POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Leçon pour un fric-frac

dessin-tiré-de-super-picsou.jpgM6, la petite chaîne qui monte, a fini par dépasser sa grande soeur sur le plan de la tartuferie.

 

Ce mardi 5 novembre 2006, deux ex-voleurs nous montrent comment on peut perpétrer un cambriolage en toute tranquillité.

L’un, Francis Jacottin, se recommande du gang des postiches (?), cette équipe de braqueurs des années 80  qui se grimaient pour braquer les banques et fracturer les coffres individuels des clients.

L’autre, répond au pseudonyme de Zem. Il avoue un passé chargé, qui serait la conséquence d’un nom difficile à porter. Ce surnom est en effet le début du patronyme d’une famille célèbre pour avoir racketté le quartier du sentier avant de plonger dans le grand banditisme, et de mourir (presque tous) de mort violente.

L’un s’est recyclé dans l’édition, l’autre dans la musique.

Personnellement, je trouve formidable qu’ils se soient réinsérés. Et encore plus que ces deux Pieds Nickelés aient réussi à « braquer » M6 sans sortir les calibres. C’est « roudoudou », comme dirait Jacottin.

 

Ils sont beaux, propres sur eux, ils ont un C.V. qui parle… De quoi faire fantasmer un ado en quête de repères, non ! Comment des gens qui ont la lourde responsabilité d’informer le public peuvent-ils nous enseigner la meilleure méthode pour réaliser un « casse » sans se faire prendre ! Et dissimuler ce prosélytisme derrière une façade sécuritaire… C’est vraiment nous prendre pour des andouilles.

Le syndicat général de la police (SGP-FO) veut saisir le Conseil supérieur de l’audiovisuelle pour « apologie du crime ».

C’est bien le moins. Plusieurs autres syndicats de police lui ont d’ailleurs emboîté le pas.

Ces policiers ont d’instinct compris le danger pour certains jeunes, déjà fragilisés par une société trop étroite pour eux.

 

Finalement, le ministre de l’Intérieur ne va pas être content, on a l’impression que seuls les flics font de la prévention.

Et zut à Montesquieu !

bicentenaire-de-la-revolution-reprodution-par-loup.jpgLe juge Jean-Louis Bruguière serait candidat aux prochaines élections législatives, voire à un poste de ministre !

Il ne serait pas le premier. Il emboîterait le pas à ses collègues Debré, Marsaud, Jean-Pierre, Fenech, Halphen…

Cette passerelle entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif est quand même surprenante ! Rappelons qu’il existe en France un principe constitutionnel qui reprend l’Esprit des Lois de Montesquieu et qui nous dit, pour faire simple, que ceux qui font les lois et ceux qui sont chargés de les appliquer, doivent chacun rester dans leur camp. Ça s’appelle la séparation des pouvoirs. Locution reprise comme un dogme par les syndicats de magistrats lorsque Sarkozy fait mine de l’oublier dans la guéguerre un rien vaudevillesque qui l’oppose à Jean-Pierre Rosenczveig, le président du tribunal pour enfants de Bobigny.

Pour mémoire, lors de l’évocation par les députés de l’affaire d’Outreau, l’union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) avait dénoncé « une atteinte sans précédent à la séparation des pouvoirs et à l’indépendance des juges ».

Le Conseil Supérieur de la Magistrature avait enfoncé le clou en s’adressant au Président de la République pour lui rappeler, respectueusement on l’espère, mais « fermement », le principe de la séparation des pouvoirs

 

hurle-a-la-lune.jpgMais qu’en est-il de l’Esprit des Lois quand un magistrat devient député ? Il est vrai que le philosophe du XVIII° siècle ne parle pas de « séparation des pouvoirs » mais de « distribution des pouvoirs ». Et des pouvoirs au… pouvoir, il n’y a qu’un pas. Le juge Bruguière veut devenir député, certains flics ne s’en plaindront pas, mais le silence qui entoure cette appétence est assourdissant, sans doute pour ne pas déranger Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu – afin qu’il repose en paix.

Le Flash-Ball

la-gazette-du-29-novembre-2006.jpgLe Conseil Général du Val-d’Oise veut armer les polices municipales du département de Flash-Ball. De quoi s’agit-il ?

 

Située de par sa forme entre le pistolet et le fusil à canons sciés, cette arme, relativement peu encombrante, ressemble à un jouet ou à un fusil à eau. Mais son usage est moins ludique : elle est conçue pour tirer des balles en caoutchouc mou de 44 millimètres de diamètre et d’un poids de 28 grammes, et elle tonne comme une grande.

Le Flash-Ball est une arme de défense inventée par un expert en balistique auprès des tribunaux, Monsieur Pierre Richert, et mise au point par l’armurier français Verney-Carron. Sa portée « utile » en utilisation classique est de 12 mètres et son pouvoir d’arrêt identique à une balle de calibre 38. Spécial, mais à la différence d’une munition traditionnelle, cette boule de caoutchouc ne possède aucun pouvoir de pénétration. Elle s’écrase contre sa cible. Pour le malheureux récipiendaire, cela équivaut à encaisser le crochet d’un boxeur professionnel. À une distance comprise entre 7 et 10 mètres, c’est le KO assuré. Son usage est fortement déconseillé en-deçà de 7 mètres et l’on estime que l’impact peut causer de sérieuses blessures à une distance inférieure à 5 mètres.

