POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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De l’Artic Sea à Clotilde Reiss : le prix à payer

En suivant l’épopée de ce bateau finlandais, battant pavillon maltais avec un équipage russe, on se perd en conjectures. L’imagination se débride : contrebande, mafia, espionnage… ? Puis on apprend qu’il y a une demande de rançon… Il s’agit donc d’un acte de piraterie.

artic-sea-tvn24.jpgActivité florissante depuis que certains pays – et notamment la France – ont ouvert la boîte de Pandore en acceptant de négocier avec les ravisseurs.

On se souvient de l’affaire du Ponant, où l’on a vu les hommes du GIGN effectuer la transaction avec les pirates et leur remettre la rançon exigée. Même si, comme l’a affirmé le général Jean-Louis Georgelin, il ne s’agissait pas d’argent public, mais de fonds remis par la compagnie d’assurances.

Et lors de la prise d’otages à bord du voilier Tanit, on entend encore Hervé Morin, le ministre des Armées, informer les ravisseurs que la France était prête à payer. Il a ensuite justifié ses propos par la présence parmi les otages d’un enfant de trois ans.

Pour aller plus loin, et même si les choses sont différentes, la libération de Clotilde Reiss pose également question. Bien sûr, tout le monde se réjouit de sa libération, mais s’agit-il d’une victoire ? Autrement dit, dans cette « transaction », notre pays a-t-il montré sa force ou sa faiblesse ? Car de fait, même si on parle de « caution », la France a bel et bien payé une rançon. Combien ? On ne sait pas. Bernard Kouchner nous dit qu’il ne s’agit pas d’une grosse somme. D’autres parlent de 300.000 dollars. En tout cas, on est loin des précédentes déclarations du ministre des Affaires étrangères, lorsqu’il « exigeait » la libération immédiate de la jeune femme. Il est vrai qu’il a dû se faire tancer pour de tels propos…

La France est donc entrée dans l’ère de la négociation. On ne tape plus du poing sur la table, on paie.

Entendons-nous bien, je ne suis pas dans la critique mais dans le questionnement. Devant la détresse qui résulte d’une prise d’otages, que ce soit le fait de truands, de pirates ou d’un État, la réaction première, la réaction normale, est de se dire que l’argent n’a aucune importance. Le principal, n’est-il pas de sauver la ou les victimes !

Pourtant, il y a une trentaine d’années, alors que les enlèvements avec demande de rançon se multipliaient en France, les autorités ont pris une décision publique : on ne paie plus.  Et nous, les policiers sur le terrain, on a dû faire avec. Pas facile à expliquer aux parents d’un otage ! En se coupant ainsi de la famille, cela nous donnait double travail, mais peu à peu les enlèvements ont pratiquement cessé*.

Aujourd’hui, ce revirement de la part des plus hautes autorités de notre pays va-t-il entraîner une résurgence de ce type de délinquance ?… Mais au fait, existe-t-il une politique claire dans ce domaine ?

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* Sur ce blog « Les enlèvements avec demande de rançon ».

Une affaire criminelle qui en rappelle une autre

Le jeune garçon soupçonné d’avoir tué sa famille en Corse-du-Sud a été écroué, mais les gendarmes de la section de recherches ne sont pas satisfaits. Malgré les aveux, malgré les preuves, ils poursuivent leurs investigations. Peut-on corse-carte.jpgenvisager que cet adolescent ait « imaginé » un rôle qu’il n’a pas tenu ? Qu’il cherche à protéger quelqu’un ? Qu’il soit sous une emprise qui échappe aux enquêteurs ? Ou faut-il admettre simplement l’horreur d’un quadruple crime qui restera à jamais incompréhensible ? Un jeune meurtrier « dans un état proche d’un coup de folie », comme l’a dit (un peu vite ?) son avocate.

Cette affaire en rappelle une autre, tout aussi terrible et tout aussi mystérieuse. C’était le 27 février 1995…
Au petit matin, le permanent du commissariat de Marly-le-Roi reçoit un appel téléphonique. Une voix affolée : « Venez vite ! On a assassiné toute ma famille ». Incrédules, les policiers se rendent sur place, une somptueuse villa située à l’orée de la forêt domaniale, chemin des Gressets, à Louveciennes. Sidérés, ils découvrent les corps de six personnes, toutes tuées par balles. Seuls survivants du massacre, une petite fille de 2 ans ½, et Alexis P., âgé de 17 ans, qui vient justement de les prévenir. Les victimes sont ses parents, ses grands-parents et un couple d’amis de la famille.

