LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

Auteur/autrice : G.Moréas (Page 80 of 82)

La PJ de l'après-guerre

PARTIE 4 – À la Libération, l’état de délabrement de la France nécessite une reprise en main de tous les services. Un décret du 16 novembre 1944, rétablit la direction générale de la police nationale. C’est la base des structures actuelles : une direction générale rattachée au ministère de l’intérieur et quatre grandes directions actives : police judiciaire, sécurité publique, renseignements généraux et surveillance du territoire. Seule la préfecture de police de Paris échappe à l’hégémonie du pouvoir central. Le « Paris libéré » du général de Gaulle reste un état dans l’Etat.

pierrot-le-fou.1169647947.jpgLes premières années qui suivent, la préoccupation première n’est pas la lutte contre la criminalité de droit commun mais le rétablissement de l’ordre et de la paix publique. Ça flotte pas mal au plus haut niveau de l’administration, jusqu’à la naissance de la IV° République, le 13 octobre 1946. De Gaulle quitte l’arène politique et la PJ est rattachée à la sécurité publique. Un an plus tard, machine arrière, les SRPJ sont reconstitués – allers-retours qui vont se reproduire plusieurs fois au cours des années qui suivent. Peu importe les incertitudes politiques, les mobilards se remettent au boulot. Et le travail ne manque pas. Nombre de truands qui se sont remplies les poches avec la gestapo se sont habilement repliés avant que la situation ne tourneboule. Certains, comme Pierre Loutrel, alias Pierrot le fou, ont carrément retourné leur veste. Non sans un certain aplomb, à la Libération, Loutrel se fait même passer pour FFI. Il n’hésite pas, pour prouver ses dires, à procéder lui-même à « l’épuration » de ses anciens collaborateurs. De 1946 à 1948, il se reconvertit dans les vols à main armée et créé le fameux gang des tractions, dans lequel on retrouve, au fil du temps, les sempiternels pieds-nickelés : Émile Buisson, alias Mimile l’insaisissable, René Rigier, dit René la canne, Georges Boucheseiche, qui sera plus tard l’un des pivots de l’affaire Ben Barka, Jo Attia, Abel Danos, etc. Comble de l’ironie, Loutrel rendra seul justice à la société. Lors d’un braquage, il se tire accidentellement une balle dans la vessie. Il meurt peu après de sa blessure. Il a 30 ans. Il est enterré en catimini par ses complices, sur les berges d’une petite île, près de Mantes. Son corps ne sera retrouvé que bien plus tard et sa mort officiellement enregistrée en 1951. Buisson, beaucoup plus discret, est interpellé en 1950, et exécuté en 1956. Quant à René la Canne, il s’en est mieux sorti. Reconverti dans l’écriture (il a publié 4 livres), il est mort d’un cancer, le 29 janvier 2000, après avoir tenté de remodeler son image et modifié son sobriquet en… Prince des voleurs.

En 1949, l’affaire du vol des bijoux de la Bégum, dans le sud de la France, est un exemple de l’embrouillamini entre les différents services de PJ. Le commissaire Valantin (celui de la série télé Les brigades du tigre), a maintenant pris du galon. Il est directeur de la police judiciaire, mais à deux doigts d’être débarqué. Heureusement, l’enquête évolue, les voleurs sont arrêtés et les bijoux récupérés. L’inspecteur Roger Borniche s’est par la suite attribué ce succès dans un livre Vol d’un nid de bijoux, au grand diam, heu… dam, de certains de ses collègues.

En 1952, une sombre affaire obscurcit l’aura de la PJ. Un couple d’Anglais et leur fillette de dix ans (lesle-commissaire-chenevier-et-ses-collaborateurs.1169751311.jpg Drummond) sont assassinés dans leur campement, près de la ferme de la « Grand’terre », aux environs de Lurs. L’affaire Dominici débute. Une famille entière de paysans, des gens à l’ancienne, tient tête à la pression des policiers et des journalistes. Le commissaire Sebeil, de la PJ de Marseille, est chargé de l’enquête. Le patriarche Gaston Dominici ne cherche même pas à convaincre de son innocence, il avoue, se rétracte, change sa version des faits, etc. Lors de sa garde à vue, pour une raison inconnue, il aurait même confié à un gardien de la paix : « Ben, oui ! C’est un accident, j’étais saoul, ils m’ont pris pour un maraudeur, et je les ai tués tous les trois. » Le procès aboutit à un non-lieu, aussitôt contesté par le garde des Sceaux. Le ministre de l’Intérieur, un certain François Mitterrand, charge alors ses meilleurs limiers parisiens de reprendre le dossier, au grand mécontentement des policiers marseillais. Le commissaire Charles Chenevier dirige cette nouvelle équipe. Ce sera sa dernière enquête, mais il ne fera guère mieux que son collègue. La politique s’en mêle. Des bruits divers circulent. On murmure même que Jack Drummond aurait appartenu aux services secrets britanniques. Finalement, Dominici est condamné à mort – sans aucune preuve formelle. Au prononcé du verdict, il déclare : « Ah, merde ! Elle est forte, celle-là… » Le président Coty lui évite la guillotine. De Gaulle ledominici-a-la-fin-de-sa-vie.1169751545.jpg libère en 1960. Il meurt cinq ans plus tard – avec son secret. Jean Gabin, en 1973, interprétera ce personnage rugueux dans le film de Claude Bernard-Aubert L’affaire Dominici. Frédéric Pottecher, chroniqueur judiciaire réputé, écrit en 1999 : « L’affaire Dominici, un mystère qui relève de l’intelligence d’un patriarche et de la lâcheté de ses fils. »

Pour la petite histoire, en 1954, après 8 ans de combat et des dizaines de milliers de morts, Dien Bien Phu sonne le glas de la guerre d’Indochine et les inspecteurs de police changent de titre. Ils redeviennent des « officiers de police » – jusqu’à la prochaine fois. Cette même année, un autre conflit commence, plus fielleux, et plus proche de nous : la guerre d’Algérie. Il faudra attendre près d’un demi-siècle pour que la France reconnaisse qu’il s’agissait bien d’une guerre.

