LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Auteur/autrice : G.Moréas (Page 76 of 82)

Les flics ne veulent pas faire la manche

Le 17 juin 2004, l’administration s’était engagée à éponger le passif des heures supplémentaires des officiers de police, avant que ceux-ci ne basculent dans le régime cadre. Mais il semble qu’à l’époque, personne n’avait fait les comptes.. On les a faits depuis : la facture est salée, car c’est plus de cinq millions d’heures supplémentaires qui ont été dénombrées. Et on est sans doute bien en-deçà de la réalité…

coup-de-pied_picsou.1186127744.jpgAussi, l’administration a-t-elle fait machine arrière. Plus question de laisser aux intéressés le choix entre une indemnisation financière ou une compensation horaire (une sorte d’épargne-temps), à la place, on va imposer un règlement (peut-être partiel) étalé sur deux ou trois ans, et cela au taux du salaire horaire du smic.

Excédé devant tant de mauvaise foi, le syndicat (majoritaire) des officiers de police (SNOP) a claqué la porte.

J’ai exprimé une opinion sur ce blog, il y a quelques semaines, dans un article intitulé Les heures sup’. Je ne reviendrai donc pas sur le sujet, mais voici, avec son accord exprès, la réaction à ce blog d’un policier de terrain.

Monsieur Laurent Calliot écrit :

« Bien sûr, comparé à vous, je suis un jeune. Je suis dans la Police depuis 1988, entré comme inspecteur. Je suis un pur produit de la PPPJ (2ème DPJ)

« Effectivement, pour un flic élevé dans ce contexte, il paraît bizarre de se retrouver dans la rue pour demander le paiement des heures supplémentaires.

« Cependant, quand nous faisions ces heures, en retour on n’avait pas d’argent, mais de la considération de la part de notre hiérarchie directe (Chef de groupe, chef de service…).

« Je ne parle pas des petits dédommagements, qui permettaient d’amener maman au restaurant […] Ainsi, ayant fini par l’épouser, je suis donc parti en province, toujours comme inspecteur dans une antenne PJ. Cela m’a posé aucun problème quand on m’a annoncé que mes 250 jours de récupérations étaient supprimés [Note : Jours perdus lors de la mutation]. J’étais en province, les copains restaient là-haut […] Nous, on ne comptait pas.

« Et voilà qu’arrive la nouvelle police : plus de frais, plus de considération, de jeunes tauliers qui t’expliquent la police, te collent des blâmes quand tu rayes une aile de voiture, te demandent des rapports sur les nuits que tu passes dehors, te méprisent car tu t’es trompé sur la couleur du camembert statistique…

« La police veut que nous soyons catégorie A, parce que cela l’intéresse et nous dit « On va vous payer vos heures supplémentaires ». Bon d’accord, envoyez la monnaie. Je pense qu’elle ne savait pas alors ce que cela représentait, pensant à une information subversive syndicale.

« On va vous les payer 9 euros. Là, j’appelle cela du mépris. Mieux aurait valu les supprimer que de faire une telle proposition. On en revient au respect que j’évoquais plus haut. Ce n’est pas pour l’argent que les enquêteurs étaient sur le terrain et sacrifiaient leur vie privée.

« Juste un petit exemple, pour revenir sur un point concret de votre article. Peut-être que vu votre passé vous pouvez encore faire sauter un PV [Note : la réponse est non], nous, c’est plus possible. La moindre demande pour un stationnement est refusée et en plus vous avez le droit à une leçon de morale, comme si vous étiez complice d’un crime. Dernièrement une personne qui nous a permis de faire une équipe de bélier, est venue avec une TA à 16 euros. Je n’ai pas pu lui refuser, donc… je l’ai payée. De quoi je me plains, j’ai eu une grat de 20 euros. Je ne vous explique pas les heures faites pour tomber ce genre d’équipe en flag. 4 euros ! Maman, qui est donc devenue madame, se contentera d’un sandwich. De toute façon maintenant elle a épousé, alors…

« Cette petite réflexion a chaud, juste pour dire que même les plus anciens chez nous étaient dans la rue [note : manifestation du 14 juin 2007] et ils sont encore plus nostalgiques que vous de « la bonne époque », car ils espèrent encore la vivre. Mais on ne doit pas toujours prendre les gens pour des « chefs d’escadrille ». Je vous invite à aller sur le forum du SNOP, que vous citez dans votre article, pour comprendre cette expression.

« Juste un flic à qui votre article a fait mal, car il est injuste et me fait penser aux romantiques qui regrettaient l’époque de Napoléon […] »

 

Voilà ! Je ne connais pas cet homme, mais on sent dans ses propos combien il aime son métier. Et je trouve ça bien.

A noter que le Snop est de tous les combats, car dans une lettre à Frédéric Péchenard, le directeur général de la police nationale, ce syndicat s’inquiète du rapprochement entre la DST et les RG, et surtout des rumeurs qui courent sur la création d’une sorte de « sous-direction de l’information » qui serait rattachée aux services de sécurité publique. Les RG dans les commissariats de police ? Le Snop écrit notamment : « […] si les services de renseignements absorbés par ceux chargés de la sécurité publique continuent à s’acquitter de leurs missions actuelles, le risque d’interférence de l’autorité judiciaire sur l’activité de renseignement au profit du pouvoir exécutif n’est pas négligeable et pourrait alors poser un problème de constitutionnalité tenant à la séparation des pouvoirs. »

Le rapprochement entre la DST (service de contre-espionnage, mais aussi service de police judiciaire), et la DCRG (service de renseignements pour le gouvernement en place), commande déjà une certaine défiance. Mais si cette réforme est complétée par l’affectation de fonctionnaires des RG, amalgamés aux policiers chargés de la sécurité publique, on est en droit de montrer encore plus de circonspection.

Au fait, qu’en pensent les magistrats ?

 

 

 

Police Secours ne répond plus

Alors qu’il n’était « que » ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy a pondu plusieurs directives pour assurer la réception du public dans les commissariats, et cela dans les meilleures conditions possibles. Pas évident, vu la vétusté de certains locaux de police, et parfois le manque d’effectifs. Je crois que plusieurs de ses prédécesseurs avaient eu la même idée : la police est un service public au service du public.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Honnêtement, je crois que cela a peu changé. Lorsqu’on pénètre dans un commissariat, on a toujours ce même sentiment. L’impression qu’on dérange. Ou qu’on est en faute.

Mais, il y a pire.

L’autre jour, j’étais à Strasbourg, où j’aidais mon fils à déménager son petit appartement. À force d’ouvrir et de fermer la porte, les bras chargés d’objets divers, il est arrivé ce qui arrive un jour ou l’autre à chacun d’entre nous : la porte s’est refermée, les clefs à l’intérieur.police-secours_achille-talon-par-greg.1185454157.jpg

C’était le week-end, il fallait trouver un serrurier. Victimes de la pub, on compose le 118 008. Premier appel, pas le temps de s’expliquer : « On vous envoie un SMS », articule une voix pressée. Le texto arrive avec le numéro de téléphone d’une usine de métallurgie. Bon. Une erreur. On recommence. Cette fois, on a droit aux coordonnées de deux serruriers, mais aucun ne pratique l’ouverture des portes. Troisième appel. Je demande le numéro du commissariat de police le plus proche. Nouveau SMS. Je compose les chiffres inscrits sur mon téléphone. Un homme, me répond. J’expose mon problème. Il m’interrompt, pour me signaler que je suis en liaison avec la police autoroutière, et, très poliment, m’informe qu’il ne peut rien faire pour moi. Un instant, je l’imagine derrière l’écran de son radar, embusqué sur l’autoroute… Mais ce policier est humain. Il doit sentir dans ma voix un certain découragement, car, compatissant, il me conseille d’appeler le 17.

Ce que je fais illico, me reprochant in petto de ne pas y avoir pensé plus tôt.

Persuadé que Police Secours allait me… secourir. En l’occurrence m’indiquer les coordonnées d’un serrurier de permanence. Je tombe sur une boîte vocale. Une voix, peu amène, et pour être franc carrément agressive, m’informe que j’ai composé les urgences, que mon numéro de téléphone a été identifié et que j’encoure de très graves ennuis si par malheur mon appel n’est pas justifié. D’abord surpris, je ne réagis pas. Le message recommence, une fois, deux fois. Je me dis alors que je ne suis peut-être pas une urgence… Que je suis peut-être, sans le savoir, en train de commettre un délit… Que je m’expose à des poursuites. J’imagine une brigade spéciale… Ils identifient mon téléphone. Ils tapotent mon nom sur leur ordinateur pour voir si je suis fiché… Ou pire, avant de décrocher, ils transfèrent mon appel au laboratoire d’analyse et de traitement du signal (LATS), qui, comme chacun le sait effectue des analyses vocales pour le compte de la police. Pendant ce temps, la boîte vocale continue de papoter. Je m’inquiète. C’est trop long. Un service d’urgence, ça doit répondre vite, sinon ce n’est plus un service d’urgence. C’est bizarre. Finalement, pris de panique, je raccroche.

Alors, de cette mésaventure j’ai retenu deux choses :

D’abord, Police Secours ne répond plus – du moins à Strasbourg. À la place d’un homme ou d’une femme à l’écoute de son problème, on tombe sur une machine, une voix impersonnelle, menaçante, je-m’en-foutiste. Une voix qui n’est pas là pour vous réconforter, loin s’en faut. À la réflexion, je me demande même, dans l’hypothèse où j’aurais eu l’audace d’insister, si cette machine ne m’aurait pas demandé : « Vous avez été victime d’un accident, tapez 1 – Vous avez été victime d’un vol, tapez 2 – D’une agression, tapez 3… ». Ou pire : « Cette communication vous sera facturée 0,25 centimes d’euro la minute. Si vous acceptez tapez dièse… »

Ensuite, malgré le tapage publicitaire, les services de renseignement sont incapables de vous fournir autre chose qu’un renseignement au premier degré. Vous donnez un nom, une adresse, et l’on vous communique le numéro de téléphone. Point barre. Fini le temps où l’on s’expliquait avec la dame du téléphone, parfois accueillante, et, certes, parfois renfrognée, mais que diable! on finissait quand même par se comprendre.