Il existe deux modèles de Flash-Ball.flash-ball_super-pro.jpg

– Le « Super pro », fabriqué en alliage métallique. Très résistant, il peut tirer différentes sortes de munitions en fonction de la situation (balles en caoutchouc, chevrotines en caoutchouc, balle colorante et balle lacrymogène). Classé dans la catégorie des armes de défense (4° catégorie), il est réservé aux forces de l’ordre.

flash-ball_compact.jpg– Le « Compact » réalisé en matériau composite. Assimilé à une arme de foire, de salon…, il est classé en 7° catégorie. C’est le modèle de monsieur tout le monde : une simple déclaration et un chèque d’environ 400 €…

Je ne l’ai pas testé et j’ai cherché en vain une notice technique détaillée. Je suppose que ses caractéristiques sont inférieures au Super pro, les munitions sont d’ailleurs différentes, mais il y a sans doute un rien de tartuferie de la part du législateur à l’avoir considéré comme une arme de salon. En l’état, on peut admettre qu’il s’agit là d’une arme d’autodéfense dissuasive et relativement peu dangereuse, qu’il ne serait à notre époque pas « pathologique » de posséder à son domicile. Beaucoup moins redoutable que le fusil de chasse de mon pépé.

 

Amnesty International, prompt à réagir, et qui lutte pour interdire l’usage du Taser dans la police (on en reparlera), ne fait aucun commentaire sur ce pistolet. Certains services de pointe de la police française sont équipés du Super-pro depuis déjà plusieurs années et il y a peu d’accidents à déplorer, on peut assimiler son usage à celui du tonfa (bâton tactique qui lui est classé en 6° catégorie), mais avec un effet dissuasif plus important. Le dernier pépin remonte à quelques jours : un  jeune homme de 16 ans a été blessé à l’oeil, lors d’une échauffourée nocturne à Clichy-sous-Bois. Une enquête est en cours. La responsabilité du policier ne pourrait être envisagée que s’il était démontré un tir volontaire à une distance inférieure à 7 mètres. Au-delà, la précision de l’arme n’est pas suffisante. Le danger découle donc d’un impact au visage, et surtout sur la pomme d’Adam, ou dans le bas-ventre. Mais qu’en serait-il si pour se dégager les policiers avaient dû dégainer leur pistolet ? Une arme ne peut-être appréciée que des utilisateurs, c’est l’évidence, et pas des victimes. A défaut d’être la panacée, le Flash-Ball a au moins le mérite d’avoir été conçu pour minimiser les risques. Un moindre mal. Personnellement, lors des opérations à chaud, j’ai toujours demandé à mes hommes de préférer la matraque à l’arme de poing, partant du principe qu’il vaut mieux une grosse bosse qu’un trou dans la peau. On est ici entre les deux.

 

Rêvons d’un monde désarmé et d’une police archangélique, mais pour l’heure la violence est là et, dans certains quartiers, palpable dès qu’apparaît un képi. On peut toujours penser que le policier a choisi son métier, qu’il doit en assumer les risques, mais on ne peut lui reprocher de tout faire pour les diminuer.

Car pour un flic, le danger est double : être blessé ou blesser quelqu’un. Dans un cas, il risque de se retrouver à l’hôpital, ou parfois pire, et dans l’autre de se retrouver en prison.

 

En situation dangereuse, ces deux préceptes sont omniprésents –  et il faut faire avec.

 

Affaire Agnelet : des sous, des sous, des sous…

picsou.jpgAgnès Leroux se prépare-t-elle une vieillesse heureuse (elle aurait eu 58 ans le 14 septembre 2006) quelque part dans un pays sud-américain ou gît-elle au fond de la Méditerranée ? Maurice Agnelet est-il un ingénu pilorié par l’opinion publique ou un assassin machiavélique ?

 

 

 

Plusieurs milliers d’adultes disparaissent chaque année en France, sans qu’aucune recherche ne soit jamais effectuée. La police se contente le plus souvent d’enregistrer la chose, sauf cas particulier : individu malade, suicidaire, dangereux…

Alors, pourquoi Agnès Leroux a-t-elle tant fait parler d’elle, une fois disparue ?

C’est qu’il existait dès le début de l’histoire tous les ingrédients d’un roman comme le regretté Pierre Rey adorait en truffer ses livres :

– le soleil de la Côte d’Azur ;

– l’argent des casinos : le Palais de la Méditerranée, le Casino Ruhl ;

– l’ombre de la mafia, avec Jean-Dominique Fratoni ;

– un ancien mannequin, reloqué en femme d’affaires, Renée Leroux ;

– une jeune femme belle, romantique et riche, Agnès Leroux ;

– des comptes secrets en Suisse ;

– un avocat au comportement ambiguë, Maurice Agnelet ;

– et une série de règlements de comptes dans le milieu du sud de la France.

C’est sans doute l’imbroglio né de cette salade niçoise qui fit réagir le Président de la République, Monsieur Giscard d’Estaing. On dit qu’il a tapé du poing sur la table et qu’il a apostrophé son ministre de l’Intérieur : « Il faut que cela cesse ! ».