C’est le début d’une affaire bizarre, et à dire vrai inconcevable, que les journalistes ont appelé La tuerie de Louveciennes. Même s’il ne reconnaît pas spontanément son acte, Alexis craque très vite. Au bout de quelques heures, il avoue être l’auteur de ces six meurtres, sans aucun motif sérieux, si ce n’est une mésentente avec son père.

Les aveux du jeune homme sont corroborés par les constatations : les empreintes sur les armes, les traces de poudre sur ses mains et même un fragment de sa montre, qu’il a cassée en défonçant la porte de la chambre.

Tout est dit.

Pourtant, une dizaine de mois plus tard, Alexis revient sur ses aveux. Il parle d’un homme, un Russe. C’est lui qui aurait commis ces meurtres. Et il l’aurait obligé, lui, le jeune Alexis, à en assumer la responsabilité. Menaçant de tuer sa jeune demi-sœur et sa mère (biologique) dans l’hypothèse où il raconterait la vérité à la police.
Sans vraiment y croire, le juge délivre une commission rogatoire pour vérifier. Et les policiers découvrent que l’oncle du jeune homme a également été assassiné, quelque part en Biélorussie. Or ce dernier avait repris les affaires de son frère, des affaires sur lesquelles planait l’ombre de la mafia russe…

Mais il existe trop de preuves contre le jeune homme. Le juge boucle son dossier, et le 14 mars 1998, Alexis P. est condamné à huit ans de réclusion criminelle – alors que l’avocat général réclamait une peine de 18 à 20 ans.

Une condamnation en demi-teinte qui montre la perplexité des jurés. Le dossier d’assises apportait des preuves mais pas d’explications. Et du coup, ils ont eu un doute, doute qui a profité à l’accusé.

Cette histoire ressemble suffisamment à celle qui vient de se passer en Corse pour se dire que malgré les preuves et les aveux, les gendarmes ont bien raison de poursuivre leurs investigations. Car de deux choses l’une, ou cet adolescent affabule ou les événements se sont déroulés tels qu’il les rapporte – et dans les deux cas, il faut à tout prix savoir pourquoi.

Il en va de l’intime conviction des jurés.

Un flic évoque Thierry Jonquet

Hervé Jourdain appartient à un groupe de la brigade criminelle de Paris. Il vient de sortir son premier polar*, et lorsque nous en avons discuté, il m’a raconté que le goût de l’écriture lui était venu en lisant Thierry Jonquet. J’ai pensé qu’il était mieux placé que moi pour en parler…

« Ils étaient là, pataugeant dans la boue, hébétés, certains pleurants, d’autres hagards, les mains thierry-jonquet.jpgtremblantes, la gorge nouée par le dégoût, la pitié, la colère, la honte, un mélange confus de ces sentiments si voisins, tous à scruter le ciel gris-bleu, dans ce matin de printemps, tous à songer à ce qu’ils avaient fait une demi-heure, une heure plus tôt, quand le téléphone avait sonné chez eux pour les tirer du sommeil et les convoquer devant cette maisonnette d’apparence si banale, dressée au fond d’un terrain vague. »

C’est par ces mots que Thierry Jonquet, décédé dimanche dernier dans un hôpital parisien à l’âge de 55 ans, débutait Moloch, paru en 1998 chez Gallimard dans la collection Série noire. Ils, ce sont Dimeglio, le bon père de famille, le frêle inspecteur Dansel toujours vêtu de costumes noirs, le jeune israélite Choukroun, et bien sûr le chef de groupe, le bourru Rovère, merveilleusement interprété par Jean-François Balmer dans les épisodes de Boulevard du Palais, des flics de la brigade criminelle déjà croisés cinq ans plus tôt dans Les orpailleurs. Ils, ce sont des flics qui travaillent en équipe, des orfèvres de la procédure qui vont gamberger, fouiner, douter, renifler durant de nombreux jours sous le contrôle de la charmante et fragile juge d’instruction parisienne, Nadia Lintz. 