Souvent on entend nos « chers dirigeants », pour faire passer une mesure désagréable qui concerne la sécu, nos retraites ou je ne sais quoi, nous parler de l’héritage qu’on veut laisser à ses enfants. « C’est ce que vous voulez pour vos enfants ? Moi, pas. » Eh bien, si je suis triste de ne plus pouvoir téléphoner à gare, à la poste, à la banque, et même à la… police, directement, simplement, et de discuter avec le chef de gare, le postier, mon banquier ou un policier, de mon petit problème, je suis encore plus triste de laisser à mes enfants ce monde… désincarné.

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La PJ, de 1988 à 1991

PARTIE 21 – Avec le retour de Pierre Joxe, à la tête du ministère de l’intérieur, pour la police judiciaire revient l’époque de la modération et de la raison. En effet, pour mettre fin aux rivalités entre services, et peut-être pour asseoir son autorité, Joxe durcit sa position vis-à-vis des médias. Il renforce la politique d’isolement de la police – politique qu’il avait amorcée lors de son passage précédent. Du coup, devant l’aphasie des commissaires, les journalistes font la cour aux magistrats. La plupart vont adorer. Et, bien vite, les juges font la une des journaux, transgressant gaillardement le tabou du « secret de l’instruction ».

Si les enquêtes sur les « crimes de sang » évoluent peu (la police scientifique telle qu’on la connaît aujourd’hui en est gang-des-postiches-en-action_affairescriminelles.1183318952.jpgencore à ses balbutiements), le banditisme prend une allure différente. Les Guérini, Zampa, Zemour, etc., sont histoires anciennes. La dernière équipe folklorique sera le gang des postiches. Les « inventeurs » de cette méthode, qui à ma connaissance n’ont jamais été inquiétés, du moins pour ces faits, ont habilement mélangé les genres. À la fois braqueurs et casseurs. Grossièrement grimés, ils pénètrent dans une agence bancaire, braquent employés et clients et, au burin et au marteau, s’attaquent aux coffres privés, ceux qui sont supposés renfermés les objets précieux des citoyens friqués. En l’espace de cinq ou six ans, c’est ainsi plusieurs dizaines de banques qui sont visitées, avec un butin incertain, mais… conséquent. Pour se protéger, les banquiers installent des alarmes sensibles aux bruits dans les salles fortes de leurs principales agences. La défense arrive cependant un peu tard. Car c’est par de classiques méthodes de filatures et de surveillances que les policiers de la BRI et de la BRB comptent mettre un terme à ces exploits un peu trop… médiatiques. Le 14 janvier 1986, ils se positionnent autour du Crédit Lyonnais, rue du Docteur-Blanche, à Paris. Les bandits sont à l’intérieur. Pour éviter toutes bavures, l’intention des antigangs est d’attendre la meilleure opportunité pour agir. Une opération retour, comme on dit. Mais il y a cafouillage au niveau du commandement. On a reproché au chef de la BRB, le commissaire Raymond Mertz, sa trop grande impétuosité. Il n’aurait pas maîtrisé ses nerfs, avec une volonté d’en découdre et une intervention prématurée. C’est sans doute vrai. Pourtant, à la réflexion, je pense que cet homme, peu goûté des chouchous du 36, a servi de… « bouc commissaire ». Car le bilan est lourd, et difficile à assumer pour de grands services : un policier et un gangster tués, trois policiers blessés et une partie des truands qui s’évapore dans la nature. Il s’agit de cacher ce qui crève les yeux : une grave mésentente entre les services. Dans le déballage qui suivra on associera le nom de policiers ripoux à cette débandade, histoire sans doute d’étouffer le mécontentement des inspecteurs. Olivier Marchal s’est inspiré de ces faits dans son film 36, quai des Orfèvres. Plus tard, Jean-Edern Hallier, l’ennemi intime de Mitterrand, déclare qu’un contrat avait été mis sur sa tête et que la cellule élyséenne avait passé un deal avec deux membres du gang des postiches (les « inventeurs » du gang des postiches auraient-ils bénéficié d’une protection?). Ces allégations ont été confirmées par le capitaine Paul Barril. En 2004, Michel Fourniret, le tueur en série, affirmera qu’il a récupéré le butin du gang des postiches, dissimulé dans des tombes de différents cimetières. Difficile parfois de ne pas mélanger fiction et réalité.

Le 22 avril 1988, des indépendantistes Canaques attaquent le poste de gendarmerie de Fayaoué, à Ouvéa, dans l’archipel des îles Loyauté, en Nouvelle-Calédonie. Ils tuent quatre gendarmes et en prennent vingt-sept en otages.requisition-des-forces-armees-extrait.1183320599.jpg Conseillé par Christian Prouteau, François Mitterrand envoie le chef du GIGN, le capitaine Philippe Legorjus, afin de négocier et à défaut de préparer une action. Les pourparlers sont impossibles. Legorjus et ses hommes sont même séquestrés durant quelques jours. Le cinq mai 1988, trois jours avant le deuxième tour des élections présidentielles, Jacques Chirac, Premier ministre de cohabitation, reprend la main. Il déclenche l’opération Victor. Sous les ordres du général Vidal, l’armée donne l’assaut aux grottes d’Ouvéa. Le bilan est lourd. Deux militaires sont tués et tous les preneurs d’otages (dix-neuf) sont abattus, certains dans des conditions troublantes. Ces événements, habilement exploités, permettent à Mitterrand d’être réinvesti pour sept ans. Philippe Legorjus a depuis quitté la gendarmerie nationale. Il a donné sa version des faits dans un livre La morale et l’action, aux éditions Fixot. Le juriste et criminologue Cédric Michalski a effectué une étude juridique sur ces événements, et notamment sur la loi d’amnistie qui a suivi, dans une brève synthèse intitulée Questions de fait, Réponses de droit, qu’on peut consulter sur Internet.

philippe-legorjus_gign_org.jpgUn an plus tard, Laurent Fabius, alors président de l’Assemblée nationale, refuse une minute de silence à la mémoire des gendarmes assassinés. Une attitude méprisante – et méprisable.

En 1989, le gouvernement Michel Rocard fait adopter une loi créant le RMI. 570.000 foyers sont concernés. Et Zinédine Zidane débute sa carrière professionnelle. Son premier match en première division l’oppose au FC Nantes, au stade La Beaujoire. Pendant ce temps, tout à l’Est, 28 ans après son édification, le mur de la honte s’écroule. Le communisme n’y survivra pas.

La création de l’office central de la grande délinquance financière, en 1990, montre le tournant pris par la PJ. L’analyse est simple : la plupart des actions criminelles ont le profit pour mobile. On va donc s’attaquer à « l’argent sale » pour décourager les délinquants ou pour les châtier. Cette même année, dans une usine du Portugal, la 3.700.001ème 2CV sort des chaînes de montage. Ce sera la dernière « deuche ». Je me demande qui l’a achetée !

Au cours de l’été 1991, l’Ile-de-France connaît une vague de violences urbaines. Pierre Joxe créé les brigades régionales d’enquête et de coordination (BREC). Il s’agit de structures rattachées aux SRPJ et destinées à lutter contre les bandes organisées sévissant dans les grands ensembles urbains. La première du genre est installée à Versailles, en septembre 1991. Ce sera l’une des dernières décisions de Joxe avant d’être nommé ministre de la défense, en remplacement de Jean-Pierre Chevènement. En effet, ce dernier souhaite exprimer son désaccord sur l’engagement des troupes françaises dans la guerre d’Irak. Il déclare : « Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Il démissionne. Cette première guerre d’Irak fera probablement plus de 200.000 victimes et, en raison de l’incendie des puits de pétrole et de l’utilisation d’uranium appauvri, elle aura un impact écologique dont on n’a pas encore mesuré toutes les conséquences.

Le trio maudit – Elle a 18 ans. Elle s’appelle Valérie Subra et exerce le métier de vendeuse dans une boutique de prêt-à-porter. Mais elle a de l’ambition. Elle veut s’élever. Pour cela, elle profite de sa beauté et de sa jeunesse en marivaudant avec des hommes mûrs et nantis. Pour faire simple, elle michetonne. Elle fréquente Laurent Hattab, 19 ans. Ce dernier, s’occupe d’un commerce de sweat-shirts, la société « Tee for two », dont son père lui a offert la moitié des parts. Il roule voiture de sport et, avec ses allures de fils à papa, il impressionne fortement son amie. Le troisième larron est le plus âgé. Il se nomme Jean-Rémi Sarrau. Il a 21 ans, mais il est plus terne. C’est un suiveur.

Ces trois-là, pour s’enrichir rapidement, mettent au point un plan des plus simples – et des plus bêtes qu’il soit…

Le samedi 8 décembre 1984, à 18 heures 55, l’intervention de police-secours est requise au 97, rue de Prony, à Paris, dans le XVII° arrondissement.Il s’agit du domicile, à la fois personnel et professionnel, de Gérard Le Laidier, 50 ans, avocat. Les policiers sont accueillis sur place par Madame Françoise Nicouleau, secrétaire de l’étude, qui leur ouvre la porte. Ils découvrent alors, étendu sur le sol d’une pièce faisant office de bureau, le cadavre ensanglanté de Gérard Le Laidier.

Le lundi 17 décembre, la concierge du 12, rue Marguerite, dans le XVII° arrondissement, s’inquiète du désordre de l’appartement de Monsieur Laurent Zarade, chez qui elle effectue habituellement le ménage.Agé de 27 ans, cet homme est responsable d’une société familiale de confection implantée dans le Sentier. Il occupe dans l’immeuble un appartement de quatre pièces, contiguë à celui de ses parents. Son frère, Thierry Zarade défonce la porte d’une pièce servant à la fois de bureau et de chambre d’amis. Gérard Zarade gît près du lit, les pieds et les mains attachés, la tête dissimulée par un peignoir de bains de couleur rose, maculé de sang. Une écharpe bleu marine lui enserre le cou.