Roger Borniche, un flic de roman Borniche est un cas dans la police. Brillant inspecteur de PJ à la sûreté nationale, il n’y est resté que quelques années avant d’être poussé vers la sortie pour une ténébreuse histoire de carambouille. Vrai ou faux ? On peut penser qu’il s’agissait d’une manœuvre destinée à écarter un personnage trop envahissant. Il est sans doute le premier policier (bien avant Broussard, Aimé-Blanc, Devos…) à avoir su « personnaliser » les enquêtes et profiter au mieux de l’influence des médias. Même si dans ses livres il a allégrement pimenté son action (il revendiquait 567 arrestations …!), il subsiste le souvenir d’un flic brillant, aux méthodes marginales et à l’efficacitéborniche-story.1169647831.jpg redoutable. C’est ainsi que des anciens me l’ont décrit. Trop de qualités pour un modeste inspecteur. Ses chefs n’ont pas apprécié. Après avoir quitté la police, en 1956, il a ouvert un cabinet de recherches privées, et il s’est spécialisé dans les fraudes aux assurances. C’est maintenant son fils, Christian, qui en assure la conduite. Borniche a écrit une trentaine de livres. Ses succès littéraires feront également des jaloux. Ainsi René la canne déclarera plus tard : « … ce n’est pas Borniche qui m’a arrêté. » De même, le commissaire Chenevier minimisera le rôle de son collaborateur dans l’arrestation d’Emile Buisson. Dans son livre La grande maison (Presses de la Cité), il le poignarde : « L’inspecteur Borniche s’habille sur mesure et travestit la vérité… N’ayant pu faire carrière dans la police, il a parfaitement réussi dans l’édition. De plumes, il n’a, hélas ! que celles du paon. » Mais Roger Borniche n’a jamais prétendu écrire des documents, ni relater des dossiers. Il s’est contenté de raconter des histoires vraies, mais romancées, rédigées à la première personne du singulier. Un doyen, pour Roger Le Taillanter ou moi-même qui lui avons emboîté le pas. En tout cas, pour Borniche, la gloire est au rendez-vous. Ce premier livre est un succès populaire. Il est adapté au cinéma par Jacques Deray, en 1975, avec Alphonse Boudard pour le scénario et Alain Delon dans le rôle du policier. Roger Borniche s’est retiré aux Etats-unis. Son dernier ouvrage (1999) Dossiers très privés, aux Editions n°1, concerne son métier de détective privé.

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L'ADN des vingt-sept

Le 15 janvier 2007, les vingt-sept ministres de l’intérieur de l’union européenne sont tombés d’accord pour mettre en place un croisement informatique de leurs fichiers ADN et celui des empreintes digitales. Le seul obstacle à surmonter n’était pas moral, ni éthique ; pas la moindre anxiété à leur sereine résolution, non ! Uniquement un problème de gros sous. Cet argument a été balayé par le représentant allemand qui a déclaré que le coût en 2006, pour son pays, se montait seulement à un million d’euros.

molecule-adn.1169547215.jpgDepuis que le britannique Alex Jeffreys a imaginé une méthode d’identification de chaque individu en fonction de son ADN, Alphonse Bertillon* doit se retourner dans sa tombe. Il semble que tous les états du monde n’aient plus qu’une seule obsession : ficher leurs ressortissants. Nul besoin d’une prise de sang, un peu de salive sur un coton-tige et quelques « clics » plus loin, nous voilà « encartés », telles les belles-de-nuit du temps de la mondaine. Et tout ça pour un prix minime. Si vous êtes allergique au coton-tige, on utilisera la ruse (voir loi Perben 2) en subtilisant votre brosse à dents, un mégot de cigarette, un verre, etc.

Lorsqu’on analyse l’ADN d’un individu, les chromosomes ne représentent que 10 % de la masse globale. Le reste est composé de séquences récurrentes dont on ignore encore l’utilité. Ce sont ces cycles, traduits en chiffres, puis en codes-barres, qui forment la signature génétique et qui sont archivés. On ne peut actuellement, semble-t-il, tirer d’informations personnelles de ces 90 % (ça viendra, disent les scientifiques), qu’on désigne pour cette raison sous le terme de « non codants ». Cette signature génétique est unique. Elle peut donc valablement être comparée avec des traces ADN recueillies sur les lieux d’une atteinte criminelle – et c’est uniquement à cet effet qu’elle doit être utilisée par les services de police et de gendarmerie.

Les 10 % d’ADN qui ne sont pas employés pour le code-barres constituent notre patrimoine génétique. Notre moi le plus profond – et celui de nos parents, et de nos descendants. Ils ne sont pas utilisés dans le fichier génétique. Ils ne servent donc à rien. La plupart des démocraties (sauf la Grande-Bretagne qui en quelques années a perdu tout éclat en matière de liberté) l’admettent et détruisent systématiquement le prélèvement ADN, une fois la fiche établie. Une toute petite satisfaction…

Mais, pas pour nous ! En France, les prélèvements ne seront détruits qu’au bout de 40 ans – ou lorsque le donneur aura atteint l’âge de… 80 ans. On croit rêver.

Frédéric Péchenard, le directeur de la PJ parisienne, a défendu ce projet en assurant qu’il pouvait permettre aussi bien d’incriminer un suspect que l’innocenter. C’est vrai, mais c’est un argument, un rien… chattemite, mon cher collègue. Aux États-Unis, depuis 1989, date à laquelle le FBI a commencé à recourir aux analyses ADN, des dizaines de prisonniers (dont plusieurs condamnés à mort) ont pu démontrer leur innocence et être ainsi libérés. Combien chez nous ? Existe-t-il un individu condamné qui a pu profiter de cette opportunité de démontrer son innocence ? Existe-t-il un texte de loi qui le prévoit ? Existe-t-il un magistrat qui en a le pouvoir ? Existe-t-il un homme (au sens générique et non génétique, évidemment) qu’il soit policier, gendarme ou magistrat qui en ait eu seulement l’idée ?

