Les Américains font machine arrière sur le patriot act, en annonçant, par exemple, la fin du programme de surveillance systématique des communications. Le coordonnateur européen de la lutte antiterroriste déclare (Le Monde du 19 février 07) qu’il est vital de respecter les droits de l’homme. Ici et là, on commence à énoncer à voix haute que la guerre contre le terrorisme ne doit pas entraîner l’extinction de nos libertés. Ici et là, mais pas en France. Où les lois sécuritaires s’empilent sans aucune opposition politique. Il faut dire que dans notre pays, je crois que jamais un texte de loi n’est venu adoucir un autre texte de loi, sous le prétexte « futile » que les conditions avaient changé. Manquerait plus que ça, scrogneugneu !
Qu’ils soient monarques ou républicains, il existe chez les gouvernants la volonté de « fliquer » la vie privée de leurs ouailles. Pourtant, on devrait être vigilant. En effet, en France, nous avons vécu un scandale plus grave que celui du Watergate – et c’était sous la gauche – sans d’ailleurs que le moindre ministre ne tremble pour son maroquin : la cellule antiterroriste, au coeur de l’Elysée, dont le fonctionnement autarcique déjouait toutes les lois. Avec à la clé le dossier truqué sur les Irlandais de Vincennes, et l’affaire des écoutes téléphoniques. Les hommes mêlés à cette consternante mésaventure ont-ils changé ? En tout cas, la plupart sont toujours aux manettes.
François Mitterrand, à son arrivée au pouvoir, débarque les policiers chargés de la sécurité de l’Elysée. Dans la grande maison, on se disait, qu’il avait dû garder une dent contre nous, depuis l’affaire de l’attentat bidon de l’avenue de l’Observatoire. Il n’en était rien. Il voulait simplement auprès de lui, une brigade de fidèles, muets et serviles. Qu’avait-il donc à cacher ? Sa maladie (dépistée à son arrivée), sa double vie et son enfant adultérin, sa francisque épinglée par Pétain au revers de son veston ? Ou rien. Juste une réponse à sa paranoïa. Il crée donc une cellule destinée à combattre le terrorisme (sic), placée sous son autorité directe, loin des magistrats et des policiers trop… syndiqués. Un véritable escadron, entièrement à sa botte. À tel point que le général Jean-Louis Esquivé, numéro deux de ladite cellule (il a été nommé général, par la suite, pour services rendus) disait de ses membres qu’ils étaient les mousquetaires du roi. Les hommes qui composaient ce groupuscule ont largement utilisé les écoutes de toutes natures pour apaiser la monomanie du vieil homme (et ils en ont fait bien d’autres). Quand on pense que Mitterrand est l’auteur d’un ouvrage intitulé, Le coup d’Etat permanent, paru chez Plon, en 1964, dans lequel il fustige les officines et les polices parallèles… Et qu’en 1981, c’est-à-dire en même temps, son ministre de l’intérieur, Gaston Defferre, interdisait formellement de telles pratiques. On reste pantois. Mais, à qui Mitterrand donnait-il ses ordres ? On sait que le commandant Prouteau, qui dirigeait la cellule, voyait régulièrement le président et lui rendait compte directement. Sinon, il y avait trois hommes, deux à l’Elysée et un au ministère de l’intérieur, qui raffolaient de ce petit jeu, dit de barbouzerie. La triade d’énarques, murmuraient certains : le secrétaire général de l’Elysée Jean-Louis Bianco ; le directeur du cabinet de l’Elysée, Gilles Ménage et le conseiller, puis ensuite directeur de cabinet auprès du ministre de l’intérieur, Frédéric Thiriez. On disait de ces deux derniers qu’ils jouaient avec la police comme des gosses avec un train électrique. Rien ne se faisait sans leur acc
ord.
