LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Police (Page 34 of 34)

Mesrine ou l'art du nanar

Huit jours après sa mort, Jacques Mesrine fut enterré dans un cimetière de la banlieue parisienne, près de la tombe de son père. Il y avait beaucoup de journalistes, et beaucoup de badauds aussi. Parmi eux, une femme déclara : « C’est l’un des derniers grands anarchistes qui s’en va… ». Pourtant, même si certaines camarillas tentent encore de récupérer le personnage pour en faire un martyr de la société, lâchement assassiné par la police, etc., la mayonnaise n’a pas pris.

les-obseques-de-mesrine.1169922036.jpgL’hypothèse Mesrine : Mesrine a quitté l’Armée en 1959. Ses faits d’armes sont inconnus, mais il aurait assisté, durant une courte période, la police militaire de Bône, où il aurait collaboré à des interrogatoires… musclés. Aussi, lorsqu’il déclare, plus tard, pour justifier ses actes : « On a armé ma main, au son de la Marseillaise… », on peut estimer qu’il fait preuve d’une certaine grandiloquence. L’Algérie n’était pas l’Indo.

Après sa démobilisation, il semble bien qu’il ait eu des contacts avec une organisation parallèle. Difficile de déterminer laquelle, tant le personnage était mégalomaniaque. L’organisation de l’armée secrète (OAS), cette jacquerie d’extrême droite qui luttait pour « l’Algérie française » ? Ou, à l’opposé, la sécurité militaire (SM) avec sa fameuse division des missions et recherches (DMR), qui recruta ses barbouzes parmi des truands comme Augé ou Boucheseiche ? A moins qu’il ne s’agisse du service d’action civile (SAC).

Le 2 décembre 1965, il est surpris dans la résidence du gouverneur militaire de Palma de Majorque alors qu’il tente de dérober des documents confidentiels. Le simple fait qu’il avoue spontanément aux gardes civils n’être qu’un modeste cambrioleur, indique qu’il agissait probablement sur ordre. Mais sur ordre de qui ? Deux possibilités :

– Dans les années 60, nombre de militants actifs de l’OAS s’exilent en Espagne pour échapper à la justice de la France. Mesrine est-il de ceux-là ? Le fait est qu’à cette époque, il s’est installé sur la Costa Brava, où il a épousé en seconde noce la belle Soledad, dont il eut trois enfants. Elle le plaqua en 1966.

– Dans les années 64-65, la chasse aux « OAS » s’intensifie (l’amnistie intervient en 1966). Étant parfaitement intégré en Espagne, au vu de son passé militaire, Mesrine a-t-il pu être recruté par la DMR ou le SAC pour fournir des renseignements sur les Français séditieux cachés dans ce pays ?

En tout cas, après son incartade dans la résidence du gouverneur, il est transféré à l’ambassade de France à Madrid. On se sait pas ce qui s’y est dit, mais Mesrine n’écope que d’une peine de principe.

La certitude Mesrine : Mesrine a commencé très jeune sa vie de délinquant, en fracturant des chambres de bonnes, comme la plupart des truands. Son premier méfait répertorié est un « vol au bouquet de fleurs », technique qui consiste à se faire passer pour un fleuriste afin de se faire ouvrir la porte de l’appartement qu’on veut cambrioler. Par goût de la mise en scène, on dit qu’il avait placé les fleurs dans un vase, avant de partir. C’est en 1967 qu’il attire vraiment l’attention mesrine-et-jeanne-debarquent-au-canada.1169922663.jpgdes services de PJ. Dans un grand hôtel de Chamonix, avec la complicité de son amie Jeanne, il « saucissonne » un homme d’affaires tunisien et son secrétaire pour les dévaliser. Les deux amants formeront un couple infernal pendant de longues années. En 1969, on les retrouve au Canada. Ils sont au service d’un riche industriel, Georges Deslauriers, qui, infirme ne peut se déplacer qu’avec des béquilles. Mesrine fait office de cuisinier et de chauffeur ; Jeanne est gouvernante. Mais ils ne sont pas faits pour travailler. Un beau jour, ils décident de séquestrer leur employeur et de se faire remettre une rançon de deux cent mille dollars canadiens. L’affaire tourne court. Ils s’enfuient. À huit cents kilomètres de là, ils trouvent refuge chez une vieille dame avec laquelle ils se lient d’amitié. Lorsqu’ils partiront, pour passer la frontière des Etats-Unis, on la retrouvera morte, étranglée. Ils sont arrêtés en juillet 1969 et transférés à Montréal pour y répondre des accusations d’enlèvement et de meurtre. Ils s’évadent un mois plus tard, sont repris et jugés. Condamnés pour la séquestration de l’infirme, ils bénéficient du doute pour le meurtre de la vieille dame.

Trois ans plus tard, en compagnie de trois autres détenus, Jacques Mesrine s’évade du pénitencier. L’un de ses trois complices se nomme Jean-Paul Mercier. Un tueur, sans pitié, sans doute l’associé le plus dur que Mesrine n’ait jamais eu. Au cours de leur cavale, ils croisent deux gardes forestiers, lesquels croyant avoir à faire à des braconniers, veulent contrôler leur identité. Ils sont exécutés. Peut-être pour prouver qu’il était aussi impitoyable que son compère, avant de prendre la fuite, Mesrine leur loge une balle dans la tête. Le coup de grâce.

On connaît la suite du périple du bonhomme. Il y a eu suffisamment de livres et de films sur ses… exploits. Ceux qui désirent l’épilogue, au plus proche de la réalité, peuvent lire la narration sans fanfaronnade faite par un ancien policier, Jacques Nain , dans son livre Mesrine, ennemi public numéro 1, aux éditions France Europe. À la différence d’ouvrages de tel ou tel, il raconte ce qu’il a vécu. C’est donc un véritable témoignage.

