LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Catégorie : Actualité (Page 70 of 71)

Un Noël de flic

Dans la police, week-ends et fêtes sont fréquemment des jours où l’on turbine. Mais comme me disait un vieux patron de l’ancienne école, « T’as pas à te plaindre, y a tellement de gens qui font un boulot assommant, que tu devrais payer pour faire ce métier-là… » Il exagérait, le vieux, mais en tout cas ça permet de couper au sempiternel repas de famille, et c’est souvent l’instant des plus belles affaires. La preuve :magicien_2.jpg

Il est 6 heures du mat’, on n’a pas vu le père Noël, mais sûr qu’il doit avoir terminé ses visites. Faut dire qu’on surveille pas trop les cheminées. Ça va faire deux heures qu’on est là, les yeux fixés sur la porte en verre de cet immeuble cossu de l’avenue Mozart, à Paris.

C’est Roger qui a insisté. Celui-là, après 30 ans de police, il n’a rien perdu de son mordant… Il s’est pointé dans mon bureau, vers 17 heures. Je m’apprêtais à ranger mes crayons et je devais être le dernier commissaire encore présent à la brigade. Il tenait une feuille à la main. « C’est un zozor sur la meuf de Vincent », a-t-il marmonné, le regard fuyant. Je jette un œil. C’est sibyllin, comme le sont toujours les dialogues des truands. Le type qui a décrypté la conversation téléphonique a traduit les silences par des rangées de points. On dirait du Loti, le style en moins. « Il va venir voir sa femme et sa fille », ajoute le vieux poulaga.

Vincent D., c’est un type qu’on a phagocyté sur une demi-douzaine de braquages, et chez qui on a décelé une petite préférence pour les armes lourdes et les fourgons blindés. Il y a environ deux mois, on l’a loupé, sur un flag. Il nous a filé entre les mains. Pfutt ! On n’a rien compris. Depuis, on l’a surnommé le magicien.

« Ecoute, Roger, pas ce soir !… D’abord y a plus personne ici. Tout le monde est rentré chez soi… » Il me rétorque qu’Albert est o.k. et qu’on peut très bien le faire à trois. Qu’est-ce qu’on peut répondre à ça ? Comme j’ouvre mon tiroir pour récupérer ma panoplie du parfait arquebusier, il ajoute qu’il est préférable d’attendre le petit matin. « À cause que… ? je lui demande. – Ben, tu sais, il est pas prêt de passer un nouveau Noël en famille, alors… » Je lui rappelle qu’on n’est pas chez les boy-scouts et que c’est moi le patron et que par conséquent qu’on fait comme je dis. Frustré, mais obéissant, il acquiesce. « Bon ! On va lui laisser passer Noël en famille », décidai-je. Non, mais ! Faut savoir s’affirmer dans ce job.

Et on est là, à l’heure où les garnements se lèvent en douce pour aller fouiner sous le sapin, à faire les zouaves par une température de  -5, dans une rue déserte, pour poisser un zigoto dont tout le monde se fiche éperdument. La radio crachote. J’aperçois Albert qui se ratatine dans le renfoncement de la porte cochère où il a trouvé refuge. Il a lâché son clope et machinalement je fixe le point rouge qui tournoie jusqu’au sol. « Je crois que c’est lui », murmure-t-il. Ça ne peut être que lui. Qui serait assez folingue pour sortir de son immeuble sans allumer la lumière…

Il pointe son nez, le Vincent, comme un lapin à la sortie du terrier. Il regarde à gauche et à droite, mais il doit se dire que les flics sont des petits fonctionnaires frileux et de bons pères de famille, et qu’ils n’ont aucune raison de faire du zèle un soir de Noël. Une sorte de trêve des confiseurs. Rassuré, il traverse la rue en direction d’une voiture qui ressemble à une épave. Ce lascar, c’est un bon. Pas du genre à se faire repérer au volant d’une caisse de grand luxe ! Il ouvre la portière et lève la tête vers une fenêtre, trois étages plus haut. Une silhouette se détache, à contre-jour. Il fait un signe de la main. menottes.jpg

Les autres ont dû croire que c’était le signal, ils n’ont même pas attendu mon ordre. Ils foncent ! Je fonce à mon tour. On lui tombe dessus. « Joyeux Noël ! » ânonne Roger en faisant claquer les menottes.

Le début de 48 heures de garde à vue : perquisitions, auditions, saisies… Les fêtes s’annoncent bien. P… de métier ! 

Dossier c/: Agnelet, suite (et fin ?)

joyeux-noel.jpgAvant l’an 2000, la décision d’une cour d’assises était définitive. Le législateur a alors décidé d’ouvrir une procédure d’appel, remettant ainsi en cause l’esprit « révolutionnaire » de cette institution, créée pour que le peuple rende justice et tire un trait sur les affaires criminelles les plus graves.

 

 

Même si Badinter a réussi à faire de la guillotine une pièce de musée, en l’an 2000, l’air de rien, le peuple souverain est ainsi passé à la « lucarne » !

