LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Police (Page 33 of 34)

Sarkozy, ministre de l'extérieur

Nicolas Sarkozy, comme un saltimbanque à la dernière représentation, met en scène son départ de la place Beauvau. Il a été le vingt-troisième ministre de l’intérieur de la V° République. Avant lui, cinq seulement, me semble-t-il, ont laissé leur empreinte.

Nicolas Sarkozy (2002 à 2004 et 2005 à 2007). Lorsqu’il débarque place Beauvau, alors qu’il espérait sans doute Matignon, Sarkozy, prend le contre-pied de son sarkozy.1174488371.jpgprédécesseur. Il estime que les flics ne sont pas là pour jouer au foot avec les gosses des banlieues, mais pour faire régner l’ordre. Ce discours volontariste change de la politique peu réaliste appliquée antérieurement. Il balaie d’un revers de manche la police de proximité et n’hésite pas à sanctionner ceux qui traînent les pieds. En 2003, il fait adopter en conseil des ministres la réforme territoriale de la police judiciaire, étendant du même coup la compétence territoriale des OPJ – tout en les éloignant de la tutelle des parquets. Il fait voter la loi pour la sécurité intérieure et parvient à obtenir le budget nécessaire pour doter les policiers d’un équipement plus moderne. Son deuxième passage à l’Intérieur est plus politique, et sans doute pour lui à plus haut risque, ce qui se traduit par plus d’actions d’éclat et moins d’actions tout court.

Charles Pasqua (1986 à 1989 et 1993 à 1995). Fils de policier, son arrivée dans la grande maison est suivie avec intérêt. Cofondateur du SAC, ce mouvement gaulliste qui a mal vieilli, au point de devenir une tanière de barbouzes et de spécialistes des coups tordus, Pasqua est un homme de l’ombre et de réseaux. Chirac doit s’en méfier, car il lui attache Robert Pandraud, ministre délégué, chargé de la sécurité. Pasqua durcit l’accès à la nationalité française, met en place la première carte d’identité infalsifiable, et rétablit l’obligation d’y apposer l’empreinte de l’index, au grand dam de la gauche – mais bien loin de la carte à puce électronique. En 1988, en pleine campagne électorale, il doit faire face à une affaire difficile. Après l’assassinat de quatre gendarmes et la prise d’otages de plusieurs autres, en nouvelle Calédonie, deux militaires de la DGSE sont tués lors de l’assaut du GIGN, commandé par le capitaine Legorjus. Mais on a sans doute tort de désigner Pasqua comme le seul responsable de cette opération pas forcément bien menée. En revanche, lors de la prise d’otages à l’école maternelle de Neuilly, en 1993, il donne des consignes très précises au RAID. Le preneur d’otages est abattu, mais aucun enfant n’est blessé. L’opposition tente une polémique, mais la mayonnaise ne prend pas. Sarkozy lui vole la vedette en négociant directement avec Eric Schmitt, alias Human bomb. Il sort de l’école, un enfant dans les bras, devant les caméras de télévision.

Pierre Joxe (1984 à 1986 et 1988 à 1991) – Avec lui, c’est la rigueur qui s’installe place Beauvau. Il n’a pas vraiment le contact avec la police de base, et, surtout, il n’est pas capable de s’opposer aux incartades du staff de Mitterrand, qui cherche à transformer la police nationale en police de pouvoir. En revanche, il a sans doute été le meilleur gestionnaire qu’ait connu le ministère de l’intérieur. Il met en route des réformes et des transformations (notamment en créant une sous-direction de la police technique au sein de la DCPJ), qui vont permettre de moderniser l’antique demeure. Finalement, à ce jour, il est peut-être le seul ministre de l’intérieur qui laissera sa griffe sur son maroquin.

Gaston Defferre (1981 à 1984) – Premier ministre de l’intérieur de François Mitterrand, il est accueilli par les policiers avec une certaine réserve. Il n’est pas évident pour eux d’effacer son nom des nombreuses notes qui mentionnent ses relations avec le milieu marseillais, notamment avec les frères Guérini. En fait, on comprend vite que la police ne l’intéresse pas. À tel point que Pierre Mauroy lui adjoint un secrétaire d’état chargé de la sécurité, Joseph Franceschi. Defferre s’attache surtout à mettre en œuvre l’une des grandes réformes voulues par la gauche : la décentralisation.

Raymond Marcellin (de 1968 à 1974) – Après les événements de mai-68, De Gaulle le choisit. Surnommé Raymond la matraque, il revendique le fait d’avoir réglé cette période quasi-insurrectionnelle sans aucune victime (à l’exception d’un commissaire de police). Persuadé que nos ennuis proviennent de « l’est », il dissout une douzaine de mouvements d’extrême gauche, et, pour la forme, un ou deux mouvements d’extrême droite. Il est le premier à durcir la politique d’immigration. L’affaire des écoutes du Canard enchaîné, entraîne sa chute.

Roger Frey (1961 à 1967) – Il récupère la lourde tâche d’assurer la sécurité en une période difficile pour la France. Sans doute ne prend-il pas les bonnes décisions, car on garde de lui, la répression sanglante de la manifestation de nationalistes algériens, le 17 octobre 1961 et surtout la « ratonnade » des jours suivants. On lui reproche également des consignes d’une fermeté excessive, lors de la manifestation de 1962. Il se doit d’endosser le drame du métro Charonne, même s’il s’agit probablement d’une erreur de commandement du commissaire chargé du maintien de l’ordre.

De la place Beauvau à l’Elysée, on peut s’y rendre à pied. C’est ce que doit penser Sarkozy. S’il prend les rênes du pays, à quoi faut-il s’attendre ? Il veut renforcer la législation sécuritaire (alors qu’aux Etats-Unis, le processus semble vouloir s’inverser), ce qui placerait notre pays parmi les démocraties les plus répressives, avec desretour-a-la-normale.1174499518.gif résultats probablement positifs – mais à quel prix ? Il équipera la police, surtout la police de sécurité publique, de moyens techniques plus importants, ce qui peut être une bonne chose. Il renverra la responsabilité de la police de proximité aux maires, ce qui me semble aussi une bonne chose. Car les maires n’échapperont pas à cette mission. Il persistera probablement dans sa volonté de fusionner les RG et La DST, ce qui pourrait faire de ce service, rappelons-le, un service de renseignements doté de pouvoirs de police judiciaire – ce que personne n’a osé faire en France. Imaginons la cellule Elyséenne de Mitterrand composée de milliers de policiers… Brrr ! Il durcira la législation pour les multirécidivistes et pour les mineurs de plus de 16 ans. Et, sans doute, réglera-t-il ses comptes avec la justice, peut-être avec un garde des sceaux sorti du rang…

Bien sûr, on est dans les supputations. Il existe, chez nos élus, tant de disparités entre les discours et les actes, que nul n’en sait rien. On dit que Sarkozy fait peur. Je crois que son intelligence parfois nous effraie, car on n’en saisit pas les limites. Moi, bizarrement, c’est en matière de sécurité qu’il me fait le plus peur.

La PJ, sous Giscard (3)

PARTIE 11 – A la fin des années 1970, la décrépitude du clan Zemour est en marche. Le guet-apens du café Le Thélème y est sans doute pour beaucoup. Un an plus tard, le 13 septembre 1976, la mort du chef des Siciliens, Jean-Claude Vella, abattu à Paris, puis celle de Marcel Gauthier, revolvérisé à Nice, suffiront, semble-t-il, pour effacer l’ardoise. L’honneur est sauf, se disent les Zemour. Edgard s’installe en Floride et Gilbert s’embourgeoise dans les beaux quartiers parisiens. Pour eux, le châtiment interviendra plus tard. Les règlements de comptes entre truands ne sont pas terminés pour autant. Maintenant, c’est Gaétan Zampa et Francis Vanverberghe (Le Belge) qui font tonner la poudre. Dans les années 77 et 78, c’est une petite dizaine de voyous qui passent ainsi l’arme à gauche, tous dans le sud de la France. Cette hécatombe, c’est la goutte d’eau. Après l’affaire du Palais de la Méditerranée, le casse de la Société Générale et quelques autres tripatouillages politico-mafieux, en 1978, en pleine période estivale, Nice va s’enrichir d’une brigade antigang.

patrick-henry.1174227066.jpgPendant ce temps, Patrick Henry est jugé pour le meurtre du petit Philippe Bertrand. La plaiderie de Robert Badinter et la mazarinade qui entoure l’exécution de Christian Ranucci, deux ans et demi plus tôt, vont lui éviter la guillotine. En janvier 1979, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il sera libéré vingt-deux ans plus tard. Il n’y aura d’ailleurs plus une seule exécution en France. Hamida Djandoubi, condamné pour tortures, viol et assassinat, est donc le dernier criminel à avoir été condamné à mort. Il a été guillotiné le 10 septembre 1977, à la prison des Baumettes, à Marseilles.

Le 19 mai 1978, les paras de la légion sautent sur Kolwezi, au Zaïre, afin de libérer des otages occidentaux détenus par des rebelles. Ce fait d’armes va sceller le destin d’un truand hors du commun, Bruno Sulak. Ce jeune homme, qui a sans doute choisi la légion pour ne pas tomber dans la délinquance, ne participe pas à cette opération militaire. Blessé dans son orgueil, il décide de ne pas rejoindre son régiment. Considéré comme déserteur, il va entamer une farandole de vols à main armée, dont certains seront mis en scène avec une certaine habilité, parfois teintée d’humour. Nous en reparlerons. Quelques mois plus tard, un terroriste palestinien prend plusieurs otages, à l’ambassade d’Irak, à Paris. La brigade criminelle, la BRI, et, très bizarrement, une toute jeune unité de la gendarmerie, le GIGN, se retrouvent sur place. Après de longues heures de négociation, le forcené accepte de se rendre. Broussard va le récupérer à l’intérieur de l’immeuble. Il le mène à une voiture où se trouve Ottavioli, le patron de la brigade criminelle. C’est alors que, depuis les étages de l’ambassade, une fusillade éclate. Les policiers ripostent. Tout ça sous l’objectif des caméras de télévision. Aux infos télévisées, on découvrira Broussard en train de se défiler, tandis que Pierre Ottavioli, figé sous les balles, reste droit comme le général de Gaulle, dans sa DS, lors de l’attentat du Petit-Clamart. Certains, par la suite, vont railler Broussard. Il s’en vexera. C’est pourtant lui qui avait raison. Lorsqu’il pleut du plomb, il vaut mieux se mettre à l’abri. C’est l’abc. Mais, hélas, dans cet échange de coups de feu, un policier a été tué, l’inspecteur Jacques Capella, et plusieurs autres ont été blessés. Les tireurs, tous protégés par l’immunité diplomatique, sortent « libres » des locaux de la brigade criminelle. Ils sont attendus, devant le 36, par une double haie de policiers en colère. Et l’on assiste à cette scène invraisemblable, où des tueurs sont protégés de la colère des flics par des gendarmes… Des gendarmes sur le ressort de la préfecture de police, lesquels participent à une opération de PJ, puis protègent des assassins de la vindicte des policiers, cela fait… deux premières, si je puis me permettre. Il faudra du temps pour dissiper le malaise né de ce déni de justice.

