LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Auteur/autrice : G.Moréas (Page 72 of 82)

Les stores rouges (mort d'un indic)

« Gabriel est mort, assassiné à son domicile ! » Jean-Pierre Pochon est chez lui, ce samedi 13 mars 1982, lorsqu’il apprend la nouvelle de la bouche de Sylvain, l’un de ses proches collaborateurs de la section antiterroriste des RG.

Il est sonné, le commissaire. Au téléphone, Sylvain fournit des détails : « […] Vers 19 h. 45, à son domicile, 5, rue des Pruniers dans le 20° arrondissement […] Il aurait été tué de deux décharges de chevrotines. »

les-stores-rouges.1212429091.jpgDans son livre, Les stores rouges, aux éditions des Équateurs, Pochon poursuit : « Brusquement je craque et me mets à pleurer devant mon épouse qui ne comprend pas ce qui se passe […] Je suis dans une sorte de trou noir. Les images se heurtent dans mon esprit : Gabriel débouchant d’une rue, ruisselant de pluie, un large sourire aux lèvres […] Je l’entends rire de mes conseils de prudence : Ne t’inquiète pas Jean-Pierre, je sais ce que je fais, et puis s’il m’arrive quelques chose, je sais que tu me vengeras. »

Gabriel Chahine avait 51 ans. Né à Alexandrie, en Égypte, il avait passé son enfance au Liban. C’était un artiste peintre, mais ses toiles ne se vendaient guère. À la demande du commissaire Pochon, il était parvenu à infiltrer le groupe terroriste Action directe. Il prenait ainsi des risques insensés. Le faisait-il pour de l’argent ? Il ne semble pas. Plus vraisemblablement, Chahine était un aventurier, au sens étymologique du mot.

C’est grâce à lui que la mystérieuse brigade antiterroriste de la direction centrale des RG réussit à piéger les principaux membres d’action directe. D’une grande prudence, ces derniers n’avaient pu résister aux chants des sirènes – en l’occurrence une rencontre avec le mythique Carlos pour mettre sur pied un attentat retentissant : la destruction du barrage d’Assouan, en Égypte. C’était du moins la fable que leur avait conté Chahine. Rien que ça ! Et ils avaient marché !

Jean-Pierre Pochon nous fournit les détails avec minutie. Si la première partie de son texte est un peu lente, ensuite, on entre dans l’action. Le rendez-vous dans une villa de Villerville où des flics se font passer pour les représentants de Carlos, est un monument en matière d’enquête de police.

C’est ainsi qu’un peu plus tard, à Paris, Jean-Marc Rouillan viendra tout seul se jeter dans la gueule du loup. Il sonne à la porte derrière laquelle se trouve pense-t-il son idole. Des hommes surgissent : « Police, ne bouge pas ! – En levant les bras, Rouillan crie : Ne me tuez pas ! »

Pour Nathalie Ménigon, ce sera une autre paire de manches. Elle attend, quelques rues plus loin. Elle ne se laisse pas surprendre. « Tranquillement la femme fouille dans son sac, se retourne et ouvre le feu sur Pascal (un inspecteur – NDR). Il riposte. La confusion est totale. Tout en continuant à tirer, Nathalie Ménigon avance dans la contre-allée en essayant de se dissimuler derrière les palissades d’un chantier […] Calmement [elle] manipule son arme, réapprovisionne un chargeur et ouvre de nouveau le feu plusieurs fois sur nous. Nous sommes proches maintenant… » Finalement, la jeune femme capitule : « Ne tirez pas, je me rends ! Ne tirez pas ! – Elle lève les bras […] Elle est livide. »

Conseillé par un triumvirat de… gauchopathes, peu après son élection, François Mitterrand amnistie les membres d’Action directe. Et pourtant, ces derniers ont tous du sang sur les mains.

Y a-t-il eu marchandage entre l’Élysée et les terroristes ? Certains l’ont affirmé. Dans ce cas, il s’agissait d’un marché de dupes, car après une courte accalmie, meurtres et attentats reprennent de plus bel. Action directe obtient même le nom de la balance : Gabriel Chahine. On dit que la fuite vient de la cellule élyséenne…

Un homme a été assassiné. À l’époque, quelques lignes dans la presse, et c’est tout.

Pochon en a gros sur la patate. Pourtant, c’est en termes mesurés qu’il donne son avis (c’est ça la formation RG) :

« Gabriel sacrifié au nom d’une nouvelle approche du terrorisme qui aaction-directe.1212429423.jpg conduit à amnistier des réseaux terroristes. Amnistie ressentie par Action directe comme une marque de faiblesse ! » Il cite ensuite Frédéric Oriach, l’un des principaux dirigeants du NAPAP (noyaux armés pour l’autonomie populaire) heureux bénéficiaire de la loi d’amnistie du 4 août 1981 qui remercie à sa manière le Président socialiste. S’il est sorti de prison en septembre 1981, c’est : « grâce aux porcs auxquels les élections ont permis de récupérer la belle couleur rose qui leur est naturelle… »

Ce livre ne prétend en aucune manière être un livre d’histoire, nous dit Jean-Pierre Pochon, en avertissement. Certes ! Mais lui et ses hommes étaient au plus près d’Action directe dans les années 80, et il était « l’accompagnateur » (c’est le terme qu’il utilise) de l’homme qui a infiltré ce mouvement terroriste.

À ces titres, ce livre est un sacré document.

Imbroglio comme de Broglie

« Il était 9 heures 20 lorsque, depuis ma loge, j’ai entendu des coups de feu. Je suis immédiatement sortie et j’ai aperçu un homme s’écrouler sur le trottoir. Au même instant, deux hommes, policiers m’ont-ils dit, m’ont priée de rentrer chez moi. »

imbroglio-comme-de-broglie.1211561704.jpgCe témoignage est celui de Madame Favier, concierge au 2 rue des Dardanelles, à Paris, dans le 17° arrondissement. Il a été recueilli par un journaliste et diffusé sur les ondes de RTL le 24 décembre 1976.