 

On peut comprendre que dans leur grande sagesse, les élus se soient penchés sur le sort des faux coupables ; des innocents expédiés derrière les barreaux par un jury composé de braves gens, tirés au sort, sortis du chapeau en quelque sorte, pour endosser une responsabilité à laquelle ils ne sont pas spécialement préparés. Il était même noble de vouloir éviter à un innocent les affres de la prison. Dans sa tombe, Seznec avait dû approuver. On offrait ainsi aux condamnés aux peines les plus lourdes l’opportunité d’une deuxième chance. La justice se grandit toujours à reconnaître qu’elle peut se tromper.

Mais, dans le même temps, le contraire était-il normal ?

L’article 380-2 du code de procédure pénale précise en effet, in fine, comme si cette dernière ligne avait été rajoutée en catimini : « Le procureur général peut également faire appel des arrêts d’acquittement. »

On a donc renversé la vapeur. Cette loi n’était pas faite pour éviter à des innocents de se retrouver dans un cul-de-basse-fosse, mais pour être certain qu’aucun coupable ne franchirait les mailles du filet…

Le législateur est passé à côté d’une idée généreuse pour enfanter un texte pétochard.

 

Le procureur général dispose donc d’un délai de 10 jours pour faire appel de la décision de la cour d’assises des Alpes-Maritimes qui a déclaré Maurice Agnelet innocent.

Peut-on imaginer un moment, qu’après avoir été relaxé une première fois, puis de nouveau poursuivi en raison des déclarations de son épouse et de la pugnacité d’un juge, puis fustigé par un avocat général qui a réclamé (au nom de la société) une peine de 20 ans de réclusion criminelle, pour enfin être acquitté par un jury populaire ; peut-on imaginer que le procureur général, qui en l’occurrence agirait sur instructions du garde des sceaux ; peut-on imaginer que ce haut magistrat balaie tout cela d’un effet de manche et fasse appel de cette décision de justice !

Le jury de la cour d’assises s’est prononcé. Il a pris deux décisions phares :balance.gif

  • Agnès Leroux a été assassinée.

  • L’accusé est innocent de ce crime.

Dans cette affaire extravagante dont sans doute on ne pénétrera jamais les arcanes, il existe encore une interrogation et une seule :

 

Maurice Agnelet va-t-il faire appel de son acquittement ?

 

Le 4×4 d'Agnès Leroux

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L’un des points troublants dans cette affaire Agnelet, c’est la disparition du 4×4 d’Agnès Leroux.

 

Au moment de la disparition d’Agnès Leroux, le Range Rover était un engin tout-terrain de conception relativement  récente, quelques années tout au plus (1971?), et cela restait une voiture d’exception. On n’en voyait peu (nous n’étions pas encore à l’ère des 4×4 de ville) et son prix était inabordable pour le commun des mortels. Pour parler cru, c’était la bagnole des gens friqués qui voulaient paraître…

En tout cas, une voiture qui ne passait pas inaperçue. Alors, comment a-t-elle pu se volatiliser ?

Envisageons les différentes hypothèses :

  • Le Range a été précipité dans un ravin – L’idée première des enquêteurs. L’arrière-pays niçois se prête bien à ce genre d’exploit. Inutile de dire que des fouilles systématiques ont été menées : patrouilles, hélicoptères… Mais, on peut passer à côté, puis, au fil des saisons, le véhicule se recouvre de végétations et devient invisible. Sauf que la France n’est pas la forêt amazonienne et, avec le temps, quelqu’un aurait fatalement retrouvé l’épave.
  • Le véhicule a été incendié – Idée qui va de paire avec la première. Les recherches ont été menées en ce sens et toutes les carcasses abandonnées, calcinées ou non, ont été examinées.
  • Alors, cette voiture est peut-être engloutie sous les eaux d’un fleuve, d’un lac, de la mer… – Cela ne semble pas sérieux. Et comme précédemment, on l’aurait retrouvée, à la première sécheresse ou à la première crue.
  • Le 4×4 a été maquillé et revendu sur le marché de l’occasion – Possible pour une Renault 12 ou une Simca 1100, automobiles alors très répandues, mais pour un véhicule de luxe, particulièrement voyant, utilisé à quelques milliers d’exemplaires, les enquêteurs auraient fatalement retrouvé sa trace en épluchant le fichier des cartes grises.
  • Le Range Rover a été conduit hors de France – Cette voiture a été sans doute l’une des plus recherchée dans les annales de la police judiciaire : diffusions nationales, recherches dans les pays limitrophes, notamment l’Italie et la Suisse, diffusions internationales de recherches, via l’OIPC (Interpol). Il est vrai qu’avec certaines régions de l’Europe de l’est, la collaboration n’était pas évidente. Il existait (existe?) aussi des réseaux de dealers de voitures volées, notamment vers l’Afrique, mais le passage sur un bateau aurait laissé des traces, dans le souvenir des marins ou sur les registres de la douane.
  • La voiture a été détruite par un professionnel – Autrement dit elle serait passée entre les mains d’un casseur et en serait ressortie compactée et apte au recyclage. C’est envisageable. Mais on a du mal à imaginer qu’un ou plusieurs individus aient pu camoufler un acte somme tout bénin devant l’ampleur médiatique prise par la disparition d’Agnès Leroux.