Jacques Mesrine n’est pas un héros. Ce n’est pas la victime d’une société capitaliste. C’est un homme comme un autre, qui a choisi le chemin de la délinquance, puis du crime. Il n’a aucune excuse. C’est un assassin et tout ce qu’on veut – mais pas un anarchiste. Car si un anarchiste ne respecte ni l’autorité ni la règle, il respecte au moins la vie humaine.extrait-lettre-de-mesrine-au-commissaire-devos.1169922916.jpg

Certes, il a dénoncé les conditions d’incarcération dans les prisons françaises. Mais quel taulard n’a pas fait de même après avoir connu l’enfer des quartiers de haute sécurité ? Aussi, lorsque je vois que son livre, L’instinct de mort, est réédité, avec une préface de Roger Knobelspiess, comme s’il s’agissait d’un pamphlet contre les QHS, je me dis que Michel Foucault doit se retourner dans sa tombe. Il est préférable de lire l’ouvrage de Serge Livrozet De la prison à la révolte, aux éditions Mercure, dont Foucault a dit qu’il était un reflet de « la philosophie du peuple ».

L'origine de la PJ

PARTIE 1 – Le début du siècle dernier, a surtout été la « belle époque » pour les voleurs, les assassins et les terroristes, lesquels, devant l’incurie des services de la police et de la maréchaussée, s’en donnaient à cœur joie.

bulletin-de-police-criminelle-1907.jpgL’accroissement exponentiel des crimes et des larcins ne pouvait laisser insensible le « premier des flics ». Non, ce n’était ni Pasqua ni Sarkozy ! mais Georges Clemenceau, alias « Le Tigre ». En effet, quoi qu’il cumulât les fonctions de président du Conseil et de ministre de l’Intérieur, c’est ainsi que se baptisait lui-même le grand homme moustachu, celui-là même qui, alors qu’il était rédacteur en chef à l’Aurore, encouragea Zola à écrire sa tirade sur l’affaire Dreyfus. C’est lui, dit-on, qui sortit de son chapeau le titre de l’article, le fameux « J’accuse ! »

Le 30 décembre 1907, Clemenceau signe un décret instituant douze brigades régionales de police mobile, plus connues sous le nom de « brigades du Tigre ». Composées seulement d’une dizaine d’inspecteurs et de deux commissaires, chacune sera dotée (et c’est une première) de 4 limousines De Dion-Bouton.

C’est ainsi, après des palabres multiples avec le garde des Sceaux, que la police judiciaire se transforme en un service de police opérationnel. La charte des brigades mobiles est adoptée (elle s’imposerajules-sebille.jpg jusqu’en 1941) et le commissaire Jules Sébile hérite du bébé.

Dès leur création, ces brigades s’attaquent aux bandits itinérants, qui pullulent, et obtiennent très vite de nombreux succès. Le plus conséquent est sans conteste l’arrestation d’un vagabond nommé Vacher. En dix ans, cet olibrius s’était rendu coupable de 41 assassinats. Il violait ses victimes, des adolescents de treize à dix-huit ans, les tuait et les dépeçait.

La première grande réussite médiatique de ces policiers fut le démantèlement de la célèbre « bande à arrestation-de-bonnot.jpgBonnot », qui coûta la vie à Louis Jouin, le numéro 2 de la sûreté. Cette équipe de malfaiteurs initia en 1911, rue Ordener, à Paris, une nouvelle forme de banditisme qualifiée par la suite de « vol à l’affolement », technique reprise aux États-Unis dans les années 30. Jules Bonnot fut arrêté à Choisy-le-Roi le 28 avril 1912. Grièvement blessé, il mourut peu après. On dit de ce truand atypique et anarchisant, qu’il fut (mais c’est sans doute une légende) un temps le chauffeur d’un certain… Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes.

Moins sordide, on peut se rappeler de ces années-là le vol de La Joconde. L’enquête menée par la brigade parisienne de recherches aboutit à l’arrestation de deux suspects qui furent longuement interrogés avant d’être relâchés. Il s’agissait de deux marginaux, nommés… Apollinaire et Picasso. Mona Lisa regagna le musée du Louvre deux ans plus tard, grâce à un antiquaire italien.calmettecaillaux.jpg

Les deux dernières grandes affaires d’avant 1914 furent l’assassinat de Jean Jaurès et celui du directeur du Figaro, Gaston Calmette.

Le 16 mars 1914, Henriette Caillaux, épouse du député Joseph Caillaux, tue Gaston Calmette, le directeur du Figaro, par crainte que son passé sentimental ne s’étale sur la place publique. Le bruit des bottes s’amplifie et Caillaux, l’homme politique le plus en vue du moment, pacifiste reconnu, ne deviendra pas président du Conseil – ce qui aurait peut-être changé le cours des choses, pense l’historien Jean-Denis Bredin. En tout cas, ce coup de revolver est le premier d’une série de trois qui entraîneront la France et l’Europe dans la plus grande tragédie de leur histoire. Le second visera l’archiduc Ferdinand à Sarajevo et le troisième Jean Jaurès, au café du Croissant, le 31 juillet de la même année.

Landru, le criminel qui a marqué l’époque – Au bruit du canon, apparaît un étrange barbu, Henri-Désiré Landru, très vite surnommé Barbe bleue (par amalgame avec le personnage de la légende orientale, repris par Charles Perrault) qui de 1914 à 1919 s’est « consumé » d’amour pour une kyrielle de femmes. Ce spécialiste du « meurtre au mariage » n’est pas l’inventeur de la méthode. Avant lui, aux États-Unis, en 1895, Johann Hoch épousa 24 femmes et en empoisonna la moitié. Il fut pendu. À la même époque, l’Américaine Belle Gunness, profitait du sommeil de ses nouveaux maris pour les assassiner à la hachette. On a cru qu’elle était morte dans l’incendie de sa ferme, en 1908, mais il est probable qu’elle s’échappa en laissant sur place le corps d’une autre personne pour donner le change.

