POLICEtcetera

LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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L'origine de la PJ

PARTIE 1 – Le début du siècle dernier, a surtout été la « belle époque » pour les voleurs, les assassins et les terroristes, lesquels, devant l’incurie des services de la police et de la maréchaussée, s’en donnaient à cœur joie.

bulletin-de-police-criminelle-1907.jpgL’accroissement exponentiel des crimes et des larcins ne pouvait laisser insensible le « premier des flics ». Non, ce n’était ni Pasqua ni Sarkozy ! mais Georges Clemenceau, alias « Le Tigre ». En effet, quoi qu’il cumulât les fonctions de président du Conseil et de ministre de l’Intérieur, c’est ainsi que se baptisait lui-même le grand homme moustachu, celui-là même qui, alors qu’il était rédacteur en chef à l’Aurore, encouragea Zola à écrire sa tirade sur l’affaire Dreyfus. C’est lui, dit-on, qui sortit de son chapeau le titre de l’article, le fameux « J’accuse ! »

Le 30 décembre 1907, Clemenceau signe un décret instituant douze brigades régionales de police mobile, plus connues sous le nom de « brigades du Tigre ». Composées seulement d’une dizaine d’inspecteurs et de deux commissaires, chacune sera dotée (et c’est une première) de 4 limousines De Dion-Bouton.

C’est ainsi, après des palabres multiples avec le garde des Sceaux, que la police judiciaire se transforme en un service de police opérationnel. La charte des brigades mobiles est adoptée (elle s’imposerajules-sebille.jpg jusqu’en 1941) et le commissaire Jules Sébile hérite du bébé.

Dès leur création, ces brigades s’attaquent aux bandits itinérants, qui pullulent, et obtiennent très vite de nombreux succès. Le plus conséquent est sans conteste l’arrestation d’un vagabond nommé Vacher. En dix ans, cet olibrius s’était rendu coupable de 41 assassinats. Il violait ses victimes, des adolescents de treize à dix-huit ans, les tuait et les dépeçait.

La première grande réussite médiatique de ces policiers fut le démantèlement de la célèbre « bande à arrestation-de-bonnot.jpgBonnot », qui coûta la vie à Louis Jouin, le numéro 2 de la sûreté. Cette équipe de malfaiteurs initia en 1911, rue Ordener, à Paris, une nouvelle forme de banditisme qualifiée par la suite de « vol à l’affolement », technique reprise aux États-Unis dans les années 30. Jules Bonnot fut arrêté à Choisy-le-Roi le 28 avril 1912. Grièvement blessé, il mourut peu après. On dit de ce truand atypique et anarchisant, qu’il fut (mais c’est sans doute une légende) un temps le chauffeur d’un certain… Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes.

Moins sordide, on peut se rappeler de ces années-là le vol de La Joconde. L’enquête menée par la brigade parisienne de recherches aboutit à l’arrestation de deux suspects qui furent longuement interrogés avant d’être relâchés. Il s’agissait de deux marginaux, nommés… Apollinaire et Picasso. Mona Lisa regagna le musée du Louvre deux ans plus tard, grâce à un antiquaire italien.calmettecaillaux.jpg

Les deux dernières grandes affaires d’avant 1914 furent l’assassinat de Jean Jaurès et celui du directeur du Figaro, Gaston Calmette.

Le 16 mars 1914, Henriette Caillaux, épouse du député Joseph Caillaux, tue Gaston Calmette, le directeur du Figaro, par crainte que son passé sentimental ne s’étale sur la place publique. Le bruit des bottes s’amplifie et Caillaux, l’homme politique le plus en vue du moment, pacifiste reconnu, ne deviendra pas président du Conseil – ce qui aurait peut-être changé le cours des choses, pense l’historien Jean-Denis Bredin. En tout cas, ce coup de revolver est le premier d’une série de trois qui entraîneront la France et l’Europe dans la plus grande tragédie de leur histoire. Le second visera l’archiduc Ferdinand à Sarajevo et le troisième Jean Jaurès, au café du Croissant, le 31 juillet de la même année.

Landru, le criminel qui a marqué l’époque – Au bruit du canon, apparaît un étrange barbu, Henri-Désiré Landru, très vite surnommé Barbe bleue (par amalgame avec le personnage de la légende orientale, repris par Charles Perrault) qui de 1914 à 1919 s’est « consumé » d’amour pour une kyrielle de femmes. Ce spécialiste du « meurtre au mariage » n’est pas l’inventeur de la méthode. Avant lui, aux États-Unis, en 1895, Johann Hoch épousa 24 femmes et en empoisonna la moitié. Il fut pendu. À la même époque, l’Américaine Belle Gunness, profitait du sommeil de ses nouveaux maris pour les assassiner à la hachette. On a cru qu’elle était morte dans l’incendie de sa ferme, en 1908, mais il est probable qu’elle s’échappa en laissant sur place le corps d’une autre personne pour donner le change.