L’homme qui a été tué s’appelait Jean de Broglie, du moins dans la forme écrite, car vocalement cela donnait « debreuil ». Prince de son état, ce personnage roulait sa bosse dans la politique depuis 1946. Propriétaire d’un château et de milliers d’hectares de terre, décoré moult fois, cousin de la femme du président en place, Valérie Giscard d’Estaing, et ami intime du ministre de l’intérieur Michel Poniatowski. En 1976, Broglie est âgé de 55 ans. C’est un personnage important. On ne s’attend certes pas à le voir finir comme un quelconque truand avec trois balles dans la tête, étendu sur un trottoir parisien…

Madame Favier, la concierge, n’a jamais été retrouvée ni par les enquêteurs ni par le juge d’instruction, s’étonne Guy Simoné, dans son livre Imbroglio comme de Broglie (un septennat meurtrier), aux éditions Dualpha. Et toute sa défense s’écroule, car du coup il est le seul à mentionner que des policiers se trouvaient sur place et pouvaient témoigner en sa faveur. Alors, comment justifier sa présence à proximité de la scène du crime ? Comment expliquer que le meurtrier l’ait rejoint dans sa voiture ? La justice va lui reprocher d’avoir recruté (ou pour le moins « couvert ») le tueur, un certain Gérard Frèche, proxénète gagne-pain, qui pour exécuter ce contrat aurait empoché la somme de 50.000 F.

À cette époque, Simoné était inspecteur principal à la brigade des mineurs de Viroflay, dans les Yvelines. Au fil des pages, il décortique le piège qui s’est refermé sur lui. En effet, toute la hiérarchie policière était au courant des menaces qui pesaient sur Jean de Broglie, et il faisait l’objet d’une surveillance rapprochée. En cette veille de Noël, les policiers de l’antigang étaient sur place, affirme Simoné. Ses dires sont d’ailleurs corroborés par un inspecteur de la BRI, que nous appellerons J.B.V., pour respecter sa volonté, puisqu’il a choisi depuis le pseudonyme d’Éric Yung. A présent rédacteur en chef et producteur à Radio-France, Eric Yung a écrit plusieurs livres. Dans La tentation de l’ombre, récemment réédité en poche, aux éditions Gallimard, il confirme à mots prudents que ses chefs, à la brigade antigang, avaient décidé d’effacer toutes traces de leur présence (surveillances, écoutes, P-V…), et qu’en marquant son désaccord sur de tels procédés, il s’était fait bannir du 36. Ceci n’a sans doute rien à voir avec cela, mais Éric Yung (à l’époque, il était border line) a eu ensuite de sérieux ennuis, il a même fait l’objet d’un attentat à la bombe, alors qu’il se trouvait chez son ami Yves Mourousi, présentateur du journal de 20 heures sur TF1. L’immeuble du XVI° arrondissement où se trouvaient les deux hommes a été sérieusement endommagé : ils s’en sont sortis indemnes.

On peut donc raisonnablement penser que le ministre de l’intérieur, Michel Poniatowski, Jean Ducret, le directeur de la PJ parisienne, et Pierre Ottavioli, le patron de la brigade criminelle, lorsqu’ils s’adonnent à un show devant un parterre de journalistes, dans les locaux du quai des Orfèvres (une première), alors même que la garde à vue des suspects est à peine terminée, nous racontent des salades. Ils s’autofélicitent. Une enquête rapidement menée : Jean de Broglie a été tué pour une vague histoire de remboursement d’un prêt destiné à l’achat d’un restaurant, La reine Pédauque, près de la gare Saint-Lazare, à Paris.

Bien sûr, ce n’est pas impossible ! Mais lorsqu’on s’attarde sur le parcours de feu de Broglie, on ne peut s’empêcher d’être un rien dubitatif…buron-joxe-et-broglie_accirds-devian_masterwebfr.1211562065.jpg

Le prince de Broglie, nous dit Simoné, a été chargé de réunir des fonds en vue de la campagne électorale de Valéry Giscard d’Estaing. « En avril 1968, un protocole d’accord fut signé entre MM. Jean de Broglie, Raoul de Léon, Léon Grunwald et Vila Reyes. Par cette convention, Jean de Broglie s’engageait à trouver un financement de vingt millions de dollars sous la forme d’un emprunt obligataire. Le remboursement devait s’effectuer en décembre 1976, sous sa propre responsabilité. »

Vous avez dit en décembre 1976 ?…

Pour réaliser ce projet, Broglie dépose les statuts d’une dizaine de sociétés (Sodetex, Brelic international, Publifinance, etc.) en France et dans des paradis fiscaux « […] Officiellement, l’activité principale était l’import-export de métiers à tisser… », nous dit Simoné. On est en mai 1968, et tandis que CRS et étudiants s’envoient des amabilités, et que les parisiens redécouvrent les bienfaits de la marche, chez ces gens-là, mooonsieur, les affaires continuent…

Simoné nous affirme également que Jean de Broglie figurait sur les tablettes de l’Opus Dei, au côté de plusieurs personnalités politiques de premier plan, dont il donne d’ailleurs les noms, et que cette mafia catholique a participé financièrement à l’élection de Giscard d’Estaing.

Le 30 décembre 1976 les portes de la prison se sont refermées sur Guy Simoné, et il n’a recouvré la liberté que le 9 mai 1983.

Dans son livre, il ne cache pas ses faiblesses, il ne nie pas ses erreurs, mais il n’a jamais, affirme-t-il, participé de près ou de loin à l’assassinat d’un homme. Je l’ai rencontré il y a quelques semaines et je dois reconnaître qu’il m’a convaincu.

photo004.1211562214.jpgAujourd’hui, il est âgé de 65 ans. Je peux vous dire qu’il est remonté à fond et bien décidé à reprendre l’enquête – de A à Z. De retrouver les protagonistes (du moins les survivants, car beaucoup sont morts), de faire parler les témoins, d’éplucher les rapports, les procès-verbaux, de détricoter les réseaux… Il a du pain sur la planche, d’autant que le dossier sur l’affaire de Broglie a été classé « secret-défense ».

Ce livre, Imbroglio comme de Broglie, n’est pas très littéraire. Guy Simoné se laisse parfois emporter par sa fougue, ou par sa rancœur, et il est alors difficile de le suivre, mais c’est un témoignage au plus près d’une affaire qui a jeté l’opprobre sur la classe politique française – et rabaissé au passage le prestige du 36, quai des Orfèvres.

Un document indispensable pour ceux qui suivent les affaires criminelles – mais une sale affaire, vraiment !