Landru fut arrêté par les inspecteurs Belin et Riboulet (de vrais policiers avec un nom de flics de cinéma !). Ce dernier surprit Landru au moment où il tentait de se débarrasser d’un petit calepin, sur lequel il notait tout. Ce fut la preuve décisive lors de son jugement, car l’accusation ne parvint pas à exhiber le moindre cadavre. Cela rappelle d’autres procès…, mais pour Landru, bien qu’il ait toujours clamé son innocence, personne n’a jamais soulevé l’hypothèse d’une erreur judiciaire. Lorsque le président de la cour d’assises de Versailles lui a donné la parole, avant le délibéré, il a simplement déclaré : « Je n’ai qu’une chose à dire, votre Honneur, je n’ai jamais commis de meurtre. C’est ma dernière protestation. » Mais, pour l’opinion publique, la cause était entendue. Et pour le gouvernement, cela tombait à pic pour détourner l’attention du bon peuple de choses plus sérieuses, comme la conférence de Paris – qui devait aboutir au traité de Versailles. Landru fut jugé pour onze meurtres, mais on retrouva lors des perquisitions des traces de landru-a-son-proces.jpgcorrespondance avec… 169 femmes. Pendant des années, chaque découverte macabre a fait l’objet d’une enquête approfondie pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une victime de ce triste personnage. Lors de son procès, devant la cour d’assises de Versailles, il déclara : « J’ai le cœur brisé de penser que, à cause de tout ce scandale, ma femme sait que je lui ai été infidèle. » Il fut guillotiné le 25 février 1921. Webb Miller, un journaliste américain, a écrit : « Landru, les mains liées derrière le dos, était encadré par deux geôliers… Les deux hommes l’installèrent rapidement, la face contre la planche basculante… La chute du couperet fut instantanée et la tête tomba avec un bruit mat dans le petit panier… vingt-six secondes s’étaient écoulées. »

L’inspecteur Belin, dans son livre de souvenirs Mon travail à la Sûreté, confie cette curieuse analyse : « … je ne pouvais m’empêcher d’avoir pour lui une admiration réelle. Parfois, il me donnait l’impression d’être une épave dans un monde hostile auquel il faisait face avec courage et sang-froid. C’est peut-être cette trace de désenchantement dans sa nature qui attirait l’esprit sentimental des femmes plutôt que son soi-disant pouvoir hypnotique. »

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Un Noël de flic

Dans la police, week-ends et fêtes sont fréquemment des jours où l’on turbine. Mais comme me disait un vieux patron de l’ancienne école, « T’as pas à te plaindre, y a tellement de gens qui font un boulot assommant, que tu devrais payer pour faire ce métier-là… » Il exagérait, le vieux, mais en tout cas ça permet de couper au sempiternel repas de famille, et c’est souvent l’instant des plus belles affaires. La preuve :magicien_2.jpg

Il est 6 heures du mat’, on n’a pas vu le père Noël, mais sûr qu’il doit avoir terminé ses visites. Faut dire qu’on surveille pas trop les cheminées. Ça va faire deux heures qu’on est là, les yeux fixés sur la porte en verre de cet immeuble cossu de l’avenue Mozart, à Paris.

C’est Roger qui a insisté. Celui-là, après 30 ans de police, il n’a rien perdu de son mordant… Il s’est pointé dans mon bureau, vers 17 heures. Je m’apprêtais à ranger mes crayons et je devais être le dernier commissaire encore présent à la brigade. Il tenait une feuille à la main. « C’est un zozor sur la meuf de Vincent », a-t-il marmonné, le regard fuyant. Je jette un œil. C’est sibyllin, comme le sont toujours les dialogues des truands. Le type qui a décrypté la conversation téléphonique a traduit les silences par des rangées de points. On dirait du Loti, le style en moins. « Il va venir voir sa femme et sa fille », ajoute le vieux poulaga.

Vincent D., c’est un type qu’on a phagocyté sur une demi-douzaine de braquages, et chez qui on a décelé une petite préférence pour les armes lourdes et les fourgons blindés. Il y a environ deux mois, on l’a loupé, sur un flag. Il nous a filé entre les mains. Pfutt ! On n’a rien compris. Depuis, on l’a surnommé le magicien.

« Ecoute, Roger, pas ce soir !… D’abord y a plus personne ici. Tout le monde est rentré chez soi… » Il me rétorque qu’Albert est o.k. et qu’on peut très bien le faire à trois. Qu’est-ce qu’on peut répondre à ça ? Comme j’ouvre mon tiroir pour récupérer ma panoplie du parfait arquebusier, il ajoute qu’il est préférable d’attendre le petit matin. « À cause que… ? je lui demande. – Ben, tu sais, il est pas prêt de passer un nouveau Noël en famille, alors… » Je lui rappelle qu’on n’est pas chez les boy-scouts et que c’est moi le patron et que par conséquent qu’on fait comme je dis. Frustré, mais obéissant, il acquiesce. « Bon ! On va lui laisser passer Noël en famille », décidai-je. Non, mais ! Faut savoir s’affirmer dans ce job.