Certains s’accordent à dire que Jonquet a réinventé le polar noir en l’enracinant dans la critique sociale. D’autres disent qu’il était un auteur polémiste. J’y vois surtout un écrivain engagé, un auteur courageux qui, dès le début des années 1980, réglait ses comptes avec ses vieux camarades dans son roman de politique-fiction intitulé Du passé faisons table rase. Son dernier roman noir – Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte – est révélateur de cette prise de risque. Cet amoureux de Belleville n’hésitait pas à s’y mettre en danger, dressant un tableau très réaliste de la banlieue où « Gaulois » de centre-ville et « Bronzés » des barres HLM ne se mélangeaient surtout pas, où une jeune enseignante de ZEP était confrontée à l’antisémitisme, où les gamins de cité, en perte de repères, étaient inexorablement attirés par les trompettes du djihad. 

Entre-temps, inspiré entre autres par l’affaire Kaskaz et le syndrome de Münchhausen – une sordide affaire d’empoisonnement d’un fils par sa mère qui vaudront un procès à Jonquet et à son éditeur – il  poursuivra son œuvre sans relâche. Peinture sociale dérangeante pour certains, sans concessions pour d’autres, Jonquet est surtout un écrivain scrupuleux, soucieux du détail, respectueux du fonctionnement policier et judiciaire. C’est son réalisme procédural, et la description de flics humains, certains pleurants, d’autres hagards, les mains tremblantes, la gorge nouée par le dégoût, la pitié, la colère, la honte… qui m’ont donné envie d’écrire.

J’entends encore dans ses mots les chants liturgiques émanant du Dépôt de la préfecture de police, les religieuses de la congrégation des sœurs de Marie-Joseph et de la Miséricorde priant chaque dimanche matin dans la chapelle attenante aux cellules réservées aux détenues. Ça ne s’invente pas. Jonquet était un bosseur. Il est le premier, le seul à ma connaissance, qui ait décrit aussi fidèlement le fonctionnement d’un groupe d’enquêteurs de la police judiciaire. Un collectif au service de la justice, au service de la jeune Nadia Lintz. Je l’affirme, c’est lui qui m’a donné l’envie d’écrire. Aujourd’hui, pourtant, j’ai un regret : celui de ne jamais l’avoir remercié.

Hervé Jourdain
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* Sang d’encre au 36 (éd. Les Nouveaux auteurs) sur ce blog – ou sur le blog de l’auteur .

Bagnolet : l’enquête technique confiée aux gendarmes

Après la mort de ce jeune homme de 18 ans, qui s’est tué alors qu’il tentait d’échapper à un contrôle de police, le ministre de l’Intérieur a promis « une enquête honnête et approfondie ». Enquête que le procureur de Bobigny a confiée à l’Inspection générale des services (IGS), comme institut-recherche-criminelle-gendarmerie_frejus-sainraphaelmaville_-copie.1249981749.jpgil est d’usage en région parisienne. Mais conjointement, il a chargé l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de procéder à l’expertise de la moto et de la voiture de police.

On peut toujours se dire qu’il s’agit là d’une décision de bon sens, soit parce que l’IRCGN se situe dans le 93, soit que ce service est peut-être mieux équipé pour ce type d’investigation technique !

Il est vrai que cet organisme, créé en 1987, est à la pointe dans le domaine de la police technique et scientifique. Il dispose de trois divisions opérationnelles qui englobent toutes les branches : physique, chimie, technique (dont les véhicules), et identification humaine. Sa compétence est reconnue au niveau européen et il a même obtenu, je crois, l’accréditation du COFRAC (Comité français d’accréditation).

Mais on ne peut s’empêcher de penser que ce choix résulte surtout d’un souci de crédibilité. Il s’agit de calmer les esprits. Et il est difficile pour le grand public d’admettre que des policiers puissent enquêter en toute objectivité et en toute indépendance sur d’autres policiers!

C’est d’ailleurs l’un des problèmes que pose la réunion de la police et de la gendarmerie sous la houlette d’un même ministre… En effet, aujourd’hui, les juges d’instruction ont souvent pour habitude de confier leurs commissions rogatoires aux « enquêteurs d’en face ». En tout cas, ils en ont la possibilité. Choix qui peu à peu va disparaître.

Mais ce n’est pas grave, puisque les juges d’instruction eux aussi vont disparaître. Et demain, dans une enquête qui impliquerait des policiers ou des gendarmes, l’omniprésence du procureur risque bien de poser question, car les uns et les autres exercent leurs fonctions de police judiciaire sous la direction de ce magistrat – magistrat qui sera seul maître de l’enquête.

Comme dirait la Cour européenne des droits de l’homme, pour le citoyen lambda, il n’y a pas « égalité des armes ».

Cour d’assises : vers la suppression du jury populaire ?