Cette même année, Giscard d’Estaing fait voter la loi informatique et libertés, qui vise à lutter contre l’utilisation abusive des fichiers informatiques.

Le 28 mars 1979, un arrêté modifie la direction centrale de la police judiciaire, et créé la sous-direction de la police criminelle et scientifique. Cette nouvelle structure chapeaute les laboratoires de police scientifique de Paris, Lille, Lyon, Marseille et Toulouse, ainsi que les services d’identification judiciaire et la documentation criminelle. Le mois suivant,corps-de-robert-boulin_les-secrets-de-notre-monde.1174233710.jpg un 19° SRPJ voir le jour, celui des Antilles et de la Guyane. En juin, Simone Veil devient le premier président du Parlement européen, dorénavant élu aux suffrages universels. Ce qui apporte de l’eau au moulin de Jacques Chirac, qui, six mois plus tôt, a lancé l’appel de Cochin. Lors de cette déclaration, il a qualifié l’UDF et les giscardiens de « partis de l’étranger », pour leurs prises de positions proeuropéennes. Le 30 octobre 1979, c’est un ancien résistant, opposé à Jacques Chirac, qui est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines. Il s’agit du ministre du travail, Robert Boulin, dont le nom circule alors pour remplacer Raymond Barre, à la tête du gouvernement. Le commissaire Alain Tourre, du SRPJ de Versailles, prend la direction de l’enquête. On a dit tout et son contraire sur la mort de Boulin, jusqu’à suspecter la véracité de l’enquête judiciaire. A posteriori, on se doute bien qu’un policier qui se serait laissé séduire par le chant des sirènes de la politique, au point de torpiller une enquête criminelle, se serait retrouvé ou préfet, ou en prison. Or, Tourre a fait une carrière normale – et bien en-deçà de son mérite. Il a fini contrôleur général. Et, il a conclu à un suicide. La cour de cassation confirmera d’ailleurs ce résultat, douze ans plus tard, après que la famille du ministre ait épuisé toutes les voies judiciaires pour démolir cette procédure. Le suicide est culpabilisant, pour ceux qui restent. Robert Boulin passait pour un homme intègre, ce qui est rare en politique, il n’a sans doute pas supporté que Le Canard Enchaîné publie une lettre anonyme qui l’accusait d’avoir acquis, dans des conditions douteuses, un terrain à Ramatuelle. Qui est l’auteur de cette lettre anonyme ? Pourquoi a-t-elle été publiée sous cette forme ? Qui aurait pu profiter des circonstances pour laisser planer le doute sur la véracité de son suicide ? Et pourquoi ? C’était une autre enquête. Qui n’a pas eu lieu. Le journal satirique croule d’ailleurs sous les tuyaux, puisque dans le même temps, il sort une information qui va couler Giscard d’Estaing aux élections suivantes : l’affaire des diamants. En 1973, un mois après que Jean-Bedel Bokassa soit débarqué de son trône d’empereur (sic) de Centre Afrique, il aurait offert à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des finances, une plaquette de bijoux d’une valeur d’un million de francs. Giscard s’embarbouille dans ses explications. Il n’arrive pas à se justifier. Il ne s’en relèvera pas, avec le résultat que l’on connaît, en 1981.

Le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine est abattu au volant de sa voiture, porte de Clignancourt, à Paris.

La création de la BRI de Nice – Nous étions une trentaine, assis en rond, par terre, dans une salle vide de tout mobilier. C’est ainsi que s’est tenue la première réunion de la un-groupe-de-la-bri-de-nice.1174235638.jpgbrigade antigang de Nice. Alors que nous discutions, j’observais ces hommes (et cette femme), qui allaient constituer cette brigade de choc. Ils venaient des quatre coins de France. Et, à l’exception de Marcel, un « vieux » de 47 ans, tout de suite surnommé Pépé, ils avaient tous entre 25 et 35 ans. Nous avions à notre disposition une caserne entière, désaffectée, dans le quartier Saint-Roch – et pas un bureau, pas une chaise. J’étais un peu découragé. Tout était à faire. Heureusement, mon adjoint, le commissaire Pierre Guiziou, se montra d’une efficacité certaine. C’était un homme de contact, qui avait le don pour se faire ouvrir les portes – alors que moi, je préférais les claquer. Nous étions complémentaires. L’une de nos premières grosses affaires nous mena à Paris. Une filature de mille kilomètres. Je crois que nous avons été les seuls flics capables d’effectuer ce genre d’exercice, à notre initiative, sans en référer à qui que ce soit. Les lascars que nous surveillions préparaient un coup, mais nous ne savions pas quoi. L’un d’eux, surnommé l’ingénieur, était un spécialiste des systèmes d’alarme. Une nuit, il avait réussi à pénétrer dans une agence bancaire, et il s’était endormi. Au petit matin, les employés l’avaient réveillé. Il avait simplement voulu démontrer l’inefficacité des protections de la banque. Six mois de prison. Il y a des gens qui n’ont pas le sens de l’humour. En fait, nos truands voulaient répliquer le casse du siècle. Et la filoche nous amena justement devant ladite banque, laquerry-rue-de-sevres.1174233256.jpg Société Générale de la rue de Sèvres, à Paris, là où notre ingénieur avait passé la nuit. En partant des caves d’un immeuble voisin, transformés pour les apparences en employés EDF, ils avaient imaginé percer un tunnel pour rejoindre les égouts et déboucher derrière le mur de la chambre forte de la banque. Lorsqu’on comprend enfin le scénario, on se congratule. C’est une superbe affaire, menée de A à Z par trente flics qui en veulent. L’ambiance se rafraîchit lorsque j’annonce qu’il va être temps de référer de notre aventure. Lucien Aimé-Blanc, le chef de l’OCRB, me reçoit gentiment, avant de me dire que tout son service est mobilisé sur le cas Mesrine. « Je te donne un gars, si tu veux, en observateur ! » me propose-t-il. Je décline l’offre. Et je passe de la rue du Faubourg-Saint-Honoré au quai des Orfèvres. Broussard me reçoit gentiment. Il me dit que tout son service est mobilisé sur le cas Mesrine. « Tu as combien d’hommes sur le terrain ? me demande-t-il. – Douze ! – J’en mets douze de plus. » Et les 24 poulets de la grande BRI de Paris, et de la toute jeune (et petite) BRI de Nice, se mettent à planquer de conserve. Jusqu’au jour où l’on s’aperçoit que nos voleurs ont sans doute vu trop grand. La lance thermique, qu’ils ont prévue pour transpercer le mur de la chambre forte, nécessite un recul de plusieurs mètres, pour ne pas fondre avec le béton. Ils risquent de ne pas avoir l’espace suffisant. On se dit qu’ils vont abandonner. Tout ce travail pour rien ! Alors, avec Broussardbroussard-et-moi.1174233155.jpg, et son adjoint, le commissaire René-Georges Querry, on décide d’intervenir, avant qu’ils ne plient les gaulles. Délit impossible, argueront plus tard les avocats. C’était un peu vrai. Ils écopèrent de peines gentillettes.

C’était la première fois que je descendais dans les égouts parisiens.

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La PJ, sous Giscard (2)

PARTIE 10 – Dans les années 70, le fonctionnaire chargé de tenir à jour le fichier du grand banditisme n’en finit pas de rayer des noms. Les morts violentes se succèdent, avec un pic important en 1973, l’année des records, une hécatombe chez les voyous, avec aussi, hélas ! quelques dégâts collatéraux. La PJ compte les coups. C’est pourtant une action de police qui va freiner l’ardeur des belligérants, même si ce ne fut pas de la manière escomptée.

Ce 28 février 1975, les hommes de la BRI n’ont pas le moral. Ils viennent de « foirer » une affaire. Un braquage qui a mal tourné. Bilan : le caissier de la banque a été tué, et les deux malfaiteurs, bloqués à l’intérieur, renversent la situation à leur avantage. Ils ont des otages. Ils exigent une rançon, un avion, etc. Ils repartent avec un million de francs, mais sans l’avion – ce qui n’est déjà pas si mal. C’est dans cet état d’esprit que le commissaire Marcel Leclerc reçoit un coup de fil de son collègue, Marcel Morin, fossoyeur de la French-connection à Marseille, et à présent patron de la 1e brigade territoriale. L’un de ses hommes, l’inspecteur Antona, a obtenu un tuyau : le clan des Zemour et la bande à Vella, autrement dit le clan des Siciliens, désirent discuter d’un armistice. Ils doivent se rencontrer dans le café, J’ai du bon tabac, boulevard de Saint-germain, à Paris. Dispositif en place, deux « clients » sont repérés dans le bar situé en face, Le Thélème. Leclerc et Broussard se concertent. Ils décident de se partager les objectifs. C’est Broussard qui récupère Le Thélème. L’inspecteur divisionnaire Chaix, accompagné de deux collègues, pénètre dans l’établissement par la porte principale, tandis qu’une autre équipe se présente à l’autre porte. « Police ! Que personne ne bouge ! … » crie Chaix. Instantanément, Joseph Elbaz ouvre le feu. Chaix, encaisse la balle dans l’épaule gauche, au-dessus du cœur. Il dégaine et riposte. Dans le bistroquet, les armes aboient. Puis c’est la mêlée générale, l’empoignade au corps-à-corps. Lorsque la fumée se dissipe, on monte au résultat. Du côté de la brigade antigang, les inspecteurs Chaix et Guitard, sont blessés. Chez les truands, c’est pire. Elbaz est mort sur le coup. Le chef de bande, William Zemour ne vaut guère mieux. Son frère Edgar a ramassé sept balles. Il s’en sortira – pour cette fois. Edmond Zemour, lui, est touché au genou gauche. Seul Roland Attali est indemne. Il n’en revient pas. Quant à l’autre bande, celle de Vella, Leclerc apprend par l’OCRB que toute l’équipe est réunie à des kilomètres de là, dans un pavillon de Paray-Vieille-Poste, dans l’Essonne. Les policiers les trouveront en train de sabler le champagne. On se demande ce qu’ils pouvaient arroser ? On comprend un peu tard que l’antigang s’est fait manipuler pour éliminer le clan Zemour. Ce n’était pas un bon jour pour la BRI, car un client, présent sur les lieux, qui s’est ramassé au passage, il faut le dire, une petite correction, est un avocat marocain, du nom de Benachenchou. Dénué du moindre fair-play, le ci-devant dépose plainte pour tentative de meurtre. La gauche monte au créneau contre les cow-boys de l’antigang, la police raciste, etc. Tandis que les syndicats déplorent le manque de formation, de moyens, etc. La routine. Tandis que nos poulagas sont poursuivis pour tentative de meurtre, les truands chevronnés de la bande à Zemour, du moins les rescapés, se voient reprochés des violences à agents de la force publique. Les arcanes de la justice… ! Poniatowski, empêtré dans les remugles de l’affaire des micros du Canard Enchaîné, a dumal à faire front. D’ailleurs, Benachenchou est intraitable. Il refuse ses excuses. Néanmoins, des années plus tard, en catimini, il acceptera un substantiel dédommagement pour retirer sa plainte.