Il a fallu vingt ans pour que l’affaire des écoutes de l’Elysée soit jugée. Officiellement en raison des difficultés à lever le « secret défense ». Plus sûrement en raison de la personnalité de « l’inspirateur et décideur de l’essentiel » comme a dit le président du TGI de Paris, Jean-Claude Kross. Il parlait de François Mitterrand. On voyait mal le tribunal convoquer l’ancien président. Il y a des choses qui ne se font pas chez nous. Malgré tout, de hauts personnages de l’État ont planché devant les magistrats. Tel Claude Mauroy, ancien Premier ministre. Avec beaucoup de tact, il a déclaré : « Le directeur des chemins de fer doit-il démissionner parce que le garde-barrière a provoqué un accident ? » Ou Claude Quillès, alors ministre de la défense, égal à lui-même : « Je n’ai rien vu ni rien entendu. » Ou bien encore, Louis Schweitzer, ancien directeur de cabinet du Premier ministre Laurent Fabius (qui lui s’était fait excuser) : « Il y a eu un effort pour me masquer la réalité. » Le seul qui s’est exprimé avec sincérité a été Pierre Joxe, ancien ministre de l’intérieur. Au bord des larmes, des sanglots dans la voix, il a déclaré : « J’ai essayé parfois de l’empêcher (il parle de Mitterrand) de commettre des choses illégales… » Et, plus tard : « C’est malheureux à dire, mais ce truc a été organisé par Mitterrand. » En politique, la sincérité ne paie pas. Plus un socialiste ne parle de Joxe. Les autres non plus, d’ailleurs. Quant à Christian Prouteau, le chef de la cellule, il a eu cette phrase chevaleresque, digne d’un officier supérieur : « S’il y a un responsable, ce n’est pas moi. »
Parmi les plaignants, le tribunal a fait un tri. Il a reconnu que certains avaient subi un préjudice, comme Edwy Plenel, journaliste, surveillé principalement dans l’espoir de démasquer ses sources d’informations dans l’affaire du Rainbow Warrior. Antoine Comte, l’avocat des Irlandais de Vincennes, et là, on comprend bien la raison. Jean-Edern Hallier, l’ennemi intime de Mitterrand, qui menaçait de révéler l’existence de sa fille, Mazarine Pingeot. Il est mort d’une crise cardiaque, alors qu’il roulait à bicyclette – bien qu’étant aveugle depuis plusieurs années.
Finalement, vingt ans après, pour à mon tour pasticher Alexandre Dumas, le verdict a été le suivant :
– Gilles Ménage, six mois de prison avec sursis. Il est à présent secrétaire général de l’Institut François Miterrand.
– Louis Schweitzer, dispensé de peine. Il vient de quitter son poste de PDG de Renault, mais il reste le président du conseil d’administration. Il est également président de la haute autorité contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE).
– Michel Delebarre, dispensé de peine. Il est député du Nord et maire de Dunkerque.
– Christian Prouteau, huit mois de prison avec sursis. Il est depuis des années préfet hors cadre, avec un traitement de plus de 5.000 € par mois pour rester à la maison.
– Paul Barril, six mois de prison avec sursis. Il paie pour avoir rompu la loi du silence. Il a depuis longtemps démissionné de la gendarmerie pour créer sa propre entreprise de sécurité.
Barril est le seul à avoir fait appel. Les autres ont trouvé les condamnations justes et mesurées. Elles ont d’ailleurs été aussitôt effacées par une loi d’amnistie. Frédéric Thiriez et Jean-Louis Bianco n’ont jamais été inquiétés. Le premier est président da la fédération française de football (FFF) et membre de la commission du football professionnel de l’UEFA ; le second est député et président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence. Il est de plus directeur de campagne de Ségolène Royal.
Le procès du
TGI de Paris se limitait aux écoutes. L’affaire des Irlandais de Vincennes, a été un autre scandale, mais combien d’autres actions illégales, ou immorales, ont été perpétrées durant cette période indigne de notre pays et de Mitterrand. Depuis, les techniques se sont modernisées, l’appareil législatif a été renforcé, la lutte contre le terrorisme, la drogue, la pédophilie… sont autant de raisons de nous espionner. Mitterrand n’est plus là, mais qui sera le prochain président ? On se souvient du vent de panique, après le premier tour des présidentielles, il ya cinq ans…
Le mot de la fin revient à Pierre Joxe (procès des écoutes, décembre 2004) : « On ne peut pas concilier efficacité policière et respect des droits de l’homme… » Sarkozy n’aurait pas dit mieux.