Youssouf Fofana, l’auteur principal de l’affaire dite du gang des barbares, a été condamné à la peine maximale. Mais pour ses complices, l’accusation n’ayant pas retenu l’intention de tuer, les peines ont été plus légères. cour-dassises-de-paris_lexpress.1249731285.JPGDécision de justice qui n’a satisfait ni la famille d’Ilan Halimi ni la communauté juive. Or dans notre code, il appartient à l’avocat général de demander justice au nom de la société – et non à la partie civile. Aussi, lorsque la garde des Sceaux annonce publiquement son intention de faire appel d’une décision de justice rendue au nom et par le peuple français, on est dans le brouillard. Doit-on rendre justice ou vengeance ? S’agit-il d’intérêts particuliers, comme le dit l’avocat pénaliste Thierry Lévy (Le Monde du 15 juillet 2009 : « La politique des intérêts particuliers s’est introduite dans les prétoires ») ? On ne peut l’exclure en écoutant le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) qui, après avoir dénoncé une justice trop clémente, reconnaît qu’il s’agit là d’ « un geste d’apaisement ».

Mais que se passerait-il si le jury de la Cour d’assises, constituée en appel, prononçait des peines moins sévères ? Sûr qu’il y aurait un parlementaire pour réclamer la suppression du jury populaire. Comme on en a trouvé deux pour déposer une proposition de loi afin de modifier au plus vite les règles du huis clos qui s’appliquent aux mineurs, pour permettre un second procès en public.

Mais le jury populaire a-t-il encore sa raison d’être ?

En Suisse, il va disparaître pour incompatibilité avec le nouveau Code fédéral de procédure pénale qui doit être opérationnel en 2011. Le Canton de Genève, qui jusqu’alors faisait de la résistance, vient de s’aligner sur les autres cantons en acceptant cette modification constitutionnelle à plus de 64 % des votants.

En Belgique, à la suite d’une condamnation de la Cour européenne des droits de l’homme (Aff. Richard Taxquet), la discussion est ouverte. 68 % des citoyens sont favorables au jury d’assises. Et si le ministre de la Justice assure qu’il doit être maintenu, il est probable qu’il ne sera conservé que pour les affaires les plus importantes – ce qui revient à correctionnaliser des dossiers criminels.

A contrario, au Japon, le jury populaire qui avait été abandonné en 1943 se voit aujourd’hui réhabilité. Le gouvernement estime en effet que le retour du jury populaire dans les procès criminels doit « renforcer la démocratie » et permettre « au citoyen de se percevoir comme un sujet non plus gouverné mais qui gouverne ».

Et en France ? juge_intimeconviction.1249731418.jpg

Si le comité Léger envisage une profonde réforme de la Cour d’assises, il ne préconise pas la suppression du jury populaire. En revanche, il soutient la doctrine du « plaider coupable » : si le suspect reconnaît les faits qui lui sont reprochés, la peine encourue est automatiquement abaissée d’un cran. Mais la décision serait toujours prise par un jury populaire – qui devrait donc condamner ou acquitter (selon son intime conviction) un accusé qui a reconnu sa culpabilité… ! Toutefois, pour éviter que cette procédure ne s’applique par exemple à un Youssouf Fofana, les crimes les plus graves en seraient exclus.

Je crois qu’avec l’affaire du gang des barbares, le jury populaire a du plomb dans l’aile. Et au vu des liaisons dangereuses qui s’établissent au fil du temps entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, on se trouve à la limite d’une justice idéologique, une justice de mauvais souvenirs – et l’on est en droit d’être inquiets. Surtout si l’on en croit le gouvernement japonais qui, lui, veut rétablir le principe du jury populaire pour renforcer la démocratie !

Un grand flic casse sa pipe

maurice-bouvier.1249455761.jpgSa bouffarde était célèbre. Lorsqu’on entrait dans son bureau, on serrait les fesses. Le nez plongé dans un dossier, il ne vous regardait même pas. Et vous étiez là, à danser d’un pied sur l’autre, à vous demander quelle bêtise vous aviez pu faire pour être convoqué chez « le vieux ». Puis Maurice Bouvier, car c’est de lui qu’il s’agit, levait la tête. À travers les verres épais de ses lunettes impossible de deviner ses intentions. On distinguait à peine ses yeux. Si enfin il vous faisait signe de vous asseoir, vous vous disiez que pour cette fois vous aviez sauvé votre peau…

Maurice Bouvier est mort la semaine dernière. Il avait 89 ans. Une courte dépêche de l’AFP, quelques lignes dans des journaux de province… Pourtant, cet homme a été l’un des piliers de la PJ pendant plusieurs décennies.