Cette année-là, Franco est mort, et, à l’insu de tous, quelques personnages douteux posent les premiers jalons de la plus grande escroquerie que la France ait connu. Pourspaggiari-photo-affaires-criminelles.1173691884.jpg la société Elf Aquitaine, il s’agit du projet « Aix ». Pour la presse, cela va devenir « l’affaire des avions renifleurs ».

En juillet 1976, en un seul week-end, les coffres de la société générale, en plein centre de Nice, sont vidés de toutes leurs richesses. Pour commettre ce vol, que les journaux baptisent « le casse du siècle », les malfaiteurs ont réalisé un travail titanesque. À l’aide d’un véhicule tout-terrain, ils sont passés par le lit du Paillon, un torrent souterrain (à sec à cette époque) qui traverse la ville, et ils ont rejoint les égouts pour finalement déboucher derrière la salle des coffres de la banque. Une préparation qui a dû s’étaler sur des semaines. Avant de repartir, avec un butin estimé par la suite à quarante-cinq millions de francs, ils laissent, comme un pied de nez, l’inscription : « Ni armes, ni violence, et sans haine ». C’est grâce à un banal contrôle d’identité, effectué un mois plus tôt, sur deux petits malfrats marseillais qui trimballent du matériel et des outils de terrassement (ce qui est rare pour des voyous, généralement peu enclins aux travaux manuels), que les policiers vont remonter la piste. Elle les conduira à une équipe de Marseillais. On murmure que Gaétan Zampa… Mais on ne prête qu’aux riches. C’est alors qu’un informateur anonyme « souffle » aux oreilles des policiers le nom d’Albert Spaggiari. Fabulateur et mégalomane, submergé par une gloire médiatique qui lui monte à la tête, celui-ci revendique l’entière paternité de ce casse rocambolesque. Certains restent dubitatifs. C’est le cas du journaliste Roger-Louis Bianchini, dans son livre 13 mystères de la Côte, aux éditions Fayard. Dix jours après ce vol spectaculaire, qui ridiculise nos institutions, un peu comme l’aurait fait Arsène Lupin, Giscard d’Estaing se croit sans doute obligé de faire preuve de fermeté. Il refuse la grâce de Christian Ranucci. Celui-ci est guillotiné le 28 juillet 1976.

ranucci-photo-scene-de-crime.1173692049.jpgEn mars 1977, Michel Poniatowski, durement secoué par les révélations qui ont suivi le meurtre de Jean de Broglie, quitte le ministère de l’intérieur. Sa carrière politique virera nettement à droite. Il est remplacé par Christian Bonnet, homme discret, sans couronne, dont le principal mérite aura été d’épingler une médaille sur mon veston. Pendant ce temps, Mitterrand demande un référendum sur la force de dissuasion, et, à Téhéran, après les émeutes sanglantes du 8 septembre 1978, la révolution est en marche. Quelques mois plus tard, le Shah boucle ses valises dans l’urgence et abandonne son pays. L’année suivante, commence la guerre Iran-Irak. Le prix du pétrole s’envole (100 dollars actuels) et la politique sociale de Giscard d’Estaing est reportée à la saint-glinglin.

À Nice, il se passe toujours quelque chose. Cette fois, c’est Agnès Leroux, la fille de la patronne du casino Le palais de la Méditerranée, qui disparaît. C’est le début d’une saga à la Dallas, dont le dernier épisode n’est pas encore tourné.

1978, est l’année des trois papes. À la mort de Paul VI, en un temps record, le conclave désigne comme successeur le cardinal Luciani. Celui-ci prend le nom de Jean-Paul 1er. Son pontificat dure 33 jours. Le 29 septembre 1978, Jean-Paul 1er se meurt – en bonne santé. Beaucoup s’étonnent que le saint homme soit décédé si soudainement. D’autres s’interrogent. Aurait-il découvert des choses qu’il ne voulait pas cautionner ? On pense à la curie, on murmure le nom de sectes mystérieuses, la loge P2, l’Opus Dei… Douze heures après son décès, le corps est embaumé. Pas d’autopsie, pas d’enquête. C’est le cardinal Wotjyla qui va lui succéder.ma-mere.1173692216.jpg

Ma mère est morte, aussi, cette année-là.

L’enlèvement de la fille du roi de l’étain – Lorsque nous avons débarqué de l’avion, à l’aéroport de Genève, l’inspecteur divisionnaire Hubert Fadda et moi, un policier suisse nous attendait. Nous étions porteurs d’une commission rogatoire internationale pour le meurtre d’un certain Rumi Giovanni. On avait retrouvé son corps, criblé de balles, sur les bords de l’autoroute, près d’Auxerre. Ça sentait le règlement de comptes à plein nez, aussi, j’avais réussi à conserver l’affaire au sein du GRB, au grand dam de mon ami, Alain Tourre, chef du groupe criminel du SRPJ de Versailles. Fadda est un flic hors du commun. Il marche à l’instinct. D’ailleurs, au poker, lors des nuits de permanence, c’est souvent lui qui part avec la cagnotte. En dehors du fait qu’il était mort d’une overdose de plomb, ce Giovanni présentait deux particularités. D’abord, il était probablement un élément dormant de la mafia italienne. Et ensuite, on avait trouvé, en perquisitionnant sa chambre, une mallette pleine de billets de cent dollars. Le genre de plan qu’on voit dans les films – et qui fait totalement bidon. L’enquête avait permis de déterminer que notre client avait résidé à Lausanne. « Vous savez, Lausanne, c’est un autre canton… », nous dit le policier genevois, avec son accent nonchalant. Ils ne sont pas chauds, les poulets suisses, pour nous servir de cicérones. Fadda n’y prête pas attention. Il explique l’affaire, et il sort la liste des billets de cent dollars. D’un seul coup, ils se réveillent à la sûreté de Genève. Quelques semaines auparavant, Graziella, la fille du plus gros industriel de la région a été enlevée. Les ravisseurs exigent une importante rançon qui doit être remise par George Ortiz, le père de la fillette. Celui-ci doit prendre l’autoroute et s’arrêter cinq minutes sur chacune des aires de stationnement, pour attendre de nouvelles instructions. Le jeu de piste traditionnel, dans ce genre d’entreprise. Tous les flics du coin sont mobilisés. Ortiz s’arrête sur le premier parking. Là, un homme lui demande de jeter la rançon par-dessus le grillage qui sépare l’autoroute d’une voie de dégagement. L’homme récupère l’argent et démarre tranquillement. Les collègues suisses n’ont rien vu. Alors, évidemment, ils sont à cran. Et les numéros sur la liste qu’on vient de leur remettre correspondent aux billets de la rançon. Ce qu’on savait déjà. C’est pas parce qu’on fait le même métier qu’on est obligés de tout se dire… On a aussi une liste de suspects. Moi, pragmatique, je propose qu’on ramasse tout le monde. Mais les Suisses hésitent. Trop. Le lendemain, il y a une fuite dans la presse. Les opérations démarrent en catastrophe. Je n’y prends pas part. Après une petite altercation avec mes collègues, à deux doigts de l’incident diplomatique, j’ai préféré claquer la porte. J’ai toujours adoré claquer les portes. Mon histoire s’arrête donc là. Le côté positif de cette enquête, c’est que la gamine a été retrouvée saine et sauve. Quant à suisse-france-match-nul.1173692838.jpgl’argent… Des années plus tard, cité pour témoigner au procès des kidnappeurs, j’ai retrouvé Fadda et son équipe dans le train pour Genève. Les passagers du TGV on dû se demander quels étaient ces énergumènes, mal fagotés et bruyants, qui tapaient le carton dans un wagon de 1ère classe. Cette bourrique m’a encore plumé au poker.

Ah oui ! Avant de quitter Lausanne, j’ai croisé deux yeux noirs. Les yeux noirs m’ont souvent joué des tours. Ceux-là avaient 25 ans et s’appelaient RoseMarie. Quelques mois plus tard, on grimpait la Cordillère des Andes, la mano dans la mano, à la recherche de la ville sacrée des Incas, le Machu picchu. Rien de tel pour se laver la tête.

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La PJ, sous Giscard

Partie 9 – Le massacre qui a suivi la prise d’otages de la délégation israélienne, aux Jeux Olympiques d’été à Munich, en septembre 1972, fait prendre conscience aux autorités de différents pays d’Europe, qu’il faut disposer d’une force d’intervention spécialisée pour gérer ce genre de situation. En France, des groupes d’intervention de la police nationale (GIPN) sont créés dans les mois qui suivent. Le commissaire Nguyen Van Loc (il jouera son propre rôle dans la série télé Le chinois), est sans conteste le gipn.jpgdéfricheur. Dès le mois d’octobre, il met sur pied le GIPN de Marseille. Ces brigades, au nombre de onze, ne dépendent pas de la PJ, mais de la direction de la sécurité publique (DCSP). Un an plus tard, c’est la gendarmerie qui installe, sous la férule du lieutenant Christian Prouteau (il deviendra préfet sous Mitterrand) le groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). À ses côtés, on trouve le lieutenant Paul Barril, plus spécialement chargé de la technique, de l’armement et de la partie opérationnelle. Le directeur central de la PJ, Maurice Bouvier, refuse de suivre le mouvement. Il estime que ce genre de mission ne relève pas de la compétence de son service. Douze ans plus tard, sous la pression de Robert Broussard, alors au cabinet du directeur général de la PN, le RAID (recherche – assistance – intervention -dissuasion) voit le jour. Son premier chef est le commissaire Ange Mancini.