Toutes ces suppositions se rapportant au Range Rover ne tiennent pas la route, si j’ose dire. On doit donc envisager que le tout-terrain ait disparu avant le début de l’enquête officielle. Rappelons-nous que les investigations n’ont réellement démarré qu’en février 1978, car au début, personne n’a vraiment pris au sérieux les inquiétudes de madame Leroux mère. Les recherches auraient donc dû se polariser très vite sur les jours qui ont suivi la date probable de la disparition de sa fille. Facile à dire – après.

Alors ?… Alors, rien ! On a fait le point, surtout pour Véronique, une amie lectrice, qui m’a gentiment demandé ce que j’en pensais. Agnelet a-t-il pu, à lui seul, organiser le meurtre de sa maîtresse et faire disparaître sa voiture avec tant d’ingéniosité qu’aujourd’hui encore on se perd en conjectures ? Mais au fait ! Pourquoi aurait-il fait disparaître le 4×4 alors qu’on le soupçonne d’avoir maquillé son crime en suicide ?

Le flegme de cet homme devant ses juges cache-t-il une véritable intelligence criminelle ou, enchaîné à son statut de star, veut-il paraître ce qu’il n’est pas ? Ou bien cherche-t-il à cacher ce qu’il est vraiment : un minable tourbillonnant à l’épicentre d’une aventure qui le submerge. Ce peut-il qu’il endosse à son compte des événements qu’il n’a jamais maîtrisés ? Un peu comme Spaggiari dans le casse de la Société Générale de Nice.

Sauf coup de théâtre lors de ces prochains jours d’audience, et quelle que soit la décision de la Cour d’assises, dans cette affaire, la Justice sera perdante. Si Agnelet est condamné, on criera à l’erreur judiciaire, s’il est acquitté, on hurlera au déni de justice. La pire des choses serait sans doute une condamnation de principe, du genre : on pense que vous êtes coupable mais on n’en est pas tout à fait sûrs, alors on vous condamne un peu…les-dossiers-agnelet.jpg

Condamné ou innocenté, Agnelet sera quitte. En France, on ne peut pas être jugé deux fois devant une cour d’Assises pour des faits identiques (la fois précédente, il a été relaxé, faute de preuves). Alors, attend-il ce moment ultime pour déclamer sa vérité dans un livre forcément best-seller ?  comme un pied de nez à la société.

Le personnage en semble capable.

 

La patate chaude

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Quel comportement faut-il adopter lorsqu’on se trouve face à une personne en état évident d’ébriété ? La réponse est simple : appeler la police. C’est le seul moyen de dégager sa responsabilité, motivation dominante à notre époque frileuse.

Mais la police, que doit-elle faire ? Tiraillés entre théorie et pratique, ils sont bien embêtés, nos petits poulets.

Le policier qui se trouve devant un individu en état d’ébriété sur la voie publique a le devoir de le protéger et de protéger autrui d’agissements irraisonnés qui pourraient découler de son état. C’est un acte de police administrative. Si cet individu est l’auteur d’une infraction pénale (conduite d’un véhicule, rixe, dégradations…), la procédure judiciaire est suspendue jusqu’au moment où le suspect aura retrouvé sa lucidité. Le soûlard doit donc être conduit en cellule de dégrisement, après avoir été examiné par un médecin qui confirme son état alcoolique. Il ne s’agit pas d’une garde à vue. On l’enferme dans une geôle, en principe spécialement réservée à cet effet, après lui avoir retiré tous les objets ou vêtements avec lesquels il risquerait de se blesser.

Ça, c’est la théorie.

La nuit, surtout les week-ends, les policiers de terrain sont très fréquemment confrontés à ce type de situation. C’est galère. Le plus souvent, ils se trouvent face à un individu violent, qu’il faut maîtriser par la force, voire menotter, et transporter du mieux possible jusqu’aux urgences de l’hôpital le plus proche. Là, ils sont souvent rabroués par des médecins débordés et qui ont bien d’autres chats à fouetter que de s’occuper d’un fêtard. Enfin, sous un flot d’injures et d’obscénités, il s’agit de conduire l’ivrogne au commissariat. Le parcours du combattant n’est pas terminé. Sur place, il va falloir le convaincre de se délester de ses affaires personnelles, ses lacets, ses bijoux, etc. Le plus dur, en général, c’est la ceinture. Au mieux, deux heures plus tard, le type s’endort. Au pire, il beugle toute la nuit. Une fois cette noble opération terminée, il reviendra au plus jeune de nettoyer les séquelles. « Quand on n’a pas le temps ou que les geôles sont pleines, il peut nous arriver de simplement emmener plus loin la personne qui pose problème, dit un policier de Nantes, voire même de tourner la tête quand on croise un ivrogne… C’est sûr, pour nous, vaut mieux faire de la boulette de shit… »

Ça, c’est la pratique, loin des chaises rembourrées et des portes capitonnées.