Le Président a parlé…, je vous laisse imaginer le remue-ménage dans les étages inférieurs…

 

Pour moi, beaucoup plus bas encore que les étages inférieurs, tout a commencé par un coup de fil de Mireille, la secrétaire du Directeur central de la Police Judiciaire :

« Mon petit, me dit-elle d’un air grave et mystérieux, le Patron voudrait vous voir demain à 15 heures. »

Je tente d’en savoir plus, mais elle reste discrète, comme toujours, m’assurant qu’elle ne peut rien me dire. L’attitude de Mireille m’inquiétait un peu. D’habitude, elle mettait un peu d’huile dans les engrenages, et rendait plus faciles les relations avec notre directeur.

« Asseyez-vous », me dit-il, le lendemain à 15 heures pétantes.

J’avais dû voir Maurice Bouvier deux ou trois fois et je ne savais même pas s’il connaissait mon nom. Il passait pour pas commode. Faut dire qu’il n’avait pas intérêt à rire car, alors, il montrait des dents noircies par la pipe qui ne le quittait jamais, et ça l’arrangeait vraiment pas, surtout qu’il n’avait pas besoin de ça…

J’hésite entre les deux fauteuils. Je sais qu’il a un œil bon et l’autre mauvais, mais je ne me souviens jamais lequel est le bon. Au hasard, je choisis celui de droite.

« Voilà, me dit-il, il y a un moment que vous êtes chef du G.R.B. de Versailles et j’ai suivi votre carrière avec attention. Guyot (le directeur du S.R.P.J. de Versailles) est content de vous, bien qu’il m’ait dit que vous n’en faisiez souvent qu’à votre tête. Aussi, j’ai une proposition à vous faire et j’aimerais que vous l’acceptiez. Je saurai d’ailleurs me montrer reconnaissant. Vous avez vu que je vous ai déjà inscrit sur le tableau d’avancement pour passer commissaire principal… »

Il n’y était sans doute pour rien, mais je souris, hypocritement.votre-serviteur-en-pleine-action-bri-de-nice-1980.jpg

« Vous savez, reprit-il, que la Côte d’Azur connaît une recrudescence importante d’actes de grand banditisme de toutes sortes. Hold-up, vols, règlements de comptes, pas un jour sans qu’il ne se passe un événement grave. Récemment encore, le vol de la Société Générale (aff. Spaggiari), ensuite l’affaire du Ruhl, tout ça fait beaucoup, beaucoup trop. Et ça ne peut pas durer. Le Président lui-même s’est inquiété de cet état de fait, et il m’a demandé de faire quelque chose. Je lui ai donc proposé de créer une brigade antigang. Il a accepté le principe, et c’est vous qui devrez mettre en place ce nouveau service. »

Il me regarde d’un œil interrogateur. C’est le gauche, pensais-je. Se méprenant sur mon silence, il reprend :

« Je comprends que cela peut vous poser des problèmes familiaux. Aussi, je vous donne 24 heures pour réfléchir…

« J’accepte, Monsieur le Directeur. »

J’étais donc à Nice, peu après l’ouverture de l’enquête sur la disparition d’Agnès Leroux.

Les deux policiers de la P.J. qui ont mené les investigations de bout en bout, Christian Noguéra et Michel Laffargue, sur délégation du juge Richard Bouazis, ont été parfaits. Ils ont su naviguer habilement dans les dédales d’un dossier où les obstacles n’étaient pas juridiques, mais plutôt médiatiques, hiérarchiques et même franc-maçonniques.

Souvent, dans une enquête criminelle, il y a un nœud. Un instant magique où tout peut s’éclaircir. Il faut le saisir, vite, sinon… Dans ce cas, c’étaient des bouquins.

 

Les 5 livres de La Pléiade

Le 17 septembre 1979, les enquêteurs reçoivent un coup de fil anonyme :  » Agnelet avait l’habitude de marquer chaque étape importante de sa vie par l’achat d’un livre de la collection La Pléiade dont il annotait la page de garde « , leur révèle une voix féminine.

Les deux policiers foncent à Cantaron, petit village près de Nice, ou Agnelet possède une maison. Dans la bibliothèque, située dans la chambre à coucher, ils repèrent cinq ouvrages de La Pléiade portant chacun une mention de la main du suspect. Le choix des auteurs est éclectique : Montesquieu, Gide, Rimbaud et Hemingway. (tome 1 et 2), mais les faits sont troublants car les annotations correspondent à des dates-clés :

Le 17 mai 1977 – Ce jour-là, les deux amants sont à Genève. Agnès Leroux retire près de 900.000 francs suisses de son compte et Agnelet en récupère plus de 10%, qu’il dépose sur son compte personnel.

Le 30 juin 1977– Sur les conseils de Maître Agnelet, Agnès Leroux vote contre sa mère à l’assemblée générale du Palais de la Méditerranée, donnant ainsi la majorité à Jean-Dominique Fratoni.

Le 7 octobre 1977– Deuxième tentative de suicide d’Agnès Leroux, où le comportement de Maurice Agnelet est limite non-assistance à personne en danger.