ne longue expérience des opérations discrètes. Ce sont des agents de l’ombre. Ils n’exhibent jamais leur carte tricolore, et, quand on leur demande leur profession, laconiques, ils se contentent de répondre « fonctionnaires ». Ils ont hanté les sous-sols des délégations internationales, piégé le bureau de hautes personnalités (la DST a arrêté quelques années plus tôt le préfet Picard, pour espionnage) ou forcé le coffre d’ambassades ou de consulats. Alors, lorsqu’on leur demande de poser des micros dans un local inhabité, ils ne s’inquiètent pas vraiment.
la cour de cassation en 1980, qui estimera les faits prescrits. Claude Angéli, le rédacteur en chef du Canard, a fait apposer une plaque en marbre, au-dessus du trou toujours béant dans le mur de son bureau, et mes copains ont eu la mutation qu’ils souhaitaient. Marcellin quittera l’intérieur peu après, mais cette fois Giscard n’y est pour rien.
encée par une batterie de bombes lacrymogènes. Un vent de liberté souffle sur le pays. Mais, pendant la révolte, les affaires continuent…, notamment avec l’émergence d’un nouveau clan : les Z. Natifs de Sétif, les frères Zemour débutent dans le négoce du vin, puis la protection des commerçants du Sentier, puis le racket, etc. Mais leur ambition grandit. Ils veulent eux aussi s’immiscer dans le monde du jeu, et avoir leur part de gâteau. Ils se tournent vers Francesci, lequel doit se dire que quelques gâchettes de plus ne seraient pas superflues pour lutter contre la concurrence. Il les prend sous son aile. Les Zemour feront leur pelote. Ils tiendront le haut du pavé durant de longues années, laissant dans leur sillage une trentaine de cadavres, avant, à leur tour, de devenir des cibles. Le dernier survivant, Gilbert Zemour, est abattu le 28 juillet 1983, alors qu’il promène son quadrille de caniches, comme un bon petit retraité. Alexandre Arcady s’inspirera de cette saga du grand banditisme dans son film, Le grand pardon, avec Roger Hanin.
Le 1er octobre 1968, un corps enveloppé dans une housse de matelas est découvert dans une décharge publique à Elancourt, dans les Yvelines. Il faudra deux autopsies pour découvrir les causes de la mort : une balle dans la tête. Le médecin légiste se justifie par un surcroît de travail. Cette boulette rafraîchit (?) l’ambiance de l’institut médico-légal. Dorénavant, décide-t-on en haut lieu, tous les corps seront radiographiés et les légistes opéreront par deux. L’individu est identifié comme étant un Yougoslave, Stéfan Markovic, un jeune homme, beau comme un dieu et gorille d’Alain Delon. Une lettre posthume (et prémonitoire) du défunt, désigne les époux Delon et un certain François Marcantoni, alias Monsieur François, comme suspects, en cas « d’accident ». La personnalité (et les relations) du comédien freine l’enquête. La presse est sur les dents. Les fuites sont nombreuses. Et, quelques mois plus tard, cerise sur le gâteau, des photos truquées circulent sous le manteau, soi-disant prises par Markovic, représentant madame Pompidou, dans des soirées… particulières. On a dit qu’il s’agissait d’une manipulation du SDECE, pour déstabiliser Georges Pompidou, désigné comme le futur président de la République. C’est peut-être vrai. En tout cas, une fois à la tête de l’Etat, il ne traîne pas. C’est jour de grande lessive dans les services secrets. Il vire notamment, Jean-Charles Marchiani, le cousin de Marcantoni, et il reproche à De Gaulle d’avoir laissé faire, sans rien lui dire. Ce sera la rupture entre les deux hommes. Pendant ce temps, Delon tourne La piscine – et l’enquête prend l’eau de tous bords. François Marcantoni, contre qui il existe pourtant des indices troublants, récupère un non-lieu, sept ans plus tard, prononcé par le procureur de Versailles, Pierre Bezio. Entre-temps, les flics de l’ex-1ère brigade mobile, les seuls encore présents sur Paris, ont été rapatriés au SRPJ de Versailles, où le commissaire Claude Bardon, assisté d’un unique inspecteur, a poursuivi, dans le
secret le plus absolu, l’enquête jusqu’au dernier P-V. Marcantoni donne sa version des faits, dans Monsieur François, le milieu et moi de A à Z, éd. Le Cherche-midi. Bardon n’a pas écrit de livre.