Libertad

Contraintes, obligations, interdictions…, les mesures s’enchaînent et réduisent au fil des jours notre liberté d’aller, de venir, de faire ou de ne pas faire, de dire, d’écrire et bientôt (je n’ose y penser) de penser.

C’est pour notre bien, pour notre sécurité, pour notre santé… Français,la-biometrie_biometricsysteme.1210949326.jpeg on sait ce qui est bon pour vous ! Restez sages, soyez tranquilles, « Nous », on va faire votre bonheur.

Il y a quelques jours, le gouvernement a décidé la mise en place prochaine du passeport biométrique. Enfin, je veux dire du passeport tout court, car au dernier moment, on a supprimé le « biométrique » qui avait un petit côté angoissant. Donc, pour confectionner ce passeport, on va numériser une foule d’informations nous concernant (identité, photos, empreintes digitales, etc.) Tout cela sera enregistré sur une carte à puce et dans une base de données.

La CNIL (commission nationale de l’informatique et des libertés) a donné un avis très réservé sur ce passeport. Elle s’étonne que les mesures retenues soient largement surdimensionnées par rapport aux exigences du règlement du Conseil européen du 13 décembre 2004. À mots pesés, elle s’interroge notamment sur la raison qui pousse le gouvernement à enregistrer les empreintes digitales de huit doigts (alors que le conseil en demande deux) et à conserver toutes les données dans un système baptisé DELPHINE « qui pourrait constituer, dit la CNIL, la première base centralisée de données biométriques à finalité administrative portant sur des ressortissants français. »

enqueteur.1210948320.jpgCette base de données n’est absolument pas envisagée par le Conseil Européen. On peut même se demander si ses juristes n’y verraient pas une atteinte aux libertés individuelles… En Allemagne, par exemple, les données seront uniquement enregistrées sur le support électronique, autrement dit la puce intégrée au passeport, ledit passeport se trouvant dans la poche du titulaire.

Ils sont timorés ces Allemands !

Mais qu’on se rassure ! Ce nouveau fichier (puisqu’il faut appeler un chat un chat) ne sera pas croisé avec le JUDEX de la gendarmerie qui doit prochainement fusionner avec le STIC de la police, ni avec le fichier de la DST, qui prochainement va fusionner avec celui des RG, ni… etcetera.

Alex Türk, le président de la CNIL a déclaré (Le Monde du 6 mai 2008) : grenouille_collectiftramwayfreefr.1210949140.jpg« Une grenouille plongée dans l’eau bouillante va tenter d’en sortir le plus rapidement possible, mais si vous la mettez dans une eau froide, dont vous faites monter progressivement la température, elle n’a aucune réaction. »

Lorsqu’elle saute sur le chiffon rouge qu’on agite devant son nez, la grenouille sait-elle qu’elle va mourir ?

Une histoire de patates

Je ne résiste pas au plaisir de raconter cette jolie fable qui circule sur le net et qu’un ami m’a rapportée.

Un vieil arabe vit depuis 40 ans aux Etats-Unis. Il possède un petit jardinle-laboureur_momesnet.1209539925.jpg dans lequel il voudrait bien planter des pommes de terre, mais il ne se sent pas assez costaud pour retourner la terre.

Il envoie un mail à son fils, étudiant à Paris :
Cher Ahmed,
Je suis triste car j’aimerais planter des pommes de terre dans mon jardin, mais je n’ai pas la force. Si tu étais ici, tu pourrais m’aider à bêcher…
Ton père qui t’aime, Jamil.

Le lendemain, le vieil homme reçoit un mail de son fils :
Cher père,
Surtout, ne touche pas au jardin ! J’y ai caché ce que tu sais.
Moi aussi, je t’aime.
Ton fils, Ahmed.

Au petit matin, le FBI, la CIA, les marines, etc., débarquent chez le vieil homme. Pendant des heures, ils fouillent le jardin millimètre par millimètre, avant de se résigner : il n’y a rien. Ils repartent bredouilles.

Quelques heures plus tard, Ahmed expédie un nouveau mail à son père:
Cher père,
Je suis certain que la terre de ton jardin est désormais retournée et que tu peux y planter des pommes de terre…
Ton fils qui t’aime, Ahmed.

Une affaire carrée

L’enquête sur le meurtre de la jeune suédoise Susanna Zetterberg a été résolue en quelques jours. Je sais bien, tant que l’homme mis en examen n’a pas été condamné…

Si l’on veut bien s’attarder sur la technique utilisée par la PJ pour mener à bien cette affaire, on retient d’abord une chose : Il s’agit d’une enquête traditionnelle. On a tellement pris l’habitude de nous bassiner avec l’Adn, les fichiers ceci, les écoutes cela, qu’il est important de le souligner.taxi_journalchretien.1209401081.jpg

Ici, les péjistes ont fait du porte-à-porte. Ils ont enregistré les déclarations des témoins, des amis, etc. Puis, lorsqu’ils ont appris l’existence du texto de la jeune femme qui s’inquiétait du comportement du chauffeur de taxi, ils ont fouillé les fichiers, les dossiers, pour finalement tomber sur le suspect idéal. Faux chauffeur de taxi, vrai détraqué sexuel. Et, avec le concours de la brigade antigang, ils l’ont filoché afin de tenter de récupérer le maximum de preuves. Lorsqu’ils l’ont surpris en train de déterrer quelque chose dans le bois de Boulogne, ils ont décidé de l’interpeller. Quasi en flag !

Donc, fi de tous les gadgets à la mode, il s’agit d’une vraie enquête de flics, telle que la pratiquaient les anciens.

Chapeau !

Les pinailleurs détecteront toutefois une particularité intéressante dans le déroulement de cette enquête – cette fois, côté justice.

Le corps de la jeune femme a été retrouvé le dimanche 20 avril 2008, dans l’Oise, hors du ressort de compétence de la préfecture de police. Concomitamment (ou presque) à cette macabre découverte, les amis de Susanna s’inquiétaient de ne pas l’avoir revue et signalaient sa disparition à la police parisienne.

Les gendarmes chargés de l’enquête en crime flagrant ont donc fait les constatations sur les lieux, sur le corps, etc., et leur enquête semblait avancer rapidement puisqu’ils avaient déjà fait un rapprochement (judicieux) avec une agression similaire.