Entre 1969 et 1976, sept femmes et un homme sont assassinés dans le département de l’Oise, à  l’intérieur d’un périmètre de quatre kilomètres sur deux. Jamais le dimanche. La presse parle du tueur de Nogent, et l’arme, toujours la même, est une carabine .22 LR. L’homme sera finalement arrêté malgré une guéguerre police-gendarmerie qui n’a pas facilité les choses. Il s’agit d’un ancien para, Marcel Barbeault, 35 ans, marié et père de deux enfants.  Mais à partir de mai 1978, un nouveau maniaque fait son apparition. Lui aussi s’en prend à des jeunes femmes, mais à la différence de Barbeault, son action criminelle est désordonnée. Cette fois, il est surnommé le tueur de l’Oise. Lorsqu’il est interpellé, le 9 avril 1979, l’affaire fait grand bruit, car il s’agit d’un gendarme de Chantilly. Il se nomme Alain Lamare, et il a 23 ans. Ses motivations sont nébuleuses. Il semble qu’il prenait plaisir à voir ses collègues rechercher tous azimuts un assassin, alors qu’ils le côtoyaient journellement. Le journaliste Yvan Stefanovitch s’est passionné pour cette affaire. Il en a fait un livre : Un assassin au-dessus de tout soupçon, aux éditions, J’ai Lu. Alain Lamarre a été reconnu « irresponsable ». Il n’a donc pas été jugé mais enfermé à l’hôpital psychiatrique de Sarreguemines.

En février 1974, au Canard Enchaîné, le juliénas doit couler à flot, lorsque Georges Pompidou remercie Raymond Marcellin. Il nomme Jacques Chirac à sa place. Quelques mois plus tard, il y a un nouveau décès chez nos amis les truands. Il se nomme Roger Bacry, mais tout le monde l’appelle P’tit Roger. Il a eu des rêves de puissance, au point de trahir les Zemour, et de prendre la tête du clan ennemi, les Siciliens. Beaucoup de morts de part et d’autre, mais il a vu trop grand, le petit Roger, cette aventure l’a dépassé. Depuis, il est sur le qui-vive, il sursaute au moindre bruit, il guette celui qui va le liquider. En fait, il est déjà mort. Il a craqué. Ce 12 juin 1974, il tire sur sa compagne, Josiane A., et se loge une balle dans la tête. Josiane s’en sortira. Pas lui. Dans son livre Les derniers seigneurs de la pègre, aux éditions Julliard, Roger Le Taillanter cite l’oraison funèbre prononcée par Gilbert Zemour : « C’était une crapule, une ordure, un rat d’égout. Je comprends qu’il se soit suicidé ! Il avait fait tellement de saloperies…» C’étaient paroles d’expert.

Le 26 mai 1975, un décret officialise les relations entre l’organisation internationale de police criminelle (l’OIPC-Interpol) et la France. Chaque pays membre possède en effet un correspondant unique : le bureau central national (BCN). Pour la France, il est désormais rattaché à la DCPJ. Le directeur central PJ devient donc le chef du BCN-France. Sinon, les années 70 apportent peu de changements dans les structures de la PJ. Les policiers tentent surtout de s’adapter à deux nouveaux fléaux de la société, auxraf.1173003251.gif desseins d’ailleurs tout à fait différents. D’un côté le terrorisme, aux prétentions idéologiques, et de l’autre, les enlèvements avec demande de rançon, clairement crapuleux.

La France est relativement épargnée par le terrorisme d’extrême gauche, à l’exception d’action directe. En fait, contrairement à l’obsession de Raymond Marcellin, la violence politique (ou la politique de la violence) n’a pas trouvé son ferment dans mai-68. C’est différent en Italie, où les brigades rouges sèment la terreur et surtout en Allemagne (de l’ouest), où la fraction armée rouge (FAR), autrement appelée en France bande à Baader (par référence à la bande à Bonnot ), enchaînent les attentats et les exécutions. schleyer-otage-de-la-raf.1173044757.jpgEn septembre 1977, la PJ arrête Klaus Croissant, qui avait recherché l’asile politique en France. Malgré les protestations de nombreux intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre et Michel Foucault, il est extradé vers l’Allemagne un mois plus tard. Klaus Croissant est l’avocat d’Andréas Baader et de ses acolytes, arrêtés en 1972. Epoque où Brigitte Mohnhaupt prend la relève et poursuit l’action de Baader. Elle est alors définie comme la femme la plus dangereuse d’Allemagne. Condamnée à perpétuité, en 1985, pour neuf assassinats, dont celui du représentant du patronnat allemand, Hans Martin Schleyer, et celui du procureur général, Siegfried Buback, elle est toujours emprisonnée. Elle doit être libérée le 27 mars 2007. Libération qui fait grand bruit outre-Rhin, alors qu’on doit bientôt commémorer la mémoire de toutes les victimes de cette organisation criminelle et qu’en Italie sourdent de nouvelles brigades rouges.

Aux élections législatives de 1974, la gauche arrive en tête au premier tour. Pourtant, le PS et le PC ne parviennent pas à s’entendre, ils sont laminés au second tour. Giscard d’Estaing va donc débuter son septennat avec une forte majorité de droite. Chirac n’a pas beaucoup de chemin à faire : il quitte la place Beauvau pour Matignon. Il aura été ministre de l’intérieur pendant trois mois. C’est Michel Poniatowski qui lui succède. Considéré comme le principal organisateur de la victoire de Giscard d’Estaing aux élections présidentielles, il est nommé ministre d’état, ministre de l’intérieur. Contrairement au protocole, dans ce gouvernement, le premier de nos ministres n’est donc pas le garde des sceaux, mais le chef de la police. La tradition perdure. En tout cas, Ponia doit être satisfait. Il ne sait pas ce qui l’attend.

Le 24 décembre 1976, Jean de Broglie, sort du bureau de son conseiller financier, Pierre de Varga. Un homme l’attend. Il lui tire dessus et s’enfuit. Celui qui vient de mourir n’est pas n’importe qui. Il est député de l’Eure, ancien ministre, et c’est l’homme qui, avec Louis Joxe, en 1962, signa les accords d’Evian. Il fut également l’un des fondateurs du parti des républicains indépendants, à côté de Valéry Giscard d’Estaing. La brigade criminelle mène rondement l’enquête. L’assassin est arrêté quelques jours plus tard. Il se nomme Gérard Frèche. Il a été recruté par un policier […], Guy Simoné, pour exécuter un contrat, à la demande de Pierre de Varga. Poniatowski et Pierre Ottavioli, le patron de la brigade criminelle, pontifient de conserve sur cette brillante réussite. Ils pavanent devant la presse et font des déclarations circonstanciées sur les raisons de ce meurtre. Pour faire court, tout cela n’est qu’une sordide affaire de gros sous. Mouais ! Ce n’est pas l’avis de l’inspecteur divisionnaire Michel Roux, de la 10° BT. Il rappelle, d’abord poliment, puis un peu moins poliment, qu’il a transmis deux rapports pour signaler qu’un contrat existait sur la tête de l’ancien ministre et que la BRI, dirigée par le commissaire Marcel Leclerc, avait été chargée de surveiller les protagonistes de cette machination. C’est un vieux routier de l’antigang, l’inspecteur divisionnaire Plouy, qui a hérité du bébé. On dit qu’on ne se bousculait pas à la brigade pour traiter cette affaire. Que s’est-il réellement passé ? Les policiers ont-ils relâché leur surveillance ? Ont-ils reçu des ordres en ce sens, comme certains l’ont affirmé ? Ou peut-être n’y ont-ils pas cru, tout simplement… Mais le contrat est exécuté – et aucun policier n’est présent. Et comme toujours dans ces cas-là, chacun, du chef de service au lampiste, chacun s’emberlificote dans ses mensonges. Mais, plus tard, l’Express, puis Le Canard Enchaîné, font des révélations. Et ce qui n’était qu’une boulette devient un scandale politique. Car, Jean de Broglie avait été le trésorier du parti républicain et il était également l’un des financiers d’une institution de l’église catholique : l’Opus Dei. Et il semble que cet organisme, répertorié « très à droite », et que certains n’hésitent pas à présenter comme une secte, ait largement contribué à alimenter les caisses du parti qui a placé Giscard au pouvoir. Je ne suis sûr de rien, sauf d’une chose : de grands chefs de la police ont vu pâlir leur auréole dans cette histoire politico-policière. Elle fait tache dans les annales de la brigade criminelle. Pierre Ottavioli a raconté ses mémoires dans un livre Echec au crime, aux éditions Le livre de poche.