La brigade criminelle lui doit sans doute beaucoup. Il a été l’initiateur « du principe du rouleau compresseur » qui veut que dans une enquête criminelle, on vérifie tout. Après l’attentat du Petit-Clamart, dirigé contre Charles de Gaulle, il a usé ses hommes jusqu’à la corde : des milliers de vérifications, et à chaque fois, un procès-verbal de plus dans un dossier déjà pharamineux. C’est du moins ce qu’on racontait dans les écoles de police.

Lorsqu’il a été nommé directeur central, en 1974, en remplacement du préfet Solier, je ne suis pas sûr qu’il ait beaucoup insisté pour mettre en place la réforme de la PJ que celui-ci avait initiée : la création de directions interrégionales (réforme devenue effective en 2004). J’ai l’impression qu’il était plutôt partisan de la départementalisation, comme d’ailleurs son successeur, Michel Guyot. Mais c’est un avis personnel, je me trompe peut-être.

Bouvier était droit dans ses bottes. Un vrai patron de PJ, capable de tenir tête au staff qui entoure un ministre. Et parfois d’une mauvaise foi absolue. Il n’a jamais admis, par exemple, que la localisation de Jacques Mesrine dans le 18° arrondissement de Paris, venait d’un tuyau de l’office du banditisme et non du 36.

Car pour lui, comme pour beaucoup de policiers de sa génération, il y avait toujours les flics de la PP (préfecture de police) et les autres, ceux de l’ex-SN (sûreté nationale). Et pourtant sur le papier la fusion des deux corps date de 1966…

Ce que retiennent les fonctionnaires qui ont servi sous ses ordres, ce sont ses silences… de grands blancs impressionnants, surtout au téléphone, et aussi la sulfureuse… « question qui tue ».

Imaginez la scène… Le jeune policier se dandine devant « le taulier », il s’explique, il avance ses arguments, et chacune de ses phrases est suivie d’un long silence… Bouvier le fixe. Parfois, on a l’impression que l’œil est malicieux. Il est dans son rôle, et je crois qu’il le sait. La pipe coincée entre ses dents jaunies par le tabac (enfin là, j’imagine, car je ne l’ai jamais vu sourire), il se dissimule derrière un nuage de fumée. « Bon ! » qu’il fait en conclusion. Puis, au moment où le jeunot se retire, qu’il laisse échapper un soupir de soulagement, persuadé que son calvaire est terminé, tel Columbo, Bouvier le rappelle et lui balance une question complètement imprévisible. L’autre, douché, s’excuse…, bafouille une réponse…, marche à reculons… De l’autre côté de la porte capitonnée de petits malins ne veulent pas rater sa sortie. « Alors, c’était quoi… la question qui tue ? »

Lors de l’arrivée de Gaston Defferre au ministère de l’Intérieur, en 1981, Maurice Bouvier a été nommé inspecteur général de l’administration (l’équivalent d’un préfet), soi-disant pour y effectuer des audits sur la police. Ce qu’il a fait avec sa rigueur habituelle.

À l’époque, ça flottait pas mal dans la police. Defferre peinait à juguler le mécontentement de ses troupes. Les syndicats se plaignaient d’un excès de travail tandis que les patrons de sécurité publique ne parvenaient plus à boucler une feuille de service. Les mauvaises langues disaient même que certains flicards avaient deux boulots. Le ministre a voulu connaître le logo-dcpj_moretti.1249455872.jpgnombre d’heures réellement travaillées par les policiers en tenue. Un sujet chaud. Il faut dire qu’entre les jours fériés et les week-ends travaillés, les heures de nuit, les rappels, les contraintes, les compensateurs, les congés, les absences maladies, etc., personne n’y comprenait rien.

Bouvier a effectué une tournée à travers la France, mais lorsqu’il a remis le résultat de son audit, les chiffres étaient tellement parlants qu’on dit que Defferre a sauté en l’air en s’exclamant : « Je ne peux pas utiliser ça !… Vous voulez me faire sauter, ou quoi ! ».

Mais Bouvier n’a pas changé une virgule à son audit et Defferre ne lui en a plus jamais demandé d’autres.

