« Pendant quelques secondes, une petite fille m’a regardé
en ayant peur de moi (…) Elle ne pleure pas, elle ne dit rien ; la bouche entrouverte, elle tremble (…) Une petite Algérienne, menue, proprette, les pouces dans les bretelles du cartable, le cou tordu vers le haut, très haut, vers le grand flic en cotte noire et rangers… » En sortant du squat où il venait de participer à une expulsion le brigadier-chef Serge Reynaud n’était sans doute plus tout à fait le même homme…
Reynaud, c’est un pseudonyme, mais pas pour me cacher, dit-il, simplement par convenance personnelle. Ses collègues savent qu’il a écrit un livre, d’autant qu’indirectement, ils ont participé… Car il s’agit d’une série d’anecdotes liées aux situations parfois insolites, parfois pathétiques, parfois drôles, que les flics de terrain peuvent rencontrer au cours de leurs missions. Comme celle-ci :
Tous les jours, vers cinq heures, le car de CRS prend le même chemin, le long de la Seine. Ceux qui ne dorment pas ont l’habitude de regarder une péniche qui dépasse du quai, vide de tout chargement. Mais ce matin, elle est chargée à ras-bord : une montagne de sable. Le car est arrêté à un feu rouge. « Le gradé semble dubitatif, ses yeux las vers le bateau surbaissé. Il se tourne vers le chauffeur et, le plus sérieusement du monde, lui inflige un : T’as vu, la Seine a monté cette nuit… »
À 19 ans, Serge Reynaud choisit d’être gendarme et 6 ans plus tard, il opte pour la police. Les CRS, la 38 à Mulhouse, la 5 à Massy, la 54 à Marseille, et des détachements en Italie et en Bosnie-Herzégovine. Une carrière dans les CRS qu’il assume complètement. Dans son livre, il ne cherche ni à justifier l’action de la police ni à se mettre en valeur ni à régler des comptes, mais l’air de rien, il nous fait faire connaissance avec les policiers de base, ceux qui ne « causent jamais dans le poste » et qu’on voit rarement plastronner au vingt-heures.
Même pour leur hiérarchie, ce ne sont souvent que des soldats. D’autant que les CRS ont de multiples missions : le maintien de l’ordre, bien sûr, mais aussi les patrouilles, les renforts saisonniers, l’assistance aux opérations de PJ, etc. Par définition, ils sont mobiles et corvéables à merci. On n’a à peine le temps de s’habituer à eux qu’ils sont déjà partis.
Tiens, pour la culture des chefs, je ne peux m’empêcher de citer ce passage : « Le commissaire, c’est celui qui fait l’ambiance, la qualité de vie d’un commissariat (…) Si le patron veut du chiffre, tu lui donnes du chiffre. S’il est sociable, tu discutes. S’il est paranoïaque, tu fermes ta gueule en attendant le suivant. S’il est bon, les services vont tourner. Si c’est une buse, ça va gripper ».
Sur ce blog, parfois, il m’arrive de critiquer la police, mais c’est parce que je l’aime bien. Je l’idéalise. Je ne voudrais pas qu’on en fasse une armée qui livre bataille, mais seulement des hommes et des femmes qui assurent notre sécurité, notre tranquillité, dans le respect des lois et de la morale. Des gardiens de la paix, quoi !
Serge Reynaud (on va respecter son anonymat)
a 45 ans. Aujourd’hui, il est chef de section à la compagnie départementale d’intervention de Marseille, donc en sécurité publique.
Si vous voulez savoir qui se cache derrière la visière d’un CRS, lisez ce livre : Chroniques de la main courante, histoires vécues, de Serge Reynaud, Bourin éditeur, ou allez faire un tour sur le blog de l’auteur Police-Histoires. Après, vous aurez sans doute un regard différent sur ce corps de la police nationale.
_____________________________________
Et aussi une fiche de lecture de ce livre sur le blog de Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde.