L’enlèvement de Louis Hazan – Le 31 décembre 1975, le P-DG de la société Phonogram est enlevé en pleine réunion professionnelle. Les truands braquent l’assemblée et mettent leur victime dans une malle en osier avant de disparaître. Les ravisseurs réclament une rançon de quinze millions de francs. Le patron de la brigade criminelle, Pierre Ottavioli, Otta, pour les intimes (ils sont peu nombreux), fait mine d’accepter. Il monte une souricière et les policiers interpellent les deux hommes venus récupérer les sacs censés contenir l’argent (en fait de vieux annuaires) : les frères Pech. Maintenant, il s’agit de sauver l’otage. Et chaque minute compte. Il est donc indispensable d’obtenir des confidences des deux individus arrêtés. Ici, il existe trois versions. La version officielle, selon laquelle les enquêteurs découvrent un numéro de téléphone griffonné sur le bas du jean de l’un des ravisseurs. La version officieuse, qui mentionne qu’on leur a laissé passer un coup de fil, et que le numéro a été intercepierre-ottavioli.1173006098.jpgpté. Enfin, la dernière version, juste pour information, mais peu vraisemblable, selon laquelle les deux hommes se sont pris une « sérieuse avoine ». Je vous laisse choisir. Le numéro de téléphone correspond à une adresse à Tremblay-le-Vicomte, en Eure-et-Loir. Michel Guyot, surnommé Michel les bretelles, le patron du SRPJ de Versailles, me réquisitionne vers 19 heures 30. Il reste peu de monde à la brigade. Je fais le tour des bureaux et parviens à recruter une demi-douzaine de « volontaires ». Ça traîne des pieds, car chacun est persuadé que le tuyau est bidon. « Si c’était du solide, ils nous auraient pas invités, les seigneurs du 36… », ronchonne un enquêteur. Maurice Duyck, un vieil inspecteur divisionnaire, qui a été mon mentor durant mes premières années, ne dit rien. Mais je devine qu’il s’est renseigné. C’est du sérieux. Au dernier moment, Aimé Brémond, le sous-chef du SRPJ, doit s’être tenu le même raisonnement. Il me dit : « Tiens, je vais aller avec vous ! » Il pense qu’on n’est pas assez nombreux. Ou il ne me fait pas confiance. Ou il en marre de rester derrière son burlingue… Je plaisante. Brémond, que tout le monde surnomme Mémé, est le genre de patron que j’apprécie. Il n’a pas fait une super carrière, mais il est toujours resté droit dans ses bottes. Il faut être sur place avant 21 heures, l’heure légale en matière de perquisition. Ce jour-là, si on a pris des risques, c’est bien sur la route. À faire exploser les radars automatiques – s’il y en avait eu à cette époque. En chemin, les choses se précisent. Les nouvelles consignes sont de surveiller les lieux jusqu’à l’arrivée des collègues de la PP, et de ne rien faire d’autre. « Même pas en rêve », maronne quelqu’un au-delà des ondes. Ça doit être Patrick !… À l’entrée de Tremblay, les gendarmes nous attendent. Ils nous pilotent. On s’arrête à une centaine de mètres de la maison. Il fait nuit, un bout de lune éclaire une grande bâtisse. Elle se trouve au milieu d’un parc, et de larges portes-fenêtres font face à l’entrée. Il doit y avoir cinquante mètres à découvert. Pour l’effet de surprise, ça ne va pas être évident… Mémé attend des instructions. Je le bouscule un peu. La vie d’un homme peut se jouer à quelques secondes. « On y va », lâche-t-il. En disant ça, il transgresse les ordres. Je l’aimais bien. On escalade le portail, on se faufile dans le parc. Derrière moi, un collègue actionne la culasse de son PM. Je serre les fesses : ça part tellement vite ces trucs-là. Je mets la main sur la poignée de la porte, et… elle s’ouvre. On fonce. La pièce est vide. La maison est vide. Dans un coin, la télé marche en sourdine, sur une table basse, deux verres à moitié vides et un cendrier bourré de mégots. Rien ! « Allez, les enfants, on refouille tout ! ». J’ai lancé ça d’une voix ferme, mais l’heure légale est passée, nous n’avons pas de témoins et nous ne sommes pas saisis de l’affaire. On n’est même pas certains d’être dans la bonne maison. Si on s’est plantés, va y avoir des têtes qui vont tomber… Et Mémé sera aux premières loges. Juste devant moi. C’est bon parfois d’avoir un chef. On se dirige vers la cuisine. De la vaisselle sale, un reste de repas. Rien d’intéressant. Soudain, un léger bruit nous fait tressaillir. On sonde les murs. Ça sonne creux. Il y a une ouverture derrière l’une des cloisons. On la fait sauter et on tombe sur un réduit de deux mètres sur trois. Sur un matelas, à même le sol, un homme est attaché par des chaînes. Il porte une cagoule noire sur la tête. Je la lui retire. Il est terrorisé. « Vous êtes Hazan ? » je demande. Je sors ma carte, je le rassure. Il finit par prendre confiance. « J’ai cru ma dernière heure arrivée », nous confiera-t-il plus tard…

Ni Mémé ni moi, ni aucun gars du GRB, nous ne serons invités au pot offert par Louis Hazan pour remercier la police de l’avoir délivré. Il n’a jamais dû savoir qu’on n’était pas du 36 – et d’aucun s’est bien gardé de le lui dire. Ça fait rien, on s’est bu une bière entre nous.

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Le pistolet Sig Sauer est-il adapté à la police ?

Petit à petit, les policiers troquent leur bon vieux revolver Manhurin contre un pistolet automatique, d’origine suisse, mais fabriqué en Allemagne, le Sig Sauer. Il y a quelques jours, un gardien a perdu le sien lors d’échauffourées qui ont opposé les forces de l’ordre à une quarantaine de jeunes de Mantes-la-Jolie (Yvelines). Les autorités ont aussitôt fait quadriller le secteur pour tenter de retrouver le pistolet. On comprend bien leur inquiétude. Si cette arme tombait entre les mains d’un jeune…

Certains syndicats de police ont aussitôt réagi. Ils ont fait part au directeur départemental de la sécurité publique des problèmes qui sont apparus depuis que ces pistoletssig-sauer-sp-2022.1172653894.jpg ont été mis à la disposition des policiers des Yvelines.

Oyez, oyez ! bonnes gens ! « Les pressions qui ferment les étuis ont tendance à s’ouvrir trop facilement…En outre, les pistolets sont dorénavant en composé de résine, seul le canon est métallique. Plus légers, ils font aussi moins de bruit quand ils tombent », déclare Jérôme Moisant, du syndicat SGP-FO, au journal Yvelines matin.

Les syndicats demandent donc de réintroduire l’usage de la dragonne, ce cordon qui reliait auparavant l’arme au ceinturon. Pas de problème, a répondu l’administration, on a des milliers de dragonnes en réserve. Oui, mais voilà ! la crosse du Sig n’est pourvue d’aucun crochet. Il faut donc changer les crosses. Ah !… Dans ce cas, il faut évaluer le coût.

Bon, les policiers des Yvelines ne sont pas près d’obtenir leur petit bout de ficelle.

En découvrant cette anecdote, j’ai souri et je me suis dit que l’administration française ne changerait jamais, me souvenant des essais interminables concernant des gilets pare-balles, ou des vaines demandes de quelques paires de gants pour manipuler les cadavres, la drogue ou certains objets peu ragoûtants, comme on peut en trouver lors des perquisitions. Puis, en poursuivant ma lecture, j’ai pris connaissance des propos de Jean-Philippe Cambier, du syndicat Alliance. Il dit : « Il ne faudrait pas que le pistolet perdu se retrouve entre de mauvaises mains. C’est tout de même une arme terrible, une arme de guerre. Ça tire du 9 mm. parabellum. »

cartouches-wikipedia.1172653997.jpgVoilà une déclaration qui donne à réfléchir… Le Sig est un pistolet automatique avec un chargeur de quinze cartouches. Il est superbe, tous les connaisseurs vous le diront. Précis, bien en main, il pèse moins d’un kilo, et possède un système dit à double-détente qui lui donne une sécurité équivalente au revolver (qui est une arme à barillet). Avant d’être adopté par la police française, il a fait l’objet d’essais auprès de nombreux policiers, et tous ont été unanimes : avis positif. Faut dire que par rapport au revolver Manhurin, il n’y avait pas photo. Mais, c’est… « Une arme terrible, une arme de guerre. »

Les policiers l’ont tout de suite adoptée – mais est-elle adaptée aux policiers ? Pas si sûr. Les représentants de l’ordre sont armés, mais, comme n’importe quel citoyen, ils sont responsables de leurs actes. Ouvrir le feu déclenche systématiquement une enquête administrative, et, dans le cas où une personne serait blessée, ou tuée, une enquête judiciaire. Pour que la légitime défense soit reconnue, il faut que « la défense soit proportionnelle à l’attaque », nous dit le code pénal. Pour faire simple, l’arme ne doit donc être utilisée qu’en tout dernier ressort. Ce qui veut dire pour la défense de soi-même ou d’autrui. La préoccupation, dans ce cas, n’est pas de tuer son adversaire, mais de le stopper dans son élan meurtrier. On doit donc s’attacher au pouvoir d’arrêt d’une munition et non à son pouvoir de destruction. Or, une balle à forte vélocité peut traverser les chairs, et, si elle ne touche pas un organe vital, ressortir sans neutraliser celui qui l’a reçue.

spirou-de-tome-et-janry.1172654115.jpgEn novembre 2006 , après un match de football, à la sortie du Parc des Princes, un policier est coincé par un groupe d’énergumènes destructeurs. Il tire pour se dégager et protéger une autre personne. La justice souscrit à la légitime défense. Elle estime que l’homme n’a fait que son devoir. Mais sa balle a traversé l’un des agresseurs, avant d’en tuer un second – cela ne serait pas arrivé avec une arme moins puissante, ou avec une munition différente*. Le policier est hors de cause, mais pas l’Etat. En dotant ses agents d’armes de guerre, un avocat retors (si, si, il y en a) pourrait très bien ébaucher une action judiciaire en ce sens.

Longtemps, j’ai pensé que nous, policiers, c’est-à-dire agents civils de l’État (à la différence des gendarmes, qui sont des militaires) ne devrions être armés que pour des missions ponctuelles. Les années m’ont donné tort. Depuis, on a affublé les inspecteurs d’uniformes militaires, on leur a donné des grades militaires, et on les dote d’armements militaires. Très bizarrement, parmi les candidats aux élections présidentielles, seul Olivier Besancenot (Le Monde.fr) va dans ce sens. Désolé mon ami, tu n’es pas sur la bonne planète. Sur notre vieille terre, les flics sont inéluctablement robotisés, et comme tu ne seras probablement pas président, les choses ne sont pas près de changer.

On aura beau dire, il y a quand même une certaine hypocrisie à nous vanter l’avantage d’armes non létales, comme le taser ou le flash-ball , et, parallèlement, à équiper la police d’armes de guerre.

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* La munition 9 mm. para est-elle adaptée à la police ?

La PJ, mes débuts

PARTIE 8 – Le démantèlement de la French connection, à Marseille, et surtout le durcissement de la législation concernant le trafic de drogue, font comprendre aux « survivants » qu’il est temps de changer de négoce. Tandis que Vanverbergh, alias Francis le Belge bronze rayé derrière les barreaux, Zampa étend son activité en direction du monde du jeu. C’est alors qu’un nouveau larron vient bouleverser la donne, Jacques Imbert, dit Jacky le mat. Pour montrer qu’il « en a », il n’hésite pas à racketter Jean-Dominique Fratoni, le patron du tout nouveau casino à Nice, le Rhul.

lenquete-corse-par-petillon.1172417345.jpgLes malandrins semblent mieux organisés que les policiers, car pour la PJ, la vie n’est pas rose. Les investigations en matière de grand banditisme (on parle aujourd’hui de criminalité organisée), sont contrariées par des structures administratives et judiciaires qui, dans les années 70, étalent leur inadéquation. Les juges d’instruction, isolés dans leur sanctuaire, traitent leurs dossiers au cas par cas, incapables de débobiner l’écheveau de la guerre des gangs. Et les policiers ne font pas mieux, souvent pour des raisons identiques, ou pire, par rivalité. S’ajoute à cela, le début d’une véritable concurrence avec la gendarmerie qui ne veut plus être « la police des campagnes ». À tel point que le gouvernement de Pierre Messmer désignera une commission pour étudier les relations gendarmerie-PJ : la commission Tricot. Composée de personnes incompétentes (dans ce domaine), le rapport Tricot enfante, en janvier 1973, un amoncellement de banalités. Pour faire taire les flics, vingt ans après la création de l’office des stups, un décret du 11 octobre 1973 créé l’office central pour la répression du banditisme (OCRB). On adore en France ce genre de réforme qui ne coûte rien et qui donne l’impression qu’on a réglé le problème. L’office du banditisme mettra de longues années à trouver sa voie. Le commissaire Bellemin-Noël, chef de la 4° division, axe son activité sur la documentation et l’assistance aux autres services. Il choisit un commissaire du SRPJ de Versailles, Joseph Lebruchec, pour le diriger. Les commissaires qui lui succèdent : Lucien Aimé-Blanc, Charles Pellegrini ou moi-même…, voient les choses différemment. Ils sont nettement orientés vers l’intervention et le coup d’éclat. Les frictions avec la BRI de Paris sont inévitables. En effet, la brigade antigang, est enclavée dans un territoire limité à la capitale et à la petite couronne, tandis que l’office bénéficie d’une compétence nationale. Pour ces raisons, le commissaire Robert Broussard, alors chef adjoint de la BRI, et avant tout homme de terrain, se retrouve souvent borderline avec la procédure pénale. Heureusement, son patron, le commissaire Marcel Leclerc, plus diplomate, et de surcroît docteur en droit, est là pour arrondir les angles.

