LE BLOG DE GEORGES MORÉAS

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Affaire Epstein : une justice à la traîne

La publication d’une partie des archives judiciaires concernant l’enquête sur Jeffrey Epstein, « apparemment » suicidé derrière les barreaux le 10 août 2019, montre les failles de la justice américaine et, il faut bien le dire, la prudence excessive, jusqu’au laxisme, de la justice française.

Epstein est arrêté le 6 juillet 2019, aux USA, après un séjour de plusieurs semaines dans sa résidence parisienne de l’avenue Foch. Inculpé par le Tribunal fédéral pour « exploitation sexuelle de mineurs et association de malfaiteurs en vue d’exploiter sexuellement des mineurs », il est écroué au centre correctionnel de New York. Il est retrouvé pendu dans sa cellule un mois plus tard. Suicide, ont dit les autorités, ce qui laisse perplexe un certain nombre de personnes, dont des légistes.

illustration originale (DALL.E-OPENAI), février 2026

Ce triste sire n’était pas vraiment un proxénète, il se contentait de mettre à la disposition de ses invités de jeunes et jolies jeunes filles et de prendre quelques photos ou vidéos au passage sans l’accord des participants. (Lors de la vente de son hôtel particulier à Manhattan, en 2020, les mauvaises langues disent qu’on aurait retrouvé des caméras dissimulées dans les chambres et les salles de bain…) Une manière de se mettre dans la poche les plus grands de ce monde. Au point de s’interroger : agissait-il pour son propre compte ou pour un quelconque service de renseignement : FSB ou SVR pour la Russie ? Mossad pour Israël ? Et pourquoi pas la CIA ?

Là, je complote, mais il faut bien donner des idées à Netflix !

Il est pourtant difficile d’admettre qu’un individu tout seul ait pu mettre sur pied une telle entreprise : un réseau international à la disposition d’un cercle restreint de personnalités fortunées ou influentes, habituées de soirées mondaines et de voyages pour des destinations prestigieuses à bord de jets privés. La presse à sensation avait baptisé celui de Jeffrey Epstein le « Lolita Express ». Comme dit Donald Trump : « On s’amuse beaucoup avec lui (…) Il n’y a pas de doute, il aime la vie sociale. »

Aujourd’hui, sur tous les continents, nombre de ces « personnes influentes » doivent avoir du mal à trouver le sommeil. C’est pas l’ex-prince Andrew qui me démentira. (Au passage, on ne peut que tirer son chapeau aux enquêteurs britanniques, un pays où la politique n’a, semble-t-il, pas le pas sur la justice.)

Mais qu’en est-il en France ?

Notre pays ne serait pas concerné.  C’est du moins l’avis du président, Emmanuel Macron, qui a peut-être parlé un peu vite lorsqu’il a déclaré que cette affaire concerne « surtout les États-Unis et, qu’en ce sens, il fallait que la justice là-bas fasse son travail – et c’est tout ». C’était dit, il est vrai, avant la démission involontaire de Jack Lang, mais celui-ci n’est poursuivi par le parquet national financier « que » pour blanchiment de fraude fiscale aggravé. Un délit punissable de dix ans d’emprisonnement.

En juin 2019, prenant en compte le signalement effectué par « Innocence en danger », une association de protection de l’enfance, Rémy Heitz, le procureur de la République de Paris, poursuivant la politique de son prédécesseur François Molins, sur la réponse pénale attentive qui doit être apportée aux victimes de viols ou d’agressions sexuelles, avait ouvert une enquête préliminaire sous ces qualifications, pour des faits concernant notamment des mineurs.

Quatre mois passés, la présidente de cette ONG, Mme Homayra Sellier, est convoquée pour déposer devant un enquêteur de l’office pour la répression des violences aux personnes (OCRVP).

Puis, rien !