Les enquêteurs ont tôt fait de déterminer une relation commune aux deux hommes : Valérie Subra.

Interpellée, en quelques heures la jeune fille passe aux aveux. Elle dénonce ses deux complices. Ils sont arrêtés et les perquisitions permettent de retrouver plusieurs objets appartenant aux victimes. Une affaire carrée, comme on dit à la crim’.

Autour d’un verre au Martin’s, près du bois de boulogne, ces trois jeunes gens avaient décidé de se procurer de l’argent par n’importe quel moyen, avec l’intention de s’installer aux Etats-Unis. Il semble que ce soit Hattab qui ait eu une idée géniale : Valérie se fait inviter chez des hommes fortunés, et, après avoir émoustillé le pigeon, elle leur ouvre la porte. Il ne leur reste plus qu’à rafler le magot.

Aussitôt dit… Pour le premier meurtre, les deux jeunes gens ont ligoté Le Laidier et Valérie, afin de dédouaner cette dernière. Ils n’ont donc pas l’idée de supprimer leur proie. Mais il est probable que leur comédie ait fait long feu. Aussi, pour éviter un témoignage compromettant, ils décident de tuer l’avocat. Ils le frappent à coups de pied, à coups de poing, puis à l’aide d’une matraque, qui se brise sous la violence des chocs. Ils finissent par le poignarder. Une mortproces_photo_livre_unrendezvousdenfer.1183318651.jpg affreuse. Pour le second les choses sont plus claires. La décision est prise dès le départ de liquider Laurent Zarade, car celui-ci connaît trop bien Valérie. D’après leurs aveux, Sarraud bâillonne Zarade avec une écharpe et il lui tient la tête tandis que Hattab lui porte des coups à la gorge à l’aide d’un coupe-papier. Mais, malgré son bâillon, celui-ci crie de douleur. Pour étouffer ses hurlements, les deux assassins saisissent alors chacun un côté de l’écharpe et cherchent à étrangler leur victime. Zarade glisse sur le sol, mais il n’est pas mort. Saraud lui enveloppe la tête dans un peignoir, sans doute pour tenter de l’étouffer, tandis que Hattab lui enfonce par trois fois le coupe-papier dans la région du cœur.

Isabelle Pelletier a fidèlement relaté les faits dans un livre Rendez-vous en enfer, aux éditions J’ai Lu. Quant à Bertrand Tavernier, il s’est inspiré de cette sordide histoire pour son film, L’Appât, sorti en 1995.

Devant la cour d’assises de Paris, en janvier 1988, les trois jeunes gens ne montrent aucun remord. Laurent Hattab fait même preuve d’arrogance. Aucune considération pour la famille des deux victimes, assise au premier rang. Maître Szpiner, de sa voix de baryton clame : « Ils sont de la race de Paulin », faisant ainsi allusion au tueur de vieilles dames.

Le jury les déclare coupables et tous trois sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Une peine virtuelle, puisque Valérie Subra a été libérée en 2001 et Laurent Hattab et Jean-Rémi Sarraud deux ans plus tard.

Si la bêtise était une circonstance atténuante, ils n’auraient sans doute pas été condamnés – mais alors, les prisons seraient à moitié vides.

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L'ADN à toutes les sauces

Plusieurs centaines d’affaires, crimes ou délits, auraient été résolues grâce au fichier génétique. On nous assène ce résultat comme un justificatif à son décuplement. Pourtant, personne ne chicane sur son efficacité. Ce que bon nombre contestent, c’est son utilisation. Ou plutôt l’utilisation qui pourrait en être faite dans un avenir relativement proche.

couverture-meilleurdesmondes.1182519804.jpgCar, qu’on ne s’y trompe pas, le clonage des hommes est en marche. Demain, nos descendants seront peut-être programmés génétiquement pour s’intégrer dans l’une des cinq catégories de la population (de l’élite intellectuelle à la classe des travailleurs), comme dans le livre d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes. Il faut espérer que non. Mais…

Tout commence avec la découverte de l’ADN. On attribue celle-ci aux recherches sur des pneumocoques effectués en 1928, par l’anglais Fred Griffith. Toutefois, malgré les preuves qui s’accumulent, la communauté scientifique traîne les pieds. Elle n’accepte pas le principe d’un support matériel de l’hérédité. Sans doute un rien de religiosité chez nos érudits, ou le désir inavoué d’entretenir le côté magique de la vie. La structure en double hélice, tel qu’on représente l’ADN aujourd’hui, est finalement démontrée par Jim Watson et Francis Crickadn-collection-corbis.1182529636.jpg, en 1953.

Rapidement, la médecine s’empare de cette découverte. Les chercheurs les plus sérieux tentent d’identifier les malformations génétiques susceptibles d’expliquer certaines maladies, tandis que d’autres fouillent les gènes des criminels et des pervers à la recherche de « la petite bête » qui justifierait leur comportement asocial. On assiste à l’accroissement des tests génétiques. Puis on se dit, qu’il serait plus simple d’éviter les maladies plutôt que de les soigner. On s’attaque alors aux embryons. Avec une fâcheuse tendance à inciter à l’avortement les futures mamans, lorsque leur bébé présente un ADN douteux. Il faut dire que les parents admettent difficilement un rejeton qui ne correspondrait pas aux critères de notre époque. Pourquoi s’en priver, puisqu’on peut choisir… Les premiers pas d’une sélection prénatale sont donc franchis. Comme disait, il y a un demi-siècle, un responsable malfaisant d’un pays voisin : On veut une jeunesse saine. De nos jours, si la société se penche sur ce problème, ce n’est pas pour sélectionner une « race pure », mais pour de banales raisons économiques.

Revenons au fichier génétique français, le FNAEG, qui fait l’orgueil de certains hauts fonctionnaires de la police nationale. Il serait, dit-on, déjà gros de plus de quatre cent mille noms. Mais ce n’est pas suffisant. Pour qu’un fichier soit efficace, tout le monde vous le dira, il faut qu’il contienne un maximum de données. L’idéal serait donc d’archiverrg-renseignemente-generaux-fiches_umourcom.1182520222.jpg l’ensemble de la population. C’est quasiment fait. La Grande-Bretagne a rejeté – mais de peu – le projet de Tony Blair qui consistait à prélever l’ADN de tous les nouveau-nés. Et, dans l’aréopage européen, personne ne semble opposé à cette éventualité. Question d’efficacité. Pour nous rassurer, on nous dit que seules les parties non codantes du gène sont archivées. Oui, mais elles sont conservées 40 ans pour les condamnés et 25 ans pour les autres (100 ans en Grande-Bretagne). Aucune amnistie, aucun retrait possible. Il s’agit bien d’un stockage de données « à toutes fins utiles ». De son côté, le comité d’éthique (comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé) met de l’huile sur le feu en affirmant : « […] les régions non codantes sont vraisemblablement les plus riches en informations diverses. » Or, dans quelques années, affirment les chercheurs, l’ADN aura été entièrement décortiqué. Et qui peut prédire ce qui nous attend dans quarante ans ! Aujourd’hui, en 2007, le plus grand pays du monde, par son étendue et sa population, procède à la sélection des enfants à naître. Les Chinois ont en effet une démographie qui ne correspond pas à l’ambition économique de leurs dirigeants. Ils n’en sont pas encore à tripatouiller les gènes, mais cela pourrait bien venir. Qu’on ne s’y trompe pas, cette colossale base de données que constitue le FNAEG attire les fouineurs de tout crin. Certains se penchent sur le profil génétique du criminel, comme d’autres, en d’autres temps, ont palpé le crâne des enfants, à la recherche de la bosse des maths, ou pire encore. Le profiler de demain, n’aura rien à voir avec celui des séries télé. Il portera blouse blanche et ne s’intéressera guère au comportement psychologique des individus. Il se contentera d’éplucher des morceaux d’ADN.

Huxley, dans son livre, qui date de 1932, nous décrit une société où tous les enfants sont des bébés-éprouvette. Ils sont génétiquement programmés en fonction des besoins de la collectivité. Une sorte d’immigration contrôlée (à quand le ministère du contrôle prénatal ?). Et pour empêcher les gens de prendre conscience de leur servitude, on distribue le soma, la pilule du bonheur.

gandhi_google.1182520412.jpegAu XIX° siècle, un Américain a refusé de payer un impôt qu’il trouvait injuste. Il a du même coup inventé la désobéissance civile. En d’autres circonstances, Mohandas Gandhi et Martin Luther King, ont repris le flambeau. Chez nous, ceux qui refusaient la guerre d’Algérie, les objecteurs de conscience, n’ont pas agi différemment. Et, d’une certaine manière, n’a-t-on pas reproché à Maurice Papon d’avoir été incapable de faire front à un gouvernement fantoche, et de ne pas avoir fait preuve de désobéissance civile ? Alors, faut-il comme certains refuser le prélèvement ADN et se mettre ainsi hors la loi ? Faut-il encourager à la désobéissance civile ? Ce n’est pas à moi de répondre. Mais il ne me semble pas raisonnable de prendre le moindre risque pour notre avenir, même au nom de la sécurité, de l’efficacité, ou du progrès. Après tout, on nous rebat les oreilles sur les conséquences de la pollution à quelques dizaines d’années, sans posséder plus de certitudes sur l’évolution de la planète.