On a ouvert avec le fichier génétique une véritable boîte de pandores (Et cette fois, sans jeu de mots). On enregistre des données dont personne, à l’heure actuelle, ne peut déterminer les potentialités, ni l’utilisation qui en sera faite. Déjà, les compagnies d’assurances lorgnent sur la possibilité de détecter certaines maladies, donc de limiter leurs risques. De leurs côtés, quelques grandes entreprises françaises, à l’occasion d’un banal examen de santé, mettent en boîte les données ADN du personnel. Question de sécurité, disent-elles. Demain, cela pourrait être bien pire. Et demain, nous serons tous fichés. Pour faire bonne mesure, on ajoutera aux empreintes digitales et ADN, les empreintes vocales et les empreintes iriennes, et toutes ces données seront introduites dans la puce de notre carte Vitale. Et pour ne pas nous encombrer, on pourra même nous l’implanter sous la couenne, comme aux chiens.

Je n’exagère pas. À la réunion des ministres de l’intérieur des vingt-sept, Christian Estrosi, ministre délégué à l’aménagement du territoire, et émissaire de Nicolas Sarkozy, a déclaré : « Les citoyens seraient mieux protégés si leurs données ADN étaient recueillies dès leur naissance. »

J’espère qu’il s’est fait tancer par son maître. Pour se dédouaner, il a ajouté qu’ilpitbull_gentil.1169801665.jpg s’agissait d’une boutade – à la Montebourg, peut-être !

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* Bertillon a créé en 1870 le premier laboratoire de police scientifique d’identification criminelle. Mais il a surtout été le premier au monde à utiliser la comparaison d’empreintes digitales pour confondre un assassin (aff. Léon Scheffer, le 16 octobre 1902). La dactyloscopie était née. Il est donc devenu, paradoxalement, l’inventeur d’une science criminelle à laquelle il ne croyait pas réellement, tant il était convaincu que le système anthropométrique, qu’il avait mis au point, était l’avenir de la police scientifique.

La PJ sous Vichy

PARTIE 3 – Dans les années qui suivent l’armistice de juin 1940, il ne reste plus qu’un maigre noyau de « mobilards ». Ils doivent faire face à une nouvelle génération de malfaiteurs, dont bon nombre font leurs armes au service de la gestapo, mais l’action judiciaire est en grande partie neutralisée par… un monstre à deux têtes.

prisonniers-de-guerre-francais.jpgLes plus célèbres des truands de l’époque se nomment : Pierre Loutrel, alias « Pierrot le fou », interpellé en 1948 ; Emile Buisson dit « Mimile l’insaisissable », arrêté en 1950, dont le nom reste attaché au gang des tractions ; sans oublier Abel Danos, surnommé « le mammouth »; et Jo Attia, Georges Boucheseiche, etc. Le plus médiatique (on dit qu’il était très proche de la famille royale de Monaco) fut René Rigier, plus connu sous le nom de « René la Canne ». Il fut arrêté en 1950 par l’inspecteur Roger Borniche, qui en en tira un livre, que Francis Girod adapta au cinéma en 1976.

Après une épuration massive des cadres de la police (plus de 50 % des commissaires sont révoqués), le maréchal Pétain charge René Bousquet de réorganiser la police pour en faire un instrument « à sa main ». La loi du 23 avril 1941 institue une direction générale de la police nationale (redevenue sûreté nationale de 1944 à 1966). Quelques mois plus tard, les services régionaux de police judiciaire voient le jour, il intègre les services de sûreté et les brigades mobiles. Mais, malgré le climat… autocratique, les péjistes font exception à l’autorité trop directe du préfet et garde un lien étroit avec l’autorité judiciaire. Peu à peu, la PJ s’adapte. L’héritage est versé aux oubliettes. Le temps où Clemenceau interdisait l’utilisation de la PJ dans les affaires politiques est révolu. À noter qu’il n’est peut-être jamais revenu et que la direction de la surveillance du territoire (D.S.T.), service de police judiciaire à compétence nationale (où j’ai démarré ma carrière) est toujours sous la houlette d’un préfet. Pour la petite histoire, c’est également de cette époque que date la création de l’école nationale de police de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, qui deviendra par la suite l’école nationale supérieure de police (E.N.S.P), dont tous les commissaires gardent souvenir.

On doit à Bousquet le fichier sur le recensement des juifs (fichier tulard, du nom de son créateur, l’inspecteur André Tulard), l’institution du port de l’étoile Jaune et de nombreuses rafles, dont celle du Vel d’Hiv. Jugé sans doute trop mou, fin 1943, la gestapo le remplace par Joseph Darnand. Ce dernier cumule les fonctions de secrétaire d’état au maintien de l’ordre et de chef de la milice.

Parallèlement, la gestapo française, surnommée « la carlingue », sévit au 93, rue Lauriston, à Paris. Elle est dirigée par Henri Laffont. En 1944, il crée, avec le nationaliste algérien Mohamed el-Maadi et un petit proxénète nommé Raymond Monange, la féroce légion nord-africaine ou bat d’af. On retrouve parmi les membres de la carlingue des noms célèbres du banditisme et… un ancien flic, un certain Pierre Bonny. Pour être honnête, il faut dire qu’à la libération, on découvrira d’autres noms célèbres du banditisme qui ont choisi une voie différente : la résistance.

Durant cette période noire, les hommes de la PJ se font tout petits. La plupart des malfaiteurs se sont façonné une protection : en cas de problème, les occupants ou leurs complices les sortiront du pétrin. Il est donc vain de les arrêter. Les plus malins des mobilards bâtissent des dossiers qui se révèleront utiles dans les années de l’après-guerre.

