Le commissaire Gilbert Ambrosi a torturé à la matraque électrique un jeune cambrioleur. On sait ce que je pense de la torture dans la police…, mais il a payé pour ses fautes. Pourquoi déterrer le passé, alors qu’il existe aussi dans notre Code Pénal des textes qui visent à réinsérer les délinquants en fin de peine ?
Durant la nuit du 1er au 2 décembre 1984 Ambrosi a interrogé pendant de longues heures un suspect, menotté sur une chaise, une cagoule sur la tête, en lui infligeant des décharges électriques. Uns scène digne des heures les plus sombres de notre pays. Ambrosi a commis un manquement grave au code de déontologie. Il a commis un acte indigne d’un homme, flic ou pas flic. Il a commis un délit.
Au cours de l’enquête qui a suivi, il a reconnu la réalité des actes qui lui étaient reprochés, et il a été condamné à 30 mois de prison, puis révoqué de la police.
La justice est passée, et c’était mérité.
Ces faits se passaient en 1984, et, dans une société qui se veut civilisée (j’allais dire policée, mais cela aurait pu être ambiguë), il est admis que tout délinquant, même le criminel le plus sauvage, a le droit de réintégrer la société, une fois sa peine accomplie : Il a payé. On appelle ça la réinsertion.
Après avoir été exclu de la police, Ambrosi a repris ses études, sans doute pour tenter de reconstruire sa vie. Titulaire d’une maîtrise, il a postulé pour la fonction de juge de proximité. Aujourd’hui on lui reproche de ne pas avoir mentionné son passé, et on le menace même de poursuites judiciaires. La Justice a une bizarre notion de la justice, quand elle se prend les pieds dans le tapis.
J’ai eu en main le dossier de candidature à ce poste et je puis vous assurer qu’il n’existe aucune question du genre : avez-vous fait de la prison ? Et pour cause. Il est évident qu’il appartient à l’administration judiciaire de vérifier ce genre de détail – elle est quand même bien placée pour cela, non ! – et de vérifier si le passé judiciaire du postulant est compatible avec la fonction de magistrat.
Ambrosi a été affecté à la juridiction de proximité de Menton au début 2006, après avoir servi pendant 3 ans à Villejuif, dans le Val-de-Marne. Il semblait à ce jour donner satisfaction à ses pairs. Mais voilà, Le Canard Enchaîné, sans doute informé par un confrère » bien intentionné » du tribunal de Nice ou de ses dépendances, a braqué les projecteurs sur le passé de cet homme.
Il vient d’être suspendu par Jean-Michel Hayat (magistrat célèbre dans la Grande Maison pour avoir emprisonné durant de longs mois un autre policier, le commissaire Jobic, lequel a ensuite été reconnu innocent), et poursuivi pour faux et usage de faux. On croît rêver !
Je ne connais pas le dossier sur le fond, je ne connais pas Gilbert Ambrosi, mais, en l’état, est-il traité comme un citoyen lambda ? En l’occurrence, l’application stricte de la loi, l’article 133-13 du Code Pénal, qui prévoit pour les délits de ce genre une réhabilitation de plein droit cinq ans après l’exécution de la peine. Il ne peut donc plus être fait état de la condamnation.
Et pour Ambrosi, les faits remontent à plus de 20 ans.
On peut se demander, si cet homme ne fait pas l’objet d’un régime de faveur, en raison de son ancien titre de commissaire de police ! Cela s’appellerait de la ségrégation. Et on aimerait entendre l’avis des syndicats de police sur ce point précis.