Le 2 novembre 1977– Disparition d’Agnès Leroux. Agnelet mentionne simplement « Liberté ».

Cette dernière date est importante car, même si Renée Leroux s’est inquiétée dès le mois d’octobre de la disparition de sa fille, dont elle était sans nouvelles, l’enquête officielle  n’a commencé qu’en… février 1978.

Les cinq livres sont placés sous scellés et remis au juge d’instruction qui a remplacé Richard Bouazis. Il lui faudra cinq mois pour réagir.

Roger-Louis Bianchini est le journaliste qui connaît le mieux ce dossier. Voici ce qu’il écrit, dans son livre Agnès Leroux, Enquête sur la disparition d’une jeune femme riche, aux Presses de la Cité : « M. Mallard est un magistrat dont la discrétion confine à l’effacement… Il n’a pas les mêmes raisons que son prédécesseur de se passionner pour ce dossier, épais de plusieurs dizaines de centimètres, touffu et complexe, qui n’est pas son enfant : on l’a contraint à l’adopter. Les mauvaises langues de la partie civile, mécontentes de son peu d’empressement, avanceront une explication en… trois points, si vous voyez ce que cela veut dire… »

Une  allusion directe à la franc-maçonnerie, dont on connaît, depuis la nomination du procureur Eric de Montgolfier à Nice, l’omniprésence à l’époque au sein de la magistrature locale.

 

Fait exceptionnel, la Cour d’Assises se réunit de nouveau. Elle doit se prononcer une deuxième fois sur la culpabilité de Maurice Agnelet, mais l’instant magique est passé. L’affaire est fichue.

Un commissaire rattrapé par son passé

tardi-120-rue-de-la-gare.jpgLe commissaire Gilbert Ambrosi a torturé à la matraque électrique un jeune cambrioleur. On sait ce que je pense de la torture dans la police…, mais il a payé pour ses fautes. Pourquoi déterrer le passé, alors qu’il existe aussi dans notre Code Pénal des textes qui visent à réinsérer les délinquants en fin de peine ?

 

Durant la nuit du 1er au 2 décembre 1984 Ambrosi a interrogé pendant de longues  heures un suspect, menotté sur une chaise, une cagoule sur la tête, en lui infligeant des décharges électriques. Uns scène digne des heures les plus sombres de notre pays. Ambrosi a commis un manquement grave au code de déontologie. Il a commis un acte indigne d’un homme, flic ou pas flic. Il a commis un délit.

Au cours de l’enquête qui a suivi, il a reconnu la réalité des actes qui lui étaient reprochés, et il a été condamné à 30 mois de prison, puis révoqué de la police.

 

La justice est passée, et c’était mérité.

 

Ces faits se passaient en 1984, et, dans une société qui se veut civilisée (j’allais dire policée, mais cela aurait pu être ambiguë), il est admis que tout délinquant, même le criminel le plus sauvage, a le droit de réintégrer la société, une fois sa peine accomplie : Il a payé. On appelle ça la réinsertion.

Après avoir été exclu de la police, Ambrosi a repris ses études, sans doute pour tenter de reconstruire sa vie. Titulaire d’une maîtrise, il a postulé pour la fonction de juge de proximité. Aujourd’hui on lui reproche de ne pas avoir mentionné son passé, et on le menace même de poursuites judiciaires. La Justice a une bizarre notion de la justice, quand elle se prend les pieds dans le tapis.

J’ai eu en main le dossier de candidature à ce poste et je puis vous assurer qu’il n’existe aucune question du genre : avez-vous fait de la prison ? Et pour cause. Il est évident qu’il appartient à l’administration judiciaire de vérifier ce genre de détail – elle est quand même bien placée pour cela, non ! – et de vérifier si le passé judiciaire du postulant est compatible avec la fonction de magistrat.

 

Ambrosi a été affecté à la juridiction de proximité de Menton au début 2006, après avoir servi pendant 3 ans à Villejuif, dans le Val-de-Marne. Il semblait à ce jour donner satisfaction à ses pairs. Mais voilà, Le Canard Enchaîné, sans doute informé par un confrère  » bien intentionné  » du tribunal de Nice ou de ses dépendances, a braqué les projecteurs sur le passé de cet homme.

Il vient d’être suspendu par Jean-Michel Hayat (magistrat célèbre dans la Grande Maison pour avoir emprisonné durant de longs mois un autre policier, le commissaire Jobic, lequel a ensuite été reconnu innocent), et poursuivi pour faux et usage de faux. On croît rêver !

 

coup-de-gueule.jpgJe ne connais pas le dossier sur le fond, je ne connais pas Gilbert Ambrosi, mais, en l’état, est-il traité comme un citoyen lambda ? En l’occurrence, l’application stricte de la loi, l’article 133-13 du Code Pénal, qui prévoit pour les délits de ce genre une réhabilitation de plein droit cinq ans après l’exécution de la peine. Il ne peut donc plus être fait état de la condamnation.

Et pour Ambrosi, les faits remontent à plus de 20 ans.

On peut se demander, si cet homme ne fait pas l’objet d’un régime de faveur, en raison de son ancien titre de commissaire de police ! Cela s’appellerait de la ségrégation. Et on aimerait entendre l’avis des syndicats de police sur ce point précis.