Quand j’étais gosse, la fenêtre de ma chambre, au-dessus du petit café que tenaient mes parents, donnait sur un poste de police de la rue de la mon-pere.jpgGaîté, à Paris, près de Montparnasse. La nuit, j’étais souvent réveillé par un ivrogne, enfermé dans « la cage », qui braillait des chansons graveleuses, jusqu’au moment où un flic, exaspéré, lui balançait un seau d’eau pour le faire taire. Alors, les policiers ne s’embarrassaient pas de procédures. Au petit matin, ils poussaient la porte du bistrot et offraient au bambocheur dessaoulé un grand café bien chaud, que mon père tirait au percolateur. La plupart du temps, ils se séparaient copains comme cochons (comme dirait Clément Schouler).

Les temps ont changé, le poste de police de la rue de la Gaîté est devenu un théâtre (ça ne s’invente pas), et l’ivrogne une patate chaude que chacun essaie de se refiler : policiers, pompiers, médecins et même les bénévoles ou les travailleurs sociaux.

Mais au final, après avoir tirebouchonné (sic) un moment, la patate échoue toujours dans les mêmes mains, car tout le monde peut appeler la police – sauf la police.

Seznec au secours d'Agnelet

trucs-en-vrac-par-gotlieb.jpgMaurice Agnelet fait l’unanimité contre lui. Il agace tout le monde, à croire qu’il prend plaisir à fédérer la haine. En un mot, c’est une tête à claques.

 

 

 

Par les hasards du calendrier judiciaire, à quelques jours d’intervalle, deux décisions de justice importantes sont attendues : la réhabilitation de Guillaume Seznec (rejetée ce jour par la cour de Révision), et le verdict de la cour d’Assises sur la culpabilité ou l’innocence de Maurice Agnelet.

(La cour de Révision se réunit très exceptionnellement. Pour mémoire, elle ne se prononce pas sur le fond, mais doit seulement répondre à la question suivante : Existe-t-il des éléments nouveaux, inconnus le jour du procès, susceptibles de modifier le jugement ?)

On parle beaucoup de ces deux affaires, mais l’une se conjugue au passé, j’allais dire à l’ « imparfait ». Elle fait partie de l’Histoire des grandes enquêtes criminelles ; l’autre se conjugue au présent. Mais il existe deux points communs : pas de victime, pas de preuve.

Alors, question : plus de 80 ans après la condamnation de Seznec pour un crime qu’il n’a peut-être pas commis, doit-on condamner un homme pour un crime qu’il a peut-être commis ?

Maurice Agnelet est coupable aux yeux de tous, la presse, l’opinion publique, les enquêteurs qui ont mené les investigations, les magistrats qui ont été en charge de l’instruction, peut-être même le président de la cour d’Assises, ses assesseurs et les jurés…

Oui mais, rappelons-nous…

– Cet homme a été relaxé une première fois en 1986 pour les mêmes faits.

– Son immoralité et sa fourberie sont prouvées : il a été condamné pour avoir détourné l’argent de sa maîtresse – mais il a payé pour ce délit.

– On n’a jamais retrouvé le corps d’Agnès Leroux.

– Il est accusé devant la cour d’Assises pour la raison essentielle qu’un témoin déclare avoir menti pour lui fournir un alibi. Ce témoin, sa femme actuellement, sa maîtresse à l’époque, a donc menti une première fois (serment prêté) On ne peut s’empêcher de tiquer sur l’impartialité de son nouveau agnelet.jpgtémoignage, surtout dans le contexte semble-t-il difficile d’une procédure de divorce.guillaume-seznec.gif

Alors, on se pose des questions. Les cicatrices souvent anodines de notre enfance se mettent à nous grattouiller… On sait combien un châtiment injustifié est insupportable, et l’on se dit qu’il vaut peut-être mieux un coupable en liberté plutôt qu’un innocent en prison…

Ce type, Agnelet, est vraiment antipathique. On le sent intelligent, mais d’une intelligence maladive, négative, machiavélique – et c’est peut-être un assassin. Mais, doit-on le condamner sous prétexte qu’il a une tête à claques ?

Leçon pour un fric-frac

dessin-tiré-de-super-picsou.jpgM6, la petite chaîne qui monte, a fini par dépasser sa grande soeur sur le plan de la tartuferie.

 

Ce mardi 5 novembre 2006, deux ex-voleurs nous montrent comment on peut perpétrer un cambriolage en toute tranquillité.

L’un, Francis Jacottin, se recommande du gang des postiches (?), cette équipe de braqueurs des années 80  qui se grimaient pour braquer les banques et fracturer les coffres individuels des clients.

L’autre, répond au pseudonyme de Zem. Il avoue un passé chargé, qui serait la conséquence d’un nom difficile à porter. Ce surnom est en effet le début du patronyme d’une famille célèbre pour avoir racketté le quartier du sentier avant de plonger dans le grand banditisme, et de mourir (presque tous) de mort violente.