Le comité d’éthique demande la mise en place d’un contre-pouvoir et nombre de personnalités réclament un débat public. Mais rien n’y fait. Devant l’indifférence des gens, le rouleau compresseur poursuit son avancée. Je suis étonné de l’absence de réaction de certains cadres de la police, dont je connais la droiture, ou des syndicats de policiers ou de magistrats, d’habitude pourtant si prompts à réagir. Tous paraissent hypnotisés par la course aux résultats. Il y a quelques dizaines d’années, certains services de police obtenaient des bilans époustouflants – grâce à des méthodes beaucoup plus artisanales. Et pourtant, personne ne parle de réintroduire la « gégène » dans les commissariats. Dans l’immédiat, notre seule garantie est représentée par la commission nationale informatique et liberté (CNIL), un « machin » aux statuts flous et aux moyens dérisoires.hurle-a-la-lune.1182520523.jpg

Je crois qu’il faut soutenir les personnalités qui appellent à un débat public sur l’archivage de notre ADN. Je pense qu’il faut instituer un pendant au pouvoir exorbitant de ceux qui ont accès à ce fichier. Durant la campagne présidentielle que l’on vient de… subir, on a entendu bien des âneries, mais la pire, celle qui fait froid dans le dos, a sans doute été : « Je veux protéger les Français. »

Je pense qu’il faut recracher la pilule du bonheur.

 

 

 

 

 

Les heures sup'

Après les gendarmes, à leur tour les policiers grognent. Ils réclament le paiement des heures supplémentaires. Mais, eux, pour se faire entendre, ils ont des syndicats. Cependant, si ces syndicats sont affiche_snop.1181852943.jpgtous d’accord pour rouscailler, un seul, me semble-t-il, a appelé à manifester, ce jeudi 14 juin : le syndicat national des officiers de police (SNOP). Deux milles manifestants…, selon la police. Bon, on ne va pas discuter les droits syndicaux, mais si la SNCF faisait grève entre les deux tours des élections législatives, on ne manquerait pas d’y voir un fricotage politique. La fin justifie peut-être les moyens – mais c’est… moyen.

L’administration a comptabilisé six à sept millions d’heures supplémentaires qui seraient dues aux officiers de police. Elle envisage, même si elle s’en défend, d’effectuer un abattement de 40% et d’étaler le règlement du solde sur plusieurs années au tarif horaire de 9 € 25, ce qui doit correspondre à peu près au smic. On comprend mieux pourquoi les godasses à clous crissent sur le macadam.

Les heures supplémentaires sont calculées par un logiciel, le géopole. Sauf dans certains services où l’on ne fait guère confiance aux arcanes de l’informatique pour traiter cette question si délicate, et où l’on préfère se pencher sur un bon vieux cahier à carreaux, la pointe Bic à la main. À croire que ces fortes têtes ne font pas confiance à la robotique de l’auguste maison. Quant aux quidams, ils seraient en droit d’être dubitatifs, en songeant que ces mêmes machines gèrent aussi les fichiers de police … Mais ça… pas bien, ça mauvaises pensées.

Quelques vieux routiers, comme moi, se disent que la police a bien changé. Il n’y a pas si longtemps, on parlait de « récups ». Et chacun comptabilisait les siennes. Certains les prenaient, d’autres pas. Ou alors à l’occasion d’une mutation ou d’un départ en retraite, l’heureux détenteur de ces jours, de ces semaines, voire de ces mois de « congés compensateurs » passait alors un deal avec son patron. Et celui-ci signait les congés sans rien demander à personne. Et tout le monde s’y retrouvait. Mais, dans la police comme ailleurs, la confiance devient une qualité rare.

L’année prochaine, les officiers de police vont passer cadre « A » de l’administration, c’est-à-dire qu’ils vont rejoindre officiellement le corps de commandement. Une belle avancée. Cette réforme est normale, à la vue des diplômes qu’alignent les élèves officiers. De plus, elle est largement justifiée, car ce corps assume de fait le commandement, depuis que les commissaires ont passé la main. Ces derniers visent plus haut, « l’échelle lettres », celle des hauts fonctionnaires. Je crois même que mon grade va être supprimé. Si ce n’est déjà fait. Bon, tant que c’est que le grade…

Moi, ce qui me turlupine un peu, c’est que les flics cherchent à se fondre dans la masse des salariés Ilsflagrant_delit.1181853132.jpg veulent comme tout à chacun bénéficier des week-ends, des jours fériés, des 35 heures, etc. Les anciens m’avaient expliqué, alors que je n’étais qu’un bleu, qu’on exerçait un métier hors du commun (d’où l’interdiction du droit de grève), et qu’à ce titre, on devait travailler nuit et jour, si nécessaire. Je me souviens d’un inspecteur de la VP (voie publique) qui a passé une nuit de planque allongé sous une voiture pour se faire un siphonneur (voleur d’essence). Ou de ce groupe d’antigang dont aucun n’a décroché pendant près d’une semaine dans l’attente que les braqueurs sur lesquels ils bossaient depuis des mois passent à l’action. Pas question de louper le flag. Mouais ! Il y a un rien de nostalgie dans mes propos. Mais putain qu’on l’aimait ce boulot ! Alors, que des flics manifestent pour le paiement d’heures supplémentaires, à nous, les vieux, ça nous paraît… antinomique. Cela fait penser à ces lycéens qui, gravement, défilaient pour défendre leur retraite. Qu’on se rassure, ce job présentait aussi des avantages, par exemple, on pouvait faire sauter ses P-V, ou ceux de ses amis. Et, plus sérieusement, tous les cinq ans, on se prenait une année-cadeau pour la retraite. Ainsi, à 55 ans, on pouvait préparer ses gaules et ses appâts, le plein d’annuités dans la musette – et la rage au ventre d’être obligé d’abdiquer.

En cette période où le travail est denrée rare et où la génération des quadras voit sa retraite par le petit bout de la lorgnette, alors, je me dis (je ne vais pas me faire que des amis), qu’il est peut-être déplacé de tirer trop fort sur la corde.

La PJ, de 1986 à 1988

PARTIE 20 – En mars 1986, Charles Pasqua remplace Pierre Joxe à la tête du ministère de l’intérieur. Son vieux complice, Robert Pandraud, est bombardé ministre délégué, chargé de la sécurité. Ces nominations font suite aux élections législatives qui ont donné une courte avancée à l’union RPR-UDF. Jacques Chirac devient Premier ministre. Et le professeur Raymond Barre, après nous avoir initié au «microcosme parisien», nous parle le premier de la «cohabitation».

Après la charge des gauchos, après le labyrinthe des réseaux francs maçonniques, à l’arrivée de Pasqua les policiers appréhendent le retour des vétérans du SAC. Mais, la robert-pandraud_assemblee-nationale.1181574759.jpgprésence de Pandraud rassure. Certes, il a traîné ses guêtres dans les mêmes ruisseaux fangeux que son ministre de tutelle, mais pour les flics, c’est un vrai flic. Il a été directeur général de la police, et chacun sait que même du temps de Gaston Defferre, il a toujours gardé un œil, et un peu plus, sur les policiers. Au point que certains disaient alors qu’il était mieux informé que le ministre socialiste. Je me souviens d’une affaire de prises d’otages et d’une filature dans les embouteillages d’un retour de week-end. Je postillonne depuis ma voiture dans une radio crachoteuse pour tenter de faire le point. Le trafic sur les ondes est aussi dense que sur l’autoroute du sud, et il n’est pas facile de calmer la verve d’une cinquantaine de policiers surexcités. Soudain, une voix de stentor couvre la cacophonie. C’est Pandraud. Il suit les événements en direct, depuis le PC de l’OCRB. Les flics sont des enfants. Ils préfèrent voir le chef s’intégrer à une équipe plutôt que de l’accompagner lors d’un show médiatique dans une banlieue de loubards.

En 1985, Pierre Joxe a remodelé la PJ, en créant notamment une sous-direction de la police technique, jetant ainsi les bases d’une police moderne. Et son successeur a eu le mérite de résister à la manie qui consiste à démolir pour rebâtir à sa main.

Le 19 juin 1986, Coluche se tue dans un accident de moto, sur une petite route des Alpes-Maritimes, dans des circonstances que certains ont trouvé… étranges. En septembre, une série d’attentats frappe la capitale, dont le plus meurtrier est celui commis devant les établissements Tati, rue de Rennes. Ces actes sont revendiqués par le CSPPA (comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes) et les FARL (fractions armées révolutionnaires libanaises).

Au mois de décembre, des étudiants occupent la Sorbonne. Ils manifestent contre le projet de réforme du ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur, Alain Devaquet. Un petit groupe tente de dresser des barricades à l’angle de la rue Monsieur-le-Prince et de la rue de Vaugirard. Les policiers reçoivent l’ordre de neutraliser les manifestant avant que le mouvement ne prenne de l’ampleur (le syndrome de 68 ?). Une équipe de voltigeurs motocyclistes est envoyée sur place. Ils prennent en chasse un jeune homme qui se réfugie dans le hall d’un immeuble et le bastonnent durement. Il s’agit de Malik Oussekine. Transporté à l’hôpital Cochin, il ne survivra pas. En plus des coups qu’il a reçus, Oussekine souffrait d’une insuffisance rénale, fait qui était, hélas, ignoré des urgentistes. L’affaire fait grand bruit. Pasqua heurte l’opinion publique en soutenant l’action de la police, alors que le débordement des deux voltigeurs est évident. Ils seront d’ailleurs condamnés, l’un à deux ans de prison, l’autre à cinq ans. Pandraud ne fait pas mieux en déclarant : « Si mon fils était sous dialyse, je l’empêcherais d’aller faire le con dans les manifestations. » Peu après, Chirac retire le projet de réforme, Devaquet démissionne et le bataillon des voltigeurs est dissous.