Et le mardi 22 avril, badaboum ! le procureur de Senlis se dessaisit au profit du parquet de Paris – lequel charge illico la brigade criminelle de la poursuite des investigations. On imagine la tête des gendarmes…

Je crois qu’il s’agit là d’une première. En effet, le seul lien qui relie la capitale au meurtre de Susanna Zetterberg est le fait qu’elle ait pris un taxi à Paris. En l’état, on ne sait pas où le crime a été commis, mais tout laisse supposer que ce n’était pas sur le ressort territorial de la préfecture de police.

Il s’agit donc d’un tour de passe-passe judiciaire pour que cette affaire soit traitée à Paris.

Dans la même lignée, pour justifier que les pirates du golfe d’Aden soient jugés en France, on a dit qu’il s’agissait de terroristes – sans abuser quiconque. Par ailleurs, autre bizarrerie, il semble que les coupables n’aient pas été placés en garde à vue mais en détention administrative. Ce qui est également une première.

Honnêtement, si ces deux affaires n’étaient pas aussi graves, on serait en droit de s’interroger sur ces interprétations très approximatives du code de procédure pénale.

Otages et principe de précaution

Ce 11 avril 2008, les autorités se targuent d’un succès : Les 30 otages du voilier Ponant sont libérés sans aucun dommage. La presse claironne et glorifie l’action de la Marine Nationale et du GIGN, sans tenir compte d’un léger détail : le revirement d’une politique de fermeté (on ne paie pas de rançon) qui date de plus de 30 ans. Et du même coup, on soulève une question : Doit-on appliquer le principe de précaution dans le cas d’une prise d’otages ? Je casque, si ça se passe mal, c’est pas ma faute…

gign_ouestfrance_.1208123628.jpgOn a l’habitude de dire que les enlèvements avec demande de rançon datent de 1933. C’est l’année où le congrès américain a voté une loi, dite loi Lindbergh – dont le bébé avait été enlevé et tué, malgré le paiement de la rançon – qui vise spécifiquement ces agissements. Ce texte a fait du « kidnapping » un crime fédéral.
Il s’agit donc de la naissance juridique de ce type de criminalité.

En France, le premier enlèvement célèbre « répertorié » est celui de Madeleine Dassault, la femme du constructeur d’avions. Le 22 mai 1964, elle est kidnappée par des bandits masqués et séquestrée dans une maison abandonnée, près de Senlis. La rançon exigée pour sa libération, de 4 millions de francs, n’a pas été versée. Quant à l’auteur principal, Jean-Jacques Casanova, arrêté cinq mois plus tard, il fut condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Il ne s’agissait pas d’un véritable truand, mais d’un looser qui avait exercé la profession d’agent de perception, puis d’huissier à l’hebdomadaire Jour de France, appartenant au groupe Dassault.

Dans les années 70, le nombre d’enlèvements avec demande de rançon se multiplie. Parallèlement, certains malfaiteurs, surpris en flagrant délit de hold-up dans des établissements bancaires,weber_mickey_theyliewedie.1208123874.jpg retournent la situation à leur avantage en prenant les clients et les employés en otage. Et l’on assiste à ce paradoxe : Ils sont venus pour piller la banque et ils repartent avec des sommes parfois colossales – versées par la banque. C’est tellement juteux que bientôt les truands pénètrent dans les agences avec cet unique objectif.

Pour mettre un terme à cette nouvelle toquade du grand banditisme, les autorités décident alors de s’opposer par tous les moyens au paiement de la moindre rançon.

Pour prendre un exemple célèbre, lors du rapt du baron Edouard-Jean Empain, les malfaiteurs demandent à négocier avec un représentant du groupe Empain-Schneider. C’est un policier qui tient ce rôle. Il accepte un rendez-vous pour remettre l’argent demandé. La rançon est bidon, mais la fusillade sur l’autoroute du sud bien réelle. Deux policiers sont touchés ; l’un des bandits est tué et un autre blessé. Empain est libéré 48 heures plus tard à la demande du truand arrêté.

Cette politique de fermeté des autorités françaises porta ses fruits. Le nombre d’enlèvements alla decrescendo jusqu’à disparaître – ou presque.

De nos jours, depuis peu, on assiste à un revirement de position. L’exemple vient de haut, puisque le président de la République a lui-même négocié la libération des infirmières bulgares et le rapatriement des membres de l’Arche de Zoé. Ici, il ne s’agit pas de rançon mais « probablement » de compromis plus ou moins politiques. Quant à Ingrid Betancourt, l’otage des Farcs, il semble bien que sous le manteau, les tractations se poursuivent activement…

Or, dès l’abordage du voilier Ponant par des pirates, l’armateur, Jacques Saadé, qu’on dit proche de Nicolas Sarkozy, a tout de suite admis le principe du aon-assurances.1208123763.jpgpaiement d’une rançon. (Certains assureurs acceptent d’ailleurs de couvrir ce risque). Cette rançon a été versée avec la « complicité » des autorités françaises. On raconte même que les billets ont transité par un bâtiment de la Marine Nationale avant d’être remis aux ravisseurs par des membres du GIGN.

On arrive donc à une situation nouvelle où le ressortissant français possède une valeur marchande intrinsèque, tant pour certains pays pirates que pour les pirates de certains pays.

C’est flatteur pour notre ego – mais pas sans risques.

Seul le résultat compte, diront certains. Certes !… On ne peut que se réjouir de la libération sans bobo des 30 otages du Ponant. Mais, peut-on dire pour autant qu’il s’agit là d’une réussite ?

Résumons : Après paiement de la rançon, la Marine Nationale et le GIGN (c’est-à-dire des centaines d’hommes avec des moyens colossaux) sont parvenus à arrêter un tiers des preneurs d’otages et à récupérer un tiers de l’argent versé.

Désolé, en police judiciaire on appellerait ça un échec.

 

L'Adn de Machin

Au début de mois de mars, un homme sonne à la porte de la brigade criminelle : « Bonjour, je m’appelle David A. c’est moi qui ai tué Marie-Agnès B, sous le pont de Neuilly. ».

pont-de-neuilly_infos-trafic-paristf1fr.1206983588.gifC’est évidemment impossible. L’assassin de cette dame a passé 48 heures en garde à vue, dans les locaux du 36, il y a 7 ans – et il a reconnu les faits. Il s’agit de Marc Machin, un SDF de 19 ans (à l’époque). Un pauvre type rongé par l’alcool et par la drogue.

