LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Légitime défense et police

Un policier tue un homme et en blesse un second, et personne ou presque ne bombarde la police d’injures !

Quoi, personne pour vilipender Sarkozy ! Depuis que la gauche vire à droite, on manque vraiment de repères dans ce pays. À moins que l’opinion publique ne change. Que l’on finisse par comprendre que les « gentils » ne sont pas obligatoirement ceux qui se trouvent face aux forces de l’ordre !

 

Ce drame soulève des questions, mais n’enlève rien au courage d’un homme qui a risqué sa vie pour défendre celle d’un autre.

 

Question 1 :

Un policier en civil – Ces dernières années, la police s’est militarisée. Du gardien au commissaire, c’est à qui exhibera ses beaux galons dorés. Et parallèlement, les gardiens de la paix opèrent de plus en plus souvent en civil. C’est paradoxal. Personnellement, je n’ai mis mon uniforme de commissaire de police qu’une seule fois, lors de la cérémonie de sortie de l’Ecole de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or… Bon, je suis un vieux con.

 

Question 2 :

L’absence de brassard – Le brassard a été institué en France il y a plus de vingt ans à la suite de plusieurs bavures : une, très grave, dont je suis hélas à l’origine. Ce jour-là, nous avons tué un jeune collège de 25 ans. Il nous avait pris pour des bandits. On l’avait pris pour un bandit. Deux jours plus tard, sa veuve a sacrifié son bébé et s’est suicidée. Une tragédie qui vous donne envie de changer de métier.

L’institution du brassard « police » a été un progrès, mais, prévu pour les opérations « préparées », il n’est pas adapté au tout venant. Quasi impossible de le mettre à chaud sans s’exposer à de graves ennuis. Il existe d’autres moyens pour les policiers en civil de se signaliser. Les séries américaines nous le montre tous les jours. D’ailleurs, avant le brassard, les policiers possédaient, en plus de leur carte de réquisition, une médaille frappée du mot « Police ».

 

Question 3 :

Une arme puissante – C’est un débat permanent au sein de la police. Pourtant, la loi est claire, le policier, à la différence d’un gendarme ou d’un douanier, ne peut utiliser son arme qu’en état de légitime défense de soi-même ou d’autrui.

Il s’agit donc bel et bien d’une arme de défense et non d’une arme d’attaque.

L’arme de poing, en dotation actuellement dans la police, est une véritable arme de guerre. Suivant le type de munitions utilisées, une balle peut traverser le moteur d’une voiture, ou un homme, deux hommes…

 

Question suinterdit.jpgbsidiaire :

Le football – Pas une semaine, pas un mois, où l’on nous bassine avec le fameux principe de précaution. On prend les mesures parfois les plus invraisemblables, pour notre bien, notre santé, ou tout simplement pour fuir ses responsabilités.

On nous interdit de fumer, de boire (trop), de téléphoner en conduisant, de ne pas mettre sa ceinture, de rouler au-dessus de 50, 60, 90…, de consulter certains sites sur l’Internet, de télécharger de la musique, des films, on censure des ouvrages, des journalistes… Qui, un jour, va nous dire que le football est mauvais pour la santé ? En exacerbant nos sentiments les plus bas, ce spectacle, où les seuls sportifs se trouvent sur le terrain, ne peut que perturber ces quelques centaines de supporters dont le Q.I. se situe au niveau de la pelouse du Parc des Princes.

Les élections dans la police

Les élections syndicales dans la police n’intéressaient jadis personne, à peine les policiers. Les temps changent, depuis que la sécurité est enjeu politique, la police intéresse au moins… les politiciens.

 

Joaquin Masanet, le secrétaire général de l’UNSA-Police, peut être content de lui. Il tire son syndicat vers le haut – mais pourquoi ?

Les policiers en tenue (comme on disait autrefois, avant que tout le monde n’enfile l’uniforme), c’est-à-dire les gardiens et les gradés, sont-ils satisfaits de son action syndicale, mécontents du grand chef, Nicolas Sarkozy, ou, pragmatiques, pensent-ils que Masanet est bien  proche de Ségolène Royal. Si celle-ci était élue…

Au passage, disons le, beaucoup de gens s’étonnent qu’on puisse à la fois être policier, représentant des policiers et conseillé en sécurité d’un candidat aux élections présidentielles.