L’année suivante, c’est l’épilogue de la saga de la guerre des gangs, avec la mort brutale d’André Gau, alias Dédé le gode. En 1987, Henry Botey, celui que la presse a surnommé le « premier proxénète de France », a de sérieux ennuis. Ce n’est pas vraiment un mac, mais plutôt un… homme d’affaires. Il règne sur Pigalle. Pas un bar, pas une boîte de nuit, pas un hôtel de passes, où il ne possède des intérêts. Mais l’un de ses anciens employés, un certain Alain Picaud, surnommé le Gitan, gros bras et petitealain-picaud_archives_perso.1181574955.jpg tête, en a assez des seconds rôles. Il décide que son ancien boss a atteint la limite d’âge et que la place lui revient. Pour Botey, pas question de céder. Pourtant, après un avertissement sous la forme de deux ou trois balles de fort calibre qui lui sifflent aux oreilles, il décide de se protéger. Et, il fait appel à Dédé Gau. Ce dernier flaire la bonne affaire. Il y voit un super fromage. Car pour lui, Picaud n’est qu’une lopette. Ce qu’il n’a pas compris, le Dédé, c’est que la lopette n’agit pas d’initiative. Il fait l’objet d’une « poussette ». Derrière lui, il y a Jacques Imbert, dit Jacky le mat. Et ce dernier, avec trois ou quatre complices non identifiés (et pas nécessairement français) a décidé de faire main basse sur le monde interlope de Paris, puis des autres grandes villes hexagonales. Ce que d’aucun ont surnommé « la nouvelle mafia française ». Ce jeudi 10 décembre, Dédé Gau est en compagnie de Botey et d’un vieil ami, Jean-Pierre Le Pape. Ce dernier n’est pas un enfant de chœur, on le considère comme « l’inventeur » du gang des postiches, mais il est là par hasard. Botey lui propose de le raccompagner. Juste le temps d’un coup de fil, lui dit-il. En fait, Picaud doit le rappeler à vingt heures, dans une cabine publique du boulevard Bineau, à Neuilly. Le téléphone sonne. Botey et Gau se serrent dans la cabine téléphonique. Mais tous deux ont dû s’embourgeoiser, ou ils sont trop sûrs d’eux. Ils n’ont pas remarqué une voiture, garée à proximité. Picaud leur a tendu une embuscade. Il les surveille. Il saute de son véhicule et se précipite vers la cabine téléphonique. Au passage, il tire trois balles de 9mm sur Jean-Pierre Le Pape, qu’il ne connaît même pas, et braque son calibre sur Dédé. Mais l’arme s’enraye. Il dégaine alors un petit 6.35 et vide son chargeur avant de grimper dans sa voiture et de démarrer en trombe. Le Pape se relève. Il n’a rien. Les trois balles ont traversé son blouson. Henry Botey sort de la cabine. Il est indemne. Quant à André Gau, il est mort. C’était le dernier survivant de la guerre contre les Zemour. En guise d’oraison funèbre, l’un de ses amis a dit : « Il avait trop vécu. » Mais vous savez, dans le milieu, les amis… D’autres ont dit que Le Pape portait en permanence un blouson pare-balles. Allez savoir pourquoi ! Alain Picaud a été andre-gau_archives-perso.1181575163.jpgarrêté quelques jours plus tard. Il a reconnu les faits. En bon demi-sel, il n’a pas compris qu’il venait de servir la soupe à Jacky le mat.

En septembre 1987, Jean-Marie Le Pen, au cours de l’émission RTL-Le Monde, déclare que les chambres à gaz ne sont qu’un point de détail de l’histoire de la deuxième guerre mondiale, et, en mars 1988, la ville kurde d’Halabja, au nord de l’Irak, est bombardée avec des armes chimiques. Cinq mille personnes sont gazées. Des hommes, des femmes, des enfants. L’année suivante de pseudos historiens s’interrogeront pour savoir s’il s’agit d’un crime de guerre commis par l’Iran ou d’un crime contre l’humanité perpétré par l’Irak. Question de sémantique, doivent se dire les victimes. En tout cas, la communauté internationale ne bronche pas. Sadam Hussein n’est pas encore le diable et l’Irak est un allié de l’Europe et des Etats-Unis. Quant à l’Iran, deux mois seulement après ces événements, la France renoue des relations diplomatiques normales avec ce pays. Il est vrai qu’entre temps, il y a eu la libération « miraculeuse » des trois otages, Marcel Carton, Marcel Fontaine et Jean-Paul Kauffmann – juste entre les deux tours des élections présidentielles. Rappelons que ces hommes étaient détenus depuis plusieurs années par l’organisation pro-iranienne du Jihad Islamique.

Le 8 mai 1988, Mitterrand écrase Chirac au second tour des présidentielles. Et il repart pour sept ans. Mais le PS n’obtient pas la majorité à la chambre des députés et Michel Rocard se voit contraint à l’ouverture. Du coup, son gouvernement est composite : socialistes, radicaux et même des ministres issus de l’UDF.

Le tueur de vieilles dames – le 5 octobre 1984, une vieille dame de 91 ans, Germaine Petiot est agressée à son domicile, rue Lepic, près de Montmartre. Ses deux agresseurs l’ont rouée de coups pour lui fthierry-paulin-travesti_dossier_meurtre.1181575674.jpgaire dire où elle cache ses économies. Mais elle s’en sort vivante. Elle a de la chance. Peu après, le même jour, c’est le tour d’Anna Barbier-Ponthus. Cette personne de 83 ans rentre chez elle, son cabas à la main. Au moment où elle déverrouille sa porte, elle est poussée à l’intérieur de son petit appartement, rue Saulnier, dans le IX°, tout proche du XVIII°. Elle est ligotée, battue et finalement étouffée à l’aide d’un oreiller. On lui a volé quelques centaines de francs. Ce sont les deux premières victimes recensées du « tueur de vieilles dames ». La première a survécu. Toutes les autres sont mortes, sauf la dernière, Madame Finaltéri, qui a permis l’arrestation de l’assassin. Le juge Philippe Jeannin recensera dix-huit victimes et écartera provisoirement trois dossiers dont le modus operandi diffère quelque peu. Ces meurtres en série passionnent l’opinion publique et crée une psychose (bien compréhensible) chez les personnes âgées. La brigade criminelle se trouve devant le type même d’enquête difficile à résoudre : aucun lien entre le ou les assassins et les victimes, et aucun mobile, si ce n’est le maigre porte-monnaie de ces vieilles dames. À l’affolement qui suit la révélation de ces meurtres en série, Pierre Touraine, le directeur de la PJ prend des mesures d’urgence. Il s’agit essentiellement de rassurer la population et de répondre à l’attente de Pierre Joxe. Car cet ancien patron de la criminelle sait bien que cela ne fera pas avancer l’enquête. Le XVIII° est envahi par les forces de l’ordre – ce qui peut toujours avoir un effet dissuasif, et par les journalistes. Toute la presse est sur le pied de guerre. Le Parisien sort même un portrait-robot fondé sur un vague témoignage et la PJ, sous pression, interpelle un pauvre quidam qui, après quelques heures de garde à vue, sera relâché avec les excuses du commissaire. Puis, les crimes s’arrêtent et le XVIII° retrouve son calme. Un an plus tard, ça recommence, cette fois dans le XIV°, autour de l’église d’Alésia. On s’intéresse aux ouailles du curé, qui vient, lui aussi, de changer d’arrondissement, et qui s’occupe de jeunes en difficulté. Chou blanc. Les interpellations se multiplient dans le milieu des toxicomanes, des trafiquants de tout genre, des détraqués, sans résultat. Enfin, en janvier 1986, l’identité judiciaire, après un travail de fourmi (le fichier n’est pas encore informatisé) parvient à déterminer avec certitude que la plupart de ces crimes sont le fait d’un seul individu. Mais qui ? Enfin, la chance sourit aux enquêteurs et surtout à Madame Finaltéri, qui a survécu à ses blessures. Elle fournit une description minutieuse de son agresseur : 1.80 mètre, métis, les cheveux décolorés et portant une boucle d’oreille. C’est ainsi que lecommisssaire-francis-jacob_dossier_meurtre.1181576647.jpg commissaire Francis Jacob, le portrait-robot en poche, repère dans la rue un individu dont le signalement correspond. Il est seul. Il hésite, je le suppose, puis avec doigté, il procède à l’interpellation du suspect. Thierry Paulin, puisqu’il s’agit de lui, ne fait aucune difficulté pour suivre le policier. Il croit à un simple contrôle de routine. On compare ses empreintes et bingo ! Paulin avouejean-thierry-mathurin_dossier_meurtre.1181576292.jpg rapidement une vingtaine de meurtres. Et il dénonce son complice, Jean-Thierry Mathurin. Les enquêteurs pensent qu’il existe un troisième homme, mais là, Paulin se cabre. Il n’en dira pas plus. Mais il n’est pas exclu qu’il ait protégé un proche. Le doute persiste. Thierry Paulin ne sera jamais condamné. Il meurt du sida le 16 avril 1989. Quant à Mathurin, il a été reconnu coupable de sept meurtres et condamné à une peine de réclusion à perpétuité le 20 décembre 1991.

Avec mon complice de l’époque, Yves Rénier, quelques années plus tard, nous avons écrit le scénario d’un épisode du Commissaire Moulin, intitulé Paris 18. Une fiction largement inspirée de ces faits.

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La PJ, de 1984 à 1986

 

PARTIE 19 – Lorsque Defferre et Franceschi quittent la place Beauvau, la police est KO debout. En matière de sécurité, le bilan du gouvernement de Pierre Mauroy n’est pas reluisant. La DST et les RG, souvent appelés sur des missions identiques par de hauts fonctionnaires au front bien bas, se sont livré pendant deux ans une concurrence frénétique, et stérile. À présent, ces deux services sont exsangues. Quant à la PJ, elle a dû faire face à l’assaut des officiers de gendarmerie. Ceux-ci ne veulent plus être les chefs d’une « police des campagnes », ils ont l’appétit soudain glouton depuis qu’un de leur frère d’armes côtoie le président de la République. La PJ s’est également heurtée à certains magistrats, qui, profitant du flottement politique, ont tenté de sournoises manœuvres pour en prendre la direction. Encouragés par quelques syndicalistes ultra gauchisants, qui pouvaient enfin « bouffer du flic », et assurés de la bienveillance d’un ministre de la Justice qui s’est cru investi d’une mission sacralisée, ils ont d’ailleurs failli réussir. Et pourquoi pas?

broussard-en-operation_archives_perso.1180632732.jpgQuant aux commissaires, bon nombre ont été pris à rebrousse-poil. Persuadés qu’une carrière ne peut se faire sans appui politique, la plupart avaient visé à droite. Pour certains, le tête-à-queue fut spectaculaire. D’autres y laissèrent des plumes – ce qui n’a rien d’étonnant pour des poulets.