Il a d’ailleurs été condamné en 2004 à 18 ans de réclusion criminelle.

C’est à l’honneur de la brigade criminelle de ne pas hésiter à rouvrir le dossier et à vérifier les allégations du farfelu qui vient ainsi remettre leur travail en question.

Et il faut reconnaître à Philippe Courroye, le procureur de Nanterre, une certaine audace pour suivre les enquêteurs dans leur démarche. Il demande une comparaison de l’Adn de ce… soi-disant criminel avec les prélèvements effectués sur les vêtements de la victime, en 2001. Et il y a concordance.

On ne peut pas dire que David A. a tué madame Marie-Agnès B., mais on peut affirmer qu’il était présent au moment où ce crime a été commis.

Il appartient maintenant à la commission de révision de se prononcer. Mais le résultat ne fait aucun doute : cette affaire sera rejugée.

Il y a un enseignement à tirer de ces événements.

Le procureur de Nanterre a déclaré que ces nouvelles analyses Adn ont été rendues possibles grâce à « de nouvelles méthodes scientifiques » (source : Le Point). Alors la question est la suivante : Pourquoi le fichier Adn (FNAEG) n’est-il jamais utilisé pour confirmer ou infirmer des jugements rendus avant sa mise en fonction ? Puisqu’on nous impose ce flicage génétique, pourquoi ne pas exploiter toutes les possibilités offertes par la police scientifique ? Pourquoi la justice française refuse-t-elle d’envisager l’existence d’erreurs judiciaires ? – etdatisoldes_jym-mgcdblogspotcom.1206983745.jpg qu’en ce moment il y a sans doute des innocents derrière les barreaux. N’en sortirait-elle pas grandie ? Aux États-Unis, des centaines de condamnés – dont certains à la peine de mort – ont ainsi été innocentés. Pourquoi pas chez nous ?

A cause de textes de loi anachroniques : En effet, pour réviser un procès, il faut un élément nouveau – comme une recherche Adn « causante ». Mais pour faire une recherche Adn, il faut… un élément nouveau. Glup !

Ne serait-il pas flatteur, Madame le Garde des Sceaux, que nous associassions votre nom à une loi équitable, comme dans un passé récent (et simple) nous associâmes le nom de Robert Badinter à la suppression de la peine de mort ? Ouf ! – Une loi Dati, ça t’aurait de la gueule, non !

Je crois que les médias devraient appuyer une telle démarche. Mais je crains fort que cela ne soit pas pour cette fois. Ces jours-ci, les journalistes ont recherché dans leurs archives une photo de Marc Machin – vainement. Car cette affaire n’a jamais fait la Une. À défaut, ils ont publié celle du procureur de Nanterre, ou, comme Le Monde, les trottoirs du Pont de Neuilly.

Je vais te dire un truc, Machin ! Ton histoire, elle n’intéresse personne.

La IV° cohabitation

En instituant l’élection du président de la République au suffrage universel, la révision constitutionnelle de 1962 a profondément transformé les fondements de notre pays.

louisxiv_bibliothequeetarchivescanada_lignesdutemps.1205748247.jpgPersonne n’a envisagé à l’époque les difficultés qui pourraient survenir du fait de la différence de la durée du mandat entre le président (7ans) et les députés (5ans).

Car il allait de soi qu’un président ne pourrait rester en place avec une chambre des députés d’une majorité opposée à la sienne !

C’était sans compter sur la fascination du pouvoir. François Mitterrand montre le chemin en 1986, et supporte gaillardement la cohabitation de Jacques Chirac (qu’à l’évidence il ne peut sentir). En 1993, de façon plus policée, il fera de même avec Édouard Balladur.

Et, en 2002, Chirac va tranquillement assurer sa fonction de soi-disant chef de l’État, alors que le pays est dirigé par Lionel Jospin.

Mais notre élite renâcle. Aussi, pour contrer ces « mauvais Français » qui ne savent pas ce qu’ils veulent, Jacques Chirac et Lionel Jospin s’entendent (pour une fois) et décident une nouvelle modification de la constitution afin de ramener la durée du mandat présidentiel à 5 ans.

Cette mesure est supposée éviter toute nouvelle cohabitation – sauf en cas de décès ou de démission du président ou de dissolution de l’assemblée nationale.assemblee-legislative-du-bas-canada_archivesnationalesquebec-lignesdutemps.1205748508.jpg

Au premier coup d’œil, on pourrait penser que les électeurs sont d’accord. En effet, au référendum de l’an 2000, 73 % répondent par l’affirmative. Au deuxième coup d’œil, on voit que le taux d’abstention a dépassé 70 % et que sur les 30 % de votants, 16 % ont voté nuls ou blancs.

singe_terresacreeorg.1205749550.jpgDe fait, la cassure est consommée entre la classe politique et les citoyens. Mais pourquoi notre cœur penche-t-il vers la cohabitation ? Peut-être, tout simplement, parce que nous ne sommes pas favorables à un régime qui donne des pouvoirs exorbitants à un seul homme… Les stigmates de la révolution de 1789 !

En tout cas, les électeurs ont trouvé un nouveau moyen de se faire entendre. À ces élections de mars 2008, de fait, ils viennent de mettre en place la IV° cohabitation.

Dorénavant, la droite dirige la France et la gauche dirige les Français.

Perben III

Dominique Perben, l’homme qui se vantait de n’avoir jamais perdu une seule élection, vient de se prendre une veste aux dernières municipales. Les lyonnais lui ont carrément claqué la porte au nez.

Cet homme aurait-il démérité ?

Perben a été Garde des sceaux de mai 2002 à juin 2005. Son passage à la chancellerie a certes laissé des traces (certains disent des séquelles) puisqu’il est notamment à l’origine de deux lois sécuritaires qui portent son nom.

– La loi Perben I (ou loi d’orientation et de programmation pour la justice), voté au mois d’août 2002. Il s’agit essentiellement de mesures destinées à renforcer la responsabilité pénale des mineurs.