Landru fut arrêté par les inspecteurs Belin et Riboulet (de vrais policiers avec un nom de flics de cinéma !). Ce dernier surprit Landru au moment où il tentait de se débarrasser d’un petit calepin, sur lequel il notait tout. Ce fut la preuve décisive lors de son jugement, car l’accusation ne parvint pas à exhiber le moindre cadavre. Cela rappelle d’autres procès…, mais pour Landru, bien qu’il ait toujours clamé son innocence, personne n’a jamais soulevé l’hypothèse d’une erreur judiciaire. Lorsque le président de la cour d’assises de Versailles lui a donné la parole, avant le délibéré, il a simplement déclaré : « Je n’ai qu’une chose à dire, votre Honneur, je n’ai jamais commis de meurtre. C’est ma dernière protestation. » Mais, pour l’opinion publique, la cause était entendue. Et pour le gouvernement, cela tombait à pic pour détourner l’attention du bon peuple de choses plus sérieuses, comme la conférence de Paris – qui devait aboutir au traité de Versailles. Landru fut jugé pour onze meurtres, mais on retrouva lors des perquisitions des traces de landru-a-son-proces.jpgcorrespondance avec… 169 femmes. Pendant des années, chaque découverte macabre a fait l’objet d’une enquête approfondie pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une victime de ce triste personnage. Lors de son procès, devant la cour d’assises de Versailles, il déclara : « J’ai le cœur brisé de penser que, à cause de tout ce scandale, ma femme sait que je lui ai été infidèle. » Il fut guillotiné le 25 février 1921. Webb Miller, un journaliste américain, a écrit : « Landru, les mains liées derrière le dos, était encadré par deux geôliers… Les deux hommes l’installèrent rapidement, la face contre la planche basculante… La chute du couperet fut instantanée et la tête tomba avec un bruit mat dans le petit panier… vingt-six secondes s’étaient écoulées. »

L’inspecteur Belin, dans son livre de souvenirs Mon travail à la Sûreté, confie cette curieuse analyse : « … je ne pouvais m’empêcher d’avoir pour lui une admiration réelle. Parfois, il me donnait l’impression d’être une épave dans un monde hostile auquel il faisait face avec courage et sang-froid. C’est peut-être cette trace de désenchantement dans sa nature qui attirait l’esprit sentimental des femmes plutôt que son soi-disant pouvoir hypnotique. »

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La peine de mort (suite)

« Je rêve d’une société où ce ne serait pas la loi qui interdirait la peine de mort mais simplement la raison que personne ne voudrait tenir le rôle du bourreau. »

(J’ai retrouvé cette phrase dans un de mes livres, écrit en 1985, et, même si je suis gêné de me citer, je la trouve tellement d’actualité que je n’ai pas résisté au désir de la ressortir.)

 

Ces jours-ci, on lit tout et son contraire à propos de la peine de mort en France.

A-t-elle été supprimée ? définitivement ? temporairement ?… L’abolition de la peine de mort, instaurée par la loi Badinter, n’est-elle que poudre aux yeux ? Personne n’y comprend plus rien :

La France a promulgué une loi le 9 octobre 1981 qui renvoyait la guillotine au rayon des antiquités. Quatre ans plus tard (le 20 décembre 1985), elle ratifie le protocole additionnel numéro 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. La France ne peut donc plus rétablir la peine de mort – sauf en temps de guerre et, probablement, en application de l’article 16 de la constitution.les-mouches-et-la-guillotine.jpg

Le 3 mai 2002, la France signe le protocole numéro 13 de la convention européenne des droits de l’homme qui interdit la peine de mort en toutes circonstances. Mais elle ne l’a pas ratifié, ce que regrette Amnesty international, qui estime que cela pouvait être fait sans toucher à la constitution. Ce qui n’est pas l’avis de certains juristes…

On va arrêter de faire du mal (du bien ?) aux mouches.

Dans cette cacographie politico-juridique, on comprend une chose :  d’obscures pensées talonnent les plus belles idées. Et l’on s’inquiète de la régression de l’humanité.

Récemment, le président du Pérou a déclaré son intention de revenir sur l’abolition (de fait, depuis 10 ans) de la peine de mort dans son pays. Avant-hier, le nouveau secrétaire général des Nations-unies, le Coréen Ban Ki-moon, fait machine arrière et stipule que la décision d’une telle peine relève de la souveraineté des Etats. Chez nous, en 2004, une proposition de loi a été déposée à l’assemblée nationale tentant de rétablir la peine de mort pour les auteurs d’actes terroristes.

Et en attendant, dans certains pays, on exécute des usagers de stupéfiants ou des femmes et des hommes coupables d’adultère. On a pendu Saddam Hussein et l’on a créé une légende. Ses deux coaccusés ont la corde au cou, et les autorités irakiennes semblent bien embarrassées. (Mais peuvent-elles faire machine arrière ?) Et en attendant, 6 personnes sont dans l’antichambre de la mort d’une geôle libyenne.