Ce fut le cas de Lucien Aimé-blanc. De sa guéguerre contre Robert Broussard, il sortait vaincu. Victime d’une cabale pour avoir trop bien protégé son informateur, Jean-Pierre Maione-Libaude, dit le petit, Aimé-Blanc est muté à Lille. Quant à Maione-Libaude, après quelques mois au trou, il se retrouve… dans le trou, abattu une semaine après sa sortie de prison par des truands, informés par voie de presse des renseignements qu’il avait pu fournir à la police.

Avec le recul, je crois que les années 1981, 82 et 83, ont mis en exergue l’immaturité des policiers et surtout celle des politiques qui auraient dû avoir en charge de juguler leurs enfantillages.

Pendant ce temps, Broussard a pris du poids. Il a l’oreille de Franceschi, et, sagement, il lui souffle de mettre un peu d’huile dans les engrenages. Mais, la prise de conscience est trop tardive. Et à un malaise essentiellement psychologique, le secrétaire d’État répond par des aménagements matériels. Les policiers vont pour l’occasion voir de vieilles revendications enfin satisfaites, comme l’intégration de la sujétion de police (une prime pour acheter le droit de grève) dans le calcul de la retraite, le versement d’une pension à cent pour cent pour les veuves des fonctionnaires tués en service, etc. Toujours bon à prendre, se disent d’aucuns.

C’est dans cette ambiance délétère que démarre l’affaire du petit Grégory. Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, âgé de 4 ans ½, disparaît de la maison de ses parents, à Lépanges-sur-Vologne, dans les Vosges. Dans la soirée, on retrouve son corps dans les eaux de la Vologne, à Docelles, à six kilomètres de son domicile. Il a les bras et lesgregory-villemin_photo_presse.1180629888.jpg jambes liés par une corde et il est mort noyé. Sur le petit corps, aucune trace de violences. À l’évidence, il a été jeté vivant dans la rivière – comme on noierait un chat. Les soupçons se portent sur la famille. Le lendemain, le père de l’enfant, Jean-Marie Villemin, reçoit une lettre anonyme : « […] Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con… » Deux semaines plus tard, le juge d’Epinal, Jean-Michel Lambert, délivre un mandat d’écroue contre Bernard Laroche, un cousin des Villemin, qui a fait l’objet d’une dénonciation de la part de sa propre cousine, âgée de quinze ans. Quelle famille ! En février 1985, le juge le libère, et un mois plus tard, Villemin père l’abat d’un coup de fusil de chasse. Mais les rumeurs vont bon train. Elles accusent Christine Villemin, la mère du petit Grégory. Dans une divagation intello, Marguerite Duras enfonce le clou. Persuadée de sa culpabilité, elle écrit dans Libération qu’il s’agit d’un crime « sublime, forcément sublime ». La PJ a été longtemps tenue à l’écart de cette enquête lamentable. Ses enquêteurs auraient-ils fait mieux que les gendarmes ? Le commissaire Jacques Corrazi, qui plus tard reprit le dossier, doit probablement le penser. Il aurait au moins réussi à juguler le délire d’un petit juge dont ses pairs ont dit qu’il était un « funambule de la pensée ». Christine Villemin a par la suite été mise en examen pour le meurtre de son fils. Le 3 février 1993, la chambre d’accusation de Dijon estime qu’il n’existe aucune charge contre elle, et rend un arrêt de non-lieu. On ne connaîtra jamais l’assassin du petit Grégory.

À la suite de l’échec du projet de réforme de l’éducation nationale proposé par Alain Savary, Mitterrand change de gouvernement. Le 17 juillet 1984, il nomme Laurent Fabius Premier ministre et place Pierre Joxe, un fidèle parmi les fidèles, à la tête de l’Intérieur. Il y a comme un avis de tempête place Beauvau. Joxe n’est pas un rigolo. Pour situer le bonhomme, peu après son arrivée, il sanctionne durement un gardien surpris en train de mâchouiller un sandwich durant son service. Mais il met de l’ordre dans la maison, et, peu à peu, les réseaux Defferre-Franceschi s’émiettent pour laisser la place à d’autres personnages, plus réfléchis, plus mystérieux et plus… fraternels.

À Fleury-Mérogis, Bruno Sulak a d’autres soucis. Il a écopé de neuf ans de réclusion criminelle pour une série de hold-up, mais pour lui, qui ne supporte pas l’enfermement, c’est inenvisageable. Aussi, prépare-t-il son évasion (la septième, huitième…?). Il promet la lune à un jeune sous-directeur de Fleury-Mérogis et parvient à le convaincre de sulak_archives_perso.1180632855.jpgl’aider dans sa cavale. Sans doute une première chez les matons. Il place des explosifs sur les vitres blindées de sa cellule et sort tranquillement – par la porte. Son intention est de profiter de la panique que doit provoquer l’explosion pour s’éclipser en douceur. Mais sa baraka l’a quitté. Deux surveillants pénètrent dans la petite pièce où il s’est réfugié, et où se trouve la machine à café. Il se cache dans un placard. Mais il est découvert. Une brève empoignade, alors qu’il tente d’enjamber la fenêtre. Il fait une chute de sept mètres et tombe sur une dalle en béton. Il meurt sans reprendre connaissance. C’est le début de sa légende. Une légende autrement sympathique que celle de Jacques Mesrine.

En juillet 1985, le bateau de Greenpeace, Le Raimbow Warrior explose dans le port d’Auckland, en Nouvelle-Zélande. Un photographe portugais est tué. Il ne faudra pas longtemps à la police du cru pour découvrir l’identité des terroristes : des militaires français appartenant à la DGSE. Nos fins stratèges avaient pondu ce plan pour déjouer la campagne musclée que préparait Greenpeace contre les essais nucléaires français dans le Pacifique. Le ministre de la Défense, Charles Hernu, prétend n’être au courant de rien. Il est sans doute le seul. Néanmoins, en bon fusible, il démissionne. Quant à Mitterrand, olympien, il ne prendra même pas la peine de s’expliquer.

Dans le domaine du banditisme, les affaires sont plutôt calmes. Nombre de truands se sont recyclés dans les machines à sous. Un bizness très lucratif. Il s’agit le plus souvent d’une subtile combine qui masque un racket organisé contre les bistrotiers, comme le démontrera l’arrestation d’Edmond Vidal, alias Monmon, l’ancien chef du gang des lyonnais.

En novembre 1985, Thierry le Luron et Coluche se marient « pour le meilleur et pour le rire ». Plus sérieusement, trois mois plus tard, ce dernier lance les Restos du cœur.

En mars 1986, la gauche perd les élections législatives et François Mitterrand nomme Jacques Chirac comme Premier ministre. Les Français découvrent la « cohabitation ». À noter qu’en situation identique, à plusieurs années d’intervalles, aucun des deux hommes n’envisagera un instant de mettre un terme à son mandat. Tout le monde n’a pas la classe d’un De Gaulle.

Un mois plus tard, mais cela n’a aucun rapport, une explosion détruit l’un des quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Mais les Français ne s’inquiètent pas, grâce à un mur de tartuferies construit à la hâte, ils se savent à l’abri des retombées radioactives.

L’affaire Lebovici – Le 5 mars 1984, vers quatre heures du matin, le garde des sceaux, Robert Badinter, est réveillé par le téléphone. C’est l’état-major de la PP qui l’informe qu’on a retrouvé son ami, Gérard Lebovici, dont il avait signalé la disparition. Son corps est avachi sur le volant de sa voiture, dans le parking Foch, à Paris. Il a reçu quatre catherine-deneuve-et-gerard-lebovici_lecrapouillot.1180630289.jpgballes de calibre.22 dans la nuque.

Lebovici est un homme d’affaires avisé. Dans les années 60, il a créé un véritable empire dans le milieu pourtant périlleux du cinéma. Devenu un richissime producteur, il côtoie à présent les plus grandes stars. On le voit souvent au bras de Catherine Deneuve. En 1972, il fonde Artmédia, une agence de production qui aura bientôt sous contrat, une pléiade de comédiens, de réalisateurs et de scénaristes. Puis, plus tard, la société Acteurs Auteurs Associés (AAA). Parallèlement, il crée une maison d’édition, Champ Libre, dans laquelle Guy Debord va bientôt jouer un rôle déterminant. Debord est le maître à penser d’un petit groupe d’intellectuels snobinards qui se disent situationnistes. Rappelons que l’international situationniste se veut un mouvement marxiste et révolutionnaire dont les objectifs sont… euh !… En fait, je n’en sais rien. Je n’ai rien compris à leurs explications. Certains diraient qu’ils se contentent de faire du bien aux mouches. Lebovici est donc un homme ambiguë, surtout si l’on ajoute à son CV le fait qu’il fréquente certains personnages inscrits au fichier du grand banditisme. Et, dans ses projets à court terme, il y a l’adaptation du livre de Jacques Mesrine, L’instinct de mort, avec Belmondo dans le rôle principal.

