvaises langues, je vous dis ! Feraient mieux de faire des bateaux en papier !

Oui, mais n’empêche, si elle partait, qui la remplacerait ? Là, ça se bouscule. Mes informateurs estiment qu’Estrosi tient la corde, surtout si la place Beauvau est coupée en deux. Mouais, sauf que par un curieux concours de circonstances, deux syndicats de police (droite et gauche) de sa belle ville de Nice viennent de le tacler sérieusement. S’agirait-il d’une sorte de message subliminale pour dire que dans la police, on n’en veut pas ? Avec son flegme habituel, le procureur Montgolfier en a rajouté une couche. En deux phrases, il a carbonisé le projet anti-bandes de son maire.  A mon avis, n’est pas près d’être au tableau d’avancement, le proc. Mais comme il dit : l’indépendance à un prix. Entre nous, je crois qu’il se complaît dans son rôle de martyr…

Christian Estrosi a été plusieurs fois champion de France de moto et lui-même, dit-on, revendique le titre de « motardidacte ». Ce qui le rend plutôt sympa. Mais en revanche, son côté va-t-en-guerre fait un peu peur. On se souvient de cette réflexion à l’emporte-pièce devant les ministres de l’Intérieur des vingt-sept : « Les citoyens seraient mieux protégés si leurs données ADN étaient recueillies dès leur naissance. » Et il serait déplacé de rappeler qu’en 1993, tout jeune député, il a déposé une proposition de loi afin de rétablir la peine de mort pour certains crimes… devise-site-estrosi.1245394487.jpg

Cela n’a rien à voir, mais sur son site on peut lire cette devise :

Mais Estrsoi n’est pas seul dans les starting-blocks, l’air de rien, Bauer fait du porte-à-porte. Avec le doigté acquis dans une vie antérieure et plus confraternelle, il laisse entendre ici ou là qu’il lui serait bien plus facile de mettre ses idées en application s’il était en prise directe avec le pouvoir. Et des idées, le bonhomme, il n’en manque pas, ne serait-ce que pour combattre l’ultra-gauche.

Pourtant, je n’ai pas vu son nom sur la liste des invités au débat organisé à l’Assemblée nationale, le 30 juin prochain, sur le thème : « Quelle stratégie de sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme ? ». Réunion placée sous le « haut patronage » du président de la République et dirigée par… Christian Estrosi. C’est lui qui ouvrira la séance avant de passer la parole – pour 15 minutes – à la ministre de l’Intérieur (le spectacle est gratuit, mais pour le déjeuner il faut signer un chèque de 80€).

Et puis, il y a les noms qui ne circulent pas, comme le préfet Gaudin, qu’on pourrait ainsi récompenser d’avoir bataillé pour mettre en place le Grand Paris. Évidemment, dans cette hypothèse, la place vacante de super préfet de police en ferait baver plus d’un et entraînerait sine die (non Siné, je parle pas de toi) un gentil jeu de chaises musicales… Que deviendrait Péchenard, l’actuel DG de la police nationale, qui vient d’être nommé préfet hors cadre « chargé d’une mission de service public relevant du Gouvernement » ? Ou Monteil, nommée préfet l’année dernière, qui représente le préfet de police dans ses fonctions de chef de la zone de défense de la région Ile-de-France ?

Mais je me mets à sa place, la vraie question que doit se poser le Président, c’est de savoir quoi faire de MAM ! Car, malgré deux ministères difficiles, la bougresse est encore populaire – plus que lui. Le baromètre politique IPSOS du 13 octobre 2008 lui accorde 51 % de satisfaits. Ce serait la 8e personnalité politique préférée des Français (droite et gauche confondue), et la 5e au sein du gouvernement.
Et elle continue d’animer le mouvement gaulliste Le Chêne, dont le site affirme qu’ « autour de Michèle Alliot-Marie, Le Chêne souhaite contribuer au passage d’une société de défiance à une société de confiance, en plaçant l’Homme au cœur de la décision politique ».

Un joli programme à une époque où les plus grands de ce monde semblent tout faire pour nous transmettre leurs virus anxiogènes.

Alors, laisser la dame sur le carreau à mi-parcours d’une présidentielle, c’est un peu comme ouvrir la porte du chenil. Non, non, il vaut mieux lui donner un os à ronger. Tiens, pourquoi pas la Justice ? Après tout, elle est avocate !