Alors, notre président a peut-être des arrières pensées politiques, on peut estimer qu’à bidouiller notre constitution par des révisions trop fréquentes, il en a fait une guimbarde qui ne tient plus la route ; on peut trancher (sic) qu’il s’y prend un peu tard et qu’il se dévoile chafouin à mélanger peine de mort et régime pénal du Chef de l’État ; on est en droit de se dire que, de nouveau, on n’oublie de prendre notre avis, mais… ne faisons pas la fine bouche.

Et rendons à Jacques Chirac cette phrase qui l’honore :  « … la mort ne peut constituer un acte de justice. »

 

 

La peine de mort et la « question »

Alors que notre président reparle d’une réforme symbolique de la constitution pour institutionnaliser l’abolition de la peine de mort, la France se contente de « prendre acte » de l’exécution de Saddam Hussein.

le-petit-journal-1891-execution-dore-et-berland.jpgCe paradoxe prouve que le débat sur la peine de mort n’est pas clos.

 Un peu d’histoire : Le 30 mai 1791, l’assemblée nationale constituante débat sur l’abolition de la peine de mort. La proposition est rejetée, mais l’usage de la torture est supprimé, ce qui n’est déjà pas si mal. C’est à cette date que voit le jour la fameuse petite phrase qui guidera tous les juristes vers la béatitude : « Tout condamné à mort aura la tête tranchée. » La guillotine, invention du docteur Joseph-Ignace Guillotin, est adoptée. Mais, surprise, 4 ans plus tard, le 26 octobre 1795, la peine de mort est abolie. Décision qui, on se rassure, ne sera jamais suivie d’aucun effet. Tout rentre dans l’ordre le 12 février 1810, date où la peine capitale est officialisée dans le code impérial français.

Le début du siècle dernier voit plusieurs tentatives de suppression pour finalement arriver en 1981 à l’adoption du projet de loi déposé par Robert Badinter.

Le dernier utilisateur de la guillotine sera Hamida Djandoubi, condamné pour avoir assassiné sa maîtresse et exécuté à Marseille le 10 septembre 1977. Le dernier condamné à mort a été Philippe Maurice. Meurtrier d’un policier, il a été gracié par Mitterrand peu après son élection.

Notre beau pays : droits de l’homme, liberté, etc., a été lanterne rouge, ultime état d’Europe occidentale qui s’entêtait encore à pratiquer l’exécution capitale à cette époque. Depuis, certains ont dû éprouver un brin de nostalgie, car 27 propositions de loi ont été déposées pour tenter de la rétablir.

À noter par ailleurs que si la France a signé le protocole n°13 de la convention européenne des droits de l’homme pour l’abolition de la peine de mort, elle n’a toujours pas ratifié ce protocole.

Qu’on ne s’y trompe pas, la controverse existe chez nous. Les dirigeants de nombreux états dits démocratiques se sont précipités dans la brèche ouverte par la recrudescence du terrorisme pour cannibaliser, en l’espace de quelques années, les libertés durement acquises au fil des siècles. La torture, abolie en 1791, a déjà fait sa réapparition dans certains pays, même très proches de nous. Le mois dernier, par exemple, la ligue des droits de l’homme a décidé de saisir l’ONU pour dénoncer les régimes d’exception appliqués à un nombre croissant de détenus dans les prisons… belges. Cela faisait suite à une intervention du comité européen pour la prévention de la torture, restée lettre morte. On ne parle plus de torture, mais de question. Un retour aux sources. En France, le pouvoir de la police se durcit, les délais de garde à vue s’allongent, le procureur tente de prendre le pas sur le juge d’instruction, et les magistrats, embarbouillés dans leurs petits privilèges ou leur combat politique ne se rendent pas compte qu’ils constituent le dernier rempart légal à l’étiolement de nos libertés. Un sondage récent nous apprend que seulement un peu moins d’un Français sur deux est contre la peine de mort et plus d’un quart pour l’usage de la torture. dessin-de-george-cruikshank.png

Non, le débat n’est pas clos.

Et lorsque Jacques Chirac nous dit qu’il veut modifier la constitution pour y inscrire « symboliquement » l’abolition de la peine de mort, on est en droit de se montrer dubitatifs. Tout d’abord, cette modification n’est pas symbolique mais obligatoire (d’après le Conseil constitutionnel) pour ratifier la convention européenne signée par la France le 3 mai 2002 – bientôt 5 ans quand même ! Ensuite, s’il doit y avoir symbole, c’est-à-dire un message fort, quasi impossible à gommer, le référendum populaire s’impose. Après le désaveu du peuple sur un traité européen pourtant entériné par la grande majorité de la classe politique, quel président de la République osera prendre ce risque ?