Pierre Bonny, le policier de la honte Pierre Bonny (voir Mon père, l’inspecteur Bonny de Jacques Bonny) est admis dans la police en 1918. Il a 23 ans et semble destiné à une brillante carrière. Ce n’est d’ailleurs pas l’ambition qui lui manque. Hélas, très vite, il comprend que carrière va de pair avec accointance politique. Après s’être fait remarquer en province, il est affecté à la « secrète », disent les historiens. (Probablement dans les services centraux du ministère de l’Intérieur, peut-être à un groupe de pénétration du « milieu ».) Là, il connaît des réussites. C’est un bon flic, qui en veut. Il prend de l’assurance. Considéré comme un homme de confiance par la hiérarchie centrale, c’est probablement à ce titre qu’il participe aux investigations sur la disparition du conseiller général Quémeneur, pierre-bonny-1934.jpgenquête dirigée par le commissaire Cunat de la 13° brigade mobile. Dans une perquisition rapide et tardive (et suspecte, disent les analystes) il découvrira les éléments de preuve qui feront condamnés Seznec. Mais, s’il est bien vu de certains politiciens, il est dans l’œil de mire de ses patrons. En 1934, il frôle la révocation, lorsque, de nouveau, il découvre une preuve accablante, dans une affaire qui ébranle le pouvoir, l’affaire Stavisky. Il conserve son poste et prend du galon. Le garde des sceaux, Henry Chéron déclare même : « Jeune homme, vous avez sauvé la République. Vous êtes le premier flic de France. » Modiano reprend d’ailleurs cet événement dans l’un de ses romans : « La ronde de nuit ». Mais les vrais flics ne l’entendent pas ainsi. Ils démontrent les malversations (voire bien pire) de Bonny dans plusieurs enquêtes, dont l’affaire Stavisky. Il est finalement condamné à trois ans de prison avec sursis et limogé de la police.

Pourtant, le premier flic de France (sic) n’a pas fini de faire parler de lui. C’est la guerre, puis l’occupation. Henri Laffont le recrute au sein de la carlingue, où il se spécialisera dans les interrogatoires et la torture. On pense même que son carnet d’adresses favorisera le recrutement de quelques truands notoires. Il a le pouvoir (de vie ou de mort…), l’argent. Il roule voiture de luxe, s‘entoure de divas et se goinfre de plaisirs immédiats. Il pense sans doute avoir satisfait ses ambitions.

L’ex-inspecteur Bonny est fusillé le 27 décembre 1944. Avant de mourir, il aurait dit (en parlant de Seznec) : « Je regrette d’avoir envoyé au bagne un innocent. »

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Alerte enlèvement !

Difficile d’y échapper ! Diffusion d’un message sur les chaînes des radios et télévisions, panneaux électroniques, gares, autoroutes, internet… Alerte ! Un enfant a disparu… Mais cette procédure récente, duplication du plan Amber alert, créé en 1996 aux Etats-Unis après l’enlèvement et l’assassinat d’une fillette, fait-elle l’unanimité chez les magistrats, les policiers, les journalistes, et… nous, pauvres quidams.


Qui oserait critiquer puisqu’il s’agit de sauver un enfant, et pourtant, on sent bien tout au fond de soi, lorsqu’on gratouille un peu, qu’il y a quelque chose qui cloche. Comme un trouble, dont on ne peut timbre-amberalert_.jpgdéterminer l’origine. C’est peut-être ce consensus qui nous met mal à l’aise ! Cette union devant le malheur ! Ou le ton pathétique, théâtral, un rien outrancier, des dépêches diffusées, messages qui nous donnent le frisson, un peu comme les sirènes d’alerte du premier mercredi de chaque mois font frémir ceux qui ont subi les bombardements de la dernière guerre. Pour la première fois, sans doute, la presse a signé, à la quasi-unanimité, un accord avec quatre ministères (justice, intérieur, défense et transports), la direction du développement des médias et le conseil supérieur de l’audiovisuel. C’est la convention du 28 février 2006. Mais ce jour-là, même s’il s’agit d’une noble cause, de sauver un enfant, la presse a mis le doigt dans un engrenage bizarroïde. Et, d’une certaine manière, elle a perdu un peu (plus ?) de sa liberté. De savoir les journalistes aux ordres dès que les 4 critères officiels sont remplis (enlèvement, danger, utilité pour les enquêteurs, victime mineure), c’est… urticant.

Cela peut également concerner (c’est écrit in fine dans le texte du ministère de la justice) la soustraction d’un mineur par un ascendant ou la soustraction d’un mineur sans fraude ni violence. Autrement dit un différend entre deux conjoints qui se disputent la garde d’un enfant ou une simple fugue d’adolescent.

Tous les journalistes ne sont pas d’accord – avec cet accord. Je ne connais pas la position du Monde, mais dans son numéro daté du 12 janvier le journal se contente d’indiquer la mise en place du plan alerte enlèvement dans un entrefilet de quelques lignes, en page douze, dans le petit coin à droite, sous l’intitulé « faits divers ». Tandis que d’autres quotidiens en font de gros titres.

Certains pensent qu’on fait ainsi appel aux sentiments les plus nobles chez l’homme, notre sensibilité, notre compassion, notre sens civique, et surtout qu’on augmente les chances de sauver un enfant. Et c’est cela le plus important, disent les associations, ne serait-ce qu’une fois sur dix, sur cent, cela n’en vaut-il pas la peine ?

D’autres qu’on se déplace en terrain miné, en institutionnalisant un show police média, ou en encourageant à la délation et en bafouant la présomption d’innocence. Et que d’ailleurs le système va perdre de son efficacité au fur à mesure de son utilisation. En effet, selon le principe à présent constitutionnel du « parapluie », devant un cas douteux, quel procureur oserait ne pas déclencher cette alerte ?

Il m’est arrivé d’utiliser les médias, dans certaines affaires criminelles, et souvent cela a été bénéfique… pour la police. Car sur le plan de l’efficacité, il est plus productif de voir la bobine d’un individu recherché en première page d’un journal que sur les murs d’une gendarmerie. Dès lors, ne serait-il pas tentant, demain, d’élargir cette convention, aux hold-up, aux crimes, aux vols à l’arraché… On est en droit de le désirer, mais il me semble que si chaque citoyen devient un auxiliaire de police, coup-de-gueule.jpgon risque de revivre une triste époque où suspicion et délation aidaient à résoudre des enquêtes très… particulières.

Je sais bien que les vieux, dont je fais partie à présent (c’est chacun son tour) se sont habitués aux sirènes du premier mercredi du mois, mais quand même… ça me gratouille.