La police des polices face au Flash-Ball

Lorsqu’on dit que l’IGS (Inspection générale des services) enquête sur une bavure policière, nombre de gens sont dubitatifs… Comment des policiers peuvent-ils enquêter sur d’autres policiers ? Pourtant la récente affaire de Montreuil, où un homme a été blessé par un tir de Flash-Ball, montre que les fonctionnaires de ce service sont capables d’objectivité… et de célérité.

boeuf-carottes_mignonardisesover-blog.1249291441.jpgEn une quinzaine de jours, ils ont bouclé leur procédure et le résultat d’après la journaliste du Monde Isabelle Mandraud, va dans le sens de l’utilisation abusive d’une arme : les conditions de la légitime défense n’étaient pas réunies.

Mais ce qui est étonnant, ce sont les commentaires de certains syndicalistes. À les lire, à les écouter, on a l’impression qu’ils découvrent que l’utilisation d’une arme ne peut se faire qu’en riposte à une situation donnée. Une riposte graduée.

Pour faire simple, lorsqu’un représentant de l’ordre utilise la force, il ne doit pas créer une situation pire que celle qu’il veut faire cesser. Sinon il devient l’agresseur, c’est aussi bête que ça !

Et lorsqu’on entend des policiers rognonner qu’ils se sentent « en insécurité juridique », on mesure l’isolement dans lequel ils se trouvent. N’y a-t-il pas un chef pour leur donner des consignes précises ?

On a parfois l’impression que dans la police nationale il n’y a plus personne à la barre.

Lorsqu’il a pris ses fonctions, l’année dernière, le directeur de la Sécurité Publique du 93, Jean-François Herdhuin, a déclaré (de mémoire) : « Je ne suis pas là pour faire la guerre aux quartiers ou aux jeunes, mais il n’y aura pas d’autres lois que celles de la République… ».

En une phrase, il a tout dit. Les policiers sont parfois confrontés à des situations dangereuses, et même s’ils peuvent livrer un combat, et même si dans leurs rangs on porte l’uniforme et l’on se salue, ce ne sont pas des soldats. Ils ne font pas la guerre – et ils respectent les lois qu’ils sont chargés de faire respecter.

En fait, si je peux paraphraser le titre du livre du directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, tous les policiers sont des gardiens de la paix.

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Sur ce blog : Du Flash-Ball à la dispersion d’un attroupement.

Va-t-on manquer de poulets ?

Les syndicats s’inquiètent de la coupe sombre prévue dans les rangs de la police et de la gendarmerie, mais ce n’est pas le sujet. Pas question ici de parler du flic, de l’argousin, du cogne, du keuf, du perdreau, etc., mais d’un problème grave et d’actualité : les conséquences du virus H1N1 sur la gent volatile.

oeuf-pour-vaccin_jdd-copie.1249118034.jpgJe n’ai rien trouvé à ce sujet dans le Dalloz, mais en feuilletant la presse, je suis resté coi devant cette affirmation : pour faire un vaccin, il faut un œuf.

Aussi, avec la mauvaise foi qu’on me reconnaît parfois dans ce blog, j’ai pris ma petite machine à calculer, car si pour faire un vaccin, il faut un œuf ; pour faire un œuf, il faut une poule. Or, dans Le Parisien du 24 juillet 2009, le porte-parole du laboratoire Novartis nous apprend qu’on risque de manquer d’œufs, car une poule ne pond que 300 œufs par an. Oui mais nous n’avons pas un an… Tout au plus six mois.

Comme la France a commandé 94 millions de doses (on est juste derrière les E-U, et bien loin devant en pourcentage par habitants), c’est donc un peu plus de 262.000 œufs par jour qui sont nécessaires…

Je continue à tapoter sur ma petite machine, et je pousse un ouf de soulagement ! Car même s’il y a un peu de casse, même si quelques poules se montrent moins coopératives que d’autres, on arrive à quoi… disons 700.000 poules. Bien moins que ce que je craignais. Bon, il faut y ajouter les œufs pour la grippe traditionnelle, celle qui nous fait pas peur, malgré les campagnes de pub agressives qu’on nous assène à chaque automne.

Allez, on va arrondir à 1.000.000 de poules et 150.000.000 d’œufs.

J’en étais là de mes réflexions, lorsque je découvre que les œufs doivent être fécondés !