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N.B. : Paris, capitale mondiale de l’abolition de la peine de mort… pour 3 jours. En effet, le 3° congrès mondial contre la peine de mort se tiendra du 1er au 3 février 2007 à la cité internationale universitaire. Et, hasard du calendrier, sous la conduite de messieurs Emmanuel Decaux et Eric Prokosch, il sera résolument tourné vers le Maghreb et le Moyen-Orient.

Blague de poulets

En cette période de fête, il y a des gens qui travaillent – les flics en font partie. Voici la dernière blague qu’on se raconte dans les commissariats :

longtarin-dans-gaston-par-franquin.jpg

Deux motards sont en patrouille. Ils repèrent une voiture en stationnement dans une petite impasse. Le moteur tourne. Les vitres sont couvertes de buée. Le brigadier adresse un clin d’œil érotomane à son coéquipier et lui fait signe de s’arrêter à distance. Ils montent leur machine sur béquille et s’approchent, subrepticement, certains de s’offrir un spectacle un peu osé, et pas certains de relever le délit d’outrage à la pudeur. Après tout, c’est les fêtes ! Et ils n’ont guère envie de passer le réveillon à noircir du papier.

Les deux lampes torche se plantent à l’intérieur de la voiture, et, surprise… Rien. Il ne se passe rien.

Un jeune homme est assis derrière le volant, il lit une BD. À l’arrière, une jeune fille tricote (si, si !). Le brigadier fait signe au jeune homme de baisser la vitre.

« Qu’est-ce que tu fais là ? » questionne-t-il, oubliant juste pour un soir les sempiternelles consignes imposant le vouvoiement.

« Ben, vous voyez, je lis. »

En principe, on répond : et tu lis quoi ? Mais c’est un flic qui pose les questions, et ils peuvent jamais faire comme tout le monde, ceux-là.

« Et elle ? » insiste-t-il en braquant le faisceau de sa lampe sur la jeune fille.

« Ben, elle tricote. »

Encore un « ben » comme ça, et il va se prendre une « bègne » se dit le briscard. Surtout que la fille n’a même pas levé les yeux. Une maille à l’endroit, une maille à l’envers… Tant d’indifférence. On frôle l’outrage, là !

« Quel âge tu as ? 

« 23 ans. 

« Et elle ? »

Le jeune homme regarde sa montre.

« Elle aura 18 ans dans vingt minutes. »

 

 Bonne année à tous !

 

 

Agnelet en appel

lapin_loup1.jpgSi Agnelet espérait retourner au Panama pour tranquillement y gérer sa fortune à l’abri du fisc français, c’est loupé ! Que nib, il va repasser à la moulinette. Le procureur général de la cour d’appel d’Aix-en-Provence a en effet décidé de faire appel du verdict, trop clément à son goût, de la cour d’assises des Alpes-maritimes. 

Avant la loi de l’an 2000, une décision de cour d’assises était définitive. On disait de cette institution qu’elle représentait le peuple, lequel jugeait ainsi de manière souveraine. Même la cour européenne des droits de l’homme, pourtant prompte à épingler la France, n’y avait rien trouvé à redire, estimant que la possibilité d’un pourvoi en cassation suffisait à rendre le procès équitable. En fait, cette spécificité de la procédure pénale française reposait sur d’autres bases : le principe d’une juridiction à deux degrés, c’est-à-dire jugement de première instance et jugement d’appel. Sauf en matière criminelle, où la double juridiction était représentée par l’instruction judiciaire (1er degré) et la cour d’assises (2e degré). C’est même cette particularité qui justifiait, de façon non dite, les prérogatives importantes, voire exorbitantes, du juge d’instruction. On peut se demander à présent ce qui les légitime, puisqu’il existe dorénavant trois degrés dans l’enquête criminelle : l’instruction, le jugement et l’appel.

Ne chinoisons pas sur l’impéritie de nos chers élus, qui légifèrent à tour de bras dans des domaines où leur ignorance se veut constructive, et qui ajoute ainsi sans sourciller leur ridicule petite brique au mur inaccessible de notre législation… Limitons-nous à l’actualité de ces dernières semaines.

  • L’affaire Seznec : la cour de révision décrète qu’il n’y a pas lieu à révision. Point barre. En droit, elle a sans doute raison. Et, comme l’ont déclaré certains commentateurs, il y a même un réel courage à braver l’opinion publique – sauf s’il s’agit d’une démonstration de force ou du refus d’admettre que la justice peut se tromper.
  • L’affaire Agnelet : l’avocat général réclame 20 ans de réclusion criminelle contre l’accusé. Verdict du jury populaire : acquittement. Est-ce le haut magistrat qui n’a pas supporté le camouflet des jurés ou le représentant de la justice ? On ne sait pas, mais il décide de faire appel.