La PJ de l'entre-deux guerres

PARTIE 2 – L’entre-deux guerres amène bien des mélis-mélos dans le canevas de la police judiciaire, notamment dans la région parisienne où l’emprise du préfet de police, qui détient ses pouvoirs du gouvernement consulaire de l’an VIII (1800), exclut l’interpénétration entre les différents services.

commissariat-des-halles-marcus-collections-1935.JPGAu cours de la guerre 14-18, les policiers des brigades mobiles sont utilisés pour la défense du pays et participent à un vaste réseau de contre-espionnage. Les dossiers judiciaires sont enfermés dans les armoires, on gère l’urgence, et on passe aux choses sérieuses. Mais dès la fin des hostilités, les brigades mobiles sont consolidées et leur nombre passe de 15 à 17. C’est à cette époque que les commissaires principaux deviennent des contrôleurs généraux et que la 1e brigade mobile met fin aux agissements de Landru. Ceci n’ayant rien à voir avec cela.

En 1924, la 13° brigade enquête sur la disparition du conseiller général du Finistère Pierre Quemeneur, dont le corps ne fut jamais retrouvé. Pour des raisons de compétence territoriale, et, probablement des motivations qui découlent de la personnalité de la victime, les services centraux du ministère de l’Intérieur supervisent les investigations. Il semble bien que le commissaire Cunat, qui dirigeait la 13°, ait eu du mal à résister aux pressions parisiennes. Avec le résultat que l’on connaît : une enquête à l’emporte-pièce et ce doute affligeant qui subsiste 80 ans plus tard. Il s’agit de l’affaire Seznec.

En 1928, la direction de la sûreté générale est renforcée par la création d’un Bureau Central National (B.C.N.), qui existe encore de nos jours. C’est le correspondant officiel de l’Organisation Internationale de Police Criminelle (Interpol). Peu après, deux offices sont créés : l’office central chargé de la répression du faux monnayage et l’office pour la répression du trafic illicite de stupéfiants. Pour la petite histoire, on dit que dans ces années-là, le commissaire Massu, en poste à la brigade criminelle, quai des Orfèvres, inspira Simenon pour son personnage du commissaire Maigret.

Parmi les affaires marquantes, il faut citer l’affaire Stavisky qui, en 1933, bouleverse le monde politique et entraîne la retraite anticipée du préfet Chiappe. Un lampiste, mais un lampiste de haut niveau ! Rappelons que Serge Alexandre Stavisky, alias « le beau Sacha », a été l’instigateur d’une filouterie stavisky.jpgorganisée au sein du Crédit communal de Bayonne. Avec la complicité du directeur de la banque et celle du député-maire de la ville, il avait su profiter de son entregent pour mettre en place une escroquerie estimée à 235 millions de francs, arrosant au passage des personnalités de tout crin. Lorsqu’il fut retrouvé agonisant, dans un chalet de Chamonix, Le Canard enchaîné titre : « Stavisky s’est suicidé d’une balle tirée à 3 mètres. Ce que c’est d’avoir le bras long… ». Une bien maigre affaire sur le plan pénal et qui pourtant fit tomber le gouvernement de Camille Chautemps.

Mais la France est atteinte d’un mal plus profond. Les réformes nées du Front populaire attisent les braises du fascisme. Le ciel serein de l’Europe s’obscurcit, l’insécurité grandit et, au loin, on peut de nouveau discerner les bruits de bottes. Basse politique et haute délinquance font bon ménage et, peu à peu, les enquêtes de l’inspecteur Belin change de tonalité. Les attentats fomentés par l’extrême droite se multiplient et les dossiers du comité secret d’action révolutionnaire, surnommé « la cagoule », envahissent son bureau. Il doit regretter le temps de Landru, notre petit poulet…

La dernière exécution publique en France – En 1937, Eugène Weidmann et ses deux complices, Roger Million et Jean Blanc, tous trois multirécidivistes, décident de monter une « chaîne » de kidnapping en prospectant parmi les riches touristes attirés par l’exposition universelle. Weidmann qui porte beau et parle plusieurs langues se fait engager comme interprète officiel à l’exposition, sous le faux nom de Karrer. Sa première victime sera la danseuse américaine Jean de Koven. En un clin d’œil, elle tombe raide amoureuse du bel interprète. Il l’emmène chez lui, mais ne prend même pas le temps d’un verre de Porto. Le boulot d’abord : deux balles dans la tête. Cinq autres personnes vont être assassinées par ce trio infernal avant qu’il ne soit neutralisé. Lors de son arrestation, Weidmann ouvre le feu sur les policiers de la 1e brigade mobile. Deux inspecteurs sont blessés.weidmann-marche-vers-la-guillotine.jpg

Le 17 juin 1939, Eugène Weidmann est guillotiné sur la place publique à Versailles. Son exécution tourne à la farandole à tel point que le président du conseil, Edouard Daladier, décide que dorénavant les exécutions ne seraient plus publiques, mais se dérouleraient dans l’enceinte d’une prison. Eugène Weidmann est donc le dernier criminel à avoir été guillotiné en public.

Bien qu’il fût de nationalité allemande et de parents national-socialistes, ce n’est sans doute pas la raison qui fit, trois mois plus tard, qu’entre la France et l’Allemagne débute la « der des ders des ders ».

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L'origine de la PJ

PARTIE 1 – Le début du siècle dernier, a surtout été la « belle époque » pour les voleurs, les assassins et les terroristes, lesquels, devant l’incurie des services de la police et de la maréchaussée, s’en donnaient à cœur joie.

bulletin-de-police-criminelle-1907.jpgL’accroissement exponentiel des crimes et des larcins ne pouvait laisser insensible le « premier des flics ». Non, ce n’était ni Pasqua ni Sarkozy ! mais Georges Clemenceau, alias « Le Tigre ». En effet, quoi qu’il cumulât les fonctions de président du Conseil et de ministre de l’Intérieur, c’est ainsi que se baptisait lui-même le grand homme moustachu, celui-là même qui, alors qu’il était rédacteur en chef à l’Aurore, encouragea Zola à écrire sa tirade sur l’affaire Dreyfus. C’est lui, dit-on, qui sortit de son chapeau le titre de l’article, le fameux « J’accuse ! »

Le 30 décembre 1907, Clemenceau signe un décret instituant douze brigades régionales de police mobile, plus connues sous le nom de « brigades du Tigre ». Composées seulement d’une dizaine d’inspecteurs et de deux commissaires, chacune sera dotée (et c’est une première) de 4 limousines De Dion-Bouton.