En 1972, l’OCRB accueille l’inspecteur Jacqueline Marinont, l’une des premières femmes affectée en PJ. Deux ans plus tard, le corps des commissaires s’ouvre également au sexe autrefois dit faible. Et en 1978, on verra pour la première fois une femme « gardien de la paix » (gardienne ?).

Pendant ce temps, chez « les hommes », le toilettage se poursuit. Les hostilités démarrent en mars 1973, avec l’exécution dans le parking de son immeuble, à Nla-mafia-vsd.1172417528.jpgeuilly, de Raphaël Dadoun, alias Yeux de velours. Dadoun n’est pas n’importe qui. Il a participé, en 1964, au braquage de la bijouterie Colombo, à Milan, qui reste l’un des plus beaux coups jamais effectué. Il est acoquiné aux frères Zemour. Et Jean-Louis Augé, dit Petit Jeannot, le parrain incontesté du milieu lyonnais, le considère comme son frère. La raison de ce règlement de comptes est, semble-t-il, l’association « un peu forcée » entre Dadoun et Gabriel Loreau, alias Gaby le chanteur. Ce dernier, tenancier de plusieurs boîtes de nuit sur Paris, âgé de 60 ans, préfère pactiser avec le clan Zemour plutôt que défendre son patrimoine l’arme à la main. C’est en fait le début d’un conflit entre le clan Zemour et le clan des Siciliens. Une trentaine de cadavres plus loin, le point final sera probablement le meurtre d’André Gau, surnommé Dédé le gode (on reviendra sur ce surnom incongru), en décembre 1987, dans une cabine téléphonique de Neuilly.

Pour la première fois, en 1974, un débat télévisé oppose deux candidats aux présidentielles. On se souvient des petites phrases de Giscard d’Estaing envers François Mitterrand : « Vous êtes un homme du passé… » ou bien « Vous n’avez pas le monopole du cœur… » Après un coup tordu (l’appel des 43 ) manigancé par Jacques Chirac pour évincer Chaban-Delmas, Giscard d’Estaing bat Mitterrand de 420.000 voix. Et Chirac est nommé Premier ministre.

Tandis que « les grands » s’amusent à nos dépens, une nouvelle forme de criminalité, importée d’Italie, émerge en France : les enlèvements avec demande de rançon. La série sera longue (Hazan, Thodoroff, Fériel, Révelli-Beaumont, Empain…) avant qu’une décision difficile (mais nécessaire pour enrayer cette pratique) ne soit prise : on ne paie pas. L’un des premiers enlèvements répertoriés est celui de Christophe Mérieux, âgé de 9 ans, en décembre 1975. Les ravisseurs exigent une rançon de vingt millions de Francs. Le père, propriétaire d’un groupe pharmaceutique, a le bras long, il peut aisément réunir une telle somme, mais le ministre de l’intérieur, Michel Poniatowski, refuse de céder. Alain Mérieux, relation personnelle du commissaire Claude Bardon, et surtout de Jacques Chirac, passe outre. Il remet la rançon aux ravisseurs. Les kidnappeurs enferment l’enfant dans un sac et l’abandonnent dans une poubelle. Le jeune garçon parvient à se libérer et rentre chez lui, en stop. Alors que toutes les forces de l’ordre sont à sa recherche, il sonne à la porte de son domicile et, d’une petite voix, annonce dans l’interphone : « C’est moi ! » Louis Guillaud, alias la carpe, est arrêté deux mois plus tard, alors qu’il troque des billets de la rançon contre des lingots d’or. L’un de ses complices, Jean-Pierre Marin, est abattu lors de son interpellation, le 5 mars 1976. Il est probablement l’un des assassins du juge Renaud. Christophe Mérieux est mort en juillet 2006, d’une crise cardiaque. Jean-Louis Guillaud, condamné à vingt ans de réclusion, a été libéré au bout de quatorze ans. Il coule une retraite paisible dans le nord du pays. La moitié de la rançon n’a jamais été retrouvée.

Giscard d’Estaing créé un secrétariat à la condition féminine, qui sera confié à Françoise Giroud, et, en juillet 1976, Chirac démissionne (ceci n’a rien à voir avec cela). Il est remplacé par Raymond Barre, qui coiffe deux casquettes : Premier ministre et ministre des finances. Économiste reconnu, il prône une politique de rigueur dont ne veut ni la gauche ni la droite. Bloqué dans son action par l’approche des élections législatives, il attendra 1978 pour mettre en place « le plan Barre ».

Cette année-là, dans la région lyonnaise, la criminalité liée au grand banditisme connaît un pic. Poniatowski décide de réagir. Il crée une antenne de l’OCRB, sous la forme d’une BRI. C’est la première brigade antigang de province.

Moi, à la sortie de l’école de police, je suis bombardé chef du groupe de répression du banditisme, au SRPJ de versailles. Je n’ai aucune expérience, et je me trouve un peu dans la situation du toréador qui s’apprête à descendre dans l’arène. A part que je n’ai jamais vu de taureau. Le service est en sous-effectif, et les commissaires enchaînent les semaines de permanence à un rythme soutenu. Voici, l’une de mes premières permanences : Je suis au lit depuis peu de temps. Le téléphone sonne…

Mon premier cadavre – Vous connaissez le cimetière de Poissy, la nuit, quand le thermomètre se balade autour de zéro ? Vous laissez votre voiture devant la grille et vous prenez l’allée de droite. La lune, derrière les nuages, éclaire votre chemin et balance sur les murs des ombres qui s’agitent comme autant de fantômes. Le vent siffle dans les arbres. Vos dents s’entrechoquent. Le froid, bien sûr. Là, vous êtes en condition ?

Au fond du cimetière, une baraque : la morgue. Je pousse la porte d’un air dégagé. La lumière blanche des néons m’aveugle. Une forte odeur d’antiseptique. Une autre, plus sournoise, prenante et écœurante. Une odeur qui met l’imagination en branle. Sur la table, un corps plié en quatre, attaché par une grosse corde, dans une position qui pourrait être lubrique, si ce n’était son état de décomposition. Des lambeaux de sous-vêtements tentent de cacher une nudité qui n’en a plus rien à foutre. Et l’odeur, toujours. (Cliquer pour voir la photo, mais interdit aux personnes sensibles.)

enigme-picsou.1172480131.jpgLe cadavre a été repêché dans la Seine. A priori, il s’agit d’une femme, entre 20 et 30 ans. Les bêtes lui ont dévoré la moitié du visage. Rien pour l’identifier, si ce n’est ses bouts de vêtements et une alliance. Je fixe « la femme ». Le corps est brun, presque noir, comme momifié. Le buste est quasi entier, tandis que les jambes ne sont que lambeaux de chair. C’est insuffisant pour recouvrir les os. La tête ressemble à une tête de mort typique, telle qu’on la voit sur les pavillons des pirates, ou telle que les enfants en dessinent sur leur cahier de classe. Elle rit de toutes ses dents.

Quelle est ton histoire, ma belle ? Pute, victime d’un règlement de comptes ? Épouse d’un mari jaloux ? Jeune fille jouet d’un détraqué ? Ça va pas être facile… Il faut que tu m’aides un peu. Le seul moyen de l’identifier est de faire un gant de peau, c’est-à-dire, « décalotter » chaque doigt, découper la peau et l’enfiler sur un support, pour tenter de récupérer ses empreintes digitales. Mais nous n’avons pas le matériel. Les deux vieux poulets qui m’accompagnent guettent la réaction du jeune commissaire. J’hésite. C’est le genre de situation qu’on n’envisage pas dans les écoles de police. J’attrape la main gauche du macchabée, et je commence à tirer…

Appelé sur une autre affaire, j’ai oublié les… mains dans la boîte à gants de ma voiture. Lorsque j’y ai pensé, à cause de la putrescence, il était trop tard pour le gant de peau. La morte de Poissy n’a jamais été identifiée. Son assassin court toujours.

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La PJ de 68

PARTIE 6 – Il existait en France, depuis la nuit des temps, deux institutions policières : la sûreté nationale (SN) et la préfecture de police (PP) de la ville de Paris. Une loi du 9 juillet 1966, change la donne. Le préfet de police conserve ses prérogatives, mais les policiers sont tous rattachés au ministère de l’intérieur, au sein d’un corps unique : la police nationale.

barricades.1171098949.jpgCependant, en ce qui concerne la PJ, les choses n’évoluent guère. Le 36 reste une forteresse où les « seigneurs » regardent avec condescendance leurs « cousins » de l’ex-SN. Quel policier de province ne s’est pas vu mander, d’un ton goguenard, de retirer la paille de ses sabots avant de pénétrer dans le saint des saints !

Dans le milieu, le gros truc pour ces messieurs, c’est le business du jeu. Alors que le clan Guérini est en pleine décrépitude, deux corses tirent les ficelles : Jean-Baptiste Andréani et Marcel Francisci. Associés dans l’établissement Le Grand cercle, un certain temps ; ils sont à présent en froid. En fait, tous deux postulent pour le titre d’empereur du jeu. Le chemin est semé d’embûches – et de cadavres.