À se demander l’utilité du premier jugement en cours d’assises, car… 1/ L’accusé est condamné – et il loustal-dans-touriste-de-bananes-de-georges-simenon.jpgfait appel. 2/ L’accusé est innocenté – et le procureur fait appel. On pourrait peut-être gagner un tour, non ! Et revenir à l’ancienne formule ou, plus courageusement, laisser la possibilité d’appel au seul condamné… 

En tout cas, ces deux affaires récentes, et quelques autres, sont une démonstration éclatante que la justice rendue au nom du peuple français n’est plus l’image que le peuple français se fait de la justice. 

Alors il faut soit changer de justice, soit changer de peuple, soit… changer de pays.      

Un Noël de flic

Dans la police, week-ends et fêtes sont fréquemment des jours où l’on turbine. Mais comme me disait un vieux patron de l’ancienne école, « T’as pas à te plaindre, y a tellement de gens qui font un boulot assommant, que tu devrais payer pour faire ce métier-là… » Il exagérait, le vieux, mais en tout cas ça permet de couper au sempiternel repas de famille, et c’est souvent l’instant des plus belles affaires. La preuve :magicien_2.jpg

Il est 6 heures du mat’, on n’a pas vu le père Noël, mais sûr qu’il doit avoir terminé ses visites. Faut dire qu’on surveille pas trop les cheminées. Ça va faire deux heures qu’on est là, les yeux fixés sur la porte en verre de cet immeuble cossu de l’avenue Mozart, à Paris.

C’est Roger qui a insisté. Celui-là, après 30 ans de police, il n’a rien perdu de son mordant… Il s’est pointé dans mon bureau, vers 17 heures. Je m’apprêtais à ranger mes crayons et je devais être le dernier commissaire encore présent à la brigade. Il tenait une feuille à la main. « C’est un zozor sur la meuf de Vincent », a-t-il marmonné, le regard fuyant. Je jette un œil. C’est sibyllin, comme le sont toujours les dialogues des truands. Le type qui a décrypté la conversation téléphonique a traduit les silences par des rangées de points. On dirait du Loti, le style en moins. « Il va venir voir sa femme et sa fille », ajoute le vieux poulaga.

Vincent D., c’est un type qu’on a phagocyté sur une demi-douzaine de braquages, et chez qui on a décelé une petite préférence pour les armes lourdes et les fourgons blindés. Il y a environ deux mois, on l’a loupé, sur un flag. Il nous a filé entre les mains. Pfutt ! On n’a rien compris. Depuis, on l’a surnommé le magicien.

« Ecoute, Roger, pas ce soir !… D’abord y a plus personne ici. Tout le monde est rentré chez soi… » Il me rétorque qu’Albert est o.k. et qu’on peut très bien le faire à trois. Qu’est-ce qu’on peut répondre à ça ? Comme j’ouvre mon tiroir pour récupérer ma panoplie du parfait arquebusier, il ajoute qu’il est préférable d’attendre le petit matin. « À cause que… ? je lui demande. – Ben, tu sais, il est pas prêt de passer un nouveau Noël en famille, alors… » Je lui rappelle qu’on n’est pas chez les boy-scouts et que c’est moi le patron et que par conséquent qu’on fait comme je dis. Frustré, mais obéissant, il acquiesce. « Bon ! On va lui laisser passer Noël en famille », décidai-je. Non, mais ! Faut savoir s’affirmer dans ce job.

Et on est là, à l’heure où les garnements se lèvent en douce pour aller fouiner sous le sapin, à faire les zouaves par une température de  -5, dans une rue déserte, pour poisser un zigoto dont tout le monde se fiche éperdument. La radio crachote. J’aperçois Albert qui se ratatine dans le renfoncement de la porte cochère où il a trouvé refuge. Il a lâché son clope et machinalement je fixe le point rouge qui tournoie jusqu’au sol. « Je crois que c’est lui », murmure-t-il. Ça ne peut être que lui. Qui serait assez folingue pour sortir de son immeuble sans allumer la lumière…

Il pointe son nez, le Vincent, comme un lapin à la sortie du terrier. Il regarde à gauche et à droite, mais il doit se dire que les flics sont des petits fonctionnaires frileux et de bons pères de famille, et qu’ils n’ont aucune raison de faire du zèle un soir de Noël. Une sorte de trêve des confiseurs. Rassuré, il traverse la rue en direction d’une voiture qui ressemble à une épave. Ce lascar, c’est un bon. Pas du genre à se faire repérer au volant d’une caisse de grand luxe ! Il ouvre la portière et lève la tête vers une fenêtre, trois étages plus haut. Une silhouette se détache, à contre-jour. Il fait un signe de la main. menottes.jpg

Les autres ont dû croire que c’était le signal, ils n’ont même pas attendu mon ordre. Ils foncent ! Je fonce à mon tour. On lui tombe dessus. « Joyeux Noël ! » ânonne Roger en faisant claquer les menottes.

Le début de 48 heures de garde à vue : perquisitions, auditions, saisies… Les fêtes s’annoncent bien. P… de métier ! 