C’est ainsi, après des palabres multiples avec le garde des Sceaux, que la police judiciaire se transforme en un service de police opérationnel. La charte des brigades mobiles est adoptée (elle s’imposerajules-sebille.jpg jusqu’en 1941) et le commissaire Jules Sébile hérite du bébé.

Dès leur création, ces brigades s’attaquent aux bandits itinérants, qui pullulent, et obtiennent très vite de nombreux succès. Le plus conséquent est sans conteste l’arrestation d’un vagabond nommé Vacher. En dix ans, cet olibrius s’était rendu coupable de 41 assassinats. Il violait ses victimes, des adolescents de treize à dix-huit ans, les tuait et les dépeçait.

La première grande réussite médiatique de ces policiers fut le démantèlement de la célèbre « bande à arrestation-de-bonnot.jpgBonnot », qui coûta la vie à Louis Jouin, le numéro 2 de la sûreté. Cette équipe de malfaiteurs initia en 1911, rue Ordener, à Paris, une nouvelle forme de banditisme qualifiée par la suite de « vol à l’affolement », technique reprise aux États-Unis dans les années 30. Jules Bonnot fut arrêté à Choisy-le-Roi le 28 avril 1912. Grièvement blessé, il mourut peu après. On dit de ce truand atypique et anarchisant, qu’il fut (mais c’est sans doute une légende) un temps le chauffeur d’un certain… Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes.

Moins sordide, on peut se rappeler de ces années-là le vol de La Joconde. L’enquête menée par la brigade parisienne de recherches aboutit à l’arrestation de deux suspects qui furent longuement interrogés avant d’être relâchés. Il s’agissait de deux marginaux, nommés… Apollinaire et Picasso. Mona Lisa regagna le musée du Louvre deux ans plus tard, grâce à un antiquaire italien.calmettecaillaux.jpg

Les deux dernières grandes affaires d’avant 1914 furent l’assassinat de Jean Jaurès et celui du directeur du Figaro, Gaston Calmette.

Le 16 mars 1914, Henriette Caillaux, épouse du député Joseph Caillaux, tue Gaston Calmette, le directeur du Figaro, par crainte que son passé sentimental ne s’étale sur la place publique. Le bruit des bottes s’amplifie et Caillaux, l’homme politique le plus en vue du moment, pacifiste reconnu, ne deviendra pas président du Conseil – ce qui aurait peut-être changé le cours des choses, pense l’historien Jean-Denis Bredin. En tout cas, ce coup de revolver est le premier d’une série de trois qui entraîneront la France et l’Europe dans la plus grande tragédie de leur histoire. Le second visera l’archiduc Ferdinand à Sarajevo et le troisième Jean Jaurès, au café du Croissant, le 31 juillet de la même année.

Landru, le criminel qui a marqué l’époque – Au bruit du canon, apparaît un étrange barbu, Henri-Désiré Landru, très vite surnommé Barbe bleue (par amalgame avec le personnage de la légende orientale, repris par Charles Perrault) qui de 1914 à 1919 s’est « consumé » d’amour pour une kyrielle de femmes. Ce spécialiste du « meurtre au mariage » n’est pas l’inventeur de la méthode. Avant lui, aux États-Unis, en 1895, Johann Hoch épousa 24 femmes et en empoisonna la moitié. Il fut pendu. À la même époque, l’Américaine Belle Gunness, profitait du sommeil de ses nouveaux maris pour les assassiner à la hachette. On a cru qu’elle était morte dans l’incendie de sa ferme, en 1908, mais il est probable qu’elle s’échappa en laissant sur place le corps d’une autre personne pour donner le change.

Landru fut arrêté par les inspecteurs Belin et Riboulet (de vrais policiers avec un nom de flics de cinéma !). Ce dernier surprit Landru au moment où il tentait de se débarrasser d’un petit calepin, sur lequel il notait tout. Ce fut la preuve décisive lors de son jugement, car l’accusation ne parvint pas à exhiber le moindre cadavre. Cela rappelle d’autres procès…, mais pour Landru, bien qu’il ait toujours clamé son innocence, personne n’a jamais soulevé l’hypothèse d’une erreur judiciaire. Lorsque le président de la cour d’assises de Versailles lui a donné la parole, avant le délibéré, il a simplement déclaré : « Je n’ai qu’une chose à dire, votre Honneur, je n’ai jamais commis de meurtre. C’est ma dernière protestation. » Mais, pour l’opinion publique, la cause était entendue. Et pour le gouvernement, cela tombait à pic pour détourner l’attention du bon peuple de choses plus sérieuses, comme la conférence de Paris – qui devait aboutir au traité de Versailles. Landru fut jugé pour onze meurtres, mais on retrouva lors des perquisitions des traces de landru-a-son-proces.jpgcorrespondance avec… 169 femmes. Pendant des années, chaque découverte macabre a fait l’objet d’une enquête approfondie pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une victime de ce triste personnage. Lors de son procès, devant la cour d’assises de Versailles, il déclara : « J’ai le cœur brisé de penser que, à cause de tout ce scandale, ma femme sait que je lui ai été infidèle. » Il fut guillotiné le 25 février 1921. Webb Miller, un journaliste américain, a écrit : « Landru, les mains liées derrière le dos, était encadré par deux geôliers… Les deux hommes l’installèrent rapidement, la face contre la planche basculante… La chute du couperet fut instantanée et la tête tomba avec un bruit mat dans le petit panier… vingt-six secondes s’étaient écoulées. »

L’inspecteur Belin, dans son livre de souvenirs Mon travail à la Sûreté, confie cette curieuse analyse : « … je ne pouvais m’empêcher d’avoir pour lui une admiration réelle. Parfois, il me donnait l’impression d’être une épave dans un monde hostile auquel il faisait face avec courage et sang-froid. C’est peut-être cette trace de désenchantement dans sa nature qui attirait l’esprit sentimental des femmes plutôt que son soi-disant pouvoir hypnotique. »

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La peine de mort (suite)

« Je rêve d’une société où ce ne serait pas la loi qui interdirait la peine de mort mais simplement la raison que personne ne voudrait tenir le rôle du bourreau. »

(J’ai retrouvé cette phrase dans un de mes livres, écrit en 1985, et, même si je suis gêné de me citer, je la trouve tellement d’actualité que je n’ai pas résisté au désir de la ressortir.)