Bon, j’ai l’air de Le conseiller, mais je ne suis pas sûr qu’Il lise mes propos. Dommage, car je Lui aurais bien demandé quel est le plan d’ensemble de toutes ces réformes qui chamboulent la justice, la police et la gendarmerie… Car il y a forcément un bizness-plan derrière tout ça, comme on dit entre gens du CAC.

Mais mes copains du p’tit café, loustal-dans-touriste-de-bananes-de-georges-simenon.1245338001.jpglà où j’ai rencontré mes sources, eux, ils se demandent pourquoi on nous ressert la sécurité en plat de résistance alors que le déficit de la France devient abyssal, que le chômage explose, que les caisses de retraite n’arrivent plus à faire leur fin de mois et que la sécu est dans le rouge que plus rouge tu meurs…

Moi, je leur ai dit franco : Vous feriez mieux de vous taire ou de fermer votre gueule, car vous savez même pas ce qu’est bon pour vous !

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Commentaire supposé des journalistes du Monde.fr : l’auteur de ce blog a besoin de vacances…

L'essor de la police municipale

Le maire de Franconville, dans le Val-d’Oise, veut pourchasser les dealers et pour cela il souhaite que sa police soit équipée de Flash-ball. Cette volonté affichée d’empiéter sur le domaine de la police nationale amène à s’interroger sur les missions de la police municipale et sur son armement.

operation-tranquillite_prefecture_hautrhin.pngTraditionnellement (loi du 5 avril 1884) le maire est chargé d’une mission de police administrative qui vise à assurer le « bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques ». Les agents de la police municipale (PM) possèdent donc des pouvoirs de prévention et de surveillance. Ils sont également chargés de veiller à la bonne exécution des arrêtés du maire. Mais leurs missions ont évolué ces dernières années, notamment en leur attribuant de nouvelles compétences en matière de police judiciaire afin de lutter contre la petite délinquance. Celle qui est palpable au quotidien.

En mettant sur le terrain une police physiquement présente, le maire tente donc de créer un facteur de sécurisation ou du moins « de diminution du sentiment d’insécurité ». Ce qui répond à une demande de sécurité de plus en plus forte de la part des administrés et vient sans doute combler un vide laissé par la police ou la gendarmerie.

Ces agents municipaux, longtemps toisés de haut par leurs collègues nationaux, ont à présent le vent en poupe, avec une volonté affichée de gommer au plus vite les différences. Pour exemple la guéguerre sur l’uniforme : Alors que le ministre de l’Intérieur souhaitait qu’il soit vert, afin de le distinguer du bleu de la police nationale, les syndicats ont insisté pour qu’il soit bleu, « symbole de l’autorité ». Et quoique cela soit en contradiction avec l’esprit de la loi qui voulait justement éviter toute confusion, ils ont obtenu gain de cause.

Rappelons que les agents de la PM sont nommés par le maire et doivent être agréés par le préfet (police administrative) et le procureur de la République (police judiciaire). Ils sont compétents sur le ressort de leur commune ou, éventuellement, des communes limitrophes. Même si l’expression « policiers intercommunaux » n’est pas encore consacrée, une police comptétente sur plusieurs communes est sans doute pour demain.

Les policiers municipaux ont le pouvoir de verbaliser dans divers domaines (arrêtés du maire, contrôles routiers, chien dangereux…) et ils peuvent alors recueillir l’identité du contrevenant. En cas de refus de ce dernier, ils en informent un OPJ, seul compétent pour effectuer un véritable contrôle d’identité.

C’est un décret du 24 mars 2000 qui a défini les conditions d’armement des agents de la PM, mettant fin à la possibilité pour ceux-ci d’acquérir et de détenir une arme pour « les besoins du service ». Différents textes lui ont succédé. Aujourd’hui, l’autorisation de porter une arme est accordée par le préfet sur demande (motivée) du maire. Il faut deux conditions : l’existence d’une convention de coordination qui fixe en quelques sortes les règles d’interventions entre la PM, la police et la gendarmerie ; et une justification en fonction des missions attribuées à l’agent. Car cette autorisation est nominative. Elle s’applique à des armes de 4°, 6° ou 7° catégorie : revolver 38 spécial ou pistolet 7,65, bâton de défense ou tonfa, générateur aérosol…

Un décret de 2007 a renforcé les conditions d’entraînement au maniement de l’arme. À noter que les policiers municipaux ne sont autorisés à porter une arme que dans l’exercice de leurs fonctions.  À la fin du service, celle-ci doit réintégrer un coffre-fort ou une armoire forte du poste de police municipale.