Dossier c/: Agnelet, suite (et fin ?)

joyeux-noel.jpgAvant l’an 2000, la décision d’une cour d’assises était définitive. Le législateur a alors décidé d’ouvrir une procédure d’appel, remettant ainsi en cause l’esprit « révolutionnaire » de cette institution, créée pour que le peuple rende justice et tire un trait sur les affaires criminelles les plus graves.

 

 

Même si Badinter a réussi à faire de la guillotine une pièce de musée, en l’an 2000, l’air de rien, le peuple souverain est ainsi passé à la « lucarne » !

 

On peut comprendre que dans leur grande sagesse, les élus se soient penchés sur le sort des faux coupables ; des innocents expédiés derrière les barreaux par un jury composé de braves gens, tirés au sort, sortis du chapeau en quelque sorte, pour endosser une responsabilité à laquelle ils ne sont pas spécialement préparés. Il était même noble de vouloir éviter à un innocent les affres de la prison. Dans sa tombe, Seznec avait dû approuver. On offrait ainsi aux condamnés aux peines les plus lourdes l’opportunité d’une deuxième chance. La justice se grandit toujours à reconnaître qu’elle peut se tromper.

Mais, dans le même temps, le contraire était-il normal ?

L’article 380-2 du code de procédure pénale précise en effet, in fine, comme si cette dernière ligne avait été rajoutée en catimini : « Le procureur général peut également faire appel des arrêts d’acquittement. »

On a donc renversé la vapeur. Cette loi n’était pas faite pour éviter à des innocents de se retrouver dans un cul-de-basse-fosse, mais pour être certain qu’aucun coupable ne franchirait les mailles du filet…

Le législateur est passé à côté d’une idée généreuse pour enfanter un texte pétochard.

 

Le procureur général dispose donc d’un délai de 10 jours pour faire appel de la décision de la cour d’assises des Alpes-Maritimes qui a déclaré Maurice Agnelet innocent.

Peut-on imaginer un moment, qu’après avoir été relaxé une première fois, puis de nouveau poursuivi en raison des déclarations de son épouse et de la pugnacité d’un juge, puis fustigé par un avocat général qui a réclamé (au nom de la société) une peine de 20 ans de réclusion criminelle, pour enfin être acquitté par un jury populaire ; peut-on imaginer que le procureur général, qui en l’occurrence agirait sur instructions du garde des sceaux ; peut-on imaginer que ce haut magistrat balaie tout cela d’un effet de manche et fasse appel de cette décision de justice !

Le jury de la cour d’assises s’est prononcé. Il a pris deux décisions phares :balance.gif

  • Agnès Leroux a été assassinée.

  • L’accusé est innocent de ce crime.

Dans cette affaire extravagante dont sans doute on ne pénétrera jamais les arcanes, il existe encore une interrogation et une seule :

 

Maurice Agnelet va-t-il faire appel de son acquittement ?

 

Le 4×4 d'Agnès Leroux

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L’un des points troublants dans cette affaire Agnelet, c’est la disparition du 4×4 d’Agnès Leroux.

 

Au moment de la disparition d’Agnès Leroux, le Range Rover était un engin tout-terrain de conception relativement  récente, quelques années tout au plus (1971?), et cela restait une voiture d’exception. On n’en voyait peu (nous n’étions pas encore à l’ère des 4×4 de ville) et son prix était inabordable pour le commun des mortels. Pour parler cru, c’était la bagnole des gens friqués qui voulaient paraître…

En tout cas, une voiture qui ne passait pas inaperçue. Alors, comment a-t-elle pu se volatiliser ?

Envisageons les différentes hypothèses :

  • Le Range a été précipité dans un ravin – L’idée première des enquêteurs. L’arrière-pays niçois se prête bien à ce genre d’exploit. Inutile de dire que des fouilles systématiques ont été menées : patrouilles, hélicoptères… Mais, on peut passer à côté, puis, au fil des saisons, le véhicule se recouvre de végétations et devient invisible. Sauf que la France n’est pas la forêt amazonienne et, avec le temps, quelqu’un aurait fatalement retrouvé l’épave.
  • Le véhicule a été incendié – Idée qui va de paire avec la première. Les recherches ont été menées en ce sens et toutes les carcasses abandonnées, calcinées ou non, ont été examinées.
  • Alors, cette voiture est peut-être engloutie sous les eaux d’un fleuve, d’un lac, de la mer… – Cela ne semble pas sérieux. Et comme précédemment, on l’aurait retrouvée, à la première sécheresse ou à la première crue.
  • Le 4×4 a été maquillé et revendu sur le marché de l’occasion – Possible pour une Renault 12 ou une Simca 1100, automobiles alors très répandues, mais pour un véhicule de luxe, particulièrement voyant, utilisé à quelques milliers d’exemplaires, les enquêteurs auraient fatalement retrouvé sa trace en épluchant le fichier des cartes grises.
  • Le Range Rover a été conduit hors de France – Cette voiture a été sans doute l’une des plus recherchée dans les annales de la police judiciaire : diffusions nationales, recherches dans les pays limitrophes, notamment l’Italie et la Suisse, diffusions internationales de recherches, via l’OIPC (Interpol). Il est vrai qu’avec certaines régions de l’Europe de l’est, la collaboration n’était pas évidente. Il existait (existe?) aussi des réseaux de dealers de voitures volées, notamment vers l’Afrique, mais le passage sur un bateau aurait laissé des traces, dans le souvenir des marins ou sur les registres de la douane.
  • La voiture a été détruite par un professionnel – Autrement dit elle serait passée entre les mains d’un casseur et en serait ressortie compactée et apte au recyclage. C’est envisageable. Mais on a du mal à imaginer qu’un ou plusieurs individus aient pu camoufler un acte somme tout bénin devant l’ampleur médiatique prise par la disparition d’Agnès Leroux.