 

Ces jours-ci, on lit tout et son contraire à propos de la peine de mort en France.

A-t-elle été supprimée ? définitivement ? temporairement ?… L’abolition de la peine de mort, instaurée par la loi Badinter, n’est-elle que poudre aux yeux ? Personne n’y comprend plus rien :

La France a promulgué une loi le 9 octobre 1981 qui renvoyait la guillotine au rayon des antiquités. Quatre ans plus tard (le 20 décembre 1985), elle ratifie le protocole additionnel numéro 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. La France ne peut donc plus rétablir la peine de mort – sauf en temps de guerre et, probablement, en application de l’article 16 de la constitution.les-mouches-et-la-guillotine.jpg

Le 3 mai 2002, la France signe le protocole numéro 13 de la convention européenne des droits de l’homme qui interdit la peine de mort en toutes circonstances. Mais elle ne l’a pas ratifié, ce que regrette Amnesty international, qui estime que cela pouvait être fait sans toucher à la constitution. Ce qui n’est pas l’avis de certains juristes…

On va arrêter de faire du mal (du bien ?) aux mouches.

Dans cette cacographie politico-juridique, on comprend une chose :  d’obscures pensées talonnent les plus belles idées. Et l’on s’inquiète de la régression de l’humanité.

Récemment, le président du Pérou a déclaré son intention de revenir sur l’abolition (de fait, depuis 10 ans) de la peine de mort dans son pays. Avant-hier, le nouveau secrétaire général des Nations-unies, le Coréen Ban Ki-moon, fait machine arrière et stipule que la décision d’une telle peine relève de la souveraineté des Etats. Chez nous, en 2004, une proposition de loi a été déposée à l’assemblée nationale tentant de rétablir la peine de mort pour les auteurs d’actes terroristes.

Et en attendant, dans certains pays, on exécute des usagers de stupéfiants ou des femmes et des hommes coupables d’adultère. On a pendu Saddam Hussein et l’on a créé une légende. Ses deux coaccusés ont la corde au cou, et les autorités irakiennes semblent bien embarrassées. (Mais peuvent-elles faire machine arrière ?) Et en attendant, 6 personnes sont dans l’antichambre de la mort d’une geôle libyenne.

Alors, notre président a peut-être des arrières pensées politiques, on peut estimer qu’à bidouiller notre constitution par des révisions trop fréquentes, il en a fait une guimbarde qui ne tient plus la route ; on peut trancher (sic) qu’il s’y prend un peu tard et qu’il se dévoile chafouin à mélanger peine de mort et régime pénal du Chef de l’État ; on est en droit de se dire que, de nouveau, on n’oublie de prendre notre avis, mais… ne faisons pas la fine bouche.

Et rendons à Jacques Chirac cette phrase qui l’honore :  « … la mort ne peut constituer un acte de justice. »

 

 

La peine de mort et la « question »

Alors que notre président reparle d’une réforme symbolique de la constitution pour institutionnaliser l’abolition de la peine de mort, la France se contente de « prendre acte » de l’exécution de Saddam Hussein.

le-petit-journal-1891-execution-dore-et-berland.jpgCe paradoxe prouve que le débat sur la peine de mort n’est pas clos.

 Un peu d’histoire : Le 30 mai 1791, l’assemblée nationale constituante débat sur l’abolition de la peine de mort. La proposition est rejetée, mais l’usage de la torture est supprimé, ce qui n’est déjà pas si mal. C’est à cette date que voit le jour la fameuse petite phrase qui guidera tous les juristes vers la béatitude : « Tout condamné à mort aura la tête tranchée. » La guillotine, invention du docteur Joseph-Ignace Guillotin, est adoptée. Mais, surprise, 4 ans plus tard, le 26 octobre 1795, la peine de mort est abolie. Décision qui, on se rassure, ne sera jamais suivie d’aucun effet. Tout rentre dans l’ordre le 12 février 1810, date où la peine capitale est officialisée dans le code impérial français.

Le début du siècle dernier voit plusieurs tentatives de suppression pour finalement arriver en 1981 à l’adoption du projet de loi déposé par Robert Badinter.

Le dernier utilisateur de la guillotine sera Hamida Djandoubi, condamné pour avoir assassiné sa maîtresse et exécuté à Marseille le 10 septembre 1977. Le dernier condamné à mort a été Philippe Maurice. Meurtrier d’un policier, il a été gracié par Mitterrand peu après son élection.

Notre beau pays : droits de l’homme, liberté, etc., a été lanterne rouge, ultime état d’Europe occidentale qui s’entêtait encore à pratiquer l’exécution capitale à cette époque. Depuis, certains ont dû éprouver un brin de nostalgie, car 27 propositions de loi ont été déposées pour tenter de la rétablir.

À noter par ailleurs que si la France a signé le protocole n°13 de la convention européenne des droits de l’homme pour l’abolition de la peine de mort, elle n’a toujours pas ratifié ce protocole.

Qu’on ne s’y trompe pas, la controverse existe chez nous. Les dirigeants de nombreux états dits démocratiques se sont précipités dans la brèche ouverte par la recrudescence du terrorisme pour cannibaliser, en l’espace de quelques années, les libertés durement acquises au fil des siècles. La torture, abolie en 1791, a déjà fait sa réapparition dans certains pays, même très proches de nous. Le mois dernier, par exemple, la ligue des droits de l’homme a décidé de saisir l’ONU pour dénoncer les régimes d’exception appliqués à un nombre croissant de détenus dans les prisons… belges. Cela faisait suite à une intervention du comité européen pour la prévention de la torture, restée lettre morte. On ne parle plus de torture, mais de question. Un retour aux sources. En France, le pouvoir de la police se durcit, les délais de garde à vue s’allongent, le procureur tente de prendre le pas sur le juge d’instruction, et les magistrats, embarbouillés dans leurs petits privilèges ou leur combat politique ne se rendent pas compte qu’ils constituent le dernier rempart légal à l’étiolement de nos libertés. Un sondage récent nous apprend que seulement un peu moins d’un Français sur deux est contre la peine de mort et plus d’un quart pour l’usage de la torture. dessin-de-george-cruikshank.png

Non, le débat n’est pas clos.

