Le jeune garçon soupçonné d’avoir tué sa famille en Corse-du-Sud a été écroué, mais les gendarmes de la section de recherches ne sont pas satisfaits. Malgré les aveux, malgré les preuves, ils poursuivent leurs investigations. Peut-on
envisager que cet adolescent ait « imaginé » un rôle qu’il n’a pas tenu ? Qu’il cherche à protéger quelqu’un ? Qu’il soit sous une emprise qui échappe aux enquêteurs ? Ou faut-il admettre simplement l’horreur d’un quadruple crime qui restera à jamais incompréhensible ? Un jeune meurtrier « dans un état proche d’un coup de folie », comme l’a dit (un peu vite ?) son avocate.
Cette affaire en rappelle une autre, tout aussi terrible et tout aussi mystérieuse. C’était le 27 février 1995…
Au petit matin, le permanent du commissariat de Marly-le-Roi reçoit un appel téléphonique. Une voix affolée : « Venez vite ! On a assassiné toute ma famille ». Incrédules, les policiers se rendent sur place, une somptueuse villa située à l’orée de la forêt domaniale, chemin des Gressets, à Louveciennes. Sidérés, ils découvrent les corps de six personnes, toutes tuées par balles. Seuls survivants du massacre, une petite fille de 2 ans ½, et Alexis P., âgé de 17 ans, qui vient justement de les prévenir. Les victimes sont ses parents, ses grands-parents et un couple d’amis de la famille.
C’est le début d’une affaire bizarre, et à dire vrai inconcevable, que les journalistes ont appelé La tuerie de Louveciennes. Même s’il ne reconnaît pas spontanément son acte, Alexis craque très vite. Au bout de quelques heures, il avoue être l’auteur de ces six meurtres, sans aucun motif sérieux, si ce n’est une mésentente avec son père.
Les aveux du jeune homme sont corroborés par les constatations : les empreintes sur les armes, les traces de poudre sur ses mains et même un fragment de sa montre, qu’il a cassée en défonçant la porte de la chambre.
Tout est dit.
Pourtant, une dizaine de mois plus tard, Alexis revient sur ses aveux. Il parle d’un homme, un Russe. C’est lui qui aurait commis ces meurtres. Et il l’aurait obligé, lui, le jeune Alexis, à en assumer la responsabilité. Menaçant de tuer sa jeune demi-sœur et sa mère (biologique) dans l’hypothèse où il raconterait la vérité à la police.
Sans vraiment y croire, le juge délivre une commission rogatoire pour vérifier. Et les policiers découvrent que l’oncle du jeune homme a également été assassiné, quelque part en Biélorussie. Or ce dernier avait repris les affaires de son frère, des affaires sur lesquelles planait l’ombre de la mafia russe…
Mais il existe trop de preuves contre le jeune homme. Le juge boucle son dossier, et le 14 mars 1998, Alexis P. est condamné à huit ans de réclusion criminelle – alors que l’avocat général réclamait une peine de 18 à 20 ans.
Une condamnation en demi-teinte qui montre la perplexité des jurés. Le dossier d’assises apportait des preuves mais pas d’explications. Et du coup, ils ont eu un doute, doute qui a profité à l’accusé.
Cette histoire ressemble suffisamment à celle qui vient de se passer en Corse pour se dire que malgré les preuves et les aveux, les gendarmes ont bien raison de poursuivre leurs investigations. Car de deux choses l’une, ou cet adolescent affabule ou les événements se sont déroulés tels qu’il les rapporte – et dans les deux cas, il faut à tout prix savoir pourquoi.
Il en va de l’intime conviction des jurés.
nombre d’heures réellement travaillées par les policiers en tenue. Un sujet chaud. Il faut dire qu’entre les jours fériés et les week-ends travaillés, les heures de nuit, les rappels, les contraintes, les compensateurs, les congés, les absences maladies, etc., personne n’y comprenait rien.