Toutes ces suppositions se rapportant au Range Rover ne tiennent pas la route, si j’ose dire. On doit donc envisager que le tout-terrain ait disparu avant le début de l’enquête officielle. Rappelons-nous que les investigations n’ont réellement démarré qu’en février 1978, car au début, personne n’a vraiment pris au sérieux les inquiétudes de madame Leroux mère. Les recherches auraient donc dû se polariser très vite sur les jours qui ont suivi la date probable de la disparition de sa fille. Facile à dire – après.

Alors ?… Alors, rien ! On a fait le point, surtout pour Véronique, une amie lectrice, qui m’a gentiment demandé ce que j’en pensais. Agnelet a-t-il pu, à lui seul, organiser le meurtre de sa maîtresse et faire disparaître sa voiture avec tant d’ingéniosité qu’aujourd’hui encore on se perd en conjectures ? Mais au fait ! Pourquoi aurait-il fait disparaître le 4×4 alors qu’on le soupçonne d’avoir maquillé son crime en suicide ?

Le flegme de cet homme devant ses juges cache-t-il une véritable intelligence criminelle ou, enchaîné à son statut de star, veut-il paraître ce qu’il n’est pas ? Ou bien cherche-t-il à cacher ce qu’il est vraiment : un minable tourbillonnant à l’épicentre d’une aventure qui le submerge. Ce peut-il qu’il endosse à son compte des événements qu’il n’a jamais maîtrisés ? Un peu comme Spaggiari dans le casse de la Société Générale de Nice.

Sauf coup de théâtre lors de ces prochains jours d’audience, et quelle que soit la décision de la Cour d’assises, dans cette affaire, la Justice sera perdante. Si Agnelet est condamné, on criera à l’erreur judiciaire, s’il est acquitté, on hurlera au déni de justice. La pire des choses serait sans doute une condamnation de principe, du genre : on pense que vous êtes coupable mais on n’en est pas tout à fait sûrs, alors on vous condamne un peu…les-dossiers-agnelet.jpg

Condamné ou innocenté, Agnelet sera quitte. En France, on ne peut pas être jugé deux fois devant une cour d’Assises pour des faits identiques (la fois précédente, il a été relaxé, faute de preuves). Alors, attend-il ce moment ultime pour déclamer sa vérité dans un livre forcément best-seller ?  comme un pied de nez à la société.

Le personnage en semble capable.

 

La patate chaude

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Quel comportement faut-il adopter lorsqu’on se trouve face à une personne en état évident d’ébriété ? La réponse est simple : appeler la police. C’est le seul moyen de dégager sa responsabilité, motivation dominante à notre époque frileuse.

Mais la police, que doit-elle faire ? Tiraillés entre théorie et pratique, ils sont bien embêtés, nos petits poulets.

Le policier qui se trouve devant un individu en état d’ébriété sur la voie publique a le devoir de le protéger et de protéger autrui d’agissements irraisonnés qui pourraient découler de son état. C’est un acte de police administrative. Si cet individu est l’auteur d’une infraction pénale (conduite d’un véhicule, rixe, dégradations…), la procédure judiciaire est suspendue jusqu’au moment où le suspect aura retrouvé sa lucidité. Le soûlard doit donc être conduit en cellule de dégrisement, après avoir été examiné par un médecin qui confirme son état alcoolique. Il ne s’agit pas d’une garde à vue. On l’enferme dans une geôle, en principe spécialement réservée à cet effet, après lui avoir retiré tous les objets ou vêtements avec lesquels il risquerait de se blesser.

Ça, c’est la théorie.