Et lorsque Jacques Chirac nous dit qu’il veut modifier la constitution pour y inscrire « symboliquement » l’abolition de la peine de mort, on est en droit de se montrer dubitatifs. Tout d’abord, cette modification n’est pas symbolique mais obligatoire (d’après le Conseil constitutionnel) pour ratifier la convention européenne signée par la France le 3 mai 2002 – bientôt 5 ans quand même ! Ensuite, s’il doit y avoir symbole, c’est-à-dire un message fort, quasi impossible à gommer, le référendum populaire s’impose. Après le désaveu du peuple sur un traité européen pourtant entériné par la grande majorité de la classe politique, quel président de la République osera prendre ce risque ?

——

N.B. : Paris, capitale mondiale de l’abolition de la peine de mort… pour 3 jours. En effet, le 3° congrès mondial contre la peine de mort se tiendra du 1er au 3 février 2007 à la cité internationale universitaire. Et, hasard du calendrier, sous la conduite de messieurs Emmanuel Decaux et Eric Prokosch, il sera résolument tourné vers le Maghreb et le Moyen-Orient.

Blague de poulets

En cette période de fête, il y a des gens qui travaillent – les flics en font partie. Voici la dernière blague qu’on se raconte dans les commissariats :

longtarin-dans-gaston-par-franquin.jpg

Deux motards sont en patrouille. Ils repèrent une voiture en stationnement dans une petite impasse. Le moteur tourne. Les vitres sont couvertes de buée. Le brigadier adresse un clin d’œil érotomane à son coéquipier et lui fait signe de s’arrêter à distance. Ils montent leur machine sur béquille et s’approchent, subrepticement, certains de s’offrir un spectacle un peu osé, et pas certains de relever le délit d’outrage à la pudeur. Après tout, c’est les fêtes ! Et ils n’ont guère envie de passer le réveillon à noircir du papier.

Les deux lampes torche se plantent à l’intérieur de la voiture, et, surprise… Rien. Il ne se passe rien.

Un jeune homme est assis derrière le volant, il lit une BD. À l’arrière, une jeune fille tricote (si, si !). Le brigadier fait signe au jeune homme de baisser la vitre.

« Qu’est-ce que tu fais là ? » questionne-t-il, oubliant juste pour un soir les sempiternelles consignes imposant le vouvoiement.

« Ben, vous voyez, je lis. »

En principe, on répond : et tu lis quoi ? Mais c’est un flic qui pose les questions, et ils peuvent jamais faire comme tout le monde, ceux-là.

« Et elle ? » insiste-t-il en braquant le faisceau de sa lampe sur la jeune fille.

« Ben, elle tricote. »

Encore un « ben » comme ça, et il va se prendre une « bègne » se dit le briscard. Surtout que la fille n’a même pas levé les yeux. Une maille à l’endroit, une maille à l’envers… Tant d’indifférence. On frôle l’outrage, là !

« Quel âge tu as ? 

« 23 ans. 

« Et elle ? »

Le jeune homme regarde sa montre.

« Elle aura 18 ans dans vingt minutes. »

 

 Bonne année à tous !

 

 

Agnelet en appel

lapin_loup1.jpgSi Agnelet espérait retourner au Panama pour tranquillement y gérer sa fortune à l’abri du fisc français, c’est loupé ! Que nib, il va repasser à la moulinette. Le procureur général de la cour d’appel d’Aix-en-Provence a en effet décidé de faire appel du verdict, trop clément à son goût, de la cour d’assises des Alpes-maritimes. 

Avant la loi de l’an 2000, une décision de cour d’assises était définitive. On disait de cette institution qu’elle représentait le peuple, lequel jugeait ainsi de manière souveraine. Même la cour européenne des droits de l’homme, pourtant prompte à épingler la France, n’y avait rien trouvé à redire, estimant que la possibilité d’un pourvoi en cassation suffisait à rendre le procès équitable. En fait, cette spécificité de la procédure pénale française reposait sur d’autres bases : le principe d’une juridiction à deux degrés, c’est-à-dire jugement de première instance et jugement d’appel. Sauf en matière criminelle, où la double juridiction était représentée par l’instruction judiciaire (1er degré) et la cour d’assises (2e degré). C’est même cette particularité qui justifiait, de façon non dite, les prérogatives importantes, voire exorbitantes, du juge d’instruction. On peut se demander à présent ce qui les légitime, puisqu’il existe dorénavant trois degrés dans l’enquête criminelle : l’instruction, le jugement et l’appel.

Ne chinoisons pas sur l’impéritie de nos chers élus, qui légifèrent à tour de bras dans des domaines où leur ignorance se veut constructive, et qui ajoute ainsi sans sourciller leur ridicule petite brique au mur inaccessible de notre législation… Limitons-nous à l’actualité de ces dernières semaines.

  • L’affaire Seznec : la cour de révision décrète qu’il n’y a pas lieu à révision. Point barre. En droit, elle a sans doute raison. Et, comme l’ont déclaré certains commentateurs, il y a même un réel courage à braver l’opinion publique – sauf s’il s’agit d’une démonstration de force ou du refus d’admettre que la justice peut se tromper.
  • L’affaire Agnelet : l’avocat général réclame 20 ans de réclusion criminelle contre l’accusé. Verdict du jury populaire : acquittement. Est-ce le haut magistrat qui n’a pas supporté le camouflet des jurés ou le représentant de la justice ? On ne sait pas, mais il décide de faire appel.

À se demander l’utilité du premier jugement en cours d’assises, car… 1/ L’accusé est condamné – et il loustal-dans-touriste-de-bananes-de-georges-simenon.jpgfait appel. 2/ L’accusé est innocenté – et le procureur fait appel. On pourrait peut-être gagner un tour, non ! Et revenir à l’ancienne formule ou, plus courageusement, laisser la possibilité d’appel au seul condamné… 

En tout cas, ces deux affaires récentes, et quelques autres, sont une démonstration éclatante que la justice rendue au nom du peuple français n’est plus l’image que le peuple français se fait de la justice. 

Alors il faut soit changer de justice, soit changer de peuple, soit… changer de pays.      

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