Cela demande une explication. Nous les humains, qui sommes allés sur la lune, et qu’on-a bien l’intention d’y retourner, voici comment on fabrique le vaccin qui va sauver le monde :

Dans un premier temps, les centres du « réseau Sentinelle », basés à Lyon et à Paris, reçoivent des prélèvements nasaux des malades effectués sur un coton-tige. On compare tous ces prélèvements au niveau mondial et l’on sélectionne les souches les plus adaptées à la production industrielle, lesquelles sont envoyées aux labos de fabrication. Ces derniers ensemencent le virus dans des œufs fertilisés, dans lesquels il y a un embryon de poussin, en perçant le sommet de la coquille avec l’aiguille d’une seringue. Il faut quelques jours au virus pour se développer. Ensuite, on ponctionne le liquide amniotique (allantoïque chez les vertébrés) à l’aide d’une autre seringue et il est versé dans des cuves où il est filtré et dégraissé.

On a bien compris que pour obtenir des œufs fertilisés, il faut que la poule passe à la casserole… Enfin, je veux dire qu’elle subisse le joug du coq. Je n’ai trouvé aucune statistique sur les performances sexuelles de ces vaillants mâles, mais ils ont intérêt à avoir la forme… C’est vrai qu’il s’agit de coqs français !

Car au Canada, par exemple, ils doivent être moins efficaces, puisqu’on envisage en cas de besoin la possibilité de procéder par insémination artificielle. A contrario, si l’épidémie est moins grave que prévu, pragmatiques, les Québécois comptent utiliser les « oeufs embryonnés » pour des produits alimentaires, tels les gâteaux.

Donc, si on utilise une telle quantité coq_landais_umourcom.1249115334.jpgd’œufs pour fabriquer des vaccins, il y aura moins de poules pour pondre des œufs pour fabriquer les vaccins.

Et le premier effet qu’on va ressentir de ce fléau qui menace l’humanité c’est la rareté des œufs et des poulets. Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres, et dans tout ce micmac on peut toujours se dire qu’au moins pour les poulettes et leurs mecs, c’est la fête.

Le SMS peut-il servir de preuve ?

Le SMS est devenu le meilleur indic de la police*. C’est un véritable phénomène de société. Entre 7 et 11 milliards (selon les sources) en France, au dernier trimestre 2008. Quelles conséquences pour ces mots souvent écrits à la hâte et souvent dans un français approximatif ? Peuvent-ils servir de preuve dans une enquête judiciaire ?

sms_blog-de-100drine.jpgEn 2007, dans une affaire de harcèlement entre un patron et sa salariée, l’employeur soutenait que les SMS qui prouvaient sa faute devaient être assimilés à des conversations téléphoniques, et qu’à ce titre leur retranscription sans son consentement constituait un moyen déloyal de preuve.

La Cour de cassation a effectivement confirmé que l’enregistrement d’une conversation téléphonique à l’insu de l’auteur des propos est un procédé déloyal qui rend irrecevable la preuve, mais qu’ « il n’en est pas de même de l’utilisation par le destinataire des messages écrits téléphoniquement adressés, dits SMS, dont l’auteur ne peut ignorer qu’ils sont enregistrés par l’appareil récepteur ».

Rappelons que le principe de loyauté de la preuve est un principe général. Dans ce domaine précis, il repose sur l’information préalable des procédés d’enregistrement. Toutefois, lorsqu’on envoie un SMS, on sait qu’il est destiné à être enregistré sur le téléphone de son correspondant. Il y a donc connaissance et acceptation implicite de cet enregistrement.

Pourtant, cette « preuve électronique », est à manipuler avec circonspection, car elle est contestable. Ainsi, dans le Recueil Dalloz 2007, Céline Castets-Renard, Maître de conférences à l’Université des sciences sociales de Toulouse, nous dit : « Il est peu probable que le procédé du SMS puisse garantir l’identité et l’intégrité. Cela est d’autant plus vrai des téléphones portables bluetooth qui peuvent permettre une prise de commande à distance par un tiers, sans que le titulaire du téléphone s’en aperçoive. Également, il ne faut pas négliger l’hypothèse simple et classique de la perte du téléphone ou encore de l’usage du téléphone par un tiers, à l’insu de son propriétaire ».

Madame Castets-Renard a raison, mais comme souvent dans le domaine des arguments techniques ou scientifiques, il existe un risque (non formulé) du retournement de la preuve. Et il va appartenir au propriétaire du téléphone de démontrer qu’il n’est pas l’expéditeur du SMS… sms_3g4g_blogspot.1248941047.gif

En tout cas, lorsqu’on pianote un texte sur son portable, il faut avoir en tête que sur le plan juridique cela peut présenter les mêmes conséquences qu’une lettre. Ce SMS qui traîne sur l’appareil de votre correspondant ou dans l’informatique de votre opérateur téléphonique pourra un jour ou l’autre être ressorti comme une preuve, tant au pénal qu’au civil.