Le jour de sa mort, Lebovici a reçu un coup de téléphone d’un inconnu qui s’est présenté comme un ami de Sabrina (la fille de Mesrine ?). Il a inscrit sur son agenda : « François, 18h45, rue Vernet ». De là à supposer qu’il s’agisse de François Besse, un complice de Jacques Mesrine , il n’y a qu’un pas. Les enquêteurs le franchissent. On imagine un instant que Besse pourrait être l’exécuteur de la vengeance posthume de l’ennemi public n°1. Ce dernier aurait eu, dit-on, un différent sur le montant des droits sur son livre. De belles théories, mais rien de concret. D’ailleurs, à l’antigang, on imagine mal le petit François dans ce rôle. Alors, il faut gratter ailleurs. Le fins limiers de la brigade criminelle ont pensé un moment que certains de ces types un peu bizarres, ces… situationnistes, pourraient être moins innocents qu’il n’y paraît. Pendant ce temps, la presse people fantasme. Un calibre .22, c’est une arme de femme, disent certains… C’est aussi celui qu’utilise la mafia, dans certaines circonstances, surenchérissent d’autres… Je crois en fait que la seule piste sérieuse se situe dans l’hypothèse d’un système de blanchiment d’argent. A cette époque, la location de films vidéo explose Quelques truands débrouillards y voient une aubaine. Ils mettent en place une chaîne de franchisés, installés aux quatre coins de France. Tout est régulier. Ils achètent les droits sur des films pour pouvoir louer les cassettes à leurs boutiquiers. Un marché juteux – surtout si les droits sont négociés nettement en dessous de leur valeur. Et il aurait pu être tentant, pour certains professionnels du cinéma, de signer des contrats à bas prix (au détriment des comédiens de second rôle, des scénaristes, etc.) et d’encaisser une substantielle commission en liquide. Lebovici pouvait-il avoir mis en place une telle embrouille ? Dans ce cas, il n’aura pas été régulier, du moins aux yeux de ces truands recyclés, et boum ! Ou au contraire aurait-il découvert l’existence d’un trafic monté à son insu ? Dans ce cas, témoin dérangeant, il n’aurait été que la victime de ces malhonnêtes gens.

On se saura jamais. Gérard Lebovici était un personnage à multiples facettes et il a emporté bien des secrets dans sa tombe – même celui de sa mort.

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La PJ, flash-back

PARTIE 18Depuis l’apparition des brigades du tigre, en 1907, la France a connu deux guerres, trois républiques, et bien des vicissitudes. Pendant ce temps, comme toutes les administrations, la police nationale a eu du mal à se réformer. Quant à la PJ, elle s’est souvent contenté de coller le train à l’évolution de la criminalité, sous toutes ses formes. Car au fil des ans, vols, violences, meurtres, banditisme, terrorisme, etc., ont perduré. Et finalement, chez les « hors la loi », quelles que soient les méthodes ou les armes utilisées, motivations ou objectifs restent inchangés.

 

jack-palmer-filature-par-petillon.1180076299.jpgÀ la demande d’un ami lecteur, et pour tenter de s’y retrouver, je vous propose un petit retour en arrière sur… aïe ! trois quarts de siècle, quand même ! Si voulez bien me suivre…

 

L’origine de la PJ

PARTIE 1 – Le 30 décembre 1907, Clemenceau signe un décret instituant douze brigades régionales de police mobile, plus connues sous le nom de « brigades du tigre ». Composées seulement d’une dizaine d’inspecteurs et de deux commissaires, chacune sera dotée (et c’est une première) de 4 limousines De Dion-Bouton. [suite.. ]

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La PJ de l’entre-deux guerres

PARTIE 2 – L’entre-deux guerres amène bien des mélis-mélos dans le canevas de la police judiciaire, notamment dans la région parisienne où l’emprise du préfet de police, qui détient ses pouvoirs du gouvernement consulaire de l’an VIII (1800), exclut l’interpénétration entre les différents services. [suite… ]

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La PJ sous Vichy

PARTIE 3 – Dans les années qui suivent l’armistice de juin 1940, il ne reste plus qu’un maigre noyau de « mobilards ». Ils doivent faire face à une nouvelle génération de malfaiteurs, dont bon nombre font leurs armes au service de la gestapo, mais l’action judiciaire est en grande partie neutralisée par… un monstre à deux têtes. [suite… ]

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La PJ de l’après-guerre

PARTIE 4 – À la Libération, l’état de délabrement de la France nécessite une reprise en main de tous les services. Un décret du 16 novembre 1944, rétablit la direction générale de la police nationale. C’est la base des structures actuelles : une direction générale rattachée au ministère de l’intérieur et quatre grandes directions actives : police judiciaire, sécurité publique, renseignements généraux et surveillance du territoire. Seule la préfecture de police de Paris échappe à l’hégémonie du pouvoir central. Le « Paris libéré » du général de Gaulle reste un état dans l’Etat. [suite…]

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La PJ de papa

PARTIE 5 – En 1954, tous les éléments d’une guerre des gangs sont réunis. Les enjeux : prostitution, jeux, trafic de cigarettes américaines, et, bientôt, trafic de drogue. Mais les Français sont plutôt préoccupés par « la pacification de l’Algérie », bien loin de se douter qu’un véritable conflit est en train de naître. Il durera huit ans, et laissera le pays aux bords de la guerre civile. [suite… ]

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La PJ de 68

PARTIE 6 – Il existait en France, depuis la nuit des temps, deux institutions policières : la sûreté nationale (SN) et la préfecture de police (PP) de la ville de Paris. Une loi du 9 juillet 1966, change la donne. Le préfet de police conserve ses prérogatives, mais les policiers sont tous rattachés au ministère de l’intérieur, au sein d’un corps unique : la police nationale. [suite… ]

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La PJ post-soixante-huitarde

PARTIE 7 – Les policiers, du moins ceux qui ne sont pas occupés à « casser du gaucho » sous la houlette de Marcellin, reprennent le fil du banditisme. Ils ont du boulot : les chiffres de la délinquance explosent. Pour faire face, la DCPJ créée des antennes, rattachées aux SRPJ, avec une vague arrière-pensée de départementalisation. Celle-ci ne se fera pas. [suite… ]

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La PJ, mes débuts

PARTIE 8
– Le démantèlement de la French connection, à Marseille, et surtout le durcissement de la législation concernant le trafic de drogue, font comprendre aux « survivants » qu’il est temps de changer de négoce. Tandis que Vanverbergh, alias Francis le Belge bronze rayé derrière les barreaux, Zampa étend son activité en direction du monde du jeu. C’est alors qu’un nouveau larron vient bouleverser la donne, Jacques Imbert, dit Jacky le mat. Pour montrer qu’il « en a », il n’hésite pas à racketter Jean-Dominique Fratoni, le patron du tout nouveau casino à Nice, le Rhul. [suite… ]

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La PJ, sous Giscard

PARTIE 9 – Le massacre qui a suivi la prise d’otages de la délégation israélienne, aux Jeux Olympiques d’été à Munich, en septembre 1972, fait prendre conscience aux autorités de différents pays d’Europe, qu’il faut disposer d’une force d’intervention spécialisée pour gérer ce genre de situation. [suite… ]

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La PJ, sous Giscard (2)

PARTIE 10 – Dans les années 70, le fonctionnaire chargé de tenir à jour le fichier du grand banditisme n’en finit pas de rayer des noms. Les morts violentes se succèdent, avec un pic important en 1973, l’année des records, une hécatombe chez les voyous, avec aussi, hélas ! quelques dégâts collatéraux. La PJ [suite… ]

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La PJ, sous Giscard (3)

PARTIE 11 – A la fin des années 1970, la décrépitude du clan Zemour est en marche. Le guet-apens du café Le Thélème y est sans doute pour beaucoup. Un an plus tard, le 13 septembre 1976, la mort du chef des Siciliens, Jean-Claude Vella, abattu à Paris, puis celle de Marcel Gauthier, revolvérisé à Nice, suffiront, semble-t-il, pour effacer l’ardoise. L’honneur est sauf, se disent les Zemour. [suite… ]

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La PJ, de 1980

PARTIE 12 – En ce début des années 80, nombre de démocraties voient apparaître des mouvements prônant l’usage de la force et se revendiquant du marxisme. (Raymond Marcellin aurait-il eu raison ?) Près de nous, en Allemagne, c’est la fraction armée rouge ; et en Italie, les brigades rouges. En France, action directe a revendiqué le mitraillage du siège du patronat, le 1er mai 1979. Ce mouvement va faire parler de lui dans les années suivantes. a [suite… ]

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La PJ, de 1980 (2)

PARTIE 13 – En 1927, Charles Lindbergh traverse l’Atlantique en avion. Mais sa gloire attire sur lui l’attention des truands. Cinq ans plus tard, son fils, un bébé de deux ans est enlevé. Les ravisseurs exigent une forte rançon. Mais, une fois celle-ci encaissée, ils tuent l’enfant. Deux ans après, un immigré allemand, Bruno Richard Hauptmann, est arrêté en possession de billets provenant de cette rançon. [suite… ]

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La PJ, de 1981

PARTIE 14 – Depuis la disparition brutale de Georges Pompidou, le 2 avril 1974, l’élection présidentielle a toujours lieu au printemps. En cette année 1981, les Français s’y préparent, mais pas la droite. Elle part au combat en ordre dispersé. Tandis que Mitterrand énumère ses « 110 propositions », Coluche lance son slogan de campagne : « Jusqu’à présent la France était coupée en deux, avec moi, elle sera pliée en quatre ! » Pour la police, c’est une année de transition. [suite… ]

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La PJ, de 1982

PARTIE 15 – Cette année-là, un vent de suspicion souffle au ministère de l’intérieur. Le virus de la paranoïa se répand dans les hautes sphères et certains vont même imaginer que la police est en train de manigancer un coup d’état. Toutefois, pendant que les uns règlent leurs comptes avec les autres, et vice-versa, les affaires continuent. Truands et terroristes s’en donnent à cœur joie. [suite… ]

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La PJ, de 1983 (1)

PARTIE 16 – Année noire pour la police. La majorité de gauche, fortement bigarrée, tiraillée entre son désir trop longtemps refoulé de s’émanciper de toutes formes de répression et la réalité au quotidien : crimes, délits, terrorisme, etc., ne parvient pas à trouver le point d’équilibre. Tandis que la plupart des chefs de service font le dos rond, et s’accrochent à leur fauteuil, les opportunistes jouent des coudes, et les bannis du gouvernement précédent règlent leurs comptes. [suite… ]

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La PJ, de 1983 (2)

PARTIE 17
– Après la manifestation des policiers, sous les fenêtres de la chancellerie, et des représailles maladroites par l’immolation de deux syndicalistes, la police panse ses plaies. Pendant ce temps, criminalité et violence montent en flèche. Gaston Defferre tente de reprendre la main, mais il se heurte à de ténébreux pouvoirs qu’il ne maîtrise pas. Quant aux chefs de la police nationale, tout étonnés d’être encore là, ils font carpette devant un petit commandant de gendarmerie [suite… ]

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La première fliquette de France

Nicolas Sarkozy a mis en chantier nombre de réformes sur la police. Certaines sont très abouties et d’autres encore embryonnaires. Maintenant, il appartient à Michèle Alliot-Marie de débrouiller l’écheveau et de déterminer ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas. On peut lui faire confiance, elle a montré… qu’elle en avait.