Le 8 juin 2020, l’avocate d’« Innocence en danger » interpelle le procureur : « Ma Cliente s’interroge légitimement quant à la réalité des investigations menées comme de la volonté de faire la lumière sur les agissements de Monsieur Epstein et de toutes autres personnalités en lien direct avec ce dernier dans le cadre de faits d’exploitation sexuelle de mineurs (pour exemple Monsieur Brunel, lequel avait fait valoir publiquement par la voix de son Conseil de sa pleine et entière coopération en cas de convocation judiciaire en lien avec cette affaire). Ma Cliente est d’autant légitime dans ses interrogations et inquiétudes qu’elle a encore en mémoire tant les propos tenus par l’enquêteur en charge de son audition dans les locaux de l’OCRVP que de la teneur des échanges intervenus par voie de courriel avec le groupe d’enquête sur la période d’août à novembre 2019. »

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Une dizaine de jours plus tard, la réponse tombe, laconique : aucune décision ni de poursuite ni de classement n’a été prise. Autrement dit, le dossier est sous la pile.

Mais le parquet parisien souffle parfois le chaud et le froid : le 17 décembre 2020, Jean-Luc Brunel est arrêté et mis en examen pour agressions sexuelles sur mineures et pour son implication dans le dossier Epstein, plusieurs victimes l’accusant d’être l’un des rabatteurs de cette entreprise pédocriminelle. Il est incarcéré à la Santé. En février 2022, il est retrouvé pendu dans sa cellule.

À ma connaissance, l’enquête ouverte pour recherche des causes de la mort n’a pas été rendue publique.

Alors qu’aux États-Unis, la mort de Jeffrey Epstein n’a pas mis fin à l’enquête du FBI, Laure Beccuau, qui a remplacé Rémy Heitz à la tête du parquet de Paris, décide de clôturer le dossier, Jean-Luc Brunel étant la seule personne mise en examen – sans tenir compte des déclarations de plusieurs femmes qui ont rapporté, d’après Le Monde, « avoir participé à des soirées à Paris, au cours desquelles étaient consommées de fortes quantités d’alcool et de cocaïne, et où des jeunes filles avaient été mises en contact avec Jean-Luc Brunel ».

Mais qui diable étaient les autres invités de ces soirées parisiennes ?

Le décès d’un mis en cause dans une enquête criminelle éteint effectivement l’action publique le concernant, mais il n’est pas coutume de bloquer brutalement des investigations en cours, ne serait-ce que pour déterminer des complicités éventuelles – et par respect pour les victimes. Il est même constant, pour prendre un exemple dans un autre domaine, que le parquet ouvre une enquête sur une personne abattue par la police. Dans ces situations, l’IGPN est saisie pour s’assurer que le tir mortel est justifié, et un autre service a la charge d’une enquête contre le défunt, souvent pour violences sur agents de la force publique, ou refus de ceci ou de cela.

À ma connaissance, le dossier français sur Epstein/Brunel est resté confidentiel.

Les mois, les années s’écoulent, comme « sous le pont Mirabeau coule la Seine », jusqu’au jour où Donald Trump se voit contraint de tenir sa promesse : le 25 novembre 2025, il signe la loi sur la transparence des dossiers Epstein. Les journalistes épluchent des milliers de documents, des centaines de personnalités internationales sont citées. En France, des noms sortent : Lang, Colom, Aidan, Chaslin, Rothschild…, ainsi que des personnages politiques comme Macron, Le Pen, Mélenchon, etc., sans que l’on sache nécessairement s’ils ont côtoyé ou non Jeffrey Epstein.

Sortez-moi le dossier de toute urgence ! a dû rugir Mme Beccuau.

Finalement, ces jours derniers, la procureure de Paris a annoncé la création d’un pool de 5 magistrats en charge de deux « enquêtes cadres » (des enquêtes pré-préliminaires, en quelque sorte), notamment pour déterminer si des ressortissants français pouvaient être impliqués dans le dossier.