Et on est là, à l’heure où les garnements se lèvent en douce pour aller fouiner sous le sapin, à faire les zouaves par une température de  -5, dans une rue déserte, pour poisser un zigoto dont tout le monde se fiche éperdument. La radio crachote. J’aperçois Albert qui se ratatine dans le renfoncement de la porte cochère où il a trouvé refuge. Il a lâché son clope et machinalement je fixe le point rouge qui tournoie jusqu’au sol. « Je crois que c’est lui », murmure-t-il. Ça ne peut être que lui. Qui serait assez folingue pour sortir de son immeuble sans allumer la lumière…

Il pointe son nez, le Vincent, comme un lapin à la sortie du terrier. Il regarde à gauche et à droite, mais il doit se dire que les flics sont des petits fonctionnaires frileux et de bons pères de famille, et qu’ils n’ont aucune raison de faire du zèle un soir de Noël. Une sorte de trêve des confiseurs. Rassuré, il traverse la rue en direction d’une voiture qui ressemble à une épave. Ce lascar, c’est un bon. Pas du genre à se faire repérer au volant d’une caisse de grand luxe ! Il ouvre la portière et lève la tête vers une fenêtre, trois étages plus haut. Une silhouette se détache, à contre-jour. Il fait un signe de la main. menottes.jpg

Les autres ont dû croire que c’était le signal, ils n’ont même pas attendu mon ordre. Ils foncent ! Je fonce à mon tour. On lui tombe dessus. « Joyeux Noël ! » ânonne Roger en faisant claquer les menottes.

Le début de 48 heures de garde à vue : perquisitions, auditions, saisies… Les fêtes s’annoncent bien. P… de métier ! 

La patate chaude

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Quel comportement faut-il adopter lorsqu’on se trouve face à une personne en état évident d’ébriété ? La réponse est simple : appeler la police. C’est le seul moyen de dégager sa responsabilité, motivation dominante à notre époque frileuse.

Mais la police, que doit-elle faire ? Tiraillés entre théorie et pratique, ils sont bien embêtés, nos petits poulets.

Le policier qui se trouve devant un individu en état d’ébriété sur la voie publique a le devoir de le protéger et de protéger autrui d’agissements irraisonnés qui pourraient découler de son état. C’est un acte de police administrative. Si cet individu est l’auteur d’une infraction pénale (conduite d’un véhicule, rixe, dégradations…), la procédure judiciaire est suspendue jusqu’au moment où le suspect aura retrouvé sa lucidité. Le soûlard doit donc être conduit en cellule de dégrisement, après avoir été examiné par un médecin qui confirme son état alcoolique. Il ne s’agit pas d’une garde à vue. On l’enferme dans une geôle, en principe spécialement réservée à cet effet, après lui avoir retiré tous les objets ou vêtements avec lesquels il risquerait de se blesser.

Ça, c’est la théorie.

La nuit, surtout les week-ends, les policiers de terrain sont très fréquemment confrontés à ce type de situation. C’est galère. Le plus souvent, ils se trouvent face à un individu violent, qu’il faut maîtriser par la force, voire menotter, et transporter du mieux possible jusqu’aux urgences de l’hôpital le plus proche. Là, ils sont souvent rabroués par des médecins débordés et qui ont bien d’autres chats à fouetter que de s’occuper d’un fêtard. Enfin, sous un flot d’injures et d’obscénités, il s’agit de conduire l’ivrogne au commissariat. Le parcours du combattant n’est pas terminé. Sur place, il va falloir le convaincre de se délester de ses affaires personnelles, ses lacets, ses bijoux, etc. Le plus dur, en général, c’est la ceinture. Au mieux, deux heures plus tard, le type s’endort. Au pire, il beugle toute la nuit. Une fois cette noble opération terminée, il reviendra au plus jeune de nettoyer les séquelles. « Quand on n’a pas le temps ou que les geôles sont pleines, il peut nous arriver de simplement emmener plus loin la personne qui pose problème, dit un policier de Nantes, voire même de tourner la tête quand on croise un ivrogne… C’est sûr, pour nous, vaut mieux faire de la boulette de shit… »

Ça, c’est la pratique, loin des chaises rembourrées et des portes capitonnées.

Quand j’étais gosse, la fenêtre de ma chambre, au-dessus du petit café que tenaient mes parents, donnait sur un poste de police de la rue de la mon-pere.jpgGaîté, à Paris, près de Montparnasse. La nuit, j’étais souvent réveillé par un ivrogne, enfermé dans « la cage », qui braillait des chansons graveleuses, jusqu’au moment où un flic, exaspéré, lui balançait un seau d’eau pour le faire taire. Alors, les policiers ne s’embarrassaient pas de procédures. Au petit matin, ils poussaient la porte du bistrot et offraient au bambocheur dessaoulé un grand café bien chaud, que mon père tirait au percolateur. La plupart du temps, ils se séparaient copains comme cochons (comme dirait Clément Schouler).

Les temps ont changé, le poste de police de la rue de la Gaîté est devenu un théâtre (ça ne s’invente pas), et l’ivrogne une patate chaude que chacun essaie de se refiler : policiers, pompiers, médecins et même les bénévoles ou les travailleurs sociaux.

Mais au final, après avoir tirebouchonné (sic) un moment, la patate échoue toujours dans les mêmes mains, car tout le monde peut appeler la police – sauf la police.

Un petit cochon

couverture-vos-papiers.jpgNon, cette image n’est pas un graffiti dans le hall d’un lycée, un bombage sur un wagon du R.E.R., ni un tag sur le mur d’un poste de police, mais un livre écrit par un magistrat.

 

 

Un cochon ! c’est l’effigie de la police que nous transmet Clément Schouler. Allégorique, non ! La couverture de son livre Vos papiers ! Que faire face à la police ? publié par l’Esprit frappeur (sic) représente une tête de porc, j’allais dire de sale porc, au masque balourd, obtus et violent, affublé d’une moustache hitlérienne, qui hurle avec un rictus carnassier : « Vos papiers ! ».