La torture dans la police

Chaise à clous pour les interrogatoires, Musée de la Torture de CarcassonneAprès le prélèvement ADN, faut-il rétablir la torture durant la garde à vue dans les locaux de police ?

Au début des années 60, après la guerre d’Algérie, la 1ère Brigade Mobile, l’héritière directe de la fameuse Brigade du Tigre, créée par Clemenceau pour lutter contre le banditisme itinérant (25 ans avant l’apparition du Gang des Tractions), était renommée pour ses succès.

 

Lorsque j’ai débuté dans la police, les anciens m’ont expliqué les raisons de cette réussite spectaculaire : 3 P-V et la « chaise à bascule »… On ne s’embarrassait guère de paperasses et nul besoin de prolonger la garde à vue.

 

La belle époque ! soupiraient certains.

 

Ou plutôt remugles de la guerre d’Algérie. Période trouble pour la France où ses héros s’appelaient Massu, Salan ou Bigeard ; et l’avertissement du Général de Gaulle semblait un rien fadasse, lorsqu’il préconisait l’usage des téléphones de campagne (à cause de la génératrice) pour parler et non pour faire parler.

On dit que la genèse de la guerre subversive se trouve dans l’armée française, après la débâcle de Dien Bien Phu. Chaque pays à ses périodes sombres. Actuellement, les Etats-Unis sont en pointe. L’administration Bush réclame l’assouplissement des conventions de Genève (qui réglementent les méthodes d’interrogatoire et interdisent toute forme de torture), et déclarent appliquer des « méthodes alternatives » pour les interrogatoires. Ceux qui sont dans la baignoire doivent apprécier les effets de la sémantique…

Personnellement, en une petite vingtaine d’années de police, je n’ai jamais assisté, ni encoje-plonge.jpgre moins participé, à la moindre séance de torture. Pourtant, dans des affaires particulièrement odieuses (enlèvement d’un enfant, assassinat d’une petite vieille…), il m’est arrivé de distribuer quelques baffes : ce n’était pas le flic, mais l’homme qui ainsi réagissait… Et j’ai couvert, ou du moins laissé faire – du plus grave : le coup d’annuaire sur la tête (avant le minitel) – au moins grave : le crayon Bic roulé entre les doigts. Sans être un tortionnaire, même de ces petites choses, je ne suis pas fier.

 

Une boule de  neige peut parfois déclencher une avalanche, la preuve :  » Coups de poings, coups assénés avec des bouteilles en plastique remplies d’eau, des livres, des matraques et de longs bâtons ; viols dans une pièce spécialement aménagée avec une table métallique dotée d’attaches pour les poignets et les jambes ; asphyxie ; torture à l’électricité sur différentes parties du corps : voilà certaines des méthodes de torture ou de mauvais traitements qui seraient utilisées par la police pour obtenir des aveux des suspects en garde à vue « , a déclaré Amnesty International ce mercredi 22 novembre 2006.

 

Qu’on se rassure, cela se passe en Russie. Mais ça donne des frissons, non ! D’autant qu’on n’en parle pas, ou peu. C’est banal. Aussi faut-il rester vigilant ! J’ai confiance. Le policier d’aujourd’hui est plus mature que nous l’étions, plus cultivé, mieux préparé, plus apte à affronter les pièges de son métier. Il peut y avoir des accidents de parcours, une brebis galeuse dissimulée au milieu des poulets (?), mais ce serait l’exception.

 

Cependant, les clignotants sont au rouge. Tous les jours on grignote un peu de nos libertés, pour notre bien, pour notre sécurité, pour assurer l’efficacité des forces de l’ordre… – Ne faudrait-il pas légiférer sur les méthodes alternatives ? risque de se demander un quelconque député opportuniste. Surtout qu’une partie de l’opinion publique serait prête à lui emboîter le pas. D’après Le Monde du 19 novembre 2006, un tiers de la population mondiale accepte l’usage de la torture, et un quart des Français n’y serait pas opposé. Cela ne doit pas être beaucoup moins populaire que les radars sur les autoroutes.

Un quart des Français… Dans le même temps, c’est paradoxal, la Chine reconnaît d’une voix timide que si la torture permet d’obtenir des aveux, ce n’est pas la panacée.

La vérité, c’est que la vérité obtenue par la torture, c’est uniquement la vérité que l’on veut entendre, et rien d’autre.

La France restera-t-elle seulement dans l’Histoire comme le pays qui a inventé la guerre subversive, ou va-t-elle enfin réagir, et damer le pion aux Américains ? On peut craindre, hélas ! que les nostalgiques reprennent du poil de la bête et que ce XXIe siècle voit refleurir la belle époque du début des années 60.