Alors pour en revenir à la décision de Francis Delattre, le maire (UMP) de Franconville, de pourchasser les dealers, on peut se poser deux questions :
1) S’agit-il d’une mission de police municipale ?
2) Le Flash-ball est-il adapté aux policiers municipaux ?

À la lecture des textes, on peut dire qu’aujourd’hui encore il appartient à la police nationale ou à la gendarmerie de faire des enquêtes ou des surveillances dans le but d’interpeller des délinquants.  Ce n’est donc pas dans les cordes de la PM et le maire de Franconville se fourvoie lorsqu’il décide de s’attaquer aux dealers – à moins qu’il ne fasse de la provoc pour obtenir des effectifs supplémentaires de la part du ministère de l’Intérieur…

Quant au Flash-ball, il faut reconnaître que sa dotation en PM semblerait plus justifiée que le Taser. Car il s’agit d’une arme de défense qui peut permettre à un agent municipal de se sortir sans trop de risque d’une mauvaise passe. Ce n’est pas le cas du Taser. En effet, ce pistolet électrique n’est pas réellement une arme mais plutôt un « outil » destiné à neutraliser un individu dangereux avant son arrestation. Ce qui n’entre pas dans les missions habituelles de la PM.

Pour extrapoler sur cette requête de la commune de Franconville, puisque l’arme est liée à la mission, si le préfet accorde l’autorisation du Flash-ball, il entérine du même coup l’action du maire et il fait donc évoluer la police municipale (dans son ensemble) vers de nouvelles missions…

Ce qui est peut-être un objectif à moyen terme, avec en ligne de mire une diminution des effectifs de la police et de la gendarmerie.

Dans un bilan, je crois qu’on appelle ça un transfert de charges.

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Remerciements à Laurent Opsomer pour sa documentation.

Gendarmerie : une histoire belge

Un syndicat de police* a lancé une pétition pour une parité police-gendarmerie, mais la ministre de l’Intérieur l’a affirmé de nouveau jeudi dernier : « Il n’est pas question de toucher au statut militaire des gendarmes (…) Il n’est police-de-demain_blog_1mdl.jpgpas question d’une fusion entre la police et la gendarmerie… » Et dans le même temps, elle a regretté que « pour des raisons de calendrier » la loi sur le rattachement de la gendarmerie à son ministère n’ait pas été votée plus tôt par le Parlement (alors que les sénateurs se sont prononcés selon la procédure d’urgence en… décembre 2008)**.

Cependant, les choses étant ce qu’elles sont, je me suis dit qu’il pouvait être intéressant de lorgner un peu chez nos voisins belges – pays où la gendarmerie a fait les frais d’une réforme des services chargés de la sécurité. Ce qui représente, il faut le noter au passage, une sacrée entorse aux traditions, car la gendarmerie belge avait plus de deux siècles d’existence. Créée lors de l’annexion de la Belgique par la France, en 1795, elle était donc antérieure au pays tel qu’on le connaît aujourd’hui.

On dit que cette disparition est la conséquence des ratés de l’enquête sur l’affaire Dutroux.  En fait, on peut se demander si ce n’était pas la goutte d’eau (ou le prétexte) pour tenter de mettre un point final à une réforme déjà entamée.

Avant, il existait trois entités différentes :
– les polices communales, placées sous l’autorité des bourgmestres
– la gendarmerie
– la police judiciaire, plus ou moins rattachée aux magistrats.

J’ai demandé à Jean-Paul Wuyts, commissaire divisionnaire de la police fédérale belge, de nous commenter cette réforme. Voici ce qu’il en pense :

« Dans les années 70, malgré les critiques commissaire-wuyts.1244981436.jpgpersistantes, notamment sur les méthodes de maintien de l’ordre lors des grèves d’envergure, malgré plusieurs déclarations gouvernementales, malgré l’installation de groupes de travail et de commissions, la Gendarmerie poursuit son expansion à un point tel que les médias n’hésitent pas à parler d’un État dans l’État, allant même jusqu’à évoquer des rumeurs d’un possible coup d’État.