Si je peux aider…

Ghislaine Maxwell, la compagne au long cours de Jeffrey Epstein, qui a participé activement à ce réseau international de trafic sexuel, est née à Maisons-Laffitte, dans les Yvelines. Par sa naissance, elle est franco-britannique et par naturalisation, américaine. Elle a été condamnée en 2022 à vingt ans de prison pour son rôle actif dans le recrutement de victimes mineures livrées en pâture à des dépravés friqués.

C’est à ce jour la seule personne condamnée dans le dossier Epstein. Elle a maladroitement tenté de faire chanter Trump : tu m’accordes la grâce et je dis tout sur tout le monde, sauf sur toi…

Elle doit en savoir des choses… Chiche qu’on demande son extradition !

À défaut, je suis sûr que Gérald Darmanin va débloquer un budget pour envoyer une mission aux States.

La police nationale fait le buzz

Après l’incarcération d’un policier, mis en examen pour un délit aggravé, le voyage du président Macron en Nouvelle-Calédonie a été éclipsé par l’omniprésence dans les médias de certains représentants de syndicats de police et les commentaires d’incertains responsables de la police.

Et pourtant, ce déplacement est important, dans la mesure où le chef de l’État cherchait à débloquer les discussions entre les indépendantistes et les loyalistes, en vue d’établir un nouveau statut pour ce territoire français du pacifique sud, après les trois référendums d’autodétermination qui ont acté le « non » à l’indépendance.

Emmanuel Macron s’est donc livré à un exercice d’équilibriste, depuis le « Caillou » en affirmant que « nul, en République, n’est au-dessus des lois », tout en comprenant l’émotion des policiers après la mise en détention de l’un de leurs collègues. Du en même temps, quoi ! On est loin de la déclaration de François Mitterrand, en 1983 : « La République doit être honorée et servie par tous les citoyens, et plus encore par ceux qui ont pour mission et pour métier de la défendre. Si certains policiers, une minorité agissante, ont manqué à leur devoir, le devoir des responsables de la République, c’est de frapper et de faire respecter l’autorité de l’État. Dès l’annonce des événements séditieux de vendredi dernier, j’ai demandé au Premier ministre Pierre Mauroy de prendre les sanctions nécessaires. Il a agi comme il fallait… »

C’est gaullien, cela rappelle le « quarteron de généraux en retraite » du putsch de 1961.

Pour mémoire, après la fronde des « policiers en tenue » de 1983, le préfet de police a été appelé à démissionner, le directeur général de la police s’est fait virer, un policier a été mis à la retraite d’office, sept ont été suspendus et deux représentants syndicaux, dont le secrétaire général USC-Police, ont été révoqués pour avoir organisé « un acte collectif contraire à l’ordre public ».

Et pourtant, les forces de l’ordre avaient d’autres raisons qu’aujourd’hui de manifester leur colère : deux de leurs collèges avaient été abattus de plusieurs balles, et un autre gravement blessé, lors d’un banal contrôle routier : 12 policiers, morts en service, depuis que la gauche était aux manettes.

« La police est malade de la justice », pouvait-on déjà, à l’époque, entendre dans les rangs des manifestants. Des propos inadmissibles, évidemment, et pourtant, il y a 40 ans, après une loi d’amnistie généreuse (notamment des membres d’Action directe), l’abolition de la peine de mort, le raccourcissement de la sûreté pour les peines perpétuelles, la suppression des quartiers de haute sécurité, la suppression de la Cour de sûreté de l’État, la disparition du délit de l’association de malfaiteurs (rétablie en 1986), les policiers, même les plus modérés, savaient que ce n’était pas tenable. Un sentiment renforcé après l’adoption par les députés d’une contre-loi pour abolir la loi « sécurité et liberté », jugée liberticide, adoptée en catastrophe avant les Présidentielles de 1981. Une mauvaise pioche de Giscard d’Estaing qui avait misé pour sa réélection sur un tour de vis sécuritaire alors que les Français aspiraient à plus de liberté.