Clément Schouler, vice-président du Syndicat de la Magistrature (SM, gauche), est l’auteur de ce chef-d’œuvre. Dans le texte (car il n’y a pas que des images), sous couvert de traduire les règles du droit aux « malcomprenants », il détaille de manière fielleuse les mille et une façon de se défendre face à la police. Après tout, pourquoi pas ? Tout le monde n’a pas fait la fac d’Assas. Le SM déclare que  » cet ouvrage n’est (donc) que l’expression du devoir d’information qui s’impose à tous les magistrats dont la mission constitutionnelle est la sauvegarde des libertés individuelles.  » Formidable ! D’accord pour que les magistrats s’investissent d’une mission constitutionnelle, puisqu’il s’agit de défendre nos libertés. Mais pourquoi un fonctionnaire d’État représente-t-il d’autres fonctionnaires d’État de façon aussi luciférienne. Pourquoi tant de méchanceté ? Pourquoi cette image truffée de symboles négatifs ? Pourquoi cet acharnement à dresser systématiquement les gens contre la police ? Psychologie de bazar, ou préméditation ? Ce monsieur étant forcément intelligent, je penche pour la deuxième hypothèse. Et ce n’est pas à un magistrat que je vais apprendre que la préméditation est une circonstance aggravante.

Qu’il s’agisse de conditionner une partie de la population, essentiellement la jeunesse, contre l’autorité de l’État ou de vile politique, le procédé est chafouin, Monsieur Schouler, lorsqu’on a l’honneur de porter l’épitoge herminée sur sa robe de magistrat.

 

Autour de nous, il y a toujours un voisin pour désigner du doigt un autre voisin. Car on cherche à nous dresser les uns contre les autres : les jeunes contre les vieux, les femmes contre les hommes, les émigrés, les riches, les pauvres, la fonction publique contre le privé, les retraités qui vivent trop vieux, ceux de la SNCF qui partent trop tôt, etc.

Le vieil adage : diviser pour régner. Le jour où la moitié du peuple sera persuadée que l’autre moitié du peuple est son ennemie, le pouvoir n’appartiendra plus au peuple.

Je sais, le mal est déjà fait, du moins en partie.

 

Poursuivi pour injures et diffamations envers la police, Schouler a été relaxé le 9 mai 2006 par la 17° chambre correctionnelle de Paris. Le procureur a fait appel. On attend la suite.

Personnellement, je préfère le Schouler qui nous apostrophe sur nos libertés perdues et réclame le retour des grands principes de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 (Le sexe et ses juges, Editions Syllepse)

Finalement, il y a peut-être un filon à exploiter ! Je pourrais m’y mettre, moi aussi ! et tirer de mes vingt ans de police un petit guide de conseils pratiques. J’ai un titre (pas très original) : Que faire face au juge d’instruction ? Je donnerais dans ce livre quelques ficelles : Comment repérer les petites erreurs techniques dans une procédure (c’est fréquent) souvent suffisantes pour invalider un acte, voire tout un dossier… Quel comportement adopter lors de l’interrogatoire de première cochon-de-dos.jpgcomparution… Que faire pour éviter la mise en examen, la détention provisoire…

 

Pour la petite histoire, Monsieur Schouler, en dehors de ses responsabilités syndicales, occupe les fonctions de substitut du procureur de la République de Versailles. À ce titre, il est donc chef de la police… Comme nous n’avons pas gardé les cochons ensemble, je n’ose pas dire… porcher en chef.

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Un commissaire rattrapé par son passé

tardi-120-rue-de-la-gare.jpgLe commissaire Gilbert Ambrosi a torturé à la matraque électrique un jeune cambrioleur. On sait ce que je pense de la torture dans la police…, mais il a payé pour ses fautes. Pourquoi déterrer le passé, alors qu’il existe aussi dans notre Code Pénal des textes qui visent à réinsérer les délinquants en fin de peine ?

 

Durant la nuit du 1er au 2 décembre 1984 Ambrosi a interrogé pendant de longues  heures un suspect, menotté sur une chaise, une cagoule sur la tête, en lui infligeant des décharges électriques. Uns scène digne des heures les plus sombres de notre pays. Ambrosi a commis un manquement grave au code de déontologie. Il a commis un acte indigne d’un homme, flic ou pas flic. Il a commis un délit.

Au cours de l’enquête qui a suivi, il a reconnu la réalité des actes qui lui étaient reprochés, et il a été condamné à 30 mois de prison, puis révoqué de la police.

 

La justice est passée, et c’était mérité.

 

Ces faits se passaient en 1984, et, dans une société qui se veut civilisée (j’allais dire policée, mais cela aurait pu être ambiguë), il est admis que tout délinquant, même le criminel le plus sauvage, a le droit de réintégrer la société, une fois sa peine accomplie : Il a payé. On appelle ça la réinsertion.

Après avoir été exclu de la police, Ambrosi a repris ses études, sans doute pour tenter de reconstruire sa vie. Titulaire d’une maîtrise, il a postulé pour la fonction de juge de proximité. Aujourd’hui on lui reproche de ne pas avoir mentionné son passé, et on le menace même de poursuites judiciaires. La Justice a une bizarre notion de la justice, quand elle se prend les pieds dans le tapis.

J’ai eu en main le dossier de candidature à ce poste et je puis vous assurer qu’il n’existe aucune question du genre : avez-vous fait de la prison ? Et pour cause. Il est évident qu’il appartient à l’administration judiciaire de vérifier ce genre de détail – elle est quand même bien placée pour cela, non ! – et de vérifier si le passé judiciaire du postulant est compatible avec la fonction de magistrat.