 

Le fichier génétique

Le grand masturbateur dans un paysage surréaliste avec ADN (peinture de Salvador Dali)

dali_le-grand-masturbateur.jpgLa dernière mode au sein de la Grande Maison, c’est le prélèvement de salive. Pas sûrs que les policiers trouvent du plaisir à ce petit frottis extra médical : glisser les doigts entre deux rangées de crocs, qu’on peut imaginer solides, d’un individu qui n’est pas fatalement complaisant, relève d’un risque non maîtrisé, dont la parade n’est pas encore enseignée dans les écoles de police…

« Ouais, mais voilà ! Y a les ordres. Et ce fameux fichier qu’il faut bien remplir… »

Il s’agit, on l’a compris, du Fichier national automatisé des empreintes génétiques, le FNAEG., ou fnag, pour les initiés, et par dérision, en comparaison avec le flag, c’est-à-dire le saute dessus du flic de terrain. Ce fichier a été créé en 1998 pour archiver l’ADN des individus coupables d’agressions sexuelles. Motif louable. En 2001, Daniel Vaillant s’empresse d’y ajouter sa patte. Il étend le fichage aux auteurs de crimes, extorsions de fonds, vols avec violences, etc. Une fois récupéré le maroquin de son imposant prédécesseur, Nicolas Sarkozy ne veut pas être en reste, et, comme il ne fait pas dans la dentelle, il y inclut (pour faire simple) toutes les infractions commises ou à commettre. Dominique Perben, aussi pâlichon dans son habit de Garde des Sceaux, qu’il l’est actuellement au Ministère des Transports, enfonce le clou. Il surenchérit en autorisant l’utilisation de la force, ou de la ruse (art. 45 de sa loi), pour obtenir le prélèvement sur des personnes condamnées.

Conclusion : Le FNAEG peut désormais être sollicité pour la quasi-totalité des crimes et délits d’atteintes aux personnes et aux biens (vols, destructions, coups et blessures volontaires…) et aux trafics (drogue, proxénétisme, exploitation de la mendicité…), et cela à l’initiative d’un officier de police judiciaire. Il s’agit donc d’un simple additif à la garde à vue – et le refus de se soumettre est sévèrement puni. À noter, qu’une fois condamné pour refus de se soumettre au prélèvement, on se retrouve dans le cas Perben (voir plus haut), et… fin de partie.

On attend la suite avec impatience. L’inscription sur la carte Vitale ? Le prélèvement à la naissance ?…

Comparer le fichier ADN au fichier dactyloscopique (empreintes digitales) est malhonnête, car nos doigts ne laissent que la trace de nos doigts, et rien de plus. Dans nos gènes se trouvent nos origines, notre histoire, nos maladies, nos secrets…_leo-malet-par-tardi-120-rue-de-la-gare.jpg

On ne peut reprocher aux policiers de vouloir être efficaces. De tout temps, le fichier a été l’arme maîtresse de l’enquêteur, et de tout temps, il y a eu des abus. Conservons en mémoire l’utilisation faite par les allemands, pendant la dernière guerre, de la mention « confession » qui figurait alors sur les cartes d’identité… Si la police en blouse blanche ne fait pas l’unanimité parmi les policiers (trop c’est trop), nul ne conteste son efficacité. La fin justifie-t-elle les moyens ? On peut s’interroger. D’ailleurs, par deux ou trois fois, à ma connaissance, les comparaisons ADN ont été prises en défaut. On évite la publicité. Faut ne pas désorienter les petites gens.

Je me souviens de ce cas (technologie préhistorique !) qui reste en mémoire chez tous les anciens du S.R.P.J. de Versailles : un crime sordide en Eure-et-Loir. Une femme assassinée chez elle, le ventre ouvert, baignant dans son sang. Son chat avait joué avec ses intestins. Sordide, je vous dis. Heureusement, les enquêteurs découvrent un indice sérieux : une trace de pas, une chaussure d’homme, très nette, dans le jardin. Le spécialiste de l’Identité Judiciaire effectue un moulage en plâtre de ladite empreinte. Procédure impeccable, comme toujours dans ce service de police, renommé pour son efficacité. Peu après un suspect est arrêté. Il nie. Lors de la perquisition à son domicile, on saisit ses chaussures. L’abc. Elles sont envoyées à l’I.J. pour comparaison. Affaire terminée : le moulage effectué sur les lieux du crime correspond exactement à l’une des chaussures du suspect. Tout y est, même les plus petits défauts de la semelle. C’est incontestable. De suspect, l’individu devient accusé – puis condamné. Justice est faite.

Sauf que… Plus tard, beaucoup plus tard, bien trop tard, le spécialiste de l’I.J. est pris de remords. Il avoue à ses supérieurs que le résultat est truqué. Il avait malencontreusement cassé le moulage en plâtre et, pour ne pas avouer sa bourde, refait un moulage directement avec la chaussure du suspect…

Lorsque la main de l’homme intervient, sa tête n’est pas loin. Et qui peut savoir ce qui se passe dans la tête d’un homme – et même dans celle d’un flic.

Légitime défense et police

Un policier tue un homme et en blesse un second, et personne ou presque ne bombarde la police d’injures !

Quoi, personne pour vilipender Sarkozy ! Depuis que la gauche vire à droite, on manque vraiment de repères dans ce pays. À moins que l’opinion publique ne change. Que l’on finisse par comprendre que les « gentils » ne sont pas obligatoirement ceux qui se trouvent face aux forces de l’ordre !

 

Ce drame soulève des questions, mais n’enlève rien au courage d’un homme qui a risqué sa vie pour défendre celle d’un autre.