L’un s’est recyclé dans l’édition, l’autre dans la musique.

Personnellement, je trouve formidable qu’ils se soient réinsérés. Et encore plus que ces deux Pieds Nickelés aient réussi à « braquer » M6 sans sortir les calibres. C’est « roudoudou », comme dirait Jacottin.

 

Ils sont beaux, propres sur eux, ils ont un C.V. qui parle… De quoi faire fantasmer un ado en quête de repères, non ! Comment des gens qui ont la lourde responsabilité d’informer le public peuvent-ils nous enseigner la meilleure méthode pour réaliser un « casse » sans se faire prendre ! Et dissimuler ce prosélytisme derrière une façade sécuritaire… C’est vraiment nous prendre pour des andouilles.

Le syndicat général de la police (SGP-FO) veut saisir le Conseil supérieur de l’audiovisuelle pour « apologie du crime ».

C’est bien le moins. Plusieurs autres syndicats de police lui ont d’ailleurs emboîté le pas.

Ces policiers ont d’instinct compris le danger pour certains jeunes, déjà fragilisés par une société trop étroite pour eux.

 

Finalement, le ministre de l’Intérieur ne va pas être content, on a l’impression que seuls les flics font de la prévention.

Et zut à Montesquieu !

bicentenaire-de-la-revolution-reprodution-par-loup.jpgLe juge Jean-Louis Bruguière serait candidat aux prochaines élections législatives, voire à un poste de ministre !

Il ne serait pas le premier. Il emboîterait le pas à ses collègues Debré, Marsaud, Jean-Pierre, Fenech, Halphen…

Cette passerelle entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif est quand même surprenante ! Rappelons qu’il existe en France un principe constitutionnel qui reprend l’Esprit des Lois de Montesquieu et qui nous dit, pour faire simple, que ceux qui font les lois et ceux qui sont chargés de les appliquer, doivent chacun rester dans leur camp. Ça s’appelle la séparation des pouvoirs. Locution reprise comme un dogme par les syndicats de magistrats lorsque Sarkozy fait mine de l’oublier dans la guéguerre un rien vaudevillesque qui l’oppose à Jean-Pierre Rosenczveig, le président du tribunal pour enfants de Bobigny.

Pour mémoire, lors de l’évocation par les députés de l’affaire d’Outreau, l’union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) avait dénoncé « une atteinte sans précédent à la séparation des pouvoirs et à l’indépendance des juges ».

Le Conseil Supérieur de la Magistrature avait enfoncé le clou en s’adressant au Président de la République pour lui rappeler, respectueusement on l’espère, mais « fermement », le principe de la séparation des pouvoirs

 

hurle-a-la-lune.jpgMais qu’en est-il de l’Esprit des Lois quand un magistrat devient député ? Il est vrai que le philosophe du XVIII° siècle ne parle pas de « séparation des pouvoirs » mais de « distribution des pouvoirs ». Et des pouvoirs au… pouvoir, il n’y a qu’un pas. Le juge Bruguière veut devenir député, certains flics ne s’en plaindront pas, mais le silence qui entoure cette appétence est assourdissant, sans doute pour ne pas déranger Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu – afin qu’il repose en paix.

Le Flash-Ball

la-gazette-du-29-novembre-2006.jpgLe Conseil Général du Val-d’Oise veut armer les polices municipales du département de Flash-Ball. De quoi s’agit-il ?

 

Située de par sa forme entre le pistolet et le fusil à canons sciés, cette arme, relativement peu encombrante, ressemble à un jouet ou à un fusil à eau. Mais son usage est moins ludique : elle est conçue pour tirer des balles en caoutchouc mou de 44 millimètres de diamètre et d’un poids de 28 grammes, et elle tonne comme une grande.

Le Flash-Ball est une arme de défense inventée par un expert en balistique auprès des tribunaux, Monsieur Pierre Richert, et mise au point par l’armurier français Verney-Carron. Sa portée « utile » en utilisation classique est de 12 mètres et son pouvoir d’arrêt identique à une balle de calibre 38. Spécial, mais à la différence d’une munition traditionnelle, cette boule de caoutchouc ne possède aucun pouvoir de pénétration. Elle s’écrase contre sa cible. Pour le malheureux récipiendaire, cela équivaut à encaisser le crochet d’un boxeur professionnel. À une distance comprise entre 7 et 10 mètres, c’est le KO assuré. Son usage est fortement déconseillé en-deçà de 7 mètres et l’on estime que l’impact peut causer de sérieuses blessures à une distance inférieure à 5 mètres.