– La loi Perben Inon-a-la104.jpgI (ou loi sur la sécurité intérieure), votée en mars 2004. Ce texte renforce considérablement le pouvoir de la police et des magistrats, au grand dam des avocats qui y voient la violation des droits de la défense.

Ensuite, en tant que ministre des transports, de l’équipement, du tourisme et de la mer, Perben a pris une décision qui elle laissera des cicatrices indélébiles : le tracé concernant le bouclage de l’autoroute La Francilienne. Parmi les cinq possibilités, et contre toute attente, il a en effet validé le trajet vert, celui auquel personne ne croyait tant il paraissait absurde. Donc l’A104, puisque c’est son nom, va chevaucher la RN 184. Elle va traverser plusieurs villes, dont Eragny, Conflans-Sainte-Honorine, Achères et Poissy. Elle doit rejoindre l’autoroute A 13 à Orgeval, avec la création du plus grand échangeur autoroutier d’Europe. Rien n’étant prévu pour améliorer la circulation sur cette autoroute déjà surchargée, Dominique Perben a réglé le problème : « Yaka supprimer la voie d’urgence… »

conflans_picasawebgooglecom.1205252733.jpgConflans-Sainte-Honorine est particulièrement touchée par ce projet, puisque la ville va être coupée en deux. Il est amusant de constater que cette décision a été prise au moment même où Nicolas Sarkozy promettait de recouvrir entièrement l’avenue Charles-de-Gaulle, à Neuilly, pour éviter les nuisances…

Il est vrai que si les Conflanais votaient mieux, on n’en serait pas là. Rappelons que cette ville de plus de 30.000 habitants est socialiste depuis plus de 30 ans. Elle a bercé la carrière de Michel Rocard et de Jean-Paul Huchon, l’actuel président de la région Île-de-France. Pire, l’actuel maire, le socialiste Philippe Esnol, vient d’être réélu au premier tour avec 61.5 % des voix.

Dans sa profession de foi, à Lyon, Perben promettait (je cite) de s’occuper de l’enfance, des personnes âgées, de la circulation, de la pollution et de l’économie.

L’enfance : la nouvelle autoroute va pratiquement passer au milieu de la cour d’une école et à proximité immédiate de plusieurs autres et même de crèches.

Les personnes âgées : Plusieurs maisons de retraite sont touchées et le quartier « Fin-d’Oise » de Conflans, où vivent de nombreux retraités, va être durement mutilé. On peut prévoir de nombreuses expulsions, notamment de personnes âgées.

La circulation : Cette nouvelle autoroute doit rejoindre l’A13 à Orgeval. Or, celle-ci est déjà saturée. De plus, les travaux qui doivent durer au moins cinq ans vont créer des bouchons considérables – avec les conséquences que l’on imagine.

La pollution : Aux vents dominants, les villes de Conflans-Sainte-Honorine, d’Herblay, de Poissy… vont connaître un taux de pollution qu’on estime bien supérieur à la limite tolérable.

L’économie : Ce projet va coûter plus de 2 milliards d’euros. Or, la région Ile-de-France refuse de débourser le moindre centime. Question : qui va payer ?

Aux reproches concernant le choix de ce tracé pour l’A104, Perben aseine-depuis-lile-de-migneaux-a-poissy_copra.1205252904.jpg répondu : « Moi, au moins, j’ai le courage de le faire…. » Il est vrai que ce projet était dans les cartons depuis plus de 30 ans.

Si un jour les lois Perben ne plaisent plus, on pourra toujours les annuler, selon le vieux principe : « Ce qu’une loi fait, une loi peut le défaire ». Mais lorsque les bulldozers auront massacré le cœur de Conflans-Sainte-Honorine ou défiguré les rives de la Seine, à Poissy, aucune loi ne pourra remettre les choses en état.

On pourra toujours baptiser cette autoroute la… Perben III.

La PJ, de 2003

PARTIE 31 – La présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles de 2002 a laissé des traces. Pour le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, c’est comme un appel des Français à plus de sécurité. Et si les électeurs avaient simplement manifesté leur ras-le-bol envers une caste politique monocorde…

En tout cas, Nicolas Sarkozy prend le créneau. En le nommant ministre d’État, ministre de l’intérieur, Chirac pensait sans doute lui faire une vacherie. Il lui a sarkozy-et-raffarin-dans-rer-a_wikipedia.1204192181.jpgservi la soupe. D’entrée de jeu, Sarkozy se lance dans une politique sécuritaire tout azimut. Pour faire suite à la loi Perben I, votée au mois d’août 2002, il fait adopter une loi sur la sécurité intérieure qui renforce les pouvoirs des OPJ, étend (pour certains) leur compétence territoriale et leur donne, de fait, la possibilité de relever l’empreinte génétique de toute personne soupçonnée « d’avoir pu commettre » une infraction. C’est dans ce texte qu’on trouve également une nomenclature de nouveaux délits, comme le racolage passif ou les rassemblements dans les parties communes d’immeubles. Avec le ministre des transports, Gilles de Robien, il intensifie la chasse aux excès de vitesse. Tous deux inaugureront d’ailleurs le premier radar automatique le 27 octobre 2003, sur la RN 20, dans l’Essonne.

Le 31 janvier, l’infirmière Christine Malèvre est jugée pour avoir assassiné six de ses malades. Dans un premier temps, une partie de la presse fait preuve de bienveillance à son égard, et le questionnement va bon train autour de l’euthanasie. Cependant, lors de son procès, la femme n’apparaît pas à son avantage et l’expertise psychologique est accablante. De plus, elle a publié un livre, Mes aveux, aux éditions Fixot, qui sûrement la dessert. Et le doute s’installe lorsqu’on découvre qu’aucune des victimes, d’après les proches, n’avait fait part de son intention de mettre fin à ses jours… Alors, euthanasiste ou serial killer?christine-malevre_nouvelobs.1204192305.jpeg Ni chèvre ni choux, le jury prononce une peine de 10 ans de réclusion criminelle. Malèvre fait appel. En octobre 2003, lors de sa nouvelle comparution devant la cour d’assises, elle écope de 12 ans. À l’issue de cette affaire, une question n’a pas reçu de réponse : Christine Malèvre aurait-elle été condamnée si elle avait été médecin ?