 

Ambrosi a été affecté à la juridiction de proximité de Menton au début 2006, après avoir servi pendant 3 ans à Villejuif, dans le Val-de-Marne. Il semblait à ce jour donner satisfaction à ses pairs. Mais voilà, Le Canard Enchaîné, sans doute informé par un confrère  » bien intentionné  » du tribunal de Nice ou de ses dépendances, a braqué les projecteurs sur le passé de cet homme.

Il vient d’être suspendu par Jean-Michel Hayat (magistrat célèbre dans la Grande Maison pour avoir emprisonné durant de longs mois un autre policier, le commissaire Jobic, lequel a ensuite été reconnu innocent), et poursuivi pour faux et usage de faux. On croît rêver !

 

coup-de-gueule.jpgJe ne connais pas le dossier sur le fond, je ne connais pas Gilbert Ambrosi, mais, en l’état, est-il traité comme un citoyen lambda ? En l’occurrence, l’application stricte de la loi, l’article 133-13 du Code Pénal, qui prévoit pour les délits de ce genre une réhabilitation de plein droit cinq ans après l’exécution de la peine. Il ne peut donc plus être fait état de la condamnation.

Et pour Ambrosi, les faits remontent à plus de 20 ans.

On peut se demander, si cet homme ne fait pas l’objet d’un régime de faveur, en raison de son ancien titre de commissaire de police ! Cela s’appellerait de la ségrégation. Et on aimerait entendre l’avis des syndicats de police sur ce point précis.

La torture dans la police

Chaise à clous pour les interrogatoires, Musée de la Torture de CarcassonneAprès le prélèvement ADN, faut-il rétablir la torture durant la garde à vue dans les locaux de police ?

Au début des années 60, après la guerre d’Algérie, la 1ère Brigade Mobile, l’héritière directe de la fameuse Brigade du Tigre, créée par Clemenceau pour lutter contre le banditisme itinérant (25 ans avant l’apparition du Gang des Tractions), était renommée pour ses succès.

 

Lorsque j’ai débuté dans la police, les anciens m’ont expliqué les raisons de cette réussite spectaculaire : 3 P-V et la « chaise à bascule »… On ne s’embarrassait guère de paperasses et nul besoin de prolonger la garde à vue.

 

La belle époque ! soupiraient certains.

 

Ou plutôt remugles de la guerre d’Algérie. Période trouble pour la France où ses héros s’appelaient Massu, Salan ou Bigeard ; et l’avertissement du Général de Gaulle semblait un rien fadasse, lorsqu’il préconisait l’usage des téléphones de campagne (à cause de la génératrice) pour parler et non pour faire parler.

On dit que la genèse de la guerre subversive se trouve dans l’armée française, après la débâcle de Dien Bien Phu. Chaque pays à ses périodes sombres. Actuellement, les Etats-Unis sont en pointe. L’administration Bush réclame l’assouplissement des conventions de Genève (qui réglementent les méthodes d’interrogatoire et interdisent toute forme de torture), et déclarent appliquer des « méthodes alternatives » pour les interrogatoires. Ceux qui sont dans la baignoire doivent apprécier les effets de la sémantique…

Personnellement, en une petite vingtaine d’années de police, je n’ai jamais assisté, ni encoje-plonge.jpgre moins participé, à la moindre séance de torture. Pourtant, dans des affaires particulièrement odieuses (enlèvement d’un enfant, assassinat d’une petite vieille…), il m’est arrivé de distribuer quelques baffes : ce n’était pas le flic, mais l’homme qui ainsi réagissait… Et j’ai couvert, ou du moins laissé faire – du plus grave : le coup d’annuaire sur la tête (avant le minitel) – au moins grave : le crayon Bic roulé entre les doigts. Sans être un tortionnaire, même de ces petites choses, je ne suis pas fier.

 

Une boule de  neige peut parfois déclencher une avalanche, la preuve :  » Coups de poings, coups assénés avec des bouteilles en plastique remplies d’eau, des livres, des matraques et de longs bâtons ; viols dans une pièce spécialement aménagée avec une table métallique dotée d’attaches pour les poignets et les jambes ; asphyxie ; torture à l’électricité sur différentes parties du corps : voilà certaines des méthodes de torture ou de mauvais traitements qui seraient utilisées par la police pour obtenir des aveux des suspects en garde à vue « , a déclaré Amnesty International ce mercredi 22 novembre 2006.

 

Qu’on se rassure, cela se passe en Russie. Mais ça donne des frissons, non ! D’autant qu’on n’en parle pas, ou peu. C’est banal. Aussi faut-il rester vigilant ! J’ai confiance. Le policier d’aujourd’hui est plus mature que nous l’étions, plus cultivé, mieux préparé, plus apte à affronter les pièges de son métier. Il peut y avoir des accidents de parcours, une brebis galeuse dissimulée au milieu des poulets (?), mais ce serait l’exception.

 

Cependant, les clignotants sont au rouge. Tous les jours on grignote un peu de nos libertés, pour notre bien, pour notre sécurité, pour assurer l’efficacité des forces de l’ordre… – Ne faudrait-il pas légiférer sur les méthodes alternatives ? risque de se demander un quelconque député opportuniste. Surtout qu’une partie de l’opinion publique serait prête à lui emboîter le pas. D’après Le Monde du 19 novembre 2006, un tiers de la population mondiale accepte l’usage de la torture, et un quart des Français n’y serait pas opposé. Cela ne doit pas être beaucoup moins populaire que les radars sur les autoroutes.

Un quart des Français… Dans le même temps, c’est paradoxal, la Chine reconnaît d’une voix timide que si la torture permet d’obtenir des aveux, ce n’est pas la panacée.