Çà fait un peu grande famille, non !

 

Parmi les officiers (lieutenants, capitaines et commandants), les choses ne changent guère, le bon vieux SNOP, auquel j’ai appartenu, lorsque j’étais officier de police adjoint (lieutenant), reste solide, même s’il s’effiloche peu à peu.

Un petit époussetage ne serait pas superflu…

 

Quant au SCHFPN, le syndicat des commissaires, comme on dit, tant son sigle est imprononçable et aussi pour la bonne raison qu’il n’avait à ce jour pas de concurrent, il se prend une véritable gamelle. Le tout jeune SICP lui ratiboise 30 points.

« Il s’agit d’unnumeriser0001.jpg revers, reconnaît Olivier Damien, patron du SCHFPN, Nous avons été jugés trop proche de l’administration… Une fracture apparaît aussi entre ceux qui regrettent le bon temps du commissaire chef de meute, et ceux qui, comme nous, croient dans sa nouvelle vocation, centrée sur la « direction-conception« , se détachant en partie du terrain. »

Damien est fair-play, il reconnaît son échec. Damien est lucide, il détermine la raison de cet échec et met le doigt, là où ça fait mal. Damien ne se remet pas en cause, et c’est dommage. Le chef de meute ressemble un peu à la meute de Mitterrand, en d’autres circonstances. Il est péjoratif.

 

Car il y a un vrai problème parmi les patrons de la police nationale. Peu à peu, on les a éloignés de l’action, du terrain, pour en faire des gestionnaires, une sorte de préfets aux petits pieds. Ce ne sont plus des flics, mais des attachés d’administration. En leur faisant grimper les échelons de la grille indiciaire, on leur a pris leur âme, et du même coup on a coupé le lien avec leurs hommes. Beaucoup pensent que c’est une erreur, et que le syndicat a fait fausse route en privilégiant, l’avancement, les honneurs ou le feuille de salaire, à l’intérêt du travail.

 

Le concours de commissaire de police est l’un des plus difficiles de l’administration (il est plus facile de devenir magistrat que commissaire) et les jeunes qui le réussissent sont bardés de diplômes. D’autres portes leur sont ouvertes. S’ils choisissent ce métier ce n’est ni pour le fric ni pour la retraite, mais par vocation.

 

Et la vocation, Monsieur Damien, ça ne se négocie pas.

Police de tranquillité publique

Le 7 novembre 2006, Dominique de Villepin a prôné une police « plus présente et plus à l’écoute, mais garante du respect du droit et des règles. C’est ce que j’appelle, a-t-il dit, une police de tranquillité publique ».

Quel aveu d’impuissance de la part d’un Premier Ministre ! En une petite phrase qu’il voulait « bien sentie », il nous dit que la Police de la République, la Police de son gouvernement, ne respecte ni le droit ni les règles…

Et quel mépris pour les policiers.

Dans le même temps, Nicolas Sarkozy, affirme, péremptoire, que la police est là pour « interpeller les délinquants ». Point barre. Sa mission est donc répressive.

Quelle panade !

Peut-être faudrait-il rafraîchir la mémoire à l’un, énarque, et au demeurant ancien Ministre de l’Intérieur ; et à l’autre, avocat, et au demeurant actuel Ministre de l’Intérieur, que la police a deux missions de base : police judiciaire et police administrative.

Elle est placée sous l’autorité des préfets, eux-mêmes au service du gouvernement, uniquement dans ses missions de police administrative (maintien de l’ordre compris). Dans ses missions de police judiciaire – ce qui nous intéresse ici -, elle est placée sous la tutelle du Procureur de la République ou, le cas échéant, du Juge d’Instruction.

Et, plutôt que d’en faire un enjeu électoral, et de travestir le flic en nounou ou en croquemitaine, il serait préférable de rappeler que le policier de base, celui qui est dans la rue, celui qui est directement à notre contact, à nous le peuple (comme nous désigne Madame Royal), se nomme un gardien de la PAIX. 

À la différence de la Gendarmerie Nationale, la Police Nationale est composée de fonctionnaires civils, recrutés sur concours. On ne s’engage pas dans la Police, au mieux, on y fait carrière, comme dans les autres administrations.