La nuit, surtout les week-ends, les policiers de terrain sont très fréquemment confrontés à ce type de situation. C’est galère. Le plus souvent, ils se trouvent face à un individu violent, qu’il faut maîtriser par la force, voire menotter, et transporter du mieux possible jusqu’aux urgences de l’hôpital le plus proche. Là, ils sont souvent rabroués par des médecins débordés et qui ont bien d’autres chats à fouetter que de s’occuper d’un fêtard. Enfin, sous un flot d’injures et d’obscénités, il s’agit de conduire l’ivrogne au commissariat. Le parcours du combattant n’est pas terminé. Sur place, il va falloir le convaincre de se délester de ses affaires personnelles, ses lacets, ses bijoux, etc. Le plus dur, en général, c’est la ceinture. Au mieux, deux heures plus tard, le type s’endort. Au pire, il beugle toute la nuit. Une fois cette noble opération terminée, il reviendra au plus jeune de nettoyer les séquelles. « Quand on n’a pas le temps ou que les geôles sont pleines, il peut nous arriver de simplement emmener plus loin la personne qui pose problème, dit un policier de Nantes, voire même de tourner la tête quand on croise un ivrogne… C’est sûr, pour nous, vaut mieux faire de la boulette de shit… »

Ça, c’est la pratique, loin des chaises rembourrées et des portes capitonnées.

Quand j’étais gosse, la fenêtre de ma chambre, au-dessus du petit café que tenaient mes parents, donnait sur un poste de police de la rue de la mon-pere.jpgGaîté, à Paris, près de Montparnasse. La nuit, j’étais souvent réveillé par un ivrogne, enfermé dans « la cage », qui braillait des chansons graveleuses, jusqu’au moment où un flic, exaspéré, lui balançait un seau d’eau pour le faire taire. Alors, les policiers ne s’embarrassaient pas de procédures. Au petit matin, ils poussaient la porte du bistrot et offraient au bambocheur dessaoulé un grand café bien chaud, que mon père tirait au percolateur. La plupart du temps, ils se séparaient copains comme cochons (comme dirait Clément Schouler).

Les temps ont changé, le poste de police de la rue de la Gaîté est devenu un théâtre (ça ne s’invente pas), et l’ivrogne une patate chaude que chacun essaie de se refiler : policiers, pompiers, médecins et même les bénévoles ou les travailleurs sociaux.

Mais au final, après avoir tirebouchonné (sic) un moment, la patate échoue toujours dans les mêmes mains, car tout le monde peut appeler la police – sauf la police.

Seznec au secours d'Agnelet

trucs-en-vrac-par-gotlieb.jpgMaurice Agnelet fait l’unanimité contre lui. Il agace tout le monde, à croire qu’il prend plaisir à fédérer la haine. En un mot, c’est une tête à claques.

 

 

 

Par les hasards du calendrier judiciaire, à quelques jours d’intervalle, deux décisions de justice importantes sont attendues : la réhabilitation de Guillaume Seznec (rejetée ce jour par la cour de Révision), et le verdict de la cour d’Assises sur la culpabilité ou l’innocence de Maurice Agnelet.

(La cour de Révision se réunit très exceptionnellement. Pour mémoire, elle ne se prononce pas sur le fond, mais doit seulement répondre à la question suivante : Existe-t-il des éléments nouveaux, inconnus le jour du procès, susceptibles de modifier le jugement ?)

On parle beaucoup de ces deux affaires, mais l’une se conjugue au passé, j’allais dire à l’ « imparfait ». Elle fait partie de l’Histoire des grandes enquêtes criminelles ; l’autre se conjugue au présent. Mais il existe deux points communs : pas de victime, pas de preuve.

Alors, question : plus de 80 ans après la condamnation de Seznec pour un crime qu’il n’a peut-être pas commis, doit-on condamner un homme pour un crime qu’il a peut-être commis ?

Maurice Agnelet est coupable aux yeux de tous, la presse, l’opinion publique, les enquêteurs qui ont mené les investigations, les magistrats qui ont été en charge de l’instruction, peut-être même le président de la cour d’Assises, ses assesseurs et les jurés…

Oui mais, rappelons-nous…

– Cet homme a été relaxé une première fois en 1986 pour les mêmes faits.

– Son immoralité et sa fourberie sont prouvées : il a été condamné pour avoir détourné l’argent de sa maîtresse – mais il a payé pour ce délit.

– On n’a jamais retrouvé le corps d’Agnès Leroux.

– Il est accusé devant la cour d’Assises pour la raison essentielle qu’un témoin déclare avoir menti pour lui fournir un alibi. Ce témoin, sa femme actuellement, sa maîtresse à l’époque, a donc menti une première fois (serment prêté) On ne peut s’empêcher de tiquer sur l’impartialité de son nouveau agnelet.jpgtémoignage, surtout dans le contexte semble-t-il difficile d’une procédure de divorce.guillaume-seznec.gif

Alors, on se pose des questions. Les cicatrices souvent anodines de notre enfance se mettent à nous grattouiller… On sait combien un châtiment injustifié est insupportable, et l’on se dit qu’il vaut peut-être mieux un coupable en liberté plutôt qu’un innocent en prison…

Ce type, Agnelet, est vraiment antipathique. On le sent intelligent, mais d’une intelligence maladive, négative, machiavélique – et c’est peut-être un assassin. Mais, doit-on le condamner sous prétexte qu’il a une tête à claques ?

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