« En 1973, une nouvelle loi relative au statut du personnel est votée : réorganisation du service, limitation de la durée du temps de travail, réformes de la formation, plus d’indépendance fonctionnelle vis-à-vis de l’armée. Mais les gendarmes restent soumis aux lois et règlements militaires.

« En 1978, pour la première fois, une représentation syndicale est reconnue, mais elle reste corporatiste et limitée.

« Au début des années 80, les effectifs atteignent les 18.000 hommes (…) Les syndicats sont de plus en plus actifs. Ils protestent contre les conditions de travail et contre le caractère militaire de l’institution. »

Finalement, une loi de juillet 1991 transfère la gestion de la gendarmerie du Ministère de la Défense au Ministère de l’Intérieur.

« La Gendarmerie est démilitarisée, estime Jean-Paul Wuytz, bien que ce terme ne soit pas utilisé dans les textes officiels afin de ménager la susceptibilité de certains officiers supérieurs… »

Les syndicats sont représentés mais la grève demeure interdite et l’obligation de neutralité politique est également maintenue. Seuls sont reconnus les syndicats catégoriels exclusivement composés de gendarmes. Néanmoins, malgré tous ces changements, la hiérarchie verticale subsiste, ainsi que les grades militaires.

À la suite de l’affaire Dutroux, une commission d’enquête parlementaire convoque tous les protagonistes. Les séances sont retransmises en direct à la télévision. Voici ce qu’en dit sur son blog un ancien gendarme belge (maintenant policier) : « Je me souviens avoir passé des soirées et des nuits entières à les regarder. Mon unité est pointée du doigt, c’est pesant de vivre dans une telle ambiance. Cependant, je n’ai jamais mis en doute la compétence et le professionnalisme de mes collègues et chefs qui ont travaillé sur cette enquête (…) En conclusion de ce show médiatique, les commissaires se prononcent ouvertement pour la mise en place d’une nouvelle structure policière, en annonçant une intégration au niveau fédéral des trois corps de police et toute une série de services spécialisés. »

Le 7 décembre 1998, c’est le grand chambardement. Il est créé une nouvelle police sur deux niveaux : un niveau fédéral (la Belgique est un état fédéral) et un niveau local (avec 196 zones de police).

En mars 1999, les gendarmes expriment leur mécontentement dans des manifestations publiques.
manif-gendarmes-belges-19-mars-99_blog_1mdl.1244981559.jpgLa gendarmerie est officiellement dissoute en 2001 pour être intégrée à cette nouvelle police.

Il semble encore aujourd’hui que cette fusion ne soit pas toujours très bien vécue. « Sur papier, dans la loi et les arrêtés royaux et ministériels d’application, la réforme est chose faite, nous dit Jean-Paul Wuyts. Dans les faits, on n’efface pas les mentalités et les produits de cultures différentes d’un trait de plume. On pourrait, plus opportunément me semble-t-il, dire que le processus de réforme est enclenché. Il faudra sans doute une génération pour que les choses se stabilisent. Encore faudra-t-il compter sur des mini-réformes partielles qui viendraient éventuellement corriger le tir, par-ci par-là. »

Mais qu’on se rassure, chez nous, policiers et gendarmes vont conserver leur statut propre. Et ils vont travailler main dans la main, chacun sous l’autorité de sa propre direction générale. Bien sûr aujourd’hui, nombre de gendarmes s’interrogent, conscients des difficultés concrètes qui ne vont pas tarder à surgir, inquiets surtout d’une inégalité majeure qui les met en position d’infériorité : l’impossibilité de revendiquer. Car si les gendarmes veulent réclamer, contester…, ils devront demander à leurs collègues policiers de le faire à leur place.

Certains gendarmes renaclent. Ils réclament l’application de la Recommandation 1742 du Conseil de l’Europe d’avril 2006 : « (…) autoriser les membres des forces armées à s’organiser dans des associations professionnelles représentatives ou des syndicats ayant le droit de négocier sur des questions concernant les salaires et les conditions de travail… »

Mais Mme Alliot-Marie a été formelle : tant qu’elle sera ministre de l’Intérieur, il n’y aura pas de syndicats chez les gendarmes.

En Belgique, il s’est écoulé 10 ans entre le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’Intérieur et sa dissolution. En France, on attaque la première année.

Donc, à suivre…

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* Le syndicat Alliance.

** Sur une vidéo du Sénat la réponse de MAM à la question du sénateur Alain Gournac (11 juin 2009).

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