Même s’ils ont depuis bien longtemps (Debré, je crois, le vrai, le père) échangés leur droit de grève contre un plat de lentilles, et même si de ce marché de dupe, il ne leur reste que les cailloux (et plus de lentilles), les policiers sont syndiqués, représentés et, bien sûr, hiérarchisés. Mais, au-delà de la hiérarchie, leur devoir d’obéissance est limité par un ordre supérieur à tous les autres : l’ordre de la loi.

Grosse différence avec la Gendarmerie. Les gendarmes sont des militaires, avec obligation de servir et de se taire. Ils sont privés de toute représentation syndicale, et sont condamnés, les pauvres, à faire monter leur épouse au créneau lorsqu’ils veulent exprimer la plus petite revendication.

On peut toujours rêver d’une société sans police, mais pour l’heure, les fonctionnaires de police sont les garants de notre démocratie, même si celle-ci est de plus en plus bancale.

Notre ancien monarque, François Mitterrand (ancien ministre de l’Intérieur, lui aussi), l’avait bien compris. Lorsqu’il grimpa sur le trône, en 1981, l’une de ses premières décisions fut de virer tous les policiers de l’Elysée pour les remplacer par des gendarmes…

Les scandales qui ont par la suite entouré la fumeuse « cellule élyséenne » nous ont ouvert les yeux sur ses arrière-pensées et son caporalisme.

Mais Mitterrand était un oracle. J’ai créé cette usine à gaz, aurait-il pu nous dire, les yeux au fond des yeux, pour lutter contre le terrorisme.

Déjà !

La « tranquillité publique », dont parle notre Premier Ministre, est de la responsabilité des maires. Bon nombre d’entre eux, et surtout ceux du gauche, ont longtemps boudé la Police Municipale, fustigeant au passage le maire de Levallois-Perret avec sa garde prétorienne et son réseau de caméras dans les lieux publics.

C’était un précurseur. La plupart des villes, de gauche comme de droite, possèdent à présent une Police Municipale, et la grande majorité des maires rêvent d’installer une multitude de caméras pour assurer la sécurité de leurs suffragants – caméras qui heureusement coûtent cher.

Ces mêmes maires refusent pour l’instant de devenir des shérifs. Ils y viendront. Ils se devront d’assumer, car, qu’ils le veuillent ou non, la police de proximité sera un jour sous la houlette des élus… de proximité.

Et les moutons seront bien gardés.

Fallait-il tuer Mesrine ?

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« Le seul crime que je ne me suis jamais pardonné a été celui de ce petit oiseau aux reflets bleus que j’avais abattu dans notre jardin à l’âge de treize ans. Car je l’avais tué par bêtise, lui qui n’avait commis pour seule faute que de me bercer de son chant. C’est le seul remord que j’ai connu, aussi abominable que cela puisse paraître. »
(L’instinct de mort, Jacques Mesrine, Editions J.C. Lattès)

Jacques Mesrine a été abattu par trois policiers de la B.R.I., le 2 novembre 1979, à 15 heures 15, Porte de Clignancourt, à Paris. L’ordre d’intervention a été donné par le Commissaire Broussard, selon les instructions qu’il avait lui-même reçues du Directeur Central de la Police Judiciaire, Maurice Bouvier.

Malgré les controverses qui ont ensuite entouré cette opération de police, l’histoire s’arrête là.

En effet, sur le plan technique, l’opération était irréprochable. Il était normal, et même prudent, de prévoir l’arrestation de Mesrine alors qu’il se trouvait à bord de son véhicule. L’homme était trop dangereux pour agir autrement. L’ABC qu’on apprenait lors des stages de mise à niveau et des séances d’entraînement.

Sur le plan légal, le dispositif tenait forcément compte des instructions données par le Procureur de la République, lors d’un briefing (auquel j’assistais), énonçant la légitime défense permanente devant le danger que représentait Jacques Mesrine. Une interprétation audacieuse du Code Pénal…

Aucun des 40 policiers de la B.R.I. et de l’O.C.R.B. présents sur le terrain n’a reçu d’autres instructions que l’aboiement de Broussard sur la fréquence radio répétant : Intervention ! Intervention !… Mais tous, bien sûr, connaissaient la dangerosité de l’individu et avaient en tête les déclarations de l’autorité judiciaire…

Un blanc-seing ?