On aime ou on n’aime pas Sarkozy, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne laisse pas indifférent. Ce type est une véritable tornade. En quelques années, il a réveillé uneles-jambes.jpg maison qui somnolait depuis un quart de siècle. Son passage a profondément modifié les mentalités au sein de la police nationale, et, maintenant qu’il est aux manettes, il s’agit de réformer les structures.

D’abord, l’actuelle direction générale de la police nationale (DGPN) serait supprimée pour faire place à une sorte de secrétariat générale, chapeautant cinq grandes directions, avec chacune une spécialité élargie.

Le renseignement. La DST et les RG doivent s’installer dans les prochains jours à Levallois. Il y a une réelle volonté de regrouper leurs activités. Dans ce dessein, on évacue la mission première de la DST : le contre-espionnage. Sans doute pense-t-on que ce n’est plus mode. On oublie aussi que ses agents sont officiers de police judiciaire, qualité incompatible avec le travail des RG. Sinon à créer une police politique.

L’investigation. Autrement dit la police judiciaire. Peu de changements prévus. Peut-être les enquêteurs vont-ils devenir des « investigateurs » ? La police technique et scientifique demeurerait au sein de cette direction.

La sécurité et l’ordre public. Ces deux missions seraient peut-être rattachées, avec une gestion commune des commissariats, des CRS et des escadrons de gendarmerie.

L’international. Une direction qui coifferait probablement le service de coopération technique internationale (SCTIP), mais récupérerait aussi Interpol et Europol.

L’administration et la formation.

Tout cela peut encore évoluer Mais cette réforme a un autre but, plus discret. Elle va renforcer la mainmise de l’Intérieur sur la préfecture de police de Paris. Une manière de minimiser les prérogatives de certains grands services de la capitale et surtout d’isoler un peu plus les magistrats, lesquels, qu’ils l’admettent ou pas, restent fortement tributaires de la PP pour traiter leurs dossiers. Certaines mauvaises langues ajoutent qu’en muselant la PP, on cherche aussi à diminuer l’influence des loges maçonniques dans la police… Mais ceux qui disent ça ne sont que des « faux frères ».

On murmure aussi que nombre de douaniers pourraient venir renforcer les effectifs de la police nationale, et qu’en revanche, la direction centrale de la police aux frontières (DCPAF) pourrait être rattachée au nouveau ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement (le MIIIC ?).

Mais le véritable bouleversement est sans conteste le mariage police et gendarmerie, dont les fiançailles sont annoncées par la mise en commun des budgets et des moyens. Cela va-t-il rasséréner les gendarmes ! On a tenté de masquer leur grogne, avant les élections, mais le ver est dans le fruit. Ceux-ci garderont leur statut de militaire, du moins dans un premier temps. Car à brève échéance, il deviendra indispensable d’équilibrer les rémunérations, les retraites, les conditions de recrutement ou d’exercice de la profession, etc. Les différences sont énormes, et, à travail commun, les inégalités vont percer. Chaque corps devra accepter de perdre certains avantages, avec l’espoir d’en gagner d’autres. Les syndicats de police devront être vigilants. Mais au fait, qui va représenter les gendarmes, puisqu’ils n’ont pas le droit de se syndiquer ?! La route sera longue.

alliot-marie_photo_cirpa.1179674403.jpgEnfin, madame le ministre de l’intérieur doit mettre sur pied une nouvelle loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI), afin de succéder à celle qui a été votée le 10 juillet 2002, pour une période de cinq années. Rappelons que ladite loi a notamment renforcé les effectifs de police. Elle a sacrifié en revanche une partie de nos libertés sur l’autel de l’efficacité. Dans le film Zodiac (pas mal), qui vient de sortir dans les salles, on voit les policiers américains se heurter à des problèmes de droit pour confondre le serial killer. Il leur est interdit d’effectuer une perquisition sans motif, de récupérer les empreintes du suspect, etc. La personne qui m’accompagnait au cinéma (pas mâle) s’en étonnait. Je l’ai rassurée. En France, les flics n’ont plus à s’embarrasser de ces « petites choses ». Arrestations, gardes à vue, perquisitions, saisies, écoutes téléphoniques, etc., tous ces actes précédemment réglementés sont désormais à l’initiative du seul officier de police judiciaire, quel que soit le cadre juridique dans lequel il opère. C’est ça, l’efficacité. Zodiac ne peut pas nous échapper.

Bien qu’on l’ait soulagée de certaines responsabilités (ce qui ne doit pas trop lui plaire) et que la mise en place d’un Conseil national de sécurité, rattaché directement à l’Elysée, menace encore plus son autonomie, Alliot-Marie n’a pas trop à se plaindre. Elle récupère les clés d’une boutique en pleine mutation. Elle a du boulot. Certes, on lui a écrit sa feuille de route, mais la femme a du tempérament et rien ne prouve qu’elle ne se fendra pas d’un petit rewriting.

Action directe en action

Après la libération, en Allemagne, de Brigitte Mohnhaupt, l’ancienne dirigeante de la Fraction armée rouge (FAR), la France s’amignonne avant de se décider à libérer, oui ou non, les membres d’Action directe.

action-directe.1179232862.jpgIl faut dire que la loi d’amnistie voulue par Mitterrand, peu après son élection, n’a pas été une franche réussite. Ce ne sont pas les victimes de la série d’attentats des années 1982-1983, qui viendront me démentir.

Pour l’heure, c’est Nathalie Ménigon qui est dans les starting-blocks.

Elle est notamment détenue pour les assassinats du général René Audran, en 1985, et du PDG de la Régie Renault, Georges Besse, en 1986. Elle a été condamnée par deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité en 1987. Il y a tout juste vingt ans.nathalie-menigon_photot_le_figaro.1179232935.jpg

Cette personne, tout comme sa complice, Joëlle Aubron, libérée pour raisons médicales en 2004 (décédée en 2006), n’a jamais, à ma connaissance, exprimé le moindre regret, le moindre remord, pour les centaines de victimes d’Action directe. Cela prouve une conviction inaltérable dans l’idéologie de la lutte armée.

Une conviction inaltérable…

Georges Besse a été assassiné pour avoir eu le tort de diriger une entreprise dont l’un des vigiles aurait tué un militant maoïste (sic). Ce sont à peu près les termes de la justification d’Action directe. Mais, pour le général Audran, l’argumentaire est encore beaucoup plus flou. Il est même inexistant.

georges-besse_photo_annalesorg.1179233204.jpgEn effet, Audran n’est pas un militaire comme les autres. Il est ingénieur général de l’Armement, directeur des affaires internationales au ministère de la Défense. En 1985, même sous la gauche, la France est toujours l’un des pays parmi les plus grands marchands d’armes du monde. Or, dans le microcosme interlope de ces businessmen, cet homme est une exception. Il est efficace, et tout simplement honnête. Autrement dit, il gêne une foule de gens dans quantité de pays. Car, rien n’est possible sans lui. Et quand Audran dit non, ce sont d’énormes commissions qui s’évaporent. On a ainsi parlé, durant l’enquête qui a suivi sa mort, de malversations qu’il aurait découvertes au sein de son service. Des pots-de-vin engrangés lors d’une vente de systèmes d’armements à l’Arabie Saoudite, par une poignée de cadres de la société Thomson et quelques hauts fonctionnaires de la direction générale de l’armement. Mais bien d’autres gens auraient pu lui en vouloir. C’est l’époque où la France ouvre au méchant Saddam Hussein une ligne de crédit illimitée en matière d’armement, ce qui déplaît fortement à l’Iran. Aussi, le méchant ayatollah Khomeiny, via un intermédiaire bien placé, demande à la France, sans doute dans un louable souci d’équité, de lui fournir des missiles, du genre Crotales ou Exocet, ou autres babioles. Quoique cette transaction fût inenvisageable sur le plan diplomatique, il semble bien que les autorités françaises acceptent, du moins de fermer les yeux sur une négociation secrète. Autrement dit, l’Élysée est OK – mais pas Audran. Il met son veto. Les Iraniens ne sont pas contents, les intermédiaires perdent des sommes colossales et certains responsables de notre pays perdent la face. Tout ça pour un petit général !rene-audran.1179233589.jpg

Or, à cette époque, les services secrets iraniens soutiennent le terrorisme international. Un certain Sabri al-Banna, alias Abou Nidal, joue un rôle capital dans cette nébuleuse. Et il a été démontré que cet individu a eu plusieurs contacts avec Action directe.

Dans ce petit monde dépravé, il n’y a ni morale – ni fin à mon histoire. Mais on sait depuis longtemps que, même si les motivations sont différentes, tous les mouvements terroristes, Action directe, ETA, FLNC, etc., ont rempli des contrats (attentats, meurtres, enlèvements…) afin de récupérer des fonds, ou des armes, pour servir « la cause ».

Le général Audran est peut-être mort pour ne pas avoir cédé à la corruption. Mais aujourd’hui, la question est de savoir si Nathalie Ménigon et ses complices doivent être libérés ! Pour les militants du collectif Ne laissons pas faire, la cause est entendue. Ils ont purgé la peine incompressible qui s’attache à leur condamnation à perpétuité, et ils doivent être libérés.

En droit, ils ont raison. Mais le droit est-il bien fait ? Comment nous expliquer, à nous, le petit peuple, qu’une peine à perpétuité n’est valable que pour une durée limitée ? Si l’on veut que notre justice conserve cette mansuétude, il faudrait alors lui adjoindre une peine complémentaire, et inciter ces gens à se faire oublier – ailleurs. Loin de leurs victimes et des malheurs qu’ils ont semés.

Jadis, on appelait ça le bannissement.

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