La vérité, c’est que la vérité obtenue par la torture, c’est uniquement la vérité que l’on veut entendre, et rien d’autre.

La France restera-t-elle seulement dans l’Histoire comme le pays qui a inventé la guerre subversive, ou va-t-elle enfin réagir, et damer le pion aux Américains ? On peut craindre, hélas ! que les nostalgiques reprennent du poil de la bête et que ce XXIe siècle voit refleurir la belle époque du début des années 60.

 

Légitime défense et police

Un policier tue un homme et en blesse un second, et personne ou presque ne bombarde la police d’injures !

Quoi, personne pour vilipender Sarkozy ! Depuis que la gauche vire à droite, on manque vraiment de repères dans ce pays. À moins que l’opinion publique ne change. Que l’on finisse par comprendre que les « gentils » ne sont pas obligatoirement ceux qui se trouvent face aux forces de l’ordre !

 

Ce drame soulève des questions, mais n’enlève rien au courage d’un homme qui a risqué sa vie pour défendre celle d’un autre.

 

Question 1 :

Un policier en civil – Ces dernières années, la police s’est militarisée. Du gardien au commissaire, c’est à qui exhibera ses beaux galons dorés. Et parallèlement, les gardiens de la paix opèrent de plus en plus souvent en civil. C’est paradoxal. Personnellement, je n’ai mis mon uniforme de commissaire de police qu’une seule fois, lors de la cérémonie de sortie de l’Ecole de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or… Bon, je suis un vieux con.

 

Question 2 :

L’absence de brassard – Le brassard a été institué en France il y a plus de vingt ans à la suite de plusieurs bavures : une, très grave, dont je suis hélas à l’origine. Ce jour-là, nous avons tué un jeune collège de 25 ans. Il nous avait pris pour des bandits. On l’avait pris pour un bandit. Deux jours plus tard, sa veuve a sacrifié son bébé et s’est suicidée. Une tragédie qui vous donne envie de changer de métier.

L’institution du brassard « police » a été un progrès, mais, prévu pour les opérations « préparées », il n’est pas adapté au tout venant. Quasi impossible de le mettre à chaud sans s’exposer à de graves ennuis. Il existe d’autres moyens pour les policiers en civil de se signaliser. Les séries américaines nous le montre tous les jours. D’ailleurs, avant le brassard, les policiers possédaient, en plus de leur carte de réquisition, une médaille frappée du mot « Police ».

 

Question 3 :

Une arme puissante – C’est un débat permanent au sein de la police. Pourtant, la loi est claire, le policier, à la différence d’un gendarme ou d’un douanier, ne peut utiliser son arme qu’en état de légitime défense de soi-même ou d’autrui.

Il s’agit donc bel et bien d’une arme de défense et non d’une arme d’attaque.

L’arme de poing, en dotation actuellement dans la police, est une véritable arme de guerre. Suivant le type de munitions utilisées, une balle peut traverser le moteur d’une voiture, ou un homme, deux hommes…

 

Question suinterdit.jpgbsidiaire :

Le football – Pas une semaine, pas un mois, où l’on nous bassine avec le fameux principe de précaution. On prend les mesures parfois les plus invraisemblables, pour notre bien, notre santé, ou tout simplement pour fuir ses responsabilités.

On nous interdit de fumer, de boire (trop), de téléphoner en conduisant, de ne pas mettre sa ceinture, de rouler au-dessus de 50, 60, 90…, de consulter certains sites sur l’Internet, de télécharger de la musique, des films, on censure des ouvrages, des journalistes… Qui, un jour, va nous dire que le football est mauvais pour la santé ? En exacerbant nos sentiments les plus bas, ce spectacle, où les seuls sportifs se trouvent sur le terrain, ne peut que perturber ces quelques centaines de supporters dont le Q.I. se situe au niveau de la pelouse du Parc des Princes.

Les élections dans la police

Les élections syndicales dans la police n’intéressaient jadis personne, à peine les policiers. Les temps changent, depuis que la sécurité est enjeu politique, la police intéresse au moins… les politiciens.

 

Joaquin Masanet, le secrétaire général de l’UNSA-Police, peut être content de lui. Il tire son syndicat vers le haut – mais pourquoi ?

Les policiers en tenue (comme on disait autrefois, avant que tout le monde n’enfile l’uniforme), c’est-à-dire les gardiens et les gradés, sont-ils satisfaits de son action syndicale, mécontents du grand chef, Nicolas Sarkozy, ou, pragmatiques, pensent-ils que Masanet est bien  proche de Ségolène Royal. Si celle-ci était élue…

Au passage, disons le, beaucoup de gens s’étonnent qu’on puisse à la fois être policier, représentant des policiers et conseillé en sécurité d’un candidat aux élections présidentielles.

Çà fait un peu grande famille, non !

 

Parmi les officiers (lieutenants, capitaines et commandants), les choses ne changent guère, le bon vieux SNOP, auquel j’ai appartenu, lorsque j’étais officier de police adjoint (lieutenant), reste solide, même s’il s’effiloche peu à peu.

Un petit époussetage ne serait pas superflu…

 

Quant au SCHFPN, le syndicat des commissaires, comme on dit, tant son sigle est imprononçable et aussi pour la bonne raison qu’il n’avait à ce jour pas de concurrent, il se prend une véritable gamelle. Le tout jeune SICP lui ratiboise 30 points.

