Le prélèvement bancaire est une autorisation accordée à un tiers de retirer de l’argent sur son propre compte. C’est une façon bien pratique de payer ses factures récurrentes : impôts, EDF, téléphone… Mais s’agit-il d’un moyen dénoué de tous risques ?
Pas si sûr…
Au mois de septembre, un étudiant s’installe dans un studio, à Suresnes. Il demande à l’EDF l’ouverture de son compteur. Rien de plus simple, lui dit-on. Il suffit de relever soi-même les chiffres sur les deux cadrans et de les communiquer par téléphone. Et que la lumière soit ! (fiat lux ! comme dirait Nestor Burma) Mais les lieux n’ont pas été habités depuis un certain temps, et l’électricité n’a pas été coupée. Prudent, le jeune homme insiste pour obtenir le passage d’un agent afin de relever ledit compteur. À ses frais, bien entendu.
Il a eu le nez creux, l’étudiant !
Les jours suivants, une première facture lui parvient. Elle concerne les charges pour l’ouverture de la ligne et le déplacement d’un agent. Le montant sera prélevé directement sur votre compte numéro…, etc. « Bizarre, s’étonne-t-il, je n’ai pourtant signé aucune autorisation de prélèvement ! Bof ! ce n’est pas grave, puisque de toute façon, je voulais le faire. On verra bien… » Sa banque paie sans sourciller. « Re-bizarre ! Mais il est vrai qu’auparavant, avant de déménager, j’étais prélevé… Alors… Enfin, quand même, ils exagèrent… »
Deux ou trois semaines plus tard, arrive une deuxième facture. Montant à prélever : 1.577,28 € – sous quatre jours. Là, il panique, l’universitaire. Il appelle papa, maman, la mamie, la tata, l’EDF… Il téléphone à son banquier, il rédige un fax, il fait opposition au prélèvement (un prélèvement qu’il n’a, on le rappelle, jamais autorisé). Ouf ! Il a eu chaud : la banque rejette le règlement. Coût de l’opération environ 15€.
Alors commence une sorte de farandole entre le répondeur téléphonique de l’EDF. « On comprend bien le problème », affirment les opérateurs aimables et conciliants (mais jamais les mêmes), l’un après l’autre. Mais l’ordinateur lui ne comprend rien. Il a engrangé un impayé : rappels, nouveau prélèvement impayé, lettres d’avertissement, lettres recommandées, menacent de coupure, de poursuites judiciaires, etc. A ses moment perdus, le petit cancre étudie le droit. Intérieurement, il remercie Badinter d’avoir supprimé la peine de mort. À chaque courrier, il répond. Il explique qu’il vient d’emménager dans cet appartement, qu’il ne peut donc avoir à régler une telle consommation d’électricité… Nous sommes là à un haut moment de la relation des clients et des entreprises via l’informatique. A se demander qui dirige le monde !
Finalement, au bout de 5 mois, l’étudiant reçoit une lettre dans laquelle le rédacteur reconnaît qu’il s’agit d’un malentendu et regrette les désagréments qui en ont découlé.
Bon, l’incident est clos.
Mais, comme aurait pu le dire La Fontaine, ce galimatias vaut bien un fromage !
En tout cas, il faut en retenir que les banques effectuent parfois des ponctions sur un compte client sans prendre les précautions nécessaires, et que certaines entreprises profitent de cette insuffisance. Pourtant, nombreuses sont celles qui nous imposent ce mode de paiement. En fait, pour être en règle avec
la législation, elles « tolèrent » d’autres moyens (en tout petit, en bas, à gauche), mais dans ce cas, elles exigent une importante caution (Orange, SFR, Free, etc.). Effet dissuasif assuré.
Or, lorsqu’on accorde un prélèvement automatique à son créancier, on s’engage sans limitation de somme et sans limitation dans le temps. C’est un peu la clé du coffre-fort.
On peut toujours contester une facture, par la suite, mais une fois qu’elle est payée, même si nous sommes dans notre bon droit, il nous faudra courir après notre argent…
Alors, on aimerait que nos représentants politiques, eux si prompts à vouloir notre bonheur (même parfois contre notre gré), se penchent sur ce mini-problème.
En attendant, je vous invite à recenser les autorisations de prélèvements enregistrées sur votre compte (j’ai commencé, ce n’est pas facile), et à éliminer ceux qui ne sont pas indispensables.
En théorie, tant qu’on n’a pas annulé une autorisation, elle reste valable. Il est donc nécessaire de faire opposition aux prélèvements inutiles, ce qui entraîne des frais. Il faut les négocier.
La demande doit être formulée par écrit (envoi recommandé dans les situations à risques) et doit mentionner s’il s’agit d’une opposition définitive ou limitée dans le temps. Il faut exiger une réponse écrite.
Personnellement, je serais tenté d’aller plus loin, et de remplacer les prélèvements par des virements. Au lieu de fournir un RIB à son créancier, on lui demande le sien. On ouvre le coffre, mais on ne lui donne pas la clé. J’ai essayé. Aucun ne m’a donné son accord.