Le 1er février 2003, la navette spatiale Columbia explose au retour d’une mission de 16 jours dans l’espace. Les sept astronautes présents à son bord trouvent la mort. Ce même jour le traité de Nice qui prévoit l’intégration de dix nouveaux pays au sein de l’union européenne entre en vigueur.

Début mars, 30.000 personnes se réunissent dans une marche silencieuse pour l’égalité des femmes (notamment dans la communauté musulmane) et contre les ghettos. Cette manifestation fait suite à la fin tragique de Sohane Benziane.

sohane_benziane_villageampus83bloglemondejpg.1204192762.JPGLe 4 octobre 2002, en fin d’après-midi, à la veille de ses 18 ans, cette jeune fille est morte brûlée vive dans un local à poubelles d’une cité de Vitry-sur-Seine. « J’suis pas ta pute, j’suis pas ta soumise. J’suis juste une meuf et j’exprime mon désaccord (…). Arrêtez d’généraliser, arrêtez d’nous insulter. J’aimerais être libre, marcher sans me faire agresser. Je ne suis pas celle que vous croyez – négligée. Je demande la liberté, le respect… » Ce rap écrit par une poignée de jeunes du lycée Camille-Claude, et cité par l’Humanité, exprime parfaitement le contexte de ce drame. Ce 4 octobre, pour la punir de se montrer trop… aguichante, Jamal Derrar a enfermé Sohane dans un local à poubelles, il l’a aspergée d’essence, et… il a allumé son briquet. La jeune fille a été transformée en torche vivante. Le meurtrier a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle.

Après cette expression au souvenir, Famela Amara dépose les statuts d’une association dont elle devient présidente : Ni putes ni soumises (NPNS). Elle démissionnera en juin 2007, alors qu’elle est nommée ministre de la ville dans le gouvernement de François Fillon.

Le 9 avril, après 3 semaines de bombardements intensifs, les forces américaines prennent le contrôle de Bagdad. FR3 retransmet les images d’un char américain qui délibérément vise et tire sur l’hôtel Palestine où sont regroupés les journalistes étrangers. Deux hommes sont tués et trois autres sont blessés. Les militaires américains semblent avoir des comptes à régler avec la presse car les combats sont égrenés de plusieurs incidents de ce genre. L’image symbolique de la statue de Saddam Hussein déboulonnée fait le tour du monde, et le mois suivant, les compagnies pétrolières annoncent des hausses records de leurs bénéfices.

Le 1er juin, Marc Telenne, alias Karl Zéro, lit devant les caméras de Canal+ une lettre du tueur en série Patrice Alègre. Ce dernier fournit des détails sur le meurtre d’un travesti, en 1992, et met en cause l’ancien maire de Toulouse, Dominique Baudis, et un magistrat Marc Bourragué. Karl Zéro prend soin d’occulter les noms, mais il est aisé d’identifier les deux hommes. Baudis et Bourragué déposent plainte. Alègre revient alors sur ses déclarations et affirme qu’il a rédigé cette lettre contre la promesse d’une rétribution de 15.000€. Allégations aussitôt démenties par Karl Zéro et par le journaliste Ghad Charbit. Il faut rappeler qu’aucune des pseudo-révélations de Patrice Alègre concernant un soi-disant réseau de prostitution dans le milieu branché de Toulouse, au sein duquel auraient pu se retrouver des notables, de hauts fonctionnaires, des policiers, etc., n’a été confirmée. Cette enquête a d’ailleurs fait l’objet d’un non-lieu définitif.

Toutefois, Karl Zero et Ghad Charbit n’en n’ont pas fini avec la justice. En effet, selon une information du site Médiapart, ce 14 février 2008, la cour d’appel de Paris vient de casser la décision de non-lieu concernant la plainte déposée contre eux. Et les deux journalistes ont été mis en examen.

Le 26 juin, en Belgique, une jeune fille de 13 ans, Marie-Ascension, estmichel-fourniret_france-infocom.1204192921.jpeg enlevée sur le chemin de son école. Son agresseur la projette à l’arrière de sa fourgonnette et la ligote sommairement avant de démarrer en trombe. Une dizaine de kilomètres plus loin, elle parvient à se dégager de ses liens et à sauter sur la chaussée. Un automobiliste la récupère et note le numéro d’immatriculation de la fourgonnette. Son conducteur, Michel Fourniret, est arrêté peu après. Ce tueur pédophile est aujourd’hui accusé de sept assassinats et de nombreux viols ou tentatives de viols. Il devrait être jugé au printemps 2008.

Pour Yvan Colonna, l’Independence Day ne sera pas férié. En cavale depuis 4 ans, réfugié dans une bergerie, en Corse-du-Sud, l’homme recherché pour le meurtre du préfet Erignac est arrêté ce 4 juillet par les hommes du RAID, alors qu’il revient d’une expédition dans le maquis. Le lendemain, le ministre de l’intérieur félicite les principaux chefs de police concernés par cette enquête : « Cette arrestation ne doit rien à la chance et tout au travail policier. Je tiens à rendre hommage à Christian Lambert, patron du RAID, qui a conduit de bout en bout l’organisation opérationnelle… » C’est bien normal. Ce qui l’est moins, c’est la forme. C’est sans doute la première qu’une lettre de félicitations parvient à son récipiendaire sous forme d’un communiqué de presse.

Au mois d’août, une vague de chaleur exceptionnelle frappe l’Europe. En France, les températures dépassent 40°, avec un record de plus de 44° dans le Gard. On reproche au ministre de la santé Jean-François Mattei, de n’avoir pas su gérer la crise, mais c’est le directeur de la santé, Lucien Abenhaïm, qui démissionne. Deux semaines plus tard, Jacques Chirac rentre de vacances et non sans cynisme dénonce le manque de solidarité entre les citoyens…

Le 15 novembre 2003, la passerelle du Queen Mary 2 s’effondre lors d’une journée ouverte aux employés et à leur famille. On compte 16 morts et plus de 30 blessés. Un peu plus tard, le plus grand paquebot du monde quitte les chantiers de l’Atlantique pour rejoindre son port d’attache, Southampton. Il effectue sa première traversée de l’Atlantique en janvier 2004. En 2008, la justice rend son verdict sur cette catastrophe : aucune infraction pénale.