Début 68, après la création des trois départements limitrophes à la capitale, la PP boucle les frontières. Bénéficiant d’un piston lié à la proximité du pouvoir, d’un fort copinage sur les bancs de la franc-maçonnerie, et sans doute d’un plus grand professionnalisme, elle accapare un grand nombre de postes-clés. Pendant ce temps, chez les étudiants, les esprits s’échauffent. Et c’est Mai-68 ! avec cette superbe allégation, qui s’affiche sur les murs de la Sorbonne : « L’imagination prend le pouvoir. » . Moi, petit officier de police adjoint à la DST, je ne suis pas acteur, mais spectateur privilégié. Claquemuré dans une minuscule chambre de bonne du quartier Latin, j’espionne un « espion ». Depuis ma vigie improvisée, j’assiste jour après jour aux échauffourées de rue. La fronde des étudiants entraîne le pays dans une drôle de farandole, cadaffiche-mai-68-crs.1171099180.gifencée par une batterie de bombes lacrymogènes. Un vent de liberté souffle sur le pays. Mais, pendant la révolte, les affaires continuent…, notamment avec l’émergence d’un nouveau clan : les Z. Natifs de Sétif, les frères Zemour débutent dans le négoce du vin, puis la protection des commerçants du Sentier, puis le racket, etc. Mais leur ambition grandit. Ils veulent eux aussi s’immiscer dans le monde du jeu, et avoir leur part de gâteau. Ils se tournent vers Francesci, lequel doit se dire que quelques gâchettes de plus ne seraient pas superflues pour lutter contre la concurrence. Il les prend sous son aile. Les Zemour feront leur pelote. Ils tiendront le haut du pavé durant de longues années, laissant dans leur sillage une trentaine de cadavres, avant, à leur tour, de devenir des cibles. Le dernier survivant, Gilbert Zemour, est abattu le 28 juillet 1983, alors qu’il promène son quadrille de caniches, comme un bon petit retraité. Alexandre Arcady s’inspirera de cette saga du grand banditisme dans son film, Le grand pardon, avec Roger Hanin.

Le 14 mai 68, De Gaulle part en… séminaire en Roumanie. On fait courir le bruit que le pouvoir est vacant. À tout hasard, Mitterrand prépare un coup d’état. Il allègue que les forces de l’ordre font usage de gaz toxiques contre les manifestants, et exige la démission du gouvernement. On a l’impression que tout est possible. Tout est possible, mais rien n’est vrai. Avec le recul, on s’aperçoit qu’un seul slogan a tenu la distance : « J’ai quelque chose à dire, mais je ne sais pas quoi. » Le 18 mai, le Général revient. Dans le milieu, on règle ses comptes, mais la police a d’autres chats à fouetter. Après la décision d’expulser Cohn-Bendit, le 24 mai sera la nuit la plus longue . À Lyon, un commissaire est écrasé par un camion lancé par les manifestants. Je crois qu’il s’agit de la seule victime de ces semaines de violences, avec Christian Fouchet, le ministre de l’intérieur, qui est évincé. Raymond Marcellin, alias, Raymond la matraque, prend la relève. Pour lui, l’analyse est sommaire : les étudiants sont manipulés par l’extrême gauche. Dans cette optique, il crée une brigade spéciale au sein de la DST, la SUBAC. Un pilier de ce service, disait de lui : « Março, c’est simple, dès qu’on lui parle de la gauche, il voit rouge. » Finalement, De Gaulle annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Il aurait avoué à ses proches : « Cette fois, j’ai mis à côté de la plaque… » Le 30 mai, une manifestation de soutien d’une ampleur exceptionnelle se déroule sur les Champs-Élysées. Les relents des gaz lacrymogènes à peine disparus, une sale affaire pointe son museau. Elle mobilisera plus de 200 policiers et comportera 1.808 procès-verbaux. Ce sera un échec pour la PJ et le point final à la légende des brigades du Tigre.

stefan-markovic.1171099343.jpgLe 1er octobre 1968, un corps enveloppé dans une housse de matelas est découvert dans une décharge publique à Elancourt, dans les Yvelines. Il faudra deux autopsies pour découvrir les causes de la mort : une balle dans la tête. Le médecin légiste se justifie par un surcroît de travail. Cette boulette rafraîchit (?) l’ambiance de l’institut médico-légal. Dorénavant, décide-t-on en haut lieu, tous les corps seront radiographiés et les légistes opéreront par deux. L’individu est identifié comme étant un Yougoslave, Stéfan Markovic, un jeune homme, beau comme un dieu et gorille d’Alain Delon. Une lettre posthume (et prémonitoire) du défunt, désigne les époux Delon et un certain François Marcantoni, alias Monsieur François, comme suspects, en cas « d’accident ». La personnalité (et les relations) du comédien freine l’enquête. La presse est sur les dents. Les fuites sont nombreuses. Et, quelques mois plus tard, cerise sur le gâteau, des photos truquées circulent sous le manteau, soi-disant prises par Markovic, représentant madame Pompidou, dans des soirées… particulières. On a dit qu’il s’agissait d’une manipulation du SDECE, pour déstabiliser Georges Pompidou, désigné comme le futur président de la République. C’est peut-être vrai. En tout cas, une fois à la tête de l’Etat, il ne traîne pas. C’est jour de grande lessive dans les services secrets. Il vire notamment, Jean-Charles Marchiani, le cousin de Marcantoni, et il reproche à De Gaulle d’avoir laissé faire, sans rien lui dire. Ce sera la rupture entre les deux hommes. Pendant ce temps, Delon tourne La piscine – et l’enquête prend l’eau de tous bords. François Marcantoni, contre qui il existe pourtant des indices troublants, récupère un non-lieu, sept ans plus tard, prononcé par le procureur de Versailles, Pierre Bezio. Entre-temps, les flics de l’ex-1ère brigade mobile, les seuls encore présents sur Paris, ont été rapatriés au SRPJ de Versailles, où le commissaire Claude Bardon, assisté d’un unique inspecteur, a poursuivi, dans lemarcantoni-photo-de-son-livre.1171099500.jpg secret le plus absolu, l’enquête jusqu’au dernier P-V. Marcantoni donne sa version des faits, dans Monsieur François, le milieu et moi de A à Z, éd. Le Cherche-midi. Bardon n’a pas écrit de livre.

En 1970, une équipe de braqueurs défraie la chronique : le gang des lyonnais, dirigé par Edmond Vidal, dit Monmon. Ils braquent dans toute la France. On les attend à Grenoble, ils attaquent un fourgon blindé à Nancy, etc. Le coup de maître sera l’attaque de la poste centrale de Strasbourg, avec un butin gentillet de onze millions de francs. Il faudra quatre ans et pas loin de 150 policiers pour en venir à bout. C’est Michel Poniatowski, qui, à son arrivée au ministère de l’intérieur, décide de faire le ménage à Lyon, ville dont il vise la mairie. Mais, cette équipe est insaisissable, ses méthodes sont quasi militaires et certaines mauvaises langues suggèrent que le service d’action civique, le SAC, leur apporterait son soutien. Une opération d’envergure est montée. C’est un fiasco, mais heureusement les perquisitions s’avèrent positives. L’instruction sera marquée par l’assassinat du juge François Renaud , le 2 juillet 1975, à Lyon, sans qu’on puisse corréler les deux affaires avec certitude. Cette épopée de l’équipe de Monmon, qu’on cite souvent en exemple, est en fait un contre-exemple : trop de services sur le coup, trop de chefs, trop d’ordres et de contrordres. Honoré Gévaudan, alors sous-directeur des affaires criminelles, expose sa version des faits dans son livre, Ennemis publics, chez J.C. Lattès.

Probablement à l’issue d’un débriefing technocratique des événements de Mai-68, il a été décidé de désarmer d’éventuels récidivistes, en… dépavant la capitale. Ce n’est pas sans une certaine nostalgie que les Parisiens assistent à cette drôle de fenaison. Le pavé de Paris devient la relique des soixante-huitards. Il trône encore sur le bureau de certains cadres supérieurs – du moins ceux qui assument.

De Gaulle a capitulé. Il s’est replié à Colombey. Cette fois, il n’en partira plus. Les officiers de police reprennent le titre « d’inspecteurs », et, aux élections présidentielles, Pompidou bat Poher, avec 58 % des voix. Il ne sait pas encore que ses lymphocytes vont lui jouer un sale tour et l’empêcheront de terminer son mandat. Il meurt le 2 avril 1974.

Pierre Goldman, écrivain, terroriste ou braqueur ? – Le 19 décembre 1969, la pharmacie du boulevard Richard-Lenoir s’apprête à fermer ses portes. La pharmacienne, mademoiselle Delaunay, et sa laborantine, ont déjà enfilé leur manteau, lorsqu’un homme armé fait irruption dans la boutique. Un banal braquage de pharmacie. C’est alors qu’un client retardataire pousse la porte. Le malfaiteur dirige son arme vers lui. L’homme, un quinquagénaire, monsieur Trocard, lève les mains. Il se montre docile, mais par malheur, il tente de raisonner son agresseur. Sans hésiter, celui-ci tire. Trocard s’écroule, la mâchoire en miettes. Un policier, le gardien Quinet, entend le coup de feu, puis plusieurs autres. Il n’est pas en service. Bien quegoldman-a-son-proces.1171099847.jpg sans arme, il se précipite et tente de neutraliser le bandit. La bagarre a lieu sur le trottoir. Finalement, l’individu se dégage et tire à bout portant, avant de détaler, poursuivi (des yeux) par plusieurs témoins. Bilan : la pharmacienne et sa laborantine sont mortes, criblées de balles, le client et le gardien de la paix sont sérieusement blessés.

Une affaire dramatique, mais relativement simple, pour la brigade criminelle. Plusieurs témoins ont vu l’assassin en pleine lumière. Ils pourront l’identifier. Il suffit de l’attraper. Quelques mois plus tard, un indic fournit des éléments intéressants. Il rapporte que le braqueur serait un certain Goldi, lequel aurait participé aux événements de Mai-68, à la Sorbonne, au sein d’un groupe particulièrement violent, les Katengais. Il ajoute que ce personnage aurait effectué plusieurs séjours chez les guérilleros, en Amérique Latine, et qu’il pourrait être lié à l’ETA. Les RG sortent une fiche : Pierre Goldman, né le 22 juin 1944, à Lyon. Le gardien Quinet l’identifie formellement dans un lot de photos. Goldman est arrêté au mois d’avril. Il possède un passeport vénézuélien, sous un pseudonyme, et, dans la perquisition, les enquêteurs découvrent un pistolet et… des plans et des documents paramilitaires. Il nie en bloc, puis finit par reconnaître un cambriolage et deux agressions, dont une, dans une pharmacie, mais en aucun cas celle du boulevard Richard-Lenoir. Qu’importe, se dit le commissaire Marcel Leclerc, en se frottant les mains, nous avons cinq témoins qui l’identifient formellement. Et la parade d’identification a été effectuée dans les règles de l’art – photos à l’appui. Hélas ! un peu plus tard, le fonctionnaire de l’identité judiciaire, tout penaud, lui apprend que la pellicule est voilée. Il n’y aura donc aucun cliché photographique du « tapissage ». La banane. Peu après, Leclerc remplacera Le Mouel à la tête de la brigade antigang.