Contrairement à ce que nous racontent les experts blabla, les policiers n’ont jamais été aussi bien protégés par le code pénal, ils n’ont jamais eu autant de pouvoirs que ceux que leur octroie aujourd’hui le code de procédure pénale, et les magistrats sont bien plus compréhensifs qu’autrefois dans leur manière d’interpréter leur action, tenant largement compte de la difficulté du métier. La contrepartie, c’est l’intégrité. Non seulement, l’agent dépositaire de l’autorité publique qui dérape doit être sanctionné, mais, du fait de sa fonction, plus sévèrement qu’un autre.

Autrefois, dans les écoles de police, on avait coutume de dire aux élèves que dans l’exercice de la profession qu’ils avaient choisie, ils encouraient trois risques : physique, administratif et judiciaire. Sauf à changer de régime politique, il ne peut en être autrement.

Ceux qui « parlent dans le poste » sont une minorité envahissante, je suis sûr qu’il y a plein de policiers, plein d’agents de l’État qui doivent penser différemment que ces trublions politisés. Le Bureau national de l’UNSA (Union national des syndicats autonomes), s’est d’ailleurs désolidarisé du communiqué de presse commun Alliance/UNSA Police, qui a suivi la mort de Nahel, et a condamné les termes utilisés : un « combat » contre des émeutiers qualifiés de « nuisibles ».

Quant à nos dirigeants, ils se sont tus. La gauche est montée au créneau et deux députés ont saisi la justice.

Police : on attend la saison 2.

Une claque politique

Au cri de ralliement des chevaliers français, mardi dernier, un homme a giflé le président de la République, alors que ce dernier se livrait au rituel du serrage de mains. L’agresseur, Damien Tarel, 28 ans, a été rapidement plaqué au sol, tandis que l’un des agents de la protection rapprochée ceinturait Emmanuel Macron dans une prise arrière, comme pour le contenir et l’empêcher de riposter. Au passage, je ne suis pas certain que cette réaction (filmée) ait été appréciée…

La classe politique, les éditorialistes, les juristes et tutti quanti en ont fait une montagne, le Premier ministre appelant même à un sursaut républicain – à deux doigts de demander une minute de silence – tandis que les communicants de l’Élysée tentaient, mais vainement, d’appuyer sur la pédale de frein.

Dites-le avec des fleurs !

Après un léger cafouillage juridico-administratif : qui fait quoi ? les gendarmes drômois ont ouvert une enquête pour violence légère contre une personne dépositaire de l’autorité publique.

Et 48 heures plus tard, en comparution très immédiate, Damien Tarel se retrouve face à ses juges. Le procureur parle d’un acte « parfaitement inadmissible ». Il fallait le dire. Il requiert 18 mois de prison pour violences volontaires sur une personne dépositaire de l’autorité publique. Droit dans ses cuissardes médiévales, le prévenu assume. Son avocate s’échine à rappeler qu’il ne peut y avoir de « justice d’exception » et que des travaux d’intérêt général seraient préférables à une incarcération, etc. Elle aurait pu ajouter qu’il ne serait pas malin d’entrer dans le jeu de son client et de faire de ce procès la catachrèse de l’anti-macronisme… Au final, le tribunal suit le ministère public sur la durée de la peine, limitant toutefois son exécution immédiate à 4 mois d’emprisonnement.

Le condamné fait de plus l’objet de peines complémentaires symboliques comme la privation de ses droits civiques et l’interdiction d’exercer une fonction publique. Tiens, on ne lui a pas sucré le RSA !

Emmanuel Macron semble le seul à avoir compris le piège. Il rame pour prendre ses distances avec cet événement : « Ce n’est pas grave de recevoir une gifle quand on va vers une foule ! » Continue reading

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