Le 14 octobre, la cour d’assises se réunit pour juger Pierre Chanal, accusé dans l’affaire des disparus du camp de Mourmelon. Il se suicide le matin même du procès… Et l’action publique est éteinte.

sigle-azf_lefigaro.1204193694.jpgLe 11 décembre, les autorités françaises reçoivent une lettre étrange d’un groupuscule inconnu baptisé AZF – ce qui fait immédiatement penser à l’explosion de l’usine de produits chimiques de Toulouse. Deux mois plus tard, ce groupe, qui se définit comme un « groupe de pression à caractère terroriste issu d’une confrérie laïque » (sic) menace de faire sauter plusieurs sites de la SNCF et d’empoisonner des produits de consommation courante, si on ne lui verse pas une somme de cinq millions d’euros. Tout cela n’apparaît pas très sérieux, mais au ministère de l’intérieur, tout cela est pris très au sérieux. Les hommes de la direction nationale antiterroriste, de l’office central de répression du banditisme et de la direction régionale de police judiciaire de Versailles sont sur les dents. lettre-azf_lefigaro.1204193769.jpgAvec la complicité de la presse, qui s’autocensure, les policiers suivent les indications des maîtres chanteurs. Ils publient dans Libération une annonce du genre : « Mon gros loup, ne prends pas de risques inutiles […] Donne-moi tes instructions… » Le communiqué est signé Suzy, prénom indiqué par les « terroristes » pour désigner la police (le diminutif de Sarkozy ?). Puis, La Dépêche du Midi publie l’information en février 2004, et l’affaire se dégonfle. Provisoirement. Puisqu’il semble que de nouvelles menaces soient apparues les années suivantes. En tout cas, comme disait un ancien chef de police, ça ne mange pas de pain…, et ça fait un bon entraînement.

Le 26 décembre, un tremblement de terre d’une magnitude de 6.3 frappe l’Iran. Le bilan s’établit à plus de 40.000 morts et 30.000 blessés.


La disparition de la jeune Estelle Mouzin – Ce 9 janvier 2003, il neige sur la région parisienne. Il est 18 heures 30. À Guermantes, en Seine-et-Marne, c’est l’heure de la sortie des classes. Comme les
estelle-mouzin_photopresse.1204193211.jpgautres enfants, Estelle Mouzin sort de l’école. Il fait déjà nuit. Il fait froid. On peut supposer qu’elle a hâte de rentrer chez elle. Plus personne ne la reverra. Elle a disparu entre son école et son domicile, distant de moins de mille mètres. Les choses ne traînent pas. Très vite des recherches s’organisent. En vain. Personne n’a rien vu. Les rues étaient désertes. Seul un homme a aperçu une voiture de couleur claire qui filait à vive allure. Sans qu’on puisse en tirer la moindre conclusion.

Dès le lendemain, le procureur de Meaux ouvre une information judiciaire pour enlèvement et séquestration d’un mineur de 15 ans. La direction régionale de PJ de Versailles, dont la compétence s’étend à toute la grande couronne parisienne, est saisie de l’enquête. Le plan « alerte enlèvement » n’existe pas encore (il a été créé en 2006), mais cela est sans conséquence, car on peut dire que la justice, la police, les médias, les gens… Tout le monde a réagi au mieux et au plus vite. Jamais une enquête de police n’aura mobilisé autant de moyens sur une aussi longue période.

Trois jours plus tard, la PJ contrôle l’emploi du temps des 1.400 habitants de Guermantes. Le village est bouclé par 700 policiers et 400 perquisitions sont effectuées simultanément. Du jamais vu. Un hélicoptère survole les lieux en permanence. Les bois, les maisons abandonnées, les égouts sont fouillés. La glace qui recouvre les mares et les étangs est brisée et des plongeurs inspectent les fonds. Toutes les communications téléphoniques passées au moment des faits sont identifiées, remontées, contrôlées… Un travail énorme sur plus de 15.000 appels… Interpol sollicite tous les pays qui possèdent des satellites d’observation, et leur demande de vérifier si aucun n’était focalisé sur la région… Et rien. Pas le moindre élément.

La photo d’Estelle est diffusée par tous les médias. Elle est placardée dans tous les lieux publics, sur les arbres, sur les poteaux… La France entière est touchée par le regard triste de cette petite fille habillée de rouge. Et rien. On épluche le dossier de tous les condamnés pour agression sexuelle. L’emploi du temps de 75 d’entre eux est soigneusement vérifié. Sans résultat. À la demande de Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, un « groupe d’enquête permanent » est crée. Mais c’est inutile, car les 400 policiers de la PJ de Versailles se sentent directement concernés par cette affaire. Cette enfant, ils l’ont adoptée. Et ils ne ménagent pas leur peine.

En 2006, on soupçonne Michel Fourniret, ce tueur pédophile. Des vérifications très serrées sont entreprises sur son emploi du temps. Mais son alibi est inattaquable : à l’époque, il ne pouvait pas être dans la région. Récemment, en janvier 2008, un journaliste, Mohamed Sifaoui, informe la rédaction de TF1 d’un tuyau sérieux : Le corps de la petite Estelle se trouverait sous la dalle en béton de la salle d’un restaurant chinois de Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne. L’information remonte. Et pour Jean Espitalier, le nouveau patron de la PJ de Versailles, et René Pech, le procureur de Meaux, la pression est trop forte. Ils décident d’agir sans plus vérifier l’information. Le restaurant est en grande partie détruit – pour découvrir quelques ossements d’originjean-marc-bloch_photolefigaro.1204193295.jpge animale.

Ces fais récents montrent combien cette affaire a marqué l’opinion publique. Nous avons tous été touchés par la disparition d’Estelle Mouzin. Le contrôleur général Jean-Marc Bloch, qui à l’époque dirigeait la DRPJ de Versailles, ne fait pas exception. Dans Le Figaro du 10 janvier 2008, il déclare : « Aujourd’hui encore j’y songe en me demandant si nous ne sommes pas passés à côté de la vérité sans la voir ou sans avoir su faire le bon geste au moment voulu… » Bloch est un homme sensible. C’était sa dernière enquête criminelle avant son départ à la retraite. On sent combien cet échec l’a marqué. « Avec le recul, je ne vois pas ce que nous aurions pu faire de plus », ajoute-t-il. Une seule personne le sait… Mais il est à craindre que jamais on n’identifie ce salopard.

 

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