Devant la cour d’assises, Goldman assure seul sa défense – avec maestria. Il clame : « Je suis innocent, parce que je suis innocent ! » La presse est emballée. La foule admirative. Il est condamné à la prison à vie. Derrière les barreaux, il rédige un livre, à la fois autobiographique et philosophique : Souvenirs d’un juif polonais né en France. Cet ouvrage connaît un grand succès, non seulement chez les intellectuels de gauche, qui depuis longtemps ont adopté le bonhomme, mais également à droite. Dans Le Figaro, Claude Mauriac s’indigne qu’on ait jeté « un philosophe en prison ». Goldman est pressenti pour le Goncourt. Devant la pression, la justice cède. La cour de cassation décide la révision du procès. Goldman est rejugé en 1976. Avant le procès, Mitterrand déclare : « Je ne crois pas qu’il soit l’assassin ». La bourde du photographe de l’identité judiciaire pèse lourd dans les débats, à moins que cette erreur n’ait servi… d’échappatoire. Il est acquitté pour les meurtres et condamné à douze ans de réclusion criminelle pour les autres affaires. En additionnant aux remises de peine le temps qu’il a déjà passé en prison, et par un calcul hermétique au commun des mortels, le compte est bon. Il est remis en liberté.

Le 20 septembre 1979, Pierre Goldman est abattu, place de l’Abbé-G.Henocque, à Paris, par trois hommes armés. Des policiers sont témoins du meurtre, sans avoir eu le temps d’intervenir. Ils ont déclaré lors de leur audition que l’un des agresseurs, après avoir tiré, s’était retourné vers ses complices en lâchant : « Vamos, hombres ! »

Peu de temps après, un mystérieux groupe, baptisé « Honneur de la police », revendiquera le meurtre auprès de l’AFP. Dix à quinze mille personnes assisteront à ses obsèques. En tête du cortège funéraire, des personnalités de tout crin.

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Les RG, police politique ?

Les RG semblent avoir été créés pour répondre à la citation d’Emile de Girardin (journaliste, promoteur de la presse contemporaine en 1836) : « Gouverner, c’est prévoir. » En tout cas, ce service de police a survécu à toutes les républiques et à tous les régimes, ce qui prouve son utilité, et, il faut bien le reconnaître, les seules décisions qui ont été prises pour plus de transparence dans son fonctionnement l’ont été depuis… 1995.

On dit que dans son souci d’être informé de tout, Napoléon Bonaparte est l’initiateur des renseignements généraux. En effet, en 1811, il institue les « commissaires spéciaux ». Son neveu, Napoléon III, lui emboîte le pas et, près d’un demi-siècle plus tard, élargit la mission à la surveillance des chemins de fer, où se trouve, pense-t-il, l’esprit du bon peuple. Allez ! tout cela aurait bien fait rigolé le cardinal de Richelieu…, s’il en avait été encore capable.

Il semble que le terme « renseignements généraux » apparaisse pour la première fois en 1911. En effet, le directeur de la sûreté nationale, fraîchement nommé par Clemenceau, créé, parallèlement aux fameuses brigades du tigre, un service beaucoup plus discret : la brigade des renseignements généraux. Au fil des années, les missions se précisent et les services se structurent. On oublie souvent que c’est une loi de Vichy qui organise le premier « service central des renseignements généraux », et les premiers services régionaux. À la Libération, il n’y aura guère de changements dans l’organigramme.

fantômas.1170698227.gifPlus récemment, en 1994, le conseil national du PS s’embrase en découvrant un « espion » des RG lors de ses délibérations. Le directeur, Claude Bardon, sert de fusible. Il est remercié, et l’on retire à ce service la surveillance des partis politiques. Un décret du 16 janvier 1995 fixe les nouvelles missions : information du gouvernement, défense des intérêts fondamentaux de l’État, sécurité intérieure et surveillance des jeux.

Pour mettre un terme au foisonnement des fameuses notes blanches (réelles ou fausses) régulièrement diffusées dans la presse, l’année 2002 voit la fin d’une tradition. Le fameux : « Faites-moi un blanc ! » ne tonnera plus dans les couloirs des RG. Dorénavant, chaque note porte la signature de son rédacteur.

Le tintamarre terroriste renforce la détermination de Nicolas Sarkozy à rendre les RG plus opérationnels. En 2004, il définit des priorités précises : lutte contre les terrorismes, lutte contre les violences urbaines et l’économie souterraine, anticipation et gestion des crises. Les quatre mille et quelques fonctionnaires de police qui garnissent les rangs de cette « maison » doivent modifier leurs habitudes. Ça ronronne moins, disent certains. Ils restent sous l’autorité du ministre de l’intérieur et des préfets, et, pour la plupart, ne possèdent pas la qualité d’officiers de police judiciaire (OPJ). Ils échappent donc au contrôle des magistrats.

Dans quelques mois, la direction des renseignements généraux et la direction de la surveillance du territoire (DST) doivent aménager dans des locaux uniques, à Levallois-Perret, pour une meilleure coordination. Cette volonté de synergie pourrait se révéler une erreur… Les RG ont essentiellement un rôle d’information du gouvernement et de prévention contre les attaques à l’ordre public, tandis que la DST est notre service de contre-espionnage. Sa mission prioritaire est la protection de la nation contre les ingérences étrangères. C’est à ce titre, que ses agents sont OPJ. (La DGSE, quant à elle, est compétente à l’extérieur de l’hexagone. Elle est composée de militaires et de civils.) Si ces deux services peuvent se retrouver ponctuellement sur certaines affaires sensibles, la plus grande partie de leurs activités est différente. Et si on devait aller plus loin, et envisager une fusion, alors, cette direction « RG/ST » deviendrait à la fois un service d’information politique et un service répressif. Et là, il porterait en lui les ingrédients d’une police politique.

Les RG et Greenpeace

 

 

« Chaque individu appartenant ou ayant appartenu à un groupe ou un mouvement peut faire l’objet d’une fiche… » C’est l’une des missions des Renseignements généraux, notamment pour les groupements virulents. Greenpeace en fait-il partie ? En tout cas, entre les RG et Greenpeace c’est une longue histoire de désamour.

Greenpeace se défend d’être une organisation violente, mais ses méthodes sont généralement… musclées, et ses desseins parfois ombreux. Elle revendique trois millions d’adhérents à travers le monde, ce qui lui donne un poids considérable, et plusieurs ouvrages mentionnent de possibles accointances avec la CIA. En tout cas, c’est une confrérie qui dérange le pouvoir en place. Ce n’est pas le PS qui peut dire le contraire, rappelons-nous le plastiquage du Rainbow Warrior et la mort d’un photographe portugais. Si Mitterrand, en 1985, a pris la décision – très grave – d’envoyer des Français commettre un attentat contre Greenpeace, en Nouvelle-Zélande, cela ne peut être que pour raison d’Etat. En tout cas, ils ne sont pas rancuniers chez Greenpeace, puisque Bruno Rebelle, son ancien directeur général pour la France, accepte de coudoyer Jean-Louis Bianco, ancien secrétaire général de l’Elysée au moment de cette agression, et actuel codirecteur de la campagne de Ségolène Royal.

coup-de-gueule.jpgAlors, en surveillant Bruno Rebelle, soit les RG n’ont fait que leur boulot, et arrêtons de leur chercher querelle, soit ils ont agi sur ordre de leur ministre. Dans ce cas, il faut aligner Sarkozy devant un mur du château de Vincennes, et le fusiller demain à l’aube, car l’article 12 de la constitution française dit : « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique instituée pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

La fable du scooter et du commissaire

J’imagine la réaction du commissaire : « P’quoi qu’on m’dérange pour un vol de scoot ?… Ah, c’est celui du fils de… » Il se retient, le vieux flic. Il roule des yeux pour s’assurer que personne n’a deviné le mot, le mot tabou qui a failli lui échapper. Belle lurette, en effet, que dans la grande maison, plus personne n’appelle le patron « l’étalonnette ». On dit qu’il aime pas trop. C’était bon dans le temps, lorsqu’on se disait, que celui-là, il passerait comme les autres. On en a tellement vu défiler des ministres à l’intérieur, que lorsqu’ils arrivent, on se demande déjà quand ils vont repartir. Même qu’alors, on les appelle les ministres de l’extérieur. Le commissouille, lui, il a commencé sa carrière du temps de Gaston Defferre. Alors, vous pensez ?… Faire et « defferre », qu’on disait à l’époque.

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« Tout le monde sur le pont ! Sonnez le branle-bas ! Faites revenir les équipes de nuit, les vacanciers, supprimez les récup’, rappelez les réservistes… Diffusion régionale du cyclomoteur, qu’est-ce que je dis ! Non, diffusion nationale… Et appelez interpol ! On ne sait jamais. Il s’agit peut-être d’un gang international… » Puis, on le retrouve, le petit scooter. Sur sa béquille, comme un quelconque scooter volé, dans le 93. Et de nouveau, le commissaire sonne la charge. Putain ! se dit-il, si on les harponne, ces filous, je vais me prendre un galon avant la retraite… « Appelez l’IJ, le labo. Faites venir les experts… Comment ils sont occupés sur un meurtre… On en a rien à branler !… »

Et, miracle de l’efficacité policière, quand vraiment les hommes sont motivés et unis devant le crime – et grâce au fichier génétique mis en place pour combattre les pédophiles, les trafiquants de drogue et les terroristes, on confond les coupables.« Vous savez quoi, patron ! » rapporte l’un des nombreux enquêteurs. Il a les yeux creusés, la barbe drue, on le sent au bout du rouleau. Il s’est donné à fond, pendant dix jours. Il revient du palais de justice, les bras ballants, les menottes vides. « Les juges, ils les ont relâchés… »

Bah ! se dit le commissaire, les juges ont s’en bat les c… Puis, à Bobigny, c’est tous des gauchos… Il campe près du téléphone, le vieux poulet. Il attend sa becquée : un coup de fil du boss, des félicitations…, voire une médaille, comme ce nul de la brigade d’à-côté,sourire-segolene_royal.1170256909.jpg lorsqu’il a arrêté l’assassin des petites vieilles.

« Ah, le con ! » aurait soupiré Sarkozy, en apprenant la nouvelle.

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