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* Les SMS intéressent de plus en plus la police, article de Jean-Marc Leclerc dans Le Figaro.fr

Pradel, du café au crime

« Landru, croyez-vous en Dieu ? – Et vous, mon père, croyez-vous que c’est le moment de jouer aux devinettes ? » Quelques minutes plus tard, le couperet tombe… Pradel raconte Landru…, et bien d’autres histoires, comme celle du crash jamais expliqué du vol Ajaccio-Nice, le 11 septembre 1968, à une vingtaine de milles au large du Cap d’Antibes.

jacques-pradel.jpgL’enquête a été close en 1983 sans qu’aucune réponse ne soit apportée aux familles des 94 victimes. Et comme on semble avoir voulu cacher certaines choses, nombre de personnes sont persuadées encore aujourd’hui que l’appareil a été touché par « un missile fou, tiré de l’île du Levant où, dit-on se déroulaient à l’époque des essais classés Secret-Défense ».

Jacques Pradel est un cas à part dans le monde de l’audiovisuel. La première fois que je l’ai rencontré, il présentait une émission sur France Inter, c’était il y a… bof ! Ce qui frappe chez cet homme, c’est sa simplicité, sa gentillesse, son intérêt pour les autres, des qualités peu fréquentes dans un milieu où le narcissisme tient souvent place de talent.

En 1990, lorsque TF1 diffuse La Trace, une émission qui se propose de retrouver des personnes disparues, c’est un véritable tollé médiatique. On fait appel à la délation, claironnent certains éditorialistes. À tel point qu’Etienne Mougeotte capitule.  Du moins provisoirement, car six mois plus tard la chaîne affiche Perdu de vue. Un copier-coller que Jacques Pradel oriente vers la recherche de témoins. L’émission est un succès, un véritable phénomène de société. Elle dure 7 ans. Et si au bout de ces années son audience commence à s’essouffler, elle atteint encore des chiffres que TF1 voudrait bien retrouver aujourd’hui.

C’est d’ailleurs cette émission qui a permis de relancer l’affaire des disparues de l’Yonne et à la finale d’identifier l’assassin de sept jeunes filles handicapées. Jacques Pradel et le journaliste Stéphane Munka sont même les seuls à avoir obtenu une interview télévisée du gendarme Christian Jambert, avant son « incompréhensible » suicide de deux balles dans la tête (voir sur ce blog : La PJ de 1995). 

Dans Côté Crimes (Ed. Télémaque), Pradel nous retrace 36 affaires criminelles, souvent avec le concours direct ou indirect de policiers, de gendarmes, de magistrats, d’avocats…, qui ont participé à son émission Café Crimes, sur Europe 1.

Il nous rappelle, par exemple, l’aventure incroyable de Frédéric Dard… L’auteur du Commissaire San Antonio est en train de travailler sur un ouvrage dans lequel la fille d’un écrivain se fait enlever, lorsque la réalité le surprend en pleine fiction. Dans son livre, Faut-il tuer les petits garçons qui ont les mains sur les hanches ? au Fleuve Noir,  Dard écrit (page 131) : « C’est à ce point précis de mon livre que l’impensable s’est jeté sur ma vie et que ma propre fille a été kidnappée, comme si le sort voulait me faire mesurer l’horreur d’une situation que j’inventais. » L’affaire s’est bien terminée. L’otage a été retrouvée saine et sauve, la rançon récupérée et le coupable arrêté et condamné.

Jacques Pradel nous raconte des histoires cote-crimes_pradel.1248771168.gifdont on se souvient mais aussi d’autres, plus anonymes. Qui se rappelle de Ceslaw Bojarski, ce faussaire génial qui durant douze années a fabriqué des faux billets de banque dans le sous-sol de son pavillon de Montgeron, dans l’Essonne ? Avec un tel talent qu’encore aujourd’hui, on dit « un Bojarski » comme on dit « un Cézanne ».

Tiens, pour apporter ma petite touche personnelle à ce livre, il semble me souvenir que Bojarski était à l’époque dans le collimateur de la DST. Réfugié polonais, il était soupçonné d’être un agent secret, alors « que » ce n’était en fait qu’un faux-monnayeur.

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