« Il s’agit d’unnumeriser0001.jpg revers, reconnaît Olivier Damien, patron du SCHFPN, Nous avons été jugés trop proche de l’administration… Une fracture apparaît aussi entre ceux qui regrettent le bon temps du commissaire chef de meute, et ceux qui, comme nous, croient dans sa nouvelle vocation, centrée sur la « direction-conception« , se détachant en partie du terrain. »

Damien est fair-play, il reconnaît son échec. Damien est lucide, il détermine la raison de cet échec et met le doigt, là où ça fait mal. Damien ne se remet pas en cause, et c’est dommage. Le chef de meute ressemble un peu à la meute de Mitterrand, en d’autres circonstances. Il est péjoratif.

 

Car il y a un vrai problème parmi les patrons de la police nationale. Peu à peu, on les a éloignés de l’action, du terrain, pour en faire des gestionnaires, une sorte de préfets aux petits pieds. Ce ne sont plus des flics, mais des attachés d’administration. En leur faisant grimper les échelons de la grille indiciaire, on leur a pris leur âme, et du même coup on a coupé le lien avec leurs hommes. Beaucoup pensent que c’est une erreur, et que le syndicat a fait fausse route en privilégiant, l’avancement, les honneurs ou le feuille de salaire, à l’intérêt du travail.

 

Le concours de commissaire de police est l’un des plus difficiles de l’administration (il est plus facile de devenir magistrat que commissaire) et les jeunes qui le réussissent sont bardés de diplômes. D’autres portes leur sont ouvertes. S’ils choisissent ce métier ce n’est ni pour le fric ni pour la retraite, mais par vocation.

 

Et la vocation, Monsieur Damien, ça ne se négocie pas.

Police de tranquillité publique

Le 7 novembre 2006, Dominique de Villepin a prôné une police « plus présente et plus à l’écoute, mais garante du respect du droit et des règles. C’est ce que j’appelle, a-t-il dit, une police de tranquillité publique ».

Quel aveu d’impuissance de la part d’un Premier Ministre ! En une petite phrase qu’il voulait « bien sentie », il nous dit que la Police de la République, la Police de son gouvernement, ne respecte ni le droit ni les règles…

Et quel mépris pour les policiers.

Dans le même temps, Nicolas Sarkozy, affirme, péremptoire, que la police est là pour « interpeller les délinquants ». Point barre. Sa mission est donc répressive.

Quelle panade !

Peut-être faudrait-il rafraîchir la mémoire à l’un, énarque, et au demeurant ancien Ministre de l’Intérieur ; et à l’autre, avocat, et au demeurant actuel Ministre de l’Intérieur, que la police a deux missions de base : police judiciaire et police administrative.

Elle est placée sous l’autorité des préfets, eux-mêmes au service du gouvernement, uniquement dans ses missions de police administrative (maintien de l’ordre compris). Dans ses missions de police judiciaire – ce qui nous intéresse ici -, elle est placée sous la tutelle du Procureur de la République ou, le cas échéant, du Juge d’Instruction.

Et, plutôt que d’en faire un enjeu électoral, et de travestir le flic en nounou ou en croquemitaine, il serait préférable de rappeler que le policier de base, celui qui est dans la rue, celui qui est directement à notre contact, à nous le peuple (comme nous désigne Madame Royal), se nomme un gardien de la PAIX. 

À la différence de la Gendarmerie Nationale, la Police Nationale est composée de fonctionnaires civils, recrutés sur concours. On ne s’engage pas dans la Police, au mieux, on y fait carrière, comme dans les autres administrations.

Même s’ils ont depuis bien longtemps (Debré, je crois, le vrai, le père) échangés leur droit de grève contre un plat de lentilles, et même si de ce marché de dupe, il ne leur reste que les cailloux (et plus de lentilles), les policiers sont syndiqués, représentés et, bien sûr, hiérarchisés. Mais, au-delà de la hiérarchie, leur devoir d’obéissance est limité par un ordre supérieur à tous les autres : l’ordre de la loi.

Grosse différence avec la Gendarmerie. Les gendarmes sont des militaires, avec obligation de servir et de se taire. Ils sont privés de toute représentation syndicale, et sont condamnés, les pauvres, à faire monter leur épouse au créneau lorsqu’ils veulent exprimer la plus petite revendication.

On peut toujours rêver d’une société sans police, mais pour l’heure, les fonctionnaires de police sont les garants de notre démocratie, même si celle-ci est de plus en plus bancale.

Notre ancien monarque, François Mitterrand (ancien ministre de l’Intérieur, lui aussi), l’avait bien compris. Lorsqu’il grimpa sur le trône, en 1981, l’une de ses premières décisions fut de virer tous les policiers de l’Elysée pour les remplacer par des gendarmes…

Les scandales qui ont par la suite entouré la fumeuse « cellule élyséenne » nous ont ouvert les yeux sur ses arrière-pensées et son caporalisme.

Mais Mitterrand était un oracle. J’ai créé cette usine à gaz, aurait-il pu nous dire, les yeux au fond des yeux, pour lutter contre le terrorisme.

Déjà !

La « tranquillité publique », dont parle notre Premier Ministre, est de la responsabilité des maires. Bon nombre d’entre eux, et surtout ceux du gauche, ont longtemps boudé la Police Municipale, fustigeant au passage le maire de Levallois-Perret avec sa garde prétorienne et son réseau de caméras dans les lieux publics.

C’était un précurseur. La plupart des villes, de gauche comme de droite, possèdent à présent une Police Municipale, et la grande majorité des maires rêvent d’installer une multitude de caméras pour assurer la sécurité de leurs suffragants – caméras qui heureusement coûtent cher.

Ces mêmes maires refusent pour l’instant de devenir des shérifs. Ils y viendront. Ils se devront d’assumer, car, qu’ils le veuillent ou non, la police de proximité sera un jour sous la houlette des élus… de proximité.

Et les moutons seront bien gardés.

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