Il existe deux modèles de Flash-Ball.flash-ball_super-pro.jpg

– Le « Super pro », fabriqué en alliage métallique. Très résistant, il peut tirer différentes sortes de munitions en fonction de la situation (balles en caoutchouc, chevrotines en caoutchouc, balle colorante et balle lacrymogène). Classé dans la catégorie des armes de défense (4° catégorie), il est réservé aux forces de l’ordre.

flash-ball_compact.jpg– Le « Compact » réalisé en matériau composite. Assimilé à une arme de foire, de salon…, il est classé en 7° catégorie. C’est le modèle de monsieur tout le monde : une simple déclaration et un chèque d’environ 400 €…

Je ne l’ai pas testé et j’ai cherché en vain une notice technique détaillée. Je suppose que ses caractéristiques sont inférieures au Super pro, les munitions sont d’ailleurs différentes, mais il y a sans doute un rien de tartuferie de la part du législateur à l’avoir considéré comme une arme de salon. En l’état, on peut admettre qu’il s’agit là d’une arme d’autodéfense dissuasive et relativement peu dangereuse, qu’il ne serait à notre époque pas « pathologique » de posséder à son domicile. Beaucoup moins redoutable que le fusil de chasse de mon pépé.

 

Amnesty International, prompt à réagir, et qui lutte pour interdire l’usage du Taser dans la police (on en reparlera), ne fait aucun commentaire sur ce pistolet. Certains services de pointe de la police française sont équipés du Super-pro depuis déjà plusieurs années et il y a peu d’accidents à déplorer, on peut assimiler son usage à celui du tonfa (bâton tactique qui lui est classé en 6° catégorie), mais avec un effet dissuasif plus important. Le dernier pépin remonte à quelques jours : un  jeune homme de 16 ans a été blessé à l’oeil, lors d’une échauffourée nocturne à Clichy-sous-Bois. Une enquête est en cours. La responsabilité du policier ne pourrait être envisagée que s’il était démontré un tir volontaire à une distance inférieure à 7 mètres. Au-delà, la précision de l’arme n’est pas suffisante. Le danger découle donc d’un impact au visage, et surtout sur la pomme d’Adam, ou dans le bas-ventre. Mais qu’en serait-il si pour se dégager les policiers avaient dû dégainer leur pistolet ? Une arme ne peut-être appréciée que des utilisateurs, c’est l’évidence, et pas des victimes. A défaut d’être la panacée, le Flash-Ball a au moins le mérite d’avoir été conçu pour minimiser les risques. Un moindre mal. Personnellement, lors des opérations à chaud, j’ai toujours demandé à mes hommes de préférer la matraque à l’arme de poing, partant du principe qu’il vaut mieux une grosse bosse qu’un trou dans la peau. On est ici entre les deux.

 

Rêvons d’un monde désarmé et d’une police archangélique, mais pour l’heure la violence est là et, dans certains quartiers, palpable dès qu’apparaît un képi. On peut toujours penser que le policier a choisi son métier, qu’il doit en assumer les risques, mais on ne peut lui reprocher de tout faire pour les diminuer.

Car pour un flic, le danger est double : être blessé ou blesser quelqu’un. Dans un cas, il risque de se retrouver à l’hôpital, ou parfois pire, et dans l’autre de se retrouver en prison.

 

En situation dangereuse, ces deux préceptes sont omniprésents –  et il faut faire avec.

 

Affaire Agnelet : des sous, des sous, des sous…

picsou.jpgAgnès Leroux se prépare-t-elle une vieillesse heureuse (elle aurait eu 58 ans le 14 septembre 2006) quelque part dans un pays sud-américain ou gît-elle au fond de la Méditerranée ? Maurice Agnelet est-il un ingénu pilorié par l’opinion publique ou un assassin machiavélique ?

 

 

 

Plusieurs milliers d’adultes disparaissent chaque année en France, sans qu’aucune recherche ne soit jamais effectuée. La police se contente le plus souvent d’enregistrer la chose, sauf cas particulier : individu malade, suicidaire, dangereux…

Alors, pourquoi Agnès Leroux a-t-elle tant fait parler d’elle, une fois disparue ?

C’est qu’il existait dès le début de l’histoire tous les ingrédients d’un roman comme le regretté Pierre Rey adorait en truffer ses livres :

– le soleil de la Côte d’Azur ;

– l’argent des casinos : le Palais de la Méditerranée, le Casino Ruhl ;

– l’ombre de la mafia, avec Jean-Dominique Fratoni ;

– un ancien mannequin, reloqué en femme d’affaires, Renée Leroux ;

– une jeune femme belle, romantique et riche, Agnès Leroux ;

– des comptes secrets en Suisse ;

– un avocat au comportement ambiguë, Maurice Agnelet ;

– et une série de règlements de comptes dans le milieu du sud de la France.

C’est sans doute l’imbroglio né de cette salade niçoise qui fit réagir le Président de la République, Monsieur Giscard d’Estaing. On dit qu’il a tapé du poing sur la table et qu’il a apostrophé son ministre de l’Intérieur : « Il faut que cela cesse ! ».