Le téléfilm passé sur TF1 le 10 novembre 2006 est en ce sens déloyal et de plus souvent approximatif dans la chronologie des faits. Certains flics ont dû sourire en le regardant… Sourire plus ou moins jaune. Censés nous débrouiller les circonstances de la mort de Mesrine, les scénaristes ont plutôt compliqué les choses, préférant se pourlécher de la vie privée du Commissaire Aimé-Blanc.

En tout cas, en mettant en scène la guéguerre imbécile que se livraient deux « grands » chefs de la police, l’institution n’est pas sortie grandie.

Aimé-Blanc contre Broussard-Noir. Deux gosses qui se disputent la baballe.

Donc, fin de la polémique. La Justice a tranché : Jacques Mesrine n’a pas été assassiné. Il a été abattu en état permanent de légitime défense.

Alors, pourquoi tant de gens sont-ils encore dubitatifs sur l’issue de la cavale meurtrière d’un psychopathe dangereux ? Question difficile. On peut penser que 40 policiers parfaitement entraînés, appartenant à deux services de pointe, c’est un peu beaucoup pour arrêter un seul homme… On peut aussi détester l’attitude de Broussard, qui n’a pas su attendre que le corps soit froid pour déboucher le champagne… Ou imaginer que le Président Giscard d’Estaing, qui suivait de près les affaires de police, avait donné un feu vert à une opération sans retour…On peut tout imaginer.

Jacques Mesrine a revendiqué une trentaine de meurtres, sans que personne ne puisse confirmer ses allégations. Était-il mythomane ? Certes, mythomane, affabulateur, mégalomane, paranoïaque, etc. Il a tenté d’être à la hauteur de la réputation que la presse lui a faite – via quelques policiers.

Plus le gibier est gros, plus le chasseur a des c…

Pour la petite histoire, notre pitoyable « héros national » a commencé sa carrière en fracturant des chambres de bonnes, ce qui, il faut bien le reconnaître, est loin de l’idéologie tantôt de droite tantôt de gauche, qu’il a par la suite revendiquée. Sa première arrestation “sérieuse”, en France, a été effectuée le 5 mars 1973, par le Commissaire Alain Tourre, alors chef du groupe Criminel du S.R.P.J. de Versailles. Après une banale altercation avec la caissière d’un magasin, il avait grièvement blessé un gardien de la paix. Arrestation sans histoire, et… hors des sunlights.

Et il ne faut pas oublier que le jour de sa mort, Porte de Clignancourt, Mesrine avait deux grenades à ses pieds. Deux grenades quadrillées, dégoupillées, dont la cuiller était retenue par un simple morceau de chatterton afin de les rendre opérationnelles plus rapidement. Sa ceinture de sécurité l’a gêné. Il n’a pas eu le temps de s’en saisir.

À la réflexion, on peut dire que ce 2 novembre, la ceinture de sécurité a joué un rôle beaucoup plus important que tous les chefs de police réunis. Lorsqu’il l’a bouclée, en se mettant au volant de sa BMW, l’ennemi public n°1 ne pouvait pas prévoir que ce simple geste allait lui coûter la vie – ou sauver la vie de dizaines de personnes.

Des centaines de policiers ont travaillé sur le dossier Mesrine. Ils ont eu l’impression que c’était leur affaire. Le temps passant, ils s’imaginent avoir joué un rôle majeur, alors qu’ils se sont contentés d’apporter leur pierre, ce qui n’est déjà pas si mal. Le Commissaire Emmanuel Farrugia, auteur du livre Code TL825, aux Editions Die, possède sans doute la vision la plus globale. Il était alors Chef de groupe à l’Office, et il a dirigé les investigations pendant près de deux ans. Son livre n’est pas très littéraire, il ressemble à un rapport de police, mais il est précis. On peut également trouver une chronologie assez exacte sur le web.

J’ai contribué très partiellement à cette interminable enquête. En 1979, j’étais le chef de la brigade antigang de Nice (une antenne de l’O.C.R.B.). J’ai suivi la fusillade depuis le P.C. de l’Office, où je me trouvais en renfort. Peu après, mes hommes ont arrêté Michel Schayewski, alias Le Viking, complice de Jacques Mesrines dans plusieurs braquages ainsi que dans l’enlèvement de l’homme d’affaires Henri Lelièvre.

Pas un coup de feu n’a été tiré.

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