 

Question 1 :

Un policier en civil – Ces dernières années, la police s’est militarisée. Du gardien au commissaire, c’est à qui exhibera ses beaux galons dorés. Et parallèlement, les gardiens de la paix opèrent de plus en plus souvent en civil. C’est paradoxal. Personnellement, je n’ai mis mon uniforme de commissaire de police qu’une seule fois, lors de la cérémonie de sortie de l’Ecole de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or… Bon, je suis un vieux con.

 

Question 2 :

L’absence de brassard – Le brassard a été institué en France il y a plus de vingt ans à la suite de plusieurs bavures : une, très grave, dont je suis hélas à l’origine. Ce jour-là, nous avons tué un jeune collège de 25 ans. Il nous avait pris pour des bandits. On l’avait pris pour un bandit. Deux jours plus tard, sa veuve a sacrifié son bébé et s’est suicidée. Une tragédie qui vous donne envie de changer de métier.

L’institution du brassard « police » a été un progrès, mais, prévu pour les opérations « préparées », il n’est pas adapté au tout venant. Quasi impossible de le mettre à chaud sans s’exposer à de graves ennuis. Il existe d’autres moyens pour les policiers en civil de se signaliser. Les séries américaines nous le montre tous les jours. D’ailleurs, avant le brassard, les policiers possédaient, en plus de leur carte de réquisition, une médaille frappée du mot « Police ».

 

Question 3 :

Une arme puissante – C’est un débat permanent au sein de la police. Pourtant, la loi est claire, le policier, à la différence d’un gendarme ou d’un douanier, ne peut utiliser son arme qu’en état de légitime défense de soi-même ou d’autrui.

Il s’agit donc bel et bien d’une arme de défense et non d’une arme d’attaque.

L’arme de poing, en dotation actuellement dans la police, est une véritable arme de guerre. Suivant le type de munitions utilisées, une balle peut traverser le moteur d’une voiture, ou un homme, deux hommes…

 

Question suinterdit.jpgbsidiaire :

Le football – Pas une semaine, pas un mois, où l’on nous bassine avec le fameux principe de précaution. On prend les mesures parfois les plus invraisemblables, pour notre bien, notre santé, ou tout simplement pour fuir ses responsabilités.

On nous interdit de fumer, de boire (trop), de téléphoner en conduisant, de ne pas mettre sa ceinture, de rouler au-dessus de 50, 60, 90…, de consulter certains sites sur l’Internet, de télécharger de la musique, des films, on censure des ouvrages, des journalistes… Qui, un jour, va nous dire que le football est mauvais pour la santé ? En exacerbant nos sentiments les plus bas, ce spectacle, où les seuls sportifs se trouvent sur le terrain, ne peut que perturber ces quelques centaines de supporters dont le Q.I. se situe au niveau de la pelouse du Parc des Princes.

Les élections dans la police

Les élections syndicales dans la police n’intéressaient jadis personne, à peine les policiers. Les temps changent, depuis que la sécurité est enjeu politique, la police intéresse au moins… les politiciens.

 

Joaquin Masanet, le secrétaire général de l’UNSA-Police, peut être content de lui. Il tire son syndicat vers le haut – mais pourquoi ?

Les policiers en tenue (comme on disait autrefois, avant que tout le monde n’enfile l’uniforme), c’est-à-dire les gardiens et les gradés, sont-ils satisfaits de son action syndicale, mécontents du grand chef, Nicolas Sarkozy, ou, pragmatiques, pensent-ils que Masanet est bien  proche de Ségolène Royal. Si celle-ci était élue…

Au passage, disons le, beaucoup de gens s’étonnent qu’on puisse à la fois être policier, représentant des policiers et conseillé en sécurité d’un candidat aux élections présidentielles.

Çà fait un peu grande famille, non !

 

Parmi les officiers (lieutenants, capitaines et commandants), les choses ne changent guère, le bon vieux SNOP, auquel j’ai appartenu, lorsque j’étais officier de police adjoint (lieutenant), reste solide, même s’il s’effiloche peu à peu.

Un petit époussetage ne serait pas superflu…

 

Quant au SCHFPN, le syndicat des commissaires, comme on dit, tant son sigle est imprononçable et aussi pour la bonne raison qu’il n’avait à ce jour pas de concurrent, il se prend une véritable gamelle. Le tout jeune SICP lui ratiboise 30 points.

« Il s’agit d’unnumeriser0001.jpg revers, reconnaît Olivier Damien, patron du SCHFPN, Nous avons été jugés trop proche de l’administration… Une fracture apparaît aussi entre ceux qui regrettent le bon temps du commissaire chef de meute, et ceux qui, comme nous, croient dans sa nouvelle vocation, centrée sur la « direction-conception« , se détachant en partie du terrain. »

Damien est fair-play, il reconnaît son échec. Damien est lucide, il détermine la raison de cet échec et met le doigt, là où ça fait mal. Damien ne se remet pas en cause, et c’est dommage. Le chef de meute ressemble un peu à la meute de Mitterrand, en d’autres circonstances. Il est péjoratif.