Le Président a parlé…, je vous laisse imaginer le remue-ménage dans les étages inférieurs…

 

Pour moi, beaucoup plus bas encore que les étages inférieurs, tout a commencé par un coup de fil de Mireille, la secrétaire du Directeur central de la Police Judiciaire :

« Mon petit, me dit-elle d’un air grave et mystérieux, le Patron voudrait vous voir demain à 15 heures. »

Je tente d’en savoir plus, mais elle reste discrète, comme toujours, m’assurant qu’elle ne peut rien me dire. L’attitude de Mireille m’inquiétait un peu. D’habitude, elle mettait un peu d’huile dans les engrenages, et rendait plus faciles les relations avec notre directeur.

« Asseyez-vous », me dit-il, le lendemain à 15 heures pétantes.

J’avais dû voir Maurice Bouvier deux ou trois fois et je ne savais même pas s’il connaissait mon nom. Il passait pour pas commode. Faut dire qu’il n’avait pas intérêt à rire car, alors, il montrait des dents noircies par la pipe qui ne le quittait jamais, et ça l’arrangeait vraiment pas, surtout qu’il n’avait pas besoin de ça…

J’hésite entre les deux fauteuils. Je sais qu’il a un œil bon et l’autre mauvais, mais je ne me souviens jamais lequel est le bon. Au hasard, je choisis celui de droite.

« Voilà, me dit-il, il y a un moment que vous êtes chef du G.R.B. de Versailles et j’ai suivi votre carrière avec attention. Guyot (le directeur du S.R.P.J. de Versailles) est content de vous, bien qu’il m’ait dit que vous n’en faisiez souvent qu’à votre tête. Aussi, j’ai une proposition à vous faire et j’aimerais que vous l’acceptiez. Je saurai d’ailleurs me montrer reconnaissant. Vous avez vu que je vous ai déjà inscrit sur le tableau d’avancement pour passer commissaire principal… »

Il n’y était sans doute pour rien, mais je souris, hypocritement.votre-serviteur-en-pleine-action-bri-de-nice-1980.jpg

« Vous savez, reprit-il, que la Côte d’Azur connaît une recrudescence importante d’actes de grand banditisme de toutes sortes. Hold-up, vols, règlements de comptes, pas un jour sans qu’il ne se passe un événement grave. Récemment encore, le vol de la Société Générale (aff. Spaggiari), ensuite l’affaire du Ruhl, tout ça fait beaucoup, beaucoup trop. Et ça ne peut pas durer. Le Président lui-même s’est inquiété de cet état de fait, et il m’a demandé de faire quelque chose. Je lui ai donc proposé de créer une brigade antigang. Il a accepté le principe, et c’est vous qui devrez mettre en place ce nouveau service. »

Il me regarde d’un œil interrogateur. C’est le gauche, pensais-je. Se méprenant sur mon silence, il reprend :

« Je comprends que cela peut vous poser des problèmes familiaux. Aussi, je vous donne 24 heures pour réfléchir…

« J’accepte, Monsieur le Directeur. »

J’étais donc à Nice, peu après l’ouverture de l’enquête sur la disparition d’Agnès Leroux.

Les deux policiers de la P.J. qui ont mené les investigations de bout en bout, Christian Noguéra et Michel Laffargue, sur délégation du juge Richard Bouazis, ont été parfaits. Ils ont su naviguer habilement dans les dédales d’un dossier où les obstacles n’étaient pas juridiques, mais plutôt médiatiques, hiérarchiques et même franc-maçonniques.

Souvent, dans une enquête criminelle, il y a un nœud. Un instant magique où tout peut s’éclaircir. Il faut le saisir, vite, sinon… Dans ce cas, c’étaient des bouquins.

 

Les 5 livres de La Pléiade

Le 17 septembre 1979, les enquêteurs reçoivent un coup de fil anonyme :  » Agnelet avait l’habitude de marquer chaque étape importante de sa vie par l’achat d’un livre de la collection La Pléiade dont il annotait la page de garde « , leur révèle une voix féminine.

Les deux policiers foncent à Cantaron, petit village près de Nice, ou Agnelet possède une maison. Dans la bibliothèque, située dans la chambre à coucher, ils repèrent cinq ouvrages de La Pléiade portant chacun une mention de la main du suspect. Le choix des auteurs est éclectique : Montesquieu, Gide, Rimbaud et Hemingway. (tome 1 et 2), mais les faits sont troublants car les annotations correspondent à des dates-clés :

Le 17 mai 1977 – Ce jour-là, les deux amants sont à Genève. Agnès Leroux retire près de 900.000 francs suisses de son compte et Agnelet en récupère plus de 10%, qu’il dépose sur son compte personnel.

Le 30 juin 1977– Sur les conseils de Maître Agnelet, Agnès Leroux vote contre sa mère à l’assemblée générale du Palais de la Méditerranée, donnant ainsi la majorité à Jean-Dominique Fratoni.

Le 7 octobre 1977– Deuxième tentative de suicide d’Agnès Leroux, où le comportement de Maurice Agnelet est limite non-assistance à personne en danger.

Le 2 novembre 1977– Disparition d’Agnès Leroux. Agnelet mentionne simplement « Liberté ».

Cette dernière date est importante car, même si Renée Leroux s’est inquiétée dès le mois d’octobre de la disparition de sa fille, dont elle était sans nouvelles, l’enquête officielle  n’a commencé qu’en… février 1978.