 

Car il y a un vrai problème parmi les patrons de la police nationale. Peu à peu, on les a éloignés de l’action, du terrain, pour en faire des gestionnaires, une sorte de préfets aux petits pieds. Ce ne sont plus des flics, mais des attachés d’administration. En leur faisant grimper les échelons de la grille indiciaire, on leur a pris leur âme, et du même coup on a coupé le lien avec leurs hommes. Beaucoup pensent que c’est une erreur, et que le syndicat a fait fausse route en privilégiant, l’avancement, les honneurs ou le feuille de salaire, à l’intérêt du travail.

 

Le concours de commissaire de police est l’un des plus difficiles de l’administration (il est plus facile de devenir magistrat que commissaire) et les jeunes qui le réussissent sont bardés de diplômes. D’autres portes leur sont ouvertes. S’ils choisissent ce métier ce n’est ni pour le fric ni pour la retraite, mais par vocation.

 

Et la vocation, Monsieur Damien, ça ne se négocie pas.

Police de tranquillité publique

Le 7 novembre 2006, Dominique de Villepin a prôné une police « plus présente et plus à l’écoute, mais garante du respect du droit et des règles. C’est ce que j’appelle, a-t-il dit, une police de tranquillité publique ».

Quel aveu d’impuissance de la part d’un Premier Ministre ! En une petite phrase qu’il voulait « bien sentie », il nous dit que la Police de la République, la Police de son gouvernement, ne respecte ni le droit ni les règles…

Et quel mépris pour les policiers.

Dans le même temps, Nicolas Sarkozy, affirme, péremptoire, que la police est là pour « interpeller les délinquants ». Point barre. Sa mission est donc répressive.

Quelle panade !

Peut-être faudrait-il rafraîchir la mémoire à l’un, énarque, et au demeurant ancien Ministre de l’Intérieur ; et à l’autre, avocat, et au demeurant actuel Ministre de l’Intérieur, que la police a deux missions de base : police judiciaire et police administrative.

Elle est placée sous l’autorité des préfets, eux-mêmes au service du gouvernement, uniquement dans ses missions de police administrative (maintien de l’ordre compris). Dans ses missions de police judiciaire – ce qui nous intéresse ici -, elle est placée sous la tutelle du Procureur de la République ou, le cas échéant, du Juge d’Instruction.

Et, plutôt que d’en faire un enjeu électoral, et de travestir le flic en nounou ou en croquemitaine, il serait préférable de rappeler que le policier de base, celui qui est dans la rue, celui qui est directement à notre contact, à nous le peuple (comme nous désigne Madame Royal), se nomme un gardien de la PAIX. 

À la différence de la Gendarmerie Nationale, la Police Nationale est composée de fonctionnaires civils, recrutés sur concours. On ne s’engage pas dans la Police, au mieux, on y fait carrière, comme dans les autres administrations.

Même s’ils ont depuis bien longtemps (Debré, je crois, le vrai, le père) échangés leur droit de grève contre un plat de lentilles, et même si de ce marché de dupe, il ne leur reste que les cailloux (et plus de lentilles), les policiers sont syndiqués, représentés et, bien sûr, hiérarchisés. Mais, au-delà de la hiérarchie, leur devoir d’obéissance est limité par un ordre supérieur à tous les autres : l’ordre de la loi.

Grosse différence avec la Gendarmerie. Les gendarmes sont des militaires, avec obligation de servir et de se taire. Ils sont privés de toute représentation syndicale, et sont condamnés, les pauvres, à faire monter leur épouse au créneau lorsqu’ils veulent exprimer la plus petite revendication.

On peut toujours rêver d’une société sans police, mais pour l’heure, les fonctionnaires de police sont les garants de notre démocratie, même si celle-ci est de plus en plus bancale.

Notre ancien monarque, François Mitterrand (ancien ministre de l’Intérieur, lui aussi), l’avait bien compris. Lorsqu’il grimpa sur le trône, en 1981, l’une de ses premières décisions fut de virer tous les policiers de l’Elysée pour les remplacer par des gendarmes…

Les scandales qui ont par la suite entouré la fumeuse « cellule élyséenne » nous ont ouvert les yeux sur ses arrière-pensées et son caporalisme.

Mais Mitterrand était un oracle. J’ai créé cette usine à gaz, aurait-il pu nous dire, les yeux au fond des yeux, pour lutter contre le terrorisme.

Déjà !

La « tranquillité publique », dont parle notre Premier Ministre, est de la responsabilité des maires. Bon nombre d’entre eux, et surtout ceux du gauche, ont longtemps boudé la Police Municipale, fustigeant au passage le maire de Levallois-Perret avec sa garde prétorienne et son réseau de caméras dans les lieux publics.

C’était un précurseur. La plupart des villes, de gauche comme de droite, possèdent à présent une Police Municipale, et la grande majorité des maires rêvent d’installer une multitude de caméras pour assurer la sécurité de leurs suffragants – caméras qui heureusement coûtent cher.

Ces mêmes maires refusent pour l’instant de devenir des shérifs. Ils y viendront. Ils se devront d’assumer, car, qu’ils le veuillent ou non, la police de proximité sera un jour sous la houlette des élus… de proximité.

Et les moutons seront bien gardés.

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