Les cinq livres sont placés sous scellés et remis au juge d’instruction qui a remplacé Richard Bouazis. Il lui faudra cinq mois pour réagir.

Roger-Louis Bianchini est le journaliste qui connaît le mieux ce dossier. Voici ce qu’il écrit, dans son livre Agnès Leroux, Enquête sur la disparition d’une jeune femme riche, aux Presses de la Cité : « M. Mallard est un magistrat dont la discrétion confine à l’effacement… Il n’a pas les mêmes raisons que son prédécesseur de se passionner pour ce dossier, épais de plusieurs dizaines de centimètres, touffu et complexe, qui n’est pas son enfant : on l’a contraint à l’adopter. Les mauvaises langues de la partie civile, mécontentes de son peu d’empressement, avanceront une explication en… trois points, si vous voyez ce que cela veut dire… »

Une  allusion directe à la franc-maçonnerie, dont on connaît, depuis la nomination du procureur Eric de Montgolfier à Nice, l’omniprésence à l’époque au sein de la magistrature locale.

 

Fait exceptionnel, la Cour d’Assises se réunit de nouveau. Elle doit se prononcer une deuxième fois sur la culpabilité de Maurice Agnelet, mais l’instant magique est passé. L’affaire est fichue.

Un commissaire rattrapé par son passé

tardi-120-rue-de-la-gare.jpgLe commissaire Gilbert Ambrosi a torturé à la matraque électrique un jeune cambrioleur. On sait ce que je pense de la torture dans la police…, mais il a payé pour ses fautes. Pourquoi déterrer le passé, alors qu’il existe aussi dans notre Code Pénal des textes qui visent à réinsérer les délinquants en fin de peine ?

 

Durant la nuit du 1er au 2 décembre 1984 Ambrosi a interrogé pendant de longues  heures un suspect, menotté sur une chaise, une cagoule sur la tête, en lui infligeant des décharges électriques. Uns scène digne des heures les plus sombres de notre pays. Ambrosi a commis un manquement grave au code de déontologie. Il a commis un acte indigne d’un homme, flic ou pas flic. Il a commis un délit.

Au cours de l’enquête qui a suivi, il a reconnu la réalité des actes qui lui étaient reprochés, et il a été condamné à 30 mois de prison, puis révoqué de la police.

 

La justice est passée, et c’était mérité.

 

Ces faits se passaient en 1984, et, dans une société qui se veut civilisée (j’allais dire policée, mais cela aurait pu être ambiguë), il est admis que tout délinquant, même le criminel le plus sauvage, a le droit de réintégrer la société, une fois sa peine accomplie : Il a payé. On appelle ça la réinsertion.

Après avoir été exclu de la police, Ambrosi a repris ses études, sans doute pour tenter de reconstruire sa vie. Titulaire d’une maîtrise, il a postulé pour la fonction de juge de proximité. Aujourd’hui on lui reproche de ne pas avoir mentionné son passé, et on le menace même de poursuites judiciaires. La Justice a une bizarre notion de la justice, quand elle se prend les pieds dans le tapis.

J’ai eu en main le dossier de candidature à ce poste et je puis vous assurer qu’il n’existe aucune question du genre : avez-vous fait de la prison ? Et pour cause. Il est évident qu’il appartient à l’administration judiciaire de vérifier ce genre de détail – elle est quand même bien placée pour cela, non ! – et de vérifier si le passé judiciaire du postulant est compatible avec la fonction de magistrat.

 

Ambrosi a été affecté à la juridiction de proximité de Menton au début 2006, après avoir servi pendant 3 ans à Villejuif, dans le Val-de-Marne. Il semblait à ce jour donner satisfaction à ses pairs. Mais voilà, Le Canard Enchaîné, sans doute informé par un confrère  » bien intentionné  » du tribunal de Nice ou de ses dépendances, a braqué les projecteurs sur le passé de cet homme.

Il vient d’être suspendu par Jean-Michel Hayat (magistrat célèbre dans la Grande Maison pour avoir emprisonné durant de longs mois un autre policier, le commissaire Jobic, lequel a ensuite été reconnu innocent), et poursuivi pour faux et usage de faux. On croît rêver !

 

coup-de-gueule.jpgJe ne connais pas le dossier sur le fond, je ne connais pas Gilbert Ambrosi, mais, en l’état, est-il traité comme un citoyen lambda ? En l’occurrence, l’application stricte de la loi, l’article 133-13 du Code Pénal, qui prévoit pour les délits de ce genre une réhabilitation de plein droit cinq ans après l’exécution de la peine. Il ne peut donc plus être fait état de la condamnation.

Et pour Ambrosi, les faits remontent à plus de 20 ans.

On peut se demander, si cet homme ne fait pas l’objet d’un régime de faveur, en raison de son ancien titre de commissaire de police ! Cela s’appellerait de la ségrégation. Et on aimerait entendre l’avis des syndicats de police sur ce point précis.

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